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Psychanalyse et handicap

De
250 pages
Jonglant avec les concepts freudiens et post-freudiens (traumatisme, inquiétante étrangeté, narcissisme, réparation, etc.), dans l'intention de réhabiliter le traitement psychanalytique du handicap, l'auteur se penche également sur les pratiques contemporaines d' "intégration obligée" et de "réseaux de soins", à partir d'études de cas cliniques et de données mythologiques, historiques et ethnologiques.
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Psychanalyse et handicap

Études Psychanalytiques Collection dirigée par Alain Brun et Joël Bernat

La collection Etudes Psychanalytiques veut proposer un pas de côté et non de plus, en invitant tout ceux que la praxis (théorie et pratique) pousse à écrire, ce, «hors chapelle », «hors école », dans la psychanalyse.
Chantal BRUNOT, La névrose obsessionnelle, 2005. Liliane F AINSILBER, Lettres à Nathanaël, Une invitation à la psychanalyse, 2005. M. S. LEVY, Psychanalyse: l'invention nécessaire. Dialogue des différences, 2005. G. RUBIN, Le déclin du modèle œdipien, 2004. André POLARD, L'épilepsie du sujet, 2004. Antoine APPEAU, Mort annoncée des institutions psychothérapiques, 2004. BESSON Jean, Laura Schizophrène, 2004. DAL-PALU Bruno, L'Enigme testamentaire de Lacan, 2003. RICHARD Jean-Tristan, Essais d'épistémologie psychanalytique,2003. ARON Raymond, Jouir entre ciel et terre, 2003. CHAPEROT Christophe, Structuralisme, clinique structurale, diagnostic différentiel, névro-psychose, 2003. PAUMELLE Henri, Chamanisme et psychanalyse, 2003. FUCHS Christian, De l'abject au sublime, 2003. WEINSTEIN Micheline, Traductions de Psy. Le temps des non, 2003. COCHET Alain, Nodologie Lacanienne, 2002. RAOULT Patrick-Ange, Le sujet post Moderne, 2002. FIERENS Christian, Lecture de l'étourdit, 2002. V AN LYSEBETH-LEDENT Michèle, Du réel au rêve, 2002. VARENNE Katia, Le fantasme de fin du monde, 2002. PERICCHI Colette, Le petit moulin argenté (L'enfant et la peur de la mort),2002. TOT AH Monique, Freud et la guérison, 200 1. RAOULT Patrick-Ange, Le sexuel et les sexualités, 2002. BOCHER Yves, Mémoire du symptôme, 2002. CUIT Radu, Cadre totalitaire etfonctionnement narcissique, 2001. BOUISSON Jean, Le test de Bender, 2001.

GODEV AIS Luc, Le petit Isaac, 2001.

Jean- Tristan RICHARD

Psychanalyse et handicap

L'Hannaltan 5-7, me de l'École-Polytechnique; FRANCE

75005 Paris

LHannattan

Hongrie

Espace Fac..des

L'Harmattan Sc. Sociales,

Kinshasa Pol. et

L'Harmattan

Italia 15

L'Harmattan

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Faso

Kônyvesbolt Kossuth Lu. 14-16

Via Degli Artisti, 10 124 Torino IT ALlE

1200 logements villa 96

Adm. , BP243, Université

KIN XI - RDC

1053 Budapest

de Kinshasa

l2B2260 Ouagadougou 12

Du même auteur aux Editions L'Harmattan Que reste-t-il de l'amour après Freud? (1997) Les structures inconscientes du signe pictural (1999) Clinique de la castration symbolique (2000) Essais d'épistémologie psychanalytique (2003)

www.librairieharmattan.com harmàttan l@wanadoo.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ~L'Harmattan,2006 ISBN: 2-296-00986-7 EAN : 9782296009868

AVANT-PROPOS

AVANT-PROPOS Par Gérard ZRIBI Docteur en psychologie / Directeur de l'Association A. F.A.S.E.R / Ancien conseiller technique au Ministère des Affaires Sociales / Secrétaire général de l 'IRTS de Paris / Co-auteur du « Dictionnaire du handicap », Ed. ENSP

eunes étudiants en psychologie tous les deux, nous avons eu, Jean-Tristan Richard et moi-même, pour maître - en ce qui est de l'humanité de la personne handicapée, des nécessaires interrogations éthiques et de l'impérative réflexion théorique et technique - le docteur Stanislas Tomkiewicz, rescapé des camps de concentration, psychiatre humaniste et adepte de la provocation, au sens où le dramaturge Bertold Brecht l'entendait, «une façon de remettre la réalité sur ses pieds» .

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C'est cet enseignement, vaste et profond, que j'ai retrouvé à la lecture de cet ouvrage personnel, créatif, passionnant et formidablement documenté et instructif. Loin des habituels clichés à propos de la psychanalyse, il met à distance la métaphysique du gène, l'organicisme triomphant et les leurres des approches cognitives pseudoréparatrices pour donner place à « une dynamique attachée entre le corps, le psychique et le soin et entre les facteurs personnels et les facteurs environnementaux ». Ce dont il nous parle, avec les mots du psychanalyste soucieux de partager son expérience et sa réflexion, c'est de la

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construction de l'enfant, de l'annonce du handicap et de son retentissement sur les parents, des attitudes familiales enfermées dans le « désaveu », du morcellement des classifications à l'inverse de la globalité de la personne et de ses interrelations, c'est-à-dire d'une certaine façon, de sa singularité et de sa liberté. Jean-Tristan Richard n'oublie pas de réintégrer les dimensions historiques et culturelles de la différence, en faisant notamment revivre les travaux trop peu utilisés de George Devereux; il fait ressortir fort lucidement l'ambivalence sociale toujours actuelle à l'égard des handicapés: ne pas les laisser exister (Cf. l'arrêt Perruche) et leur donner davantage de droits (Cf. la loi du 02 janvier 2002 rénovant l'action sociale et médico-sociale et la loi du Il février 2005 pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées). Esprit libre et indépendant, Jean-Tristan Richard n'hésite pas à bousculer les idées toutes faites et les consensus superficiels autour de l'intégration, de la normalisation, du rôle des institutions ou encore du travail en réseau. On ne peut que souhaiter que cet ouvrage soit lu et utilisé abondamment par tous ceux qui ont à faire au(x) handicap(s) : les praticiens, les étudiants, les enseignants, les décideurs publics et, bien entendu, les honnêtes gens. Ils apprendront nombre de détails pertinents pour mieux saisir ce qui se joue chez les handicapés, les professionnels qui les rencontrent et les accompagnent et les artistes sensibles à leur situation.

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INTRODUCTION

INTRODUCTION

et ouvrage ne développe pas des thèses, mais plutôt des hypothèses. A l'heure où la psychanalyse n'en finit pas d'être dite agonisante, voire morte, où les sciences génétiques et neurologiques ressurgissent pour tout expliquer de nos corps et de nos comportements, avec la même arrogance que celle prêtée hier aux freudiens, nous voulons montrer, au contraire, qu'une approche clinique est seule apte à rendre compte au quotidien et de l'intérieur des fragilités de l'existence humaine. Puisqu'il n'existe de corps qu'à travers l'esprit, il n'y a pas de repère intangible, rien que des histoires faisant s'estomper les marges. Des mots pour exprimer que certains naissent handicapés et que d'autres craignent de le devenir. Que certains sont des parents victimes du destin ou des enfants de parents handicapés, d'autres des professionnels touchés par tant d'injustice et engagés dans des prises en charge difficiles. Quelques artistes, encore, ont tenté de rendre compte du travail de la différence. Nous les rencontrerons au fil des pages. La tradition sémiologique distingue classiquement quatre grands types de différences et, partant, de handicaps: physique, sensoriel, mental et social. Le handicap physique est essentiellement moteur; il regroupe l'infirmité motrice cérébrale, les malformations du système nerveux central, les maladies héréditaires et dégénératives dudit système, les malformations ostéomusculaires (agénésies, etc.), ainsi que les déficiences motrices comme la poliomyélite et les myopathies. Les handicaps sensoriels sont constitués par les troubles auditifs et les troubles visuels. Curieusement, les

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altérations des autres sens (goût, toucher et odorat) sont oubliées par tous. Les handicaps mentaux se définissent par un retard global du développement et une atteinte des fonctions cognitives. Souvent, à la déficience intellectuelle s'ajoutent des perturbations, plus ou moins importantes, du comportement et de la relation. Il importe de souligner que l'on tend de plus en plus à parler de handicap psychique pour se référer aux organisations pathologiques de l'ensemble de la personnalité: névrotiques, psychotiques, perverses et limites. Enfin, les handicaps sociaux concernent les conséquences de la précarité économique et des carences éducatives et culturelles 1. Afin de rendre compte des possibilités d'associations entre l'un ou l'autre de ces types de handicap, on a pu parler de surhandicap (surcharge des troubles comportementaux et relationnels sur un handicap préexistant), polyhandicap (handicap grave à expressions multiples avec restriction majeure de l'autonomie et déficience intellectuelle) et plurihandicap (combinaison de deux ou plusieurs handicaps avec intelligence plus ou moins conservée). Certains définissent encore le surhandicap comme le cumul de deux handicaps, l'un originel, inné, l'autre surajouté, acquis, le polyhandicap comme réunissant déficience motrice et déficience cognitive sévère et le plurihandicap, encore dénommé multihandicap, comme association circonstancielle d'un handicap moteur et d'un handicap sensoriel, d'une déficience mentale et d'une altération sensorielle ou même de deux handicaps
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Note: Nous n'aborderons pas ici ces situations de handicap social,

sauf indirectement. Le lecteur intéressé pourra consulter notre expérience de quinze ans en la matière en se reportant à nos deux précédents ouvrages: « Clinique de la castration symbolique », quant aux maladies psychosomatiques et à l'alcoolisme chez les exclus et « Essais d'épistémologie psychanalytique », quant aux états dits limites. 14

sensoriels. D'autres auteurs encore préfèrent discerner les handicaps à partir du mécanisme de leur survenue: naissance, accident, maladie évolutive ou à partir de leur étiologie: neurologique, génétique, métabolique, psychologique, sociale. Mais là encore, il peut exister une juxtaposition de causes. En outre, dans de nombreux cas, l'origine du handicap reste inconnue ou hypothétique. Il est aisé de considérer que ces approches exclusivement médicales restent descriptives et fixées à un modèle normatif. Ceci explique qu'elles passent à côté des processus de « production» des handicaps. Il y a, en effet, une dynamique de ceux-ci, une dynamique attachée aux interactions entre le corps, le psychisme et le socius, entre les facteurs personnels et les facteurs environnementaux. C'est à cette perspective que s'est attelée la classification proposée par l'Organisation Mondiale de la Santé (O.M.S), à partir des travaux de P. Wood, en 1980. On sait qu'elle distingue l'atteinte physique, la déficience du corps (c'est l'aspect lésionnel du handicap), l'atteinte des activités, l'incapacité quotidienne (c'est l'aspect fonctionnel du handicap) et l'atteinte globale qui résulte des deux précédentes, le désavantage discriminatif (c'est l'aspect social du handicap). Il nous semble que l'ensemble de ces approches souffrent de leur généralité et abordent le handicap de manière désaffectivée. Seule la psychanalyse, en rendant justice à la singularité de l'expérience vécue par chacun dans son corps et dans son environnement, permet un abord holistique. Même si la nouvelle classification de l'OMS intègre la relativité de tout handicap, sa nature irréductible à tout autre handicap et ses possibilités d'évolution dans un milieu favorable, elle ne s'attache guère aux dimensions subjectives, affectives et inconscientes. C'est justement dans la rencontre psychanalytique que celles-ci s'avèrent perceptibles. L'handicapé devient alors un sujet 15

à part entière, avec une histoire et des émotions qu'il peut ou qu'il faut aider à pouvoir mettre en mots et, à défaut, en scène, par ses mimiques et ses gestes. Par son histoire même, dès ses origines, la psychanalyse a toujours consisté à accueillir et accompagner les « incasables» et les « sans voix ». Il n'y a donc guère de contradiction à associer handicap et psychanalyse. Mais, bien sûr, cela suppose que l'analyste puisse entendre les échos de la souffrance et de la solitude de la personne handicapée en lui. Notre projet ne sera donc pas de proposer une psychanalyse du handicap, mais une réflexion sur leurs rencontres. Au-delà, nous espérons avec cet ouvrage brosser le premier traité des notions psychanalytiques aptes à éclairer la situation de handicap. C'est dans la vie et l'œuvre de S. Freud lui-même que nous trouverons la justification de ce point de vue. C'est pourquoi seront évoqués son cancer et ses travaux, méconnus, sur l'infirmité motrice cérébrale infantile et le sentiment d'inquiétante étrangeté. Avec quelques uns de ses disciples, comme M. Klein et G. Devereux, le développement individuel et collectif des représentations et des fantasmes propres au domaine inconscient apparaît côtoyer la monstruosité et dessiner une tératologie universelle. L'approche clinique individuelle que constitue la psychanalyse auprès des patients et ses applications en matière esthétique le confirment aisément. Autrement dit, peu nous importeront ici les classifications des handicaps, au contraire, nous serons attentifs aux sentiments et aux images que le handicap convoque chez tout être humain. Car, au-delà des différences propres à chaque catégorie, inassimilables entre elles, il y a, pour notre psychisme, une invariance de la situation d'handicap. Pour clore cette introduction, nous souhaitons formuler trois remarques « pratiques ». Tout d'abord, hormis dans le chapitre clinique où le « je » est utilisé, nous avons opté 16

pour le « nous». Bien évidemment, il ne s'agit pas d'un « nous» de majesté. Au contraire, notre propos est d'accentuer notre dette à nos prédécesseurs, inspirateurs et collègues; c'est un « nous» de partage. Ensuite, le lecteur constatera que nos références bibliographiques se placent au fil des pages, lorsqu'elles sont directes, et en fin de chapitre, lorsqu'elles sont indirectes. Au vrai, certains chapitres contiennent les deux formules. Enfin, l'ensemble veut constituer une progression, du passé vers le présent, du pathologique à l'universel, du psychologique à l'esthétisme, mais chaque partie forme une unité. Ainsi, le lecteur doit-il se sentir libre d'aborder cet ouvrage suivant ses humeurs, ses préférences, ses curiosités.

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PARTIE

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S. FREUD ET LE HANDICAP

PARTIE

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S. FREUD ET LE HANDICAP

n pourrait évidemment considérer que l'approche des souffrances psychiques, répertoriées en névroses, psychoses et perversions, développée par S. Freud, constitue un véritable traité moderne du handicap mental, même si les terminologies actuelles veulent le gommer au profit d'un retour aux catégories symptomatiques soi-disant a-théorique. Nous avons choisi ici de ne pas nous y arrêter. Ses écrits relatifs à ces trois champs sont supposés connus. C'est pourquoi nous nous limiterons à trois aspects de l' œuvre et de la vie du créateur de la psychanalyse moins inscrits dans notre culture: ses études sur les paralysies infantiles, son cancer et son article sur « L'inquiétante étrangeté ». On y découvrira un S. Freud sensible à la souffrance des enfants, capable de se montrer stoïque face à ses propres douleurs et obstiné à décrire les méandres des sentiments humains. Pour lui, la maladie et le handicap sont certes une réalité non assimilable, mais, aussi traumatisante soit-elle, elle interroge chacun sur ses désirs et leur histoire singulière. Au-delà des diagnostics et des symptômes, S. Freud a toujours voulu montrer l'existence et la persistance d'un sujet. Or, ce sujet, ainsi que son entourage, voit son monde se briser. Un univers inconnu et angoissant surgit brutalement. Les idées, plus ou moins dépassées, de faute, de sexualité anormale, de mort, attachées à des fantasmes archaïques et obscurs, ressurgissent. L'apport freudien a simplement consisté à essayer de clarifier ces idées et

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d'aider les enfants et leurs parents à pouvoir les mettre en mots. On ne saurait donc y voir, sauf mauvaise foi, autre chose qu'un essai d'accompagnement et de libération. En d'autres termes, la psychanalyse ne saurait être nuisible.

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CHAPITRE 1: !NFANTILES

S. FREUD ET LES PARAL YSIES

a légende de la création de la psychanalyse s'est toujours nourrie de clichés. Parmi ceux-ci figure l'image d'un S. Freud n'ayant jamais été vraiment accepté en France, hormis des milieux philosophiques, littéraires et artistiques, et encore, très tardivement. Cependant, on sait qu'il fut reçu, à l'automne 1885, par le patron de la psychiatrie française, J-M Charcot, à l'Hôpital parisien de la Salpétrière, puis, à l'été 1889, par Bernheim et Liébault, à Nancy, pour parfaire sa technique hypnotique. Lors de ces deux séjours, S. Freud était déjà engagé dans le champ de la psychopathologie. Or, S. Freud, après avoir envisagé de faire son droit afin de s'engager dans une carrière sociale, sous l'influence de la lecture d'un texte de W. Goethe sur la Nature, avait commencé ses études médicales en devenant «privat dozent» et chargé de cours, l'équivalent de notre internat et de notre agrégation, en neurologie. Plus précisément, il entreprendra, dans le laboratoire de physiologie de E. Brucke, des recherches expérimentales sur le système nerveux. C'est dans cette perspective qu'il s'intéressera à I'histologie de la sexualité de la lamproie, à l'aphasie et aux effets anesthésiants de la cocaïne. Tous ces épisodes de la vie de Freud sont largement connus. En revanche, il n'était quasiment jamais fait mention de ses travaux sur l'infirmité motrice cérébrale infantile (IMC).

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Grâce à une recherche documentée de A. Bolzinger2, cet oubli est aujourd'hui réparé. Il apparaît même que le père de la psychanalyse a joui déjà, c'est-à-dire avant 1900, d'une importante notoriété dans notre pays. En effet, des documents retrouvés établissent que ses travaux sur le syndrome de Little, la forme principale d'IMC, étaient connus et discutés, notamment à Montpellier et à Lyon. Une thèse, présentée en 1892 par un certain E. Rosenthal, sera même constituée exclusivement de ses observations! Ces éléments dressent le portrait d'un éminent neuropédiatre sensible au raffinement clinique des troubles moteurs tout autant qu'au contexte psychologique et social de ses jeunes patients. Nous y reviendrons après un courte digression sur le découvreur de la diplégie spastique (paralysie des parties correspondantes des deux moitiés du corps avec raideurs) ou paralysie cérébrale. Le médecin anglais William-John Little (1810-1894) décrivit en 1844, dans le journal scientifique « The Lancet», puis en 1861, lors d'une présentation à la Société d'Obstétrique de Londres, un trouble neuro-moteur d'intensité variable affectant les jeunes enfants. Les symptômes majeurs sont une raideur des muscles des jambes, et, parfois, des bras, des difficultés à manipuler les objets, à parler, à manger, à écrire. Ayant remarqué que ces enfants étaient souvent nés d'un accouchement difficile (prématurité, anoxie, etc.), il en déduisit que ces troubles provenaient d'un manque d'oxygène cérébral ayant endommagé les tissus nerveux. Il constata également que les lésions neurologiques en cause étaient « éteintes» et que leurs difficultés n'étaient pas appelées à s'aggraver. Ce qui est peu connu, c'est que W. J. Little lui-même était né avec un déficit neurologique affectant sa jambe gauche et que, pendant toute son
2 Bolzinger A.: « La réception L'Harmattan, 1999 24 de Freud en France », Ed.

enfance, il fut surnommé « le canard boiteux ». Après des études dans un collège jésuite en France, il entreprit un cursus de pharmacie et de médecine à Londres. Ayant appris que certains chirurgiens, comme Delpech à Montpellier, Strohmeyer à Hanovre et Muller à Berlin, préconisaient la section du tendon d'Achille, il apprît la chirurgie, leur rendît visite et se fit lui-même opérer par le deuxième! Or donc, il semble que S. Freud ait eu une bonne connaissance de ces premières recherches sur l'infirmité motrice cérébrale, même s'il n'a probablement jamais croisé de visu W.J. Little. Il avait rencontré à Paris chez Charcot Raphael Lépine, un des premiers spécialistes français, qui était parti à Lyon. On comprend mieux pourquoi la thèse de E. Rosenthal, cet étudiant autrichien installé dans cette ville, s'appuie sur les observations de S. Freud et lui est dédiée. C'est à la Polyclinique pour enfants du Pr. Max Kassowitz qu'en fait S. Freud avait rencontré ces enfants puisque, pendant trois heures par semaine, de 1886 à 1896, il y assura une consultation gratuite. Il y avait également étudié nombre de dossiers. Il rédigea, avec son collègue pédiatre Oscar Rie, une étude clinique de premier ordre. Elle fut encensée par Joseph Teissier, professeur à l'Hôtel Dieu de Paris et surtout par Maurice Lannois, chef de service à Lyon. S. Freud tiendra d'ailleurs une rubrique régulière spécifiquement consacrée aux paralysies cérébrales infantiles dans une revue berlinoise de neuropathologie de 1897 à 1900. Les textes de S. Freud relatifs au syndrome de Little se référent aux formes diverses d'expression de la pathologie et à leurs causes. Ainsi insiste-t-il, à côté des contractions, sur les troubles du champ visuel et ceux de la phonation, de même propose t-il de présenter les étiologies possibles en trois catégories: accouchement difficile (prématurité, asphyxie néonatale), maladies infectieuses périnatales du 25