Le portrait primitif flamand : la naissance du portrait moderne en occident
Mémoire réalisé avec Catherine K. dans le cadre d'un cours de l'histoire de l'art.
Le portrait primitif flamand
ou
La naissance du portrait moderne en Flandres au XVe si ècle
1. La naissance du portrait primitif flamand
2. Les apports du portrait primitif flamand à la peinture
3. L’évolution, les grands ma îtres
1. La naissance du portrait primitif flamand
Le portrait primitif flamand appara ît avec ses deux grands ma îtres fondateurs : Jan van
Eyck et le Ma ître de Fl émalle, g énéralement identifi é à Robert Campin.
Robert Campin na ît vers 1375 et meurt en 1444. On pense qu’il a été actif sur Tournai et peut
être Bruxelles. Quant à lui, Jan van Eyck na ît en 1390. Il travaille à La Haye pour le comte de
Hollande Jean de Bavi ère puis entre au service de Philippe Le Bon en 1425. Il se fixe à
Bruges en 1430 et y meurt en 1441.
La naissance du portrait primitif flamand se fait donc dans la premi ère moiti é du XVe si ècle.
Les successeurs de Jan van Eyck et du ma ître de Fl émalle : Rogier van der Weyden, Dierick
Bouts, Memling… reprendront leurs acquis et assurent la continuit é jusqu’au d ébut du XVIe
siècle.
Le portrait primitif flamand marque par cons équent le tout d ébut de la Renaissance, et son
apparition est à mettre en relation avec les bouleversements de cette époque qui marque la fin
du Moyen âge.
Tout d’abord, une r évolution sociale est en marche avec l’apparition d’une classe bourgeoise.
Avec l’Italie, les Flandres sont au XVe si ècle le centre économique d’un capitalisme
marchand en plein essor. Bruges, o ù ont r ésidé des artistes comme Van Eyck et Rogier van
der Weyden est ainsi un centre d’affaires prosp ère et l’une des plus importantes plaques tournantes du commerce europ éen. Rythm ée par les foires annuelles, la ville attire les banques
italiennes et les plus importantes firmes commerciales d’Europe. Ainsi, des grandes familles
de marchands et de banquiers apparaissent et font peser leur influence sociale ; une nouvelle
culture urbaine, la ïque et commerciale voit le jour. Soudain, la couche sociale susceptible de
commander des portraits s’agrandit et les portraitistes ne peignent plus seulement les princes
et les nobles li és à la cour mais aussi les grands bourgeois, les marchands, les banquiers, les
bailleurs de fonds… comme les Arnolfini venus d’Italie mais aussi les Tani, les Portinari…
Cette nouvelle client èle est à l’origine d’une conception tout à fait nouvelle du portrait. Tout
d’abord, elle assume la nouveaut é de sa position sociale et ne souhaite pas se faire repr ésenter
comme les princes (c'est àdire g énéralement de profil) mais de troisquarts. Le portrait de
profil renvoie à la tradition classique de la repr ésentation des figures imp ériales sur les
médailles. Cette pose évoque alors un statut et un r ôle politique pour celui qui l’adopte, tout
en montrant le regain d’int érêt des classes aristocratiques pour la p ériode antique.
Le portrait bourgeois va également r évolutionner le r ôle du portrait. Au XIVe si ècle, les
commanditaires, d’origine aristocratique, commandaient leur portrait pour laisser une trace
dans l’histoire de la famille. Ils demandaient aussi fr équemment les portraits de parents
disparus depuis longtemps pour les exposer dans des galeries aux c ôtés des portraits de
parents vivants. Ils attachaient donc plus d’importance aux motifs h éraldiques et dynastiques
qu’à la v éritable ressemblance entre le mod èle et le portrait.
Les primitifs flamands op èrent un tournant d écisif lorsqu’ils prennent le parti de repr ésenter
leurs mod èles avec un r éalisme tout à fait incroyable. Van Eyck et le Ma ître de Fl émalle ont
su peindre magistralement une vari été de types physiques. Parce qu’ils apportent au portrait
l’exigence du r éalisme, ils peuvent être consid érés comme les fondateurs du portrait moderne.
On peut voir la devise LEAL SOUVENIR, inscrite à la bordure du portrait Tymotheos de Van
Eyck, comme la cl é d’interpr étation de toute l’histoire du portrait : le souvenir transmis à la
postérité par le portrait est « leal » c'est àdire correspondant à la r éalité.
Les cons équences de cette r évolution du portrait sont nombreuses, tant sur un plan artistique
que sur un plan social, éthique et religieux.
D’une part la fonction et bient ôt la moralit é du portrait sont mises en cause : n’estil pas
vanité que de se faire repr ésenter ? Parce qu’il op ère un centrage exclusif sur la personne et
l’individu, le portrait r éaliste est un signe tr ès fort de la pens ée humaniste qui grandit mais les
modèles éprouvent encore parfois une culpabilit é à vouloir poss éder une image de soi. Certains portraits prennent alors un r ôle moralisateur, par exemple dans L’Homme à la fl èche
peint vers 1450 par un disciple de Rogier van der Weyden o ù une inscription annonce que
« l’heure est venue » et o ù les aiguilles de l’horloge se rapprochent du chiffre douze.
D’autre part la repr ésentation de soi ne s’attache pas seulement à l’apparence physique. Le
fait que le mod èle veuille laisser son image à la post érité renvoie directement à sa mort,
quelque soit son âge. Les portraits se chargent alors de repr ésentations symboliques dont le
but est de laisser un message aux g énérations futures. Et parce que l’individu ne se r ésume pas
à une apparence physique, les peintres rel èvent aussi le d éfi de repr ésenter l’irrepr ésentable :
la personnalit é des mod èles, qui viennent alors à tourner leur regard vers le spectateur.
Parallèlement à cette r évolution de la soci été et des id ées, la peinture flamande op ère au XVe
siècle une orientation toute nouvelle : la nouvelle attitude, en rupture radicale avec la culture
figurative du d ébut du si ècle, s’affirme essentiellement comme conqu ête du visible. La
création se focalise soudain sur l’objet ext érieur et les artistes tentent à se d égager des
représentations purement liturgiques pour s’int éresser aux repr ésentations de la r éalité. A c ôté
de cette orientation vers le r éel, la peinture s’int ériorise. C’est donc presque naturellement que
les primitifs flamands, Jan van Eyck et Robert Campin les premiers, se sont tourn és vers le
portrait et ont op éré sa renaissance : qui mieux que le portrait allie la n écessité absolue du
réalisme à celle de l’introspection et de la transcendance ?
2. Les apports du portrait primitif flamand à la peinture
▪ La nouvelle diversit é des poses
Pour la composition d’un portrait en pied, le peintre et son client peuvent donner libre cours à
leur invention. Pour un portrait dont le mod èle n’est pas vu en entier le principal probl ème de
composition est de justifier la coupure de la figure. Les primitifs flamands ont apport é
plusieurs r éponses à ce probl ème en d éveloppant plusieurs techniques de repr ésentation.
Le cadre : une mani ère simple de r égler le probl ème est de donner au cadre un caract ère
péremptoire et d’affirmer sa pr ésence par des couleurs vives, des inscriptions… Le cadre joue
alors le r ôle d’une fen être à travers laquelle appara îtrait le mod èle. Van Eyck utilise cette technique dans plusieurs de ses portraits : le cadre de L’Homme au turban rouge est dor é à la
feuille d’or et porte plusieurs inscriptions dont on doit tenir compte dans l’interpr étation du
portrait comme autoportrait. Comme vu pr écédemment, pour Tymotheos,
Van Eyck peint de m ême des inscriptions sur le cadre de telle mani ère à ce qu’elles paraissent
comme grav ées dans la mati ère. Le cadre devient alors un support pour la signature, mais
aussi pour des sentences, des maximes qui participent pleinement à l’œuvre. En ce sens, Van
Eyck s’oppose en partie aux cadres de la fin du Moyen âge, qui se voulaient un écrin à la fois
ornemental et monumental. Ainsi, les peintures de Van Eyck pr éfigurent la conception
moderne du cadre, qui ne cesse d’affirmer la mat érialité du tableau en l’isolant de l’espace
environnant. Le cadre pouvait aussi être entour é d’une structure d’encadrement peinte
(colonnes, balustrade), en vue du m ême effet.Jan van Eyck, Tymotheos, 1432
Peutêtre Van Eyck voulutil donner à ce
portrait l’aspect d’une st èle fun éraire
antique à laquelle sa composition g énérale
s’apparente. On se demande d’ailleurs si
les mots « leal souvenir » indiquent que
c’est l à un portrait posthume. On note
également que le mod èle semble chauve et
que ses narines sont malform ées.
Le parapet : il est tant ôt repr ésenté comme une simple bande plac ée en bas du tableau, portant
ou non une inscription, tant ôt repr ésenté comme un rebord construit vu en trois dimensions
afin de donner plus d’effet. Il peut être drap é de riches étoffes ou de tapis. Si les bras du
modèle étaient visibles, l’une de ses mains, ou les deux, ou son coude, pouvaient reposer sur
ce rebord. Ils sont parfois utilis és pour distribuer en rang ées les nombreux personnages d’un
portrait collectif.
S’ils sont parmi les premiers à l’utiliser, les primitifs flamands ne se servent pas autant du
parapet que ne le feront les Italiens un peu plus tardivement. C’est de pr éférence le cadre r éel qui sert d’appui aux mains du mod èle. C’est toutefois la formule mise au point par Rogier van
der Weyden qui finit par s’imposer. Son pr édécesseur, le ma ître de Fl émalle, avait jug é
commode de couper ses portraits en buste à la hauteur à la hauteur ou juste au dessous des
mains de ses mod èles. Les sujets de Rogier van der Weyden reposent leurs mains rassembl ées
sur le bord inf érieur de leur cadre, ou plut ôt, sur une étroite surface horizontale invisible
placée à ce niveau. Le cadre joue ainsi, de fa çon discr ète mais habile, le r ôle de fen être (cf. ci
dessus) et la coupure de la composition, en bas, para ît logique et naturelle. Certains
continuateurs de Rogier, notamment Memling, r établissent un étroit parapet au dessus du
cadre et Memling a tendance à donner à quelquesuns de ses sujets l’apparence de s’agripper à
leur parapet ou à leur cadre.
Memling
La table : il arrive aussi que soit visible une grande partie du dessus de la table sur laquelle
reposent les mains du mod èle. Ce syst ème de composition a l’inconv énient de cr éer une
barrière entre le sujet et le spectateur et d’introduire une horizontale insistante qui impose un
traitement en raccourci des bras et des mains. Les bras du mod èle peuvent toutefois
interrompre ou dissimuler le rebord de la table. De m ême, si la table n’occupe pas toute la
largeur du panneau ou si son bord n’est pas parall èle à celui du cadre, elle fait moins
obstruction au regard.▪ Le portrait de troisquarts
Ce sont les primitifs flamands qui les premiers abandonnent presque totalement le portrait de
profil encore utilis é tr ès majoritairement en Italie au XVe si ècle. Ils ne peignent pas non plus
leur mod èle de face, la repr ésentation de face pouvant être jug ée trop directe et source de mal
à l’aise dans la confrontation qu’elle instaure entre le mod èle et le spectateur. Le portrait de
troisquarts conjugue les avantages du portrait de profil et du portrait de face : il permet
d’obtenir le r éalisme des repr ésentations faciales et met en place avec le spectateur un contact
à michemin entre l’indiff érence du profil et la pr ésence presque agressive du mod èle peint de
face.
Le portrait de troisquarts t émoigne de la virtuosit é des ma îtres flamands du XVe si ècle car il
se r évèle beaucoup plus complexe à r éaliser que le portrait de profil ou de face. La difficult é
principale est de bien placer l’œil qui est le plus proche du spectateur, car sa position par
rapport au nez ne peut pas se d éterminer en suivant un contour d éfini, et il arrive qu’un
dessinateur m ême exp érimenté le situe trop loin du nez, ou trop haut, ou trop bas. Dans le pur
portrait de troisquarts le coin de l’œil éloigné est tangent à la ligne du nez sinon la t ête peut
être tourn ée presque de profil ou ramen ée presque de face.
▪ La repr ésentation des expressions faciales, de la personnalit é des mod èles
Par les poses qu’ils repr ésentent, les peintres veulent faire transpara ître dans leurs toiles la
personnalité de leurs mod èles, ou les sentiments de ceuxci à un moment pr écis. Ainsi, pour
donner une expression noble et presque hautaine, le mod èle a la t ête l égèrement relev ée. Si la
tête est inclin ée, selon le caract ère qui lui est donn é, le sujet para ît d’une modestie biens éante
ou d’une douleur insinuante. Si la t ête est pench ée de c ôté, le mod èle semble soit attentif soit
langoureux. Fait novateur, les yeux du mod èle sont fix és sur le spectateur. Si les yeux ne sont
pas fix és sur nous il peut para ître absorb é. Si sa t ête est d étournée et que ses pupilles, du coin
des yeux, rencontrent le regard du spectateur, il donne une impression de g êne et de contrainte
ou bien l’on peut avoir l’impression qu’il vient de nous apercevoir et n’a pas eu le temps de
nous faire face, ou encore qu’il a l’arrogance de ne pas prendre la peine de se tourner vers
nous. Si le mod èle lance un regard de biais, hors du plan pictural, il a l’air d’ éviter les yeux du
spectateur et peut sembler sournois. Enfin, un mod èle aux yeux baiss és sugg ère soit la
modestie, soit la contemplation. L’interpr étation de ces poses est bien s ûr conditionn ée par les
expressions faciales des sujets.Robert Campin Portrait d’homme , vers 1435 Robert Campin Portrait de femme , vers 1435
Cette paire de portraits du Ma ître de Fl émalle a cela de remarquable qu’elle est l’un des
premiers exemples de portrait de couple comme genre autonome, hors d’un contexte pictural.
Au cours de la Renaissance et de l’ âge baroque, le portrait de la femme et du mari se
regardant mutuellement conna ît une grande fortune. Bien qu’autonomes, les deux portraits
sont con çus de fa çon unitaire et seule la relation entre les deux toiles permet de comprendre
pleinement la trame subtile des sentiments qui lie le couple de bourgeois : l’homme, corpulent
et sanguin, a un regard énergique tandis que la femme, par un doux mouvement de
soumission, donne l’impression de se retirer comme le laissent à peine deviner ses yeux,
orientés l égèrement vers le bas, sous la candeur impeccable du voile. On remarque de fa çon
évidente le model é quasi sculptural de son visage et de sa coiffe tandis que chez son mari on
admire le parfait rendu des reliefs du visage : rides du front et de la bouche, rel âchement de la
peau au niveau du cou…
▪ Le d écor, le fond du tableauFond monochrome sombre : les champs monochromes sont vulgaris és par les primitifs
flamands pour devenir la formule adopt ée la plus couramment.
Décor int érieur domestique : Jan van Eyck, en 1434, peignit les époux Arnolfini dans un
intérieur richement meubl é d écrit avec une apparente fid élité mais tr ès habilement d éformé
pour des raisons esth étiques de composition, et qui semble être la propre chambre du couple.
Il est possible, mais non d émontrable, que Van Eyck est le premier portraitiste à repr ésenter
ses sujets dans un int érieur domestique. A Bruges, en 1446, Petrus Christus, qui connaissait ce
portrait par ou ïdire ou par des copies ex écuta le portrait à micorps d’Edward Grimston,
gentilhomme anglais s éjournant en Flandre. Il le repr ésente dans un int érieur orn é d’ écussons
à ses armes – ce qui laisse supposer que la maison lui appartient – mais qui ne ressemble
guère à une pi èce d’une demeure anglaise. En 1462, Dierick Bouts peignit un homme non
identifié qu’il situa également dans l’angle d’une salle. Dans les portraits de Van Eyck et de
Christus, les int érieurs en euxm êmes sont int éressants mais les fen êtres ne r évèlent que peu
de choses du monde ext érieur dans le premier cas et n’en montrent rien dans le second alors
que dans le portrait de Bouts, la t ête du mod èle se d écoupe sur une fen être ouverte sur un
paysage lointain.
Dierick Bouts, Portrait d’homme , 1462
La fen être et le paysage : les fen êtres et les colonnades
ouvrant sur des vues étendues se rencontrent avant les
primitifs flamands, dans les tableaux à sujets religieux mais c’est v éritablement en Flandre au XVe si ècle que la fen être ou l’arcade ouvrant sur l’ext érieur appara ît dans les portraits. Cette
fenêtre ouverte dans une sc ène d’int érieur sert alors de cadre pour une repr ésentation du
monde et de la nature. Elle participe en quelque sorte à l’invention du paysage puisqu’elle
l’isole, le s épare du reste de la toile et lui donne ainsi une v éritable autonomie. Chez un artiste
comme Van Eyck o ù la perspective est encore empirique, un paysage comme le jardin de La
Vierge au chancelier Rolin s’organise librement sans interf érer avec les autres parties de la
scène. C’est toutefois l’arri èreplan dont le Portrait d’homme de Bouts, peint en 1462, fournit
l’exemple, qui conna ît le plus de succ ès en Europe. L’id ée d’un angle de pi èce, avec ou sans
fenêtre, est simple et adaptable. A la place de la fen être pourra alors s’ouvrir une porte avec
un espace secondaire comme on le rencontrera dans la peinture italienne.
L’idée artificielle de sortir le sujet de son int érieur pour le placer devant un paysage lointain
est peut être appliqu ée pour la premi ère fois à l’art du portrait par Memling, qui nous fournit
en tout cas les plus anciens exemples flamands connus. Rogier van der Weyden avait d éjà
annoncé ce type de repr ésentations dans ses peintures religieuses comme le Triptyque
Bracque peint vers 1450 o ù cinq personnages à micorps se d étachent sur un vaste panorama.
Memling
▪ L’introduction de la symbolique dans le portrait
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Publié le :
21/07/2011
Langue :
Français
Nombre de pages :
19
Type de la publication :
Présentations
