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Propos psychologiques sur la société

De
122 pages
A travers une série de thèmes qui reflètent les problèmes de notre vie en société (éducation, politique, compétition, inégalités, guerre…), l'auteur s'interroge sur la forme que les sociétés ont prise. Ces sociétés ne semblent pas apporter, à la plupart de leurs membres, l'épanouissement que l'on pourrait espérer d'une espèce intelligente. Dans cet ouvrage, le lecteur est invité à parcourir l'itinéraire psychologique de notre espèce qui, lentement, tend à développer des attitudes que l'on pourrait qualifier d'humanescentes, c'est-à-dire qui rendent plus humain.
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PROPOS PSYCHOLOGIQUES SUR LA SOCIÉTÉ De l'Évolution à l'humanisme

© L’Harmattan, 2010 5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-13786-8 EAN : 9782296137868

Régis VIGUIER

PROPOS PSYCHOLOGIQUES SUR LA SOCIÉTÉ De l'Évolution à l'humanisme

L'Harmattan

Du même auteur L'homme en sa nature. Le point de vue psychologique, Paris, L'Harmattan, 2009. Le paradoxe humain. Essai d'anthropologie humaine, Paris, L'Harmattan, 2004. Introduction à la lecture d'Alfred Adler, Paris, L'Harmattan, 2000. La théorie analytique adlérienne (en collaboration avec G. Mormin), Paris, Masson, coll. Médecine et Psychothérapie,

1993.

Adler et l'adlérisme (en collaboration avec G. Mormin), Presses Universitaires de France, Que sais-je ? n°2558,1990. Au seuil de la psychologie des profondeurs. Études comparatives des doctrines de Janet et d'Adler, Lille, Presses universitaires du Septentrion, 1993.

À toute ma famille et à ceux qu'intéresse l'Homme.

AVANT-PROPOS
Le psychisme de l'Homme, de beaucoup le plus développé parmi n'importe quel autre animal, constitue sa spécificité. Il n'est donc pas étonnant de le voir à l'œuvre dans toutes les manifestations de sa vie, même les moins visibles. Il n'est donc pas exagéré, non plus, de voir la psychologie, qui en est l'étude, ambitionner d'en comprendre les mécanismes qui s'expriment dans tous les domaines sous des formes très variées. Mais le psychisme humain est très complexe et l'on comprend la variété de méthodes utilisées pour tenter de l'expliquer. Comme tous les mécanismes complexes, il est fragile et exige des conditions qui ne soient pas trop défavorables. S'il répond à des pulsions de base relativement simples, il prend une forme personnelle sous l'action du vécu, et cela dès les premiers temps. C'est ce qui en rend, en pratique, le fonctionnement complexe. Il entretient avec son corps et son milieu humain des rapports fusionnels sur lesquels il agit et qui agissent sur lui. Dans cet ouvrage, l'auteur souligne l'action du psychisme dans les actes humains et son utilisation par les Humains, car le psychisme ne s'impose pas uniformément, il s'accommode de différentes utilisations qui mènent à des résultats différents. Ce livre se présente comme une application de la psychologie à quelques aspects, certes limités, mais fondamentaux, concernant la vie humaine que l'on pourrait nommer psychologie appliquée, si ce terme ne désignait pas déjà autre chose de très différent1. Les thèmes abordés ne doivent rien à l'arbitraire. Leur choix répond à une logique : notre itinéraire à travers l'Évolution qui explique en partie nos capacités et nos lacunes, les forces qui nous meuvent, le climat psychologique dans lequel nous vivons, la nature de notre espoir et sur qui ou quoi il se fonde, notre responsabilité dans la réussite ou l'échec de notre espèce, la vie avec les Autres que l'on ne peut éluder et l'épuisement des forces,
Application à des situations pratiques des recherches théoriques, comme la psychologie scolaire, la psychologie industrielle et, en particulier, la psychotechnique (les tests).
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dans certains cas, qui va jusqu'à effacer toute envie de vivre. Bien sûr, ces propos auraient pu s'étendre à beaucoup d'autres thèmes de la vie humaine, mais il fallait se limiter. Écrit dans un style usuel, l'ouvrage évite, chaque fois que c'est possible, les mots trop techniques et se limite à ceux jugés indispensables pour la clarté du propos. Ceux-ci sont expliqués à la fin, dans le lexique. En outre, pour faciliter la lecture, on en retrouve souvent la définition, malgré le risque de répétition, en notes dans chaque article. Certains lecteurs pourront s'étonner de l'appellation d'animal humain pour l'Homme. Il a longtemps été de mise, c'est vrai, pour bien marquer la supériorité de l'Homme, de faire une division très nette, malgré leur ressemblance évidente, entre Animal et Homme. Mais ce n'est pas uniquement par son corps que l'Homme appartient à l'Animal. Son psychisme également puise son origine dans l'Animal, en dépit de son développement hautement remarquable. Mais à trop oublier nos origines psychiques, on risque de mal comprendre certains de nos comportements ou de croire qu'une espèce supérieure exige des débuts grandioses. Dans le cas de l'homme, cela s'est révélé manifestement faux. Les propos présentés dans ce livre s'inscrivent dans le cadre de recherches de l'Anthropologie analytique dont les bases ont déjà été exposées dans deux ouvrages précédents : Le paradoxe humain et L'Homme en sa nature.

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L’ANIMAL
Il n'a pas échappé à l'Homme, à travers sa longue coexistence avec l’animal, tantôt familière, tantôt impitoyable, que celui-ci avait un petit air de famille avec lui. Si la ressemblance était suffisante pour projeter des sentiments humains dans les animaux des contes populaires ou imaginer que des hommes puissent prendre des comportements animaux2, les différences flagrantes poussèrent l'Homme à se démarquer de l'animal. Beaucoup de peuples se sont ainsi nommés simplement hommes3, par opposition aux autres espèces animales. Ainsi tout rapprochement avec l'animal, du moins dans la culture occidentale, a-t-il paru à l'Homme péjoratif, sinon insultant. Le double sens de Bête (animal et idiot) est significatif à cet égard. Et la valeur qu'il représente dépasse rarement l'intérêt utilitariste, alimentaire, expérimental ou, dans le meilleur des cas, de substituts d'affection. Car qui donc, à tout prendre, désirerait être né animal ? Pourtant, animaux et humains sont les produits, à des stades différents, du travail de l’Évolution. Et si ce travail a avantagé une espèce, celle-ci ne doit pas croire que l'Évolution s'est surpassée avec elle. Au-delà des différences manifestes de formes, ce n’est pas tant le corps qui distingue un animal d’un Homme. Tous les corps sont faits des mêmes substances chimiques4, malgré les capacités de chaque espèce qui ne sont pas, d’ailleurs, toujours en faveur de l’Homme (taille, vitesse, vision, puissance, modification de la couleur, locomotion, vol, nage, perceptions sensorielles, systèmes de détection et de défense). C’est le psychisme ou plus exactement le degré d’évolution du psychisme d’une espèce qui fait la différence. Car si les psychismes de toutes les espèces sont le produit des capacités de leur cerveau, tous les cerveaux dépendent du stade où les a menés
Dans beaucoup de cultures dites proches de la nature. Les Eskimos se nomment Inuit (les hommes), les Hottentots, d'Afrique du Sud, Khoi-Khoi, (premiers Hommes ou Hommes des Hommes) par exemple. Et il y en beaucoup d'autres. 4 Eau, oxygène, hydrogène, carbone, soufre, phosphore et autres éléments en quantité variable.
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l’Évolution. On a longtemps vécu dans l’idée que d’un côté, il y avait l’animal et de l’autre, l’Homme. Il était facile de voir dans l’animal, la nature sauvage et le mal, et dans l’Homme, le côté rationnel, spirituel, voire l’étincelle divine. Dans cette optique, l’Homme avait toujours le beau rôle et se démarquait de l'animal. Il s’y opposait et représentait le bouquet final d’une création bien organisée. L’on a, avec le temps, fini par accepter volontiers l’idée d’une animalité, mais on la limitait au corps. L’on avait, bien entendu, noté les effets de la sauvagerie humaine qui a pourri la vie humaine de tout temps et partout. Mais l’on n’envisageait pas l’hypothèse que cette sauvagerie fît partie de l’héritage animal de l'Homme, décuplée par les limites des possibilités humaines (limitations de la conscience, de la perception, du jugement) qui déviaient ces possibilités. On parlait alors d’imperfection humaine, comme d’une explication quelque peu fataliste. Pour le psychisme, on en restait souvent à un fixisme que l’on considérait être apparu avec l’Homme lui-même et n’avoir aucun antécédent significatif chez l’animal. Les nombreuses études sur les animaux nous obligent cependant à modifier cette vision et à remettre le psychisme humain dans le cadre de l’Évolution, au même titre que le corps5. Nous voyons ainsi l’Évolution poursuivre, pour le psychisme, son travail de complexification neurologique dont chaque espèce est le témoin. Ainsi constate-t-on les mêmes tendances de base chez tous les vivants : attirance vers ce qui gratifie, peur et curiosité face à l’inconnu, inquiétude face au péril, "calcul" de la meilleure solution, fuite du danger et de la frustration, élimination de l’obstacle, recherche de la sécurité et, pour cela, recherche de la force pour s’assurer le maximum de satisfactions et éliminer les obstacles. Dès que l’évolution neurologique le permet, l’on observe chez l’animal des enchaînements comportementaux. La sécurité apaise, suscite la confiance et favorise l’attachement. Au contraire, une attitude, interprétable comme une menace ravive la fragilité latente et les expériences malheureuses, et incite au renforcement des défenses. L’ambiguïté d’une attitude risque d’entraîner les mêmes réactions, en y ajoutant le stress du doute. La frustration et l’injustice
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Vauclair J., L'Intelligence de l'animal, Le Seuil, Paris, 1992.

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