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Oeuvres 1 : délire de persécution, psychologie pathologique

De
506 pages
Henri Wallon (1879-1962) est le plus grand psychologue français et forme, avec Sigmund Freud et Jean Piaget, le trio des psychologues les plus importants au sein de la culture européenne et mondiale. Cette nouvelle édition en 7 volumes comprend environ la moitié de son oeuvre ainsi que celle de son épouse et collaboratrice Germaine Wallon-Rousset (1893-1953). Le tome 1 comprend quatre livres importants de Wallon : sa thèse sur le Délire de persécution (1909), sa "Psychologie pathologique" (1926), "Les principes de psychologie appliquée" (1930) et "Les mécanismes de la mémoire" (1951).
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ŒUVRES 1
Henri WallonDélire de persécution,
Psychologie pathologique,
Principes de psychologie appliquée,
Les mécanismes de la mémoire, ŒUVRES 11909, 1926, 1930, 1951
Délire de persécution, Henri Wallon (1879-1962) est le plus grand psychologue français. Lui, avec
l’Autrichien Sigmund Freud (1856-1939) et le Suisse Jean Piaget (1896-1980), Psychologie pathologique,
ont formé le trio des psychologues les plus importants au sein de la culture Principes de psychologie appliquée,
européenne et même mondiale.
Les mécanismes de la mémoire,
On republie dans cette nouvelle édition en 7 volumes environ la moitié de
l’œuvre d’Henri Wallon, plus celle de son épouse et collaboratrice Germaine 1909, 1926, 1930, 1951
Wallon-Rousset (1893-1953).
Le Tome I comprend 4 livres importants de Wallon.
- Sa thèse sur le Délire de persécution (1909) annonce celle de Jacques
Lacan sur la paranoïa (1932), qui du reste la mentionnera.
- Sa Psychologie pathologique (1926), le premier ouvrage français de synthèse
sur ce sujet, amorce un dialogue intéressant de la psychologie de l’époque avec
la psychanalyse.
- Les Principes de psychologie appliquée (1930) installent la personne
individuelle au centre de la psychologie du travail, de la psychologie des tests,
de la psychologie commerciale et de la psychologie de la justice.
- Les mécanismes de la mémoire (1951) inaugurent une nouvelle psychologie
expérimentale ouverte aux notions de « procédure spécique » et de « style
individuel ».
Les Tomes 2, 3, 4, 5, 6 publient 318 articles oubliés d’Henri Wallon sur
l’ensemble des champs de la psychologie scientique. Le Tome 7 porte sur Les
Notions morales chez l’enfant de Germaine Wallon-Rousset.
Henri Wallon a été, avec Paul Langevin (1872-1946), l’un des physiciens
importants de son époque, l’auteur d’un Plan Langevin-Wallon (1947) de réforme
de l’enseignement, qui n’a jamais été sérieusement étudié par les autorités. Il a
aussi été le créateur d’une psychologie scolaire progressivement rognée avant
de disparaître. Ce sont des causes importantes, entre autres, de la grave crise
actuelle de l’Éducation nationale.
ISBN : 978-2-343-06034-7
39 €
ff
ŒUVRES 1
Délire de persécution, Psychologie pathologique,
Henri Wallon
Principes de psychologie appliquée, Les mécanismes de la mémoire,
1909, 1926, 1930, 1951





Œuvres 1







































© L'HARMATTAN, 2015
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-06034-7
EAN : 9782343060347 Henri Wallon



Œuvres 1


Délire de persécution, psychologie pathologique, principes
de psychologie appliquée, les mécanismes de la mémoire
1909, 1926, 1930, 195 1



INTRODUCTION GÉNÉRALE PAR EMILE JALLEY

Edition réalisée par
le Professeur Emile Jalley et le Docteur Philippe Wallon
avec l’accord des cohéritiers





Principaux travaux d’Émile Jalley sur ou évoquant Henri Wallon

É. Jalley, né en 1935, est ancien élève de l’École normale supérieure, agrégé de philosophie, psychologue
diplômé d’État, Professeur émérite de psychologie clinique et d’épistémologie à l’Université Paris-Nord.

Les astérisques *, **, *** indiquent un ordre croissant de technicité
Wallon lecteur de Freud et Piaget. Trois études suivies des textes de Wallon sur la psychanalyse et d’un
lexique des termes techniques, Paris, Éditions sociales, 1981, 560 pages.
Wallon : La Vie mentale, Introduction, Bibliographie des principaux titres, Lexique des
termes techniques, Index des Matières, Paris, Édit. sociales, 1982, pp. 7-108, 373-416.
Henri Wallon : La vida mental, Introducción y edición de Émile Jalley, Editorial Crítica, Grupo
editorial Grijalbo, Barcelona, 1985, pp. 7-24, 253-290.
* « Wallon Henri » : Encyclopaedia Universalis, tome 18, Paris, 1985.
« Concept d’opposition » : ibid., tome 16, 1989.
« Psychanalyse et concept d’opposition » : ibid., tome 19, 1989.
« Psychologie génétique » : ibid., tome 19, 1989.
« Les stades du développement en psychologie de l’enfant et en psychanalyse » : ibid., Symposium,
1989.
« Les grandes orientations de la psychologie actuelle » : Encyclopédie médicochirurgicale, Paris,
Éditions techniques, 1989.
** Henri Wallon : Psychologie et dialectique, (avec L. Maury), Postface d’Émile Jalley : Une
dialectique entre la nature et l’histoire. Une psychologie conflictuelle de la personne. La spirale et le
miroir, Paris, Messidor, 1990, pp. 189-243.
« Psychologie clinique » (en collaboration) : Encyclopédie médicochirurgicale, ibid., 1991.
Dictionnaire de la psychologie (Doron Roland, Parot Françoise), 72 articles d’Émile Jalley,
Paris, PUF, 1991.
* « Wallon Henri 1879-1962 » : Encyclopédie philosophique universelle. Dictionnaire :
Paris, Presses Universitaires de France. 1992.
Atlas de la psychologie (H. Benesch), direction de traduction de l’allemand avec
augmentation, Paris, Livre de Poche, 1995, pp. 44-45, 298-299, 374-375, 416-417.
« La psychologie moderne » : Encyclopédie Clartés, Paris, Éditions Clartés, 1996.
*** Freud, Wallon, Lacan. L’enfant au miroir, Paris, EPEL, 1998, 389 pages.
** Henri Wallon : L’Évolution psychologique de l’enfant, Texte introduit par Émile Jalley,
Paris, Armand Colin, 2002, pp. 1-32, 182-187.
La crise de la psychologie à l’université en France, tome 1 : Origine et déterminisme, Paris,
L’Harmattan, 2004, 530 pages.
La crise de la psychologie à l’université en France, tome 2 : État des lieux depuis 1990, ibid., 2004,
514 pages.
*** Wallon et Piaget. Pour une critique de la psychologie contemporaine, ibid., 2006, 496 pages.
La psychanalyse et la psychologie aujourd’hui en France, Paris, Vuibert, 2006, 395 pages.
La guerre des psys continue. La psychanalyse française en lutte, Paris, L’Harmattan, 2007, 512
pages.
Critique de la raison en psychologie. La psychologie scientifique est-elle une science ? ibid., 2007, 511
pages.
** « Le retour de Wallon et Piaget », Le Journal des psychologues, n° 244, fév. 2007, pp. 58-63.
La guerre de la psychanalyse. Hier, aujourd’hui, demain, ibid., 2008, 449 pages.
*** La guerre de la psychanalyse. Le front européen, ibid., 2008, les 2 vol. 995 pages.





























Henri WALLON
ŒUVRES 1

SOMMAIRE

Introduction générale

Par Émile Jalley


1. L’œuvre encore non republiée de Wallon :
d’abord les articles, 9
2. Panorama synthétique provisoire des articles et thèmes de Wallon, 17
3. Chronologie, 20
Analyse des ouvrages 1909, 1926, 1930, 1951 22
4. Délire de persécution. Le délire à base d’interprétation, 1909 22
5. Psychologie pathologique, 1926 29
6. Principes de psychologie appliquée, 1930 47
7. Les mécanismes de la mémoire, 1951 82
8. Examen rapide de l’inventaire des Archives d’Henri Wallon, 102

OUVRAGES
Délire de persécution, 107
Tables des matières, 175
Psychologie pathologique, 179
Tables des matières, 243
Principes de psychologie appliquée, 245
Tables des matières, 391
Les mécanismes de la mémoire, 393
Tables des matières, 485

Annexe 1 Nécrologie par Henri Piéron 485
Annexe 2 Examen complémentaire des Archives d’Henri Wallon 487
Photographies 493







7


















































INTRODUCTION GÉNÉRALE

1. L’œuvre encore non republiée de Wallon : d’abord les articles

Henri Wallon est le plus grand psychologue français, probablement aussi
francophone - en rivalité d’évaluation serrée sur ce point avec Piaget, en tout
cas également l’un des trois très grands psychologues de la culture mondiale, si
l’on envisage, comme il serait aujourd’hui et à nouveau sensé après tant de
querelles stériles, de devoir considérer Freud lui aussi comme un très grand
psychologue, et même le plus grand de tous.

Lacan étant, de son côté, le plus grand psychanalyste français. Ceci sans
entrer dans la querelle touchant la question de la conjonction-disjonction, dans
« le champ psy », entre la psychanalyse et la psychologie.

L’œuvre d’Henri Wallon comprend 10 livres et 264 articles, identifiés sur
la Bibliographie de Rachel Manaranche (RM), publiée à la fin de l’ouvrage de
René Zazzo : Psychologie et marxisme (Denoël-Gonthier, 1975, pp. 187-218), et qui
a toujours largement fait autorité.

Parmi ces 264 articles, 121 sont classés par Tran-Thong au titre des
articles pédagogiques de Wallon : articles et conférences (96) et autres écrits
pédagogiques : préfaces et introductions (25).

Parmi les 22 articles republiés par H. Gratiot-Alphandéry (1976) 10
étaient restés non identifiés par RM. De notre côté, nous en avons encore
retrouvé un certain nombre (44, dont 3 Préfaces). H. Gratiot-Alphandéry
déclare qu’en plus des 264 titres de la bibliographie de Zazzo et Manaranche,
elle pourrait « aujourd’hui en indiquer environ cent de plus » (p. 7). Ce qu’elle
s’est bien gardé de faire, préférant apparemment, à servir l’œuvre de Wallon,
mettre en exergue la satisfaction personnelle liée à sa fréquentation prolongée
de la carrière scientifique du grand homme. Il est possible que ces titres, s’il en
existe encore tant, se trouvent dans les Archives d’Henri Wallon, dont la
consultation du catalogue laisse identifier un certain de conférences et
inter9
ventions encore à l’état manuscrit. Resteraient donc à peu près 46 (en réalité un
peu plus, comme on le verra dans l’Annexe aux pages 490-492 : 84 textes). H.
Gratiot-Alphandéry parle encore d’une quarantaine de préfaces, dont la
bibliographie de Zazzo-Manaranche indique déjà 32, auxquelles s’ajoutent
encore 3 identifiées par moi (98.1, 119.2, 131.3, soit 35). Ce qui ne ferait pas
loin du compte (318/402). Je reparlerai plus loin des Archives d’Henri Wallon.

Quatre livres de Wallon n’ont jamais été réédités jusqu’à ce jour : Délire de
persécution. Le délire chronique à base d’interprétation (1909), Psychologie pathologique
(1926), Principes de psychologie appliquée (1930), et Les mécanismes de la mémoire
(1951). Ses autres ouvrages classiques sont bien connus et à la disposition du
public sans problème : L’enfant turbulent (1925), Les origines du caractère chez l’enfant
(1934), La vie mentale (1937), L’évolution psychologique de l’enfant (1941), De l’acte à la
pensée (1942), Les Origines de la pensée chez l’enfant (1945). On peut trouver
intéressant de republier le livre de Germaine Wallon sur Les Notions morales chez
l’enfant (1949).

Sur l’ensemble des articles, 121 ont été réédités, tout (101 - environ 1 000
pages) ou en partie (20) dans les recueils ou livres suivants : 1. et 2. Enfance
numéro spécial Henri Wallon 1959-1963 (35, sigle E5963), 3. Enfance numéro
spécial 1968 (12, sigle E1968), 4. Bulletin de l’Association française des
psychologues scolaires en 1967 (13, sigle BPS), 5. Lecture d’Henri Wallon par
Gratiot-Alphandéry en 1976 (22 dont 1 en partie, sigle G), 6. Wallon lecteur de
Freud et Piaget en 1981 (23 dont 19 en partie, sigle WFP) et 7. Psychologie et
dialectique en 1990 (16, sigle PD).

Parmi les articles de Wallon, un certain nombre ont été mis en ligne
(désignés ci-après par le sigle EL) sur le site « Persée, Portail de revues
scientifiques en sciences humaines et sociales » (72), dont parmi eux certains
déjà réédités (37 - dont 33 (sur 46 antérieurs) par PUF, 2 par BPS, 2 par G), et
d’autres non (35).

L’œuvre de Wallon avoisinant les quelque 5 200 pages, 2 660 totalisant
les 10 livres, à côté de 2 570 pages totalisant environ 318 textes courts
identifiés, seraient disponibles en principe aujourd’hui 80 % du volume de pages
des livres et 45 % de celui des articles, soit une large moitié en théorie (60 %) de
l’œuvre totale de Wallon. Mais en fait sensiblement moins (environ 45 %), étant
donné que la plupart des articles certes réédités, mais pour la plupart entre 1960
et 1975, ne sont pratiquement plus accessibles que pour une très faible partie
d’entre eux (15 % de leur volume global, soit 160 pages PD).

Ce propos montre que le plus grand psychologue français a été bien mal
traité par sa postérité, ce qui offre un test de plus, s’il en fallait encore, pour
10
permettre d’évaluer la décadence éprouvante de la psychologie française depuis
quelque 50 années. Les psychologues de l’enfant n’ont pas su se servir comme
ils auraient pu le faire de Wallon : certains chercheurs officiels de la Sorbonne -
il me souvient d’une certaine Jacqueline Beaudichon - disaient ne savoir que
faire au laboratoire d’ « hypothèses » venues des travaux de Wallon. Quant aux
psychologues cliniciens et aux psychanalystes, ils n’ont jamais saisi non plus
l’opportunité d’un dialogue avec ce très grand psychologue de la personnalité et
de la vie affective. Enfin, en ce qui concerne la méthodologie et l’épistémologie
générales des disciplines psychologiques, personne n’a compris la formidable
utilité potentielle de procédures de pensée et de modes de solutions liés à des
schémas très originaux et très affûtés de concertation entre les opposés. Tel est
au moins l’un des facteurs - pas le seul - d’où s’explique l’effondrement
lamentable de la psychologie universitaire française, surtout celle à visée scientifique,
en ces années 2012 et à suivre.

Les choses seraient venues de très loin, à peu près des débuts de la
Guerre froide dans les années 50. Plusieurs textes de Wallon de cette époque
soulignent que les dépenses militaires énormes engagées dans la politique de
guerres coloniales débutant dès la fin de la Deuxième Guerre mondiale - et qui
aura pour résultat quelque 25 années continues d’état de guerre -, rendront
probablement impossible la mise en œuvre même partielle et progressive du
Plan Langevin-Wallon. Dans ces années-là aussi, peu avant sa mort, Wallon
aurait dit qu’il voyait « la psychologie française s’enfoncer dans un tunnel ».
Après lui et Henri Piéron, Lagache et Juliette Favez-Boutonier, Anzieu aussi,
encore tous agrégés de philosophie, on voyait débuter - nains butés et délétères
dans les ornières de celle de Piéron - les carrières de Paul Fraisse (professeur de
psychologie expérimentale à la Sorbonne en 1957), béhavioriste
personnologique avide de faire traduire les manuels américains (Woodworth, Andrews,
Morgan), et de Maurice Reuchlin, instituteur recyclé dans le bricolage en
méthodologies diverses, et imposant son éprouvante Histoire de la psychologie (Que
sais-je ? 1957), ouvrage que sa perspective totalement erronée - qui centre les
origines de la psychologie surtout française sur le privilège de la seule
psycholoème édition. gie expérimentale - n’empêche pas de sévir encore à sa 20

Mais on se demande si déjà les conséquences de la Première Guerre
mondiale n’installaient pas déjà les prodromes d’une forme de désastre culturel
au sein de l’Université touchant la psychologie elle-même, désastre aujourd’hui
sans conteste ni remède proche, mais dont un Paul Valéry lançait déjà très tôt
(1919) la prophétie désenchantée pour l’ensemble du paysage de la culture
européenne. Le testament de Stefan Zweig ira tout à fait dans le même sens (Le
monde d’hier. Souvenirs d’un européen, 1944). De son côté, Georges Politzer a
luimême été d’une extrême sévérité pour le panorama de la psychologie
11
1universitaire des années 1930 (1924-1939) . Janet, Blondel, Dumas, Delacroix,
Guillaume, Piéron, Bourdon à Rennes, Foucault à Montpellier, Michotte à
Bruxelles. Mais que reste-t-il de leurs écrits, et que pèsent-ils à côté de quelques
pages de Wallon - qu’on les prenne au hasard. Reste assurément le très grand
Jean Piaget à Genève. La notice nécrologique de Wallon rédigée par Piéron que
nous publions à la fin du volume attire l’attention sur plusieurs points. Une
certaine intransigeance de caractère contrariait chez Wallon le souci de se faire
une position universitaire. Wallon a travaillé longtemps comme Maître de
conférences attaché au service surtout du Professeur Dumas. Peut-être cette
intransigeance se mêlait-elle d’une forme de positionnement implicite ressenti dans
un milieu plutôt conservateur comme de couleur politique, alors que Wallon
était d’un caractère personnel plutôt affable même si réservé, et par ailleurs pas
communiste déclaré, ce qu’il ne sera que sur la fin de sa vie et dans les plus
grands dangers. On peut dire que la Sorbonne a fait obstacle à la carrière de
Wallon, comme à celle de bien d’autres (Bergson, Derrida, Moscovici), et que
ce sont ses amis, Henri Piéron, Lucien Febvre, et Paul Langevin, tous très
marqués à gauche surtout les deux derniers, qui ont fini par l’imposer au
Collège de France, où il a fait du reste une carrière plutôt brève, amputée par le
Ministre pétainiste Carcopino et d’autres personnages bien après la Libération.

Tirons un trait. Mais pas avant d’avoir dit, dans un ordre d’idées tout
proche, qu’il n’y a encore qu’en France que l’on a pu voir récemment un Michel
Onfray, se présentant à la fois comme un philosophe critique et comme un
penseur de la gauche moderne humaniste et libertaire, trouver un tel succès
auprès d’un public béat de moutons de Panurge, comme de serviteurs de Big
Brother, à couvrir d’opprobre, quitte à se disqualifier du même coup lui-même,-
le plus grand psychologue de la culture mondiale, Sigmund Freud, que pour leur
part Wallon comme Piaget - ainsi que Politzer (un temps) comme Sartre - n’ont
jamais cessé d’admirer tout en le critiquant, chacun dans son style propre,
faisant montre en une telle occasion d’autant de perspicacité philosophique que
de bon sens scientifique et de sagesse culturelle. J’ai personnellement consacré
quatre volumes successifs - près de 1000 pages - au cours des années 2010-2011
à la discussion critique de la pénible autant qu’incompétente divagation de ce
Pense-Menu - le Minute philosopher dont parle Berkeley - : Anti-Onfray 1 (juin),
Anti-Onfray 2 (sept.), Anti-Onfray 3 (oct.), Le débat sur la psychanalyse dans la crise en
France. Tome 1 : Onfray, Janet, Reich, Sartre, Politzer (juin 2011). Or, si éloigné de ce
qui vient d’être rapporté que semble en paraître le prétexte, c’est dans le même
esprit de combat contre la décadence de la psychologie française que nous nous
sommes décidés à entreprendre la réhabilitation de l’œuvre injustement
méconnue du plus important des psychologues français. Ce sont pour nous des
épisodes du même combat, mené sur des champs de bataille différents.

1 Émile Jalley : Le débat sur la psychanalyse dans la crise en France, Tome 1, Onfray, Janet, Reich, Sartre, Politzer,
Chapitres 4, 5, et 6, pp. 129-206, sur Politzer, L’Harmattan, Paris, 2011.
12

Les rééditions des articles de Wallon ont procédé en faisant parmi les
articles de celui-ci un choix apparemment justifié par l’importance jugée
pertinente de certains d’entre eux à l’égard de certains objectifs (1. Psychologie et
éducation de l’enfance : le développement psychomoteur de l’enfant ; le
développement social de l’enfant ; Psychologie comparée ; Psychologie et
éducation ; 2. Buts et méthodes de la psychologie ; Sommaire ; Psychologie de
l’enfant ; 3. Écrits et souvenirs ; 4. La psychologie scolaire ; 5. Articles généraux ;
actualités).

On n’aurait tort de croire que les éditions partielles des articles de Wallon
n’ont judicieusement retenu que « les meilleurs » pour ne laisser de côté que les
moins intéressants. Parmi ces oubliés, beaucoup de taille variable, parfois très
courts mais souvent aussi beaucoup plus longs, sont de premier intérêt. Du
reste, rien n’est jamais médiocre dans l’œuvre de Wallon, tout y est toujours de
première qualité. Cela saute aux yeux dès qu’on le lit.

En dehors des recueils dont j’ai assumé la responsabilité (6 et 7
cidessus), aucun des autres auteurs n’a eu spontanément l’idée de bon sens de
présenter ces textes, d’abord choisis selon leurs propres critères personnels, en
fonction de leur ordre d’apparition temporelle, ce qui en dit long sur l’absence
ordinaire totale de toute méthodologie et même de toute espèce de sentiment
culturel en matière d’histoire dans le champ des disciplines psychologiques. Et
ce qui indique bien que dès longtemps les « psychologues » penchent et pensent
du côté des sciences de la nature plutôt que de celui des sciences de l’esprit.
Alors que l’approche historique est familière dans la plupart des disciplines
relevant des humanités classiques (lettres anciennes et modernes, histoire
évidemment, comme aussi philosophie). Wallon, pour eux, c’est la psychologie
de l’enfant tombé du ciel des idées platoniciennes, ou alors venue de n’importe
où.
On a décidé ici de consacrer tout d’abord un premier volume à l’édition
regroupée des quatre livres manquants de Wallon : Œuvres 1 Délire de persécution,
Psychologie pathologique, Principes de psychologie appliquée, Les mécanismes de la mémoire,
1909, 1926, 1930, 1951.

Ensuite on publiera dans l’ordre historique l’ensemble des articles de
Wallon, ceux qui n’avaient jamais été réédités jusqu’ici, mais également ceux
qui l’ont été, mais qui ne sont pratiquement plus disponibles aujourd’hui
(hormis ceux du recueil 7 : Psychologie et dialectique 1990) : Œuvres 2
19031929, Œuvres 3 1930-1937, Œuvres 4 1938-1950, Œuvres 5 1951-1956,
Œuvres 6 1957-1963.


13
Le programme qui s’offre donc ici propose la réédition de 2 150 pages
d’articles, les uns pour environ 1150 pages encore jamais republiés, les autres
concernant environ 1 000 pages déjà republiées mais dont peu sont
actuellement réellement disponibles en texte intégral (PD 160 pages) - , ceci dans
l’ordre de succession historique en y réintégrant toutes les rééditions précédentes
dans les 6 recueils plus haut mentionnés, plus 380 pages de livres, environ 2
550 pages en tout. Un projet d’emblée difficile à bien maîtriser, à distribuer en 6
volumes de 440 pages environ, et vers lequel on ne verrait pas d’emblée
beaucoup d’éditeurs contemporains tendre les mains.

Les articles et préfaces retrouvés par Jalley (44), comme ne figurant pas
dans la bibliographie de Rachel Manaranche, seront désignés ci-après par leur
millésime suivi de la lettre J. De même pour Gratiot (G), et ils seront réintégrés
à leur place normale dans la série historique. Pour G, le caractère romain G
indique une référence présente, le caractère italique G une référence absente
dans la bibliographie de référence déjà citée RM.

Le fait que Wallon soit, tout bien pesé, et comme on l’a déjà dit, l’un des
plus grands psychologues de la culture mondiale (en y joignant comme proposé
Piaget et Freud même, au moins pour les non fanatiques de la rupture
althusséro-lacanienne) lui aurait mérité une édition de ses articles et de ses livres
assortie d’un double Index des matières et des noms, et permettant au lecteur,
novice comme averti aussi bien, d’entrer dans la richesse sans pareille d’une
telle œuvre. Mais il s’agissait là d’un travail absolument gigantesque dont il n’est
pas certain que le lecteur zappeur contemporain puisse tirer le moindre profit,
ni même percevoir le moindre intérêt. L’auteur EJ peut en dire quelque chose,
qui a muni la plupart de ses ouvrages publiés depuis 2004 d’un tel appareil, au
moins pour les 8 premiers des 20 publiés par lui entre 2004 et 2011, et qui a fini
par se demander à qui pourrait servir un jour un tel travail de romain, soit -
dans un autre cadre - de bénédictin.

Dans le même état d’esprit où nous sommes, nous n’avons pas jugé utile
de ménager comme introduction utile à la suite de nos actuels travaux une
double présentation de la biographie personnelle et intellectuelle d’Henri
Wallon - sauf ci-après (3.) une courte chronologie essentielle. J’ai au cours de
ma carrière consacré de très abondantes contributions à l’étude de la
psychologie développementale et générale de Wallon. Personne n’y aura consacré
depuis 50 ans autant de pages que moi. Le niveau d’accessibilité et de technicité
de ces études est variable, du très facile au plus difficile, mais avec d’excellentes
approches d’un degré très élémentaire. Je ne ferai ici que les mentionner et
renvoyer le lecteur intéressé à la page 4 et à l’usage des astéristiques qui y est
recommandé du degré le plus facile (*) au plus difficile (**, ***). En insistant
sur le fait que j’ai toujours pris pour règle de me répéter le moins possible dans
14
mes écrits.

Disons rapidement que l’on trouvera tous les éléments nécessaires pour
aborder l’étude de Wallon dans la partie finale de mon livre Wallon et Piaget. Pour
une critique de la psychologie contemporaine, L’Harmattan, 2006, pp. 425-457 :
« Biographies parallèles de Henri Wallon et Jean Piaget », et « Tableau
synoptique des principaux types de stades de la psychogenèse en psychologie de
l’enfant et en psychanalyse » (niveau ***). Je puis recommander aussi mon
« Introduction » à la nouvelle édition 2002 de L’évolution psychologique de l’enfant
(Armand Colin, pp. 1-32) (niveau **). De même que l’ensemble de mes
contributions personnelles à l’intérieur du volume intitulé La Vie mentale, et qui
forment un cadre introductif à l’œuvre de Wallon de quelque 155 pages.

À l’ensemble des informations bibliographiques identifiables dans les
ouvrages qui viennent d’être cités, il faut ajouter la remarquable « Préface -
Méthodes et perspectives » produite par Trani-Thonga pour la deuxième
édition de L’Enfant Turbulent aux P.U.F. en 1984 (V-XXXII).

Pendant longtemps, l’esprit de l’enseignement et de la recherche à
l’université de psychologie en France a consisté à faire la chasse à l’homme touchant
les personnalités célèbres, l’objectif étant de privilégier les articles lamentables
de seconds couteaux, ceux dont la terrible phrase plus haut citée avait prédit la
promotion. J’ai bien connu cette époque entre 1970 et 1990, où une telle
politique a sapé les bases de l’édifice universitaire pour aboutir au désastre
consacré aujourd’hui par le décret scélérat du 20 mai 2010, aboutissant à
inféoder l’ensemble des disciplines psychologiques à la médecine. Renforcé par
la loi scélérate du 5 juillet 2011 consacrant l’éviction de fait d’une
psychopathologie de tradition dynamique au profit d’une psychiatrie vétérinaire. Double
Waterloo des disciplines psychologiques en France. Dans le silence d’un tel
cimetière, et s’il était question de repartir un jour, un premier état des
personnalités fondatrices s’avère à nouveau nécessaire. Et il y a d’abord à cet
égard à recentrer ce bilan sur les grandes personnalités et leurs œuvres
créatrices, leurs synthèses inaugurales et innovantes, plutôt que sur la montagne des
productions blafardes des membres de la nomenklatura dirigeante et de la garde
rapprochée de ses protégés depuis les tristes années 70. Or, de ce point de vue,
s’imposent Freud, Wallon, Piaget : on ne sort guère de là. Sans tout y réduire
non plus de façon dogmatique, comme on va y revenir dans ce moment. Du
point d’un tel inventaire, Wallon est, disions-nous donc, le plus grand
psychologue français : celui qui le concurrence le plus serait Janet, mais dont l’œuvre a
incontestablement plus vieilli. Binet, Burloud, pour ajouter leurs noms peut-être
plus conséquents à ceux cités plus haut, ne sont pas du même niveau.
LévyBruhl, Mauss et Halbwachs ne sont pas à négliger non plus, mais dans les
marges de la psychologie plutôt que dans son champ propre. En Suisse, comme
15
déjà dit, on a évidemment Piaget, à côté de qui on ne trouvera guère que
Claparède, et même Ferrière. Pour ce qui est de l’autre grand « psy » européen,
Freud, avec qui Wallon et Piaget ont entretenu un dialogue très créatif, la
question restera discutée pour certains et encore un certain temps de savoir si la
psychanalyse a quelque chose à voir avec la psychologie, ce que
personnellement lui, Freud, a toujours pensé.

Il y aurait à reparler ici, plutôt que du désert de la psychologie
scientifique française de la même époque, de la très grande richesse de la
psychanalyse française, de même qu’anglaise du reste, entre les années 50 et 80 environ.
Sans en écarter quelques nord-américains d’un renom mérité. En effet, à côté
de Lacan, la France compte environ une vingtaine de psychanalystes de très
grand mérite et incontournables pour la psychologie et la culture humanistes.
On y consacré des études appropriées dans La psychanalyse et la psychologie
aujourd’hui en France (Vuibert, 2006).

Les USA prétendent plus que jamais au magistère et au leadership des
disciplines européennes et mondiales, dans le double champ des sciences de la
nature comme de celles de l’esprit. On nous annonce tout récemment à grand
coup de clairon, et toujours régentée par eux, une grande « Conference of the 5
continents : Psychosocials (sic) effects of the globalization on mental health.
Toward an ecology of social links ». Mais qui sont leurs auteurs qui aient jamais
pu faire poids en psychologie face au grand triumvirat européen
Freud-WallonPiaget ? Les béhavioristes Thorndike ? Watson ? Hull ? Skinner ? Le
post-béhavioriste Mowrer ? Le proto-cognitiviste Miller ? Le cérébro-informaticien
Fodor ? Les neurobiologistes Edelman ou Churchland ? La brigade collective des
bricoleurs du DSM ? Mais on veut plaisanter ! Alors eux évidemment d’arguer
de la masse énorme de leurs recherches composée de broutilles et de bagatelles,
et dont la nomenclature informatique est incapable de faire vision ni synthèse.
Il est vrai que la masse des enseignants et chercheurs nord-américains est
d’environ 100 fois supérieure à la petite brigade qui en subsiste en France. Leur
programme idéologico-scientifique fait loi, mais de quel droit, sauf celui qu’instaure
le vide de la critique à faire face à l’énorme indigence des bases philosophiques
et épistémologiques d’un tel programme. Pour n’en prendre qu’un exemple, la
mode a été un moment de soutenir que les nourrissons savent à peu près tout
dès la naissance. Les rudiments de la circulation monétaire comme de la
constitution américaine. C’est la vieille histoire des idées innées chez Platon,
Descartes et Kant, pour ne même pas parler de Saint Thomas. Mais de leur
part, cela avait un sens, pour leur époque et de la manière dont ils le faisaient,
cette entreprise était pertinente. Alors qu’aujourd’hui, elle n’est qu’une redite
inconsciente, non critique, et mal justifiée par une méthodologie naturaliste et
scientiste, témoignant de peu de cet esprit de finesse, requis par Blaise Pascal
dans ce qu’il appelle déjà la « science de l’homme ».
16

Certains textes de Wallon présente des bizarreries orthographiques que
nous avons souvent maintenues. Celles-ci peuvent être le fait de l’auteur,
comme aussi des coquilles inaperçues à l’époque et qui se sont maintenues à travers
le temps, a fortiori dans des textes dont beaucoup n’avaient jamais été réédités
depuis. Wallon écrit à peu près constamment : en tous cas, à tous propos, de toutes
façons, de toutes manières, de tous temps, en tous points, déclancher, souvent etc...., parfois
jusque là, au delà, la dessus, là dedans, tout-à-l’heure, psychogénèse, phylogénèse, soustendre,
sous jacent, connection, dûs, logorréique, accomodation, contre-poids, contre-coeur,
contrechamp, contre-partie, contre-sens, consonnance, résonnance, débarasser, fatiguant, euristique,
porte-feuille, entr’aider, use fréquemment de minuscules après les signes ! et ?
D’autres coquilles sont franchement plus fautives : papillottement. On ne les a
pas toutes corrigées, par respect pour le texte d’un auteur si notoire.

2. Panorama synthétique provisoire des articles et thèmes de Wallon.

L’usage en est le suivant :
Les chiffres de 1 à 264 renvoient à la numérotation établie par la
bibliographie de René Zazzo-Rachel Manaranche (RM).
La mention E5963 désigne les textes déjà reproduits dans la Revue Enfance
numéro spécial 1959 puis Enfance numéro spécial 1963, tous deux réunis par la suite
sous un même numéro Spécial Henri Wallon 1959-1963. Même principe pour
Enfance numéro spécial 1968 désigné par la mention E1968.
BPS désigne des rééditions dans Bulletin de l’Association française des
psychologies scolaires, 1967, WFP Wallon lecteur de Freud et Piaget, Paris, Éditions
sociales, 1981, PD dans Henri Wallon : Écrits de 1926 à 1961. Psychologie et
dialectique, Messidor/ Éditions sociales, 1990, textes tous mentionnés dans RM.
G ou G désigne des rééditions dans Lecture d’Henri Wallon d’Hélène
Gratiot-Alphandéry (1976), selon qu’il s’agit d’un article soit déjà identifié par la
bibliographie RM (G) soit inconnu de celle-ci (G). Soit G1 à G22.
On a enfin désigné par J de J1 à J25 des textes nouvellement identifiés
par moi-même Jalley sans être déjà mentionnés dans RM.
Dans les cas de textes nouveaux identifiés par G ou J en sus de ceux
figurant dans RM, on a utilisé presque toujours, sauf cas exceptionnels, le
dernier numéro de l’année concernée en le suffixant d’un chiffre supplémentaire.
Par exemple 10.1. J1 désigne un article de 1910 nouvellement identifié
par Jalley en sus du dernier numéro de la même année, 10 de RM, soit donc
10.1. Selon le même principe, 12.1. G1 désigne un article de l’année 1912
nouvellement identifié par Gratiot-Alphandéry en sus du dernier article n° 12
figurant dans RM pour l’année 1912.
On a désigné, comme déjà indiqué plus haut, par le sigle EL les articles
de Wallon qui ont été mis en ligne sur le site « Persée, Portail de revues
scientifiques en sciences humaines et sociales ».
17

Œuvres 2 1903-1929 : 1 E1968 EL ; 2 ; 4 ; 5 ; 6 ; 7 ; 8 ; 9 ; 10 ; 10.1 J1 ; 11 EL ;
12 ; 12.1. G1 ; 12.2 J2 ; 13 ; 14 ; 15 EL ; 16 ; 17 ; 17.1 J3 ; 18 ; 18.1 J4 EL;
18.2 J5 EL ; 18.3 J6 EL; 18.4 J7 EL ; 18.5 J8 EL ; 18.6 J9 EL ; 18.7 J10 EL ;
18.8 J11 EL ; 18.9 J12 EL; 18.10 J13 EL ; 18.11 J14 EL ; 18.12 J15 EL;
18.13 J16 EL ; 19 ; 20 EL ; 21 ; 22 WFP ; 23 ; 24 ; 25 ; 26 EL ; 27 WFP ; 28
WFP ; 29 WFP ; 30 ; 31 ; 32 ; 35, 36, 37, 38, 39, 41 PD ; 41.1. J17 ; 42 WFP ;
43 ; 44 E5963 EL ; 45 WFP, PD ; 46 E5963 EL ; 47 E5963 ; 48 ; 49 ; 49.1. J18 ;
49.2. J19 ; Œuvres 3 1930-1937 : 50 ; 51 ; 53 WFP ; 54 ; 55 WFP ; 56 ; 58, 59,
60 ; 61 E5963 EL ; 62 E5963 ; 63 ; 64 E5963 EL ; 65 G2 ; 66 WFP, E5963 EL ;
67 ; 68 ; 69 ; 70 BPS ; 71 ; 72 PD ; 73 PD ; 74 BPS ; 75 ; 76 ; 77 ; 78 ; 80 ; 81
G3, WFP ; 81.1 G4 ; 82 WFP ; 83 E5963 EL ; 83.1. J20 ; 84 E5963 ; 85 G5 ;
86 ; 87 ; 88 ; 89 E5963 EL ; 90 G6 ; 91 E5963 ; 92 ; 92.1. J21 ; 92.2. G7 ; 93
E5963 EL ; 94 ; 95 ; 96 ; 97 ; 97.1. J22 ; 98 ; 98.1. J23 ; Œuvres 4 1938-1950 :
99 ; 100 ; 101 E5963 EL ; 102 E5963 EL ; 104 ; 105 WFP ; 106 ; 107 E1968
EL , WFP ; 108 WFP, PD ; 109 ; 110 PD ; 110.1 G8 ; 112 ; 114 WFP, PD ; 115
PD ; 116 BPS ; 117 E5963 EL ; 118 PD ; 119 ; 119.1 J24 ; 119.2 J25 ; 120
E1968 EL ; 121 ; 122 ; 123 ; 124 E5963 WFP EL ; 125 PD ; 126 ; 127 E5963
EL ; 128 ; 129 PD ; 130 ; 131 ; 132 ; 133 ; 134 ; 135 ; 136 ; 136.1. G9 ; 137 EL ;
138 EL ; 139 ; 140 ; 141 ; 142 BPS ; 143 ; 143.1. J26 ; 143.2. J27 ; 144 ; 145
G10, WFP ; 146 ; 147 PD ; 148 ; 149 ; 150 ; 151 E1968 EL ; 151.1. J28 ; 151.2.
J29 ; 151.3. J30 EL ; 152 E1968 EL ; 153 ; 154 ; 155 BPS ; 156 ; 157 ; 158 ;
159 : 160 EL ; 161 ; 162 ; 163 ; 163.1 G11 ; 163.2. J31 ; 163.3 J32 ; Œuvres
5 1951-1956 : 164 EL ; 165 E5963 EL ; 166 ; 167 ; 168 BPS ; 169 E5963 ; 170
E5963, WFP EL ; 171 E5963 EL ; 172 ; 173 BPS ; 174 ; 175 ; 177 E5963,
WFP ; 178 ; 179 G12 EL ; 180 E5963 EL ; 181 ; 182 ; 183 ; 184 ; 185 ; 186 ;
187 BPS ; 188 : 189 BPS EL ; 190 E5963 ; 190.1. J33 ; 191 ; 192 E1968 EL ;
193 G13 ; 194 E1968 EL ; 195 ; 196 EL ; 197 E5963 ; 198 PD ; 199 E5963 ;
200 ; 201 ; 202 G14 ; 203 ; 203.1 G15 ; 203.2. J34 ; 203.3 J35 ; 204 PD ; 205 ;
206 E5963 EL ; 207 E5963 EL ; 208 G16 EL, WFP ; 209 ; 210 ; 211 ; 212 ;
213 ; 214 ; 215 E5963 ; 216 BPS ; 217 E5963 ; 218 ; 219 G17 ; 220 ; 220.1.
G18 ; 221 E5963 EL ; 222 EL ; 223 ; 224 E5963 ; 225 E5963 ; 226 G19 ; 227
E5963 EL ; 228 BPS ; 229 BPS ; 230 PD ; 230 ; 230.1. G20 ; Œuvres 6
19571963 : 231 ; 232 ; 233 ; 234 EL ; 235 EL ; 236 E1968 EL ; 236.1. J36 ; 236.2
J37 ; 236.3 J38 ; 236.4 J39 ; 237 E1968 EL ; 238 EL ; 239 EL ; 240 EL ; 241
E5963, WFP ; 242 ; 243 ; 244 ; 245 ; 246 G21; 247 E1968, WFP EL ; 248 ; 249 ;
250 ; 251 BPS EL ; 250.1. J40 ; 252 E1968 EL ; 253 EL ; 254 E1968 EL ; 254.1.
J41 ; 255 PD ; 256 ; 257 ; 258 ; 259 EL ; 259.1 J42, WFP ; 260 EL ; 261 ; 262
EL ; 263 ; 264 ; 265 G22 ; 266 J43 ; 267 J44 EL.

On propose à la suite une classification des articles selon une liste de
thèmes fondamentaux. Celle-ci remplace tant bien que mal un Index des
Matières, qui manque faute de bras et d’énergie pour le mener à bien, vu le travail
considérable qu’il demanderait. Cette classification est tout de même un grand
18
intérêt, car elle donne un panorama de l’importance considérable de Wallon
dans tous les champs de la psychologie, en sus de la psychologie de l’enfance.
Les caractères gras désignent les livres.
Ce classement comporte un caractère inévitablement approximatif. Tel
numéro pourrait souvent être classé dans plusieurs rubriques, en raison du
caractère spontanément inter-domanial de la démarche de Wallon. Par exemple
l’article 46 sur « les causes psychophysiologiques de l’inattention chez l’enfant »
concerne à la fois la psychologie pathologique, la psychologie de l’enfant et la
psychologie de l’éducation. Les exemples seraient nombreux. On a parfois, mais
plutôt rarement, classé tels numéros dans 2 rubriques, et alors laissé les choses
en l’état.
Cette typologie des thèmes fait apparaître, au-delà de la psychologie de
l’enfance, l’importance tout aussi considérable de Wallon dans les champs de la
psychologie pathologique, ainsi que de la psychologie de l’éducation (avec
un engagement bien plus important que celui de Piaget), ainsi que de la
psychologie professionnelle.
Les positions de Wallon en matière de psychologie de l’éducation et de
l’enseignement n’ont pas vieilli d’une ride, et il serait bien venu d’y faire retour
en cette période de crise majeure de l’enseignement. Il serait temps enfin de
prendre au sérieux si peu que ce soit le plan Langevin-Wallon, quoi qu’en
pensent ceux que Pascal appelait les demi-habiles. Mais la chose fait encore bien
trop peur dans un pays où le jeu du mouvement et de l’histoire des classes
sociales est à ce point bloqué.
Les propos de Wallon sur le dessin et le cinéma, tout comme sur la
délinquance juvénile, restent inconnus et sont d’un intérêt majeur.
Enfin et surtout, c’est une rubrique psychologie clinique qu’il faudrait
envisager comme traversant à peu près tout l’ensemble de l’œuvre de Wallon,
non seulement en matière de psychologie de l’éducation, mais encore de
psychologie professionnelle (orientation, sélection professionnelles ;
psychologie du travail).

Psychologie de l’enfant : 32 ; 33 ; 34 ; 37 ; 41 ; 43 ; 48 ; 50 ; 51 ; 56 ; 57 ; 59 ;
60 ; 62 ; 67 ; 68 ; 72 ; 73 ; 79 ; 80 ; 88 ; 95 ; 108 ; 109 ; 111 ; 119 ; 124 ; 127 ; 128 ;
129 ; 137 ; 139 ; 142 ; 143.1 ; 146 ; 147 ; 153 ; 155 ; 163 ; 165 ; 166 ; 167 ; 174 ;
176 ; 177 ; 179 ; 180 ; 202 ; 203.1 ; 206 ; 207 ; 208 ; 227 ; 230.1 ; 202 ; 206 ; 208
; 221 ; 228 ; 240 ; 263
Psychologie génétique expérimentale : 176 ; 232 ; 233 ; 238 ; 239 ; 244 ; 245 ;
253 ; 260 ; 261 ; 262 ; 253 ; 260 ; 261 ; 262
Psychologie de l’éducation, scolaire, pédagogique ; orientation scolaire : 30, 44 ;
46 ; 47 ; 69 ; 70 ; 71 ; 74 ; 77 ; 78 ; 81.1 ; 92 ; 93 ; 98.1 ; 101 ; 102 ; 104 ; 106 ;
110 ; 112 ; 115 ; 116 ; 119.1 ; 119.2 ; 122 ; 123 ; 131 ; 134 ; 136.1 ; 141 ; 143.1;
144 ; 148 ; 150 ; 151 ; 151.3 ; 154 ; 156 ; 160 ; 161 ; 162 ; 166 ; 168 ; 181 ; 182 ;
183 ; 184 ; 185 ; 186 ; 187 ; 189 ; 196 ; 212 ; 213 ; 220 ; 222 ; 224 ; 230.1 ; 248 ;
19
249 ; 251 ; 254.1 ; 255 ; 254.1 ; 255 ; 259.1 ; 263 ; 265
Psychologie pathologique : 2 ; 3 ; 4 ; 5 ; 6 ; 7 ; 8 ; 9 ; 10 ; 10.1 ; 11 ; 12 ; 12.2 ;
13 ; 14 ; 15, 16, 17 ; 17.1 ; 18 ; 18.3 ; 18. 4 ; 18.5 ; 18.6 ; 18. 7 ; 18.8 ; 18.9 ;
18.10 ; 18.11 ; 18.12 ; 18.13 ; 19, 20 ; 21 ; 23 ; 25 ; 26 ; 28 ; 29 ; 35 ; 36 ; 38 ; 39 ;
40 ; 41.1 ; 49.1 ; 49.2 ; 54 ; 64 ; 75 ; 86 ; 89 ; 94 ; 99 ; 145 ; 170 ; 217 ; 242 ; 243 ;
257 ; 259
Psychologie générale : 18.2 ; 24 ; 27 ; 81 ; 85 ; 90 ; 96 ; 100 ; 103 ; 114 ; 143 ;
149 ; 176 ; 177 ; 178 ; 188 ; 193 ; 198 ; 199 ; 225 ; 226 ; 246
Politique scolaire et pédagogique ; Réforme de l’enseignement : 117 ; 121 ; 126 ;
136.1 ; 138 ; 140 ; 157 ; 163.3 ; 172 ; 173 ; 200 ; 201, 250 ; 265
Psychologie appliquée : 52 ; 55 ; 58
Psychologie du travail : 135 ; 163.1
Orientation professionnelle : 49 ; 65 ; 82 ; 87 ; 162 ; 163.1
Psychologie différentielle ; Psychométrie : 63 ; 97.1 ; 158 ; 164 ; 167
Psychologie sociale : 151.2 ; 171 ; 180 ; 220.1 ; 196 ; 207 ; 212 ; 214 ; 216 ; 219 ;
254
Psychanalyse : nombreux passages publiés sous les références suivantes dans
Wallon lecteur de Freud et Piaget. (1981) : 22 ; 27 ; 28 ; 29 ; 31 ; 40 ; 42 ; 45 ; 53
; 55 ; 66 ; 79 ; 81 ; 82 ; 103 ; 105 ; 107 ; 108 ; 111 ; 113 ; 114 ; 124 ; 145 ; 170 ;
177 ; 208 ; 241 ; 247 ; 264.2
Psychologie anthropologique ; comparée ; de la mentalité primitive : 45 ; 53 ;
66 ; 83 ; 105 ; 113 ; 216 ; 228 ; 229 ; 236
Psychologie esthétique, dessin, filmologie : 130, 133 ; 159 ; 178 ; 191 ; 193 ; 209
; 210 ; 218 ; 229 ; 232 ; 235 ; 239
Épistémologie, philosophie : 61 ; 81 ; 83.1 ; 84 ; 85 ; 90 ; 91 ; 92.1 ; 97 ; 118 ;
125 ; 169 ; 170 ; 197 ; 199 ; 204 ; 205 ; 223 ; 230 ; 241 ; 246 ; 250.1 ; 254 ; 258
Histoire, biographie : 1 ; 18.1 ; 74 ; 76 ; 92.2 ; 96 ; 97 ; 98 ; 107 ; 120 ; 125 ; 132 ;
136 ; 143.2 ; 151.3 ; 152 ; 163.2 ; 175 ; 190 ; 192 ; 194 ; 195 ; 203 ; 203.2 ; 203.3 ;
211 ; 215 ; 226 ; 231 ; 236.1 ; 236.2 ; 236.4 ; 237 ; 246 ; 247 ; 252 ; 256 ; 264 ;
266 ; 267
Politique générale : 12.1 ; 92 ; 110.1 ; 119.2 ; 151.1 ; 172 ; 190.1 ; 219 ; 236.3 ;
250.1 ; 264

3. Chronologie

Refaite par synthèse à partir de données d’Enfance 1963 et de R. Zazzo 1975. Il existe
d’autres chronologies plus complètes et donnant d’autres détails complémentaires : voir
Œuvres 6, n° 236.4, pp. 97-102 ; Wallon : La Vie mentale, Éditions sociales, 1982, pp.
919 ; Émile Jalley : Wallon et Piaget. Pour une critique de la psychologie contemporaine,
L’Harmattan, 2006, pp.424-457.

Naissance à Paris, le 15 juin 1879. 1899-1902 : Élève de l’École Normale
Supérieure.
1902 : Agrégé de Philosophie. Professeur au lycée de Bar-le-Duc.
20
1903-1908 : Études de médecine.
1908 : Docteur en Médecine.
1908-1931 : Assistant du Professeur Nageotte à Bicêtre et à la Salpêtrière.
1909 : Le délire de persécution (Thèse de Médecine) Paris, Baillière.
1914-1918 : Mobilisé comme médecin de bataillon.
1920-1937 : Chargé de cours à la Sorbonne.
1925 : Docteur ès lettres
L’Enfant turbulent, Thèse de Doctorat ès lettres, Alcan, 1925.
Création du Laboratoire de Psychobiologie de l’enfant à
BoulogneBillancourt.
Articles sur la conscience dans le Traité de Psychologie de G. Dumas.
1926 : Psychologie pathologique, Alcan.
1927 : Directeur d’études à l’École Pratique des Hautes Études. Le laboratoire
de Boulogne y est intégré.
Président de la Société Française de Psychologie.
1929 : Participe à la création de l’Institut de Psychologie de Paris et de l’Institut
national d’orientation professionnelle.
1929-1949 : Professeur à l’Institut National d’Étude du Travail et d’Orientation
Professionnelle.
Membre du Conseil Directeur de l’Institut de Psychologie de l’Université
de Paris.
1930 : Principes de Psychologie appliquée, A. Colin.
1931 : Adhésion au « cercle de la Russie neuve ».
1934 : Les origines du caractère chez l’enfant, Boivin.
1937-1949 : Professeur au Collège de France.
1938 : La vie mentale, Encyclopédie française - t. Vlll.
1941 : L’évolution psychologique de l’enfant, A. Colin.
Enseignement interdit par le gouvernement de Vichy.
1942 : De l’acte à la pensée, Flammarion.
Adhère au parti communiste clandestin après l’exécution de Politzer et
du physicien Salomon par les Allemands. Entre dans la Résistance.
1944 : Secrétaire général à l’Éducation Nationale dans le gouvernement de la
Libération.
1945 : Les origines de la pensée chez l’enfant, P.U.F.
Délégué du Front National à l’Assemblée Consultative Provisoire.
1946 : Député de Paris à l’Assemblée constituante.
Succède à Langevin comme Président de la Commission de la Réforme
de l’Enseignement.
1948 : Fondation de la revue « Enfance », P.U.F.
1949 : Mise à la retraite.
1950-1952 : Professeur à l’Université de Cracovie (Pologne).
1951 : Les mécanismes de la mémoire (avec E. Evart-Chmielnitzki), P.U.F.
1951 : Président de la Société Médico-Psychologique.
21
1953 : Renversé par une voiture. Contraint désormais à l’immobilité.
1954 : Président des Journées Internationales de Psychologie de l’enfant.
Président de la Société Française de Pédagogie. rt du Groupe Français d’Éducation Nouvelle.
1962 : Dernier article : « Pluralité et nombre chez les enfants de 4 à 7 ans. »
erMort à Paris le 1 décembre 1962.

Les développements qui suivent sont consacrés à la présentation des
quatre livres encore jamais réédités d’Henri Wallon, donc comme déjà dit :
Délire de persécution (1909) ; Psychologie pathologique (1926) ; Principes de psychologie
appliquée (1930) ; Les mécanismes de la mémoire (1951). Vu la densité de la pensée et
le caractère souvent resserré du style de Wallon, il nous a paru utile et même
indispensable d’en produire une sorte de résumé essentiel, parfois en suivant
certains passages du texte de fort près, d’ailleurs régulièrement cités. Au début
de l’exposé touchant chacun des ouvrages, on a produit un certain de
remarques générales pour mieux en expliquer la portée par rapport à la
signification d’ensemble de la pensée de Wallon.

Analyse des ouvrages 1909, 1926, 1930, 1951

4. DÉLIRE DE PERSÉCUTION. LE DÉLIRE CHRONIQUE À BASE D’INTERPRÉTATION.
1909

Un compte rendu d’une page d’un dénommé René Charpentier dans
L’Encéphale (1909) fournit un très bon résumé de la thèse de Wallon sur le
« Délire de persécution. Le délire chronique à base d’interprétation ». On l’a
reproduit à la suite du texte de Wallon page 177.
La formulation composite du titre de l’ouvrage pose un problème
d’agencement notionnel (persécution, interprétation) dont l’éclaircissement ne
viendra que par la suite.
Remarque : L’intérêt essentiel de l’ouvrage est de mettre en place de
façon décisive la notion moderne de paranoïa, en la reprenant de sa première
formulation chez Krafft-Ebing et Kraepelin et en l’enrichissant des apports
principaux de l’École française avec justement les notions de persécution,
(Lasègue 1852), d’interprétation et de revendication.
Wallon soutient avec certains contemporains (Deny et Camus 1906, mais
surtout Seglas) l’unité relative du cadre de la paranoïa - donc d’abord dégagé par
Krafft-Ebing (1888) puis Kraepelin (1899) -, ceci contre l’opinion de Sérieux et
Capgras (1902, 1904, 1906, 1908) qui, à la même époque, limitent les
paranoïaques aux interprétateurs - du côté plus représentatif, opposés par eux aux
« revendicateurs « ou « quérulants » - du côté plus offensif, et qu’ils
caractérisent plutôt comme des « obsédés ».
Wallon va présenter dans sa deuxième partie consacrée à l’« étude
22
clinique », six cas comme des intermédiaires entre ces deux pôles selon une
échelle allant d’un pôle « interprétation » vers un autre pôle « revendication » :
interprétateurs mégalomanes, persécuteurs familiaux, persécutés
hypocondriaques (1), auto-accusateurs (2), érotomanes, jaloux (3, 4), interprétateurs
revendicateurs (5, 6).
C’est apparemment la notion de persécution (Lasègue 1852) qui sert ici
de relais pour élargir le cadre de l’« interprétation » (Sérieux-Capgras 1902-1908)
pour y englober tous les aspects de la paranoïa (Krafft-Ebing, Kraepelin).
La deuxième partie consacrée à l’étude clinique de ces six cas est
encadrée par une première et une troisième intitulées respectivement « Introduction
historique » et « étude analytique » (évolution, pronostic, diagnostic).
La thèse de Wallon prend parti dans un débat alors très contemporain. Il
est plus qu’intéressant de garder à l’esprit dans ce contexte le propre texte de
Freud sur « Le Président Schreber », daté d’à peine deux ans plus tard (1911),
où se trouvent pointés surtout les trois thèmes : persécution, érotomanie,
jalousie. Dans sa propre thèse datée d’une vingtaine d’années plus tard à
propos « De la psychose paranoïaque dans ses rapports avec la personnalité »
(1932, Seuil p. 362), Jacques Lacan cite la thèse de « Vallon » (sic) en laissant
deux coquilles sur le patronyme de son auteur aussi bien que sur son titre
(délire à base d’interprétations).
Il y a évidemment lieu de garder à l’esprit, en étudiant les propres idées
de Wallon, celles donc non seulement de Freud, mais encore de Lacan sur la
paranoïa sensitive, mais également aussi celles de Kretschmer sur les trois faciès
en continuité de la paranoïa (de combat, de souhait ou de désir, de relation ou
sensitive). Celles aussi de Kurt Schneider et d’autres classifications plus
modernes des personnalités pathologiques (CIM, DSM). Nous avons produit
ces développements ailleurs et nous y renvoyons sans en reprendre le détail ici
(La Guerre de la psychanalyse. Le front européen, L’Harmattan, pp. 735-736, 743,
767771).
Wallon rapporte d’abord à Lasègue (1852) la notion d’un « délire des
persécutions », avec, depuis cette date, un antagonisme entre deux tendances,
l’une en faveur de l’espèce unique et l’autre du démembrement, résumant toute
l’histoire des « délires chroniques de persécution ou de grandeur ou psychose
paranoïaque » (111).
Falret (1878) distingue, mais à vrai dire sans les constituer à l’état
d’espèces distinctes, les « persécutés raisonnants » ou «
persécutés-persécuteurs » (« revendicateurs » de Seglas), la forme la plus grave, et une forme
classique du délire des persécutions à quatre périodes (doute, hallucination,
écho de la pensée, grandeur). Les deux apparaissent chez des dégénérés, de
degré plus ou moins profond, mais sans aboutir à la démence.
Magnan distingue trois formes essentielles (112) :
1/ délire chronique à évolution systématique, une maladie acquise sans
tare héréditaire.
23
2/ une autre forme consistant dans « les manifestations moins
systématisées et plus incohérentes de la dégénérescence mentale ». Elle peut
guérir ou aboutir à la démence.
3/ Un autre groupe formé par divers délires de revendication et
d’interprétation, confondus avec un délire polymorphe à bouffées
paroxystiques, toutes psychoses elles de dégénérescence, opposées à la première
forme. Elles n’aboutissent jamais à la démence mais sont inguérissables.
Seglas (1890) s’oppose à Magnan (113) en maintenant le délire de
persécution chronique à quatre périodes de Falret (Magnan 1), cependant lié à
une « constitution psychique vicieuse et des anomalies de développement »,
mais sans le différencier de façon essentielle des formes plus polymorphes
propres aux débiles (Magnan 2). Il y distingue des variétés : le délire des
persécutés-persécuteurs (Falret) ou revendicateurs, sans étapes successives, et
par ailleurs un « délire par interprétations délirantes simples » - propre donc aux
interprétateurs -, l’un plus offensif, l’autre plus passif. Malgré ces deux variétés
(reprises à certains égards plus tard par Kretschmer : combat et sensitivité),
Seglas maintient, à la différence dix ans plus tard de Sérieux et Capgras
(19021908), l’unité du groupe des persécutés.
C’est avec Kraepelin (114), suivi par Sérieux élève de Magnan que
tendent en un premier mouvement à s’isoler le délire de revendication assimilé
à la paranoïa et le délire d’interprétation avec hallucinations, plus proche de la
démence précoce et des psychoses hallucinatoires chroniques. En fait, dans un
second temps Kraepelin associe sous le terme de paranoïa le délire par
interprétation simple - lui sans hallucinations - et le délire de revendication des
quérulants. Cette conception est alors admise en France par Dupré (1907),
Deny et Camus, avec une connotation dégénérative, où certains voient une
perturbation des facultés associatives d’origine postulée comme neurocérébrale.
Mais à partir de là justement, Sérieux et Capgras vont prêcher le
démembrement en réduisant la paranoïa au seul délire par interprétation, et en traitant
le revendicateur comme un « véritable obsédé qui lutterait pour son idée au lieu
d’y résister », tandis que l’interprétateur tend plutôt à se « constituer une
conviction ». On a vu guérir de telles obsessions. Il existe des formes mixtes, et même
associées.
Or il va s’agir pour Wallon de savoir si l’interprétation ne s’embranche
pas « sur la même souche » de la paranoïa que la revendication.
Passant à la deuxième partie consacrée à l’étude clinique, Wallon note
rapidement que « la forme du délire dépend du caractère de chacun » et que
« tout cas individuel a sa complexité propre ». Et qu’il n’y a pas de distinction
essentielle entre les interprétateurs purs et les persécutés-persécuteurs ou
revendicateurs. En un mot entre ce que Kretschmer appellera sensiblement
plus tard (1921, 1297) délire de relation, de souhait ou de désir et délire de
combat.
Le progrès de l’étude clinique menée par Wallon suit à partir de là
24
l’échelle des degrés de transition entre les deux positions de l’interprétation et
de la revendication, en usant du fil conducteur de la persécution.
Les persécuteurs familiaux décrits d’abord par Gilbert Ballet, dont
souvent « la vie n’est plus qu’un roman pathologique », animés par des «
tendances constitutionnelles à l’égocentrisme », sont bien des interprétateurs (120,
173). Ils font à l’occasion le pont vers les catégories suivantes, du fait d’ « idées
hypocondriaques », ou de « désirs de vengeance qui les font ressembler souvent
à de véritables persécutés-persécuteurs ». On rappellera simplement en passant
et rien que pour mémoire la notion freudienne certes assez différente de roman
familial.
Les persécutés hypocondriaques sont la proie d’interprétations attentives
aux « moindres variations de leur cénesthésie » (124-125, 128). On passe, pas
toujours mais parfois, de tels cas vers ceux des persécutés-auto-accusateurs
(Gilbert Ballet 1897, Seglas), le mécanisme d’ « auto-accusation », avec souvent
à la base « des faits d’ordre religieux ou génésique » nourrissant des « idées de
formule mélancolique » (Freud ; 129, 131). Leurs « idées de culpabilité » les
présentent comme des « victimes coupables », entretenant « l’autophilie du
déprimé ». Dans de tels cas, l’intelligence n’est pas atteinte, « sous le
rayonnement morbide d’une personnalité qui se projette en toutes choses et s’y
retrouve » (129, 138). Dans de tels parages, le cas de J.-J. Rousseau « ce grand
paranoïaque » est célèbre.
En de pareils cas où s’adjoint le fait de « répondre aux persécutions par
des actes, la transition devient nette » avec le délire de jalousie et l’érotomanie.
Cette dernière, où c’est souvent « le médecin qui est cause de tout »
comme de « comédiser », est une véritable « psychose constitutionnelle répondant le
plus souvent à un trouble de l’affectivité ou de la santé ». La « fuite de la
conscience » qui s’y observe n’empêche pas certains de ces sujets par « leurs
tendances natives » de « ressembler davantage aux revendicateurs, quérulants et
persécuteurs » (138, 141-142). La formation d’un « roman complexe » y va
souvent de pair (145-146) avec « des réactions offensives » justifiées par
« l’illusion du déjà vu ».
Le délire de jalousie, quant à lui, se présente souvent comme un « délire
systématisé chronique » aussi ouvert aux idées interprétatives qu’aux « actes de
persécution » (146).
Au bout de l’échelle, chez les interprétateurs revendicateurs, qui sont des
« personnalités pathologiques dont l’orgueil et l’autophilie font toute l’unité »,
les registres de l’interprétation, de la persécution et de la revendication, « au lieu
de se combiner en un même système, restent parfois juxtaposés », en « systèmes
ayant une certaine indépendance réciproque ». Mais une telle « parenté morbide
assez étroite » ménage « l’existence de formes mixtes ». Les facultés
intellectuelles peuvent rester intactes, alliées à un « égocentrisme triomphant »
(147, 150-151). Il arrive que l’interprétation se raréfie au point de le céder
totalement à une « activité dévorante ».
25
La troisième partie intitulée « étude analytique » repart du « délire à base
d’interprétation » de Sérieux et Capgras (1902-1908) en s’intéressant en premier
lieu à la « formule du délire » (155) :
Les idées de grandeur des persécutés mégalomanes - fous inoffensifs et
euphoriques - sont liées à des « conditions de débilité intellectuelle ou
d’épuisement psychique ».
Des idées mystiques peuvent s’associer aux idées de grandeur, mais
parfois aussi aux idées hypocondriaques.
Les idées érotiques, de caractère platonique ou plus attentatoire, sont le
fait d’interprétateurs ou de revendicateurs.
Les idées de jalousie sont fréquentes et donnent lieu à des interprétations
incessantes.
Les idées de préjudice et de revendication sont multiples chez un sujet
méfiant, inquiet, timide et scrupuleux.
Les idées de culpabilité sont rares (Sérieux et Capgras), sauf dans la
variété un peu spéciale des persécutés auto-accusateurs de Gilbert Ballet.
On note l’absence des idées de négation et de possession, où s’exprime
un trouble profond de la volonté, qui n’existe pas dans la paranoïa (Kraepelin).
On note aussi l’absence, ou à la rigueur la contingence, de troubles
sensitivo-sensoriels.
De fait, les persécutés n’ont pas d’hallucinations visuelles, ni non plus de
la sensibilité générale ni auditives, rarement gustatives et olfactives - l’odeur du
sperme chez le jaloux. Moins rares cependant dans le tableau classique du délire
des persécutions, par contre dans le délire à base d’interprétation, les
hallucinations demeurent épisodiques, fragmentaires et isolées en tout cas. Mais
la question reste toujours de les distinguer d’illusions ou simplement
d’interprétations (157).
Remarquables sont la netteté de la perception et la fidélité et la vivacité
de la mémoire, la lucidité de l’intelligence et de la pensée. On y revient tout
juste ci-après.
Caractéristique est l’extrême fréquence des interprétations. Un fait réel
leur sert d’origine. Mais rien n’est pour le sujet l’effet du hasard. Il y a partout
pour lui du mystère et de l’allusion. En réalité, même avec son imagination
orientée au symbolisme, le paranoïaque ne s’écarte jamais trop non plus de ce
qui est admis par l’usage (158, 193).
La conservation de l’exercice régulier des facultés logiques est
remarquable. Mais la lucidité de l’esprit, la rectitude toute formelle du
raisonnement font contraste avec une diminution véritable, jusqu’à l’abolition
même, du sens critique. Une conviction maîtresse s’affiche dans le vêtement
d’une certitude unique, exclusive, absolue (158).
L’élaboration du délire ne trouve pas toujours d’emblée sa formule
définitive - point nuancé un peu plus loin. Il arrive aussi que le délire
n’aboutisse pas à une idée directrice précise (159).
26
L’illusion d’être perpétuellement sur la trace d’une explication produit
un état d’indécision et de doute. Les troubles de la reconnaissance sont en
contraste saisissant avec l’intégrité de la mémoire (159).
Au système objectif des choses s’en substitue un autre, « dont le
fondement est dans le sujet lui-même… dans la constitution psychique du
paranoïaque ». Le paranoïaque est incapable de s’adapter aux réalités ambiantes,
à entretenir des relations normales avec le monde extérieur ; mécontent de sa
situation, méconnu, on ne comprend rien à son mérite. Une opposition
progressivement croissante se développe entre lui et son entourage (160).
Toutes les manifestations de la paranoïa, actes et délire, relèvent
directement de la personnalité du malade, qui devient la raison suprême des
choses. « Le système des perceptions… est submergé sous l’activité de
l’inconscient » (Krafft-Ebing) (161). Des fictions inconscientes se développent en
perceptions illusoires. Puis l’illusion entrant dans la conscience, la supposition
devient certitude, évinçant toute « faculté de critique et de réflexion ».
Aux troubles de l’intelligence consistant dans la perte des facultés
critiques, l’absence d’auto-critique, se mêlent des troubles de la sensibilité
consistant en orgueil, autophilie, égocentrisme, méfiance vis-à-vis des autres. C’est
souvent à l’occasion d’une émotion, d’un trouble de l’affectivité, d’une
dépression morale, mêlés parfois de dépression physique, d’épuisement organique, que
démarre la psychose (162).
Évolution et pronostic : c’est à une « constitution psychique défectueuse
du sujet… sur un terrain de dégénérescence mentale » que se relie le
développement du délire chronique à base d’interprétation (162, 174). On mentionnera
encore en passant (EJ) l’importante notion de « constitution psychique » dans la
célèbre équation étiologique de Freud où se composent selon un modèle
complexe à plusieurs niveaux la constitution et l’événement (1905, 1915-1917).
Généralement se manifestent dès l’enfance des troubles du caractère :
l’humeur est bizarre. Mais il ne convient pas non plus d’assigner au délire un
début trop précoce.
Selon les auteurs, le délire apparaît entre 20 et 40 ans (163). Une fois
systématisées, les idées varient peu. D’élaboration lente et peu évolutive, le
délire se développe de façon peu progressive, plutôt par extension continue à
des faits de plus en plus nombreux. Le développement se fait aussi à l’occasion
de « crises paroxystiques, parfois déterminées par des troubles de l’affectivité ou
de la santé générale ». Des interprétations par bouffées viennent alors confirmer
et étendre le système. Malgré des moments de rémissions, le délire persiste
jusqu’à la mort, sans déchéance des facultés intellectuelles ; « un paranoïaque ne
guérit pas ».
Contre les auteurs français qui affirment en général l’absence d’évolution
vers la démence, Kraepelin admet un déclin de l’intelligence par suite de
l’extension progressive du délire (164). Les hommes sont plus fréquemment
atteints que les femmes. Beaucoup ne sont pas internés. Les interprétateurs
27
supportent plus mal la réclusion que les mégalomanes.
Le diagnostic peut poser parfois problème (165) avec d’autres délires
dans les psychoses aiguës à caractère plus ou moins confusionnel ou démentiel
(alcoolisme, épilepsie, paralysie générale, démence sénile), comme avec la
mélancolie, et certains accès intermittents de paranoïa aiguë propres à la psychose
maniaco-dépressive (Kraepelin) : en tout cas, lenteur du développement,
lucidité persistante de la conscience, intégrité des facultés intellectuelles, ordre dans
les pensées et les actes, exagération constante d’une personnalité qui résiste à la
démence, pas de troubles sensitivo-sensoriels durables.
Il convient d’écarter de la paranoïa évidemment la démence précoce,
comme aussi certains délires chroniques et progressifs de persécution à troubles
sensitivo-sensoriels dominants et à désagrégation démentielle finale de la
personnalité psychique (Magnan) (166-167, 174).
Il n’y a pas lieu de limiter la paranoïa au délire par interprétation, à
l’exclusion du délire des quérulants (Sérieux et Capgras), au prétexte que l’un
reste dans les « représentations », alors que l’autre, « agit et lutte », conçu par
ailleurs de manière arbitraire comme un « obsédé » (167). Les interprétateurs
peuvent être livrés à des « obsessions » au même titre que les revendicateurs
(168). Il n’est donc pas fondé de distinguer entre les interprétateurs et les
revendicateurs, ce sont des variétés. Même si les revendicateurs présentent
davantage de stigmates physiques et psychiques de dégénérescence, la
physionomie particulière du délire tient à un « noyau primitif de la personnalité
du malade », à des « tendances constitutives du sujet » rassemblant « toute la
personnalité dans une même conviction inébranlable ».
L’absence de période confusionnelle, la préservation de la lucidité et de la
cohérence de la pensée suffisent à distinguer le délire paranoïaque de
l’obsession. Celle-ci débouche, par effraction violente de la volonté, par
division, conflit de synthèses antagonistes, alternatives offensives de systèmes
opposés, sur « la confusion mentale, l’incertitude et la désagrégation
psychique ». L’obsession reste sujette à des éclipses.
Trois pages finales de conclusions resserrent les développements
antérieurs, en marquant certaines formules.
Remarque : Le projet de l’auteur, d’un dessin plutôt subtil
transparaissant au niveau même du titre de l’ouvrage, est pointé à nouveau : on a donc
tenté de compléter le concept de paranoïa, acquis de Krafft-Ebing (1888) puis
Kraepelin (1899), à partir de l’ancien concept large de « délire de persécution »
de Lasègue (1852), ceci en étendant le concept, certes plus récent mais
luimême trop étroit, de « délire par interprétation » (Sérieux et Capgras
19021908), pour y conjoindre le profil plus extrême du délire de revendication, mais
en usant pour cela justement de ce concept antécédent de persécution comme
support d’une série d’intermédiaires entre ces deux pôles de l’interprétation et
de la revendication.

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5. PSYCHOLOGIE PATHOLOGIQUE. 1926

Remarques : Ce petit livre (100 pages dans l’édit. originale) est d’une
importance historique essentielle. Il est le premier manuel de psychopathologie
à visée universitaire qui soit paru en langue française. Malgré sa date de parution
relativement ancienne (1926), cet ouvrage réserve au lecteur qui connaît le
domaine une surprise de taille, c’est qu’il est relativement peu démodé, eu égard
au canon du modèle de la psychopathologie freudienne classique tel que le
faisait admettre une présentation standard relativement diffusée entre 1970 et
1990 comme celle de Bergeret. Que l’on en juge.
Les trois entités principales de la structure psychotique y sont décrites
avec un grand talent : schizophrénie, mélancolie, paranoïa.
Un chapitre important y est consacré aux « conduites pathologiques »,
qui feraient relais aujourd’hui, sous le nom d’états limites, entre les psychoses et
les névroses.
Dans de tels parages, la notion de troubles psychosomatiques y est
également d’une présence aussi insistante (neurasthénie, etc.).
En ce qui concerne les névroses, la présentation de Wallon y manque
quelque peu la future classification qui ressortira avec plus de clarté par la suite
des progrès dans la présentation pédagogique de la métapsychologie freudienne.
Wallon y traite de l’hystérie de manière quelque peu décalée - mais tout
en prenant distance à l’égard de sa répudiation par la critique de Babinski, et
sans oublier la mention de Janet, Freud et Claude - en la rapportant au registre
des états limites [« conduites pathologiques »], ce qui n’est pas toujours sans
pertinence, en la resituant aussi avec perspicacité dans les effets
d’autosuggestion, dans les modes d’élaboration de l’angoisse et en la référant enfin à
l’interférence « de dispositions nerveuses et mentales », entre autres à un clivage de
l’activité mentale et motrice. Propos dans l’ensemble certes complexe, mais qui
même aujourd’hui, reste assez bien vu.
Wallon parle souvent des « obsessions », mais sans les rapporter à la
notion de névrose obsessionnelle qu’il assimile plutôt à la psychasthénie de
Janet - « dont le doute fait le fond ». En sont rapprochées et distinguées aussi
les « phobies ».
Des développements consistants sont consacrés aux organisations
déficitaires de l’enfance, aux psychoses aigües, aux démences organiques, aux
troubles neurologiques tels l’agnosie et l’aphasie.
Enfin la discussion d’une tonalité positive avec la psychanalyse y est,
compte tenu de l’époque, d’un intérêt que l’on pourra trouver captivant.
Dans la désorganisation totale du paysage intellectuel que représente
l’implantation hégémonique croissante du DSM au sein du contexte français, la
référence renouvelée à cet ouvrage méconnu de Wallon serait susceptible de
rendre le plus grand service aux étudiants et à l’ensemble des usagers.
Il y a intérêt à rapprocher Psychologie pathologique du compte rendu que
29
Wallon a donné en 1913 du l’ouvrage de Ph. Chaslin Intitulé Éléments de
sémiologie et clinique mentales, (Voir Œuvres 2, 11. Sur quelques problèmes de psychiatrie
(à propos d’un livre récent), Année Psychol., Mémoires originaux, 1913, XIX,
268-280). On consultera aussi dans le même tome les titres 12., 15., 17., 18.
portant sur des comptes rendus critiques de Wallon à propos d’études de ses
contemporains en matière de psychopathologie.
Abordons à présent l’étude rapide du contenu de l’ouvrage.

Le Chapitre premier concerne deux paires de « définitions »
fondamentales.
Celle tout d’abord entre « psychopathologie et pathologie mentale » (181).
On nous dit que « la psychologie pathologique ou psychopathologie a
même terrain d’études que la pathologie mentale ou psychiatrie, mais s’en
distingue par son objet. Au contraire, elle a les mêmes buts que la psychologie
normale, mais opère sur un terrain différent.
C’est « des anomalies psychiques que s’occupent la psychopathologie et
la psychiatrie ».
On avance alors que la seconde prend en charge la description des
syndromes (Chaslin), tandis que la première étudie les symptômes, [donc l’une
opérant bottom up, comme on dit aujourd’hui, en montant vers le haut, et l’autre
top down, en descendant vers le bas. Ce qui rappelle de manière singulière
l’articulation des deux trajets de la dialectique platonicienne, l’une montante et
l’autre descendante.] Des « états comme la confusion mentale » intéresseraient
directement aussi bien la première perspective que la seconde.
Le passage entre « psychopathologie et psychologie normale » (182) et
inversement semble interdit dans une conception comme celle de Blondel qui établit
une sorte d’ « antinomie entre la conscience morbide et la conscience courante
ou normale », un dualisme entre l’individu subjectif et l’homme social. Blondel
réfute la possibilité de l’Einfühlung comme possibilité d’explication
psychologique, et rejoint ainsi l’objection faite par Auguste Comte à la psychologie
intropective.
Celle-ci part du Moi comme d’un postulat, résout « le psychisme en
images, sensations, atomes de perception et de conscience », qu’elle manipule
avec une « dialectique intellectualiste », selon un préjugé dénoncé tant par la
pensée sans images de Binet que la critique par Bergson du morcellement de la
conscience.
La psychopathologie est d’un sérieux secours pour la psychologie
normale des mécanismes et des lois psychiques, dans la mesure où elle «
suppléerait selon Ribot à l’expérimentation ». Mais alors que l’expérimentateur
varie à volonté les « modifications introduites dans l’ordre des conditions », le
pathologiste, « en présence d’une anomalie psychique… opère par
comparaisons et recoupements de manière à reconnaître les variations concomitantes ».
Enfin, « il n’y a pas de science qui soit un système clos… Les
30
manifestations du psychisme sont liées à une certaine organisation de la matière
vivante, et plus particulièrement à celles du système nerveux » (Nageotte), seule
approche qui permette à la psychologie scientifique d’éviter « la métaphysique ».

Le Chapitre II étudie « les causes en psychopathologie » (187) dont
« beaucoup nous échappent encore. À propos du rapport entre « troubles
organiques et troubles fonctionnels », on ne peut toujours supposer « qu’il y ait des
troubles fonctionnels sine materia ».
L’action indiscutable des « glandes dites endocrines ou à secrétion interne »
montre à l’évidence que, « s’il y a lésion, ce n’est pas du moins le système
nerveux qui en est le siège ».
La coordination et l’architectonique des centres du système nerveux,
« qui échappe encore dans son multiple détail à la simple description », ne
présentent d’« aberrations considérables par rapport au type normal » que dans
« certains cas d’idiotie graves », alors qu’« à l’origine de nombreuses
défectuosités ou perversions mentales ou morales il en existe que nous ne
savons pas apprécier ».
Plus pertinente serait la distinction entre « lésions irréversibles et lésions
réversibles » (188). Les démences, avec l’« abolition totale des fonctions et aptitudes
intellectuelles, seraient le type des psychoses irréversibles. La confusion mentale au
contraire ». Également les états circulaires, à périodes d’excitation et de
dépression, dont la règle est de guérir mais de récidiver, par opposition à l’évolution
chronique et progressive de certains délires ou aux manifestations irréductibles de
certaines perversions mentales. »
En réalité, « l’altération irréversible d’un organe peut ne pas empêcher la
réviviscence plus ou moins exacte des fonctions d’abord abolies. L’anatomiste
v. Monakow signale cette tendance à la réadaptation… qu’il appelle diaschisis.
L’activité résiduelle… réalise un compromis, un équilibre nouveau, qui peut
bien ne pas effacer la lacune produite, mais utilise néanmoins la plasticité des
organes demeurés indemnes pour leur faire dépasser à chacun » leurs fonctions
spécialisées.
Les « relations interfonctionnelles » montrent (189) que « l’appropriation de
l’organe à la fonction ne serait pas étroitement déterminée. Elle est un effet de
l’adaptation et de l’évolution », d’où la mise « en jeu… d’adaptations variables…
des suppléances nécessaires… et d’aptitudes diverses ». Tout comme
« l’apprentissage de la parole paraît avoir un cours et des moyens variables selon
les sujets… cette diversité ne peut qu’atteindre son apogée quand il s’agit du
psychisme et de ses opérations Elle a des conséquences de la plus grande
importance en psychopathologie. »
Il arrive qu’ « une détérioration très grave demeure inaperçue », par
exemple « une vaste destruction des lobes frontaux », ou que soit « attirée
l’attention sur une paralysie générale d’évolution déjà très avancée. Inversement,
un trouble qui, par nature, semblait définitif, comme une démence ou une
31
aphasie, semble soudain se dissiper ». De même les « phénomènes de rémission
passagère et invraisemblable » liés à la « dextérité » des cas kinésie paradoxale dans
la « paralysie agitante » [Parkinson].
Ainsi, [d’après le modèle de l’évolution-involution du neurologiste
britannique Hughlings Jackson (1835-1911)] « la maladie paraît beaucoup moins
créer des formes nouvelles qu’en libérer, qui sont normalement en composition
avec d’autres et demeurent anonymes », par « relâchement d’une inhibition »
plutôt que par surcroît d’énergie nerveuse ou psychique », ainsi des
phénomènes tels que : « excès d’activité dans un territoire ou système
fonctionnel, contracture musculaire, certains états d’hyperesthésie viscérale ou
sensorielle, l’impétuosité émotive, l’incontinence et le flux des idées. »
La « diversité des complexions psycho-organiques », prise en compte
dans L’Enfant turbulent (1925) s’exprimait déjà d’une certaine manière dans la
« doctrine longtemps classique des tempéraments d’Aristote, fondés sur cette
interdépendance du physique et du moral », et dont « l’œuvre est seulement à
reprendre », malgré « l’extrême insuffisance de sa base physiologique ».
L’explication des syndromes mentaux par des « constitutions pathologiques »
(190) permet d’en éliminer « l’accident, l’épisode, l’occasionnel ». Pourtant
Dupré admet une constitution émotive « à la rigueur acquise sous l’influence de
violents psycho-traumatismes tels qu’il s’en est vu pendant la guerre. »
L’hérédité d’après les lois de Mendel ne doit pas être confondue avec le
concept encore « fréquent, de la contamination du germe par les intoxications
ou infections des parents ». D’après Rüdin, « les états circulaires ou cyclothymiques et
la démence précoce répondraient à un facteur différent d’hérédité ». Mais, « bien
d’autres agents que l’hérédité peuvent survenir, soit avant, soit après la
naissance, pour constituer ou modifier le terrain », propre à laisser « éclore telle
ou telle psychose ».
À propos maintenant d’une « causalité psychique », on a justement
rencontré « la description fréquente en ces dernières années de psychoses psychogènes ».
Ainsi, « l’impuissance à réaliser les conséquences diverses et surtout
mentales ou sociales d’une émotion soudaine ou trop intense pourrait, selon
Janet, Breuer, Freud, déterminer ces phénomènes de dérivation, qui constitueraient
pour une bonne part les manifestations de l’hystérie ou de l’obsession » (191).
Ce thème d’un « noyau de systèmes propres à confisquer tout ou partie de
l’activité psychique » a été poursuivi par Bleuler, Claude et ses élèves.
Touchant « la schizophrénie, nom donné à la démence précoce… son
influence profondément dissociante sur tous les systèmes de l’activité mentale,
affective et motrice… ne permet pas de supposer que les connexions nerveuses
dont ils dépendent soient restées normales. » Avec Descartes qui disait que la
télépathie, si elle existe, doit s’inscrire dans le monde matériel, on ne voit pas
pourquoi des lésions psychogènes - si elles sont un jour constatées - seraient
plus invraisemblables que des lésions infectieuses ou toxiques. » Le « point de
départ mental » de l’émotion n’exclut en rien « une action spécifique de
32
l’adrénaline sur les organes et tissus. »

Le Chapitre III traite des « degrés et formes du psychisme » (193).
Le « scandale » que représente « l’action d’une « force ennemie » » de la
« conscience » a introduit « la notion d’inconscient dans la psychopathologie ».
Tout d’abord, « à la périphérie de la conscience claire et distincte, s’établit
une « marge de l’extra-conscient », une zone « crépusculaire » d’« états de
somnolence mentale », mais perméable selon « la situation » à une « pensée
plus diffuse », un « degré flou de connaissance ».
Dans certains cas (194), surgit « une vivacité mobile de la perception qui
a été appelé hyperprosexie et qui réalise la forme dite métamorphotique de la
conscience ». C’est la « fuite des idées », propre à l’« excitation maniaque », et qui
débouchait, lorsque la suggestion s’en mêlait, sur les dédoublements de la
personnalité de jadis (loups-garous) dans le cadre d’accès maniaques (Janet, malade
d’Azam).
D’autres fois, ce seront « des oscillations d’attention ou d’intérêt entre
différents plans ou domaines » de la conscience, d’où des illusions sous forme
de fausse reconnaissance du passé ou alors de pressentiment, donnant alors lieu
selon les cas à des interprétations prophétiques, mystiques ou au délire de
persécution.
Le subconscient est ce qui, intime et personnel, se dérobe à la prise de la
conscience (195).
Cependant, « l’inconscient, dont il a paru que la conscience devait être
doublée, en a été donnée comme la réplique exacte, moins le fait d’être
conscient… Une idéologie abstraite, artificielle, fut ainsi substituée au jeu
profond des sentiments, tendances dispositions diverses, qui commandent le
développement de l’être mental ».
« Le plus simple événement de conscience » mobilise « un fantôme qui se
cherche un corps, lui-même émanation d’affinités que seule peut expliquer la
subjectivité la plus individuelle ou la plus accidentelle », par exemple tel « état
d’émotivité » (Abramowski).
L’adaptation au milieu suppose une « zone des fermentations
affectives… L’effet peut en être le délire sous différentes formes… Tant que le
malade n’a pas découvert un système satisfaisant d’explications et de preuves, le
monde lui semble une énigme… Aux situations les plus banales il trouve une
certaine étrangeté. Cette situation n’est d’ailleurs pas connue que des aliénés »,
mais même des « sujets normaux ».
L’inconscient présente des traits fort dissemblables chez Freud et Ch.
Blondel (196). L’un et l’autre voient « dans la conscience normale une sorte de
produit social ; mais le point de vue de Freud est surtout moral, celui de
Blondel intellectuel. »
À partir des tendances subversives de toutes relations sociales - sexualité
et besoins de l’espèce - et celles confirmées par l’appareil social - moi et instinct
33
de conservation personnelle - « vers sept ans, se constituent, en domaines
distincts l’inconscient et la conscience », avec « entre les deux une zone, le
préconscient où leurs rapports se règlent par des compromis », sous « une
forme symbolique », selon « une symbolisation appartenant à l’histoire de
l’humanité. » C’est ainsi que la psychanalyse (197) permet d’« éclaircir les
complexes qui, refoulés dans l’inconscient, peuvent, en dépit de la censure, troubler la
conscience et devenir la cause des névroses et des psychoses », par fixation et
régression de la sexualité ou libido.
Ce n’est pas tant le fait d’identifier inconscient et sexualité que Blondel
reproche à Freud que sa prétention de pénétrer dans l’inconscient, pour en
expliquer les complexes et finalement les résoudre en conscience (197). Les
malades de Freud raisonnent si bien qu’il convient de leur refuser « le titre de
malades ». Pour Blondel, l’inconscient est « la part de l’individuel », de ce qui est
essentiellement irréductible à une mise en commun. Les poussées de
l’inconscient ne portent pas l’aliéné vers un âge révolu ou seulement possible de
l’humanité, mais le déversent hors de tout société, de toute humanité
concevables (198).
Cependant Blondel ramène en fait l’inconscient à la cénesthésie, son
agnosticisme réduisant à nouveau le psychisme à la sensation, à une psychologie
artificielle de l’introspection, et revenant à « définir le psychisme,
nécessairement comme Freud, en y introduisant la conscience ».
L’opposition de Blondel à Freud est « trop globale », car le freudisme
comporte « une part d’observations justes ». Piaget a retrouvé les lois du rêve
« chez l’enfant dans la façon dont ses idées s’enchaînent et se succèdent. » De
même le refoulement relève « des faits observables. Mais de ce que la réalité de
certains mécanismes mentaux se laisse constater par expérience directe, il ne
s’ensuit pas qu’ils doivent servir à construire l’inconscient, qui s’y dérobe. »
C’est en termes d’ « énergie psychique » que Janet propose de rapporter
l’étude des conduites, ramenant ainsi la psychopathologie à la méthode objective
entre toutes de l’examen du comportement morbide (199).
Mais avec sa « puissance ou force psychique » conçue en termes de
« variations ou différences de tension », de « niveaux différents d’une énergie
psychique ou vitale », Janet, à l’inverse d’un Rabaud par exemple, « retourne
complètement les termes en présence. » Cependant ni le physicien n’affirme
« d’emblée une force qui serait celle du monde matériel », ni le biologiste « n’a
que faire d’une force vitale. » Et le psychologue doit « savoir employer quand il
faut des termes et notions » différant d’« une entité sans corrélations
physiologiques ».

Le Chapitre IV aborde l’étude des « déficits mentaux » (201).
Ils ont des conditions anatomiques ou physiologiques « si manifestes
qu’elles se sont imposées d’emblée à l’observation. »
Le déficit peut être « global ou partiel, irréversible ou réversible »,
34
consistant parfois seulement en un excès d’activité en certains domaines par
défaut de contrôle inhibiteur des centres en déficit, parfois en formes
combinées où un déficit nettement apparent s’accompagne de suractivité
spéciale ou généralisée, mais toujours d’ordre inférieur. Ce sont souvent des
épisodes, dans une affection à effets très nets de déficit : « excitation
intellectuelle ou délire dans la paralysie générale, excitation motrice dans la
démence précoce ou la démence sénile. »
On commence par les « déficits globaux ».
Irréversibles par lésions de croissance ou agénésie des centres nerveux :
idiotie, imbécillité, arriération intellectuelle, débilité mentale ; ou par destruction ou
abiotrophie : variétés et niveaux divers de la démence.
Réversibles avec les états de confusion mentale.
Agénésie : la méthode des tests proposée par Binet et Simon suscite déjà
de la « méfiance » avec le « résultat paradoxal que l’intelligence de l’adulte serait
de niveau avec les tests de 14 ou 16 ans. » Bien utilisés, les tests « peuvent être
sans doute un précieux instrument de sélection, un crible dans des conditions
très déterminés de sélection, par exemple scolaire. » Mais « réduits au simple
étalonnage d’un prototype mental », ils ne peuvent aboutir à d’autre résultat que
d’ « éliminer ce qui n’y est pas conforme », de ne « donner de chaque individu
qu’une définition purement négative », de « le connaître par ce qu’il n’a pas. »
L’idiot présente « une activité dont les formes et les motifs dépassent la
simple physiologie. » Les premiers stades du psychisme peuvent développer,
dans l’indépendance de la vie consciente ou intellectuelle, certains mécanismes
d’une grande perfection intrinsèque.
L’idiot peut, à partir d’un « stade en quelque prépsychique » (202), accéder à
l’ébranlement diffus et total des émotions, puis à l’exploration de la sensibilité
kinesthésique, dont la gymnastique articulatoire lui est commune avec le
nourrisson, de même que les premiers déplacements dans le champ visuel.
L’activité circulaire qui se développe de la sorte entre le geste et la sensation
risque chez l’idiot de rester stagnante sous forme de stéréotypies. Puis survient
l’activité en écho, c’est-à-dire l’immédiate reproduction du geste et du son, mais
qui ne permet pas encore de dépasser le stade subjectif du psychisme.
L’imbécile, « dont toute l’activité est d’emprunt », en est réduit aux « lois
de l’imitation » (203). Les insuffisances de l’arriéré prêteraient chaque fois à
« une étude de grand intérêt pour la connaissance des mécanismes de la vie
intellectuelle », à condition que l’emploi des tests comme « instruments d’une
étude différentielle » n’aboutisse pas à une « moyenne étiquetée en âge
intellectuel. »

Les « débiles, décrits avec beaucoup de finesse par Chaslin, sont des
imbéciles supérieurs », qui arrivent parfois à des situations assez relevées », et qui,
d’un « faciès bien caractéristique », semblent « se mirer dans leur sottise avec
satisfaction. »
35
La démence peut préserver la mimique intellectuelle, cependant que « la
mimique affective, qui plus primitive devrait être plus résistante, s’altère très
vite. » Toute trace des acquisitions n’y est pas abolie, y survivant « à l’état de
simples stéréotypies » (204).
Deux opinions sont en présence sur les démences : résultante terminale
telle que la démence par foyers successifs et multiples du ramollissement cérébral ;
ou dégradation moins totale mais d’emblée « dans le vif et l’essentiel », telle « la
démence précoce dont Kraepelin affirme et Chaslin conteste le caractère démentiel
d’emblée. »
Parmi les manifestations de la démence, certaines sont des vestiges de
l’activité antérieure, normale ou pathologique : restes d’actes autrefois pleins de
sens, ou alors d’un délire de persécution entré en dissolution ou d’une psychose
infectieuse, ou restes d’anciennes idées mélancoliques.
Le délire n’est pas toujours par lui-même signe de démence. Euphorie de
la paralysie générale. Idées de jalousie pénibles de la démence consécutive à
l’alcoolisme. Délire de préjudice dans l’involution sénile (205).
L’amnésie, qui est habituellement le fait de la sénescence, ne se rencontre
pas que dans la démence. Elle obéit à la loi de Ribot. L’abolition rapide des
souvenirs récents peut évoluer en amnésie continue. Se présente aussi l’amnésie
lacunaire ou perte de tous souvenirs relatifs à une période donnée.
La confusion facile entre le rêve et la perception éveillée, avec maintes
erreurs et faux souvenirs, se rencontre dans la simple distraction, chez les
vieillards non déments, dans la confusion mentale, devenant habituelle dans la
démence sénile.
La désorientation sous son triple aspect, temporelle, locale, personnelle,
relève de la confusion mentale et des seules démences liées elles aussi à une
intoxication ou une infection.
Plus grave est l’agnosie, ou inaptitude à identifier une situation en
évoquant les notions correspondantes, qui met en jeu la fonction symbolique,
dont le langage est le produit et l’instrument le plus différencié. Le sujet n’en
devient pas nécessairement absurde ou dénué de toute intuition. « À moins de
démence surajoutée, le besoin de comprendre et d’agir subsiste en lui. Le déficit
reste partiel. »
L’incohérence se rencontre à son maximum dans certaines formes de
démence précoce, la paralysie générale, le ramollissement cérébral. Il s’agit de
« distinguer de la vraie ce qui est seulement apparence d’incohérence », et dans
ce cas de deux manières. « Tantôt c’est l’expression seule qui devient
incompréhensible… tantôt c’est entre les motifs eux-mêmes qu’est le
désordre » : dans l’excitation maniaque, les délires confusionnels. Mais
l’incohérence démentielle proprement dite est la discordance propre à la démence
: perte de toute cohésion intime et de toute raison commune, caprice, précoce
indifférence, absurdité de l’ensemble de la conduite.
L’authentique démence comporte l’indifférence affective (206). L’émotivité
36
n’a pas pour autant disparu, elle est même incontinente, et comme automatique,
par exemple « chez cette catégorie de ramollis appelés pseudo-bulbaires ou dans
la variété dire catatonique de la démence précoce. » Ce sont des accès donnant
l’impression d’être « plus organiques que psychiques. » Dans « l’inaltérable
satisfaction de nombreux paralytiques généraux ou la turbulence inquiète du dément
sénile », le sujet reste insensible à quelque événement qui survienne : aucune
« survie de la personnalité affective ».
Enfin, « l’incurie, l’inertie, l’apathie sont le terme de toute démence…
Tout se confond dans une égale abolition. »
La confusion mentale est un état transitoire, de causes toxiques ou
infectieuses, offrant « un désordre si grave et si global qu’elle était jusqu’à Delasiauve
confondue avec la démence. » Le confus produit « un effort pour percer le
brouillard où sa conscience est noyée, à moins qu’il ne soit naturellement en
état de stupeur… Le délire dont peut s’accompagner la confusion a été appelé
délire de rêve » (Chaslin). On y trouve la désorientation sous les trois aspects
évoqués plus haut (temps, espace, personne).
Les déficits partiels relèvent de « lésions en foyer, ou
topographiquement déterminées » (207).
L’apraxie et l’agnosie sont « deux sortes de troubles dont les manifestations
sont clairement distinctes. » L’homme normal trouve parfois une aide à prendre
un objet pour mieux l’identifier. En sens contraire, il y a les sujets qui parlent à
mi-voix pour aider une action difficile, ce que Pick a étudié sous le nom de
« formulation verbale. »
Manier un objet connu, réaliser ce qui se conçoit, transformer en actes
les représentations correspond à une dualité de domaines dans l’activité
mentale. Un des modes particuliers de cette activité est la langage qui est
simultanément parole et compréhension, lien avec la pensée.
L’aphasie motrice et l’aphasie sensorielle ont été l’occasion pour la psychologie
associationniste des images de construire « un de ses plus artificieux systèmes »
(208).
Dans le premier registre, l’agraphie complique souvent l’aphasie (209).
Dans le second, l’aphasie nominale de Head concerne l’incompréhension
attachée à chaque mot individuellement, tandis que l’aphasie sémantique concerne
le fait que la perception et la compréhension du mot isolé n’entraînent pas celle
de la phrase.
La production d’une phrase comporte, comme Pick le signale, une
succession de canevas, d’où s’organise une sorte de progression syntaxique,
présidant à la mise en série d’éléments successifs, dont résulte le langage
articulé. Suivant le niveau plus ou moins bas où cet ordre est aboli, l’aphasie
motrice sera dite, suivant la dénomination de Head, verbale ou syntaxique,
atteignant le mot ou la phrase.
Le mot est signe qui reste essentiellement distinct de ses réalisations
éventuelles. Il ouvre la pensée à une sorte d’espace idéal. L’exemple des
sourds37
muets montre bien que ce n’est pas l’impossibilité de former certaines images
qui interdit l’usage des signes. Head fait de l’aphasie une perte non d’images,
mais de la fonction symbolique elle-même.
D’après ses recherches et celles de Van Woerkom, l’aphasie
s’accompagne d’une inaptitude très marquée de réalisation dans l’espace, par
défaut de cet espace virtuel situé au-delà de l’espace actuel, et qui est la
condition fondamentale de la fonction symbolique (210).
Des cas réversibles d’apraxie, d’agnosie et d’aphasie se voient dans des
formes particulières de crises épileptiques, dans l’émotion, les commotions, et
même la psychasthénie.

Le Chapitre V étudie « la productivité morbide » (211)

À côté des déficits, les délires et autres conduites pathologiques
représentent les « productions vicieuses » de la pathologie mentale.
Il y a délire de conduite aussi bien que de propos. Toute extravagance de
langage et de conduite n’est pas délire. Les déraillements verbaux de
l’aphasique, le verbiage incohérent du dément, l’impulsion irréfléchie, telles dispositions
morbides comme la perversité, sont en dehors du délire, qui consiste
essentiellement en un concept erroné.
Touchant les variétés cliniques du délire, il peut être passager et épisodique,
ou chronique et systématique. Le premier cas est surtout caractéristiques des
états confusionnels (Régis), mais sans qu’ils s’impliquent toujours
mutuellement. Il existe des états confusionnels sans délire (Chaslin), et en l’absence de
manifestations confusionnelles un délire propre à la confusion : délire de rêve de
Chaslin, onirisme de Régis. C’est le délire de la fièvre, tirant, comme la confusion,
ses origines d’une infection ou d’une intoxication de source interne aussi bien
qu’externe. Ces délires plus ou moins mêlés de confusion peuvent apparaître
sous l’influence du surmenage, de l’inanition, de l’émotion, d’une insuffisance
hépatique ou rénale.
Ressemblantes au délire confusionnel sont les bouffées délirantes appelées
polymorphes de certains dégénérés, exprimant un trouble dans le domaine
végétatif, mais aussi une insuffisance constitutionnelle, en tout cas du système
nerveux lui-même (212).
Même association de troubles organiques et d’insuffisance cérébrale dans
les délires de la démence chez le paralytique générale et le dément sénile, avec
confusion éventuelle, mais surtout déchéance de l’esprit critique et du jugement,
de la mémoire, en un mot de la connaissance. Tendent à prévaloir des états
affectifs dans l’euphorie du premier et les idées de préjudice du second,
marquées par l’incohérence et l’absurdité extrêmes.
Délires liés à des états fortement affectifs encore dans l’excitation maniaque
et la mélancolie. L’altération des fonctions végétatives, tout comme les
manifestations intellectuelles y sont liées à des impressions issues de la sphère affective
38
ou motrice. Précipitation, décousu, pauvreté dans le premier cas, difficulté et
lenteur de l’idéation, monotonie et invraisemblance du délire dans le second.
Les idées de culpabilité sans fin et sur fond d’inexistence du mélancolique sont
l’expression véhémente de son angoisse.
Le sujet ne sait plus rien distinguer ni se distinguer lui-même de sa peine,
invariable, immense et continue (213). C’est l’état qui s’exprime dans les trois
idées combinées de négation, d’énormité et d’immortalité, dont l’ensemble est connu
sous le nom de syndrome de Cotard. Issu d’un sentiment unique et total, bloc
systématique marqué d’une contradiction dans les termes, il est presque toujours
incurable.
La systématisation d’un délire est un indice de chronicité (51).
Autrement, ils sont éphémères à la façon d’une bouffée délirante, ou sont le prélude
d’une démence qui les emportera dans la ruine de l’activité intellectuelle. Mais la
systématisation a des conséquences mentales très différentes suivant qu’elle
opère uniquement sur la subjectivité du malade ou sur le monde réel.
La réduction de la pensée à des motifs purement subjectifs est de deux
sortes. Tantôt de simples rêveries qui tendent aux états appelés schizoïdes par
Bleuler. Tantôt la conscience devient son propre objet, et se peuple alors
comme d’individualités opposées, avec une impression de dédoublement. C’est
alors que se produisent les effets dénommés suivant les cas idées d’influence ou de
possession, prise ou écho de la pensée et qui étaient interprétées traditionnellement
comme des hallucinations. Subsiste au terme une activité réduite à quelques
gestes (214).
Quand, au contraire, le délire emprunte au monde son matériel, que le
mécanisme mental garde sa sûreté, parfois même gagne dans certaines de ses
applications plus de précision, suivant qu’il se développe en récits ou en actes,
on a soit le délire d’interprétation de Sérieux et Capgras, soit les quérulents et
processifs. Entre les deux variétés, il semble qu’il n’y ait pas de différence
fondamentale. Elles se combinent toujours plus ou moins chez le même
individu, et tel revendicateur peut se transformer en interprétateur, s’il n’a pas
d’autre issue. Ce sont les raisonnants atteints de paranoïa : esprit systématique,
logique à outrance au service d’une conviction, conclusions toujours
tendancieuses et fausses, idées de persécution et d’orgueil, égocentrisme d’une humeur
entière, conflit soit déclaré soit latent avec l’entourage, exigences sans issue ni
accommodement de la personnalité.
Dans certains cas, seule une conduite ombrageuse et méfiante apparente
la paranoïa à ces personnalités morbides identifiables aux travers et perversions
de leur conduite.

Note : Wallon voit avec une grande perspicacité que la paranoïa
peut faire transition avec les états pervers et caractériels (« personnalités
pathologiques ») formant le groupe de ce l’on dénomme aujourd’hui les
états limites.
39
La zone des facteurs psychiques du délire se déplace progressivement du
délire confusionnel jusqu’au délire paranoïaque. Se trouve d’abord altérée la
perception brute des choses, puis « le sens des rapports avec le milieu, en
passant du milieu physique au milieu social. » Et il est bien plus apparent sous la
première forme (215).
Si l’hallucination tient encore un rôle considérable en pathologie mentale,
« bien que son concept ne soit pas clair et se fonde sur une psychologie
aujourd’hui tout à fait controuvée… Taine en est le mauvais artisan. » Il s’est
saisi du « nom » d d’hallucination comme « preuve à l’appui du sensualisme
hérité de Condillac. » On en a « supposé » à partir des « sensations réellement
données par les appareils de sens », mais aussi de la « cénesthésie ou sensibilité
organique », et même des « mouvements du langage » - rendant compte suivant
leur abolition ou leur réviviscence soit des aphasies soit d’ « hallucinations
verbales ». Il a même été fait « mention d’ « hallucinations psychiques », que
Seglas dénomme, il est vrai, pseudo-hallucinations ».
De fait, « les sens sont l’ultime terrain vers lequel l’aliéniste est tenté
d’acculer l’aliéné », les questions de l’aliéniste semblant lui indiquer le genre de
preuves à fournir. « Ch. Blondel a montré l’incohérence des expressions et des
images parmi lesquels se débat le malade… irréductibles à aucune sorte de
sensation ou d’hallucination définie » (216).
Même si le délire confusionnel altère la perception immédiate des choses,
« pour combien la simple sensation compte-t-elle dans la perception ?...
L’excitation sensorielle n’est qu’un signal propre à susciter par voie
d’assimilation et différenciation l’image en situation ».
Dans la confusion mentale, « les réductions nécessaires ne s’opérant
plus… Pas n’est besoin… d’expliquer l’apparition d’images sans rapport avec la
réalité… Dans l’excitation de son delirium tremens, l’alcoolique… se laisse
souvent dicter l’objet de ses hallucinations » (217).
Surtout, « l’influence des états affectifs sur la perception et sur le délire
est multiforme. Elle pourrait expliquer bien des imaginations de l’enfant et du
folklore », tout comme « l’invariable sentiment » du mélancolique, « les idées de
négation, énormité, immortalité du syndrome de Cotard », et « l’inquiétude
affective » du paranoïaque qu’il justifie par « ses raisonnements ou ses actes ».
Du reste, la façon dont la vie psychique s’ordonne dans le temps peut
aussi varier avec la tonalité affective, qui vient à disjoindre… la chronologie
véritable [par] subversion de l’ordre dans le temps… L’expérimentation a
montré que l’attente d’une perception peut la rendre antérieure pour la
conscience aux événements qui sont synchrones ou même antérieurs. »

Note : On connaît déjà à l’époque de Wallon ce phénomène
soidisant mis en évidence comme un résultat tout nouveau des expériences
menées par l’américain Libet. C’est là un exemple des
recommencements incessants de la psychologie.
40
D’où le « sentiment de déjà vu » qui tend soit à faire chercher à tort dans
le passé, soit à imposer un pressentiment. « Certains aliénés ne paraissant réagir
aux stimulations extérieures que par surprise ou par réminiscence. »
« Les moments normalement unis et indistincts de la pensée… en
arrivent à s’opposer entre eux constamment et systématiquement, divisent la
conscience contre elle-même… et donnent lieu aux soi-disant hallucinations
verbales ou psychiques », sans qu’il soit besoin d’en rapporter « les variétés
minutieusement et inutilement décrites à autant de sortes d’images » (218).
Les conditions mentales du délire supposent la confusion entre le domaine de
la conscience et celui du monde extérieur, le moi et l’univers, un trouble
essentiel des opérations mentales rangées par la philosophie sous le nom de « la
raison ».
C’est l’impression d’énigme devant la réalité, ou alors celle d’une
illumination soudaine, un sentiment de révélation, comme dans les moments
d’exaltation semi-confusionnelle, de même que dans l’action du chloroforme ou
de l’éther (219).
La substance du délire implique un état régressif de l’activité rationnelle,
répondant à l’impuissance de maintenir la distinction entre le réel et le subjectif,
entre le spatial et le mental. Certains rêveurs se voient comme extérieurs à
euxmêmes, jouant leur partie dans les scènes dont ils sont en même temps les
spectateurs. Cet inconcevable dédoublement exprime un retour au stade où la
représentation est comme identique à son objet, où la pensée n’est pas encore
intériorisée, mais semble périphérique avec la réalité qu’elle évoque. Telle est la
conscience au sortir d’une syncope (Montaigne, Rousseau) : sentiments,
réminiscences et idées paraissent s’extravaser dans l’espace et l’y mêler
ellemême. Ainsi des noyés qui revoient leur vie passée, avec l’illusion de ressusciter.
L’illusion est la même dans les délires de rêve ou rêverie. Cette évasion
hors du moi de ses états implique qu’il a perdu tout pouvoir de leur opposer le
réel. Tel est le résultat de la confusion mentale, ou de ce dégoût d’agir propre au
schizoïde.
Une autre source du délire est la régression du principe de causalité, ou
plutôt son apparente hypertrophie. Les persécutés raisonnants ne considèrent
rien de fortuit, leur égocentrisme anthropomorphique rattachant tout en un
même système, ce qui atteste un stade rudimentaire de la pensée. Le raisonnant
a perdu la notion du hasard.
La supposition d’une cause omniprésente, de l’immédiate émanation des
effets hors d’une même puissance, dans la résorption de toute délimitation
causale, peut être encore bien plus totale chez l’aliéné que chez le primitif
(Lévy-Bruhl). Le délire tend sans restriction à l’universel, abolit la distinction du
réel et du mental, aboutit à la confusion de la pensée et de son objet.
Dans le fétichisme verbal de certains aliénés, le mot, au lieu de simple
signe de la chose, les arrête comme s’il devait en livrer la substance secrète. Les
néologismes et les stéréotypies verbales du délirant chronique, avant de se dessécher,
41
lui ont donné l’impression d’un grand pouvoir, de se sentir posséder quelque
chose, réel et pensée confondus. C’est comme un retour à la valeur mystique du
Verbe (220).
L’identité du moi peut enfin, en se décomposant donner lieu elle aussi au
délire, la personne se trouvant divisée, disputée comme entre des individualités
diverses. Ce sont les idées de possession et d’influence. C’est la conscience en
contradiction avec elle-même, la pensée en décomposition. Car sans l’identité
du moi il n’y aurait pas plus de pensée possible que sans la croyance à l’ordre de
l’univers. Remise en question la double permanence du sujet pensant comme
du rapport quelconque entre la cause et les effets, se produisent « les troubles
de conscience les plus profonds qui puissent résulter de l’aliénation ».

Les conduites pathologiques peuvent être exclusives de toute illusion
délirante(221).
Les manifestations psychiques et cliniques des « personnalités pathologiques »
relèvent de l’insuffisance morale, de la moral insanity, moins en rapport avec le
milieu matériel qu’avec le milieu social.
Ce sont toxicomanies diverses, dépravation et perversions sexuelles, violences,
divagations imaginatives, crises convulsives rapportées souvent à l’hystérie, thèmes
hypochondriaques, fréquence du suicide, tendance au vagabondage, vie de délits, cas de
certains criminels.
Le manque de domination sur soi résulte lui aussi d’un « état de
régression mentale ». La mythomanie est à distinguer du délire, comme le
mensonge de l’erreur (Dupré) (222).
La conscience chez les personnalités pathologiques est encore si peu
individualisée qu’elle ne peut se dispenser de s’appuyer et de s’éprouver en
autrui. L’insuffisante opposition du subjectif et de l’objectif se traduit pour elles
dans les rapports du moi avec autrui. Crédulité, vanité, égocentrisme, perversité,
méchanceté, cruauté ont pour stimulant essentiel l’insuffisante objectivation
d’autrui (223).
Des conditions physiologiques affectent les personnalités pathologiques,
exprimées par des stigmates physiques en coïncidence avec la dégénérescence mentale.
Sans pour autant rapporter celle-ci à une récurrence atavique (Morel) ni à un
type ancestral d’humanité, selon le modèle des criminels-nés de Lombroso.
Ces stigmates peuvent consister en dystrophies osseuses ou dentaires,
parfois en altérations des glandes endocrines, comme aussi dans l’altération de
l’état musculaire et des réactions motrices, fréquente chez les anormaux
psychiques.

L’affirmation d’intimes rapports entre le psychisme et le mouvement
n’est pas récente : Chevreul, tables tournantes, Maudsley, Ribot, Féré.
Sherrington a enfin défini la double nature de l’activité musculaire selon l’activité
posturale par opposition à l’activité cinétique.
42
D’ailleurs le même auteur réunit dans un même système postural « les
connexions entre les centres des fonctions viscérales et posturales ».
À l’activité posturale, fonction de l’orientation et de l’équilibre, et du
tonus musculaire, appartiennent toutes les sortes d’accommodation : au
mouvement, sensorielle - préperception, mentale - mimique, et offrant, en lien
avec les fonctions viscérales, « la substance physique des émotions, le substrat
de la vie affective » (224).
Des signes d’insuffisance de l’activité tonico-posturale accompagnent
toujours « les anomalies psychiques d’origine constitutionnelle », au-delà des
« compensations interfonctionnelles » chez le normal. Les « corrélations
organiques de l’état mental » s’établissent à partir de l’étude de « la croissance
psychophysiologique chez l’enfant et de ses vices chez l’anormal ». De leur
variété dépendent les « complexions individuelles » et de leurs écarts « les
personnalités et conduites pathologiques ».

Le Chapitre VI traite des troubles du fonctionnement psychique, sans
déficit ni contenu pathologique « à proprement parler », mais liés à des
« possibilités d’incoordination entre les parties de l’édifice psychique ».

Les oscillations pathologiques du tonus mental compromettent la
formule de l’équilibre normal de la vie neuro-végétative, requis par les besoins
de l’adaptation au milieu (227).
L’alternance entre phases de régression et d’adynamie d’une part, et
d’excitation d’autre part s’observe chez une catégorie d’idiots, sujets également à
de l’asynergie.
Ce mode d’alternance se voit aussi chez les épileptiques, dont les crises
serait annoncées par la prépondérance anormale du parasympathique, ainsi que
d’ailleurs les accès de la psychose maniaco-dépressive (Tinel et Santenoise).
Depuis longtemps décrite sous le nom de folie périodique, circulaire,
alternante, à double forme, et enfin maniaco-dépressive, elle a été rapportée à une
constitution cyclothymique, comme terrain des périodes de dépression mélancolie ou
de manie (228).
Marquées respectivement par l’anidéation et la fuite des idées, l’« arrêt » ou
l’« incontinence », « à quelque différence de tonus mental que répondent la
mélancolie et la manie, elles ne sont pas l’exacte contrepartie l’une de l’autre ».

Les désordres psycho-moteurs présentent une grande variété de
« désaccords » du mental et du moteur.
Au plus bas, c’est la jactation de « gestes forcenés et le plus souvent aussi
monotones qu’incohérents ». Dans le domaine de la parole, c’est la verbigération.
Elles appartiennent à l’agitation hébéphréno-catatonique, la plus dégradée et la plus
démentielle, comme aussi aux « stades les plus graves de l’agitation
confusionnelle ou maniaque » (229).
43
Dépendant mieux d’une « coordination interne » apparaissent l’agitation
maniaque, offrant plusieurs degrés, de même que « les impulsions d’une part, les
effets de suggestion d’autre part » : dans ces deux derniers cas, « l’abolition du
contrôle personnel » n’exclut pas « les éléments psychiques hautement
différenciés que sont une image ou une idée ». Avec « pour l’impulsion une
origine intime ou organique, dans les centres de l’automatisme, de l’affectivité,
de l’instinct, dans le psychisme subconscient », alors que la suggestion part
davantage d’une « représentation » (230).
Babinski a réduit « ces dernières années » à la simple suggestion, et sous
le nom de pithiatisme, « toutes les sortes d’accidents antérieurement décrits
comme constitutifs de l’hystérie et qui souvent aussi furent involontairement
suscités ou cultivés par ceux qui en recherchaient l’existence. » Mais sans
pouvoir y réduire les « contractures physiopathiques », selon lui impossibles à
obtenir par suggestion, mais selon certains « guérissables par simple
persuasion ».
Du reste, « il semble bien qu’il n’y ait pas exacte équivalence entre les
deux termes de la définition [du pithiatisme] : origine purement suggestive et
guérison par la persuasion ». Que des crises cèdent aux « moyens si divers de
l’influence morale » ne prouve pas qu’elles soient « d’origine imaginaire ou
imitative », mais que, malgré « dans leur extravagance croissante une grande part
d’autosuggestion », elles ne sont « très souvent, au début du moins, que le
développement d’une angoisse réelle ». Leur « hypertonie », qui leur ferait
assigner « une localisation précise dans les corps opto-striés » (Vogt), les écarte
d’un simple effet de la fantaisie, et explique que le rétablissement de l’équilibre y
soit accessible à des « stimulations psychiques et une influence du dehors ».
Quant à l’« amnésie hystérique », même ramenée à un effet persistant
mais en partie imaginatif de confusion mentale (Dumas), là encore le facteur
d’« autosuggestion » invoqué ramène en définitive « la question de l’hystérie à
l’étude de dispositions nerveuses et mentales » (231).
Le « clivage » de l’activité mentale et de l’activité motrice apparaît aussi,
en rapport avec une certaine variété d’épilepsie, dans la mentalité projective, où « sa
seule projection dans l’appareil moteur permet à l’état de conscience de se
définir suffisamment… à l’aide de formules soit verbales, soit à proprement
parler motrices ».
Autre cas de « fissure dans le système moteur… ce n’est pas seulement
l’effort moteur, mais aussi l’effort mental, la capacité d’application mentale
qu’abolit une impuissance constitutionnelle à former et à conserver les
attitudes », ainsi chez certains enfants asynergiques.

Et « si c’est la subordination de la fonction posturale à l’activité cinétique
qui se relâche », c’est la position gardée avec l’aspect de mannequin articulé
propre à la catatonie dans la démence précoce, mais aussi à l’état normal, selon
les « complexions individuelles », chez les « gymnastes qui jouent les tableaux
44
vivants », dans le fakirisme, également dans certaines manifestations
cataleptiques de l’hystérie (232).
Mais « la fonction posturale est enfin sujette à présenter une
hyperexcitabilité consistant dans l’incontinence de ses réflexes propres… Tout
essai de modifier une attitude se heurte d’abord au durcissement des muscles
qui peuvent le plus contribuer à la maintenir. C’est le degré le plus élémentaire
du négativisme, tel qu'il s’observe dans certains cas graves de démence précoce ou
d'idiotie ». Mais si le réflexe s’exagère à mesure qu’un ordre verbal est réitéré, il
peut fondre au contraire sous la main qui cherche à le faire céder, avec
« contraste d’une rétivité opiniâtre à la voix et d’une ductibilité parfaite au
geste. » Le négativisme peut enfin mobiliser tous les moyens de défense et de
lutte qui sont à la disposition du sujet, ainsi dans l’activité d’opposition si
fréquente chez le petit enfant.
Mais l’opposition, simple esprit de contradiction chez l’enfant normal,
peut aussi dégénérer en perversité véritable, donnant lieu à des actes malfaisants
ou criminels. Le négativisme et l’opposition peuvent aussi combiner un autre
facteur : « l’impression d’intolérance et de timidité en présence d’autrui » [relié à
la fonction de prestance].

Les troubles du fonctionnement intellectuel ont une réalisation
particulière dans la psychasthénie de Janet, consistant dans « une certaine impuissance
de réalisation mentale, une grande propension aux obsessions ou idées fixes et
l’angoisse ». Dumas reproche à des notions telles que le « niveau mental, la
tension et l’hypotension psychologiques » de comporter « une part considérable
d’imprécision et même de métaphysique » (234). Janet va de la psychasthénie à
l’angoisse, alors que c’est le chemin inverse qu’il faut suivre.
L’angoisse a pour point de départ la plupart des organes internes, ceux de
la cavité abdominale par ptose ou chute des organes et retentissement sur le
plexus solaire (forme pure et phobies diverses), ceux de la cavité thoracique
(cœur et appareil respiratoire), avec un sentiment d’oppression, d’où naissent la
claustrophobie comme la dromomanie.
Au niveau des systèmes de l’équilibre et de l’orientation, l’angoisse se
spécifie dans le vertige, l’agoraphobie, l’astasie-abasie après systématisation
hystérique.
Toute incertitude d’équilibre ou de posture est source d’angoisse. Un
heurt, un obstacle le suppriment. La réalité de la catastrophe peut soulager de
son attente indéterminée. Ce qui terrifie l’enfant, c’est le mélange de connu et
d’inconnu, par exemple le visage de ses parents sous un autre aspect que
d’habitude.
La prépondérance du parasympathique produit un sentiment simultané
d’angoisse et d’indifférence, celle du sympathique au contraire la vivacité des
réactions émotives (Tinel et Santenoise). L’émotion et l’angoisse varient en
proportion inverse l’une de l’autre. L’angoisse est impuissance à toute émotion,
45
et souffrance de cette impuissance (Blondel).
Les vérifications incessantes de l’anxieux prennent vote l’allure du doute.
La psychasthénie est « une angoisse qui a suivi le psychisme dans son
passage de la vie simplement affective à la vie intellectuelle. »
Sur le plan des signes physiques, c’est la neurasthénie liée aux fonctions
viscérales et posturales, avec la rachialgie et la talalgie, affectant l’axe vertébral et
les talons, l’asthénopie ou difficulté d’accommodation visuelle, virant dans
l’asthénopie mentale pure, contrariant l’effort mental de la lecture, ainsi encore
que l’intolérance auditive (235).
À côté de ce contraste d’inquiétude et d’indifférence émotive, les phobies
sont des craintes relatives soit à la conservation personnelle, soit aux éventuelles
défaillances du maintien et de la volonté. Ce n’est en somme que « méfiance
d’équilibre psycho-moteur ».
La phobie devient obsession, à la fois corps étranger dans la conscience, et
besoin pour elle (Janet), selon la même apparente contradiction que dans
l’angoisse : c’est la même impuissance de détermination mentale, c’est l’attitude
appropriée qui se refuse au désir de la susciter. Mais en passant de l’actuel à
l’avenir.
Le doute en fait le fond, lui-même obsédant, car c’est lui la raison de
l’obsession. Ce sont les inquiétudes hypochondriaques, le besoin de vérification
sans fin, le scrupule, la recherche anxieuse, les préoccupations métaphysiques.
La pensée se meut dans l’illimité (236).
Le besoin d’agitation est commun au psychasthénique et à l’anxieux.
Mais chez le premier, l’agitation intellectuelle s’ajoute à l’agitation motrice. C’est
le mentisme de Chaslin, par incapacité de faire prévaloir l’attitude appropriée
(237).
Le travail intellectuel est difficile par défaut d’accommodation psychique.
Enfin proviennent toujours du trouble des attitudes les sentiments
d’irréalité, d’incomplétude, de dépersonnalisation (Janet), l’impuissance à croire,
l’irrésolution.
Il y a filiation de la réalité biologique de l’angoisse à la psychasthénie,
sans besoin de la baisse de tension psychologique de Janet.

En conclusion (239) : la pathologie met « du jeu » dans l’exacte
convergence du moi et du milieu. Les conduites normales peuvent être altérées
de trois façons : par déficience, par régression, par déréglage fonctionnel.
Les déficits globaux avec leurs trois formes : agénétique et définitive ou
idiotie, destructive et définitive ou démence, transitoire ou confusion mentale,
répondent, avec des caractères très différents, à une impuissance, plus ou
moins accentuée mais essentielle, de réalisation mentale.
Les états de régression mentale sont à la racine de toute productivité
morbide : délires et conduites pathologiques.
Quant aux déréglages de l’activité proprement intellectuelle, c’est
46
toujours quelque trouble des fonctions organiques, qu'ils mettent en cause.
[Note : Il est assez singulier de voir Wallon envisager les névroses
comme des troubles de l’activité intellectuelle, à moins qu’il ne veuille dire
« symbolique »].

6. PRINCIPES DE PSYCHOLOGIE APPLIQUÉE. 1930

Remarques liminaires : Wallon présente son ouvrage sous le chef
d’une psychologie de l’ « acte », conception qu’il y intérêt à rapprocher et à
distinguer à la fois de la formulation postérieure de La Vie mentale (1930-1937) :
étude concrète d’une réalité concrète, science de la nature et science de
l’homme. Tout aussi bien de la psychologie des conduites de Janet, comme de la
psychologie du comportement des béhavioristes. Il y a lieu également de garder
à l’esprit à cet égard la propre conception de Piaget qui réfère la source de sa
psychologie de l’intelligence à l’ « action ». Ces notions sont incontestablement
présentes dans l’esprit de l’auteur.
Wallon envisage l’ensemble de la psychologie sous forme d’une
psychologie générale, à concevoir comme un premier ensemble de grands bâtiments
fondé à partir du foyer principal de la psychologie de l’enfance, élargie en
psychologie génétique, et développée sur la base d’une interaction avec une
psychopathologie à deux versants complémentaires, de l’adulte et de l’enfant.
Ce premier ensemble comporte lui-même des développements vers une
psychologie de l’individu, du caractère (caractérologie), de la personnalité.
À ce vaste ensemble se raccorde alors un autre ensemble dénommé ici
par Wallon en termes de psychologie appliquée. Celle-ci s’articule en une
psychologie du travail, puis une méthodologie des tests ou psychométrie
ouvrant sur une psychologie différentielle des aptitudes - déjà présente au
niveau de la caractérologie ci-dessus (psychologie différentielle des
constitutions, des caractères, des types). Suivent l’orientation professionnelle qui se
rattache, par le biais de la psychologie pédagogique ou de l’éducation –
psychologie scolaire, à la psychologie de l’enfant et de l’adolescent. Puis vient la
sélection professionnelle, ouverte elle-même sur la psychologie du travail et la
psychologie différentielle. Viennent alors la psychologie commerciale puis la
psychologie judiciaire, sous le chapeau également d’une psychologie
professionnelle dont Wallon proposera en définitive qu’elle vienne englober l’ensemble
des chapitres du volume, y compris donc la psychologie du travail et la sélection
professionnelle.
Mais ce qui est saisissant dans ce volume, c’est que tout y rapporté aux
notions cardinales d’individu et de personnalité, selon un modèle qui ferait
boucle avec le premier grand ensemble de bâtiments.
On n’ose pas dire que cette « psychologie individuelle » (expression
d’abord venue de l’allemand Wilhelm Stern) n’est qu’une autre formule pour
celle d’une psychologie clinique, expression à ma connaissance jamais utilisée
47
par Wallon (parfois « méthode clinique ») - qui finit sa carrière juste au moment
où Lagache la commence à la Sorbonne (1950). Mais ce qui ressort bien de la
démarche d’ensemble de Wallon, c’est réellement la perspective globale d’une
approche essentiellement clinique dans les différents domaines de la
psychopathologie - évidemment, de la psychologie de l’enfant, de la psychologie
professionnelle, tout comme de la psychologie expérimentale (surtout de l’enfant),
qui représente tout de même un assez vaste volet dans ses publications (380/5
200 pages, soit 7 % de l’œuvre totale, sans parler du volumes des recherches
mettant en œuvre une méthode strictement clinique).
Sous l’aspect qui vient d’être tout juste évoqué, il importe de souligner
que la démarche proprement expérimentale (218., 232., 234., 238., 239., 242.,
244., 245., 253., 260., 262.) met toujours en jeu l’interférence essentielle de
l’approche clinique conjuguée. C’est ce qui apparente de ce point de vue Wallon
à Piaget.
Il est tout de même assez intéressant d’examiner, à l’égard de ce qui vient
d’être développé, le plan d’ensemble du Tome VIII sur La vie mentale de
l’Encyclopédie française, au moins sous sa forme originale, dont nous avons jadis
extrait les propres contributions de Wallon pour les publier sous le titre La Vie
mentale (VM). La place manque ici pour développer, sous forme d’une
cartographie tout à fait claire, ce que nous allons dire ici juste en raccourci.
L’ensemble du volume commence par deux « cahiers de synthèse » sur la
« caractérologie » (Le Senne) et la « psychanalyse » (Lagache). Après
l’Introduction générale de Wallon, viennent - ou plutôt viendraient - entre les pages
166 et 169 de la Table des Matières de VM, des chapitres sur la « psychologie de
laboratoire » (Piéron), la « psychotechnique » (id.), la « psychologie du
comportement » (Guillaume), la « psychologie de la conduite » (Janet), la «
psychanalyse » (Pichon, première version), la « psychologie génétique » (Guillaume), la
« caractériologie » (Wallon, pp. 100-101 de VM), l’ « organisation des recherches
psychologiques » (Gratiot-Alphandéry), « psychologie et histoire » (Febvre).
Plus loin, entre les pages 277 et 279 de VM s’intercalent un chapitre sur
la « pathologie des instruments intellectuels » avec deux sous-chapitres sur les
« maladies de la perception » (Guiraud) et les « troubles du langage »
(Ombredanne). Suivent deux grandes sections sur la « sexualité » (Lagache) et la «
famille » (texte célèbre de Lacan).
Puis entre les pages 329 et 321 de VM, entre l’ « école » et la « publicité »
(voir PPA, 4.1. : la réclame) viennent une section sur la « profession »
(Friedmann) et un chapitre de psychologie sociale intitulé « ambiance sociale et
psychisme » (Blondel). Viennent ensuite, entre les pages 344 et 347, des
développements sur l’ « évolution des notions psychiatriques » (Minkowski) et
« les délires et les troubles de la conduite », puis entre las pages 355 et 357, sur
les « attitudes devant la mort » (Kellersohn), puis entre les pages 359 et 365, sur
les « principes de la chirologie » (Wolff), la « graphologie » (Magnat), l’ «
interprétation de la figure humaine » (Abraham).
48
Un examen attentif ferait saisir de manière intéressante un certain
nombre de recoupements entre les divers chapitres du Tome VIII et
l’Encyclopédie française, et certains développements des ouvrages antérieurs et
postérieurs de Wallon, comme avec les titres de nombre de ses articles, de même
que des recoupements entre certains des développements des confrères de
Wallon et les siens propres, soit dans les ouvrages soit dans les articles.
Wallon et ses confrères sont des gens qui se connaissent bien, dont la
plupart se rencontrent dans les Sociétés savantes de l’époque, et qui travaillent
encore dans cette période de l’histoire intellectuelle dans un incontestable climat
d’interférence interdisciplinaire.
Encore un mot pour marquer certaines différences entre l’approche
wallonienne de la psychologie et les dérives où celle-ci a abouti dans la
deuxième partie du XXe siècle sous l’influence de l’américanisation croissante de la
discipline. Dans le cadre à vrai dire plus extensif comme plus compréhensif
d’une psychologie professionnelle, Wallon envisage par exemple la psychologie
du travail dans une perspective clinique centrée sur l’individu - on l’a dit - bien
plus que dans l’approche toute récente de cette discipline, marquée de plus en
plus par la description cognitive des organisations. Dans la dualité
fondamentale soulignée par Marx entre le salariat et le capital, que l’on nous autorise
cette métaphore, il n’est pas difficile de ressentir que Wallon est du premier
côté de cette polarité, tandis que nos auteurs récents seraient clairement de
l’autre côté. Il n’est qu’à consulter la Table des matières de l’ouvrage de référence le
plus récent consacré à La psychologie du travail (Guy Karnas, PUF, Que sais-je ?
2002) pour le constater de façon tout aussi claire que la différence entre le jour
et la nuit. La « psychologie des organisations » s’y subordonne sans équivoque
la « psychologie du personnel » : y sont alors prédominantes les notions de
« leadership, pouvoir, autorité, culture d’organisation », sous l’égide idéologique
indiscutée et non critique de l’ « économie cognitive des systèmes ».
Le retour à Wallon serait aujourd’hui, dans presque toutes les sous
disciplines de la psychologie, une excursion bien nécessaire pour faire le point sur la
géographie des lieux d’où l’on est parti, où l’on est arrivé et peut-être vers où il
conviendrait de mieux s’orienter et se diriger.

Avant-Propos
La psychologie appliquée est pour l’instant la négation de l’autre
psychologie, théorique, rationnelle, voire introspective. Partie de cas concrets et
utilitaires, elle commence par montrer le néant des antinomies dressées par les
psychologies de l’introspection ou de l’intuition [Bergson] entre le monde
intérieur et le monde extérieur, le fait psychique et le nombre, le sujet abstrait et le
sujet vivant.
On ne partira pas des champs d’activité où elle a pris naissance : l’école,
le métier, le négoce, la justice. Pourquoi pas encore la politique ou la famille ?
(247).
49

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