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LE TEST DE BENDER

De
246 pages
Ce manuel proposé ici par l'auteur, réunit l'essentiel de vingt-cinq années de pratique clinique et d'enseignement du " test moteur de structuration visuelle " de Lauretta Bender, nommé aussi " test de Bender ". L'auteur détaille l'orientation projective du test et fourni l'ensemble des éléments nécessaires à sa pratique dans le cadre du bilan psychologique.
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LE TEST DE BENDER: UNE ÉPREUVE PROJECTIVE

Collection Études psychanalytiques dirigée par Alain Julien Brun et Joël Bernat
La collection Études Psychanalytiques veut proposer un pas de côté et non de plus, en invitant tous ceux que la praxis (théorie et pratique) pousse à écrire, ce, "hors chapelle", hors "école", dans la psychanalyse.

Déjà parus
Joël BERNA T, Le processus psychique et la théorie freudienne. Au-delà de la représentation, 1996. Martine DERZELLE, La pensée empêchée, Pour une conception psychosomatique de l'hypocondrie, 1997. Thémélis DIAMANTIS, Sens et connaissance dans le freudisme, 1997. Yves GERIN, Souffrance et psychose, 1997. Filip GEERARDYN, Gertrudis VAN DE VIJVER, (dir), Aux sources de la psychanalyse, 1997. Yves MATISSON, Approche psychanalytique du trouble sensoriel des mots, 1998. Houriya ABDELOUAHED, La visualité du langage, 1998. Stéphane LELONG, Fantasme maternel etfolie, 1998. Patrick DI MASCIO, Freud après Auschwitz, 1998. Gabrielle RUBIN, Travail du deuil, travail de vie, 1998. Franca MADIONI, Le temps et la psychose, 1998. Marie- Thérèse NEYRAUT -SUTTERMAN et collaborateurs, L'animal et le psychanalyste, 1998. Miguel Zapata GARCIA, Aux racines du religieux, 1999. Eliane AUBERT, Alzheimer au quotidien, 1999. Mohamed MESBAH, Le transfert dans le champ freudien, 1999. Gabrielle RUBIN, Le sadomasochisme ordinaire, 1999 Anne CADIER, L'écoute de l'analyste et la musique baroque, 1999. Maurice-David MA TISSON, Les mises en scènes du théâtre et du psychodrame. L'injonction spectaculaire, 2000. René LALOUE, La psychose selon Freud, 2000. Roseline HURION, Les crépuscules de l'angoisse, 2000. Gabrielle RUBIN, Les mères trop bonnes, 2000. Françoise MEYER (dir.), Quand la voix prend corps, 2000. Gérard BOUKOBZA, Face au traumatisme, Approche psychanalytique: études et témoignages, 2000. Karinne GUENICHE, L'énigme de la greffe. Leje, de l'hôte à l'autre, 2000.

Jean BOUISSON

LE TEST DE BENDER: UNE ÉPREUVE PROJECTIVE

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris France

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) CANADA H2Y IK9

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

cgL'Harmattan, 2001 ISBN: 2-7475-0786-6

SOMMAIRE

Préface.

. . . . . . . .. . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . ... . . . . .

9 13 15 17 18 18 19 20 22 37 41 41 42 42 46 47 48 55 55 56 57 61 63 64 65 68 69 71 72 74

Avant-Propos
PREMIERE PARTIE:

.
HISTOIRE DU TEST. .. . . . . .. . . . .

Chapitre L'Elaborationutest 1d

......

Le contexte théorico-c1inique. . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . a)La Gestaltthéorie. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . b)L'influence de J. H. Jackson et des neurologues d'inspiration jacksonienne. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . c)Les travaux de Paul Schilder. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Le choix des stimuli et leur ordre de présentation. ... Standardisation et Cotation. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Chapitre 2 L'essor du test aux Etats-Unis et en France.............
Le test aux Etats-Unis. . . Il. . . . . . Il. . . . . IlIl. . Il. . . . Il a) De 1938 à 1946. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . b) De 1947 à 1953. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . c)De 1954 à 1960. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . d)L'atlnée 1963. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . t)Le test après 1963. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Le test en France.

-

. Il. . IlIl. . . . IlIl. . . . . . . . . . . . . . . . Il

a)Les premières recherches. .......................... b)De 1960 à 1968. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . c)Le test après 1968. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

DEUXlEME PARTIE: LA PERSPECTIVE PROJECTIVE (THEORIE, ADMINISTRATION ET COTATION). . Chapitre 3 - D'une perspective génétique à une perspective projective. . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . L'ADAPTA TI 0 N DE HUTT. . Il. IlIl. . Il. . . Il. . . . . . . . . Les trois phases du H. A. B. G. T. Il. . . . IlIl. . . . IlIl. . . . . . L'écheOe de Psychopathologie. . . . . . . . . . . . . . . . IlIl. . . . . L'écheDe Adience-Abience. . . . . IlIl. . . . . . . . . . . . . . . . . . . L'analyse configurale. . . . . . . . . . . . . . . . . . Il. . . . . Il. . . Il. . La méthode d'analyse des protocoles. IlIlIlIl. . . IlIl. . . . . . . .

DU BENDER GESTALT TEST COMME EPREUVE PROJECTIVE. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

7

Chapitre

4 Administration et cotation des trois phases du test. . L'ADMINISTRATION DES TROIS PHASES DU TEST. . La Copie. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . L'Elaboration. . . . . . ,.,. ,.,. ,.. . . . ,.. ,.,. ,.,. . . . ,. . ,.. . . . . ,. . . ,.. L'Association. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . COTATION DES PHASES DE COPIE,
D'ELABORATION ET D'ASSOCIATION. . .. .. .. .... . COPIE: Facteurs relatifs à l'espace et à son organisation. . . . . . Facteurs relatifS à la qualité de la Gestalt. . . . . . . . . . Facteurs relattfs à une distorsion de la Gestalt. . . . . . Dessin et mouvement. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ELABO RATION. ..................................... ASSOCIATION. ......................................

-

91 92 92 94 95
97 98 116 123 131 147 156
163 165 165 168 169 180 185 186 189 189 203 214 225 227 237 239 241 244 245

TROISIEME PARTIE: L'INTERPRETATION DU TEST.... Chapitre 5 - La démarche interprétative. .................... RESULTATS ET DONNEES NORMATIVES. ,.. . . ,.,. . . . . . Groupe 1 : Les sujets normaux. ,.,. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Groupe 2: Les populations pathologiques. . ,.. ,.,.. . . . . . . ,.
L'AN AL YSE Q U ALITA TlVE. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

L'ANALYSEDE L'ELABORATION.....................
Chapitre

L'ANALYSE DE L'ASSOCIATION ..................... 6 - Trois cas cliniques. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Monsieur X. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Mademoiselle F. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Madame Rou. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

CONCLUSION. BIBUOGRAPHIE.

...................................... ...................................

FIGURES DU TEST. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
INDEX des AUTEURS. ...................................

INDEX THEMATIQUE

et des TERMES TECHNIQUES.

.

LISTE des TABLEAUX. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
USTE des CAS PROPOSES. ..............................

8

PREFACE

Les thèses relatives aux sources du développement se partagent entre celles qui s'attachent à en voir la condition essentielle dans le mouvement et celles qui en identifient l'origine dans le percept puis dans l'image. Les voies de la prise et du traitement de l'infonnation sont donc classiquement nommées: kinesthésiques) figuratives, puis verbales et leur harmonisation) comme leur spécificité, sont progressivement établies au cours du développement selon les logiques de la motivation et des apprentissages. Une perspective holistique de la personnalité, concevant celle-ci comme une construction progressive, un parcours et un style de processus, a besoin d'un instrument permettant d'évaluer les lignes de force, les caractéristiques de fonctionnement, les oscillations des modalités de la présence à soi, aux autres et au monde à différents moments de la vie des personnes. L'épreuve visuo-motrice de Lauretta Bender - le B.G.T.: Bender Gestalt test - se présente comme un instrument - plus fréquemment utilisé en France qu'on ne le croit - d'étude de la personnalité, comme un instrument dont l'histoire permet d'apprécier la construction progressive à mesure de l'enrichissement de ses bases théoriques d'une part, et de l'affmement des théories de la personnalité à travers les travaux de la psychologie de la fonne, de la psychanalyse et de la phénoménologie. C'est une présentation particulièrement rigoureuse et claire que .Bouisson réalise ici: si G. Bachelard voyait, avec raison, dans tout instrument J une théorie matérialisée, J. Bouisson a le souci de fournir à ce matériel son support théorique inédit et, dans une perspective utile d'articulation théoricoclinique, de donner les moyens de présentation de l'épreuve, de codage de l'information et d'interprétation des données dont on ne disposait pas encore. Il faut se féliciter de ce que la présentation, les modalités de standardisation et les principes d'interprétation soient ainsi mis à la disposition des cliniciens. Le support théorique du B.G.T. n'a pu être que lentement dégagé à partir de la contribution essentielle de M. L. Hutt et le H.A.B.G.T. Q'adaptation proposée par Hurt du B.G.T.) ne trouve son fondement théorique que dans la réflexion que J. Bouisson développe à partir de la théorie projective de la personnalité issue de la psychanalyse dont Hutt se réclamait Seule l'histoire de l'épreuve aux Etats-Unis et en France pouvait permettre de dégager parfaitement le fondement épistémologique de l'épreuve à travers ses successifs

9

aménagements et de présenter cette épreuve clinique comme une épreuve projective visuo-motrice d'investigation de la personnalité. Parmi les épreuves projectives - Rorschach, TAT de Murray - c'est-àdire les épreuves structurales et thématiques, le B.G.T. constitue une intetpellation à l'acte grapho-moteur - socle même de tout le travail de symbolisation - et il se présente comme un médiateur privilégié sur le plan relationnel du psychologue avec son consultant, un médiateur dans ce sens qu'il constitue un écran projectif mais aussi bien un médiateur parce qu'il permet d'ajuster le mode d'accompagnement au mode personnel d'être du sujet. Parmi les tests de performance cognitive et d'intelligence sophistiqués, le positionnement du B.G.T. est également intéressant dans la mesure où il permet de dégager ce qu'on appelle, à la suite de Witkin, le « style cognitif» du sujet indissociable de son système basique de défense - ce dont témoignent les niveaux de performance rapportés aux thématiques et fantasmatiques sous;acentes. Notons enfin l'intérêt, déjà indirectement évoqué, d'une épreuve visuomotrice utilisable à tout moment du développement de l'enfant à la personne âgée tant par des sujets normatifs que pathologiques. Ce champ -d'utilisation de l'épreuve tient à la distinction et à la complémentarité des trois phases du B.G.T. - Copie, Elaboration, Association et à la « démarche interprétative» que J. Bouisson en dégage conjointement, tant à partir de l'analyse quantitative des résultats qu'à partir de l'analyse qualitative des productions du sujet: les « analyses configurales» et les modes de fonctionnement se font écho au sein d'une perspective de psychologie dynamique permettant d'inscrire des tableaux représentatifs évitant les pièges de la nosologie ou de la sémiologie psychiatriques statiques. Spécificité et complémentarité des trois phases de l'épreuve: la Copie - «copier le plus fidèlement possible» les neuf figures présentées; l'Elaboration - « changer les ftgUres pour les rendre plus agréables pour soi»; l'Association - «pourquoi estce plus agréable ainsi? » « à quoi cela pourrait-il faire penser? » Ainsi, chaque moment a bien sa spécificité. Quant à la complémentarité des phases, elle relève de ce que chacune d'elles contribue à apprécier «le niveau de maturation de la fonction de structuration visuo-motrice » (la copie) puis les oscillations de cette fonction en exercice selon les exigences adaptatives moins contraignantes Q'élaboration par rapport à la copie) et enfin (avec l'association) ce « moment où les signifiants formels sont, en quelque sorte, «traduits» en signifiants linguistiques ». Histoire du test, Perspective projective, Intetprétation du test, composent logiquement les trois parties de l'ouvrage qui illustre encore l'importance et la place du B.G.T. dans tout bilan psychologique avec trois études de cas.

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Nous disposons là, non seulement du Manuelle plus pertinent pour un bon usage du B.G.T., mais d'un modèle de réflexion théorique concernant le fondement d'une épreuve psychologique et d'une étude historique rendant compte de la chronologie d'un accord entre l'évolution des théories de la personnalité, des épreuves cliniques d'investigation et des modes de constitution de l'appareil psychique à partir du mouvement, des perceptions, du langage.

Georges REDDE Professeur Emérite à l'Université Victor Segalen, Bordeaux 2.

Il

AVANT-PROPOS

Diffusé un peu avant la seconde guerre mondiale, le «Test moteur de structuration visuelle» de Lauretta Bender - généralement nommé «B.G.T. » (Bender Gestalt Test) dans les publications internationales et« Test de Bender» en France - a été élaboré en un lieu dont le nom est familier à la plupart des psychologues cliniciens: le Bellevue Hospital de New Yark. C'est là, en effet, que David Wechsler effectua une partie de ses recherches pour la construction de son échelle d'intelligence; et il eut, d'ailleurs, l'occasion d'administrer luimême l'épreuve de Lauretta Bender à des malades atteints de troubles séniles, notant combien «lesperturbations rencontrées dans le domaine de la vision motricesont particulièrementfrappantes» (D. Wechsler, 1967, p.86). C'est en ce lieu, également, que travailla Paul Schilder (1950), durant les dernières années de sa vie. Or, nous verrons que l'empreinte de l'inventeur de la célèbre notion « d'image du corps» est présente dès l'origine du test, ses travaux s'imbriquant en partie dans ceux de Lauretta Bender. Dès sa création, le test paraît riche de promesses, notamment au niveau clinique, et bien adapté aux objectifs qui lui ont été assignés: «contrôler la
maturation de lajOnction motrice de structuration visueUechez l'enfant... explorer le retard, la

perte de jOnction et les déficiencescérébralesorganiques tant chez l'adulte que chez l'enfant.. .explorer les déviations de la personnalité, particulièrement dans le cas des phénomènesde régression»(L. Bender, 1946, p.3). Il connaît donc un succès assez rapide, aux Etats-Unis d'abord où il fait aujourd'hui partie des épreuves les plus régulièrement utilisées par les psychologues, puis dans le monde entier. Avec l'échelle de Wechsler, il est d'ailleurs reconnu comme l'un « des dix tests lesplus utilisésau monde» (*). En France, toutefois, le Bender Gestalt Test connaît un sort quelque peu original: grâce aux travaux d'Hilda Santucci, avec Nadine Galifret-Granjon, tout d'abord, puis avec Marie-Germaine Pêcheux, une standardisation est proposée pour une application de l'épreuve à une population d'enfants de 6 à 14 ans; et c'est surtout cette fonne qui, aujourd'hui encore, reste la plus connue des psychologues français et la plus utilisée dans le cadre du bilan clinique auprès d'enfants d'âge scolaire.

(*) La Lettre de la S. F . P. (Société Française de Psychologie), juin 1995, N°14, p. 13.

13

Le sérieux et l'intérêt de cette perspective n'étant pas à remettre en cause, il s'agit simplement de faire remarquer que les psychologues qui, dans notre pays, pratiquent le test de Bender, n'utilisent, en fait, pour la grande majorité d'entre eux, qu'une épreuve construite «d'après le test de Bender» (H. Santucci & M.G. Pêcheux, 1968). Ils ne travaillent que sur une adaptation du test ne reprenant qu'une partie des stimuli originaux, sans rien savoir, pour la plupart, des présupposés théoriques et cliniques qui ont présidé à sa mise au point et qui sont exposés dans l'ouvrage princeps de Lauretta Bender (1938), traduit en français en 1957. On peut ainsi estimer que les psychologues français n'ont pas tous les moyens de saisir la pertinence d'un outil dont ils disposent, certes, depuis longtemps, mais dont ils méconnaissent l'éventail des capacités. Notre intention, avec ce livre, est d'abord d'inviter le lecteur à un retour aux sources de l'épreuve, au moment même où Lauretta Bender choisit ses modèles et la façon dont ils s'ordonnent, car il n'y a pas d'autre manière, à notre avis, de comprendre véritablement l'esprit même de ce test et sa richesse clinique. Après avoir décrit quelques-unes des principales recherches sur l'épreuve, aux Etats-Unis et en France, nous nous proposons ensuite d'en venir à une orientation esquissée pratiquement dès l'origine: celle du test de L. Bender comme épreuve projective. Depuis plus de vingt-cinq ans, en ce qui nous concerne, nous ne cessons de promouvoir cette perspective à travers des articles (par ex: J. Bouis son, 1974, 1988, 1999.. .), des travaux de thèse, un enseignement universitaire, une pratique de psychologue clinicien. Aussi, nous a-t-il semblé opportun de réunir à présent l'essentiel de ce savoir et de cette expérience en deux ou trois ouvrages offrant aux praticiens les éléments nécessaires à une utilisation du test au sein du bilan psychologique, en commençant par un exposé détaillé de la méthode, depuis l'énoncé des consignes, jusqu'aux données pennettant la cotation et l'interprétation d'un protocole. Ce premier volume sera prochainement suivi d'un autre, davantage centré sur des études de cas prises dans les champs du normal et du pathologique. Il montrera plus concrètement la manière dont peuvent s'articuler les différents éléments de cette épreuve, l'originalité de ses apports, sa complémentarité avec d'autres techniques projectives beaucoup plus connues et pratiquées, telles que le Rorschach et le T. A. T.

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PREMIERE

PARTIE

HISTOIRE DU TEST

CHAPITRE I L'ELABORATION DU TEST

En 1930, Lauretta Bender prend ses fonctions au Bellevue Hospital de New Yark, où elle vient d'être nommée comme psychiatre. Elle dispose alors d'un vaste champ d'expérience allant de l'adulte à l'enfant, avec un intérêt apparemment plus affirmé pour tout ce qui concerne l'examen et le traitement de ces derniers. Dès 1934, d'ailleurs, elle aura la charge du service infantile de la section psychiatrique. En 1930, encore, un autre psychiatre est nommé dans ce même hôpital. Il s'agit de Paul Schilder, arrivé d'Europe depuis peu et qui, en 1936, deviendra le mari de L.Bender. Dès le début, leur collaboration sera très étroite. En 1930, enfin, L. Bender a déjà publié une douzaine de travaux, en pathologie (1923, par ex.) et surtout en neuropathologie (1927, par ex.), la neurologie étant un domaine où elle s'investit plus particulièrement en 1923, dès la fin de ses études de médecine. Elle est, alors, à l'Université de l'Iowa, où elle assure déjà des fonctions d'enseignement et de recherche (*). Entre 1926 et 1927, elle va parfaire sa formation à l'Université d'Amsterdam, grâce à une bourse Rockfeller. Puis, en 1928, elle est nommée à l'Université de Chicago comme « résidente» en neurologie et elle devient un membre particulièrement actif de l'American Neurological Association. L'expérience acquise en service infantile, la rencontre avec P.Schilder et la formation de haut niveau en neurologie sont panni les principaux éléments à prendre en compte dans l'orientation et la compréhension des recherches de L.Bender. C'est à partir d'eux, en effet, que l'on arrive à saisir le contexte théorico-clinique dans lequel le test va peu à peu être élaboré.

(*) Ces renseignements biographiques sont issus de diverses sources et d'un résumé paru dans «La Revue de Psychologie Appliquée », Tome 4, avril 1954, , Paris :Editions du C. P. A. , pp. 203-210.

17

LE CONTEXTE

THEORICO-CLINIQUE

Comment l'organisme répond-il aux stimuli qu'il rencontre? Comment répond-il, en particulier, aux stimuli du champ visuel, plus propices aux études eXpérimentales? Comment les organise-t-il ? Comment les« structure »-t-il ? On pourrait dire qu'il s'agit là, dans les recherches entreprises par L. Bender, de la « question de départ », son sujet étant très précisément centré sur l'étude de la fonction motrice de structuration visuelle, fonction de structuration qu'elle définit (1938 et 1946, p. 4) comme étant celle «par laquelle l'organisme
( constellation») intégré répond comme un tout à une ( constellation »), un ensemble structure~ même une donnée de stimuli, une Gestalt. la réponse étant ellese fait par L'intégration

différenciation. La structure d'ensemble du stimulus et l'état d'intégration de l'organisme en un tout déterminent le tYPe de réponse. Dans tout champ sensorie~ tout modèle peut être regardé comme un stimulus en puissance. Tout modèle résultant est un modèle senson-moteur».

On comprend immédiatement, à partir de cette définition, comment le fait de pouvoir travailler sur des populations d'enfants et sa fonnation de psychiatre et de neurologue vont permettre à L. Bender d'étudier tout à la fois la genèse de la fonction de structuration au cours de la maturation des schèmes visuo-moteurs chez l'enfant ainsi que ses avatars dans divers cas pathologiques d'intégration. On perçoit également les principaux courants théoriques qui lui servent de référence: la Gestaltthéorie, le Jacksonisme, les travaux de P. Schilder sur le « monde primitif de la perception ».
aJ La Gestaltthéorie

Les références à la Gestaltthéorie accompagnent l'ensemble de la recherche de L.Bender sur la fonction motrice de structuration visuelle. Dans l'ouvrage qu'elle publie sur son test, en 1938, on trouve cités, dès les premières phrases de la Préface de P. Schilder, ou de l'Introduction, les travaux de Wertheimer, Kahler, Koftka, Lewin, soit les principaux auteurs de ce qu'on a appelé «L'Ecole de Berlin », auteurs qui viendront s'installer aux Etats-Unis dans les années 1922-1923. Sa parfaite connaissance de la langue allemande a vraisemblablement pennis à L. Bender de se familiariser rapidement avec les théories de la Psychologie de la Gestalt, même si, par ailleurs, elle prend très vite de la distance vis-à-vis d'eux: «La p.rychologie e la Gestalt -écrit-elle (1938, p. 3) d n'a su rendre
compte des pulsions et des tendances des conduites humaines, des progrès et des régressions».

Pour elle, en effet, la Gestalt n'est pas seulement une réalité primitive. Elle a aussi une histoire, et les principes de structuration établis par les Gestaltistes ne sont pas applicables, notamment, à l'enfant au cours de la maturation de la fonction visuo-motrice. En fait, les lois énoncées par les psychologues de 18

l'Ecole de Berlin ne sont valables que pour un organisme parvenu à un niveau de maturation adulte; mais encore ne s'agit-il que« d'un point d'équilibre
momentané, d'une fonction mobile susceptible de changement» (ibid. p. 6).

Si, à la suite d'auteurs tels que K. Goldstein (1934), L.Bender opte plutôt pour une sorte de Gestaltisme génétique, on ne peut oublier, cependant, la part importante qui revient à M.Wertheimer dans l'élaboration du test. En 1923, en effet, M.Wertheimer publie, dans un article intitulé:« Untersuchungen zur Lehre von der Gestalt» (*), cinquante-six reproductions mettant en valeur les principes essentiels de la structuration visuelle. Or, neuf de ces dessins, pour la plupart repris tels quels, vont devenir les figures du test, l'originalité de L. Bender consistant à les faire copier, alors que M. Wertheimer se contentait de les faire décrire. Nous en viendrons bientôt à une présentation détaillée de ces neuf dessins. Nous aurons l'occasion, alors, de revenir sur ces références à la Gestaltthéorie, dans la mise au point du test par L.Bender.
b) L'influence des idées de John Hughlings Jackson et des neurologues d'inspiration jacksonienne.

Qu'à travers sa formation de neurologue, L.Bender ait subi l'influence de prédécesseurs illustres, cela ne fait aucun doute. La seule conception holistique de l'organisme, telle qu'on la trouve dans la définition de la fonction de structuration citée précédemment (p. 18), suffit à évoquer les recherches de K. Goldstein, mais aussi les principes formulés par le grand précurseur de la notion d'organisme que fut J.H. Jackson (tous deux cités par L. Bender dans son ouvrage de 1938.) Ceci devient encore plus évident quand L. Bender aborde l'étude de la fonction de structuration dans le cadre de l'aphasie sensorielle: « Le problèmequi sepose dons cette étude - écrit-elle alors (1938, pp. 69-70) - est de déterminersi les
maladies organiques du cerveau qui tendent à désorganiser lesfonctions cérébrales réduisent les expériences sensorielles à l'état de sen.sation.sindépendantes et isolées, ou lesfont rétrograder Ii un niveau d'intégration plus primitif desfigures totales». L'auteur opte nettement, à la suite de ses travaux, pour la seconde partie de l'alternative. L'aphasie sensorielle se traduit, dans le domaine visuo-moteur, par «une régression à des niveaux plus primitifs », avec « désintégration de l'organisation des structures les plus complexes» (ibid. p. 87) et « exagération desfonctions primitives de structuration». Au contraire, « dans la récupération, on assiste à la progression des stodes de maturation jusqu'au stade finolle plus

élevé» (ibid. p. 90).

(*) «Recherches

sur les principes de la Gestalt».

19

On est bien là dans le droit fil des principes de J.H. Jackson: dans le système nerveux, l'évolution des fonctions au cours du processus de maturation se fait du moins organisé au plus organisé, du plus simple au plus complexe, du plus automatique au plus volontaire, tandis que la dissolution suit un processus inverse et que l'on peut distinguer, à chaque niveau de dissolution correspondant à un trouble nerveux, un élément négatif lié à la suppression de la fonction d'un centre supérieur et un élément positif constitué par la libération et l'hyperfonction des centres sous-jacents. Selon L. Bender, c'est surtout à la suite de lésions situées entres les lobes temporo-pariétal et occipital de l'hémisphère cérébral dominant que l'on observerait les perturbations les plus graves de la fonction motrice de structuration visuelle; mais qu'en serait-il, alors, dans le cas de maladies mentales où les lésions organiques n'existent pas nécessairement? Dans la schizophrénie, on retrouverait « cette tendance à régresserà des principesplus primitifs» (ibid. p. 123), avec une nuance importante, toutefois:
« Nous trouvons. .. dans lafonction de stmcturation visuo-motrice du schizophrène, la scission comme perturbation fondamentale. Elle s'exprime par une dissociation dans /es figures de Gestalt et entraîne souvent une distorsion fondamentale ,. ainsi, lesprincipes de stmcture sont scindés» (ibid. p. 128). A un niveau de dissolution moins profond, dans la psychose maniacodépressive, on ne pourrait pas dire grand-chose des malades sur le versant dépressif, trop inhibés ou déprimés pour répondre aux stimuli proposés. Les maniaques, par contre, ne détruiraient ou ne défonneraient pas les figures de Gestalt. Ils auraient seulement « tendance à embellir ou à souligner leurs caractèrespar des additions secondaires au dessin original... » (ibid. p. 152). A un niveau encore plus superficiel, en allant vers le groupe des névroses, il n'y aurait plus, cette fois, « de modifications de la perception ou de la fonction de structuration visuo-motrice» (ibid. p. 187). Se trouve ainsi défmie la totalité du champ dans lequel doit se dérouler la recherche sur la fonction motrice de structuration visuelle: tout au long du développement, de l'enfant à l'adulte, dans la « déficiencementale », les « aphasies », les « divers désordres cérébraux organiques », les «psychoses graves », les «psycho-névroses»

(L. Bender, 1946, p. 4).
c) Les travaux de Paul Schilder

« Il a dit que... ». « Il a traité cesproblèmes... » .« Schilder et moi-mêmeavons différencié. ». Paul Schilder est constamment cité dans l'ouvrage de L.Bender de .. 1938 et présent de la Préface jusqu'à la dernière page. En fait, on ne peut pas véritablement comprendre les recherches de L. Bender si on ne les situe pas par rapport à celles de P. Schilder, leurs travaux

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se complétant au point qu'il est parfois difficile de dégager la part de l'un et de l'autre. S'il est impossible de rappeler ici toute l'œuvre de P. Schilder, on peut, néanmoins, rappeler certaines de ses conclusions, situées dans le cadre de ses recherches sur l'image du corps et concernant, notamment, « le mondeprimitif de
la perception ».

Pour approcher ce monde primitif, l'on dispose, affirme P. Schilder, d'un instrument de choix: le tachistoscope (*). En effet, si, à l'aide d'un tel appareil, l'on expose des figures incomplètes, pendant un temps très bref, cellesci auront tendance à être complétées selon les désirs et les souhaits de chacun des sujets de l'expérience. Grâce au tachistoscope, on peut donc explorer un monde de formes plus primitif, puisqu'il est fait appel à des mécanismes que l'on peut qualifier de plus « régressifs ». Variant selon les souhaits et les besoins de chacun, ce monde serait également plus plastique, plus mobile Mais si le tachistoscope permet l'étude de l'origine et du devenir des formes primitives, il met aussi en évidence le rôle du facteur temps dans la fonction de structuration; car, plus le temps d'exposition est bref, et plus le sujet en revient nécessairement à des perceptions de formes plus primitives. « Li!
temps est ainsi lepremier Jacteur de maturité et il semble réellement s'intégrer aux capacités des

individuspour rendre possible l'expériencedes choses»(L. Bender, 1938, p. 59). Si, par le tachistoscope, on essaye de réduire au maximum le rôle de ce facteur temporel, on en arrive alors à saisir « un monde de mouvementset de courbes» (p. Schilder, 1934, p. 131), un monde fait de tourbillons, comme ceux que l'on trouve, par exemple, dans les dessins spontanés faits à la craie sur le trottoir «par des enfants entièrementsûrs d'aucune suroeillance» (ibid. et L. Bender, 1938, pp. 16-17). Ce monde primitif, plein de mouvements et changeant, dans lequel le désir et l'action ont une influence créatrice, n'est pas simplement, pour P. Schilder, celui que l'on découvre en étudiant la seule sphère visuelle. Il peut être approché, également, à travers les autres données perceptives. Mais il y a plus encore. Une étude faite par L. Kanner et P. Schilder (1930) montre que le monde de l'imagination visuelle est lui aussi en mouvement constant. Par exemple, des sujets à qui l'on demande d'imaginer des cercles, voient ceux-ci « tourner», «s'enrouler», «se déplacer», « s'étendre»... Et si l'objet est imaginé en mouvement, il semble bouger et se déformer dans la direction du mouvement: c'est le cas d'un bras qui, imaginé en train de bouger, devient plus long. De même, pour « l'imagination tactile», W. Bromberg et P. Schilder (1932) ont trouvé que l'imagination de contacts successifs sur la peau provoquait des impressions de lignes courbes se rejoignant entre les points.

(*) Appareil servant à présenter

à un sujet des images lumineuses pendant un court instant.

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Une série de conclusions s'impose alors: les phénomènes de l'imagination et ceux de la perception ont des tendances qui se rejoignent; tous deux réagissent aux désirs et aux actions du sujet; c'est le mouvement qui crée la forme (et donc l'espace), qui organise le champ optique et qui est à l'origine de la plus primitive des formes visuomotrices: la boucle fermée. L. Bender insiste tout particulièrement sur ce demier point, ainsi que sur « la tendancedes schèmessenson-moteursà reveniratIXprincipes lesplus primitifs et à exprimer le mouvementen quelquesorte» (1938, p. 30). Quel que soit l'âge d'un sujet, qu'il soit enfant ou adulte, il «persiste to1fiours tendanceàfaire des bouclesenguise de la
points, des lignes légèrement courbes et non droites, plus ou moins convergentesou divergentes, à

laplace deparallèles» (ibid.). Et tout ceci est réaffirmé à différentes reprises, en des termes quelque peu similaires: « La qualité inhérente à toute image optiqueest le mouvement.Ce dernierestfondé sur les mouvements élémentaires de formes spirales ou sinusoïdales, d'expansion, de
contraction,

de scintillement,

ou sur les mouvements

moléculaires

élémentaires.

La forme

la

plus simple est un cerclefermé dont le centre est fIXe mais non la périphérie.

Chaque point

est le centre d'un cercle possible, chaque ligne une direction, la direction la plus primitive étant la ligne horizontale orientée vers la droite» (ibid. p. 56). « Le premier principe de perception qui, en lui-même, implique habituellement horizontale est la motilité habituelle tJtfX spirales du champ visuel du temps, le second principe est la direction, qui, également, implique le temps,. le troisième en cerclesfermés ou la notion et dextroore des mouvements

est la masse directionnelle et implique aussi le temps. Les formes dfèctives émergent de ces tendances par l'inhibition l'inhibition en spirale et sc constituent (ibid. p. 65). segments de cercles,. par l'inhibition de la tendance directionnelle, les lignes se constituent;

de la masse est à l'origine du fond»

LE CHOIX DES STIMULI ET LEUR ORDRE PRESENTATION

DE

Pour évaluer le niveau de maturation de la fonction motrice de structuration visuelle, on comprend, à partir de tout ce qui précède, l'intérêt qu'il peut y avoir à proposer à un sujet des stimuli qu'il devra dessiner - sa « réponse» Qa figure dessinée) étant composée «du modèle spatial original (modèlevisuel), du Jacteurtelnporelde devenir,et duJacteurpersonnelsenson-moteur» (L. Bender, 1938, p. 6) - et qui présenteront ainsi des caractéristiques spécifiques destinées à solliciter les schèmes sensori-moteurs et les formes les plus primitives de la perception: des courbes, des cercles, des sinusoïdes, des points, des lignes horizontales orientées vers la droite. . .

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Or, L. Bender va trouver tous ces éléments dans les recherches de M. Wertheimer (1923) sur les principes essentiels de la Gestalt. Une série de figures ont permis à ce demier d'étudier comment les adultes structurent leur perception en unités organisées et en totalités qui sont plus que la somme des parties. Sachant ce qu'il en est de la perception de l'adulte normal, il devient possible de repérer comment celle-ci s'organise au cours du développement de l'enfant à l'adulte, et comment, aussi « on trouve desforces destructives ar lesqueUes p toutesles configurationsont simplifiéesou détruites» (L. Bender, 1938, p. 6). s

aJ

Le choix des 9 modèles du test (*)

La figure A est le modèle n° 24 proposé par M. Wertheimer avec les deux suivants:

00
N°24

Q)
N° 25

ciJ
N°26

Pour M. Wertheimer, il s'agit ici de montrer le rôle du facteur de « fenneture » (Geschlossenheit) qui contribue à la délimitation d'une surface précise, « solide». Les deux ftgUIes fermées de ces modèles sont ainsi vues d'emblée, chacune représentant ce que M. Wertheimer appelle une« bonne fonne». Le choix du modèle 24 par L. Bender tient probablement, en outre, au fait que ce dessin, grâce à la présence du losange contigu au cercle, privilégie la dimension horizontale dextrogyre. Composée de deux éléments familiers, qui ne présentent pas de difficultés importantes au niveau de la copie, la ftgUIe A proposée dans le test peut être décrite ainsi: Un cercle, dont le diamètre varie entre 23 et 24 mms ; Un losange (ou un carré sur pointe), à droite du cercle, dont les côtés
varient entre 18 et 20 mms, avec des diagonales de 26 et 27 mms

.

Le centre du losange (tangent au cercle) et le centre du carré sont alignés avec le point de tangence selon une droite horizontale.

(*) Voir p. 237

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Les irrégularités contenues dans le modèle utilisé pour le test ne sont absolument pas dues à une mauvaise qualité d'impression, mais au fait que celuici a été tracé à la main avant d'être reproduit. La figure 1 : ce modèle est proposé à diverses reprises par M. Wertheimer (1923). Au chapitre 1 de son article, il le décrit comme « une rangéedepoints
dans un champ homogène, avec des distances entre les points alternant ainsi» :

abc
< 3mm>

d

e f

g h. ... .. .

< 12mm>

« La séquence obi cdl cfl gh... est vue le plus généralement, alors que la deuxième manière (al bel de...) est totalement impossible à voir pour la plupart des gens». «Par contre poursuit M. Wertheimer - si l'on diminuait cette « constellation» en réduisant le nombre depoints, la situation deviendrait plus labile et il serait plus facile defaire apparaître la forme opposée al bel de... » M.Wertheimer met ainsi en valeur le facteur de «proximité » (Nahe) : la structuration de la perception se fait en fonction des couples de points les plus rapprochés. Et ce principe « a une valeur universelle qui ne vaut pas seulement en optique ou dans l'espace. .. mais s'applique aussi à un battement rythmique ».

La figure choisie par L. Bender, est en quelque sorte un « cas limite », où le principe de proximité n'opère plus que faiblement. On peut la décrire aJ1lS1 : Une ligne droite, horizontale, de 12 points, dont la longueur totale est de 132 mms . Les points ont entre 1 et 2 mms d'épaisseur. Les points 2 à 11 sont groupés par paires et il y a 9 mms d'espacement entre les deux points d'une même paire, 11 mms d'espacement d'une paire à l'autre et entre les points 1-2 et 11-12 . Ce modèle, généralement considéré comme simple, répétitif, voire « ennuyeux », donne souvent lieu à des observations cliniques tout à fait intéressantes chez des sujets qui semblent se trouver surpris, tout à coup, par des difficultés qu'ils ne soupçonnaient pas au premier coup d'œil: celle de bien aligner les points, par exemple et, plus encore, celle d'arriver à bien les espacer pour les regrouper selon le modèle. Ceci peut entraîner, alors, le désir de recommencer la ligne, déclencher des comportements compulsifs de comptage et recomptage des points, entraîner la mise en place de procédures destinées à

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