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Les médias et le pouvoir

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153 pages
La concentration des médias atteint un point sans équivalent. Internet bouleverse le rapport des industries aux représentations. Mais si les populations profitent des opportunités de démocratisation médiatique, elles subissent aussi des effets de ré-instrumentalisation. Plus déroutant encore, une fraction importante de ces populations se tourne vers des formes de contestation qui débouchent sur la xénophobie et le racisme. Ce livre prend la mesure du télescopage entre épuisement des récits politiques classiques, prolifération des moyens de communication et développement des capitalismes globalisés, qui sapent les formes stables d'échange et de coopération.
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postmodernité et de la In des grands récits ; le spécialiste des médias numériques Pablo Boczkowski ; le grand théoricien postmarxiste des populismes, le regretté Ernesto Laclau ; le sociologue de la communication et de la politique, Gabriel Vommaro ; le théoricien de la « multitude », Antonio Negri ; et l’anthropologue de la
recherche scientiîque et technique d’Argentine. Il achève une thèse portant sur les relations entre gouvernements et groupes médiatiques en Amérique du Sud à la Sorbonne Nouvelle et à l’Université nationale de General Sarmiento.
Ivan Schuliaquer
Ivan Schuliaquer LES MÉDIAS ET LE POUVOIR
Six intellectuels en quête de définitions
VattimoG.CancliniNegriLaclauBoczkowskiVommaro
Sixintellectuelsen quêtede déf initions LES MÉDIAS ET LE POU VOIR
Préface d’Eric Maigret
Les médias et le pouvoir
La Philosophie en commun Collection dirigée par Stéphane Douailler, Jacques Poulain, Patrice Vermeren  Nourrie trop exclusivement par la vie solitaire de la pensée, l'exercice de la réflexion a souvent voué les philosophes à un individualisme forcené, renforcé par le culte de l'écriture. Les querelles engendrées par l'adulation de l'originalité y ont trop aisément supplanté tout débat politique théorique.  Notre siècle a découvert l'enracinement de la pensée dans le langage. S'invalidait et tombait du même coup en désuétude cet étrange usage du jugement où le désir de tout soumettre à la critique du vrai y soustrayait royalement ses propres résultats. Condamnées également à l'éclatement, les diverses traditions philosophiques se voyaient contraintes de franchir les frontières de langue et de culture qui les enserraient encore. La crise des fondements scientifiques, la falsification des divers régimes politiques, la neutralisation des sciences humaines et l'explosion technologique ont fait apparaître de leur côté leurs faillites, induisant à reporter leurs espoirs sur la philosophie, autorisant à attendre du partage critique de la vérité jusqu'à la satisfaction des exigences sociales de justice et de liberté. Le débat critique se reconnaissait être une forme de vie.  Ce bouleversement en profondeur de la culture a ramené les philosophes à la pratique orale de l'argumentation, faisant surgir des institutions comme l'École de Korcula (Yougoslavie), le Collège de Philosophie (Paris) ou l'Institut de Philosophie (Madrid). L'objectif de cette collection est de rendre accessibles les fruits de ce partage en commun du jugement de vérité. Il est d'affronter et de surmonter ce qui, dans la crise de civilisation que nous vivons tous, dérive de la dénégation et du refoulement de ce partage du jugement. Dernières parutions Cyrille G.B. KONÉ,Sur la maîtrise de la violence, 2017 Serpil TUNÇ ÜTEBAY,Justice en tant que loi, justice au-delà de la loi. Hobbes, Derrida et lesCritical Legal Studies,2017.Sergueï GACHKOV,La politique et l’histoire dans la philosophie française face au socialisme réel dans l’après-guerre, Jean-Paul Sartre, Cornelius Castoriadis et Claude Lefort,2017. Iván TRUJILLO,De la possibilité d’une fiction historique chez Jacques Derrida, Phénoménologie, grammatologie, poétique, 2016. Marcos AGUIRRE, Cécilia SANCHEZ,Réflexions sur la politique et la culture en Amérique latine. Marcos Garcia de la Huerta, lectures et délectures, 2016. Paolo QUINTILI, Carlo CAPPA et Donatella PALOMBA,Université ou anti-université. Les humanités dans l’idée de formation supérieure, 2016.
Ivan Schuliaquer
Les médias et le pouvoir
Six intellectuels en quête de définitions
Vattimo-G.Canclini-Negri-Laclau-Boczkowski-Vommaro Préface d’Eric Maigret
Ouvrage édité dans le cadre du Programme “Sur” de Soutien aux Traductions du Ministère des Affaires étrangères et du Culte de la République Argentine.
Obra editada en el marco del Programa "Sur" de Apoyo a las Traducciones del Ministerio de Relaciones Exteriores y Culto de la República Argentina.
El poder de los medios© Capital Intelectual, 2014 © Ivan Schuliaquer, 2014 Traduction de l’espagnol par Valentine de Boisriou Image de couverture: Darle Todo, Antonio Seguí, 2010. Photo, © Béatrice Hatala, 2010.
© L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr ISBN : 978-2-343-12332-5 EAN : 9782343123325
Préface Le pouvoir des médias : un raccourci utile pour décrire un « objet ingérable » Parler de pouvoir des médias n’a guère de sens si l’on se place du point de vue vaguement paranoïaque des effets qu’aurait le grand monstre électronique sur les comportements et la vie politique. La télévision n’est pas le Léviathan de la mythologie et de la Bible, un être protéiforme qui nous menacerait par son étrangeté, ni même celui de Thomas Hobbes, une autorité absolue devant laquelle tous devraient s’incliner pour constituer une volonté politique unique. Le cadre des « paniques morales » et celui du « contrat social » ne sont vraiment pas les plus appropriés pour débattre de la place des médias dans nos vies. Pour autant, puisqu’ils sont une extension de nos sens comme le disait McLuhan, puisqu’ils nourrissent nos discussions et nos actions comme le pensait Gabriel Tarde, les médias font profondément partie de l’espace social et politique. Ils s’inscrivent plus fondamentalement dans un processus continu de sélection et de constitution des enjeux rendus publics et participent de ce fait de la construction de la réalité individuellement et collectivement saisie. Evoquer le pouvoir des médias devient alors un raccourci très parlant pour nommer quelque chose de très complexe à décomposer : l’ensemble fluctuant des relations entre forces économiques, institutions, législateur, personnel politique, professionnels des médias (journalistes, annonceurs, directeurs de chaînes, etc.), représentations encodées (textes et sous-textes plus ou moins accentués), publics, mouvements sociaux… Quelle est la résultante, à tout moment, de l’interaction entre le système de propriété et de 7
régulation des médias, la ou plutôt les cultures journalistiques, les stratégies des partis politiques, les revendications citoyennes et les jeux de symboles sur les scènes médiatiques ?  C’est à cette série de questions ramassées en une que tente de répondre ce livre en fournissant un instantané de la recherche, sur fond de montée des incertitudes. La concentration des médias atteint un point sans équivalent dans de nombreux pays, en particulier dans le secteur de l’information (le nombre d’agences de presse est devenu excessivement bas). Internet bouleverse le rapport des industries aux représentations, qu’elles qualifient de « contenus » pour tenter d’en restreindre la complexité et de les faire entrer de nouveau dans les circuits de distribution éprouvés, mais il semble qu’il n’y ait rien à faire : le Génie ne souhaite pas rentrer dans la bouteille. Les populations, constituées ou non en publics, profitent des opportunités de démocratisation médiatique sans éviter de subir des effets de ré-instrumentalisation, comme dans les émissions à sms de téléspectateurs où la participation n’est souvent qu’un prétexte au maintien des programmes traditionnels. Plus déroutant encore, alors qu’elles disposent de nouvelles opportunités d’expression, une fraction importante de ces populations se tourne vers des formes de contestation qui n’inspirent guère la confiance lorsqu’elles débouchent sur la xénophobie et le racisme, à travers ce que l’on nomme les nouveaux « populismes », pour la plupart sans potentiel démocratique manifeste, là où on attendait que se structure un grand mouvement progressiste après Seattle.  Ces mouvements en partie contradictoires, Ivan Schuliaquer a choisi de les mettre en perspective en s’adressant à six chercheurs, connus pour leurs publications de premier plan dans des domaines complémentaires : le philosophe Gianni Vattimo, penseur de la postmodernité et de la fin des grands récits ; le spécialiste des médias numériques Pablo Boczkowski ; le grand théoricien postmarxiste des populismes, 8
le regretté Ernesto Laclau ; le sociologue de la communication et de la politique, Gabriel Vommaro ; le théoricien de la « multitude », Antonio Negri ; et l’anthropologue de la mondialisation, NéstorGarcía Canclini. En fin connaisseur de la situation européenne et en spécialiste des médias et de la politique sur le continent sud-américain, Ivan Schuliaquer ne parle pas de n’importe où. Depuis son observatoire argentin, il mesure le rôle joué par les très sévères crises économiques, entretenues par le rigorisme des institutions financières internationales, dans la montée d’un sentiment d’impuissance. L’épuisement des récits politiques classiques, la désinstitutionnalisation continue et la prolifération des moyens de communication, qui ont permis de mettre fin à l’opposition trop violente entre experts et amateurs, rencontrent la trajectoire des capitalismes globalisés, qui sapent les formes stables d’échange et de coopération, accroissent les inégalités et les incertitudes existentielles, en induisant une peur des autres. L’impuissance laisse place à une défiance généralisée dans le contexte d’un néolibéralisme aggravé, qui provoque épuisement, rejet, absence de solution collective. La société est « assiégée », ainsi que le formule bien Zygmunt Bauman, obsédée par l’altérité, fascinée par l’idée de risque comme le sont les moustiques par la lumière des lampes.  Tout ceci explique l’importance conférée dans ce livre aux thématiques politiques, au sens large comme au sens restreint, notamment aux possibilités de subversion, au-delà des interrogations sur les médias eux-mêmes. Il ne faut pas être médiacentrique si l’on veut comprendre ce que font les médias et ce que les gens font ou ne font pas des médias. Il ne faut pas être déterministe non plus, ce que ne sont pas les auteurs interrogés. Quand Pablo Boczkowski observe qu’Internet a d’abord contribué à l’homogénéisation des contenus informatifs, ce n’est pas dans un but dénonciateur, ni pour nier le rôle émancipateur des médias numériques, c’est pour établir un paysage qui peut être modifié. De la même façon, Néstor 9