Colza : orientation SC et associations avec légumineuses

De
Publié par

L'association du travail superficiel et des successions d'hiver de type blé-orge-colza conduit aujourd'hui à des problèmes de salissement et de croissance limitée des colzas. Les coûts de désherbage, voire leur inefficacité, conduisent à des impasses techniques qui obligent à trouver des solutions alternatives. De plus, dans les sols superficiels la solution (efficace) qui consiste à réintroduire des cultures de printemps reste délicate. C'est pour répondre à ces contraintes « mauvaises herbes » et « croissance du colza » que le Cetiom intensifie son action dans le domaine des systèmes de culture, incluant travail du sol et association de plantes. Gilles Sauzet, scientifique du Cetiom, a mis en place et suit depuis maintenant deux ans des essais sur le colza en semis direct. L'une des plateformes est située sur les terres de Bernard Gabaud, TCSiste de longue date installé à l'ouest de Châteauroux (36).
Publié le : jeudi 5 janvier 2012
Lecture(s) : 140
Nombre de pages : 4
Voir plus Voir moins
rechercheet innovations
COLZA LE CETIOM CONFIRME L’ORIENTATION SD ET L’ASSOCIATION AVEC LÉGUMINEUSES L’association du travail superficiel et des successions d’hiver de type blé-orge-colza conduit aujourd’hui à des problèmes de salisse-ment et de croissance limitée des colzas. Les coûts de désherbage, voire leur inefficacité, conduisent à des impasses techniques qui obligent à trouver des solutions alternatives. De plus, dans les sols superficiels la solution (efficace) qui consiste à réintroduire des cultures de printemps reste délicate. C’est pour répondre à ces contraintes « mauvaises herbes » et « croissance du colza » que le Cetiom intensifie son action dans le domaine des systèmes de culture, incluant travail du sol et association de plantes.
Gilles Sauzet, scientifi-ragées par la revueTCSet bêches roulantes à 1- cm). depuisgnent entre 73 et 15 pieds/m2 que du Cetiom, a mis enquelques années.Si ces résultats se confirment,à l’automne. Avec une culture place et suit depuis maintenantle compromis entre travailsemée en fin d’été, le travail deux ans des essais sur le colzaNe pas toucher au solprécoce n’a pas d’impact sur letrès superficiel et salissement en semis direct. L’une des pla-pour ne pas salir la culturesalissement : même si le pas-peut devenir caduc : le risque teformes est située sur les terresDans les parcelles d’essai où lagéranium est essentiellementsage de canadien est anticipé, de Bernard Gabaud, TCSistepression géranium est devenueconstitué par les remontées deles géraniums lèvent avec la de longue date installé à l’ouestextrêmement forte, l’impactgraines en dormance, stockéesculture. Pire, le travail pré-de Châteauroux (36). L’objectifdu travail du sol dans l’essaidans la couche en dessous decoce conduit au chiffre record de l’essai est double : d’une partest significatif sur les levées.-3 cm, et remontées par unde 15 pieds/m2. En fait, c’est trouver des solutions de gestionComme le montre le graphiquetravail profond. Le futur lit dela profondeur du travail qui des géraniums dans le colza enci-dessous, moins la techniquesemences, assaini par les deuxdétermine les remontées de technique simplifiée dans unede semis perturbe le sol et plusprécédents paille, se retrouvegraines anciennes en position rotation colza-blé-orge typiquele travail est superficiel, moinspollué alors que l’on recherchede germination. Ce résultat ne des argilo-calcaires superficielson a de levées. Ces résultatsun effet faux-semis. Ceci estcondamne pas les pratiques de de la zone. Le deuxième est deconfirment ceux obtenus pard’autant plus vrai que les grai-faux-semis mais montre qu’el-tester la validité des associationsArvalis sur blé (TCSles sont plus adaptées à des si-nes ont été ensevelies par lesn °5) et colza-plantes fixatrices d’azote etvalident les observations faitestravaux des années précéden-tuations de semis plus tardives, leur effet sur le rendement et lesdans le réseau TCS depuis destes. Sur la plateforme d’essai,pour un blé par exemple. charges de production. L’idée duannées. Logiquement, c’est leles situations très sales corres-Le passage de décompacteur colza accompagné fait suite auxsemis DP 1 suivi d’un passagepondent en fait à des TCS clas-(sans perturbation d’horizons) résultats positifs obtenus notam-de herse magnum qui est la so-siques plus ou moins profonds,donne quant à lui des résul-ment par des membres du réseaulution la moins salissante et…avec ou sans décompactage. Latats intermédiaires entre TCS TCS et notamment Sylvainla moins chère. Il est égale-technique est celle de B. Ga-conventionnel et semis di-Rétif (41) et Jacques Charlotment intéressant de noter quebaud, qui consiste à préparer lerect car il entraîne sans doute (36). Même si l’essai n’est pasla « propreté » du semis directsemis avec un canadien puis àmoins de remontées de graines encore récolté lors du bouclageintégral, avec un SD 300 équi-semer avec un semoir à dents.de géranium. Réalisé dans de du présent article, les résultatspé de roulettes étoiles, est suiviQue les dates de déchaumagebonnes conditions, il permet sont étonnants et confirmentde près par la technique de se-soient anticipées ou non, lesde refaire de la structure et les diverses orientations encou-mis par recouvrement (DP 1populations adventices attei-de la fertilité mais son impact 150 ÉVOLUTION DU SALISSEMENT D’UN COLZA EN FONCTION DU TRAVAIL AU SOL (SAUZET - CETIOM 2009)
120
90
60
30
0
12 septembre 08 octobre 27 novembre
T 2011 TECHNIQUES CULTURALES SIMPLIFIÉES. N°53. JUIN/JUILLET/AOÛ09
rechercheet innovations
n’est pas négligeable sur le sa-tions en semis direct restent enest décisif que son organisationêtre accompagné, à condition lissement et plaide en faveurdessous des 30 q/ha, alors questructurale et la disponibilité enbien entendu de maîtriser les d’une fissuration raisonnée etl’on en retrouve 66 % au-des-azote. Ainsi, lorsque le sol estespèces en présence. non systématique.sus des 30 q/ha en labour (bientravaillé profondément, l’hori-Dès que des légumineuses sont entendu, le petit nombre de si-zon 0 à 15 cm est fissuré, l’acti-associées au colza, la quan-Le colza restetuations en SD par rapport auxvité biologique minéralisatricetité d’azote absorbée passe en une culture à problèmeautres itinéraires augmente l’im-est remise en route et fournitmoyenne à environ 60 unités Le colza semé derrière une cé-pact des échecs et des réussites).de l’azote. Si le colza démarre(et jusqu’à 70 unités), ce qui réale est l’une des difficultés ma-La situation s’améliore en TCSdans de meilleures conditions,représente de 0 à 30 unités jeures des systèmes simplifiés. Ceavec l’intensification du travailon ne bénéficie plus de l’effetsupplémentaires par rapport type de succession concentre endu sol. Les résultats les meilleurssemis direct sur le salissement.à un colza seul. Si les légumi-effet tous les problèmes que l’onsont d’ailleurs obtenus en TCSCependant, comme le montreneuses fixent sans doute une peut rencontrer en TCS et SD :profond (supérieur à 15 cm)l’enquête, semis direct et rende-part d’azote atmosphérique, une petite graine à positionneravec 38 % des situations quiment ne sont pas incompatibles,il faut également prendre en sous de la paille qui a peu évo-dépassent les 35 q/ha : celapuisque dans 11 % des situationscompte l’absorption de l’azote lué, une forte sensibilité aux pro-montre que ce n’est pas tantles rendements dépassent toutdu sol, mieux prospecté grâce blèmes de structure des 0 pre-le retournement du sol quide même 35 q/ha : pour réussir ilà une couverture plus effi-miers centimètres du profil,cace que quelques pieds de RÉPARTITION DES POTENTIELS DU COLZA POUR 4 ANNÉES des besoins en azote insatisfaitscolza au mètre carré (vrai). D’OBSERVATION EN CHAMPAGNE BERRICHONNE EN FONCTION en raison de la décompositionPlus surprenant, en présence DES SOLS ET DES PRATIQUES CULTURALES des pailles et de la saison, sansde légumineuses le colza ab-compter d’éventuels problèmessorbe lui-même beaucoup Potentiel Potentiel Potentiel30 de limaces. La gestion de l’en-> 35 q/haplus d’azote dès le démarrage : < 30 q/haà 35 q/haEffectifs (en % du herbement peut également être(en % du total)(en % du total)10 à 15 unités supplémentai-total) délicate avec des semis précocesres absorbées par le colza, qui et une faible couverture du soltraduisent l’effet globalement Labour34 3927 103 à l’automne-hiver. Les résultatsbénéfique de l’association. Semis direct6128 11 18 d’enquête publiés par le CetiomLes légumineuses, contraire-TSL < 8 cm47 3914 43 pour la Champagne berrichonnement aux adventices, ne font TSL > 15 cm2834 3896 illustrent tout à fait la difficulté.pas concurrence au colza mais En semis direct, tous types deTSL 8 à 15 cm4229 29163exercent le rôle de booster. sols confondus, 61 % des situa-L’action des légumineuses ne 423 se limite sans doute pas à la est nécessaire de contourner lesfixation d’azote : elles ont éga-difficultés de structure et de fer-lement un rôle de déclenche-semoir claydon SR-Drill tilité. Les solutions sont diversesment de l’activité biologique, et nous en parlons souvent dansqui est ici sans doute responsa-l ar é v o l u t i o nd a n s la revue, qu’il s’agisse de la fer-ble d’une meilleure nutrition tilisation en plein ou en localisédes plantes. Par ailleurs, le l es e m i sd i r e c t! au semis, du semis en ligne avecfacteur structuration joue éga-ou sans fissuration ou encorelement un rôle déterminant. économisez 70%en temps et du changement du précédent.Le système racinaire des légu-en coût d'implantation Cependant, en sols superficiels,mineuses est complémentaire avec la problématique des asso-de celui du colza et améliore meilleur :enracinement lements d’hiver à répétition età la fois la structure du sol et meilleur :drainage une faible fertilité, l’associationdonc l’enracinement du pivot meilleur :rendementcolza-légumineuses semble une mais également la prospection solution à privilégier.du sol : en situation associée, meilleure :culture « l’horizon 0-20 cm est correc-Colza et légumineuses sonttement structuré et chaque centi-faits pour s’entendremètre du sol est exploré ». Dans la suite logique du suc-cès des mélanges de couverts de type biomax, quelques-uns se sont rapidement orientés vers les mélanges d’espèces en culture. Ainsi de l’association du colza avec un mélange d’es-pèces gélives lancée par Gérard Heintz (67) ou encore de l’asso-ciation colza-trèfle incarnat en w w w . a g r i l e a d . c o m bio, validée par Francis Laplace (64), puis de Jacques Charlot avec sa plateforme légumineu-ses-colza. Non seulement l’es-Édrolles 02210 Billy sur Ourcq sai confirme la tendance, mais Tél. : 03 23 711 895  Fax : 03 23 711 998 il montre que le colza préfère 12 TECHNIQUES CULTURALES SIMPLIFIÉES. N°53. JUIN/JUILLET/AOÛT2009
Bien choisir les espèces associées La dynamique de croissance du colza, directement liée au futur rendement, montre l’impact positif de l’ensemble des couverts testés. C’est à la montaison que s’expriment les différences. Si l’écart entre biomasse est plus important sans fertilisation, on observe tout de même une réelle dif-férence en situation classique (170 unités) : les colzas asso-ciés sont de deux à trois fois plus vigoureux que les colzas seuls. La palme revient logi-quement au mélange des es-pèces d’accompagnement qui
80,00 70,00 60,00 50,00 40,00 30,00 20,00 10,00 0
développent sans doute une meilleure synergie entre elles et avec le colza. Plus surpre-nant, seuls les itinéraires en semis direct profitent de cette dynamique : dès que le sol a été préparé avant le semis, la croissance redevient com-parable à celle du colza en pur : d’une part en situation travaillée une partie de l’azote est détournée au profit de la décomposition des pailles et d’autre part l’enherbement très important nuit à la crois-sance du colza. Les espèces associées ont été choisies en fonction du sol, c’est pourquoi on retrouve plu-
rechercheet innovations
L ’ i n c o r p o r a -ion des pailles éclenche leur é c o m p o s i t i o n t par consé-uent une par-tie de l’azote est détour-née au profit des résidus. À l’inverse en semis direct la paille reste en surface sans véritable contact avec le sol et l’azote libéré profite en majorité aux racines.
tôt des vesces, gesses, lentilles et fenugrec. Toutes les espèces ont donné des résultats posi-tifs excepté le mélange col-za-vesce qui, malgré un taux d’azote record fixé à l’entrée
AZOTE ABSORBÉ PAR UN COLZA À L’ENTRÉE DE L’HIVER EN FONCTION DU TRAVAIL DU SOL ET DES ASSOCIATIONS (SAUZET - CETIOM 2009)
Azote absorbé par le colza (travail profond) Azote absorbé par le colza (SD et TCS superficiel) Azote absorbé par la plante associée
de l’hiver (presque 80 unités) a pénalisé la reprise du colza au printemps en raison d’une forte vigueur (résistance à un gel de – 14 °C). Bien entendu, ce type d’association n’est pos-sible qu’à condition de suppri-mer le désherbage d’automne, raison de plus pour éviter toute remontée de graine au semis ; un rattrapage est de toute façon toujours possible au printemps pour nettoyer la parcelle, voire calmer ou sup-primer une « accompagnatri-ce » récalcitrante. Le fait est qu’il semble que le colza doit être accompagné à l’automne jusqu’à l’hiver mais que la re-prise au printemps peut en-traîner une concurrence. Là encore le tandem association/ semis direct fait des merveilles puisque le colza reste propre à condition que l’on n’ait pas travaillé le sol. En résumé, un colza pur ou en mélange res-tera propre à condition que l’on ait évité un travail pré-paratoire ; et cela reste vrai y compris avec un désherbage en postlevée (Noval 1,5 l/ha pour le colza en pur).
Les systèmes de culture de demain Partis du constat que les plantes se comportaient bien mieux en mélange dans les couverts végétaux, quel-ques avant-gardistes se sont lancés dans les mélanges d’espèces en culture. L’idée n’est pas neuve mais a été massivement abandonnée en agriculture conventionnelle, d’une part pour des raisons de stockage et de commer-cialisation des grains, et d’autre part pour des rai-
INNOVATIONS & SOLUTIONS
13 TECHNIQUES CULTURALES SIMPLIFIÉES. N°53. JUIN/JUILLET/AOÛT 2009
rechercheet innovations
CINÉTIQUE DE CROISSANCE DES COLZAS EN FONCTION DU TRAVAIL DU SOL ET DE L’ASSOCIATION FERTILISATION À 170 UNITÉS D’AZOTE (SAUZET - CETIOM 2009) 7000 Colza fenu gesce lentille SD Colza lentilles fourragères W sol 6000 Colza vesce SD Colza W sol 5000 Colza fenu gesce lentilles W sol Colza lentilles alimentaires SD 4000 Colza vesce W sol Colza lentilles fourragères SD 3000Colza lentilles alimentaires W sol Colza SD 2000 1000 0 27 nov.06 fév.20/04 F219/05 G4 Semis direct, le meilleur et le pire Pour le colza, le rendement (ici le nombre de siliques) est proportionnel à la biomasse aérienne produite, el-le-même liée à la biomasse racinaire, elle-même liée à la longueur du pivot. Pour résumer, plus la structure est correcte au semis, plus le colza s’enracine rapidement et profondément et plus on a de chances de faire un rendement élevé. Sur le terrain, il reste bien entendu à évaluer le besoin de structuration par un travail profond. Dans les situations où cette évaluation est correcte, on s’aperçoit que le semis direct tient les deux extrémités du palmarès : c’est la pire des situations en sol compacté et la meilleure en sol structuré. Ce résul-tat plaide en faveur d’une approche pragmatique des itinéraires techniques, loin des schémas standardisés et des recettes. Encore une fois la cohérence de l’approche est confirmée et on comprend mieux la diversité des situations et des opinions sur le semis simplifié.
1000 900 800 700 600 500 400 300 200 100 0 0
RELATION ENTRE LONGUEUR DU PIVOT ET BIOMASSE AÉRIENNE DU COLZA EN FONCTION DU TRAVAIL DU SOL (SAUZET - CETIOM 2009)
Décompactage Décompactage tassé Canadien DP12 Semis direct Semis direct tassé SD + lentilles
2
4
6 810 12 Longueur du pivot de colza (en cm)
14 TECHNIQUES CULTURALES SIMPLIFIÉES. N°53. JUIN/JUILLET/AOÛT2009
14
16
18
sons de maîtrise du salisse-ment avec des programmes de désherbage spécifiques. Bien que cet essai du Cetiom demande à être confirmé et validé dans les années qui viennent, l’expérience mon-tre le riche potentiel des associations ; d’autant plus d’ailleurs qu’aucun facteur limitant n’est apparu du-rant le cycle du colza, qu’il s’agisse de semis direct et/ou d’association. L’association colza-légumineuse en SD a rempli cette année ses objec-tifs : couvrir rapidement le sol pour éviter l’émergence et la concurrence des adven-tices, améliorer la porosité du sol et donc l’enracine-ment et enfin contribuer à une meilleure alimentation azotée du colza, notamment dans les périodes de rupture potentielle d’alimentation en février/mars. Le SD n’est plus ici un simple moyen de préservation des sols mais bien un outil pour faire un colza propre qui peut alors être associé à des plantes accompagnatrices efficaces. Reste maintenant à dévelop-per les mêmes systèmes pour les autres cultures de la rota-tion. Des pistes se dessinent déjà sur céréales. Les résultats de la campagne d’essai seront présentés par G. Sauzet le 16 septembre prochain au festival NLSD qui aura lieu au lycée agricole de Vendôme. Vous trouverez égale-ment les résultats sur www.agriculture-de-conservation.com MATTHIEU ARCHAMBEAUD AVEC LA COLLABORATION DE GILLES SAUZET - CETIOM
LÌoutil à disques ind»pendants lourd
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.