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VIOLENCE URBAINE ET REACTION POLICIERE

De
234 pages
Nouvelle « forme de criminalité » à Kinshasa, le phénomène « kuluna » est au cœur des problèmes sociaux, politiques et économiques ainsi que des pratiques de leur gestion en République démocratique du Congo. Face aux actes violents des jeunes regroupés en bandes, et à la forte expression populaire d'un sentiment d'insécurité, une opération policière « spéciale » d'envergure a été menée en 2013 : l'opération « Likofi ».
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terrain sur les signiIcations de cette violence, pour ces jeunes, et
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RaoulKienge-Kiengeintudiet SaraLiwerant(dir.)
Violence urbaine et réaction policière à Kinshasa (RD Congo)
Sens et non-sens
Avec la collaboration de
CatherineMaMbiKonyabita,BienvenuMaLandaMvibiduLu
Publications du Centre de criminologie de l’Université de Kinshasa
Violence urbaine et réaction policière à Kinshasa (RD Congo)
COLLECTION « Publications du Centre de criminologie de l’Université de Kinshasa »
Collection dirigée par Raoul KIENGE-KIENGE INTUDI
La collection « Publications du Centre de criminologie de l’Uni-versité de Kinshasa » est administrée au sein de ce centre. Elle porte sur des études se rapportant au domaine des objets de « la criminologie d’aujourd’hui » et à celui de la sociologie pénale et de l’anthropologie du droit. Il s’agit des études qui abordent des questions du rapport et de l’adéquation ou non des normes juri-diques et de la justice pénale étatique avec la culture congolaise et africaine ou qui abordent plus généralement des questions de régulation pénale et sociale (fonctionnement de la justice pénale, de la police et de la prison, modes extrajudiciaires et coutumiers de résolution des conits sociaux, etc.).
Violence urbaine et réaction policière à Kinshasa (RD Congo) Sens et non-sens
Sous la direction de RaoulKienge-Kiengeintudiet de SaraLiwerant
Avec la collaboration de CatherineMaMbiKonyabita, BienvenuMaLandaMvibiduLu
Publication du Centre de criminologie et de pathologie sociale de l’Université de Kinshasa
Avec l’appui nancier de Open Society Initiativefor Southern Africa (OSISA)
D/2017/4910/14
© Academia-L'Harmattan s.a. Grand’Place, 29 B-1348 Louvain-la-neuve
ISBN : 978-2-8061-0312-3
Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction, par quelque procédé que ce soit, réservés pour tous pays sans l’autorisation de l’éditeur ou de ses ayants droit.
www.editions-academia.be
RemeRciements
Nous remercions tous les jeunes, les policiers, les chefs de quar-tiers et autorités communales ainsi que les membres des organisa-tions non-gouvernementales, qui ont accepté de collaborer à cette recherche en consacrant leur précieux temps aux chercheurs dans des conditions parfois très contraignantes. Puissent ces mots témoi-gner de toute notre gratitude et de notre attachement. Nous exprimons notre profonde gratitude au professeur Luc Van Campenhoudt, professeur émérite de l’Université Saint-Louis à Bruxelles et de l’Université catholique de Louvain, qui nous a offert gracieusement sa disponibilité en s’associant à l’équipe du Centre de criminologie et de pathologie sociale de la Faculté de droit de l’Uni-versité de Kinshasa à l’occasion de l’atelier de validation consacré à l’analyse des matériaux de cette recherche. Nous remercions égale-ment le professeur Pascal Kapagama du Département de sociologie de l’Université de Kinshasa qui s’est également rendu disponible pour s’associer à notre Centre à la même occasion. Nous tenons surtout à remercier sincèrement Open Society Initiative for Southern Africa (OSISA) pour l’appui nancier ayant permis la réalisation de cette recherche.
Les auteurs
intRoduction
La ville de Kinshasa est marquée, ces dernières années, par le 1 phénomène dit «kuluna», objet de nombreux discours des Kinois, des médias et des pouvoirs publics. Il désigne, d’une part, des jeunes, qui commettent, en groupe, des actes violents contre la population, en dérobant les biens, et d’autre part, il désigne cette nouvelle forme de violence elle-même. Cette dernière semble être en contraste frap-pant avec les stratégies de survie utilisées par les enfants dits de la rue (également connus sous l’appellation de «schegués» ou «phaseurs»), en raison de la gravité de la nouvelle forme de violence urbaine. Kaumba Lufunda faisait observer à ce propos que «kulunaet » «schegués» « sont des noms d’origine étrangère, liés à des évènements historiques douloureux vécus par nos compatriotes à l’étranger. Ils 2 renvoient à des expériences tragiques et dramatiques » (Kaumba Lufunda, 2012 : 9-10).
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Nous écrivons «Kuluna»avec « k » pour signier la forme de violence ainsi qualiée ; et avec « K » pour signier les jeunes qui se livrent à cette forme de violence. Parfois les ofciers de police judiciaire utilisent l’expression de «Kuluneurs» pour désigner les jeunes, auteurs d’actes de violence urbaine. Mais les jeunes eux-mêmes préfèrent parler de «Kuluna». Il écrit en effet : « “Shegedérive de Schengen. Ce mot est apparu peu de temps après la signature des accords de Schengen qui créèrent un espace européen unique en matière de visa. Ce qui allait compliquer les divers stratagèmes développés par les immigrés irréguliers. Quant à “kuluna, il dérive du portugais “coluna” et sert à désigner les colonnes ou groupes de gens désordonnés et indisciplinés. Ce terme a d’abord désigné les compatriotes expulsés d’Angola, en colonnes entières, victimes des violences et des brutalités. Des formes particulières de violence urbaine seraient apparues peu de temps après leur expulsion d’Angola dans les années 2005-2007. La population désignait aussi leurs agressions de “tourbillon”. Il serait intéressant
Violence urbaine et réaction policière à Kinshasa (RD Congo)
De plus, la majorité des jeunes impliqués dans la violence urbaine de «kuluna» reste, malgré un certain nombre d’escapades, en lien avec leurs familles. Le contexte difcile et précaire de ces dernières, est parfois qualié de «délestage ya damage » (délestage alimentaire) (Kamanda Ndombe, 2014 : 13), c’est-à-dire l’on s’habitue à manger par alternance entre les membres de la famille. Il s’agit d’une forme de violence, qui a produit un fort sentiment d’insécurité dans la ville de Kinshasa ainsi que dans d’autres agglomérations congolaises. En effet, il a été relevé que « la criminalité violente, quelle que soit son ampleur, choque particulièrement la conscience humaine dans la mesure où elle blesse d’abord le sentiment naturel de pitié et de com-passion, tout en provoquant, par le biais de l’empathie, une certaine terreur dans l’imaginaire populaire » (Kaumba Lufunda, 2012 : 2). Si aujourd’hui les «Kuluna» désignent des jeunes gens violents, cette violence urbaine a été observée pendant la campagne électo-rale de 2006 où des groupes de jeunes ont été utilisés par les partis politiques, en instrumentalisant leur force physique, produisant ainsi des actes de violence contre les adversaires dans la ville de Kinshasa et dans certaines provinces. Dans une analyse surLa justice pénale et la gestion de la violence ur-baine des jeunes en contexte de porosité frontalière en Afrique centrale(République Démocratique du Congo – République d’Angola – République du Congo), Kienge-Kienge Intudi (2014) met en lumière la complexité de la vio-lence des jeunes et soutient l’hypothèse de son internationalisation. En effet, dans un contexte de porosité frontalière et de conits armés récurrents en Afrique centrale, ce phénomène de violence sévit entre l’Angola, d’où elle fut importée, la République Démocratique du Congo (Kinshasa), où elle est mise en œuvre, et la République du Congo (Brazzaville) où les jeunes trouvent momentanément refuge pour échapper à la répression policière. Il soutient également que la violence urbaine des jeunes, actuellement qualiée de «kuluna», est d’origine angolaise. Utilisée dans les milieux des forces armées, elle signierait, déclarait un commissaire supérieur de police « soit
de chercher le lien éventuel qui existerait entre lesbana lunda, partis dans l’eldorado angolais (province de LundaNorte) dans les années 1990, et les expulsés des années 2005 ».
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la posture ou la forme physique que doit avoir un militaire, soit la violence que celui-ci applique » dans ses relations avec les citoyens. Ces relations sont souvent caractérisées par la brutalité. À la suite de la vague du refoulement des Congolais de l’Ango-la en 1995, pour la plupart des jeunes en situation irrégulière, l’on voit naître ce phénomène nouveau à Kinshasa. Des jeunes congo-lais s’étaient, en effet, rendus en Angola, à la recherche de survie, convoitant les «bana lunda ». Ceux-ci sont des jeunes kinois, qui s’adonnaient à la recherche du diamant dans la région de l’Angola, appelée Lunda. Après avoir trouvé une « graine » de diamant, ces jeunes revenaient au pays pour constituer un fonds consistant grâce à sa vente. Ils optaient pour un style vestimentaire particulier, exhi-bant leur « richesse » et réunissant leurs amis dans des terrasses ou bars populaires (Nganda) pour leur offrir à boire jusqu’au petit matin. Nombreux d’entre eux ont ni par imiter les groupes des jeunes an-golais qui leur ravissaient souvent leurs « graines » de diamant. À cette période, le phénomène « Goldberg » étant « en vogue » à Kinshasa, à l’image du catcheur américain du même nom, les jeunes se regroupaient dans leurs quartiers, apprenaient des arts martiaux pour devenir « invincibles ». Pendant ce temps, les jeunes de plusieurs quartiers populaires cherchaient à s’identier à l’une ou l’autre de 3 ces stars de la WWE . Dans plusieurs communes de Kinshasa, sont alors nées des « écuries », regroupement des jeunes déambulant dans les grandes artères de la ville en exhibant leurs muscles. Il ne s’agis-sait pas encore, en ce moment-là du «kuluna» (voir Kienge-Kienge Intudi, 2014 ; Kienge-Kienge Intudi, Bungu Musoy et Malanda Mvibidulu, 2013 ; Bungu Musoy, 2012). La majorité de ces jeunes rapatriés de l’Angola se sont alors intégrés dans les « écuries » ou dans des clubs d’arts martiaux. C’est au l des années, que les jeunes de « la maison » sont arrivés à considérer que le seul fait d’apparte-nir à un club ou à une écurie ne sufsait pas, ne procurant rien en termes de moyens de survie, pendant que nombreux de leurs amis gagnaient de l’argent par le «kuluna». La plupart des écuries se sont
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LaWorld Wrestling Entertrainment est une entreprise américaine spécialisée dans l’organisation des divertissements, principalement le catch.
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