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Qu'est-ce que le Bwiti ?

De
204 pages
Tradition initiatique la plus connue du Gabon, le Bwiti, à la fois rite de passage, philosophie, religion et voie spirituelle africaine, promet à ses adeptes de les envoyer dans l'au-delà pour "voir" Dieu et ses serviteurs grâce à une plante appelée Iboga. Considérée comme une drogue et donc prohibée dans la plupart des pays occidentaux, elle permet aux adeptes de vivre des expériences visionnaires parfois bouleversantes dans le cadre de rites structurés.
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Landri Ekomie ObameQU’EST-CE QUE LE BWITI ?
Regard croisé sur une religion naturelle africaine
Voici un regard sur la tradition initiatique la plus connue du Gabon : QU’EST-CE QUE LE BWITI ?
Le Bwiti. A la fois un rite de passage, une philosophie, une religion
et une voie spirituelle africaine, le Bwiti promet à ses adeptes de les
envoyer dans l’au-delà pour « voir » Dieu et ses serviteurs (ancêtres, Regard croisé esprits, anges gardiens ...) grâce à une plante enthéogène appelée Iboga
(Tabernanthe Iboga). sur une religion naturelle africaine
Prohibée dans la plupart des pays occidentaux où elle est considérée
comme une drogue, une plante hallucinogène, l’Iboga jouerait parmi
les plantes équatoriales d’Afrique centrale le rôle que l’homme joue
parmi les mammifères, celui d’une plante sacrée : la plante des plantes.
Au Gabon, les adeptes de la tradition bwitiste absorbent les raclures des
racines de cette plante pour vivre des expériences visionnaires parfois
bouleversantes dans le cadre des rites structurés.
Dans ce livre, en partant des discours scientifques et des expériences
d’initiés, j’amène le lecteur à mieux appréhender cette tradition
ancestrale et les transformations du Bwiti dit originel par les Fang du
Gabon, puis son érection en tant que rite initiatique traditionnel de
référence nationale.
Militant culturel et chercheur en sciences humaines et
sociales, Landri Ekomie Obame est né à Cocobeach
(Gabon), diplômé de l’Université Omar Bongo (Gabon),
du Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris
et Docteur en ethnologie de l’Université Paris V-René
Descartes, il poursuit actuellement des recherches auprès des
peuples autochtones de la Guyane Française et exerce parallèlement comme
enseignant (Académie de Guyane).
En couverture : deux symboles importants
de la tradition bwitiste : la harpe à 8 cordes
et l’arbuste Iboga (Tabernanthe Iboga),
photo Landri EKOMIE OBAME.
ISBN : 978-2-343-02683-1
PENSÉE AFRICAINE19 E
QU’EST-CE QUE LE BWITI ?
Landri Ekomie Obame
Regard croisé sur une religion naturelle africaine





Qu’est-ce que le Bwiti ?
Regard croisé sur une religion
naturelle africaine


Collection « Pensée africaine »


eEn ce début du XXI siècle, les sociétés africaines sont secouées
par une crise des fondements. Elle met en cause tous les secteurs de la
vie. Les structures économiques, les institutions politiques tels que les
Etats et les partis politiques, la cellule fondamentale de la société
qu’est la famille, les valeurs et les normes socioculturelles
s’effondrent. La crise qui les traverse les met en cause et au défi de
rendre compte de leur raison d’être aujourd’hui.
L’histoire des civilisations nous fait constater que c’est en période
de crise que les peuples donnent et expriment le meilleur d’eux-
mêmes afin de contrer la disparition, la mort et le néant qui les
menacent. Pour relever ce défi dont l’enjeu est la vie et la nécessité
d’ouvrir de nouveaux horizons aux peuples africains, la collection
« Pensée africaine » participe à la quête et à la création du sens pour
fonder de nouveaux espaces institutionnels de vie africaine.

Dernières parutions

Franklin NYAMSI, Critique de la tragédie kamerunaise, 2014.
Gildas Boniface TEMBE, S’ouvrir à l’autre et à sa parole.
Essai sur la philosophie de l’être-en-lien comme fondement de
l’éthique du dialogue, 2013.
Grégoire LEFOUOBA, Enjeux et dynamique des rivalités
sociales au Congo, Une approche philosophique et historique
2013.
Charles Jean Marie MINYEM, Rationalité africaine et
développement économique, 2013.
Toto Jérôme BALOU BI, Élection présidentielle en Côte
d’Ivoire ou le pouvoir néocolonial dans tous ses états, 2013.
Samuel SAME KOLLE, La quête identitaire du sujet africain
moderne. Perspective psychohistorique et comparée, 2013.
Jules MAIDIKA Asana Kalinga, Métaphysique et technique
moderne chez Martin Heidegger, 2013.
Basile-Juléat FOUDA, La philosophie négro-africaine de
l’existence. Herméneutique des traditions orales africaines,
2013.
Claver BIBANG, Approches naïves du Noir dans les médias
français, 2012. LANDRI L EKOMIE E OBAME E






Qu u’est-ce e que le Bwiiti ?
Regard crR roisé sur u une religion
natu urelle afric caine





















































© L'HARMATTAN, 2014
5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-02683-1
EAN : 9782343026831


Je tiens à remercier :

Monsieur Grégory Puenté, ce premier initié Occidental du
temple de ma mère qui m’a encouragé à m’intéresser à la
« science » de cette dernière. Issus d’un système patrilinéaire
ou le côté paternel tient l’essentiel des pouvoirs fondés sur le
Byéri, le Bwiti apporté par ma mère dans la famille était mal
perçu et j’ai été éduqué pour le percevoir comme tel. En me
permettant de briser ces barrières inutiles, tu m’as permis de
m’ « émanciper », de m’ « éclore », trouves ici toute ma re-
connaissance.

Monsieur Victor Mba Amvène pour sa disponibilité et
ses informations ô combien précieuses

Tous mes informateurs de Libreville et ses écarts

Tous mes amis du Gabon et de France avec qui nous
avons toujours eu de longues discussions sur l’avenir culturel
de l’Afrique et du Gabon en particulier, Willy, Nico, Gabi,
Baptiste, Frank, Alex, Aristide, Simon, Henri, Welder,
Moctar…




Je dédie ce travail affectueusement,
faible témoignage de toute ma reconnaissance
et de ma profonde tendresse à celle
par qui je suis venu dans ce monde
pour son amour et son soutien moral



SOMMAIRE



Avant-propos ............................................................................. 13

Introduction ............................................................................... 15

Chapitre 1
L’iboga La plante sacrée du Bwiti ........................................... 29

Chapitre 2
L’ibogaine et le monde occidental .......................................... 39

Chapitre 3
L’iboga un patrimoine national prohibé à l’international .... 53

Chapitre 4
L’Iboga : plante potentiellement dangereuse ? ...................... 65

Chapitre 5
Les fondements du bwiti fang ................................................. 73

Chapitre 6
Des bonnes et des mauvaises reliques .................................... 89

Chapitre 7
Les 5 principales étapes d’une initiation bwitiste ................ 101

Chapitre 8
La vision base de la foi bwitiste ? .......................................... 137

11 Chapitre 9
La recherche du bonheur est d’abord intérieure ................. 149

Chapitre 10
La place du Bwiti dans la société gabonaise d’aujourd’hui 157

Chapitre 11
Du Bwiti au combat pour la protection de la nature ......... 177

Chapitre 12
De l’informel à la formalisation
des communautés religieuses de l’iboga ............................... 185

Conclusion générale ................................................................ 191

Bibliographie ............................................................................ 195


12

AVANT-PROPOS



Qu’est-ce que le Bwiti ? Est la question à laquelle je
souhaite répondre dans cet ouvrage. Les initiés et les maîtres
initiateurs trouveront certainement étrange la manière dont
la question est posée. En effet, formuler de cette manière, on
peut s’attendre à une aventure intellectuelle car le Bwiti en
tant qu’expérience initiatique est au-delà de la nature et de
tout concept.
Ainsi, pour certains maîtres initiateurs, c’est une erreur
que de parler du Bwiti car il est par essence inconnu et in-
connaissable. Ainsi, on comprend aisément qu’on ne parle
pas de Bwiti, on vit le Bwiti en tant qu’expérience directe et
personnelle entre l’initié et le monde divin.
Le lecteur comprendra qu’il ne s’agit pas ici de parler des
secrets du Bwiti ( s’il en existe) mais de la tradition bwitiste
en tant qu’ensemble de connaissances liées aux plantes mé-
dicinales, du savoir initiatique et des savoir-faire thérapeu-
tiques transmis de peuples en peuples, de génération en
génération pour constituer aujourd’hui le noyau cristallin de
la culture gabonaise. Enfin, il notera aussi très rapidement
que je m’appuie beaucoup sur le Bwiti fang, une forme ré-
novée du Bwiti inspirée à la fois du Byeri, culte des ancêtres
des Fang, du Bwiti originel Dissumba des Tsogho, peuple du
sud du Gabon (considéré parmi les fondateurs du Bwiti), et
des emprunts du christianisme.
Ce choix s’explique par le fait que le Bwiti Fang est celui
que je connais le mieux, il est pratiqué par celle qui m’a mis
au monde et mes grands parents (maternels). Aussi, chaque
13 fois que je rentre dans mon village, je suis baigné dans cet
univers culturel non sans recul et j’ai eu l’occasion de discu-
ter avec les candidats à l’initiation de divers horizons,
d’assister à certains évènements importants me donnant une
certaine légitimité à parler de cette tradition ancestrale de
mon pays.
Le Bwiti Fang est incontestablement le plus conceptualisé
des rites Bwiti au Gabon, il est le plus pratiqué dans la capi-
tale du Gabon (Libreville) et ses écarts. J’aurais en effet pu
aborder le Mwiri, le Ndjobi, le Ndjembé…mais le Bwiti est
le rite initiatique que l’on peut élever au rang de religion
comme le fait l’anthropologue français René Bureau dans la
Religion et l’Iboga. Le Bwiti a su résister à la colonisation,
briser les barrières ethniques et les frontières continentales.
Parler du Bwiti Fang c’est parler en réalité du Bwiti tout
simplement car l’essence même de l’expérience initiatique
demeure la même, les différences entre les branches ne sont
que secondaires.
Cet ouvrage a pour ambition de contribuer à une meil-
leure appréhension du rite Bwiti en tant que patrimoine na-
tional du Gabon et tradition mystico-spirituelle africaine
ouverte au monde.


Landri EKOMIE OBAME





14

INTRODUCTION



Il n’est pas aisé de définir ou de parler d’une chose aussi
complexe que le Bwiti commune aux peuples du Gabon et
dont les pratiques semblent se différencier d’un groupe cul-
turel à l’autre donnant lieu à plusieurs branches.
Une chose est cependant sûre, c’est que le Bwiti est le ri-
tuel initiatique le plus connu du Gabon. Il recouvre à la fois
une signification religieuse animiste, philosophique, spiri-
tuelle et thérapeutique élaborées à base d’une plante élevée
au rang de « plante sacrée » appelée Iboga ou Eboga.
Les adeptes de la « religion » de l’Iboga consomment les
râpures de la racine de cette plante pour accéder à un monde
surnaturel voire irrationnel que les Fang de l’estuaire du Ga-
bon enclin au rite Bwiti appellent "si iboga " (Terre d’Iboga)
pour « connaître » Dieu, et ses serviteurs (ancêtres, esprits,
anges..). Cette terre spirituelle serait inaccessible à l’homme
en état ordinaire et l’Iboga serait l’élément médiateur entre le
monde visible et le monde invisible.
En effet, Bwiti vient de Bwete qui signifie en langue
1Tsogho découvrir ce qui est caché. Ainsi, la manducation de
l’Iboga dans un cadre rituel permettrait à l’homme de se dé-
couvrir et de s’émanciper.
Selon le Prince Birinda : « Le Bwiti est aussi vieux que le
monde. En lui, se trouve résumée et conservée toute la
science sacrée capable de révéler tous les mystères de

1 Langue du sud du Gabon parlée par les Tsogho inventeurs du Bwiti dit
originel
15 l’existence et de la non-existence(…) Il n’est qu’une école où
l’on apprend à se connaitre et à connaitre les mystères de
l’Univers…Il ne s’intéresse à aucune contingence
2rielle ».
Au Gabon, il n’y a pas de Bwiti sans l’Iboga, plante con-
nue scientifiquement sous le nom du Tabernanthe Iboga :
« Tout homme qui veut « connaître » le Bwiti doit passer par
l’épreuve de l’initiation et manger le bois amer (Mary 1983 :
37).
Cette plante jouerait un rôle central dans les rites initia-
tiques des gabonais, peuple d’Afrique centrale notamment
dans sa partie Ouest. Elle serait un puissant intermédiaire
entre les hommes, les ancêtres et Dieu. En effet, l’écorce des
racines de Tabernanthe Iboga est associée à de multiples
rites gabonais à vocation mystico-spirituelle ou thérapeu-
tique. Il me paraît tout à fait important de définir le terme
"mystico-spirituelle" dans le cadre de la tradition bwitiste. En
fait, ce terme évoque une double réalité : mystique et spiri-
tuelle. Le mysticisme bwitiste met l’initié en relation et en
contact direct avec le monde divin, tandis que le spiritisme
bwitiste s’appréhende plutôt comme la relation de l’initié
avec Dieu et les agents divins de la hiérarchie céleste ainsi
que les ancêtres. Cette expérience dualiste (mystique et spiri-
tuelle) est au cœur de l’expérience initiatique bwitiste grâce à
la plante sacrée Iboga.
Au départ, l’Iboga était juste un arbrisseau sauvage spon-
tané dans le sous-bois de la grande forêt vierge gabonaise et
aurait été découvert par les pygmées en observant la nature
au cours de leurs parties de chasse. En effet, selon les récits,
l’Iboga aurait été découvert grâce aux phacochères, gorilles,
chimpanzés voire porcs épics qui déterrent les racines pour
les manger. Les « Pygmées » ayant remarqué que ces ani-
maux manifestaient une certaine surexcitation après

2 Birinda Prince, La Bible secrète des Noirs selon le Bwiti, Ed. Champs-
Elysées, Paris, 1952
16 l’absorption de cette plante, l’auraient par la suite adoptée
pour leurs initiations fétichistes. En consommant à leur tour
cette plante, les pygmées ont été émerveillés des sensations
voluptueuses qu’elle leur a procurées. Ils prétendaient grâce
à la consommation de cette plante pouvoir rester plusieurs
jours et nuits de suite sans fermer les yeux en battant le tam-
tam indéfiniment et en voyant passer devant eux des formes
extraordinaires, terribles ou délicieuses (Délourme 1944 :
11). Au départ, le Bwiti appartenait au seul monde des pyg-
mées du Gabon, dont il était la cosmogonie divine, proba-
blement sans le pratiquer sous une forme ritualisée
structurée. Ce monde était accessible par la manducation de
l’écorce de la racine de Tabernanthe Iboga) (Laval- Jeantet
2004)
De chez eux l’usage fut adopté et adapté au milieu du
ème18 siècle par les Apindji, avant de se diffuser dans le reste
du Gabon notamment le long de l’Ogooué axe majeur de
communication et de confluence des peuples qui allaient
former le Gabon. « C’est par contact avec le groupe des
Pygmées, du nom Mbouti (d’où le nom Bouiti), que les
Apindji s’approprient l’arbuste « miraculeux » de la connais-
sance, l’iboga, dont les Pygmées connaissent déjà les qualités,
dont parle la tradition orale et que les Fang ont associé à
l’arbre du bien et du mal « du Paradis ». (Cf. Gn 2,9).
Après les Apindji, ce fut au tour des Simba, puis des Mit-
sogho, Masango de s’en approprier. Dès cet instant, le Bwiti
ne cessa de se répandre, touchant les Vili, Okandé, Puvi,
Omyéné, Punu, Okandé et les Fang particulièrement ceux de
l’Estuaire du Gabon qui en découvrant la tradition bwitiste
et l’usage particulier de l’Iboga chez les peuples venus de la
forêt notamment les propriétés et l’usage de la partie invi-
sible, souterraine (racines) en furent à la fois très intrigués et
émerveillés, eux qui ne connaissaient jusque-là selon cer-
taines versions que l’usage de la partie aérienne (les feuilles)
dans les préparations secrètes de leur super-fétiche, le Byéri,
un culte des ancêtres base de leur puissance spirituelle. De
17 3cette merveilleuse découverte, les Fang du Gabon ne cesse-
ront de jouer un rôle majeur dans sa diffusion, sa conceptua-
lisation, sa démocratisation et son innovation par le
4« bricolage » d’un « Bwitifang », un super-fétiche caractérisé
par un syncrétisme singulier de leur culte des ancêtres (le
Byéri), de l’influence de la religion importée et imposée par
le colonisateur (Christianisme) et du Bwiti dit originel (Dis-
sumba) des peuples Apindji et Mitsogho venus de l’intérieur
du Gabon.
L’attribution de l’origine de la tradition bwitiste élaborée
5aux Tsogho ne fait l’objet d’aucun doute dans les faits et la
conscience collective des gabonais et des chercheurs spéciali-
sés dans ce champ de la recherche. Selon André Mary
(1997) : « Le Bwiti ou Bweté, est incontestablement
d’origine Tsogho, même s’il a déjà tous les caractères d’un
syncrétisme local. Il est en effet issu du renouvellement du
vieux culte des ancêtres, Mombe, de la découverte des vertus
de la plante hallucinogène Iboga procuré par les pygmées et
des emprunts accumulés au cours des migrations qui ont
précédées l’installation des Mitsogho dans la région actuelle
du Mimongo ». Dans cette affirmation, le lecteur avisé com-
prendra que le terme Bwiti est utilisé par simple commodité,
l’expression consacrée est la tradition bwitiste car le Bwiti ne
peut avoir des origines individuelles ou collectives, il est
avant tout l’inconnu et l’inconnaissable qui s’expérimente
personnellement au cours d’une initiation mystico-spirituelle.
Par ailleurs, dans son affirmation André Mary fait trop vite

3 On les trouve aussi au Cameroun, Guinée équatoriale, et au Congo,
disons dans l’aire géographique de l’Iboga
4 Il faut entendre ici par super-fétiche la relique ancestrale laquelle sont
attribuées des propriétés magiques, bénéfiques pour la communauté. En
tant que super-fétiche, le Byéri est soumis aux sollicitations du prêtre, il
ne sait pas dire non, il cède dit-on à toutes les demandes de ce dernier.
5 On rajoute souvent le préfixe « mi » pour exprimer le pluriel. Il équi-
vaut au pluriel français "les". Ainsi, Mitsogho n’est rien d’autre que le
pluriel des Tsogho. On évite ainsi de dire les Mitsogho
18 de qualifier l’Iboga comme étant une plante hallucinogène.
On comprend bien que cela n’est qu’une appréciation occi-
dentale et un point de vue scientiste d’un néophyte de la
tradition bwitiste. En réalité les peuples qui en font usage ne
la reconnaissent en aucun cas comme une plante hallucino-
gène ou une drogue. L’initiation à la tradition bwitiste est
issue des mythologies ancestrales et un ensemble de rites
structurés qui se sont se diffusés dans tout le Gabon.
Dans tous les cas, les sources extérieures à la tradition
orale bwitiste, missionnaires ou administratives ne fournis-
sent pas de témoignages de la présence du culte Bwiti chez
les Fang avant la première guerre mondiale. En revanche, les
biographies légendaires des premiers initiés font remonter la
diffusion du culte au milieu Fang à la fin du XIXème siècle,
certaines versions n’hésitent pas à associer son arrivée dans
l’Estuaire au retour du bateau de Savorgnan de Brazza (Ma-
ry, 1997). On soupçonne d’ailleurs ce dernier avoir été un
grand consommateur des racines d’Iboga. Comment ne pas
en être tenté ne serait que pour tester cette plante au regard
des vertus bénéfiques qu’elle aurait sur les populations indi-
gènes ?
En effet, selon les versions le long des régions côtières du
Gabon, la tradition bwitiste aurait commencé à se diffuser
chez les Fang à l'époque des explorations de Savorgnan de
Brazza, mais selon une lettre de Lucien Meyo, secrétaire du
Prophète Ekang Nkwa l’un des célèbres prophètes du Bwiti-
fang, "c'est en 1908, que les Itsogho et les Bapinzi arrivèrent
au Gabon, c'est-à-dire dans l'estuaire de Libreville. C'est là
qu'ils apprirent aux Fang à manger "l'iboga par la racine".
Avant cette période, les Fang comme je l’ai souligné précé-
demment connaîssaient uniquement l’usage des feuilles
d'Iboga et d'Alan (Alchornea floribunda) qui entraient semble-t-
il dans la préparation du « Mélan » un breuvage absorbé par
le candidat en tant que moyen d’accès au Byeri. Mais dans
cette quête de la lumière intérieure, seuls les effets des ra-
cines d'Iboga produisent finalement les visions du Bwiti ce
19