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Un mariage ubuesque

De
174 pages
Dans son village de Kaélé, au nord du Cameroun, la jeune Habiba est mariée de force par son oncle. Une histoire rocambolesque qui met l'accent sur les changements, les frasques, les rêves, les déceptions et les espérances de la société camerounaise actuelle. L'auteur appelle à réfléchir sur le statut de la femme dans cette partie du pays et ouvre plusieurs pistes de réflexion sur le mariage.
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Philippe Tchissakbé
Un mariage ubuesque L’ ’H Roman
Préface de Bienvenu Denis Nizésété
Lettres camerounaises
Un mariage ubuesque
Lettres camerounaises Collection dirigée par Gérard-Marie MessinaLa collectionLettres camerounaisesl’avantage du présente positionnement international d’une parole autochtone camerounaise miraculeusement entendue de tous, par le moyen d’un dialogue dynamique entre la culture regardante – celle du Nord – et la culture regardée – celle du Sud, qui devient de plus en plus regardante. Pour une meilleure perception et une gestion plus efficace des richesses culturelles du terroir véhiculées dans un rendu littéraire propre, la collectionLettres camerounaises s’intéresse particulièrement à tout ce qui relève des œuvres de l’esprit en matière de littérature. Il s’agit de la fiction littéraire dans ses multiples formes : poésie, roman, théâtre, nouvelles, etc. Parce que la littérature se veut le reflet de l’identité des peuples, elle alimente la conception de la vision stratégique. Déjà parus Marie-Thérèse AMBASSA BETOKO,La jeunesse camerounaise. Poèmes, 2014. Ginette MINTOOGUE,Renaître. Regard vers le passé d’une adolescente, 2014. Patricia NOUMI,Aimer sans réserve, 2014. Marcelline Nnomo ZANGA,De la parole à l’écriture en Afrique, 2014. Josiane NGUIMFACK ZEUFACK,Lueur en flamme, 2014. Charles SOH,Ici, ce n’est pas comme là-bas,2014. Paul Emmanuel BASSAMA OUM,Un cheveu sur la soupe, 2014. Alain ABOUNA NOAH,Au-delà des tourments, 2013. Joseph SOP,Une parodie de justice, 2013. Éric ONANA AWOMO,Et si tu étais nègre, Nicolas ?, 2013. Jean André MANGA,Naître fille est-il une condamnation ?,2013. Diane DESCOTEAUX, Gervais de Collins NOUMSI BOUODPA, La luciole attend la nuit pour briller, 2013.
Philippe Tchissakbé
Un mariage ubuesque L’odyssée d’Habiba Roman Préface de Bienvenu Denis Nizésété
Du même auteur Récits sur mon village, L’Harmattan, Paris, 2013 © L’Harmattan, 2014 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-03192-7 EAN : 9782343031927
À ma chère famille aimable et attentionnée À mon père Pierre Dili, À ma mère Rode Massah, Ces chers parents qui m’ont donné la vie et à qui je dois une reconnaissance incommensurable.
PRÉFACE Habiba c’est cette mineure, mariée de force par son oncle dans son village de Kaélé à l’extrême Nord du Cameroun, et dont les tribulations dans la ville de Yaoundé servent de fil d’Ariane à Philippe Tchissakbé pour peindre habilement la société camerounaise dans ses traditions, ses tourments, ses changements, ses frasques, ses rêves, ses déceptions et ses espérances. Avec un réalisme féroce et tendre, enchanteur et répulsif, Tchissakbé nous promène au village et à la ville, nous fait voyager par train, par bus et par mototaxi, heureux prétexte pour nous présenter les visages bigarrés et les paysages pittoresques du Cameroun, les chants et les pleurs, les rires et les larmes, les soupirs et les confidences des femmes et des hommes embarqués dans cette burlesque odyssée d’Habiba. Ce roman déborde les frontières étriquées d’un mariagevillageois auquel le titre laisserait d’emblée penser. La réalité est toute autre. Il s’agit d’une virulente satire sociale, un cocktail explosif où idées, faits et gestes se cherchent, se rencontrent, se bousculent, se télescopent, se touchent, s’évitent et se dispersent. Tout est dit ou presque dans cet opuscule. On dirait le requiem de la société camerounaise contemporaine avec pour refrain «Du rire aux larmes… De la déception à l’espérance… Reste debout. Enfin… Tombe, mais relève-toi et fais face... ».
Dans cette turbulente polyphonie qui s’écoute comme une complainte, c’est le socle des valeurs sociales et culturelles camerounaises qui vole en éclats, laissant place à unno man’s landtous les où sales coups sont permis: combat contre la spiritualité, l’amour, le respect de l’autre et de sa différence. L’inflation de l’égoïsme, des individualités, des particularismes ethniques. L’éloge de la médiocrité. Le combat contre le mérite et la compétence. La montée en puissance du gangstérisme. Le culte de l’argent rapidement, brutalement et immoralement gagné. L’appétit de toutes les addictions. Le recul du bien et le triomphe du mal.
Le rythme trépidant de cet insolite bilan social laisse rarement place à une parenthèse de douceur. Le ton juste, jamais grossier et rarement vulgaire, le langage franchement francophone, savant dosage du camerounisme, du moundang et de la langue de Molière nous dévoilent les écuries d’une société zébrée de tant de blessures aussi bien physiques que morales, et traversée par les amours les plus improbables et les plus incertaines aussi.
« Lemalheur d’être femme» constitue sans doute le point focal de cette satire à travers le mariage forcé des filles mineures. Curieux héritage, dit-on ancestral, qui jette sans défense, de petites enfants dans les bras d’adultes ou de vieillards obsédés par la virginité de celles qui pourraient être leurs filles et dont ils pourraient être en retour les pères ou grands-pères. Que de drames dans ces hyménées obscènes aux conséquences physiologiques et psychologiques dramatiques, dont la dépression et les
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aménorrhées pathologiques et chroniques d’Habiba constituent les manifestations patentes. Et ces filles qui résistent à la pression familiale et poursuivent leurs études aussi loin que possible? Un autre drame. Le risque de demeurer vieille fille. Quelle honte et surtout quelle malédiction pour une fille de ne pas se marier! Aller à l’école ou ne pas y aller? Tel est le piège qui enferme encore le destin de tant de filles du Cameroun septentrional. Le problème est loin d’être résolu même si ici et là, des statistiques fabriquées essaient de bonifier la situation. La réalité sur le terrain est différente. Elle est tout simplement affligeante lorsque des intellectuels s’interrogent sur la nécessité d’épouser des intellectuelles. Leurs sœurs et condisciples souvent, leurs collègues parfois. Qui donc les épouserait? Des illettrés alors? Les « viergesillettrées »ont sans doute encore du pain sur la planche puisque les «lettrés »très nombreux sont à leurs trousses. Une question de tradition, affirment-ils péremptoirement.
Dans cette fertile réflexion sur le statut de la femme au Nord-Cameroun, Tchissakbé ouvre plusieurs pistes et questionne la réalité du mariage intertribal notamment entre un «Wadjo »comme Bouba et une « Gadamayo » comme Magne ; interroge la possibilité du mariage interreligieux entre un musulman et une chrétienne ; soulève en filigrane la différence d’âge entre époux; pose le délicat problème de la stérilité qui hélas est toujours rejeté sur la femme; revient sur la primauté de l’enfant mâle par rapport à la fille; observe le lévirat et le statut de la veuve; revisite le concubinage et les avatars des mariages ratés avec ces visages torturés
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