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Les "deux têtes" du médecin

De
210 pages
Qu'attend-on du médecin ? Quelle place notre médecine de plus en plus efficace et technicisée peut-elle faire à la personne malade ? L'idée directrice de cet ouvrage est que la médecine a atteint un seuil à partir duquel de profondes modifications sont nécessaires pour que l'attention au sujet occupe la place qui lui revient. C'est à partir de rencontres avec des patients et d'évènements ayant marqué l'itinéraire professionnel de l'auteur qu'il sera proposé au lecteur d'entrer dans cette réflexion sur la médecine actuelle et son devenir.
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Guy Even
Guy Even
LES « DEUX TÊTES » DU MÉDECIN
LES « DEUX TÊTES » DU MÉDECIN
Les « deux têtes » du médecin
Éthique et pratique médicale fondée par Richard Moreau Collection dirigée par Roger Teyssou La collectionLes Acteurs de la Science, prévue pour recevoir des études sur l’épopée scientifique moderne, se dédouble pour accueillir des ouvrages consacrés spécifiquement aux questions fondamentales que la santé pose actuellement. Cette nouvelle série cherche à faire le point objectivement et en dehors des modes sur des connaissances, des hypothèses et des enjeux souvent essentiels pour la vie de l’homme. Elle reprend certains titres publiés auparavant dansActeurs de la science. Dernières parutions Thierry PATRICE,Les aléas du vivant, Ordre ou désordre ?, 2017. Jean-Yves de la CAFFINIÈRE,Chirurgie et société. Retour sur 13 articles publiés dans la presse médicale généraliste, 2017. Bahram MATINE et François REGNIER,Des maux en paroles. Médecine et malades venus d’ailleurs, seconde édition revue et augmentée, 2016. Pierre de PUYTORAC et Auriane ARTUSSE,La mort en 60 questions, La mort observée, expliquée, repoussée, 2016. Dominique PERSOONS,Santé riche et Médecine pauvre, 2016. Daniel BIRNBAUM,C’est la lutte finale, 2015. Jacques ROBERT,Mal de mère et maux d’enfants, 2014. France BERETERBIDE,Essais cliniques dans les pays du Sud : entre impérialisme éthique et relativisme moral ?, 2014. Lucien KARHAUSEN,Mythologies médicales, 2014. Nausica ZABALLOS,: leVie et mort d’un hôpital psychiatrique Camarillo Hospital (1936-1996), 2014. Monica GINNAIO,La pellagre : histoire du Mal de la Misère en Italie, 2013. Pr Jean-Luc WAUTIER (avec la collaboration de Marie-Paule Wautier),Le sens de la médecine ou la révolution culturelle dans le système de santé, 2013. François VACHON,Mon corps m’a dit, Vite et mieux comprendre quand une urgence médicale menace vraiment sa vie, 2013.
Guy Even Les « deux têtes » du médecin
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Du même auteur Participation aux ouvrages collectifs : Apprentissage de l’exercice médical, dir. B.Housset, Masson (modules transversaux), 2002. Paroles d’étudiants, Paroles d’enseignants : une expérience de formation à la relation médecin malade, SIPAYAT, à paraître juin 2017.
© L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-11482-8 EAN : 9782343114828
sommairE
P7 rologuE. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . i13 ntroduction. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
première partie La représentation contemporaine de L’acte médicaL chaPitrEi- lEParadigmEdEclivagE25 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . chaPitrEii- EffEtsEtlimitEsdudualismE33 En médEcinE. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . chaPitrEiii- vErsunEautrEconcEPtion²  ’41 dE l intErvEntion médicalE . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . deuxième partie une cLinique pour La dimension subjective de L’acte medicaL
 - l chaPitrE i a cliniquE médicalE 49 contEmPorainE Et sEs limitEs. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  - é ’ chaPitrE ii lémEnts d unE cliniquE  ’71 dE la dimEnsion subjEctivE dE l actE médical . . . . . . . . . . . . .
 - l chaPitrE iii Es limitEs dE la cliniquE  ’99 dE la dimEnsion subjEctivE dE l actE médical . . . . . . . . . . . . . troisième partie un cadre professionneL pour L’exercice d’une doubLe responsabiLité
chaPitrEi- untEmPsPourlactEmédicaldEsoin115 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  - u chaPitrE ii nE modification dE la Position 129 médicalE défEnsivE. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  - u chaPitrE iii nE Position dE modEstiE 147 non désabuséE. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
quatrième partie une représentation nouveLLe de L’acte médicaL  - l chaPitrE i a PratiquE médicalE commE«objEtcomPlExE»165  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  - P171 chaPitrE ii roPosition dE modélisation. . . . . . . . . . . . . . . . .  - u chaPitrE iii nE rEPrésEntation moEbiEnnE  ’177 dE l actE médical. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . b191 ibliograPhiE. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . t199 ablE dEs matièrEs. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
màDàME L ET MàDàME a
P rologuE
Cette semaîne, deux vîeîes dames sont tombées. Ees m’ont appeé à domîcîe. Je es aî înterrogées puîs examînées. L’une s’étaît aîdée de a nappe pour se ever de tabe. Maîs a toîe cîrée a gîssé entement, jusqu’au poînt où a dame est tombée, tenant a nappe toujours à a maîn. Ee a appeé et attendu ongtemps qu’on a trouve et ’aîde à se reever. L’autre s’est retournée un peu vîte, e aît quî bout vous savez. Mouvement bruta des yeux, rapîde du haut du corps, es bras se tendent aors que es pîeds, pus ents, traïnent puîs butent. Sans faîre d’împrudence, ees sont tombées.
Ces petîts dangers quotîdîens, pas exactement ceux-cî, auxques je n’avaîs pas pensé, maîs d’autres, je eur en avaîs pourtant paré î n’y a pas bîen ongtemps. Ces vîeîes habîtudes : monter sur e tabouret pour atteîndre e haut de ’armoîre, ne pas vouoîr se séparer de cette descente de ît quî gîsse et faît des pîs maîs permet aux pîeds nus de se poser à terre au réveî es matîns d’hîver.
Ees m’avaîent écouté, gentîment comme on dît, sans rîen changer. Ces împrudences et ces dangers sont îés à a vîe même et au temps quî passe. À ce décaage entre ce qu’on pense encore être, ce qu’on voudraît teement encore pouvoîr, et ce qu’on est et peut. Is sont îés à cette expérîence de soî sédîmentée par des années de vîe, ces possîbîîtés physîques et psychîques que ’on n’arrîve pas à quîtter. Quee trîstesse de se voîr sî vîeux, de sentîr ses possîbes se restreîndre d’années en années. Comment accepter cea sans souffrance, sans révote, sans combats ? Aors parfoîs, moîtîé par habîtude, moîtîé par bravade, on grîmpe sur e tabouret. Et es deux vîeîes dames sont tombées, une sur e dos, ’autre sur e côté. Ah sûr, dîx ans pus tôt ees auraîent pu se rattraper, se rééquîîbrer. Sans doute même dans ce moment quî précède a chute, dans ’înstant où ees percevaîent e déséquîîbre sans croîre à ses conséquences, pensaîent-ees encore ’évî-ter. Rîen à faîre, ees sont tombées. Ce quî n’étaît pas foe împrudence, ce quî faîsaît partîe de a vîe, est aînsî însensîbement devenu un danger. Dîficîe de se passer de ce dernîer étage de ’armoîre aors qu’on ’a toujours utîîsé. Dououreux de quîtter ce tapîs quî vous accom-pagne depuîs des années, a connu e temps où e marî étaît encore vîvant. Ce refus d’actuaîsatîon face à une vîe où es possîbes se restreîgnent peut sans doute se pacer sous cette bee formue qu’utîîse Mereau-Ponty à propos de a percep-tîon du « membre fantôme » : « un ancîen présent quî ne se décîde pas à devenîr passé ». Ancîenne présence
au monde où un petît déséquîîbre est spontanément corrîgé, où a vacîatîon autour du poînt de gravîté faît partîe de a vîe. Ancîen paîsîr quî ne se décîde pas à devenîr passé. Paîsîr de monter sur un tabouret, paîsîr de a gîssade hérîté de ’enfance. Maîs cette semaîne es deux vîeîes dames sont tombées. Je es aî donc examî-nées. I y a teement de causes à a chute à cet âge : e cœur et ses troubes du rythme, une baîsse de tensîon, un probème neuroogîque, es médîcaments, une înfectîon, une pathoogîe de ’oreîe înterne… Pas de probème de cet ordre cette foîs. J’aî aussî faît effectuer des radîos. J’avaîs un doute à ’examen. Et puîs ça casse teement vîte à cet âge-à, es os. On en a pourtant faît des chutes dans cette satanée vîe ; et gobaement ce qu’on expérî-mente de a chute, de cette petîte chute chez soî, chute de sa hauteur, c’est que ça ne casse pas. Eh bîen à encore, cet ancîen présent nous trompe et doît être dépassé. Rîen de cassé heureusement cette foîs-cî, nî chez ’une, nî chez ’autre. Et pourtant toutes es deux vont me demander d’être hospîtaîsées...
Ces deux patîentes je es avaîs vues courant septembre et octobre. Je me souvîens, j’étaîs trop pressé. Ees, je es connaîssaîs et î n’y avaît pas de probème partîcuîer. Aors, renouveement d’ordonnance ou vaccîn, j’avaîs été vîte. Sî vîte, un petît chef d’œuvre d’organîsatîon. Rîen de aîssé au hasard, pas de temps perdu. Sî vîte pour ees, sî vîte pour ce temps de a vîeîesse. Lentes à se déshabîer, entes à se rhabîer, entes pour tout ; sans aucun doute je es avaîs brusquées. J’avaîs préféré oubîer que es personnes âgées partagent avec es tout petîts enfants une sensîbîîté partîcuîère. La sensîbîîté à cette