Mutations de la famille africaine

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Les parents nés en Afrique restent profondément attachés aux valeurs africaines qu'ils veulent transmettre à leur progéniture. Les enfants nés en Europe, notamment ceux qui n'ont jamais été en Afrique, constituent une génération sans expérience de la vie africaine. Cette portée induit des comportements qui peuvent créer des tensions familiales et font apparaître un décalage dans les représentations sociales entre les parents africains qui seront vus plus stricts et les non africains qui seront considérés comme indulgents.
Publié le : mercredi 1 septembre 2010
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EAN13 : 9782296705470
Nombre de pages : 170
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Mutations de la famille africaine

Céline KULA-KIM

Mutations de la famille africaine
La parentalité au carrefour des modèles éducatifs

EDITIONS L’Harmattan COLLECTION « ESPACES INTERCULTURELS » Directeurs de collection : Fabienne RIO et Emmanuel JOVELIN
La conjoncture mondiale dans laquelle nous vivons rend la question des contacts et des relations entre les cultures plus actuelle que jamais. « ESPACES INTERCULTURELS », collection de l’Association pour la Recherche Interculturelle (ARIC), créée depuis 1995, vise à prendre place dans la confrontation d’idées et des débats actuels, en privilégiant les perspectives pluridisciplinaires. Elle publie des travaux de qualité présentant des descriptions et analyses de recherches interculturelles, des articulations entre recherche et pratique, des réflexions théoriques, des synthèses, des monographies et des actes des congrès et colloques de l’ARIC. La collection publie des travaux traitant au moins des thèmes suivants : Les phénomènes liés aux contacts entre les groupes socioculturels ; les conditions d’existence des sociétés multiculturelles ; l’articulation entre les différents niveaux d’approche, et également de la confrontation internationale des points de vue, des théories et des pratiques ; les contacts entre personnes ou entre groupes sociaux se réclamant de cultures différentes et processus de changements individuels et collectifs résultant de ces contacts au sein d’une société ou d’un État, ou entre sociétés et États, etc. Comité de lecture Michèle VATZ LAROUSSI (Université de Sherbrooke, Canada) Tania OGAY (Université de Fribourg, Suisse) Aline GOHARD (Université de Fribourg Suisse) Claudio BOLZMAN (Haute école deGenève-Université de Genève, Suisse) René MOUKONKOLO (Université de Tours, - France) Mohammed LAHLOU (Université de Lyon France) Anne Françoise DEQUIRE (Université catholique de Lille/Institut social Lille Vauban) Hédi SAIDI (Université catholique de Lille/Institut social Lille Vauban) Gina THESEE (Université du Québéc, Canada)

Emmanuel JOVELIN (université catholique de Lille/Institut social de Lille France) Mourad KAHLOULA (Université d’Oran, Algérie) Fabienne RIO (Université Paris 8, IME, France) Aissa KADRI (Université de Tours) Anna ELIA (Université de Calabria, Italie) Jean FOUCART (Haute Ecole Européenne Charleroi, Belgique) Reinaldo FLEURI (Université Fédéral de Santa Catarina, Florianoplois, Brésil) Marie Antoinette HILLY (université de Poitiers, France) Geneviève VERMES (Paris 8, France) Nicole CARIGNAN (Université du Québec, Montréal)

Du même auteur Les Africaines en situation interculturelle, L’Harmattan, 2000. Les Africaines en immigration et la création d’entreprise, L’Harmattan, 2000. Les Larmes de Maguette, Aurore Univers, 2004.

© L’HARMATTAN, 2010 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-12659-6 EAN: 9782296126596

A mes enfants Et A tous les nombreux enfants de ma famille élargie et/ou mes nombreux neveux et nièces d’origine africaine qui, « par respect africain », m’appellent « maman, tantine ou tata ». _______________

Avec toute mon affection.

« Les vieux croient tout. Les gens d’âge moyens soupçonnent tout. Les jeunes savent tout. » Oscar Wilde

« La famille est au centre de notre existence. Depuis toujours, elle évolue, change, se modifie. Ces dernières années, tout s’accélère… La famille bouge ! En dépit de toutes ces variations, c’est en son sein que nous apprenons les bases de la vie en société, le partage, le respect. »1

Collectif, Conseil Général du Rhône, famille, familles, Collection du Moutard en poche N°23, 2001, Editions du Moutard.

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AVANT-PROPOS

- Des aspects culturels communs
Les termes africains, la culture africaine, les femmes africaines, la famille africaine alimentent parfois les débats. Certains s’accordent à dire que le mot « africains », par exemple, n’existe pas car aucun pays ne se nomme « Afrique » et que les Africains, les femmes africaines ou les familles africaines sont différentes. D’autres soutiennent que la culture africaine variant d’un pays à un autre, d’une ethnie à une autre, de ce fait, il faudrait réfuter les généralisations d’une macro culture. Africaine, j’ai vécu en Occident depuis une vingtaine d’années. J’ai côtoyé des Africains originaires de tous pays confondus notamment l’Afrique subsaharienne : Afrique de l’Ouest, de l’Est, Afrique centrale, Afrique australe sans tenir même compte des études universitaires, me basant simplement sur ma vie de tous les jours et l’observation sur mon terrain, le constat s’est imposé à moi de façon assez évidente : il existe beaucoup de similitudes culturelles chez les Africains immigrés : au niveau des traditions, coutumes, croyances, organisation familiale, etc. Et au-delà des Africains d’origine de l’Afrique subsaharienne, des rapprochements culturels sont assez frappants avec les originaires de l’Afrique du Nord ou de certains pays comme l’Égypte. Néanmoins au-delà de ces similitudes, il est évident qu’à l’échelle de chaque pays, chaque région, chaque ethnie, quelques dissemblances sont présentes. Toutefois, 13

ce débat ne constitue pas l’objet de cet ouvrage, il est par ailleurs nécessaire de le soulever de par l’usage du thème général : la famille africaine. Le continent africain, en raison de ses vastes étendues et de la multiplicité de ses groupes ethniques, comporte différents types de communautés familiales. De ce fait, il n’y a pas de modèle unique ; cependant certaines tendances majeures peuvent être discernées. La colonisation, la scolarisation, le développement des villes, des médias, l’exode rural, la crise économique, ont entraîné des changements rapides et radicaux qui ne touchent pas seulement la famille mais aussi toute l’existence des peuples africains avec un impact sur la vie religieuse, économique, politique et sociale (OchollaAyayo, 1999). Par ailleurs, il faut souligner qu’au niveau de la parentalité, de nombreux parents africains en immigration sont confrontés aux mêmes types de problèmes éducatifs même s’ils peuvent varier d’une famille à une autre. Éduquer son enfant dans son pays d’origine, dans sa culture et dans la société dans laquelle on a grandi est sans doute beaucoup plus aisé que dans un pays étranger. Cette réalité ne peut être que spécifique quand il s’agit des Africains subsahariens immigrés en France.

- Eduquer dans un pays multiculturel
Éduqués dans la tradition africaine et la modernité, les parents africains d’aujourd'hui ont été élevés dans le respect des bases fondamentales éducatives africaines notamment le système éducatif hiérarchique où chacun est tenu de respecter la place d’autrui.

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Dans la société africaine traditionnelle, l’enfant doit se conformer de façon inconditionnelle à l’image de ses parents et de la communauté qui le modèle et veille sur son éducation. Or, en France, l’enfant ayant droit à la parole et surtout aux droits « écrits » en sa faveur, peut refuser de suivre le modèle éducatif imposé et exprimer son mécontentement envers ses parents en saisissant les institutions appropriées. Certains Africains immigrés en France préfèrent éduquer leurs enfants en privilégiant la culture africaine. Ils réussissent si et seulement si les enfants obéissent et restent dociles ! Toutefois, c’est difficile dans la mesure où l’enfant, en France, ne peut vivre que dans un contexte multiculturel. L’obligation scolaire lui permet d’entrer en contact avec des enfants appartenant à des cultures différentes. D’autres parents africains éduquent leurs enfants en se référant à la fois à la culture occidentale et à la culture africaine. Cependant, ils font beaucoup de concessions. Et, en dépit de cette volonté de privilégier l’interculturalité, ils se retrouvent un jour ou l’autre, comme tout parent, confrontés à une interrogation ou à un mécontentement qui peut se baser sur la scolarité, sur le savoir-vivre, sur le comportement ou tout simplement sur la vie globale de l’enfant en société. De part et d’autre, la situation de parents ne semble pas commode. Partant de toutes ces observations, différentes questions m’ont guidée : L’éducation qu’ont reçue les parents africains a-t-elle de l’impact sur celle de leurs enfants ? Quelles difficultés rencontrent ces parents et quels sont leurs opinions sur l’éducation de leurs enfants dans la société d’accueil ? 15

Quels sont leurs besoins et/ou attentes ? Et comment les acteurs sociaux peuvent-ils les accompagner dans leurs rôles éducatifs ? Je soutiens que l’éducation qu’ont reçue les parents africains a sans doute un impact considérable sur celle de leurs enfants et engendre des difficultés dans la parentalité. Il faut souligner que les enfants africains issus d’immigration ne s’identifient pas et « ne veulent pas s’identifier » absolument à la culture de leurs parents. Ces derniers déclarent que ces enfants - élevés en France ne sont pas de « vrais Africains » et les qualifient ironiquement et sans animosité d’"enfants de l’Europe" ou "enfants blancs à la peau noire". Ces termes, riches de signification, marquent la différence fondamentale qui sépare les deux générations. Nombreux parents s’accordent à déclarer qu’il est difficile d’éduquer les enfants en France. Dans le contexte actuel en France, l’éducation reste un sujet d’actualité tellement sensible qu’il pose problème et interroge toute la société, en l’occurrence les immigrés car bien que les difficultés de l’éducation touchent toutes les couches sociales, celle des enfants issus d’immigration reste un nœud gordien. Ainsi, les motivations qui m’ont poussée à aborder ce sujet - difficile et sensible - se sont basées sur deux options. D’une part, les médias révèlent sans cesse les difficultés quotidiennes rencontrées par les acteurs sociaux, les parents, les enseignants ou le personnel d’éducation. Et de l’autre, les problèmes de la délinquance, de la violence à l’école, de l’insécurité et de l’incivilité sont généralement associés aux jeunes des cités, au mal-être des banlieues et à l’immigration.

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Certaines solutions lancées de part et d'autre divisent les opinions sociales, interrogent les sociologues et engendrent des polémiques : éduquer les parents, couper les allocations familiales aux parents de délinquants, renvoyer ces délinquants dans leurs pays d’origine, etc. Ces dernières années, des observations démontrent que certains parents africains expédient leurs enfants de force en Afrique. D’autres se sont trouvés devant les tribunaux avec leurs enfants. Ce qui va à l’encontre du modèle éducatif africain où l’enfant doit du respect et de l’obéissance inconditionnelle à ses parents. Au-delà des généralités sur la famille africaine, cet ouvrage, basé en grande partie sur une étude2 que j’ai menée, essaye de ressortir le ressenti de ces parents africains. Même ceux qui ont réussi dans l’éducation de leurs enfants soutiennent qu’éduquer son enfant au carrefour de plusieurs modèles éducatifs reste une entreprise laborieuse et pleine de tensions. Par ailleurs, c’était encore émouvant de recueillir les paroles des Africains, notamment dans le cas de l’étude sur la parentalité, l’expression des parents africains demeurait fascinante. Il m’a semblé remonter dans les temps anciens, au cœur de la tradition orale africaine. En effet, c’était fascinant de les écouter s’exprimer dans leur « français à l’africaine » et de les entendre discuter avec véhémence et humour dans l’entretien en dépit de la délicatesse du thème abordé. Quand j'interviewais des Africaines pour le besoin de mon premier ouvrage, j'étais déjà émerveillée de réaliser combien elles étaient aussi restées attachées à l'oral. Elles me disaient continuellement : « Les mots manquent en
Céline Kula-Kim, Diagnostic, la parentalité en immigration, regards et difficultés des parents, La Colombe d’Afrique, 2006.
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