Biographie universelle ancienne et moderne/SCAEVOLA (Caius Mucius)

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Michaud - Biographie universelle ancienne et moderne - 1843Tome 38 page 187 à 189SCAEVOLA (Caius Mucius)SCAEVOLA (Caius Mucius, d’abord surnomme CORDUS, puis). nom qui a prévalu dans l’histoire, né d’une famille patricienne. sousle règne de Tarquin le Superbe, est célèbre par un trait quisemblerait avoir été inventé, ou du moins considérablement embelli par leshistoriens romains. Tandis que Porsenna, roi de Clusium, en Etrurie (voy. PORSENNA), tenait Rome assiégée (an 507 avant J.-C.),Mucius, s’imaginant qu’il était glorieux de servir sa patrie par un assassinat, pénétra sous l’habillement étrusque dans le camp de ceprince et s’introduisit dans sa tente. Deux hommes richement vêtus s’offrent à ses regards ; mais l’un était entouré de plus de monde :c’était le secrétaire du roi qui distribuait la solde aux troupes. Mucius le prend pour Porsenna et le poignarde. Il est arrêté : sousupplice s’apprête ; mais, inincible à la crainte des tourments, il brave le prince irrité, et joignant la ruse à l’audace, il lui déclare, dit[1]Denys d’Halicarnasse (1) que trois cents jeunes patriciens ont fait serment de tuer le roi des Etrusques. Tite-Live ajoute queMucius étendit sa main sur un brasier ardent qui se trouvait dans la tente, comme pour la punir d’avoir manqué le coup qu’il avait[2]médité, et qu’il la laissa brûler sans manifester aucun sentiment de douleur (2) . « Ce récit, a dit un critique, ne pouvait manquerd’être le plus généralement« adopté, parce que la ...
Publié le : jeudi 19 mai 2011
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Michaud - Biographie universelle ancienne et moderne - 1843 Tome 38 page 187 à 189
SCAEVOLA (Caius Mucius)
SCAEVOLA (Caius Mucius, d’abord surnomme CORDUS, puis). nom qui a prévalu dans l’histoire, né d’une famille patricienne. sous le règne de Tarquin le Superbe, est célèbre par un trait quisemblerait avoir été inventé, ou du moins considérablement embelli par les historiens romains. Tandis que Porsenna, roi de Clusium, en Etrurie (voy. PORSENNA), tenait Rome assiégée (an 507 avant J.-C.), Mucius, s’imaginant qu’il était glorieux de servir sa patrie par un assassinat, pénétra sous l’habillement étrusque dans le camp de ce prince et s’introduisit dans sa tente. Deux hommes richement vêtus s’offrent à ses regards ; mais l’un était entouré de plus de monde : c’était le secrétaire du roi qui distribuait la solde aux troupes. Mucius le prend pour Porsenna et le poignarde. Il est arrêté : sou supplice s’apprête ; mais, inincible à la crainte des tourments, il brave le prince irrité, et joignant la ruse à l’audace, il lui déclare, dit [1] Denys d’Halicarnasse (1)que trois cents jeunes patriciens ont fait serment de tuer le roi des Etrusques. Tite-Live ajoute que Mucius étendit sa main sur un brasier ardent qui se trouvait dans la tente, comme pour la punir d’avoir manqué le coup qu’il avait [2] médité, et qu’il la laissa brûler sans manifester aucun sentiment de douleur (2). « Ce récit, a dit un critique, ne pouvait manquer d’être le plus généralement« adopté, parce que la préférence est toujours accordée, par le vulgaire, à la narration la plus merveilleuse [3] et que le moyen d’être cru fut longtemps de dire des choses merveilleuses (3)». Porsenna, si l’on en croit Tite-Live, admira le courage de Mucius et fut épouvanté de sa fausse révélation. Au lieu de livrer ce jeune forcené au supplice, il aima mieux gagner les Romains par sa clémence et lui accorda la vie et la liberté. Il renvoya Mucius à Rome, accompagné d’ambassadeurs, et conclut la paix avec cette république. D’autres auteurs, cités par Denys d’Halicarnasse, prétendent, au contraire, que Porsenna retint Mucius dans son camp comme otage jusqu’à ce que cette paix fût faite. Le même historien et Pline le naturaliste nous montrent ce que l’on doit penser de ce traité. Selon le premier, ce ne fut pas la crainte des Romains, mais celle d’un soulèvement eu Etrurie, qui décida le [4] monarque étrusque à lever le siège de Rome (4). D’après le second, le traité fut si humiliant pour les Romains que Porsenna les [5] réduisit à l’état de colons et ne leur laissa que le fer nécessaire pour les instruments d’agriculture (5). Dès ce moment, les Romains donnèrent à Mucius le surnom de Scaevola (gaucher), au lieu de celui de Cordus, que Denys d’Halicarnasse traduit par Opsigonus, (c’est-à-dire tard venu, posthume né dix mois après la mort de son père). On le gratifia en outre d’autant de terres qu’il en pourrait entourer dans un jour en traçant un sillon avec une charrue. et l’on appelait encore du temps d’Auguste, ces terres lesPrés quintiens. Un historien romain, Florus, a mis l’action de Mucius Scaevola, ainsi que celles de Clélie et d’Horatius Coclès, au nombre de ces [6] faits qui, dit-il, passeraient pour des fables s’ils n’étaient pas consignés dans nos annales (1). Or, on sait combien peu étaient authentiques les annales romaines, refaites la plupart après coup depuis l’incendie de la ville par les Gaulois. Il existe une dissertation [7] de Nicolas Catherinot (voy.ce nom), intituléela Main de Scaevola(2) ,qui révoque en doute l’action et même l’existence de ce Romain, par seize raisons, qu’il développe dans un style plat et souvent burlesque ; mais plusieurs de ses arguments n’en sont pas moins péremptoires. L’anecdote de ce Romain a fourni à Martial le sujet de trois épigrammes ; à du Ryer, l’un de nos poètes les plus médiocres, le sujet d’une tragédie qui n’est pas sans mérite (voy.aussi LUCE DE LANCIVAL) ; à Rubens, celui d’une composition pleine de feu et d’énergie, etc. Pendant notre révolution, le nom de Mucius Scaevola était fort en honneur et devint celui d’une des sections de Paris. Ce qui confirme encore les doutes qu’on peut élever sur l’existence de Mucius Scaevola, c’est qu’on le fait patricien, tandis que la famille de ce nom qui s’illustra trois siècles après était plébéienne. Comment une maison patricienne dont un des auteurs aurait jeté un aussi grand éclat que le prétendu Mucius Scaevola aurait-elle pu tomber dans un oubli aussi complet ? La maison plébeienne de Mucius Scaevola a produit plus d’un personnage remarquable :
e — 1SCAEVOLA Q.-Mucius, qui vivait dans le 8e siècle après la fondation de Rome, fut le premier de sa famille qui mérita la réputation de grand jurisconsulte. Les historiens nous le montrent l’an 319 avant J.-C., 535 de Rome à la tête d’une ambassade envoyée à Carthage. Il fut désigné deux ans après comme préteur en Sardaigne.
e — 2SCAEVOLA Publius-Mucius, petit-fils du précédent, augmenta encore beaucoup le fond d’expérience dans les lois qui resta le patrimoine de cette famille. Il fut consul en 621 (133 avant J.-C.) Sans être tout à fait partisan des lois que proposa le tribun Tibérius Gracchus, sous son consulat, il se montra opposé aux violences que les patriciens voulaient exercer contre ce tribun. Au milieu de la sédition dans laquelle périt Tibérius, le consul Scaevola était à son poste, à la tête du sénat. On peut voir à l’article ci-après, SCIPION NASICA, quelle modération courageuse montra Mucius Scaevola dans cette circonstance : mais alors l’étude de la jurisprudence supposait des vertus et une fermeté vraiment stoïques. Aussi presque tous les jurisconsultes romaine étaient-ils de la secte de Zénon.
e — 4SCAEVOLA (Q.-Mucius), cousin du précédent, augure et consul en 637, s’attacha le jeune Cicéron, qui fut dans la société de ce savant jurisconsulte les premières années de son adolescence. Il triompha des Dalmates avec Caecilius Metellus et se signala dans la guerre contre les Marses. Il était beau-père du jeune Marius ; et, seul de tous les sénateurs, il sut résister à Sylla, quand ce dictateur voulut déclarer ennemis publics les deux Marius et leur, partisans dans le sénat. « Ni ces soldats, lui dit Scaevola, dont tous avez environné le sénat, ni les menaces ne m’effrayent. Ne penser pas que pour conserver quelques faibles restes d’une vie languissante et d’un sang glacé dans mes veines, je puisse me résoudre à déclarer ennemi de Rome Marius, par qui je me souviens que Rome et toute l’Italie ont été sauvées. » Etant préteur enAsie, il s’était fait remarquer par son désintéressement. Un fragment de Lucile rappelle une raillerie piquante qu’il fit à un certainAlbicius qui poussait la manie du grec jusqu’à renoncer à sa langue maternelle. Scaevola l’augure fut gendre de Lelius ; et c’est lui que Cicéron a choisi pour un des interlocuteurs du dialogueDe amicitiadu premier livre deDe oratore, et de sonTraité le la république.
e ― 5SCAEVOLA (Q.-Mucius), fils de Publius, devint, après la mort de Quintus l’augure, le maître de Cicéron. Il panint au entitulat l’an 659 de Rome, 96 avant J.-C., en même ternie que Crassus l’orateur, son ami, avec lequel il avait tant de rapports pour le génie, le talent et le caractère, et aussi décoré de la dignité dr grand pontife. Etant préteur en Asie, il y déploya tant de prudence et d’équité que, par la suite, ont le proposait pour exemple aux gouverneurs qu’on envoyait dans les provinces. A son arrivée, il n’exigea pas des peuples les sommes que la coutume l’autorisait à lever pour sa dépense et celle de ses officiers. « Il trouva, dit Renies, une ressource meilleure, celle de la simplicité. Ce qui lui fit encore plus d’honneur, ce furent ses rigueurs équitables envers les chevaliers romains
qui, chargés de la perception des deniers. exerçaient envers les peuples les plus criantes vexations. Par cette conduite, il regagna au peuple romain l’affection des habitants de l’Asie. qui dans leur reconnaissance, instituèrent en son. honneur une féte religieuse appelée la fêtemucienne. Cicéron, qui parle de cet illustre personnage dans maint endroit de ses œuvre, l’appelle le plus grand orateur parmi les jurisconsultes. et le plus grand jurisconsulte parmi les orateurs. En effet, entre les hommes éloquents qui se piquent d’être sobres et réservés par rapport aux ornements du style, Scaevola était encore celui dont la diction était la plus élégante. Dans le commerce privé, il tempérait la sévérité qui lui était naturelle par des manières douces et polies. Il est l’inventeur de lacaution mucienneet publia divers ouvrages. L’un, intituléDéfinitions, est le plus ancien livre dont on trouve des extraits dans leDigeste(1) [8] . Un personnage aussi éminent par son mérite et par sa vertu ne pouvait manquer d’être en butte aux persécutions des partis qui troublèrent la république. Aux funérailles de Marius, il fut blessé d’un coup de poignard par un des agents du démagogue Fimbria, qui le cita ensuite à comparaître devant le peuple. Comme on lui demandait quel était le crime d’un homme qu’on ne pouvait louer assez dignement : « Je l’accuserai, répondit Fimbria, de n’avoir pas reçu assez avant dans le corps le poignard dont il devait être tué sur la place. » Si, dans cette occasion, Scaevola put échapper à la mort, il devait périr plus tard sous le poignard d’un autre assassin. L’an 667 de Rome, il fut égorgé, par les ordres du jeune Marius, dans le vestibule du temple de Vesta. D―R―R.
1. ↑(1) Lib. 5, cap. 4, § 16-25. 2. ↑(2) Tite-Live, liv. 2, chap. 12. 3. ↑(3) Ch. Levesque,Histoire critique de la république romaine, t.1er, p. 122. 4. ↑(4) Lib. 4, cap. 4, § 25. 5. ↑(5) Hist. mundi, lib. 34, cap. 14. 6. ↑(1)Epitom. Hist. Rom.Lib. 2. 7. ↑(2) In-4° e 14 pages, Bourges, 3 juillet 1682. 8. ↑(1) Son nom est écrit Scavola, dans les Pandectes florentines.
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