La Colline oubliée de Bouquermouh Abderrahmane

597 lecture(s)
Fiche produite par le Centre de Documentation du Cinéma[s] Le France.
Site : abc-lefrance.com

lire la suite replier

Télécharger la publication

  • Format PDF
Commenter Intégrer Stats et infos du document Retour en haut de page
cinemavectoi
publié par

suivre

Vous aimerez aussi

Le Gamin au vélo

Le Gamin au vélo

de cinemavectoi

Le Discours d’un roi

Le Discours d’un roi

de cinemavectoi

précédent
suivant

La colline oubliée
F de Abderrahmane Bouguermouh
FICHE FILM
Fiche technique
France / Algérie - 1996 -
1h45
Couleur
Réalisation et scénario :
Abderrahmane Bouguermouh
Chants :
Taos Amrouche
Interprètes :
Djamila Amzal
(Aazi)
Mohand Chabane
(Mokrane)
Samira Abtout
(Davda)
Résumé Critique
La colline oubliée est la chronique d’un La colline oubliée partage avec
village isolé de Kabylie, Tasga, à l’heure de Machaho de Belkacem Hadjadj (sorti en
la Seconde Guerre mondiale. On fait la juin 1996 en France) le privilège d’être réa-
connaissance de plusieurs de ses habi- lisé dans une langue de longue date oppri-
tants, surtout des jeunes. Il y a Mokrane et mée : le berbère. Mais le parallèle entre
Menach, étudiants en France et qui sont ces deux œuvres, toutes deux tournées en
sur le point d’être mobilisés ; Mouh, le ber- Kabylie durant l’hiver 1994, s’arrête ici.
ger ; Davda, la voluptueuse ; Aazi, la gra- D’abord parce que le film de Bouguermouh
cieuse et future femme de Mokrane. Tous est l’aboutissement d’une très longue lutte,
se trouvent plus ou moins à un tournant de inaugurée voilà quarante ans par la ren-
leur existence… contre en 1957, à Paris, du réalisateur et
d’une figure de proue de la culture berbère,
l’écrivain Mouloud Mammeri. Ensuite,
parce que La colline oubliée - contraire-
L E F R A N C E
1D O C U M E N T S
ment à Machaho, qui se voulait un chronique amère et silencieuse d’un vil- frère aîné lui donne le roman de
conte moral - est une adaptation réaliste lage kabyle, Tasga, pendant la Mammeri. «Voilà un livre qui parle de
du roman éponyme de Mammeri (publié Deuxième Guerre mondiale. Les vies nous.» Bouguermouh a quatorze ans. Il
en 1952). L’action se situe à Tasga, petit calmes, puis désorientées, puis cruelles dévore La colline oubliée, insensible à la
village enchassé dans l’écrin des mon- de Mokrane et de Menach, amis de violente critique de l’époque, qui
tagnes de Kabylie, à l’heure de la longue date, d’Aazi, l’épouse du pre- reproche à l’écrivain de tomber dans le
Seconde Guerre mondiale. Sous la mier, de Davda, l’amoureuse déjà «régionalisme» et «I’antinationalisme»
menace de la mobilisation, un groupe de mariée du second, et de Mouh, le ber- au moment où l’Algérie entre en lutte
jeunes gens tentent d’y concilier le res- ger, distillent le sentiment lointain et pour son indépendance. «Pour moi, se
pect des traditions et l’aspiration à une pourtant manifeste d’un monde qui souvient Bouguermouh, c’était un coup
existence nouvelle, l’élan de la jeunesse s’affaisse sans en avoir conscience, de foudre, un premier amour. Au lycée,
et les amours interdites, l’intégrité d’une d’une jeunesse qui s’oublie, sans tapage on ne lisait que des classiques français.
condition modeste et l’ambition des ni révolte, et qui ne peut même pas don- La colline oubliée nous montrait comme
études. A travers eux, le réalisateur ner au monde le scandale de sa propre nous étions.»
tisse une chronique lente et disparate mort. Dans un village des montagnes kabyles,
d’un entre-deux, d’un univers dont Stéphane Malandrin au début des années 40, une petite
l’unité est en train de se briser sous les Cahiers du Cinéma n°511 - Mars 97 société traditionnelle tente de vivre, des
coups de l’Histoire et d’une fatalité qui jeunes gens de s’aimer, d’imaginer
prend soudain la forme du typhus. Des l’avenir, le leur, celui de leur terre, celui
danses chamarrées et des nuits de de l’AIgérie, malgré le typhus, malgré
désir, des espoirs fauchés et des lende- l’armée française, qui entraîne les
mains qui chantent, il restera à la fin du C’est toujours la même histoire. Quand il hommes en âge de se battre dans un
film l’infinie tristesse d’un homme qui va dîner à L’Homme bleu, un restaurant conflit qui les concerne si peu. Leur cou-
emeurt gelé sans avoir vu sa descendan- berbère du Xl arrondissement de Paris, rage, leur mort souvent ne leur vaudront
ce, et le miracle d’une épouse stérile qui le patron met un point d’honneur à ne aucune reconnaissance. La colline
la porte dans son ventre. pas lui donner l’addition. Abderrhamane oubliée est la chronique douce-amère
Jacques Mandel Baum Bouguermouh proteste, insiste, mais il des cataclysmes du monde et de l’injus-
Le Monde - 20 Février 1997 n’y a rien à faire. Ce qu’il doit à tice coloniale sur les hauteurs du
L’Homme bleu n’est rien comparé à ce Djurdjura, loin de tout espoir.
que la Kabylie tout entière doit à ce Pendant la guerre d’Algérie,
petit homme trapu au visage éprouvé, le Bouguermouh rencontre Mammeri à
cœur en capilotade après un infarctus, Paris. L’écrivain part se réfugier au
Avoir eu le cran de tourner en Algérie, le regard serein, pourtant, de qui est Maroc. Bouguermouh est tenté par le
pendant deux ans, afin de réaliser le parvenu à ses fins. Plus de trente ans cinéma. Ensemble ils évoquent l’idée
premier film en langue berbère de l’his- qu’il attendait, qu’il luttait contre la cen- d’une adaptation, plus tard, quand
toire du cinéma, après quarante années sure algérienne, contre des pouvoirs fri- l’Algérie sera libre. En attendant, le
d’attente et deux tentatives avortées (en leux qui l’empêchaient de réchauffer son jeune Kabyle suit les cours de cinéma de
1954 et en 1970) témoigne, chez rêve de gosse : adapter au cinéma La l’l.D.H.E.C. Il vit «la grande bohème»,
Abderrahmane Bouguermouh, d’une colline oubliée (Folio n°2353), le superbe travaille pour la Radio-Télévision fran-
ténacité et d’un désir de cinéma peu roman de Mouloud Mammeri, qui fut çaise, réalise documentaires et télé-
communs. Si La colline oubliée, son ami jusqu’à sa disparition acciden- films. Au lendemain des accords
comme passage à l’acte politique, a le telle en 1989, dans un accident de la d’Evian, il retourne au pays. «Je croyais
mérite d’être claire comme œuvre ciné- route aux circonstances mal élucidées. pouvoir tourner des films en berbère.
matographique, le film souffre malheu- Un film sur la Kabylie, tourné entière- C’était ne pas connaître le système qui
reusement d’une timidité dans la mise ment en amazigh, la langue des siens, se mettait en place en Algérie.» Son
en scène et d’une obscurité dans le récit c’était ça, I’obsession de Bouguermouh. premier moyen métrage consacré à la
plutôt déconcertantes. Passées «Je savais que je serais toujours un apa- Kabylie est mis sous séquestre. Mais sa
quelques ellipses impromptues et une tride dans mon propre pays tant que le volonté est tenace : «Je ferai des films
photographie parfois trop fière de ses berbère n’aurait pas droit de cité au en kabyle ou rien.»
paysages, La colline oubliée parvient cinéma.» Cette révélation, Bouguermouh En 1968, il dépose le scénario de La
cependant à nous capter, à travers la la reçoit un jour de 1952 lorsque son colline oubliée. La commission de
L E F R A N C E
SALLE D'ART ET D'ESSAI
CLASSÉE RECHERCHE
8, RUE DE LA VALSE
42100 SAINT-ETIENNE
04.77.32.76.96 2RÉPONDEUR : 04.77.32.71.71
Fax : 04.77.25.11.83D O C U M E N T S
censure le rejette. Bouguermouh devra prévue pour Bouguermouh, «on l’a don- convaincre un vrai mécène, Mohammed
attendre les émeutes d’octobre 1988 en née à une autre production», murmure le Saadi, un expert-comptable passionnée
Algérie pour que la commission soit dis- cinéaste. A force de protestations, de culture amazighe. Bouguermouh peut
soute et son projet accepté. Un comité l’argent sera rendu, mais bien plus tard. s’atteler aux travaux de finition. Début
de lecture, composé de personnalités in- Heureusement, il y a les fonds venus 1996, le film prend sa forme définitive
dépendantes comme les écrivains directement de Kabylie, ces petites en version kabyle sous-titrée. Il est trop
Rachid Mimouni et Tahar Djaout, lui sommes qui donnent à Bouguermouh la tard pour Cannes. La sortie publique en
accorde une aide de 4 millions de force et les moyens de crier : «Moteur !» Algérie est maintenant prévue pour la
dinars, soit le huitième du budget néces- Les comédiens sont tous amateurs, fin de l’été 1996. Bouguermouh, lui,
saire à la réalisation du film. recrutés sur le terrain après plus de s’apprête à quitter Paris avec le senti-
Pendant toutes ces années, 1700 auditions. Des jeunes hommes et ment d’être allé au bout de son rêve d’il
Bouguermouh a travaillé dans l’ombre. Il des jeunes femmes confondants de véri- y a trente ans, d’avoir tenu la promesse
a été assistant de Lakhdar Hamina sur té. faite à l’ami disparu, à un peuple, à la
Chronique des années de braise Bouguermouh est libre, cette fois, libre Kabylie. Il est confiant. La preuve ? Il
(Palme d’or au festival de Cannes en de ses mouvements, seul avec l’œuvre parle déjà de tourner un deuxième film,
1975), mais ce succès par procuration ne de Mammeri. Liberté provisoire. Pour d’après les mémoires de la mère du
lui sera même pas rémunéré. Sans le des raisons de sécurité, il doit rester en poète Jean Amrouche. Un film en ama-
sou, il s’est installé en Kabylie dans la Kabylie pendant que ses bobines partent zigh, évidemment. L’homme, soudain,
ferme de son père. Sa femme est une à Alger. Le travail de laboratoire est semble pressé. On pense à la première
speakerine connue de la télévision algé- confié à l’Entreprise nationale de pro- phrase du roman de Mammeri : «le prin-
rienne. Ses enfants grandissent. Il tour- duction audiovisuelle (ENPZA). Chaque temps, chez nous, ne dure pas.»
ne deux téléfilms en arabe pour payer soir, Bouguermouh discute une heure ou Eric Fottorino
leurs frais de scolarité en France. En deux au téléphone avec des techniciens. Le Monde - 30 Mai 1996
1988, I’une de ses œuvres, Cri de pier- Il demande un montage large, soucieux
re a reçu un prix dans un festival de de pouvoir le retravailler lui-même, un
télévision au Maroc. L’interdiction qui jour, ailleurs… Le résultat est catastro-
pesait sur La colline oubliée est phique. Mixage, étalonnage, tout est à
certes levée, mais l’argent manque. La refaire. Mais le film existe.
radio-télévision algérienne, qui s’était Et Bouguermouh, malgré tout, consent à
engagée à coproduire le film, se désiste. le projeter en avant-première à la
Une longue quête s’engage, une de plus. Maison de la culture de Tizi-Ouzou, le 21
Le cinéaste entreprend la tournée des décembre 1994. La foule se presse.
wilayas (région) de sensibilité berbère. C’est à peine si elle remarque les
Un comité de soutien au film est créé en défauts techniques. Seule compte cette
1992. Toute la Kabylie se mobilise. Les nouvelle langue qui apparaît au cinéma,
familles ouvrent leurs vieilles malles, ce parler amazigh et les images tour-
explorent leurs greniers, ressortent des nées dans la Petite et le Grande Kabylie.
robes d’époque, des pantalons des Réconforté par l’accueil des siens,
hommes oubliés. Chacun apporte son Bouguermouh songe à la post-produc-
obole : une charrette, des habits de tion. Il faut refaire le montage et la
mariage, des stocks de tuiles romaines, bande-son, revoir le rythme, sous-titrer
pour que revive l’œuvre de Mammeri. en français, ajouter la musique, le géné-
«La population ne nous a rien refusé», rique. Pendant l’année 1995,
se souvient Bouguermouh. Le tournage Bouguermouh porte son film comme un
commence pendant l’hiver 1994. enfant malade dans un Paris indifférent,
Il dure seize semaines, interrompu, sauf quelques amis - dont le comédien
repris, émaillé d’incroyables difficultés. Daniel Prévost.
Pour commencer, le Centre algérien du Le cinéaste s’épuise. Son cœur manque
cinéma a détourné les sommes collec- de lâcher. Des prétendus donateurs font
tées par l’Association de soutien à La faux bond. Mais l’Association des
colline oubliée. Quant à la pellicule juristes berbères de France finit par
L E F R A N C E
SALLE D'ART ET D'ESSAI
CLASSÉE RECHERCHE
8, RUE DE LA VALSE
42100 SAINT-ETIENNE
04.77.32.76.96 3RÉPONDEUR : 04.77.32.71.71
Fax : 04.77.25.11.83D O C U M E N T S
première depuis l’Indépendance) àLe réalisateur Filmographie
cause de l’exploitation des techniciens
sur un tournage. Il n’échappe à la prison
que grâce à l’intervention énergique de
ses amis intellectuels. Renvoyé par un
Né le 25 février 1936 à Ouzellaguen. Fils Moyen métrage
ministre à l’anti-berberisme affiché, on
d’un instituteur de la sévère école nor-
lui refuse passeport, autorisation de sor-
male Française et d’une mère analpha- Comme une jeune âme 1965
tie ainsi que tout projet de réalisation,
bète mais qui connaît très bien les
toujours sans en donner officiellement
poèmes et les chants Kabyles. La grive 1967
les raisons.
Etudes secondaires à Sétif où il voit de
Commence alors une «longue traversée
près l’horreur et la mort lors des évène-
du désert» au cours de laquelle il colla-
ments de 1945.
bore au film de Mohamed Lakhdar
En 1957, il rencontre Mouloud Long métrage
Hamina, Chronique des années de
Mammeri. Début d’une longue amitié.
braise, en 1973.
Après un passage à l’IDHEC en 1960, Cri de pierre 1985
En 1978, il réalise successivement pour
Abderrahmane Bouguermouh réalise des
la télévision Les oiseaux de l’été et
émissions de variétés pour la télévision, La colline oubliée 1996
Kahla ou Beida (en 1980), grand suc-
à la R.T.F., à Cognacq Jay.
cès populaire dans lequel il tourne en
En 1963, il retourne au pays et participe
dérision le pouvoir, mais qui lui vaut une
à la création du C.N.C. algérien. Il en est
fois de plus la répression non-dite du
exclu en 1964 à cause de ses idées.
pouvoir.
En 1965, sur un texte de Malek Haddad,
En 1987, il tourne son premier long
il tourne Comme une jeune âme, un
métrage en 35mm, Cri de pierre, plu-
moyen métrage en berbère. Le film est
sieurs fois primé à l’étranger mais très
refusé par le ministre qui en exige une
attaqué en Algérie, notamment par la
version arabe. Il part alors pour Paris où
presse officielle.
il post-synchronise le film en français :
En 1989, on lui accorde enfin l’autorisa-
cela lui voudra un deuxième licencie-
tion de tourner en berbère La coline
ment et la confiscation et la destruction
oubliée.
des positifs et négatifs. Le film ne sera
Loin de toute concession ou compromis-
jamais diffusé.
sion, le réalisateur a eu des prises de
De 1965 à 1968, il réalise une série de
position qui n’ont pas rencontré que les
documentaires de commande et prend
oreilles attentives et bienveillantes que
contact avec les premiers intellectuels
l’on imagine.Dès lors, il était difficile
de la revendication berbère: M.
pour lui de trouver l’opportunité de tour-
Hannouz, Taos Amrouche, Mouloud
ner une oeuvre à la mesure de ses ambi-
Mammeri, Batouche Mouloud, Bessaoud
tions.
Mohand Arab...
Sa rencontre avec Mouloud Mammeri
Le réalisateur s’intéresse au documen-
fut déterminante. Le projet de La colli-
taire archéologique avant de tourner un
ne oubliée a mûri pendant deux décen-
autre moyen métrage, La grive, en
nies avant d’atteindre le stade de la réa-
1967. Plusieurs fois primé, ce film
lisation.
constitue l’une des premières antholo-
Dossier distributeur
gies de la cinématographie algérienne.
En 1968, il dépose La colline oubliée
à la Commission de Censure du
Scénario. Dans une lettre d’intention, il
précise que le film ne peut se faire
qu’en kabyle. Le projet est rejeté sans
explication.
La même année, il fomente une grève (la
L E F R A N C E
SALLE D'ART ET D'ESSAI
CLASSÉE RECHERCHE
8, RUE DE LA VALSE
42100 SAINT-ETIENNE
04.77.32.76.96 4RÉPONDEUR : 04.77.32.71.71
Fax : 04.77.25.11.83

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

 
Lisez à volonté, où que vous soyez
1 mois offert, Plus d'infos