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Sectes pseudo-chrétiennes

De
105 pages
Les mouvements sectaires savent, trop souvent, "déployer la chaleur et l'affection que recherchent des personnes fragilisées". Les sectes pseudo-chrétiennes ne dérogent pas à cette règle. Il s'agit ici de relater l'histoire de ces mouvements, comme les Amis de la Croix glorieuse de Dozulé ou le Mouvement du Graal en France. De multiples démarches parlementaires tentent, depuis des années, de protéger la société française de cet assaut "porté dans sa partie la plus fragile". C'est l'histoire de ces surprenantes dérives pseudo-chrétiennes qui nous est révélée ici.
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Cyril LE TALLEC

Sectes pseudo-chrétiennes
1950- 2000

L'Harmattan

Du même auteur:

La communauté L'Harmattan, 2001.

arménienne

de

France

(1920-1950),

Les assistantes sociales L'Harmattan, 2003.

dans la tourmente

(1939-1946),

La naissance des centres de formation 1945), L'Harmattan, 2004.

professionnelle

(1940-

Les écoles de service social (1910-1940), L'Harmattan, 2004. Les sectes ufologiques (1950-1980), L'Harmattan, 2005. Les sectes politiques (1965-1995), L'Harmattan, 2006. Mouvements et sectes néo-druidiques L'Harmattan,2006. ~n France (1935-1970),

@

L'HARMATTAN,

2007

5-7, rue de l'École-Polytechnique;

75005 Paris

http://www.1ibrairieharmattan.com diffusion.harmattan @wanadoo.fr harmattanl @wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-03111-1 EAN : 9782296031111

INTRODUCTION
L'Ile-de-France comptait à eUe seule, et à J'aube de J'an deux mil1e, "au moins cent quarante mouvements sectaires implantés sur son territoire (1)". En 1995, déjà, les Renseignements généraux avaient identifié au sein de l'Hexagone plus de cent soixante-dix "organisations-mères"... fondues au sein d'une "nébuleuse sectaire" comptant plus de huit cents organisations satel1ites ! Particulièrement touchés, outre l'Ile-de-France, étaient l'estuaire de la Gironde, la région Provence-Alpes-Côtes d'Azur et la Lorraine. Tous ces mouvements "cultuels" savaient, trop souvent, "déployer la chaleur et l'affection que recherchaient des personnes fragilisées (2)". Les sectes "pseudo-chrétiennes" ne dérogeaient pas, bien entendu, à cette règle rarement transgressée. Il est vrai, de plus, que "les sectes n'étaient pas un filet qui s'abattait sur les gens", mais bien "une nasse dans laquelle ils se rendaient" . Surtout, ces sectes "pseudo-chrétiennes", trop souvent muées, sous nos latitudes, en sectes "pseudo-catholiques" (au nombre de neuf en 1995), constituaient des groupes "qui, sans reconnaissance officielle, prétendaient indûment être en fidélité avec l'Eglise catholique et se disaient les défenseurs d'un catholicisme pur et dur (3)". Pourtant, notera le rapport parlementaire de 1995 consacré aux sectes en France, "dans le cas des groupes «pseudo-catholiques », leur doctrine était le plus souvent tel1ement éloignée de la théologie de l'Eglise qu'ils étaient exclus de sa communion"... On appelait cependant, encore, "sectes pseudo-catholiques" des groupes qui, initialement, "avaient été reconnus canoniquement par l'Eglise catholique, mais qui avaient dévié et avaient fini par se séparer d'el1e"... Enfin, la "crise" de l'Eglise catholique ne pouvait qu'accélérer, en France, J'émergence "sur ses franges" de 7

communautés "sûres de leur vérité", poursuivant un développement aberrant et comme "allergique" à tout regard extérieur. Si cet ouvrage commence, comme une farce, par l'évocation des célèbres "Adorateurs de l'oignon" (ou, plus sérieusement, de l'Eglise de Jésus pour rajeunir, ou du Peuple de Dieu), notre propos donnera progressivement dans le pathétique, à l'image d'un Christianisme phosphénique tout entier tourné vers une discutable croisade conduite... contre les "ratons". Dans les années quatre-vingt-dix, les Amis de la Croix glorieuse de Dozulé (une nébuleuse sectaire "de 80 à 500 adeptes", en guerre perpétuelle contre des élus locaux fermement opposés à ses "audaces" architecturales) ou le Mouvement international du Graal (un mouvement sectaire, presque "tentacu]aire", réunissant 950 adeptes français... et dix fois plus d'adorateurs dans le monde) pouvaient être également qualifiés, et sans l'ombre d'une hésitation, de sectes "pseudochrétiennes" . IJ ne pouvait être ici, bien entendu, question "de ridiculiser un groupe à cause de ses croyances", fussent-elles nIes plus aberrantes ou les plus insolites". Les formations cultuelles pseudo-chrétiennes ici décrites - et appartenant, le plus souvent, à un passé très récent - ne sont donc signalées que parce qu'elles présentèrent en leur temps certains critères du "sectarisme totalitaire" : "chantage religieux, mercantilisme sans vergogne, mainmise psychologique sans issue ni contrôle extérieur, manipulation de ]a personnalité et du comportement de J'individu et, enfin, confiscation violente ou subtile du libre arbitre" . Pourtant, Alain Gest, le président de la Commission d'enquête parlementaire sur les sectes en France devait préciser en 1995 que "le « voyage» de six mois que l'on avait effectué dans ]e monde des sectes, nous avait conduits à rejeter l'idée d'une législation spécifique. Même pour ceux qui, comme moi, étaient séduits par la théorie du «vio] psychique» chère au Colone] Morin, il avait fa]]u convenir de notre incapacité à 8

légiférer, sans porter atteinte à des libertés fondamentales, la liberté d'expression ou la liberté de conscience". Le député Alain Vivien lui-même, rapporteur du texte de 1983 destiné au Premier ministre, n'avait pas déclaré autre chose lors d'une mémorable interview qu'il avait par la suite accordée au quotidien Le Figaro, le 29 avril 1992 : "II ne faudrait pas créer de législation particul ière, au risque de faire apparaître les sectes pour des martyrs". L'arsenal dont nous disposions "était tout à fait suffisant, il suffisait de l'app1Îquer" !

Notes
(1) Assemblée nationale, Les sectes et l'argent, Paris, AN, 1999, p. 194. (2) Assemblée nationale, Les sectes en France, Paris, Editions Patrick Banon, 1996, p. Il. (3) Certains responsables d'Eglises seront d'une extrême vigiIance et interviendront très promptement. Tel sera, par exemple, le cas de Jacques Trouslard, "ancien vicaire du diocèse de Soissons", intervenu vigoureusement et courageusement dans différentes affaires et en particulier "celles de SaintErme et Dozulé".

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LES ADORATEURS DE L'OIGNON

En 1958, le pasteur Gérard Dagon - qui deviendra un des membres parmi les plus écoutés de la Commission d'étude des sectes organisée par l'Eglise réformée de France - décrivait avec sa précision coutumière la lente émergence, et les pratiques inédites, d'une stupéfiante Eglise de Jésus pour rajeunir (lequel mouvement se faisait alors encore "modestement" appeler Peuple de Dieu (1». Immédiatement, une partie de la presse hexagonale et des écrivains à succès (à l'image de monsieur Guy Breton) devait s'emparer de ce surprenant phénomène cultuel qu'elle s'empressa de qualifier, en termes journalistiques, de "nouvelle religion" des "adorateurs de l'oignon" (2).

L'ÉGLISE DE JÉSUS POUR RAJEUNIR Le fondateur de cette Eglise de Jésus pour rajeunir, et le guide spirituel de ces "rajeunissants", était monsieur François Thomas. Monsieur Thomas avait en effet quitté "sa famille, ses biens et ses amis" au mois de décembre 1929. De religion catholique, il se rapprocha ensuite de la secte helvétique des Amis de l'Homme, une dissidence (elle-même notablement fragmentée) des Témoins de Jéhovah... dont il fut par ailleurs finalement exclu au mois de juin 1938. François Thomas s'était également fait "tour à tour charretier, photographe et comptable". Un jour, au Havre, "il vit à l'étalage d'un marchand de légumes un oignon qui germait. Ce fut pour lui une véritable révélation. Un signe du ciel. Il comprit que l'homme avait le pouvoir, tout comme l'oignon, d'échapper à la mort. Il comprit aussi qu'il était absurde d'engendrer sans cesse des êtres nouveaux appelés à disparaître. Ce simple oignon lui indiquait II

le moyen de stabiliser l'humanité en rendant impossible la naissance et la mort". Dans les pages de sa monumentale France des sectes, Fanny Comuault écrira pour sa part que la découverte que François Thomas fit, ce jour-là, "fut à l'origine d'une théorie qui, pour extraordinaire qu'elle paraissait, n'était pas, tout bien réfléchi, fort éloignée de certains enseignements tantriques. Son énoncé était simple, plus difficile sa réalisation"... Alors commença, pour monsieur Thomas, une vie d'errance toute faite de prêches itinérants. Partout, frère François Thomas affirmait aux passants goguenards ou même franchement moqueurs, que "l'oignon qui vivait toujours instruisait tous les Hommes". Indifférent aux quolibets, notre prêcheur concluait de l'analyse de tous ces déboires et de toutes ces rebuffades que "l'Homme incrédule regardait sans voir et réfléchissait sans comprendre"... La gêne matérielle et les moqueries n'empêchèrent pas, cependant, frère François Thomas de faire imprimer son œuvre maîtresse, laquelle fut modestement intitulée Le Petit Livre de Jésus (ou Le Petit Livre du Seigneur). Un tel activisme qui se réclamait, de plus, de l'œuvre d'un prix Nobel, le médecin Alexis Carrel - attira comme un aimant une poignée de fidèles qui, dès J'année 1946, s'attachèrent à chacun des pas de notre sectateur. Hélas, le 22 septembre 1947, François Thomas se voyait traduit devant le tribunal de Rouen "parce qu'il s'opposait au mariage par Je biais de la castration" ! Qu'à cela ne tienne: frère François Thomas continua, comme auparavant, à "imposer les mains aux malades" et à "composer les cantiques de son Eglise". Un tel dynamisme devait finalement se révéler payant puisque, le 19 avril 1953, l'Eglise de Jésus pour rajeunir sera officiellement créée. Elle ne regroupait alors pourtant, autour de frère François Thomas... que cinq sectateurs réguliers. Tous vénéraient cependant "le livre de doctrine" du Frère fondateur, c'est-à-dire Le Petit Livre du Seigneur. On y louait, en trente-six pages et cinquante articles de foi, "le grand roi des 12

Juifs, le prince de la vie, le prince de la paix et le soleil de la justice pour rajeunir et rester jeune". De plus, Jésus "ayant donné Le Petit Livre du Seigneur à l'humanité", ce dernier ouvrage devait donc être considéré comme étant "l'égal de la Bible" ! Selon la doctrine professée par le père François - ou si l'on préfère par le frère François Thomas, lequel était aussi modestement surnommé "la Vérité présente" - "Jésus était Dieu par amour". De plus, le "rajeunissement perpétuel" excluait ici, bizarrement, "les fonctions de procréation" ... La devise de l'Eglise de Jésus pour rajeunir était "honneur, vertu, bonheur". Le culte afférent avait lieu le dimanche, à seize heures, sous la forme de "simples conférences". Il n'y avait, de plus, ni tronc, ni quête, car, comme le précisait la doctrine élaborée par le frère François Thomas, "la finance était diabolique". Les adeptes étaient presque toujours des célibataires, "jeunes ou vieux, hommes ou femmes". Tous disaient être foncièrement opposés au mariage, à la prison, à la caserne, aux hôpitaux et aux cimetières! On estime que, durant l'année 1958, une trentaine de sectateurs se retrouvaient ainsi régulièrement au sein du siège parisien du mouvement situé au 20, rue du Poteau, tout près de la mairie du ] 8ème arrondissement, à deux pas du marché aux puces. Il est douteux, par ailleurs, que les publications de cette secte aient alors pu connaître une diffusion correcte au-delà du boulevard périphérique ceinturant la capitale...

LA TROP OIGNONISTES

MÉDIATIQUE

DOCTRINE

DES

Durant cette année 1958, la doctrine des thuriféraires du père François s'articulait autour de quatre considérations bien distinctes: - La colère, la peur et le chagrin usaient la santé. Nos corps successifs étaient de moins en moins bons. Le paradis terrestre 13

rétabH se manifestait sur terre. Le monde nouveau commençait; - L'âme c'était le sang. Les malades pouvaient guérir et les vieil1ards rajeunir grâce à l'altruisme, la vertu et la tempérance; - Le Petit Livre du Seigneur achevait l'œuvre du prophète EHe. Le jour de Dieu avait point durant l'année 1951. La finance était diaboHque. La Terre devait former, bientôt, "une colonie du ciel" ; - Enfin, le "salut venait de l'oignon", car ce dernier "assommera l'erreur à la bataiIJe d'Armaguédon, frappant au front Goliath-Babylone". Dans Dieu, "comme dans l'oignon", il y avait le vieux, le jeune et le fluide. C'était la Sainte-Trinité! La Bible sceIJée était ouverte par Le Petit Livre du Seigneur. La presse du temps s'intéressa donc immédiatement, on s'en doute, à ces très médiatiques "adorateurs de l'oignon" et aux pages les plus croustiIJantes de leur Petit Livre du Seigneur. La barbe blanche figée en éventail, frère François Thomas, le fondateur de la secte, était alors, il est vrai, des plus photogéniques. Un de ses thuriféraires parmi les plus acharnés, frère Auguste Le Vot - à la barbe drue et noire, et aux yeux bleus - se lançait pour sa part régulièrement dans un surprenant "cantique à l'oignon" composé de petits quatrains et rythmé par le son des cithares: "Pleins d'esprit vital Les saints 111atériaux Du suc génital Sont précieux, royaux! Ayant écouté L'oignon professeur Notre humanité Vivra frère et sœur!
Hors du Paradis L'Homme est tel un bœuf; Notre sort le dit: « Ecclésiaste 9 » ]4