La Colline oubliée de Bouquermouh Abderrahmane

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Publié le : samedi 7 janvier 2012
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La colline oubliÈe
de Abderrahmane Bouguermouh FICHE FILM Fiche technique
France / AlgÈrie - 1996 -1h45 Couleur
RÈalisation et scÈnario :
Abderrahmane Bouguermouh
Chants : Taos Amrouche
InterprËtes : Djamila Amzal (Aazi) Mohand Chabane (Mokrane) Samira Abtout (Davda)
L E
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ment ‡Machaho, qui se voulait un conte moral - est une adaptation rÈaliste du roman Èponyme de Mammeri (publiÈ en 1952). LÕaction se situe ‡ Tasga, pet village enchassÈ dans lÕÈcrin des mo tagnes de Kabylie, ‡ lÕheure de l Seconde Guerre mondiale. Sous la menace de la mobilisation, un groupe de jeunes gens tentent dÕy concilier le re pect des traditions et lÕaspiration ‡ un existence nouvelle, lÕÈlan de la jeuness et les amours interdites, lÕintÈgritÈ dÕu condition modeste et lÕambition de Ètudes. A travers eux, le rÈalisateur tisse une chronique lente et disparate dÕun entre-deux, dÕun univers do lÕunitÈ est en train de se briser sous le coups de lÕHistoire et dÕune fatalitÈ prend soudain la forme du typhus.Des danses chamarrÈes et des nuits de dÈsir, des espoirs fauchÈs et des lende-mains qui chantent, il restera ‡ la fin du film lÕinfinie tristesse dÕun homme meurt gelÈ sans avoir vu sa descendan-ce, et le miracle dÕune Èpouse stÈrile q la porte dans son ventre. Jacques Mandel Baum Le Monde - 20 FÈvrier 1997
Avoir eu le cran de tourner en AlgÈrie, pendant deux ans, afin de rÈaliser le premier film en langue berbËre de lÕhi toire du cinÈma, aprËs quarante annÈes dÕattente et deux tentatives avortÈes (e 1954 et en 1970) tÈmoigne, chez Abderrahmane Bouguermouh, dÕun tÈnacitÈ et dÕun dÈsir de cinÈma pe communs. SiLa colline oubliÈe, comme passage ‡ lÕacte politique, a l mÈrite dÕÍtre claire comme Ïuvre cinÈ matographique, le film souffre malheu-reusement dÕune timiditÈ dans la mis en scËne et dÕune obscuritÈ dans le rÈc plutÙt dÈconcertantes. PassÈes quelques ellipses impromptues et une photographie parfois trop fiËre de ses paysages,La colline oubliÈeparvient cependant ‡ nous capter, ‡ travers
chronique amËre et silencieuse dÕun vi lage kabyle, Tasga, pendant la DeuxiËme Guerre mondiale. Les vies calmes, puis dÈsorientÈes, puis cruelles de Mokrane et de Menach, amis de longue date, dÕAazi, lÕÈpouse du pr mier, de Davda, lÕamoureuse dÈj mariÈe du second, et de Mouh, le ber-ger, distillent le sentiment lointain et pourtant manifeste dÕun monde q sÕaffaisse sans en avoir conscienc dÕune jeunesse qui sÕoublie, sans tapa ni rÈvolte, et qui ne peut mÍme pas don-ner au monde le scandale de sa propre mort. StÈphane Malandrin
Cahiers du CinÈma n∞511 - Mars 97
CÕest toujours la mÍme histoire. Quand va dÓner ‡LÕHomme bleu, un restaurant e berbËre du Xlarrondissement de Paris, le patron met un point dÕhonneur ‡ n pas lui donner lÕaddition. Abderrhaman Bouguermouh proteste, insiste, mais il nÕy a rien ‡ faire. Ce quÕil doit LÕHomme bleunÕest rien comparÈ ‡ c que la Kabylie tout entiËre doit ‡ ce petit homme trapu au visage ÈprouvÈ, le cÏur en capilotade aprËs un infarctus, le regard serein, pourtant, de qui est parvenu ‡ ses fins. Plus de trente ans quÕil attendait, quÕil luttait contre la c sure algÈrienne, contre des pouvoirs fri-leux qui lÕempÍchaient de rÈchauffer so rÍve de gosse : adapter au cinÈmaLa colline oubliÈe(Folio n∞2353), le superbe roman de Mouloud Mammeri, qui fut son ami jusquÕ‡ sa disparition accide telle en 1989, dans un accident de la route aux circonstances mal ÈlucidÈes. Un film sur la Kabylie, tournÈ entiËre-ment en amazigh, la langue des siens, cÕÈtait Áa, IÕobsession de Bouguermo ´Je savais que je serais toujours un apa-tride dans mon propre pays tant que le berbËre nÕaurait pas droit de citÈ a cinÈma.ª Cette rÈvÈlation, Bouguermouh
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frËre aÓnÈ lui donne le roman de Mammeri. ´Voil‡ un livre qui parle de nous.ª Bouguermouh a quatorze ans. Il dÈvoreLa colline oubliÈe, insensible ‡ la violente critique de lÕÈpoque, qui reproche ‡ lÕÈcrivain de tomber dans le ´rÈgionalismeª et ´IÕantinationalismeª au moment o˘ lÕAlgÈrie entre en lutte pour son indÈpendance. ´Pour moi,se souvient Bouguermouh, cÕÈtait un coup de foudre, un premier amour. Au lycÈe, on ne lisait que des classiques franÁais. La colline oubliÈe nous montrait comme nous Ètions.ª Dans un village des montagnes kabyles, au dÈbut des annÈes 40, une petite sociÈtÈ traditionnelle tente de vivre, des jeunes gens de sÕaimer, dÕimaginer lÕavenir, le leur, celui de leur terre, celui de lÕAIgÈrie, malgrÈ le typhus, malgrÈ lÕarmÈe franÁaise, qui entraÓne les hommes en ‚ge de se battre dans un conflit qui les concerne si peu. Leur cou-rage, leur mort souvent ne leur vaudront aucune reconnaissance.La colline oubliÈeest la chronique douce-amËre des cataclysmes du monde et de lÕinjus-tice coloniale sur les hauteurs du Djurdjura, loin de tout espoir. Pendant la guerre dÕAlgÈrie, Bouguermouh rencontre Mammeri ‡ Paris. LÕÈcrivain part se rÈfugier au Maroc. Bouguermouh est tentÈ par le cinÈma. Ensemble ils Èvoquent lÕidÈe dÕune adaptation, plus tard, quand lÕAlgÈrie sera libre. En attendant, le jeune Kabyle suit les cours de cinÈma de lÕl.D.H.E.C. Il vitl´a grande bohËmeª, travaille pour la Radio-TÈlÈvision fran-Áaise, rÈalise documentaires et tÈlÈ-films. Au lendemain des accords dÕEvian, il retourne au pays.J´e croyais pouvoir tourner des films en berbËre. CÕÈtait ne pas connaÓtre le systËme qui se mettait en place en AlgÈrie.ª Son premier moyen mÈtrage consacrÈ ‡ la Kabylie est mis sous sÈquestre. Mais sa volontÈ est tenace : ´Je ferai des films en kabyle ou rien.ª En 1968, il dÈpose le scÈnario deLa
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censure le rejette. Bouguermouh devr attendre les Èmeutes dÕoctobre 1988 e AlgÈrie pour que la commission soit dis soute et son projet acceptÈ. Un comit de lecture, composÈ de personnalitÈs in-dÈpendantes comme les Ècrivain Rachid Mimouni et Tahar Djaout, lui accorde une aide de 4 millions d dinars, soit le huitiËme du budget nÈces saire ‡ la rÈalisation du film. Pendant toutes ces annÈes Bouguermouh a travaillÈ dans lÕombre. a ÈtÈ assistant de Lakhdar Hamina su Chronique des annÈes de brais (Palme dÕor au festival de Cannes e 1975), mais ce succËs par procuration n lui sera mÍme pas rÈmunÈrÈ. Sans l sou, il sÕest installÈ en Kabylie dans l ferme de son pËre. Sa femme est un speakerine connue de la tÈlÈvision algÈ rienne. Ses enfants grandissent. Il tour ne deux tÈlÈfilms en arabe pour paye leurs frais de scolaritÈ en France. 1988, IÕune de ses Ïuvres,Cri de pi rea reÁu un prix dans un festival tÈlÈvision au Maroc. LÕinterdiction pesait surLa colline oubliÈe certes levÈe, mais lÕargent manque radio-tÈlÈvision algÈrienne, qui sÕÈ engagÈe ‡ coproduire le film, se dÈsis Une longue quÍte sÕengage, une de p Le cinÈaste entreprend la tournÈe d wilayas (rÈgion) de sensibilitÈ berbË Un comitÈ de soutien au film est crÈÈ 1992. Toute la Kabylie se mobilise. familles ouvrent leurs vieilles mall explorent leurs greniers, ressortent robes dÕÈpoque, des pantalons hommes oubliÈs. Chacun apporte s obole : une charrette, des habits mariage, des stocks de tuiles romain pour que revive lÕÏuvre de Mamm ´La population ne nous a rien refus se souvient Bouguermouh. Le tourna commence pendant lÕhiver 1994. Il dure seize semaines, interrom repris, ÈmaillÈ dÕincroyables difficul Pour commencer, le Centre algÈrien cinÈma a dÈtournÈ les sommes coll tÈes par lÕAssociation de soutien ‡ colline oubliÈe. Quant ‡ la pellic
prÈvue pour Bouguermouh, ´on lÕa do nÈe ‡ une autre productionª, murmure le cinÈaste. A force de protestations, lÕargent sera rendu, mais bien plus tar Heureusement, il y a les fonds venus directement de Kabylie, ces petites sommes qui donnent ‡ Bouguermouh la force et les moyens de crier : ´Moteur !ª Les comÈdiens sont tous amateurs, recrutÈs sur le terrain aprËs plus de 1700 auditions. Des jeunes hommes et des jeunes femmes confondants de vÈri-tÈ. Bouguermouh est libre, cette fois, libre de ses mouvements, seul avec lÕÏuvr de Mammeri. LibertÈ provisoire. Pour des raisons de sÈcuritÈ, il doit rester en Kabylie pendant que ses bobines partent ‡ Alger. Le travail de laboratoire est confiÈ ‡ lÕEntreprise nationale de pr duction audiovisuelle (ENPZA). Chaque soir, Bouguermouh discute une heure ou
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convaincre un vrai mÈcËne, Mohammed Saadi, un expert-comptable passionnÈe de culture amazighe. Bouguermouh peut sÕatteler aux travaux de finition. DÈbut 1996, le film prend sa forme dÈfinitive en version kabyle sous-titrÈe. Il est trop tard pour Cannes. La sortie publique en AlgÈrie est maintenant prÈvue pour la fin de lÕÈtÈ 1996. Bouguermouh, lui, sÕapprÍte ‡ quitter Paris avec le senti-ment dÕÍtre allÈ au bout de son rÍve dÕil y a trente ans, dÕavoir tenu la promesse faite ‡ lÕami disparu, ‡ un peuple, ‡ la Kabylie. Il est confiant. La preuve ? Il parle dÈj‡ de tourner un deuxiËme film, dÕaprËs les mÈmoires de la mËre du poËte Jean Amrouche. Un film en ama-zigh, Èvidemment. LÕhomme, soudain, semble pressÈ. On pense ‡ la premiËre phrase du roman de Mammeri : ´le prin-temps, chez nous, ne dure pas.ª Eric Fottorino -
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premiËre depuis lÕIndÈpendance) Le rÈalisateurFilmographie cause de lÕexploitation des technicie sur un tournage. Il nÕÈchappe ‡ la priso que gr‚ce ‡ lÕintervention Ènergique d ses amis intellectuels. RenvoyÈ par u NÈ le 25 fÈvrier 1936 ‡ Ouzellaguen. FilMoyen mÈtrage ministre ‡ lÕanti-berberisme affichÈ, o dÕun instituteur de la sÈvËre Ècole no lui refuse passeport, autorisation de sor male FranÁaise et dÕune mËre analphComme une jeune ‚me1965 tie ainsi que tout projet de rÈalisation bËte mais qui connaÓt trËs bien le toujours sans en donner officiellemen poËmes et les chants Kabyles.La grive1967 les raisons. Etudes secondaires ‡ SÈtif o˘ il voit d Commence alors une ´longue traversÈ prËs lÕhorreur et la mort lors des ÈvËn du dÈsertª au cours de laquelle il colla ments de 1945. bore au film de Mohamed Lakhda En 1957, il rencontre MoulouLong mÈtrage Hamina,Chronique des annÈes d Mammeri. DÈbut dÕune longue amitiÈ. braise, en 1973. AprËs un passage ‡ lÕIDHEC en 196Cri de pierre1985 En 1978, il rÈalise successivement pou Abderrahmane Bouguermouh rÈalise de la tÈlÈvisionLes oiseaux de lÕÈtÈe Èmissions de variÈtÈs pour la tÈlÈvisi ‡ la R.T.F., ‡ Cognacq Jay. En 1963, il retourne au pays et partici ‡ la crÈation du C.N.C. algÈrien. Il en exclu en 1964 ‡ cause de ses idÈes. En 1965, sur un texte de Malek Hadd il tourneComme une jeune ‚me, moyen mÈtrage en berbËre. Le film refusÈ par le ministre qui en exige u version arabe. Il part alors pour Paris il post-synchronise le film en franÁai cela lui voudra un deuxiËme licenc ment et la confiscation et la destructi des positifs et nÈgatifs. Le film ne s jamais diffusÈ. De 1965 ‡ 1968, il rÈalise une sÈrie documentaires de commande et pre contact avec les premiers intellectu de la revendication berbËre: Hannouz, Taos Amrouche, Moulo Mammeri, Batouche Mouloud, Bessao Mohand Arab... Le rÈalisateur sÕintÈresse au docu taire archÈologique avant de tourner autre moyen mÈtrage,La grive, 1967. Plusieurs fois primÈ, ce fi constitue lÕune des premiËres anth gies de la cinÈmatographie algÈrienne En 1968, il dÈposeLa colline oubli ‡ la Commission de Censure ScÈnario. Dans une lettre dÕintentio prÈcise que le film ne peut se fa quÕen kabyle. Le projet est rejetÈ s explication. La mÍme annÈe, il fomente une grËve
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