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Manifeste pour la décolonisation de l'humanité femelle (Tome 3)

De
214 pages
Comment la colonisation de l'humanité femelle est-elle reconduite d'une génération à l'autre ? Ce volume décrit les mécanismes de recolonisation continue. L'engrenage se met en place, au moment de chaque naissance, par le retournement contre les femmes de leur puissance d'enfantement. Elles se trouvent enfermées dans une conception sacrificielle de la maternité qui organise l'asservissement des mères, leur réclusion et leur disparition de l'espace public...
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MANIFESTE POUR LA DÉCOLONISATION
DE L’HUMANITÉ FEMELLE
Tome 3 Nicole ROELENS
LE SYSTÈME DE RECOLONISATION
PERPÉTUELLE
Les femmes dans le monde, aujourd’hui et depuis la nuit des temps, constituent
le plus grand peuple jamais colonisé. Quelles que soient leur ethnie, leur culture,
leur situation sociale, leur orientation sexuelle, toutes les personnes humaines
sexuées femelles sont colonisées dans leur corps jouissif et leur corps fécond et
opprimées de ce fait dans tous les registres de leur existence.
Comment la colonisation de l’humanité femelle est-elle reconduite d’une
génération à l’autre ? Le tome 3 répond à cette question en décrivant les mécanismes
de recolonisation continue. L’engrenage se met en place, au moment de chaque
MANIFESTE POUR LA DÉCOLONISATIONnaissance, par le retournement contre les femmes de leur puissance d’enfantement.
DE L’HUMANITÉ FEMELLE Elles se trouvent enfermées dans une conception sacrifcielle de la maternité qui
organise l’asservissement des mères, leur réclusion et leur disparition de l’espace
public. Ce retournement montre comment le pouvoir phallocratique s’impose en Tome 3
falsifant le réel de la condition humaine et en unilatéralisant, par la violence, les
rapports d’interdépendance entre les sexes. Cette escroquerie coloniale fonctionne LE SYSTÈME DE RECOLONISATION
aussi bien dans les interactions érotiques, que dans les interactions procréatives,
PERPÉTUELLEexistentielles, socio-économiques, cognitives et spirituelles. Elle transforme
les rapports sexués en rapports hiérarchisés d’exploitation et d’oppression.
La prédation sexuelle est l’expression la plus frappante de ce mécanisme.
L’analyse du mode opératoire de la colonisation et de sa reconduction
perpétuelle aboutit à une synthèse sous la forme d’une grille de lecture, qui croise les
quatre opérations coloniales de base que sont l’annexion, le pillage, l’humiliation
et l’assujettissement avec sept registres différents d’interaction entre les sexes.
Cette combinatoire révèle l’ampleur et la violence de l’emprise sexiste exercée
sur les femmes. C’est un bon outil de réfexion stratégique pour le mouvement de
libération internationale des femmes. Un outil pédagogique pour apprendre à se
dégager intimement et collectivement de la mécanique d’asservissement.
Nicole Roelens est psychologue clinicienne du travail et
de la formation. Sa thèse en 1996 portait sur l’habilitation
intersubjective à l’existence sociale. En 2000, son analyse des
processus de disqualifcation en chaîne et de violence au travail
rencontre un écho exceptionnel. En 2003, elle publie Interactions
humaines et rapports de force entre les subjectivités sur les
confits inhérents à l’interprétation du monde et à la construction
de la réalité. Depuis elle s’est attachée à observer la violence fondamentale de la
colonisation de l’humanité femelle. Elle est aussi militante antinucléaire, artiste,
mère et grand-mère, libertaire et amoureuse de la vie.
Série Sociologie du genre
ISBN : 978-2-343-03061-6
L O G I Q U ES S O C I A L ES22 e
MANIFESTE POUR LA DÉCOLONISATION DE L’HUMANITÉ FEMELLE Tome 3
Nicole ROELENS
LE SYSTÈME DE RECOLONISATION PERPÉTUELLE
LOGIQUES SOCIALES

Manifeste pour la décolonisation
de l’humanité femelle



Tome 3
Le système
de recolonisation perpétuelle Collection Logiques sociales
Série « Sociologie du genre »


Cette série propose des recherches qui s’appuient sur le paradigme
sociologique du genre comme mode de compréhension et d’interpré-
tation des Logiques Sociales. Domaine en plein développement, les
recherches « genrées » sont aujourd’hui centrales en sciences
sociales. La série cherchera à proposer des recherches théoriques et
empiriques dans l’esprit général de la collection Logiques sociales.

Dernières parutions

Nicole ROELENS, Manifeste pour la décolonisation de
l’humanité femelle, Tome 2, L’enfantement des humains ou
L’accouchement existentiel d’une nouvelle existence, 2013.
Nicole ROELENS, Manifeste pour la décolonisation de
l’humanité femelle, Tome 1, La Femellité et le réel prosaïque de la
vie des humains, 2013.
Aurélie DAMAMME, Genre, action collective et développement.
Discours et pratiques au Maroc, 2013.
Sabrina DAHACHE, La féminisation de l’enseignement agricole,
2012.
Sophie DEVINEAU, Le genre à l’école des enseignantes.
Embûches de la mixité et leviers de la parité, 2012.
Nicole Roelens

Manifeste pour la décolonisation
de l’humanité femelle



Tome 3
Le système
de recolonisation perpétuelle








































© L’HARMATTAN, 2014
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris

www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-03061-6
EAN : 9782343030616
1Introduction générale au Manifeste
pour la décolonisation de l’humanité femelle

Le titre de cet ouvrage assume mon engagement dans un travail
conceptuel au service de la décolonisation de l’ensemble de l’humanité
femelle. Souvent les manifestes sont des textes courts, pas celui-ci. Il est
publié en cinq tomes. Le travail nécessaire pour formuler l’objectif de
décolonisation et en tirer toutes les conséquences est à la mesure du
système de colonisation des femmes qui est ancien, généralisé,
reconduit de génération en génération et qui infiltre toutes les
dimensions de notre vie. Poser cet objectif de décolonisation dans
l’espace public me semble nécessaire et urgent.
Le sens et l’utilité de cette reformulation du combat des
femmes
La colonisation, en son fondement, consiste à transformer, par la
violence, les rapports d’interdépendance et la nécessité de coopération,
en relations unilatérales d’exploitation, puis à présenter cet asservis-
sement comme la relation naturelle entre des êtres supérieurs et des
êtres inférieurs. N’est-ce pas ce qui s’est passé et ce qui se passe encore
dans les rapports entre les deux moitiés sexuées de l’humanité ?
Le diagnostic de ce qu’on appelle « la condition féminine » comme
étant, en fait, une situation de colonisation de l’ensemble de l’huma-
nité femelle, ouvre une étape nouvelle et décisive à la dynamique de
libération des femmes.

1 Cette introduction générale va figurer dans chacun des cinq tomes qui composent
cet ouvrage pour permettre aux lectrices et aux lecteurs de situer chacune des
thématiques successivement abordées dans la globalité du propos.thématiques
successivement abordées dans la globalité du propos.
5 Ce diagnostic bouleverse la manière d’envisager les rapports actuels
entre les sexes. Il donne à penser la libération comme un processus de
décolonisation. Il ouvre de nouvelles perspectives sur ce que pourrait
être une coexistence postcoloniale des deux moitiés sexuées de
l’humanité.
Aller au-delà du concept de domination
Pour changer positivement les rapports de sexes, il n’est pas suffisant
de dire que les femmes sont dominées par les hommes. Quand on
observe attentivement les contributions et les activités réelles, on
s’aperçoit que les femmes sont actives dans la vie quotidienne et
qu’elles prennent une grande part des initiatives sans lesquelles la vie
humaine serait impossible ou invivable. L’écart entre les représen-
tations et les faits, en la matière, nous indique que la prétendue
domination masculine n’est que l’habillage idéologique du processus
sous-jacent et plus structurel, qui permet à l’humanité mâle d’annexer
l’existence de l’humanité femelle et de s’approprier ses puissances et
ses contributions. Ce processus, qui perdure malgré les acquis de la
lutte des femmes, est similaire à celui qui a permis à l’occident
d’instaurer des rapports de force avec d’autres peuples, d’envahir leur
territoire et d’accaparer leurs richesses.
Penser la situation des femmes comme celle du plus grand peuple
jamais colonisé
La colonisation sexiste est une donnée mondiale. Au-delà des diffé-
rences locales dans les rapports de sexe, elle concerne effectivement la
moitié de l’humanité. Toutes les femmes du monde, quelles que soient
leur ethnie, leur culture, leur situation sociale, leur orientation
sexuelle, sont des personnes humaines sexuées femelles qui sont
colonisées dans leur corps jouissif et leur corps fécond et opprimées de
ce fait, dans tous les registres de leur existence. La hiérarchisation
arbitraire des sexes est un phénomène de plus grande ampleur encore,
que la hiérarchisation arbitraire des ethnies et des peuples. Le sexisme
a précédé le racisme et l’infériorisation des femmes a servi de modèle
pour l’infériorisation des peuples que l’occident a agressé. C’est ce
6 2qu’a démontré Elsa Dorlin dans la « Matrice de la race » . La
colonisation sexiste est, historiquement et idéologiquement, la
première des colonisations.
Le problème de l’inégalité dans les rapports de sexes dépasse donc
largement la question des attitudes relationnelles entre hommes et
femmes, dans notre environnement immédiat. Il dépasse même la
question du patriarcat qui, nous le verrons dans les tomes 3 et 4, n’est
qu’une des variantes historiques d’une entreprise coloniale plus
fondamentale. On constate d’ailleurs aujourd’hui que l’affaiblissement
du patriarcat n’éradique pas l’oppression sexiste. Celle-ci évolue à
mesure que les luttes féministes viennent la combattre. Faire une
lecture rigoureuse des mécanismes de cette colonisation est
indispensable pour changer la situation des femmes dans leur
ensemble et les rapports de fait entre les sexes. Le travail de mise à plat
de ce système peut aider les mouvements féministes des cinq
continents à articuler leur action sur des objectifs communs de
décolonisation.
Mener une lutte au niveau planétaire
J’ai posé le concept de colonisation de l’humanité femelle en 2004,
3]sans savoir que Maria Mies avait écrit Women the last colony . Cette
convergence est logique, car nous sommes l’une et l’autre des
féministes, ancrées dans les luttes antinucléaires des deux côtés du
Rhin, et nous militons pour desserrer le pouvoir des lobbies sur la vie
des peuples. Les connexions potentielles entre les féministes
« décolonisatrices » vont bien au-delà de l’Europe. Maria Mies, quant
à elle, s’est associée avec une grande féministe indienne, Vandana
4Shiva, pour écrire « Ecoféminisme » . La lutte féministe devient
internationale. Les femmes qui luttent, à la fois contre l’oppression
économique et l’oppression sexiste, en Amérique du Sud, en Afrique
et ailleurs, commencent à se mettre en réseau. J’ai découvert
récemment, grâce à Jules Falquet, les féministes Noires, Chicanas et

2 Elsa Dorlin, La matrice de la race.
3 Maria Mies, Women the last colony, zed Books, Londres 1988.
4 Maria Mies et Vandana Shiva, Ecoféminisme, L’Harmattan 1998.
7 5Latinas du « Tiers monde étasunien » qui pensent simultanément
l’oppression des peuples considérés comme subalternes et l’oppression
sexiste. L’objectif de décolonisation de l’humanité femelle que je
soutiens dans ce Manifeste est un pas de plus pour faire converger
toutes ces luttes différentielles en dévoilant le socle de leur cohérence
fondamentale.
Pour se dégager du système qui dénie et détruit leur autonomie et leur
dignité de personne humaine, les femmes ont à mener ensemble un
combat mondial et transculturel de décolonisation, qui dépasse les
contradictions créées, entre elles par les intérêts nationaux des mâles
hégémoniques, en lutte les uns avec les autres. Ce combat repose sur le
respect de la pluralité des cultures, mais il dépasse les ethnocentrismes
qui sont fréquemment des vecteurs de l’oppression sexiste. La
solidarité internationale se construira dans un débat sans concession,
entre les femmes d’ethnies et de classes sociales différentes, sur les
objectifs à atteindre pour construire une société post-sexiste et post-
coloniale.
Décider de mettre un terme à la plus persistante et la plus généralisée
des entreprises coloniales est un objectif extrêmement ambitieux, qui
interroge les fondements mêmes de nos sociétés et situe la réflexion et
l’action à un niveau de contestation plus globale que les controverses
qui traversent aujourd’hui le mouvement féministe occidental.
Situer les enjeux au niveau des fondements de la société
Un des effets des luttes féministes antérieures c’est d’avoir ouvert dans
la société un questionnement permanent sur ce que signifie être une
femme ou être un homme. La définition des identités de sexe est
devenue un enjeu sociopolitique explicite. Les féministes ont com-
mencé par montrer que le Genre est une construction sociale relative
et que cette construction dans les sociétés patriarcales reproduit
toujours la même hiérarchisation des sexes, la même tendance à
l’infériorisation des femmes et à la valorisation des hommes. Elles ont
protesté contre la prescription sociale discriminante des rôles féminins

5 Les cahiers du CEDREF 2011 coordonné par Paola Bachetta et Jules Falquet avec
Norma Alarcon.
8 et masculins qui les enfermait dans l’univers domestique. Plus récem-
ment, les mouvements Homosexuels et Transgenres se sont saisis de la
contestation féministe du Genre prescrit pour protester contre l’obliga-
tion sociale d’appartenance à l’un ou l’autre genre.
Les débats en occident aujourd’hui portent essentiellement sur la
mise en scène sociale des rôles masculin et féminin
Certes, comme le soulignait Irène Théry lors du Forum européen de
6,bioéthique de Strasbourg la distribution des rôles féminins et
masculins, en occident évolue très vite. Ces rôles paraissent plus
fluides, plus instables et donnent l’impression que les hommes et les
femmes sont en train d’innover et de changer toute la société. Quel est
l’impact émancipateur réel de cette contestation montante des rôles
masculin et féminin pour l’ensemble des femmes ?
Le « libre choix du genre » est une revendication centrale pour les
mouvements Homosexuels et Transgenres. Cette revendication mino-
ritaire contribue utilement au débat sur la distribution des rôles, parce
qu’elle bouscule l’assignation sociale des hommes et des femmes à des
fonctions définies comme naturelles, alors qu’elles sont socialement
construites. Ces mouvements critiquent la catégorisation sociale et
administrative des individus, y compris dans l’état civil, soit comme
homme, soit comme femme. L’effet bénéfique de cette critique c’est de
faciliter l’expression de modes alternatifs d’existence et de conjugalité
et de souligner que les concepts de féminité et de masculinité sont
devenus inadéquats pour rendre compte des pratiques quotidiennes.
Je considère, en effet, que ces concepts sont trop piégés idéologi-
quement pour nous permettre de penser une nouvelle coexistence
entre les individus sexués. Par contre, je m’interroge sur la volonté de
séparer complètement le genre et le sexe biologique et plus encore sur
la condamnation de toute référence au sexe biologique, comme
réactionnaire.

6 Dans l’atelier « Vous avez dit genre? » Comprendre le Masculin et le Féminin, au
ème3 Forum européen de bioéthique de Strasbourg : Le corps humain en pièces détachées ,
du 28 janvier au 2 février 2013.
9 7J’ai été étonnée qu’Irène Théry qui a écrit La distinction de sexe adopte
cette manière de voir.
Le réel des corps deviendrait-il interdit de pensée et de parole ? N’y a-
t-il pas un amalgame entre la contestation des préjugés sexistes et la
révolte existentielle des individus contre le réel de la sexuation ? Dans
ce contexte, la formulation d’un objectif de décolonisation de
l’humanité femelle peut sembler anachronique. Il n’en est rien.
Nous clarifierons cette question dans le premier tome de cet ouvrage.
On ne choisit pas de naître mâle ou femelle, pas plus qu’on ne choisit
ses parents, ni le lieu et le moment de notre naissance. La conscience
de la sexuation n’a rien de spontanée et il n’est pas évident d’accepter
d’être seulement mâle ou femelle, mais ce réel de la vie humaine ne
disparaît pas parce qu’il nous dérange. Quand on le falsifie, on risque
de falsifier aussi le rapport à soi-même, aux autres et au monde. La
liberté ne se construit pas sur le déni du réel.
Il ne suffit pas de supprimer toute référence au sexe biologique pour
déraciner les préjugés sexistes, profondément inscrits dans l’esprit des
humains, par le système colonial. La porosité nouvelle de la frontière
imaginaire entre le masculin et le féminin n’empêche pas que perdure
8l’infériorisation systématique des êtres humains femelles . Cette
infériorisation reste insidieusement présente au sein même des couples
homosexuels et dans les relations transgenres, comme dans toute la
société. Françoise Héritier considère que cette « valence différentielle
9des sexes » fait partie de l’armature des sociétés.
Pour changer les rapports de force entre les sexes, il ne suffit pas d’en
changer la mise en scène
En dépit des évolutions spectaculaires dans la mise en scène des
identités sexuelles en occident, en dépit des discours sur la bisexualité

7 Théry I., La distinction de sexe, une nouvelle approche de l’égalité, Paris : Odile Jacob,
2007.
8 On remarquera qu’il y a une faute d’accord entre êtres humains et femelles que je
ferais en maintes occasion dans cet écrit, puisque femelle en français ne peut pas
s’accorder avec des noms masculins comme être, comme esprit, corps etc…….
9 Héritier F., Masculin/Féminin I, la pensée de la différence, Paris, Odile Jacob, 1996.
10 de tous les humains, en dépit de la volonté exprimée de dépasser les
différences considérées comme arbitraires entre les sexes, on s’aperçoit
que les automatismes sociaux qui donnent le pouvoir aux mâles sont
encore, et toujours, actifs. Mille obstacles continuent à se dresser
devant celles d’entre nous qui essaient d’exister librement. La société
est certes en mouvement, mais une incroyable violence sexuelle
continue de s’abattre, tous les jours, sur les femmes, et ce dès leur
enfance.
Il faut en conclure que la nouvelle fluidité apparente des rapports de
sexes n’a pas de véritable impact sur la dimension factuelle des
rapports de sexes. Ceux-ci continuent à être inconsciemment ou
subconsciemment préformatés par une sorte d’infrastructure sexiste
des comportements qui fait partie des fondements mêmes de la société.
Le sexisme est structurel puisqu’il continue à organiser en profondeur
les sociétés humaines. Il continue à instaurer des rapports de force
dans les relations sexuelles et dans la parentalité. Il parvient toujours à
unilatéraliser toutes les collaborations nécessaires à la vie quotidienne.
Il rend en grande partie invisible le travail des femmes et insignifiantes
leurs contributions majeures à la vie commune. Autrement dit, la
colonisation de l’humanité femelle perdure. Elle prend de nouvelles
formes et nous verrons qu’elle s’aggrave même dans certains
domaines. Contrairement à ce que prétend l’idéologie ethnocentriste,
l’asservissement des femelles humaines n’est pas le fait des seules
sociétés « archaïques ».
Il suffit de porter un regard lucide sur la situation réelle des femmes,
en France et dans le monde, pour se convaincre que la lutte des
femmes pour leur libération est d’une brûlante actualité. C’est
pourquoi, l’enthousiasme d’une grande partie des féministes occi-
dentales, à propos du grand bouleversement apparent des rôles
féminin et masculin, m’interroge. Ce qui m’inquiète surtout c’est de
constater que le combat pour le libre choix du Genre a tendance à se
substituer idéologiquement à la lutte des femmes pour leur libération.
11 Ce serait une erreur pour les femmes d’abandonner leurs luttes de
libération au profit d’une campagne abstraite pour le libre choix du
genre.
La question du Genre prend beaucoup plus de place, aujourd’hui,
dans les médias et même dans des institutions comme l’Education
nationale, que les revendications féministes élémentaires. D’autre part,
la dimension non biologique du Genre est récupérée par les
campagnes de promotion des nouvelles technologies de procréation.
La solidarité requise dans la lutte contre les discriminations liées à
l’orientation sexuelle dissuade une majorité des féministes de
questionner la place des femmes dans le projet sous-jacent de société
sexuellement indifférenciée. Celles qui le font comme Sylviane
10Agacinski sont vite suspectées d’homophobie.
Faut-il alors que les femmes abandonnent, sans condition, le terrain de
la procréation sous prétexte d’un droit égal des individus à avoir des
enfants ? Ne sommes-nous pas en train de laisser le pouvoir techno-
scientifique et médical, essentiellement machiste, s’emparer de notre
puissance d’enfantement ?
Nous verrons dans cet ouvrage pourquoi l’enfantement est un
évènement critique dans les rapports de sexes et ce qui pousse les
mâles à assurer leur emprise sur le ventre des femmes et sur les
filiations. Au long des siècles, et aujourd’hui plus que jamais, le
premier mobile du colonialisme des mâles c’est de s’approprier la
puissance femelle d’enfantement. Les femelles humaines sont
colonisées, non pas à cause de leur faiblesse, mais à cause précisément
de leur puissance spécifique d’enfantement. L’humanité mâle,
indépendamment de ses choix sexuels, tend sans cesse à maîtriser et à
asservir cette puissance, quitte à utiliser l’oppression, la violence ou la
ruse…
Que signifie pour les femmes l’égal accès à la procréation qui est
revendiquée par les mouvements Gay ? Qu’est-ce qui se joue au sujet
de l’engendrement et de la parentalité ? Est-ce que nous nous
autorisons à examiner lucidement les intérêts divergents entre les sexes

10 Agacinski S., Femmes entre sexe et genre, Paris, Editions du Seuil, 2012.
12 sur ces questions ? Est-ce que nous sommes attentives aux transferts de
puissance qui s’opèrent aujourd’hui ? Ce sont des questions nouvelles
qui n’étaient pas abordées dans les combats féministes du 20e siècle.
Le temps est venu de se confronter aux dilemmes et aux paradoxes
que le mouvement de libération des années 1970 ne pouvait pas
encore aborder.
La puissance femelle, telle qu’elle sera décrite dans ce manifeste, a été
négligée dans les discours et les pratiques de libération sexuelle de ma
génération. Il était peu ou pas question à l’époque de la libération des
femmes amoureuses et encore moins de la libération des mères. Nous
avons beaucoup parlé de libération sexuelle, mais celles qui osaient
parler librement de leur existence amoureuse et féconde, comme l’a
11fait Annie Leclerc , étaient très minoritaires et plus ou moins
gênantes. La relation amoureuse et la maternité étant le lieu d’une
juste révolte des femmes pour se libérer de l’emprise phallocrate,
l’expression de l’expérience femelle était encore inaudible. La priorité
des femmes, alors, était de sortir de l’état de soumission à l’ordre
patriarcal. Elles se démarquaient des femmes des générations
précédentes qui leur apparaissaient comme des victimes passives de
l’oppression machiste. Avec le recul, on s’aperçoit que cette rupture
subjective avec les générations précédentes était assez caricaturale, car
l’histoire des femmes témoigne que depuis toujours, beaucoup d’entre
elles ont tenté de résister à l’emprise des mâles sur leur vie. Elles s’en
dégageaient plus ou moins, dans certains registres de leur existence,
rarement dans tous, et leur effort d’émancipation était toujours à
reprendre. C’est encore le cas pour nous aujourd’hui. Cependant la
dimension collective de la résistance des femmes a pris une telle
eampleur avec la lutte de libération du 20 siècle qu’elle a eu un impact
certain sur la société patriarcale. Par contre, elle n’a pas résolu une
difficulté persistante pour les femmes hétérosexuelles, c’est-à-dire la
grande majorité d’entre elles, c’est qu’en même temps qu’elles
tendaient à se libérer, elles entraient en lutte intestine avec leurs
propres désirs.

11 Annie Leclerc, Parole de Femmes, Grasset, 1974.
13 Nous verrons que cette lutte intestine est le résultat du dilemme
truqué, imposé par l’entreprise coloniale, entre femellité et émanci-
pation. Si on n’analyse pas ce mécanisme colonial, on ne peut pas lui
échapper. Reste alors, soit à renoncer à l’émancipation, soit à se
désincarner pour se protéger à la fois des contradictions internes et de
l’oppression machiste.
Le mouvement féministe est devant un choix historique entre une
stratégie de désincarnation ou une déconstruction du système
colonial
La colonisation de l’humanité femelle est, nous le verrons dans le
tome 3 de ce manifeste, une colonisation charnelle. Elle inscrit
l’asservissement dans les corps. L’emprise des hommes sur le corps des
femmes crée une situation d’exploitation et de déni de ce que je
nomme la femellité, c’est-à-dire la réalité unitaire du corps sexué
femelle, de ses puissances et de ses expériences spécifiques. Elle aliène
toutes les puissances de l’être incarné femelle, c’est-à-dire sa puissance
jouissive, procréative, existentielle, socio-économique, cognitive et
spirituelle.
La femellité, c’est-à-dire l’être incarné femelle, s’éprouve, pour une
grande part, dans les relations d’interdépendance avec les mâles,
comme l’être incarné mâle s’éprouve pour une grande part dans les
relations d’interdépendance avec les femelles. Ces relations
d’interdépendance étant falsifiées par le colonialisme, il est très difficile
de les vivre sans s’aliéner. Les femmes qui tendent à s’émanciper ont
donc inéluctablement tendance à se désincarner, c’est-à-dire à se
défemelliser.
La solution de la désincarnation et de l’artificialisation des rapports
entre les sexes prend de plus en plus d’ampleur. D’autant qu’elle est
encouragée par le marketing, qui propose aux individus des moyens
techniques pour se mettre à l’abri d’une confrontation directe à la
conflictualité des rapports sexués. Cependant, cette désincarnation
autoprotectrice mutile les femmes de leur femellité et les hommes de
»12leur « virilité . Elle n’apporte aux femmes qu’une autonomie

12 L’acception habituelle de la virilité n’est pas l’équivalent pour les hommes de ce

14 illusoire puisqu’elle donne les pleins pouvoirs à une technoscience
intrinsèquement machiste.
Le mouvement de libération des femmes est aujourd’hui face à un
choix historique qu’on peut simplifier de la façon suivante :
– soit nous éliminons les rapports hétérosexuels et les coopérations
charnelles dans les pratiques érotiques et dans l’engendrement, en
utilisant des gadgets pour jouir et des biotechnologies pour engendrer.
– soit nous décidons de déconstruire la falsification coloniale des
interdépendances, afin de décoloniser notre corps amoureux, sans être
obligées de refouler nos désirs hétérosexuels et de décoloniser notre
corps fécond, sans donner tout pouvoir aux technologues de la
procréation.
Le présent Manifeste pour la décolonisation de l’humanité femelle
opte évidemment pour la deuxième solution. De cette option
découlent les axes d’action qui seront détaillés dans les différents
tomes. La formulation de ces axes d’action est destinée d’abord à
donner aux femmes hétérosexuelles les moyens de se décoloniser.
J’espère que les lesbiennes y puiseront aussi un élan et des outils pour
combattre le colonialisme des mâles, mais je ne peux pas présumer de
l’utilité que les concepts de femellité et de décolonisation peuvent avoir
ou non pour elles. Nous avons des expériences de vie différentes et
sans doute des regards différents sur le monde. Je pense que nous
aurons des dialogues sur ces questions.
Pour les hétérosexuelles, le premier avantage du projet de décolo-
nisation, c’est de résoudre la tension entre d’une part, le désir de vivre
sa femellité dans les relations amoureuses et dans l’enfantement, et
d’autre part, l’aspiration à s’émanciper. Ce dilemme est un des
résultats de la colonisation que nous devons déconstruire.

que signifie le concept de femellité pour les femmes, mais nous ne disposerons pas
de concept plus pertinent tant que les hommes n’auront pas fait le travail de
signifiance de leur propre expérience incarnée de mâle.
15 Déconstruire l’incompatibilité sexiste entre femellité et
émancipation
La colonisation sexiste vise avant tout à conjurer et à asservir la
puissance femelle. Il y a bien des façons de rendre les femelles
impuissantes en les persuadant qu’elles le sont. L’humiliation en est
une. Elle transforme leur vitalité amoureuse en asservissement. Elle
transforme leur prérogative biologique de donner ou pas la vie en
infériorité et en source de discrimination. Cette malédiction coloniale
repose sur une incompatibilité fictionnelle entre la femellité et la
liberté, et implicitement, entre la femellité et la dignité humaine. La
conséquence de cette incompatibilité c’est la honte de soi qui s’inscrit
au plus profond du corps femelle.
Etre femelle, dans le système colonial signifie être indigne et asservie
La honte de soi est à la mesure de l’oppression que les femmes
subissent. Elle paralyse souvent leur sexualité ou les envahit au
moment de l’accouchement. J’en ai pris vivement conscience lors d’un
groupe de parole de quartier à l’occasion d’une série d’infanticides.
Cette honte inscrite au plus profond du corps sexué et au cœur de la
fonction femelle d’enfantement est le signe majeur de notre coloni-
sation.
Elle est particulièrement violente chez les mères infanticides et
débouche sur une révolte suicidaire contre une femellité méprisée.
C’est pourquoi le tome 1 consacré à la femellité commence par
observer le désastre provoqué par le mépris colonial de la femellité.
La malédiction d’être femelle est une fiction coloniale terriblement
agissante comme celle de la toute-puissance des mâles ou l’impuis-
sance des femelles. La lecture des systèmes totalitaires que fait Hannah
13Arendt est très éclairante sur le noyau fictionnel des systèmes
d’oppression. Elle peut nous aider à nous dégager des fictions sexistes
qui enveloppent le réel de la condition humaine, ainsi que les
contributions effectives des deux moitiés sexuées de l’humanité.

13 Hannah Arendt, Les origines du totalitarisme, Gallimard, 2002.
16 Nous pouvons nous désaliéner en prenant appui sur la dimension
factuelle la vie humaine.
Le retour du féminisme vers le réel de la vie humaine ne relève ni du
« naturalisme », ni du « biologisme », ni de l’« essentialisme », qui sont
invoqués comme des anathèmes dans les débats entre les courants
14supposés opposés du féminisme. C’est une stratégie de désenvoûtement
à l’égard du pouvoir machiste.
Se désenvoûter de la « malédiction coloniale » en ancrant notre
pensée dans le réel de la vie humaine
Le pouvoir machiste est un pouvoir colonial qui comme tous les
pouvoirs coloniaux est un pouvoir mensonger et destructeur construit
sur un déni forcené du réel. D’autant plus destructeur qu’il est plus
mensonger. La violence est toujours une manière de protéger un
mensonge par l’agression de ceux qui pourraient le dévoiler. La
violence sexiste est d’autant plus grande que la fiction qu’elle protège
est plus menacée. De ce mensonge découle tout le fatras des
falsifications sexistes de notre condition réelle de personnes humaines
sexuées. La honte de soi comme femelle est le prix de cette passion
d’ignorance qui recouvre à la fois la femellité, la puissance femelle
d’enfantement et le réel de notre vie humaine
L’ancrage de notre pensée dans le réel tel que nous le vivons est la
première règle à suivre pour éviter l’assujettissement à cet univers
fictionnel et acquérir la capacité de désactiver les mécanismes de
falsifications.
Dès lors, que nous fondons notre pensée sur le réel de la vie humaine,
nous n’avons plus besoin de nous défendre d’une infériorité
mensongère, ni de nous focaliser sur l’objectif d’égaler les mâles, car
nous constatons simplement que nos contributions à la vie commune
sont réellement décisives. Elles ne se réduisent pas au travail salarié de
production marchande ni au travail qu’on nomme de « repro-
duction ». Elles alimentent sans cesse l’existence matérielle et imma-
térielle des hommes et des enfants.

14 Ce terme est utilisé par Isabelle Stengers dans : Pignarre P. et Stengers I., La
sorcellerie capitaliste, Pratiques de désenvoûtement, Paris, La découverte, 2007.
17 Elles produisent, de mille façons, la survie des humains et la qualité
des existences.
La conscience de notre place réelle dans la vie de l’humanité, nous
permet de réévaluer notre puissance femelle et de nous désintoxiquer
du mépris colonial. Cela nous donne l’aplomb nécessaire pour lutter
contre toutes les formes d’exploitation et de prise de pouvoir des mâles
sur notre vie.
Affirmer la dignité femelle et sa puissance fondatrice
d’humanité
Ce que je nomme la femellité, c’est la réalité unitaire du corps sexué
femelle, de ses puissances et de ses expériences spécifiques. L’apport
du concept de femellité c’est de nommer la factualité charnelle des
corps sexués femelles dans laquelle s’enracine notre expérience de
nous-mêmes, des autres et du monde. Cette expérience réduite au
silence est très différente des injonctions de féminité qui viennent se
plaquer sur le réel des corps.
Lever le silence qui pèse sur notre expérience femelle, c’est déjà
affirmer notre dignité
L’expression autonome de notre être incarné femelle est un acte
essentiel pour lutter contre le déni sexiste dont il est l’objet. Il défie le
mépris du corps femelle que nous intériorisons à notre corps défen-
dant. Il nous débarrasse de représentations de nous-mêmes comme des
êtres humains inférieurs et castrés. C’est pourquoi j’ai entrepris de
formuler mon expérience existentielle la plus fondamentale et la plus
significative, c’est-à-dire mon expérience incarnée de personne sexuée
femelle. Cette expérience qui se vit en sourdine au quotidien, se vit
plus intensément dans les temps forts que sont, d’une part les rapports
amoureux, et d’autre part l’enfantement. J’ai constaté que cette
explicitation parle fortement aux autres femmes, car en dépit de la
singularité de chaque expérience, le vécu de la femellité est une
dimension centrale et occultée de notre vie. Cette expérience intime
est aussi la plus difficile à penser, car elle est conflictualisée par
18 15l’oppression sexiste. Le métabolisme de cette expérience offre un
appui exceptionnel pour éprouver sa propre dignité, et sa puissance
charnelle et spirituelle fondatrice d’humanité. Dès lors que nous
reconnaissons ces puissances en nous, elles échappent à l’asservis-
sement.
Jouir d’une libre femellité
La mise en mot de notre expérience, nous restaure en tant que femelle
désirante et signifiante. Elle donne place à la jouissance d’une libre
femellité. Oui ! c’est jouissif d’être une femelle amoureuse et féconde.
Cette jouissance dérange les mâles qui veulent nous asservir, car c’est
16une source d’irréductible liberté. Clarissa Pinkola Estés parle de
cette jouissance et de cette liberté de la femme sauvage qui n’est autre
que l’être sexué femelle dans la souveraineté de son rapport à elle-
même et au monde.
Etre femelle, c’est aussi une source de connaissance intime des
soubassements, non seulement biologiques, mais anthropologiques, de
notre existence individuelle et de notre condition commune. Nous
pouvons ressentir l’unité organique et spirituelle de la vie et y éprouver
notre propre liberté comme l’a formulé Hans Jonas un des fondateurs
de l’écologie : « Si l’esprit est préfiguré dans la forme organique depuis
17le début, alors la liberté l’est aussi »
Explorer notre connaissance intime du réel prosaïque et vertigineux
de la vie
Parce que leur corps a un rapport spécifique à la naissance, un rapport
vécu ou au moins potentiel, les femelles sont davantage confrontées
que les mâles à la vie prosaïque des êtres vivants-mortels et sexués que
nous sommes, tous engendrés et majoritairement susceptibles d’engen-

15 Roelens N., Le métabolisme de l’expérience en réalité et en identité, in Roelens N., in La
formation expérientielle des adultes, sous la direction de Courtois B., et Pineau G.,
Paris, La Documentation Française, 1991.
16 Pinkola Estés C., Femmes qui courent avec les loups, histoires et mythes de l’archétype de la
femme sauvage, Paris : Éditions Grasset et Fasquelle, 1996.
17 Jonas H., The phénoménon of life, New York, Delta Book, 1966.
19 18drer . Cela produit des modalités de rapport à soi, à l’autre et au
monde, qui en dépit de l’infinie singularité des personnes concernées,
constituent un fond commun charnel et spirituel de l’humanité femelle
différent de celui de l’humanité mâle. Ce fond commun de l’humanité
femelle est très riche d’une connaissance intime qui marque leur vision
du monde. Le cours de la vie humaine est fortement déterminé par
trois dimensions du réel que sont la sexuation, l’interdépendance des
humains sexués et la translation générationnelle de l’existence. Cette
connaissance des faits anthropologiques fondamentaux et des diffi-
cultés existentielles qu’ils soulèvent reste une connaissance occulte.
L’aliénation des femelles qui enfantent est pour les mâles une manière
d’échapper au vertige ontologique qu’on ressent face à la vie réelle et
impensée des humains mortels, sexués mâles ou femelles qui se
succèdent de génération en génération. Ces questions vertigineuses
sont précisément celles auxquelles, nous femelles humaines, sommes
confrontées dans l’enfantement. Elles nous travaillent à la naissance de
chaque nouvel humain. Ce questionnement fait partie du travail
existentiel de mise au monde.
Révéler l’ampleur du travail existentiel de mise au monde
d’une autre existence
La continuité de la vie humaine passe par l’intérieur du corps sexué de
la mère. De là découle une contribution fondamentale de l’humanité
femelle, non seulement pour perpétuer la vie, mais pour perpétuer
l’humanité de l’humanité. Cette contribution, c’est le long et exigeant
travail existentiel nécessaire pour mettre au monde des nouveaux
humains capables de vivre par eux-mêmes. Ce travail existentiel
assumé par les mères est complètement méconnu. Il commence avec
le choc à la fois très charnel et très initiatique de l’accouchement qui
est une confrontation extrême au réel de la vie humaine.

18 Cette capacité d’engendrement, autrefois largement majoritaire, a diminué durant
les deux dernières décennies. Les facteurs environnementaux sont responsables
d’une bonne partie des stérilités et particulièrement chez les hommes.
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