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Qu'est-ce qui fait lien social aujourd'hui ?

De
172 pages
La psychanalyse est née dans un contexte historique, scientifique et culturel, donné. Pour en remanier les énoncés, il est nécessaire de la confronter aux disciplines et sciences de notre temps. La question du lien social interpelle particulièrement l'association ALTERS (Association Lieu de Transmission et d'Élaboration des Ruptures Sociales), dont l'objectif est d'articuler la psychanalyse aux champs culturels. Toutes les disciplines des sciences humaines ont un point de vue et une perspective propres à soutenir le lien social, comme le démontre cet ouvrage.
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Sous la direction de Jacques Soulans
Qu’estce qui fait lien social
Association Lieu de Transmission et d’Elaboration des Ruptures Sociales
aujourd’hui ?
Qu'est-ce qui fait lien social aujourd'hui ?
"AssociationLieu de Transmission et d'Elaborationdes Ruptures Sociales" estune association Loi 1901, crééeen 2000. C'est une association quiregroupedes praticiens du socialde différentes disciplines :travail social, anthropologie, sociolo-gie, psychologie, éducation, médecine et de la psychanalyse. "Métier à tisser" du lienc' social, est un outilde travail,un processus deformation, un lieu d'élaboration etde transmis-sion pour tous ceux quis'interrogent. La singularité de l'approche d'ALTERS est de distinguer réalité psychique et réalité sociale. Leur hétérogénéité nécessite de penser leur articulation pour ne pas entretenir une confusion préjudiciable à l'acte analyti-que comme aux pratiques sociales et politiques, et pour construire denouveaumodèles.
Maison des Associations ALTERSboite 146 3 placeGuy HersantToulouse BP 74184 31031Toulouse Cedex 4 www.alters.frcontact@alters.fr N° Siret: 434 178 61200017
Sous la direction deJacques SoulansQu'est-cequi faitliensocial aujourd'hui ? ACTES DESJOURNEES D'ETUDE 20 Juinet 5 Décembre 2015 Organisées par l'Association ALTERS
Précédents ouvrages «L'espritde la clinique », 2013 S'interroger sur la médecine générale "humaniste" et la médecine de l'organisme, la clinique psychiatrique et la maladie mentale, la clinique psychanalytique et la réalipsychique ets'i définir l existe une cliniquespécifiquedu travail social.
«Du familial au social»Répétitions et mutations, 2014 Le familial etla famille:deux concepts à distinguer. © LHarmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005Paris www.harmattan.com ISBN : 978-2-343-10353-2 EAN: 9782343103532
Argument d'André Donzel Dans le prolongement des analyses de Max Weber sur les dimensions socioculturelles du capitalisme, plusieurs sociologues ont mis en évidence l’émergence d’un « nouvel esprit du capitalisme » (Boltanski et Chiapello), induisant de profonds changements dans les modes d’organisation de la vie économique et sociale.
Parce qu’elles sont au cœur des processus de mondialisation en cours, les grandes villes sont particulièrement exposées à ces transformations : gouvernance « externalisée » des entreprises et des territoires, expansion d’une société « à liens faibles » (M. Granovetter), flexibilisation de l’emploi (R. Sennett), etc. A partir du cas de Marseille, on mesurera l’impact de ces transformations sur la société locale. A la suite d’A. Hirschman, on verra que, face au changement, les acteurs sociaux ne subissent pas passivement le destin qui leur est prescrit ; ils peuvent conjuguer défection (exit), loyauté (loyalty) et prise de parole (voice) et, par cette dialectique, redonner du sens à leur environnement social.
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Ville et lien social : le cas de Marseille André DONZEL, Chargé de recherche honoraire au CNRS, associé au Laboratoire Méditerranéen de Sociologie (UMR 7305 CNRS-AMU, Aix-en-Provence), spécialisé en sociologie urbaine. Invité.
Introduction
Merci à nouveau pour votre invitation. En février dernier, je vous avais présenté mon livreLe nouvel esprit de Marseille, dans lequel j’avais tenté de mettre en évidence les transformations sociologiques qui ont affecté cette ville depuis une vingtaine d’années et leurs conséquences sur les formes du « vivre ensemble » en son sein. J’avais emprunté au sociologue américain Mark Granovetter l’idée de « Société à liens faibles » pour caractériser cette évolution. Je rappelle que, pour ce dernier, la force d’un lien est le produit combiné de plusieurs variables : -la durée de la relation (robustesse), -son intensité émotionnelle, -la confiance mutuelle qu’elle instaure (accessibilité) -et les services réciproques qu’elle engendre (réciprocité).
Comme l’avaient vu de nombreux sociologues au début du siècle - et en particulier Georg Simmel dansMétropole et Mentalités-, l’anonymat de la grande ville prédispose aux liens faibles. Elle livre les individus à eux-mêmes en les
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privant des solidarités communautaires propres aux sociétés traditionnelles. Mais, contradictoirement, cette forme de sociabilité offre des capacités d’initiatives beaucoup plus étendues aux individus ; elle constitue ainsi un terrain propice à l’expression de la subjectivité dans ces différentes variantes.
Aujourd’hui, je voudrais préciser et élargir mon propos par rapport à mon intervention précédente, pour tenter de répondre, au-delà du cas marseillais, à la question posée par l’intitulé de ce colloque : « Qu’est-ce qui fait lien social aujourd’hui ? »
On touche là à un champ d’interrogation très vaste puisque ce thème est constitutif de la pensée sociale pratiquement depuis son origine ; il est couramment désigné aujourd’hui dans le vocabulaire sociologique sous le terme générique de « cohésion sociale ».
J’ai prévu d’aborder cette question selon deux séquences : je voudrais, dans un premier temps, fixer quelques points de repère dans la construction théorique de cette notion, avant d’en présenter quelques tentatives d’opérationnalisation dans les enquêtes d’opinion.
1. Les problématiques de la cohésion sociale : quelques points de repères historiques J’ai eu la chance, il y a quelques années, de coordonner une recherche pluridisciplinaire pour le compte de la DATAR sur le thème de « la cohésion sociale et territoriale en Europe ». On avait, dans ce cadre, tenté de reconstituer les grandes étapes de la formation de cette notion.
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1.1. A l’origine : la question de l’ordre social Pendant longtemps, elle a été indissociable d’une réflexion sur l’ordre social et sur les formes de gouvernement politique qui permettent de le fonder et de le perpétuer. Pour les penseurs de la Grèce antique, le principe de cohésion des sociétés réside dans la Cité qui a pour fonction d’assurer les conditions et les règles de la vie sociale. Les penseurs de la Cité, Platon et Aristote notamment, en mirent en évidence les ressorts : la vertu politique pour le premier, l’aptitude au « bonheur de vivre ensemble » pour le second. Dès cette époque, se font jour deux conceptions de l’ordonnancement politique, l’une trouvant son principe de légitimation dans la transcendance divine, l’autre dans la contingence de l’action humaine. L’œuvre de saint Augustin, au Moyen Age, reproduira cette dualité à travers la distinction entre « cité divine » et « cité terrestre ». Les théoriciens de l’absolutisme (Machiavel, Bodin, Hobbes…), les premiers, mirent en cause la subordination du politique au religieux. Ils élaborèrent dans le même temps une nouvelle vision de la souveraineté politique supposant une distanciation croissante entre Etat et société civile et, de là, entre gouvernants et gouvernés. Ils feront de la contrainte l’attribut principal de l’autorité politique. L’Etat, détenteur du monopole de la violence légitime et concentrant tous les pouvoirs, devient le garant du passage de « l’état de nature » (la guerre de tous contre tous selon Hobbes) à « l’état de société » générateur de la concorde civile.
1.2. De la contrainte au contrat : émergence de la solidarité A partir du XVIIIème siècle, une nouvelle étape est franchie. Les philosophes des Lumières comme Locke,
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