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Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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Christiane Esposito
“MON AMANT C’EST MON PAPA“ ou l’éloge de l’adultère ?  Le devoir d'une éternelle fidélité ne sert qu'à faire des adultères. » (J.J.Rousseau -Discours sur l’inégalité)  «   MAIS QU’EST -CE QUE L’ADULTÈRE ?  Pour le commun des mortels : “C’est la distraction des femmes mariées ‚ (F.Parturier)  Pour le dictionnaire : Violation de la loi conjugale.   Don c l’amour se doit d’être monogame ; et vivre en couple est synonyme d’exclusivité sexuelle.  Dans ce cas, l’engagement marital est -il synonyme d’aliénation personnelle ?   On peut se poser des questions : la fidélité est-elle une vertu ou un besoin de sécurité, de propriété ; ou bien une facilité, une lâcheté ? À l’inverse l’infidélité est -elle une faiblesse, une trahison ; ou bien un courage, une audace, une affirmation de soi ?  Allons plus loin : l’infidélité serait -elle une ‚perversion‚ typiquement fém inine, et celle, masculine relèverait-elle de l’humanité  ? L’homme serait -il par essence polygame et la femme monogame ?  « Alors que les hommes, de façon générale, se méfient de la passion, les femmes, elles, sont fascinées par un modèle certes pathologique, mais dans lequel elles se retrouvent et se complaisent, cultivant ainsi leurs potentialités masochistes , » dit Piera Aulagnier. J’ai pu constater pour ma part, que les ouvrages traitant de l’adultère en parlaient effectivement en majorité au féminin ; c’est pourquoi je me suis penchée plus particulièrement sur celui -ci, découvrant au fur et à mesure de mon exploration des éléments de plus en plus complexes.  Quoi qu’il en soit, je pense qu’il n’est sans doute pas nécessaire de passer à l’acte sexuellem ent pour être dans linfidélité ; celle-ci pouvant être implicite à partir du moment où il y a désir partagé et où les raisons pour ne pas sauter le pas se présentent multiples. C’est le cas dans certaines amitiés où l’on peut apercevoir une composante am oureuse que même les intéressés ne se cachent pas ; mais ils ont décidé de ne pas passer à l’acte sexuel parce qu’ils sont mariés et tiennent à le rester. De cette façon, ils ont l’impression de protéger leurs couples respectifs............. mais jusqu’à quand ?  Une des raisons principales pour ne pas sauter le pas est sans doute la peur : peur des conséquences, de perdre l’autre, de tout faire exploser, d’y laisser un certain confort, une certaine sécurité...  Cela peut également correspondre à des principes, des valeurs morales ou religieuses.  Je me souviens d’un ami qui, revenant d’un voyage au Yémen, me racontait qu’il avait été littéralement ‚violé‚ par une femme de là-bas ; pourtant, elle était voilée de la tête aux pieds et seuls ses yeux étaient visibles. Mais justement, elle avait appris à s’en servir de façon tellement ‚torride‚ qu’elle ‚faisait l’amour‚ tout en restant dans les limites imposées par sa culture.  On se rend compte à quel point dans notre société, l’infidélité est considérée uniquement d’un point de vue purement extérieur et non intérieur. Or, par sa définition même, l’infidélité relève plus de l’habituel que du normal  ; lorsqu’on en parle, c’est plutôt sur un ton léger, amusé, ou carrément outré, moralisateur. Elle fait partie du qu otidien, même si ça n’est pas de façon personnelle. Dans les journaux ‚people‚, dans les magazines, elle est là. Mais ce qui me surprend le plus, c’est qu’il est extrêmement rare d’évoquer toute la souffrance contenue derrière, de part et d’autre.   « L’adultère ne consiste au fond qu’en la violation d’un serment. Il impose l’intermittence qui avive le désir  ; il offre l’émotion
de la clandestinité... » (M.Dupuy-La source et le feu) Et oui, la notion d’interdit dans l’infidélité est primordiale. Elle est com me le sel dans un plat : sans, on a l’impression qu’il est sans goût et pourtant tous les ingrédients le composant ont leur propre saveur.   Mais « chez les femmes la petite fleur bleue a des racines de chêne » (F.Parturier)  Pourtant, en dépit de l’idée de faute liée à l’adultère, qui n’a pas versé une larme en s’identifiant à cette femme amoureuse de ‚Sur la route de Madison‚?   Qui n’a pas été touchée par cette passion fulgurante que vit Brigitte Rouan dans ‚Post coïtum animal triste‚ ?  Et qui n’a pas r êvé un jour dans sa vie de vivre des émotions aussi intenses que bien des héroïnes de la littérature, classique ou de gare ? Madame Bovary, la princesse de Clèves ou Iseut, qui, jusque dans la mort rejoint son amant par un rosier qui relie les deux tombes : comme si même la nature bénissait les amants fabuleux.... Et tant d’autres encore....   Car ces amours secrètes constituent un réservoir inépuisable où la littérature et le cinéma trouvent leurs scénarios d’amours intenses mais impossibles. Impossibles p arce que cet amour fort et passionnel ne peut se contenter du quotidien, de la routine et du conventionnel.  Je ne sais plus dans quel film Catherine Deneuve, vivant une telle passion avec un jeune homme, disait à son amie :‚Je me fais des souvenirs pour m es vieux jours !‚  Oui, ces ‚ Belles parenthèses ‚ (comme le chante si bien Anne Sylvestre) peuvent rester de merveilleux souvenirs pour certains et alimenter en rêves le restant d’une vie  : pour d’autres elles resteront l’objet de lourds secrets de famille non sans conséquences.  Car, de la rupture tragique et immédiate pour les uns, au stimulant joyeux de la vie de couple pour les autres, les réactions, les manières de la vivre sont infinies. Et par les émotions qu’elle suscite, les changements personnels qu ’elle entraîne, l’infidélité reste un chamboulement qui peut causer autant de bonheur que de ravages.   Ainsi, aujourd’hui comme autrefois l’amant proposé par la plume des écrivains ou des scénaristes ne peut pas être un mari. Et même s’il ne remet plus en cause les conditions du mariage et les rapports entre les sexes, il révèle toujours du côté des femmes certains besoins.  Mais ne nous trompons pas ; dans l’adultère, chacun, homme ou femme, est à la recherche de la même chose...    ......ET QU’EST -CE QUE LA FIDÉLITÉ ?  « Il ne suffit pas d’être fidèle mais encore faut -il savoir à quoi l’on est fidèle  ? Si on l’est à une bêtise, c’est une bêtise de plus » (Jankélévitch)  La fidélité est-elle un comportement naturel ?  On peut dire que, d’une façon générale, d ans le monde animal, dont nous faisons presque partie, la pratique de l’amour libre est majoritaire car c’est le passage obligé pour augmenter les chances de reproduction et la survie de l’espèce.  Toutefois, on peut observer chez certains animaux une monogamie et une fidélité absolues : ainsi les loups s’accouplent pour la vie. Les manchots empereurs sont résolument monogames. Mais le champion de la fidélité reste le castor : si le mâle est stérile, sa compagne n’aura jamais de petit.   Selon Gérard Leleu ( La fidélité et le couple), il existe chez l’homme des bases biologiques de la fidélité liées à ‚l’instinct d’attachement‚ dans l’enfance.  Celles-ci seraient dues au besoin d’être relié l’un à l’autre, et à ‚la pulsion d’agrippement‚.   Quant à l’adulte, son  besoin irrésistible de contact, que ce soit au niveau de la peau, affectif, sexuel, psychique, aboutit au ‚ rêve d’un grand amour, l’amour qui peut conduire à la spiritualité qui inspire la fidélité“.  
 Pourtant le couple monogame exclusif est une invention relativement récente : pendant longtemps, le mariage d’intérêt a été la règle  ; l’amour, lui, se cherchait hors mariage.  Ce n’est que sous la pression de l’Église et du péché d’adultère, que les liens hors mariage sont devenus honteux.  Ainsi, si l’on regarde la fidélité d’un point de vue judéo -chrétien, l’alliance entre un homme et une femme reflète l’alliance entre Dieu et l’humanité. Il y a donc une sacralisation de la fidélité et du mariage. De fait, l’adultère ne se contente donc plus de détruire l’ord re social : il est aussi un sacrilège.  Mais arrêtons-nous un peu à la définition de la sacralisation : c’est fixer le sacré sur un acte, un objet, un individu en le consacrant pour renforcer notre besoin d’absolu. Elle ne remet pas en question, et par là mortifie. Or seule l’altérité, l’acceptation absolue de l’autre, permet de comprendre l’individuation, et permet de résister à la tentation mortifère de ramener l’autre à soi, de vouloir qu’il soit pareil à nous, et de l’enchaîner.    « La fidélité est l’art de ne pratiquer l’adultère que par la pensée  » (Decoly) De nos jours où l’union est moins stable, paradoxalement elle appelle plus de fidélité, puisque que la vie conjugale repose avant tout sur les sentiments. Il n’y a plus de contrainte à être fidèle si ce n’est le sentiment d’amour et le désir pour l’autre.   Néanmoins on observe une augmentation des personnes vivant une double, voire une triple vie sentimentale ; peut-être est-ce dû au besoin de changement et à la volonté d’allier la solidité du mariage avec le piment de la vie extra conjugale ? Une sorte de ‚Je veux tout, tout de suite  !‚   « Il y a dans la fidélité de la paresse, de la peur, du calcul, du pacifisme, de la fatigue, et quelquefois de la fidélité... » (Etienne Rey) Par conséquent, l a fidélité, telle que citée, serait faite de devoir(s), d’acceptation et de ruses, où la femme, dans un rapport de force, serait subordonnée à son mari (de façon générale), de par l’‚obligation‚ du ‚devoir conjugal‚ ; expression qui fait le plus réagir la jeune génération. Et pourtant, combien de femmes encore font l’amour avec leur mari pour qu’ils n’aillent pas voir ailleurs, ou pour ‚être tranquille‚ pendant quelques jours....   « La fidélité en amour n’est que la paresse du désir. »( Henri de Régnier) Ce qui peut signifier, malheureusement, que la femme pourrait ne pas avoir de désir pour son époux, ni de plaisir dans l’acte sexuel.  C’est ainsi que l’on voit beaucoup de femmes rester fidèles pour ne pas s’exposer à la pauvreté, pour garder un confort social ou économique et ne pas supporter les difficultés liées au changement. Ce qui les amène souvent à se retrouver mères, mais amputées de leur vie d’amantes.  Evidemment, il peut arriver que certains hommes soient confrontés au même piège, mais cela est plu s rare, pour des raisons d’ordre socio -économiques.  Il n’en demeure pas moins que l’ordre de la nature voulant qu’une femme soit une épouse et une mère, l’idéal de fidélité fait toujours partie des valeurs dominantes de notre siècle, et demeure pour le couple une valeur sacrée. On y croit, on s’y attache....... mais on cède plus facilement.   « Les femmes infidèles sont toutes les mêmes ; elles ne pensent qu’à leur fidélité et jamais à leur mari. » (Jean Giraudoux) Pour Monique, la fidélité est une volonté de nécessité et de valeur : « Je suis fidèle parce que j’ai besoin de l’être ; non pas par éthique mais par égoïsme. Je cherche le confort moral et une certaine idée de la permanence, et je me suis aperçue qu’être infidèle revenait à me mettre en danger, à donner un grand coup de pied dans le futur ; et moi je veux construire. Mes parents ont divorcé quand j’avais trois ans, mon père batifolait, et leur échec m’a servi de leçon . » Monique parle de sa blessure d’enfance qui l’a conduite à investir dans la fi délité ; mais on est en droit de se demander à qui Monique est fidèle ? Est-elle fidèle surtout à ne pas ressembler à papa l’infidèle ?  « La fidélité conjugale ; une terrible démangeaison avec défense de se gratter. » (Aurélien Scholl) Quant aux hommes, bo n nombre restent fidèles par manque d’audace ou d’imagination. Ils ont construit une cellule qui les attend et qui leur donne ce qu’ils attendent. Ils n’ont bien souvent pas assez d’énergie pour être volages, mais en eux rien ne s’y oppose, sauf s’ils sont  croyants et que leur sexualité est régie par un ordre religieux ou social.  
Alors, triste constat ! La construction de la famille et du couple ne serait-elle que le résultat de deux aliénations, de deux illusions, de deux sacrifices, d’intérêts croisés et contradictoires ?  Il me semble, pour ma part, que la fidélité est d’abord de l’ordre du coeur et inclut ou non une exclusivité sexuelle. Mais parce que nous sommes ignorants et voulons la sécurité, nous aimons d’une manière possessive et exclusive qui limite notre liberté et celle de l’autre, et qui mine la qualité même de l’amour.  L’autre ne peut être un trésor narcissique que personne n’a le droit d’approcher : la liberté étant essentielle à la fidélité, elle doit s’accompagner d’un contrat moral de n on exigence, car  « On n’appartient qu’à soi -même, et c’est à soi -même qu’on doit la fidélité la plus importante. »  (R.Blondin-Le bonheur possible) La fidélité à soi-même demande de cultiver l’état amoureux non plus comme une main mise sur l’autre, mais co mme un état intérieur qui permet de se positionner différemment face à l’autre.  Ainsi être fidèle à soi pousse à être fidèle à l’autre, car plus on est authentique, plus on a des relations fortes. Et plus on est solide, plus ses engagements sont inébranlables.  Ce qui n’exclut évidemment pas le sentiment de jalousie que cela peut occasionner, mais ceci est une autre histoire....   PETITE HISTOIRE DE L’ADULTÈRE   « Avec cette vente qu’on appelle la dot et ce tyran qu’on appelle l’époux, l’adultère n’est autre chose qu’une protestation de la  première et de la plus sainte des libertés : la liberté d’aimer, contre l’esclavage de la femme et le despotisme du mariage.  » (V.Hugo)  L’acceptation de l’infidélité a beaucoup varié selon les époques. Même si aujourd’hui , dans les sociétés occidentales elle semble mieux acceptée, il n’en est pas de même partout selon la culture, la société ou le sexe.   Parmi les Dix Commandements reçus par Moïse, le sixième stipule :‚ Tu ne commettras pas l’adultère .‚  Et pourtant, dans l’histoire du peuple d’Israël ne voit -on pas le roi David envoyer Urié, l’époux de Bethsabée, à la guerre se faire tuer, afin de lui ravir sa ravissante femme qu’il épousera ensuite et dont il aura un fils, Salomon.   Avec le christianisme, le discours se précise. Jésus dit :‚ Celui qui convoite une femme seulement du regard a déjà commis l’adultère avec elle dans son coeur“   Notons que selon cette morale, l’adultère du mari devient aussi condamnable que celui de la femme ; ce qui, dans les faits, n’est pas souvent le cas. On en rajoute dans le mythe d’Adam et Ève où la femme est jugée coupable par nature. Et paradoxalement, ce n’est pas la contrainte qui réussira le mieux, mais le martelage idéologique : en intériorisant sa culpabilité, la femme devient son propre bourreau. On le voit encore mieux dans les pays où les traditions (même les pires) sont transmises PAR les femmes : elles, qui ont souffert de leur statut, n’ont de cesse de le faire revivre à leurs filles en protégeant leurs fils. De fait, la femme est considérée comme inférieure et représente le péché de la chair et de la sexualité.  Plus près de nous... Dans l’ancien droit français, l’épouse adultère était soumise au fouet puis enfermée dans un couvent ; son ‚complice‚ subissait lui aussi le fouet e t encourait le bannissement, les galères, voire la mort. Par contre, le mari adultère n’était pas réprimé pénalement.  Il fut même un temps où tout bourgeois respectable se devait d’avoir une maîtresse  ; et l’épouse légitime devait l’accepter.   De nos jour s, le maire annonce aux couples qu’il unit  :‚Les époux se doivent fidélité.‚ Car, selon l’article 212 de notre code civil, l’adultère est une faute.  Le constat d’adultère est l’un des éléments qui autorisent un divorce aux dépens du ‚coupable‚ d’infidélité .  
Mai 68.... La liberté révolutionnaire est dans l’air et, depuis Mai 1968, on assiste à une séparation entre amour et mariage.  Les théories philosophiques de l’amour qui ont traversé notre Histoire n’ont pas manqué de peser sur notre façon de concevoir l’amour : tantôt fou, romantique, épris de liberté. Tantôt sage, calme et épris de durée.  Valeurs libertaires et valeurs d’équilibre : en réalité, les deux cohabitent en chacun de nous tellement il est vrai que personne ne peut se dire totalement libéré des chaînes héréditaires. Car, même si les exigences conjugales ont largement diminué, on aurait tort de négliger leurs traces dans les sentiments amoureux : la notion d’infidélité renvoie à la nature historique du mariage comme échange social économique régi par un contrat.  « Chez les Saxons, on pendait la femme adultère ou on la brûlait. Chez les Egyptiens, on lui coupait le nez. Chez les Romains, on lui coupait la tête. Aujourd'hui en France, on se moque du mari . » (Alphonse Karr) Cela étant, avec l’évolution des moeurs, la morale française s’est beaucoup assouplie : ainsi lorsque les français ont appris l’existence de Mazarine, fille adultérine de Mitterand, alors président en exercice, ils ont souri.  Aux Etats-Unis par contre, les pratiques sexuelles du président Clinton, hors mariage, ont failli lui coûter sa place.  Aujourd’hui...  L’amour devient essentiel et passe avant le couple pour la première fois dans l’Histoire. Dès lors aussi, l’infidélité reprend des droits car l’amour justifie tout.  On peut voir, bizarrement, que même avec l’évolution des moeurs, le trio demeure : par contre, les vies parallèles, auparavant bien acceptées, deviennent de plus en plus condamnables. On juge la relation adultère comme une trahison: la maîtresse ne veut plus vivre dans l’ombre et l’épouse ne conçoit plus la vie sans amour.   Une autre façon de voir... Dans les comédies de Molière, c’est à travers la cellule familiale qu’on parle de l’infidélité: les filles se révoltent  contre l’autorité du père qui veut les marier comme bon lui semble. Et pour cela elles sont soutenues par les femmes de la maison, mères et servantes ; porteuses du bon sens et de l’amour libre.  C’est donc par l’infidélité à l’autorité paternelle que la construction de la famille se lézarde : le mariage par amour fait son apparition et le mariage ‚économique‚ recule.   En conclusion, depuis plus de deux mille ans, les manoeuvres les plus diverses ont été employées pour que les femmes abandonnent leur liber té, de gré ou de force, aux mains d’un homme, père, mari ou frère : elle est une richesse, une propriété privée et une monnaie d’échange.  Les débuts de l’anthropologie nous parlent même de légendes où des chefs tout puissants possédaient toutes les femmes ; l’infidélité interdite l’était donc majoritairement aux femmes.    QU’EST -CE QUI NOUS CONDUIT À L’INFIDÉLITÉ ? POURQUOI L’ADULTÈRE ?  Il ne faut pas oublier qu’en tout premier lieu, l’infidélité est porteuse d’un message  ; une sorte de ‚provocation exter ne‚ qui répond à une ‚provocation interne‚ de l’autre.  Par exemple, madame prend un amant parce que monsieur la trompe avec son travail ou ses copains ; ou monsieur prend une maîtresse parce que madame le trompe avec ses enfants ou sa belle-mère. L’infidél ité signifie souvent un dysfonctionnement de la relation des deux protagonistes, sauf si elle est admise entre eux.  Elle peut également être le signe pour un individu d’une difficulté à vivre une relation durable et profonde avec la même personne.  Mais, qu’on le veuille ou non, l’adultère fait partie intégrante de l’institution du mariage  : n’est -il pas dit en effet de façon explicite que le couple se doit fidélité ?  « La femme adultère est souvent une femme fidèle à la recherche de son homme ; il y aurait lieu de la louer de cette persévérance. » (N.C.Barney-Un panier de framboises)
Cependant, les raisons qui poussent à être infidèle ne sont pas toujours celles qu’on énonce consciemment : les hommes, comme les femmes, sont pris, symboliquement, entre l’i mage de la madone et celle de la putain . Cette dualité conduit donc à une séparation intérieure, et les individus ont tendance à vivre les deux pôles de manière très séparée.  De plus, le mariage profane ne réprime plus le désir, pas plus qu’il n’engendre la procréation. ‚ Dès lors que cette institution n’agit plus comme un garde -fou, la satisfaction de nos désirs prime sur cet effort de renoncement ‚ explique le Dr Mimoun, andrologue ; alors allégée du poids de la morale judéo-chrétienne, la fidélité n’est p lus charnelle et se recompose sous une forme plus laïque. Du moins en théorie....  Les couples qui se marient aujourd’hui passeront en moyenne quarante ans ensemble avec l’allongement de l’espérance de vie ; alors ils se voient réactualiser un nouveau contrat, une liberté conjugale, ce qui est permis ou non : danser, flirter, coucher... Par voie de conséquence, prendre un amant n’est plus un sacrilège ni un scandale. C’est même devenu une injonction dans certains magazines féminins : « Profitez des vacances sans votre Jules ! » Il y a une forte pression sociale : soyez mince, séduisant et épanoui sexuellement. Alors, si leur mari les délaisse, les femmes n’hésitent plus à tenter l’aventure.   À présent qu’elles ont conquis les mêmes droits que les hommes, elles revendiquent les mêmes ‚privilèges‚: droit de travailler, de voter ET droit au plaisir. Le sexe a pris le pouvoir dans le couple : on aime son conjoint, sa vie, ses enfants, mais on veut fuir l’enfermement conjugal. On rêve d’exclusivité, mais on prône une sexualité spontanée et aventurière. On navigue à vue entre deux hypocrisies : le tout interdit et le tout permis.   Et même si l’infidélité n’est plus ce tabou qui déshonorait la famille, elle produit un changement et vient interrompre provisoirement l a tension des contradictions. Car l’inconscient du couple nourrit sans cesse un tiers, au moins dans le fantasme, et c’est ainsi qu’il échappe à la contrainte, à la routine.  L’infidélité possible  est le ferment du couple.  Néanmoins l ’infidélité a toujours existé. Il n’y a qu’à se référer à la littérature: que le principal intéressé soit la femme ou le mari, il y a presque toujours un tiers. Avant c’était organisé, aujourd’hui on agit plutôt par impulsion, on consomme : de l’amour, du sexe.  - Dix mois apr ès avoir juré fidélité devant le Mr le Maire, Charlotte 26 ans s’est jetée dans les bras d’un ami. Elle se dit déçue par des promesses non tenues : « J’ai lutté de toutes mes forces pour ne pas succomber, ne pas trahir, mais je me sentais si seule. Mon amant a comblé mes désirs, mes angoisses ; c’est une bouffée d’oxygène. Mon mari est accaparé par son travail, et je ne veux pas le quitter. Alors je le trompe... »  Donc l’amant comme dopant du mariage ? Oui et non ! Aussi efficace que le viagra l’escapa de sexuelle aurait des vertus thérapeutiques sur la libido conjugale : le trompeur a l’impression de rajeunir de vingt ans, mincit, fait des rêves érotiques, retrouve une dynamique sexuelle.... Or méfions-nous, l’adultère est un leurre : il ne résout pas les problèmes du couple ; il reste uniquement l’indicateur de l’usure conjugale.  Car il y a dans la vie de couple des moments plus critiques où les relations extra conjugales ont plus de risque de s’imposer : -La naissance du ‚dernier enfant‚, celle la p lus chargée symboliquement pour la femme. Si à ce moment, l’homme n’aide pas la mère à se détacher de l’enfant et à redevenir pleinement femme, très souvent il finira par aller voir ailleurs. -Mais la crise la plus fréquente est celle du milieu de vie, entre 40 et 50 ans. Les enfants sont élevés et les femmes, plus libres, sortent plus facilement ; les hommes, qui jusque-là avaient principalement investi dans leur travail, réalisent qu’ils ont peu ‚profité‚ de la vie et pensent alors pouvoir vivre des choses inoubliables avec des femmes plus jeunes. Dans de telles crises on retrouve une constante : une insatisfaction sexuelle. -Parfois  parce qu’on s’est interdit de dire à l’autre ce dont on a envie. Or, parler de ses fantasmes à l’autre peut être une faç on d’éviter de le tromper (parfois).  -Parfois parce que nous pouvons être conduits à relier l’infidélité à un problème d’ordre narcissique : « Est-ce que j’ai encore la capacité de plaire, de séduire ? » Dans tous les cas, pour passer à l’acte, même le contexte de la vie moderne favorise ‚l’évasion‚ : les voitures, le
portable permettent d’introduire des bulles d’exotisme dans un quotidien somme toute assez répétitif. Sans compter les congrès et autres séminaires professionnels qui éloignent souvent de ch ez soi et font qu’en étant loin on se croit libre...  « Bien souvent l’infidélité de l’autre symbolise une infidélité que l’on fait à une partie de soi -même. Comme si notre conjoint allait chercher chez un(e) autre ce que nous ne développons pas en nous-même » ( M.O.Steinmann ) On constate malheureusement qu’un grand nombre de couples installés se parlent peu, et communiquent encore moins. Il y a un motif inconscient à cela : dès qu’un couple se constitue, l’autre partenaire peut être perçu comme un juge. On a peur de lui confier des désirs sexuels qu’on n’aurait aucun mal à confier devant un inconnu.  Alors, sortir de ces projections concernant le jugement de l’autre pourrait sans doute être une des voies majeures pour prévenir l’infidélité, utilisée trop souv ent comme un message.  Un autre motif d’infidélité serait le fait d’avoir eu un père ou une mère (voire les deux) infidèle : les enfants perçoivent tout au niveau inconscient et savent ce qui se passe (ou ne se passe pas) dans la chambre des parents. Un in dividu réagira donc soit en s’identifiant, soit en se contre identifiant au modèle parental.   Voici Muriel dont la mère a eu deux longues liaisons extraconjugales dans sa vie : elle est le fruit de l’une d’entre elles. Muriel a très souvent vu sa mère couchée, dépressive, sauf dans les moments où elle voyait son amant. Dans ces seuls moments sa mère était enjouée, coquette, heureuse. Elle a grandi en pensant que le bonheur ne pouvait pas venir du mari mais de l’amant, et a reproduit le modèle maternel : el le s’est mariée, a fondé une famille, mais ne se sentait ‚vivre‚ que dans ses aventures extraconjugales.   Muriel aurait pu, à l’inverse, nier le modèle maternel dans sa globalité en rejetant aussi les aspects positifs de sa mère, sa féminité entre autres, en même temps que le reste et devenir une femme à tendance masculine, peu soucieuse de séduire, ou de multiplier les conquêtes.  De la même façon, une petite fille qui se rend compte que sa mère ne satisfait pas sexuellement son père peut avoir tendance à s’identifier aux fantasmes de celui -ci et conjuguer ainsi plaisir et adultère, clandestinité, non-dits...  Dans la catégorie des infidèles, il se trouve parfois que certaines personnes aient un seuil de tolérance moins élevé aux habitudes et se lassent plu s vite que d’autres: «  Avoir un amant, une maîtresse, c’est le frisson, la vie qui entre dans un quotidien morne et triste, l’attente fébrile des coups de fils, les rendez -vous à l’hôtel, le manque quand il ou elle n’est pas ... »  Mais on peut aussi rencontrer chez les deux sexes : -Ceux qui exercent la séduction comme un sport : ils pratiquent la ‚drague de cueillette plutôt que de culture‚. Leur plaisir, c’est la chasse, la conquête.  -Ceux qui font une incartade pour tester la force de leur couple -Ceux qui veulent se venger de l’infidélité de l’autre   -Et ceux qui l’utilisent pour mettre fin à leur couple.   On peut encore soulever un cas fréquent d’adultère qui est celui de la femme sortie de sa classe . Élevée par une mère respectable et prude d ans l’idée que les hommes sont mis au monde pour gâter les femmes autant que possible, elle se doit de trouver un mari riche qui répondra à ses besoins. Pour garder son rang il lui faut de l’argent ; et si son mari ne peut lui en apporter, elle en cherchera ailleurs. Alors la chasse recommencera, non plus au mari, mais à l’amant....   Ceux qui ont peur d’aimer...  Pour l’homme ou la femme qui a peur d’aimer, se décider pour une seule personne, c’est se priver des autres : aimer un seul être, c’est lui vouer sa vie qu’il ou elle perd pour l’éternité. S’ouvrir à une relation amoureuse exclusive c’est s’exclure, s’aliéner dans une prison où il n’y a pas de place pour deux. Sa mesure : tout ou rien, tout ET rien. On les nomme les phobiques de l’engagement. Au début la personne s’emballe, s’offre, veut TOUT ; puis en face de tout , c’est la panique, et pour y survivre, elle revient au rien . Inutile de dire qu’en ce qui concerne l’homme, C’EST l’amant idéal ; celui qui fait rêver toutes les femmes qui retrouvent en lui celui qui les comprend si bien, qui sait si bien ce qu’elles attendent, pour qui elles sont uniques ! Et qui de surcroît ne les contraindra pas
à quitter le foyer..... D’un point de vue différent, on peut voir là une certaine façon de rester fidèle à ‚maman‚, de ne pas la trahir ? Ou encore une méthode pour attendre la mère fusionnelle, La mère impossible, celle qui ne reviendra jamais !  Toutes ces raisons existent bien sûr, mais nous ne pouvons pas faire abstraction du vrai sentiment amoureux qui se dév eloppe entre deux êtres et qui fait qu’un homme ou une femme peut se retrouver à aimer sincèrement deux personnes. Cependant, tant que cela reste secret, on parle d’infidélité.   « Les liaisons sont des serments tacites que la morale peut désapprouver mais que l’usage excuse et que la fidélité justifie. »   (Lamartine)  En fait, derrière toutes ces tendances à l’infidélité, on retrouve toujours des problématiques liées à la configuration en trio propre à la période oedipienne ou pré oedipienne ( père mère enfant).   L’ADULTÈRE : SUBI, CONSENTI, DÉSIRÉ....  « L’homme adultère laboure le champ d’autrui et laisse le sien inculte . » (Plaute)  Si la plupart des hommes supportent sans difficulté le poly-amour pour eux-mêmes, il en va autrement quand ils doivent le subir. Parce que, confronté à l’amant de sa femme, le mari retrouve fréquemment le sentiment d’incompétence, et de rage impuissante expérimentés au cours de l’enfance face à un père tout -puissant, possesseur de la mère. C’est comme une forme de répétition où l’amant représente un père imaginaire à tuer : alors que même lui peut ressentir un sentiment analogue pour l’époux.  D’ailleurs, certains hommes sont obsédés toute leur vie par une image idéalisée et castratrice du père qui les conduit sans fin à chercher des rivaux ; ou bien à rester d’éternels amants. Ils cherchent indéfiniment à chasser puis à ramener celui qui les a empêché de posséder la mère.  Parfois même, l’infidélité de la partenaire réveille chez l’homme des fantasmes homosexuels inexprimés q ui parviennent alors à s’exprimer à travers cette voie, et qui incitent certains couples à s’adonner à l’échangisme ; presque toujours proposé par l’homme.  Il vit ainsi une relation homosexuelle par procuration, sans avoir à assumer son homosexualité. Et bien souvent, lorsque la femme accepte, c’est plus pour conserver l’amour de son partenaire que pour assouvir des fantasmes (du moins au départ).  Il se trouve que certains hommes apprécient la position d’amant tant ils sont effrayés à l’idée d’avoir à comb ler à eux seuls la demande affective d’une femme : le désir féminin les angoisse car il les ramène encore et toujours à la question sans réponse qu’ils se posaient autrefois sur le désir de leur mère  : ‚Mais que veut -elle ?‚  Dans ces conditions, la présen ce d’un autre homme peut les rassurer. Ainsi ‚trio‚ n’est pas toujours synonyme de drame !  D’autres encore désirent se shooter à l’amour fort  ; dans la paix affective ils se ‚sentent mourir‚ : « Qu’importe l’homme, la femme, pourvu qu’on ait l’ivresse  ». Serait-ce une dépression qui s’ignore ? « La liberté d’aimer n’est pas moins sacrée que la liberté de penser. Ce qu’on appelle aujourd’hui l’adultère est identique à c e qu’on appelait autrefois l’hérésie. » (V.Hugo)   LE REVERS DE LA MEDAILLE  Mais le rever s de la médaille, c’est que, faute du temps nécessaire pour se retrouver, se mettre en confiance, aller dans l’intimité, ce genre de relation ne permet pas de développer des échanges profonds qui donnent son sens à l’amour.  Car en tout premier lieu, et sur tout, il y a une solitude qui dirige l’infidélité : seul face au malaise de l’existence , la philosophie est de ‚faire avec et prendre dans la vie ce qui est bon à prendre‚. On veut se débarrasser de ces sentiments gênants que sont la souffrance, l’angoisse  de l’abandon, la possessivité.   Si au moins cela rendait heureux : mais généralement, en étant infidèle nous nous infligeons plus de souffrances. Voici quelques exemples du prix payé pour ce ‚ bonheur‚  : la tristesse et les frustrations liées à l’absence de
l’amant, l’anxiété inhérente à une situation inconfortable ou précaire, l’épuisement dû au stress et aux dépenses d’énergie suscitées par une double vie, la culpabilité qui décolore l’existence.  Car les amants, tout à leur passion, ne raisonnent plus: ils ne partagent que des instants volés, et en réalité n’éprouvent qu’une satisfaction passagère qui laisse vite la place à une sensation de manque ; mais celle-ci à son tour fait renaître le désir et l’envie de l’autre.... Le cycle infernal quoi!  Malgré c ela, il ne faut pas se faire d’illusion: il n’y a pas d’infidélité sans conséquence. Du simple fait que chaque rencontre, même brève, fait évoluer, avec un autre partenaire on fait la connaissance d’une autre partie de soi -même. Meilleure ? Pire ? Différente dans tous les cas.  On peut constater que ce qui peut être excitant pour certains en fera souffrir plus d’un. Il n’y a pas de règle.   Mais on est en droit de se demander comment passer sa vie entière auprès d’une même personne sans jamais en regarder ni en désirer une autre ?  Quoi qu’il en soit, l’infidélité qui fait souffrir les protagonistes relève souvent d’un fonctionnement pathologique  qui trouve son origine dans des conflits datant de l’enfance.  Ainsi, chez certaines femmes qui divorcent plusieurs fois, ou qui rencontrent sans cesse des ‚partenaires instables‚, les relations extraconjugales seront inscrites sous le signe de l’immaturité.  De même pour les hommes qui ont une phobie de l’engagement et qui cherchent toujours un troisième objet pour ne jamais s’investir vraiment dans une relation.   Cependant, il n’est pas rare qu’une femme s’installe en permanence dans la position de maîtresse: une façon de ne pas s’autoriser à être femme à part entière, puisque pour elle inconsciemment, seule sa mère a droit à ce titre. Cette position peut être aussi l’objet d’un choix  conscient: la maîtresse est celle qu’on ne peut pas tromper.....   Quelquefois une certaine fascination de la femme trompée pour l’autre femme contient une interrogation sur la vraie nature de la féminité : être une femme, qu’est -ce que c’est  ? Mystère qu’on espère résoudre grâce à la rivale, car pour une femme, celle qui détient les clés de la féminité, c’est souvent l’Autre femme. Et c’est vrai pour la maîtresse comme pour la légitime.  Toujours est-il que, dans tous ces cas de figure, on retrouve un plaisir masochiste lié à l’exclusion, à l’humiliation, qui rappelle la frustration de l’enfant écarté des activités des grands, et qui à la fois souffre et nourrit des idées de vengeance.  UN ÉLÉMENT CAPITAL : LE DÉSIR,  LE NON-DÉSIR, L’ERRANCE DU DÉSIR...   Fréquemment, la mise en couple fige les comportements ; chez certains couples, on peut voir des individus tenter de soumettre l’autre, et le pousser, sans le vouloir, à se libérer de cette union que celui-ci ressent à présent comme une prison. En même temps, le désir pour son partenaire disparaît immanquablement. Parce que, si, dans la notion d’exclusivité, l’appartenance de la femme à l’homme peut renforcer le couple et la famille, c’est s ouvent en tuant le désir : comment peut-on désirer ce que l’on possède déjà ? Posséder l’autre et être possédé, c’est se séparer de Soi et se couper de la chance d’être rencontré par l’Autre.  Or, l’amour ne peut se développer que dans la liberté  ; et l’amo ur est intimement lié au désir. Aussi, garder le désir vivant c’est oser l’amour.   Pourtant, l’un des problèmes majeurs du couple étant de faire durer le désir, d’autres couples choisiront de privilégier plutôt le sentiment de tendresse dans la relation, en laissant libre le désir. Ils nourriront ainsi leur couple de leurs errances sexuelles, en pensant que de cette façon, le sentiment affectif restera vivant dans la relation. Ainsi, les deux acteurs ont une meilleure acceptation des baisses de désir et se gardent de mettre fin à la relation trop rapidement.  Il arrive parfois qu’une femme s’enferme dans une position de passivité, se laissant aimer, désirer. Là encore, elle se condamne à une absence de désir : car le désir d’être désirée entraîne tout un p oids de contraintes dans la séduction qui l’empêche d’être désirante.   On ne peut nier que, de façon courante, ce qui détruit le désir, c’est l’emprisonnement, l’étouffement ; et ce qui le
stimule, c’est le développement de la créativité, de l’imagination amoureuse. Et parce que même si le désir est une totale illusion, il est aussi une totale réalité : il est le ‚oui‚ à la vie.  Alors, pour continuer de désirer, j’ai besoin de ne pas enfermer l’autre dans mes bras, malgré mon besoin de sécurité et d’engage ment.  Imaginons un homme qui, en croisant une femme dans la rue pense : ‚Elle est jolie, je ferais bien l’amour avec elle. Ce n’est pas parce qu’il le pense qu’il va passer à l’acte. Par contre, s’il s’interdit ce fantasme, il va de ce fait bloquer le désir lié à ce fantasme ; le soir en rentrant chez lui, le mécanisme de blocage paralyse toujours le désir. Et du coup c’est l’absence de désir qui infiltre le couple.  Parce qu’une personne désirante est d’abord une personne en amour avec son Soi, la peur de  désirer c’est aussi la peur de ne pas être désiré et de souffrir. Or, les grands amoureux le savent : le désir est un cadeau, et nous pouvons remercier toute personne qui nous fait éprouver du désir.  Il faut toutefois bien savoir que tant que le désir e xprimera la domination d’un sexe sur un autre, la bestialité l’emportera sur la tendresse.   Comment ça fonctionne le désir ?  Avant tout, pour bien fonctionner le désir doit toujours s’alimenter à deux sources : -Une externe, l’ensemble des stimuli sens oriels (un parfum, une caresse, une image...), - Et une interne constituée de nos fantasmes. Il est donc essentiel d’apprendre à partager ses envies, ses désirs et ses fantasmes dans la complicité et la tendresse, car tout peut se dire et se faire en matière de jeux sexuels entre adultes consentants, à condition que le plaisir soit là.  Malheureusement, l’ennui et la routine qui se sont installés pour des couples de longue durée engendrent souvent la déception et la nostalgie d’échanges intenses ; aussi le fait de se sentir à nouveau désiré par ou désirant pour un amant, une maîtresse, représente-t-il un retour d’énergie.   En conclusion, un homme doit pouvoir accepter que la mère de ses enfants puisse avoir du plaisir et montrer ses désirs au lit ; de même une femme doit concilier intérieurement deux images : comprendre qu’elle peut à la fois être la Madone de ses enfants ET la maîtresse de son mari, en même temps que son épouse.   CE QUE LES PSYCHANALYSTES EN PENSENT...   D’un point de vue psychanalytique,  l’amour, pour les deux sexes, est une histoire, d’une certaine façon, sans surprise : Freud affirmera tout au long de sa vie que la mère, ou le substitut maternel, est le premier objet d’amour, le prototype de toutes les relations amoureuses.   Selon certa ins psychanalystes, l’adultère survient à cause d’Oedipe. Car le trio renvoie évidemment au triangle oedipien, triangle érotique et affectif intense : papa, maman l’enfant. ,  Mais également aux fantasmes de cette phase du développement que l’enfant expéri mente entre trois et cinq ans. « Le premier amour de l’être humain s’inscrit sous le signe du chiffre trois : il désire le parent du sexe opposé et se trouve immédiatement confronté à un couple en face duquel il fait figure de tierce : cette expérience précoce laisse une trace indélébile dans l’inconscient, et c’est la raison pour laquelle nombreux sont ceux qui en restent prisonniers et cherchent sa ns arrêt à retrouver un arrangement à trois »  Ce qui fait que toute relation affective répète cette histoire du passé partiellement ou en totalité : ainsi, dans la passion, une partie du Moi se reconnaît dans l’objet, s’y fixe dans l’incapacité de s’en échapper, et le Moi peut finir par se laisser dissoudre entièrement dans l’objet.  Pour Freud l’amoureux flir te toujours avec la pathologie. « La passion est un amour de l’irrésolution incapable d’intégrer la perte de l’objet . »  À l’exemple de Justine qui n’a pour amis que des couples et qui se retrouve à trois dès qu’elle est
amoureuse : « J’ai perdu mon père quand j’étais ado, et je suis consciente de rechercher une figure paternelle chez les hommes. Chaque fois, je crois que c’est la bonne, et je m’entends répondre  :“je ne peux pas quitter ma femme  !“ Souvent, je connais leur compagne, et vis à vis d’elle mes sentiments sont complexes. Je me trouve mieux sur plein de choses, mais je ne peux m’empêcher de penser qu’elle doit avoir quelque chose de plus.  » Apparemment ce qui intéresse Justine chez un homme, c’est sa femme  : qu’il la quitte pour elle. Comme elle a  espéré, enfant, que son père chasse sa mère et l’épouse. Sa façon de rester fidèle à ce père mort trop tôt.   Dans l’infidélité aussi on retrouve cette situation émotionnelle de l’enfance  : l’amour défendu ressurgit ; ce qui donne à la situation amoureuse une puissance particulière.  La vision que Freud a pu avoir des femmes a fait l’objet de très nombreuses études. Parmi ces écrits, nombreux sont ceux qui se rapportent au cas Dora, cette pauvre jeune fille que le maître n’a pas comprise.   Dora a une mère perturbée, obsédée de propreté ; un père qui à pour maîtresse la femme d’un ami. Ce même ami tente de séduire Dora sans succès et se lie avec le père par la suite pour mettre tout cela sur le compte de l’imagination de la jeune fille : ajoutons à cela que la maîtresse du père se mêle de l’éducation sexuelle de la jeune fille, et l’on atteint une situation explosive.   On a souvent accusé Freud d’être intervenu sans grands ménagements auprès de Dora. Certains y ont vu une répétition du traumatisme lorsque Fre ud, prenant en considération le récit de la jeune fille, lui interprète qu’elle aime celui qu‘elle a repoussé. Dora mit fin à cette brève analyse.   Très rapidement après, Freud posera la base théorique du complexe d’Oedipe  : désir pour le parent de l’autre  sexe et hostilité pour le parent du même sexe. En 1897 il écrit à Fliess : « J’ai trouvé en moi, comme partout ailleurs, des sentiments d’amour envers ma mère, et de jalousie envers mon père ; sentiments qui sont, je pense, communs à tous les jeunes enfants. Chaque auditeur fut un jour en germe, en imagination un oedipe et s’épouvante devant la réalisation de son rêve transposé dans la réalité ; il frémit suivant toute la mesure du refoulement qui sépare son état infantile de son état actuel » ( La naissance de la psychanalyse )  Freud a insisté sur la ‚ double morale sexuelle ‚ qui caractérise la société de son temps ; accordant une grande liberté aux hommes et imposant aux femmes une « forte exigence d’abstinence jusqu’au mariage  ». Il note dès lors combi en le mariage ne peut qu’engendrer déception de part et d’autre : « Les jeunes filles ne réservent aux hommes que désappointements », et il ne leur reste « que le choix entre un désir inapaisé, l’infidélité ou la névrose. » Et pour comprendre cet investiss ement excessif des femmes dans l’amour, on ne peut faire l’impasse sur le poids des conditions sociales spécifiques dans lesquelles elles se sont trouvées par rapport au mariage et à la sexualité.  Freud, en associant le complexe d’Oedipe au complexe de castration, renverse l’idée d’une ressemblance entre l’Oedipe masculin et l’Oedipe féminin.  Mais cette différence dans le parcours psychique du garçon et de la fille ne doit pas faire oublier que : chez le garçon, comme chez la fille, le premier objet d’amour, c’est la mère.    CHEZ LE GARCON...... Vers l’âge de trois ans apparaissent des sensations excitantes spontanées ou/et provoquées au niveau du pénis : l’enfant perçoit des jeux sexuels pouvant être occasionnés grâce à un partenaire, comme il imagine qu e cela se produit entre son père et sa mère. Il présente dès lors son pénis à sa mère et rencontre la rivalité de son père, d’abord modèle puis rival.   La phase phallique  est suivie de l’ angoisse  de castration ; quelle que soit la solution choisie, le pénis se retrouve imaginairement en jeu : -Soit par la menace de castration  imaginaire comme sanction du père dans la rivalité qui l’oppose à l’enfant mâle pour la possession de la mère. -Soit par la castration imaginaire  dans une identification féminine à la mère, (la femme étant imaginairement supposée castrée) dans une position de soumission/séduction homosexuelle passive du père, si celui-ci est perçu comme trop difficile à rivaliser. Il développe en parallèle une hostilité jalouse à l’égard de la mère. C’est ce qu’on appelle ‚ Oedipe inversé“  ou Oedipe féminin ‚.( Moi et ça 1923 )
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