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Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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ÉCONOMIE CHINE -AFRIQUE
ENFIN, LÊAFRIQUENOIRE
Au milieu des années 1990, la Chine n’aurait pu continuer à faire croître son économie de façon explosive sans ouvrir les portes et gagner l’étranger. La République populaire enclenchait alors un processus qui, à peine quinze ans plus tard, montre qui sont les gagnants et qui sont les perdants. Les gagnants : la Chine et l’Afrique, l’Amérique latine et l’Asie. Le grand perdant : les États-Unis. En 1991, quand le mur de Berlin tombe et que l’URSS se désintègre, les USA affirment que le ème 21 sièclesera “le nouveau siècle américain”. Mais il s’est mué en désillusion, et sur tous les continents, leur influence régresse.
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ébut novembre 2009, à Sharm D el-Sheikh (Egypte), se tenait une conférence ministérielle sino-africaine. Le premier ministre chi-nois Wen Jiabao y déclarait : “Les autorités et le peuple chinois ont toujours estimé que les pays afri-cains avaient le droit de choisir leur propre système social et de définir eux-mêmes, la voie de développe-ment qui leur semblait la plus ap-propriée. Nous sommes fermement convaincus que les pays africains peuvent résoudre eux-mêmes leurs propres problèmes. Notre collabo-ration économique et notre commer-ce s’appuient sur l’avantage réci-proque, sur un résultat gagnant des deux côtés. Sur l’ouverture et la transparence. Nous n’avons jamais posé de conditions politiques à l’Afrique et nous ne le ferons jamais non plus dans le futur.” Lors de la conférence, la Chine promettait 10 milliards de dollars de prêts bon marché pour la période 2010-2012. Dans les trois années à
venir, cet argent financera des pro-jets d’infrastructures et des program-mes sociaux. La Chine a également l’intention d’aider à réaliser une cen-taine de nouveaux projets d’énergie non polluante. Elle supprimera les taxes à l’importation sur les produits africains. L’an prochain, cette me-sure concernerait soixante pour cent (60%) des marchandises africaines et d’ici à trois ans, quatre vingt quinze pour cent (95%). La Chine enverra en Afrique 50 équipes agri-coles supplémentaires accompagnées, au total 2000 ingénieurs et tech-niciens agronomes. En outre, la Chine est disposée à annuler les dettes des pays africains les plus pauvres, Beijing enverra par ail-leurs, un soutien encore plus im-portant aux hôpitaux africains. L’aide dans le secteur médical acquiert petit à petit un volume impressionnant : jusqu’à présent, la Chine a envoyé 15 000 médecins dans 47 pays africains : à eux tous, ils ont déjà traité 180 millions de
patients. L’aide chinoise dans les infrastructures africaines n’est pas à sous-estimer non plus. Les inves-tissements chinois dans les chemins de fer, les routes, les ports, les bâtiments publics, la distribution d’eau, les réseaux d’électricité, etc. sont plus importants que ceux de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement mis ensemble. L’an dernier (2008), le commerce entre la Chine et l’Afri-que s’est élevé à 107 milliards de dollars. C’est dix fois plus qu’en l’an 2000. Cette année, la Chine est devenue le principal partenaire commercial de l’Afrique, détrônant ainsi les États-Unis. Elle n’est d’ail-leurs pas le seul pays à vouloir collaborer plus étroitement avec l’Afrique. Le Brésil et l’Inde le veu-lent aussi. En 2000, le commerce entre le Brésil et l’Afrique s’élevait à 3 milliards de dollars. L’an der-nier, il est passé à 26 milliards. En une décennie, le commerce entre l’Inde et l’Afrique a septuplé.
Politique coloniale ?
Le nouveau partenaire principal de l’Afrique est pourtant bien la Chine et, de ce fait, certaines personnes aux États-Unis et au sein de l’Union européenne, lui reprochent de mener une politique coloniale en Afrique. Mais cette allégation repose-t-elle bien sur des faits ? L’engagement chinois en Afrique met en scène un grand nombre d’acteurs. Il y a des banques qui financent des projets, des holdings publics, des entreprises de niveau provincial et des entre-preneurs privés. Il n’est pas simple de tenir tout de monde à l’œil depuis Beijing. Il est même déjà arrivé à des entrepreneurs chinois, surtout privés, de fouler au pied la règle générale de conduite qui veut que la collaboration créée une situation gagnant-gagnant et que soit respecté l’intérêt de la population locale. La Chine et l’Afrique n’ont pas encore
élaboré de cadre juridique forçant les entrepreneurs à marcher droit et les malentendus ne disparaîtront que si la Chine intervient sévèrement contre de nouveaux colonialistes d’origine chinoise. Mais le reproche du colonialisme dans la bouche de certains aux États-Unis et en Europe occidentale est particulièrement hy-pocrite. En Afrique de l’Est, de l’Ouest, du Centre, du Nord et du Sud, ce sont eux qui ont d’abord désorganisé les structures locales pour les remplacer par une occu-pation coloniale qui a exporté les meilleurs hommes et femmes com-me esclaves et a introduit pour ceux qui restaient un système de travail forcé. En Afrique, il existe sans aucun doute des situations regret-tables dont sont responsables cer-tains entrepreneurs chinois. Mais, en Occident, certains ont un art consommé à tellement amplifier les faits, que l’ensemble finit par échapper au regard. C’est ce qui arrive quand l’arbre cache la forêt. MêmeThe Economist, pourtant l’un des porte-voix des affaires britan-niques et américaines, doit l’admet-tre : “L’implication de la Chine en
ÉCONOMIE CHINE -AFDRIQUE
Afrique est à maints égards, une bonne chose pour les deux parties. En échange de pétrole et de mine-rais, la Chine met sur pied les infrastructures africaines bien long-temps négligées. La Chine a beau-coup gagné en popularité en Afri-que. Et qui plus est, elle n’intervient pas dans la politique africaine”.The Economistconnait aussi la raison du reproche de colonialisme lancé par l’Occident : “L’Occident craint de perdre l’Afrique et d’autres régions riches en matières premières. La brusque montée de la Chine affaiblit l’emprise de l’Amérique sur les pays en voie de développement”. Que l’emprise américaine sur l’Afri-
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que diminue, on peut le voir avec l’aventure d’Africom. Les Améri-cains se sont mis en quête pendant quatre ans, d’un pays africain ou ils allaient pouvoir installer leur QG militaire d’Afrique, Africom. Ils sont rentrés bredouilles. Le ministre Sud-africain de la Défense, Mo-siuoa Lekota, leur a dit que le refus de laisser entrer Africom était “une décision collective africaine”. Le gouvernement zambien a posé au ministre américain des Affaires étrangères, la question rhétorique : Aimeriez-vous avoir un éléphant dans votre living ?”. Finalement, les américains ont décidé d’établir leur QG africain en Allemagne. En fai-sant état de cette décision, le patron d’Africom, le général William Ward a déclaré : “Certains pays africains ne nous comprennent pas”. Oh le pauvre ! Sur d’autres plans aussi, on voit que l’influence américaine en Afrique pâlit. Aujourd’hui la Chine est le premier partenaire commercial de l’Afrique du Sud. Au cours des sept premiers mois de 2009, l’Afrique du Sud a exporté une fois et demi plus vers la chine que pour la même période en 2008. La position ga-gnante de la Chine a des retombées diplomatiques, écrit la fondation américaine Jamestown : “les points de vue de l’Afrique du Sud à propos du Darfour, du Zimbabwe et du Myanmar reflètent ceux de la Chine ; ils indiquent clairement que les deux gouvernements ont un seul et même regard sur les questions interna-tionales”. Il y a des gens qui le déplorent. Mais la relation entre l’Afrique et la Chine est peut-être bien le début du véritable dévelop-pement du continent noir. Après la conférence ministérielle sino-afri-caine de novembre 2009 à Sharm el-Sheikh, leFinancial Timesécrivait : La Chine a prouvé qu’elle était en état de créer de la prospérité dans ces pays situés de l’autre côté du globe terrestre. Le Brésil en est un exemple. Mais aujourd’hui, nous sommes sur le point de vivre quel-
que chose de neuf.” L’engagement commercial complexe de la Chine dans de nombreux pays africains, coïncide avec les efforts analogues du Brésil, de l’Inde et de la Russie et il peut modifier le sort économique de tout le continent. Les récentes promesses de la Chine, consolident l’engagement chinois. En même temps que l’engagement du Brésil, de l’Inde et de la Russie, l’enga-gement chinois peut mettre un terme à la marginalité africaine dans l’économie mondiale. Après le som-met sino-africain de 2006, le prési-dent sud-africain de l’époque Thabo Mbeki avait exprimé l’espoir de voir la coopération sino-africaine apporter le développement. Il l’avait dit en ces termes : “Certaines per-sonnes ont peur du message d’es-poir qui émane de ce sommet et qui créé la possibilité de lancer une globalisation susceptible de profiter aux pauvres de ce monde. Ils per-çoivent les développements du partenariat sino-africain comme une menace pour leurs intérêts. Dans le contexte de leurs propres conditions, ces personnes mettront tout en œuvre pour présenter com-me mauvais, ce qui est de toute évidence bon. Ceux qui ont voulu d’abord parler de bons amis, de partenaires fiables, du frère et de la sœur. J’aime rappeler ce jour de mai 1984 où aux Union Buildings de Tshwane, tous les peuples du monde ont célébré la désignation de Nelson Mandela en tant que pre-mier président de l’Afrique du Sud libérée. Ainsi, il s’est fait de nou-veau qu’en novembre 2006, sur la place de la Paix à Beijing, l’Afrique et la Chine se sont réunies afin de poser la première pas d’un voyage d’espoir long d’au moins mille milles’’
Peter FRANSSEN www.infochina.be
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