Les malvenus

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Le monde anglophone n'a pas la même approche de la "race" que nous. Derrière un mot identique en français et en anglais, nous mettons des connotations fort différentes. Voici neuf études croisant les critères de race, de sexe et de classe. Des femmes de couleur dans l'industrie du sexe aux Etats-Unis aux femmes indiennes sur le marché de l'emploi en Grande-Bretagne, des politiques racistes anti-asiatiques en Australie à l'expression de l'antisémitisme dans les livres pour enfants en Angleterre, ce volume essaie de monter de quelle façon et pour quelles raisons certains sont "malvenus".
Publié le : jeudi 1 janvier 2004
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EAN13 : 9782296344006
Nombre de pages : 249
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Les Malvenus
Race et sexe dans le monde anglophone

Collection "Racisme et eugénisme" dirigée par Michel Prum

La collection "Racisme et eugénisme" se propose d'éditer des textes étudiant les discours et les pratiques d'exclusion, de ségrégation et de domination dont le corps hUIDtaÎn le point est d'ancrage. Cette problématique du corps fédère les travaux sur le racisme et l'eugénisme, mais aussi sur les enjeux bioéthiques de la génétique. Elle s'intéresse à toutes les tentatives qui visent à biologiser les rapports humains à des fins de hiérarchisation et d'oppression. La collection entend aussi comparer ces phénomènes et ces rhétoriques biologisantes dans diverses aires culturelles, en particulier l'aire anglophone et l'aire francophone. Tout en mettant l'accent sur le contemporain, elle n'exclut pas de remonter aux sources de la pensée raciste ou de l'eugénisme.

Le Groupe de Recherche sur l'Eugénisme et le Racisme (GRER) a précédemment publié, sous la direction de Michel Prum, trois ouvrages aux éditions Syllepse:
Exclure au nom de la race (2000) La Peau de l'Autre (2001) Corps étrangers, Racisme et eugénisme anglophone (2002)

dans

le monde

Sous la direction de

Michel Prum
GROUPE DE RECHERCHE
SUR L'EUGÉNISME ET LE RACISME

Les Malvenus
Race et sexe dans le monde anglophone

Collection: Racisme et eugénisme

Ouvrage publié avec le concours de l'Université Paris 7 Denis-Diderot

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan ltalia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

(Ç) L'Harmattan, 2003 ISBN: 2-7475-5593-3 EAN: 9782747555937

INTRODUCTION
Michel Prum
Un homme qui est né dans un monde déjà possédé, s'il ne lui est pas possible d'obtenir de ses parents les subsistances qu'il peut justement leur demander, et si la société n'a nul besoin de son travail, n'a aucun droit de réclamer la moindre part de nourriture, et, en réalité, il est de trop. Au grand banquet de la nature, il n'y a pas de couvert vacant pour lui; elle lui ordonne de s'en aller et elle ne tardera pas elle-même à mettre son ordre à exécution.
Thomas Malthus 1

Malvenue au banquet de la nature! Chacun connaît cette tristement célèbre citation de Malthus. Certains, quand ils arrivent, quand ils naissent, sont bienvenus. D'autres ne le sont pas. Ils ne le sont pas parce qu'ils sont pauvres, comme chez Malthus, ou parce qu'ils sont noirs, juifs, aborigènes ou indiens dans un monde obsédé par la "race" cette étrange construction sociale qui se raccroche à quelque mélanine de plus ou de moins à la surface de la peau, la peau de l'Autre bien sûr, ou à quelque détail superficiel de la physionomie. À ces malvenus de la société, aucun couvert n'est offert. Au contraire, tout semble fait pour éviter qu'ils s'assoient auprès des autres conVIves. Le racisme n'a pas de frontière? Oui et non. Fondamentalement, on retrouve les mêmes phénomènes d'exclusion, d' infériorisation et de discrimination sur les cinq continents. Mais la façon dont on exclut, infériorise ou discrimine n'est pas toujours identique. Les mots pour le dire,
IThomas Malthus, Essai sur le principe de population (1798), 2e édition, 1803.

8 au-delà des simples variations linguistiques, ne sont pas les mêmes. Si l'on compare l'aire anglophone, si proche de nous, semble-t-il, en raison de son omniprésence médiatique, et notre monde francophone, certaines différences apparaissent. Français et Anglo-saxons parlent de "race" mais n'y mettent certainement pas les mêmes choses. En France, ce mot est devenu tabou, il réfère aux théories raciales du XIXe siècle ou aux descentes aux enfers de l'Allemagne nazie ou de la France vichyste. Travailler sur la "race", c'est par exemple travailler sur les théories de l'extrême droite. Pour les relations entre Français dits "de souche" (quelle souche ?) et ceux d'origine africaine ou asiatique, par exemple, on parlera plutôt de relations avec les "minorités ethniques", le terme "ethnique" servant d' euphémisant au terme de "race". Sont "ethniques" tous les groupes autres que la majorité blanche, qui n'appartient semble-t-il à aucune ethnie. Comme le note Colette Guillaumin à propos du Blanc, qu'elle appelle "le majoritaire" : « celui qui

parle ne Se nomme pas» 2 et elle ajoute: « Connoté de naturel,
d'évidence, il va tellement de soi qu'il en est complètement occulté. Tels ces objets introuvables qui sont au centre de la

table. » 3
En Angleterre ou aux États-Unis, en revanche, le mot "race" fait partie des catégories banales de la taxinomie quotidienne. Les "race relations" sont une discipline universitaire au même titre que par exemple les "gender studies". Lors du recensement décennal de 2001, comme lors du précédent recensement de 1991, on n'a pas craint de demander aux Britanniques leur "race" (et en 2001 leur religion). Les organisations des minorités y étaient même favorables, y voyant le moyen de mieux cibler les populations afin de redistribuer de manière plus fine les différents fonds d'assistance. Les grilles de questionnaire des démographes français, elles, sont colourblind: elles ne connaissent pas de couleurs. On est français ou on ne l'est pas, quels que soient son taux de mélanine ou la nature de ses cheveux. C'est ce qu'a rappelé clairement, en août
2Colette Guillaumin, L'Idéologie raciste (1972), Paris, Gallimard, 2002, pp. 291-2.
3 Ibid., p. 299.

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2003, le Président de la République française lorsque, au nom d'un décret pourtant signé par le Conseil d'État le 5 juin 2003, et autorisant « de façon pérenne les questions sur l'appartenance ethnique pour les recensements de Nouvelle-Calédonie », il fut décidé de demander aux Néo-calédoniens de cocher la case correspondant à leur appartenance ethnique. « Cette idée de faire cocher une origine ethnique est scandaleuse, déclara Jacques Chirac. Je ne peux que condamner de la manière la plus sévère cette histoire de recensement décidée par quelqu'un de tout à fait irresponsable. »4 On voit ici nettement la différente d'approche des deux aires culturelles. Cette différence d'approches, ces fausses proximités de mot justifient qu'on se penche sur le racisme anglo-saxon, qu'on se penche sur lui pour le comprendre (au sens où l'on comprend un mécanisme), mais peut-être aussi, en retour, pour mieux cerner le racisme français. C'est dans ce but qu'a été fondé, en 1998 à l'Université de Paris 7, le Groupe de Recherche sur l'Eugénisme et le Racisme (GRER), qui regroupe des chercheurs anglo-saxons ou français de plusieurs universités parisiennes, et des correspondants d'autres universités françaises ou étrangères. Ce groupe en est à sa sixième année d'existence et témoigne, par sa vivacité, du besoin qu'il y avait de fédérer les recherches anglicistes sur le racisme. Incidemment, le second volet des recherches du GRER (l'eugénisme), relève de la même problématique du corps: dominer un groupe au nom du corps (corps blanc, corps aryen...) pour le racisme ou, pour l'eugénisme, sélectionner le corps parfait, le corps supérieur. Il arrive souvent que l'exclusion au nom de la race se double d'une exclusion au nom du sexe. Cette "double discrimination", celle fondée sur le sexe et celle fondée sur la race, se retrouve chez les "travailleuses du sexe" américaines qu'a étudiées Catherine Poulcallec, dans le cadre d'une thèse de doctorat menée à l'université de Paris 7 Denis-Diderot. On ne s'étonnera pas de lire dans ce premier chapitre que, dans le
4

Claudine Wéry,

Calédonie

« Un recensement « ethnique» », Le Monde, 5 août 2003, p.6.

contesté

en Nouvelle-

10 monde très hiérarchisé de la pornographie, les femmes noires sont reléguées au bas de l'échelle, qu'elles doivent se contenter de rôles secondaires et accèdent rarement au statut de star. Ce qui est plus remarquable, c'est la pesanteur historique qui lie l'industrie du sexe à la période de l'esclavage. La femme noire des films X renvoie à l'esclave violée par le maître blanc du Sud. Le viol a valeur de castration et de domination. La domination masculine par le viol sert à asseoir la domination blanche, mais l'humiliation de la femme noire par le maître blanc sert également à conforter le pouvoir masculin et vise donc aussi la femme blanche. Racisme et sexisme sont intimement liés. La pornographie, comme mode de représentation des phantasmes de la société, éclaire d'une lumière crue le racisme américain. Si la femme blanche est une femme-objet, la femme noire apparaît comme un animal, « animal sauvage, mystérieux, dangereux et méprisable », écrit Catherine Poulcallec. Blanches et noires sont déshumanisées, mais la femme noire est perçue comme une menace; sa bestialité est dangereuse; la peur qu'elle inspire suscite une violence accrue. Plus que jamais, la Noire est l'Autre, puisqu'elle est fantasmatiquement exclue du genre humain. Catherine Poulcallec ne se contente pas d'étudier la pornographie sous l'angle de la consommation, et de ses représentations, comme l'ont fait avant elle nombre de féministes américaines. Elle s'intéresse aussi à la production, et au vécu des "travailleuses du sexe" qu'elle rencontrées et interviewées, et à qui elle donne la parole. Son témoignage éclaire les rapports de domination - de race, de sexe et de classe - de la société américaine contemporaine, au travers de ce microcosme, certes particulier, mais pourtant représentatif d'un monde dont il exacerbe les désirs et les peurs. Comme Catherine Poulcallec, Hélène Quanquin, Maître de Conférences à l'Université de Paris 3, croise les critères de race, de sexe et de classe, dans la lecture qu'elle fait de l'autobiographie de Faye Wattleton, présidente de Planned Parenthood of America (un « Planning familial» à l'américaine) de 1978 à 1992. Faye Wattleton est noire et dirige

Il une association où prédominent les hommes et les Blancs. Elle se considère elle-même comme femme avant d'être noire, comme si, note Hélène Quanquin, la « féminité était avant tout biologique [...] et l'afro-américanité, une construction ». Mais cette hiérarchisation n'exclut pas les passages entre féminité et ethnicité. Pour Faye Wattleton, les femmes noires sont plus à même, du fait de leur oppression raciale, de comprendre l'oppression qu'elles subissent en tant que femmes. C'est la question de l'avortement qui est au centre de sa présidence. Certes, depuis l' arrêt Wade v Roe de 1973, l'avortement est légal au niveau fédéral. Mais le combat est loin d'être gagné et les Noires sont les premières concernées car, pour des raisons diverses énoncées dans ce chapitre, elles recourent plus souvent à l'avortement que les Blanches, même si, paradoxalement, elles sont moins impliquées dans le combat pour défendre ce droit. Cette défense, il est vrai, est loin de faire l'unanimité chez les Afro-américains. L'avortement est associé par beaucoup au « génocide noir» et les « avorteurs» sont accusés d'avoir fait disparaître plus de Noirs que des générations d'esclavagistes et de lyncheurs racistes. Faye Wattleton a eu pour célèbre prédécesseur, à la présidence de Planned Parenthood, Margaret Sanger, cette eugéniste soupçonnée d'avoir voulu réduire les capacités procréatrices des Noires, et elle assume pleinement cette filiation. Hélène Quanquin se réfère au vif débat qui opposa Wattleton à Mildred Jefferson, autre Afro-américaine qui milita dans le camp des antiavortements, au nom justement de son appartenance ethnique. La référence à l'esclavage, on le voit avec Catherine Poulcallec comme avec Hélène Quanquin, est indissociable de toute étude de l' afro-américanité. Le passé esclavagiste continue de hanter la société américaine contemporaine. L'article d'Ellen Gruber Garvey, Professeur à l'Université de l'État de New Jersey, replonge dans cette histoire collective de l'esclavage et de la traite. Elle s'intéresse d'abord à la période de la Reconstruction, juste après la Guerre de sécession. L'Histoire ici se fait histoires: Ellen Garvey étudie les histoires écrites par des Sudistes et publiées dans les périodiques à

12 diffusion nationale - histoires qu'on se raconte pour réécrire, en quelque sorte, I'Histoire de l'esclavage, histoires qui ont aussi pour but de tisser la « romance de la réunion» des deux frères ennemis, le Nord blanc et le Sud blanc. C'est la poignée de mains au-dessus du cadavre du Noir. Le Blanc sudiste est réhabilité. Naguère fustigé et dépeint comme efféminé, il redevient chevaleresque et héroïque. En revanche le Noir se caractérise par sa puérilité. « Si le garçon du Sud était devenu un homme, note Ellen Garvey, les Noirs, dans ces récits, étaient devenus d'éternels enfants. » Ellen Garvey s'intéresse ensuite plus particulièrement aux récits de navires négriers. On sait que la traite transatlantique, officiellement abolie en 1808, continua encore fort longtemps de façon clandestine, les États sudistes laissant faire cette contrebande d'êtres humains (le « bois d'ébène») et la marine américaine refusant de coopérer avec la marine britannique qui patrouillait au large des côtes d'Afrique occidentale, la célèbre Côte des esclaves. Ellen Garvey analyse plusieurs de ces récits, écrits dans les années 1880 et 90, contrastant le traitement des personnages blancs et des foules noires - les Noirs ne sont pas des personnages: des marchandises plutôt, transportées, ballottées, parfois jetées par dessus bord, toujours passives (c'est la voix passive qui est utilisée dans les phrases qui les mettent en scène). Dans tous ces récits populaires, on voit le travail de reconstruction du passé. Tout est bon pour reforger l'unité de l'Amérique blanche au lendemain de la déchirure fratricide que fut la Guerre de sécession - sans doute la première grande guerre moderne. On pense à La Naissance d'une nation (The Birth of a Nation), le célèbre film que Griffith réalisera en 1915 à la gloire de l'Amérique blanche et du Ku Klux Klan. Il est un second poids, à côté de l'esclavage, qui pèse lourdement sur la conscience américaine: c'est bien sur le génocide des premiers habitants du pays, les Native Americans. Pour justifier l'extermination des Indiens, les déportations de populations et toutes les souffrances imposées, l'Amérique blanche a, là aussi, raconté des histoires pour reconstruire l'Histoire, pour faire de l'Indien un être frustre et cruel,

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gommant les civilisations souvent très élaborées qu'elle avait détruites ou durement malmenées. D'où sans doute ce besoin de mémoire de la part des survivants du génocide, qui s'exprime dans l'extraordinaire explosion de la muséographie amérindienne aux États-Unis, dont nous parle Gérard Selbach, Maître de Conférences à l'Université René-Descartes de Paris 5 et spécialiste de muséographie américaine. Cette explosion, ilIa résume en deux chiffres: quarante musées indiens en 1981, deux cent vingt aujourd'hui. Pourtant, note Gérard Selbach, le concept de musée était inconnu chez les Indiens, les mots mêmes de « musée» et d'« art » n'existent pas dans les diverses langues indiennes. Les Indiens se sont donc emparés d'un concept occidental pour définir leur identité et prendre leur place dans la société muIticulturelle. Il fallait surtout ne plus laisser les Américains d'origine européenne définir cette identité à leur place. L'article met en place une typologie des divers musées amérindiens, selon que le public visé soit nonindien (comme les musées financés par les casinos) ou indien (musées qui sont également des lieux de spiritualité, lieux secrets aussi, fermés aux profanes) ou encore un mélange des deux (par exemple les musées d'art contemporain indien). On le voit, la muséographie amérindienne est loin d'être monolithique. Il serait intéressant de la comparer à celle des autres minorités ethniques (cinq cents musées aux États-Unis sont répertoriés dans la catégorie "ethnique"). Il serait stimulant également de comparer la façon dont les États-Unis et l'Australie représentent, dans leurs musées, leurs peuples premiers, et surtout comment ces peuples, les Amérindiens des États-Unis (et du Canada) et les aborigènes d'Australie (et de Nouvelle-Zélande) se représentent euxmêmes. À présent multiculturelle, la société australienne a elle aussi sur sa conscience un passé chargé. Martine Piquet, Professeur à l'Université de Paris 9 Dauphine, et spécialiste de l'Australie, a pu parler, à propos des aborigènes, d'un « génocide soft ». Mais l'exclusion raciale du gouvernement australien ne s'est pas limitée aux aborigènes. Continent presque vide aux portes d'une Asie surpeuplée, c'est aux

14 Asiatiques que l'Australie s'est surtout opposée, et c'est de cette discrimination-là que traite, dans ce volume, Martine Piquet. Pourtant, note-t-elle, nous sommes loin aujourd'hui du raz de marée asiatique que laissait présager la peur du « péril jaune» : les Asiatiques ne représentent que 5% de la population australienne. Martine Piquet montre bien la montée, tout au long du XIXe siècle, de l'antipathie contre les « Tartares dégoûtants» et les « Jaunes bestiaux », les émeutes contre cette main-d'œuvre perçue comme une concurrence déloyale, briseuse de grèves, la mise en place de lois d'exclusion raciale ou, plus hypocritement, de dictées en langue européenne excluant de fait les immigrants venus d'Asie, puis, au Xxe siècle, lorsque l'immigration est prise en charge au niveau fédéral, la politique dite de « l'Australie blanche ». Elle rappelle les efforts désespérés du gouvernement australien d'attirer un grand nombre d'immigrés « racialement acceptables », concept d'abord limité aux populations de l'Europe du nord puis étendu, à contrecœur, à celles de l'Europe de l'est et du sud. La situation a changé aujourd'hui et, depuis les années 70, l'Australie est entrée dans l'ère du multiculturalisme. Mais le racisme, précise Martine Piquet, n'a pas disparu, à preuve les déclarations de la députée du parti d'extrême droite One Nation qui voyait encore en 1996 l'Australie « submergée par les Asiatiques» ! La situation d'une autre minorité asiatique, les Indiens de Grande-Bretagne, est analysée par Marie-Annick Mattioli, Maître de Conférences à l'Université René-Descartes Paris 5. C'est plus précisément la situation des femmes indiennes sur le marché de l'emploi qui est ici examinée. Critères de "race" et critères de sexe sont donc, ici encore, croisés. Du seul point de vue de l'ethnicité, l'immigration indienne en Grande-Bretagne présente une image moins sombre que bien d'autres groupes ethniques. Cette immigration est relativement ancienne, plutôt plus âgée que les autres populations, bien répartie géographiquement sur les bassins d'emploi et sectoriellement dans les activités de services. Ceci explique un moindre taux de chômage. Mais, fait plus marquant encore, quand on affine l'analyse en prenant en compte les critères de genre, on voit que

15 les femmes indiennes sont loin devant les femmes des autres communautés, y compris parfois les Blanches. Les Indiennes sont ainsi plus nombreuses à poursuivre des études supérieures que les Britanniques « blanches ». Conscientes des discriminations à l'embauche qui les attendent, elles éprouvent le besoin d'« en faire plus» pour trouver un emploi. Marie-Annick Mattioli examine les différentes raisons qui permettent à ces femmes de mieux réussir que, par exemple, leurs sœurs pakistanaises ou bangladaises. La moindre nocivité des religions sikh ou hindoue par rapport à l'islam, la structure familiale élargie (la présence d'autres femmes permettant de garder les enfants) sont d'autres pistes explorées dans ce chapitre. Il faut bien sûr, en lisant cet article, ne pas oublier son caractère comparativiste les femmes indiennes de l'immigration britannique demeurent moins bien loties que les hommes et les Indiens - tous sexes confondus - que les Britanniques « blancs ». La meilleure réussite relative de cette communauté, et de ses femmes en particulier, ne veut pas dire qu'il n'existe pas outre-Manche un fort racisme à leur encontre. Le racisme anti-Indien ou anti-Pakistanais en GrandeBretagne a été beaucoup étudié. Plus délicate est l'étude de l'antisémitisme anglais car l' hostilité à l'encontre des Juifs s'exprime de façon « moins ouverte» que pour les immigrés issus des anciennes colonies. L'antisémitisme anglais existe bel et bien, note Rose-May Pham Dinh, Maître de Conférences à l'Université de Paris 13 Villetaneuse, mais il est généralement « diffus et en demi-teinte », voire « dissimulé ». C'est, expIique un article du Guardian cité ici, un racisme qui s'appuie sur une rhétorique du faux éloge. Louer l'intelligence du Juif, ou sa sensibilité, est une façon de l'essentialiser, d'en faire un être différent, porteur d'une « nature juive ». Nous pourrions comparer cette démarche au faux éloge de la femme au cœur du discours anti- féministe, ou des Noirs (les meilleurs marathoniens !) dans la rhétorique de l'extrême droite française. Pour cerner cet antisémitisme spécifique et, plus généralement, pour étudier l'image du Juif en Grande-Bretagne, Rose-May Pham Dinh a étudié la littérature de jeunesse britannique, celle qui traite de la Seconde guerre mondiale.

16 Cette littérature est abondante et l'on peut parler d'un véritable « culte de la seconde guerre mondiale» au Royaume-Uni, tant sont nombreuses les fictions, littéraires, télévisées ou cinématographiques, qui abordent cette période. Il est vrai que la Grande-Bretagne est la seule nation à avoir gagné la Seconde guerre mondiale en ayant combattu dès le début de celle-ci. Or ce qui frappe dans cette littérature prolifique, c'est l'absence, ou la très faible présence, des Juifs. « Dans la littérature de jeunesse contemporaine du conflit, note notre collègue, les rares personnages juifs sont précisément des réfugiés qui ont fui les avancées du régime nazi, et même les ouvrages plus récents laisseraient presque croire qu'il n'y avait pas de Juifs en Grande-Bretagne avant qu'elle fasse figure de refuge pour les victimes de l'antisémitisme nazi. » Quand les Juifs apparaissent, ils confortent les préjugés que l'on pouvait craindre. Ainsi, dans ce roman que cite l'article, à la question du fils sur l'origine de l'antisémitisme (pourquoi nous traitent-ils ainsi ?), le père juif répond: « C'est parce que nous avons le génie de la finance et qu'ils en veulent à notre argent. » Particulièrement instructive, pour l'étude de l'antisémitisme britannique à cette époque, est l'occupation nazie des îles anglo-normandes. Elle nous montre un microcosme de ce qui aurait pu se produire si l'Angleterre avait été envahie par l'Allemagne hitlérienne. Or il semble, à examiner ce qui s'est passé par exemple avec les lois anti-juives de Guernesey, que les Juifs britanniques auraient été tout aussi persécutés et auraient reçu aussi peu d'aide que ceux du Continent. Comme le roman de Kazuo Ishiguro The Remains of the Day (Les Vestiges du jour - 1989), la littérature pour la jeunesse étudiée par Rose-May Pham Dinh permet de découvrir une société fort différente de l'image d'EpinaI d'une Angleterre churchillienne, debout comme un seul homme, résistant héroïquement face au blitz. Tout au long du XIXe siècle, le racisme s'est nourri de théories anthropométriques visant à donner à la hiérarchisation des races un fondement scientifique. Mais ce courant biologisant, cherchant dans les différences des corps des signes de supériorité ou d'infériorité intellectuelle ou morale, ne se

17 réduit pas à la comparaison des "races". Il entreprend aussi, à l'intérieur d'une même "race", de séparer le bon grain de l'ivraie, c'est-à-dire de reconnaître 1'« élite» à une extrémité de la société, et la « lie » à l'autre. Neil Davie, Maître de Conférences à l'Université Denis-Diderot Paris 7, et auteur de Les Visages de la criminalité qui sort cet automne aux éditions Kimé, s'intéresse ici à Francis Galton, celui qui a forgé le terme d'« eugénisme». Neil Davie montre bien le lien entre racisme et eugénisme. Ainsi, en observant les indigènes hottentot lors d'un voyage en Afrique du Sud, Galton reconnaît en eux « une physionomie si caractéristique des mauvaises gens en Angleterre », ce qu'il appelle « un air bagnard ». Cet « air bagnard» est aux yeux de Galton le signe de la dégénérescence de 1'humanité, contre laquelle la science se doit de lutter. L'Angleterre parviendra à contrecarrer cette tendance dégénérative par ce qu'il appelle « l'eugénisme positif », c'està-dire en sélectionnant grâce à des concours d'État les individus doués du meilleur « mérite héréditaire» et en finançant par des fonds publics leur descendance « génétiquement supérieure ». Il estime que l'élite britannique représente un homme sur quatre mille. Comme le note Neil Davie, pour Galton « l'avenir génétique de la souche britannique est une affaire d' hommes, non de femmes ». Pour mieux caractériser les signes de la dégénérescence humaine, Francis Galton se tourne vers la population carcérale et a recours aux techniques les plus modernes de la photographie. L'originalité de l'article de Neil Davie est qu'il étudie un aspect de Galton que ses biographes ont peu mis en valeur: le recours à la photographie composite. L'idée est de superposer plusieurs photographies de sujets différents pour en faire une seule, qui ferait apparaître les traits communs. En quelque sorte, la photographie composite est à l'image ce que la moyenne est au chiffre. En juxtaposant des portraits de prisonniers purgeant de lourdes peines, Galton espérait voir surgir les traits distinctifs du criminel-type, que l'on pourrait dès lors reconnaître et identifier plus facilement. Cette idée peut faire sourire aujourd 'hui ; pourtant le « délit de faciès» est malheureusement toujours à l'ordre du jour. L'idée que le

18 criminel naisse criminel et puisse être repéré avant même qu'il ait commis de crime reste un phantasme aussi vivace qu'au XIXe siècle, comme le montre le récent film Minority Report.5 Pourtant, malgré l'intérêt que quelques-uns lui portèrent, la photographie composite ne survécut pas au XIXe siècle. Les résultats qu'elle livra déçurent les plus fervents partisans de l'anthropométrie criminelle. Galton est certes resté dans l'Histoire, mais comme l'un des pères de l'eugénisme plutôt que comme inventeur d'un procédé photographique à l'usage des sciences sociales. Paradoxalement, ce corps « signe» que traque la photographie composite, ce corps « livre» où Galton cherche à lire le génie héréditaire ou la scélératesse innée est aussi, dans ce XIXe siècle anglais, un corps que l'on cache et qu'on voudrait oublier. C'est le grand crime des dandys, aux yeux de Gilbert Pham Thanh, Maître de Conférences à l'Université de Paris 13 Villetaneuse, que de clamer haut et fort l'existence de ce corps et, pour aggraver encore leur sort, de revendiquer en particulier le droit du corps masculin à être vu et admiré, à se parer et à séduire. Il y a là subversion des genres et la littérature populaire qu'a étudiée notre collègue ne trouve pas de mots assez durs pour dénoncer cette atteinte à la virilité britannique. Le corpus de référence utilisé se compose de textes anonymes de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècle, « paroles de chansons vendues à de larges publics, poèmes satiriques distribués sur les champs de foire, colportés sur les marchés ». Pour cette « sagesse» populaire qui s'exprime à l'époque de la Révolution industrielle, le corps masculin doit être productif et non décoratif, guerrier et non efféminé. Le dandy devient monstrueux, grotesque. En cet être au rabais, « notre race s'altère» (encore la dégénérescence !). Comme dans toute démarche raciste, l'exclusion du dandy passe par son rejet de la famille humaine, par son assimilation à l'animal, et le bestiaire que contient le corpus étudié est éloquent. Pour employer une autre imagerie, le dandy est accusé de gangrener le corps social,
5 Voir Neil Davie, "Identifier les tueurs-nés", Le Monde diplomatique, 2002, p. 31. décembre

19 d'où cette peur panique de la contagion. Pour Gilbert Pham Thanh, la violence de ces attaques est à la hauteur de la trahison « à l'éthique protestante de la bourgeoisie». Le paradoxe est que la riposte émane des couches populaires. « Peu sensibles à la voix que les attitudes élégantes élèvent contre les détenteurs du pouvoir, écrit-il, les auteurs, en tant que représentants de la conscience populaire, ne tardent pas à assimiler le dandy à un symbole de l'oppression socioéconomique et n'ont de cesse de le disqualifier, dans leurs écrits et sur la scène publique. De la sorte, ils se font plus ou moins involontairement les porte-parole de l'idéologie régnante. » Le corps (ici, le corps masculin) est donc l'enjeu de profondes dissensions idéologiques: enjeux économiques (le corps productif, outil de travail), sexuels (le corps désiré ou désirant, le corps obéissant à des répartitions de genre), eugéniques (le corps sain transmettant son patrimoine génétique), ethniques (le corps racisé). De même que le mot « race» n'est pas employé tout à fait dans le même sens en France et dans les pays anglo-saxons, de même le corps est investi différemment dans les deux aires culturelles, le puritanisme de l'Angleterre victorienne étant un bon exemple de la spécificité anglo-saxonne. Racisme, eugénisme, exclusion au nom du corps - le monde anglophone, avec sa sensibilité et sa propre rhétorique, participe de cette division de l'humanité entre ceux qui s'arrogent le droit de siéger en bonne place au banquet de la société et ceux que nous avons appelés les malvenus de ce festin.

Femmes de couleur et femmes blanches dans l'industrie du sexe aux États-Unis à la fin du XXe siècle
Catherine Poulcallec-Gordon

Si les gens sont attirés par l'industrie, indépendamment de ce qu'elle offre, je pense que c'est pour la part de rêve qu'elle procure. Ce qu'ils veulent, c'est ce que tout le monde veut, à savoir, malheureusement, des femmes élancées, à la longue chevelure blonde et à la forte poitrine. Gloria Lockett, femme noire}

Alors que le mouvement féministe contemporain soulève des questions d'intérêts pour toutes les femmes, le problème majeur pour les femmes de couleur n'est pas seulement la discrimination fondée sur le sexe, mais également le système entier de stratification ethnique et sociale qui définit, stigmatise et contrôle ces populations dans leur ensemble. Ainsi, les femmes de couleur sont confrontées à des facteurs et des obstacles qui diffèrent de ceux des femmes blanches dans leurs relations avec la société dans son ensemble, mais aussi dans l'industrie du sexe en particulier. Elles souffrent potentiellement d'une « double discrimination », en tant que femmes et en tant que membres d'une minorité ethnique. Ces deux formes de discrimination, celle fondée sur le sexe et celle
1

Jill Nagle (dir.), « Showing Up Fully: Women of Color Discuss Sex Work »,
New York, NY, Routledge, 1997, p.

Whores and Other Feminists, 198. [traduction libre de I ' anglais]

22 fondée sur la race, sont cependant insuffisantes pour traquer tous les ressorts de la domination. Les femmes sont susceptibles d'être confrontées à de multiples discriminations, en tant que femmes, membres d'une population désign\é,e comme minoritaire, en raison de leur religion, leur statut légal ou l'absence de celui-ci, leur âge, leur éducation, leur niveau de compétence professionnelle et/ou leur orientation sexuelle. Tous ces éléments sont susceptibles de fragiliser la femme de façon cumulative. L'objet de cet article est d'identifier les principales formes de distinction, de domination, d'exploitation, d'exclusion et de victimisation intervenant au croisement entre genre, race et classe auxquelles sont confrontées les femmes dans l'industrie du sexe aux États-Unis. Plutôt que de les aborder séparément, nous nous efforcerons de comprendre de quelle manière ces formes de discrimination multiples s'imbriquent les unes dans les autres. Nous tenons à préciser que cette recherche porte sur la situation particulière des femmes (nous n'avons pas tenu compte des travestis ni des transsexuels). Ce choix est guidé par le fait que les personnes qui exercent un ou plusieurs types de travail sexuel sont, dans leur majorité, des femmes. Tenter de dégager un profil des « travailleuses du sexe »2 est une opération difficile, pour ne pas dire impossible. Bien sûr, certaines tendances se dégagent. Mais il se trouve parmi cellesci une telle diversité de situations, de cheminements, de causes et de conséquences, qu'il serait fallacieux de prétendre être en mesure de fournir un tel portrait. Les travailleuses du sexe ne sont pas uniques; elles sont multiples. C'est pourquoi nous tenterons, dans les pages qui suivent, de dégager certains constats de la réalité de ces femmes tout en donnant de la visibilité à l'expression de leur grande diversité. Soulignons que l'illégitimité et l'illégalité de certains aspects de l'industrie du
2J'ai choisi dans cet article d'emprunter à Gail Pheterson ce terme employé pour décrire les femmes qui participent au commerce sexuel. Gail Pheterson, Le Prisme de la prostitution, Paris, L'Harmattan, 2001 (1 ère éd. anglaise, 1996).

23 sexe aux États-Unis rendent difficile l'obtention d'échantillons représentatifs, de données et de statistiques objectives. En outre, le statut illégal de nombreuses travailleuses du sexe migrantes vient renforcer leur invisibilité au sein de la société. Les informations qui nous ont permis de réaliser cette étude ont été recueillies de diverses façons. Au-delà d'une recherche bibliographique qui nous a aidée à mettre en lumière les enjeux liés à la problématique de l'industrie du sexe et au croisement complexe entre genre, race et classe, nous avons voulu privilégier l'approche qualitative et donner la parole aux femmes de couleur au travers d'entretiens. Cette étude ne retrace que des instants choisis de la vie de ces femmes. Nous nous garderons de faire l'amalgame de situations particulières, d'autant que celles-ci sont amenées à évoluer. Une autre source d'information importante a été les échanges avec des intervenants de différentes associations qui sont en contact direct avec les travailleuses du sexe3. Par souci de simplicité, nous recourrons dans cet article au terme « industrie du sexe ». Il renvoie ici aux activités professionnelles exercées par les femmes, activités pour lesquelles il y a échange de services sexuels contre rémunération dans des espaces publics, privés ou commerciaux. Dans l'industrie du sexe aux États-Unis coexistent des activités légales mais fortement stigmatisées tandis que d'autres appartiennent encore à l'économie clandestine. Parmi les activités légales, nous retrouvons les métiers d'actrice et de modèle (films pornographiques, revues pour adultes et Internet), de danseuse et de strip-teaseuse pour divers établissements (clubs de strip-tease, lap-dance clubs4, sex-shops offrant des
Je tiens à remercier les membres des associations FROST'D (From Our Street With Dignity, Foundation for Research on Sexually Transmitted Diseases), SACRD (Sex Workers and Advocates Coalition for Rights and Decriminalization), PONY (Prostitutes of New York), COYOTE (Call Off Your Old Tired Ethics), AIM (the Adult Industry Medical Healthcare Foundation) ainsi que Juhu Thukral, fondatrice du Urban Justice Center SW Project (Sex Worker Project). 4La danseuse, assise sur les genoux du client, se frotte contre son sexe.
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24 spectacles X en cabine individuelle), les offres de services sadomasochistes ainsi que la pratique du téléphone X. Il est cependant des situations ambiguës, comme dans certains bars et clubs spécialisés où le genre de services sexuels effectués n'est autre qu'une des multiples formes de prostitution, pratique illégale aux États- Unis5. La prostitution, activité illicite, s'exerce sous une multitude de formes allant de la prostitution de rue à la prostitution en salons de massage et en agences d'hôtesses (call-girls). Une certaine hiérarchie existe entre ces différentes formes de prostitution. Elle tient habituellement au lieu de pratique et au coût des services sexuels offerts. Ainsi, la prostitution de rue se situe au bas de cette hiérarchie. La prostitution en agences d'hôtesses, quant à elle, se situerait plutôt au sommet en raison de ses tarifs plus élevés et des lieux plus agréables où elle est pratiquée. En outre, certaines personnes offrent des services sexuels par le biais des médias (annonces publiées dans les journaux et revues). Soulignons que la prostitution sous toutes ses formes, excepté si elle est pratiquée dans les maisons de tolérance au Nevada, est illégale aux États-Unis. Toutefois, l'existence de ce type d'établissements dans d'autres États est confirmée. Afin d'être en mesure de bien comprendre ce qu'est la réalité de l'industrie du sexe aux États-Unis pour les femmes, nous croyons qu'il est essentiel de se référer à une typologie des ses différentes formes. Toutefois, celles-ci ne sont pas étanches les unes vis-àvis des autres. Laurent Guyenot6, dans un chapitre intitulé « La prostitution à l'ère de la communication », cherche à démontrer à quel point pornographie et prostitution, que nous aurions tendance à considérer comme deux marchés parallèles, sont en fait imbriquées, indissociables. Loin de se concurrencer, ces deux marchés s'alimentent mutuellement. Nous avons donc été amenée à observer différents parcours professionnels au travers desquels les femmes ont pu prendre part à diverses activités
5Ces services sexuels varient en fonction de la personne qui les dispense, du désir du client et du lieu où ils se pratiquent. 6Laurent Guyenot, Le Livre noir de l'industrie rose: de la pornographie à la criminalité sexuelle, Paris, Éditions Imago, 2000, pp. 23-24.

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