Cahier de Français

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Cahier de Français

Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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  Cahier de Français (N°1)  Séquences 1 et 2  Septembre-décembre 2005  Classe de 1°L1M. BURAUD 
Séquence 1 Lépistolaire : Lettres réelles, lettres fictives 
Œuvre étudiée  
Lectures conseillées Vous choisirez obligatoirement deuxœuvres parmi ces quatre     Paroles de Poilus, Lettres et carnets du front, 1914-1918 Librio    Lettres à un Jeune Poète De Rainer Maria Rilke Flammarion       Lettres à Lou Apollinaire Limaginaire, Gallimard    En lien      > site du lycée  Lettres de la religieuse Portugaise  oeuvre intégrale > Guillerargues Mille et une nuitsl>a lcso.wwwtis.htm /m.rocsietegam- 
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1  Emile Sautour était originaire de Juillac en Corrèze. Il appartenait au 131° régiment d’infanterie et il a été tué sur le front le 10 octobre 1916.   5 31 mars 1916    Mes bons chers parents, ma bonne petite sœur   10 Il me devient de plus en plus difficile de vous écrire. Il ne me reste plus un moment de libre. Nuit et jour il faut être au travail ou au créneau. De repos jamais. Le temps de manger aux heures de la soupe et le repos terminé il faut reprendre son ouvrage ou sa garde. Songez que sur vingt-quatre heures, je dors trois heures, et encore elles ne se suivent pas toujours. Au lieu d’être trois heures consécutives,15 il arrive souvent qu’elles sont coupées de sorte que je dors une heure puis une deuxième fois deux heures. Tous mes camarades éprouvent les mêmes souffrances. Le sommeil pèse sur nos paupières lorsqu’il faut rester six heures debout au créneau avant d’être relevé. Il n’y a pas assez d’hommes mais ceux des dépots 20 êuvent être appelés et venir remplacer les évacués ou les disparus. Un renfort de vingt hommes par bataillon  arrive, trente sont évacués. Il n’y a pas de discipline militaire, c’est le bagne, c’est l’esclavage !... Les officiers ne sont point familiers, ce ne sont point ceux du début. Jeunes, ils veulent un grade de plus en plus élevé. Il faut qu’ils se fassent25 remarquer par un acte de courage ou de la façon d’organiser définitivement un secteur, qui paie cela le soldat. La plupart n’ont aucune initiative. Ils commandent sans se rendre compte des difficultés de la tâche, ou de la corvée, à remplir. En ce moment, nous faisons un effort surhumain. Il nous sera impossible de tenir 30 longtemps ; le souffle se perd. Je ne veux pas m’étendre trop sur des faits que vous ne voudriez pas croire tout en étant bien véridiques, mais je vous dirai que c’est honteux de mener des hommes de la sorte, de les  considérer comme des bêtes.  Moindre faute, moindre défaillance, faute contre la discipline : huit jours de prison, par le commandant de la35 compagnie, porté par le Colonel. Le soldat les fait. Au repos, il est exempt de vin et de viande. Nous sommes mal nourris, seul le pain est bon. Sans colis, que deviendrions-nous ? La nuit que j’ai regagné le secteur actuel, nos officiers nous ont perdus. Nous avons marché trois heures sous bois pour gagner le point de départ. La pluie et la neige tombaient. Il a fallu regagner le temps perdu et par la route nous avons monté en40 ligne. Mais le danger est grand pour faire passer un bataillon sur une route si bien repérée. Nous avons été marmités mais pas de pertes. Nous avons parcouru quatorze kilomètres en deux pauses. En ce moment, c’est beaucoup trop pour des hommes vannés et par un temps abominable.  J’ai voulu vous montrer que ceux qui vous diront que le soldat n’est pas malheureux au front, qu’un tel a de la45  chance d’être valide encore, mériteraient qu’on ne les fréquente plus. Qu’ils viennent donc entendre  seulement le canon au-dessus de leur têtes, je suis persuadé qu’ils regagnent leur chez soi au plus vite. Nos misères empirent chaque jour, je les vaincrai jusqu’au bout. A bientôt la victoire, à bientôt le baiser du retour.50                   55 A Madame de Grignan A Auxerre, samedi 16 juillet 1672   Enfin, ma fille, nous voilà. Je suis encore bien loin de vous, et je sens pourtant déjà le plaisir d’en être plus60  près. Je partis mercredi de Paris, avec le chagrin de n’avoir pas reçu de vos lettres le mardi. L’espérance de  vous trouver au bout d’une si longue carrière me console. Tout le monde nous assurait agréablement que je  voulais faire mourir notre cher abbé, de l’exposer dans un voyage de Provence au milieu de l’été. Il a eu le courage de se moquer de tous ces discours, et Dieu l’en a récompensé par un temps à souhait. Il n’y a point de65 poussière, il fait frais, et les jours sont d’une longueur infinie. Voilà tout ce qu’on peut souhaiter. Notre Mousse prend courage. Nous voyageons un peu gravement. M. de Coulanges nous eût été bon pour nous réjouir. Nous n’avons point trouvé de lecture qui fût digne de nous que Virgile, non pas travesti, mais dans toute la majesté du latin et de l’italien. Pour avoir de la joie, il faut être avec des gens réjouis, vous savez que je suis comme on 70 veut, mais je n’invente rien. Je suis un peu triste de ne plus savoir ce qui se passe en Hollande. Quand je suis partie, on était entre la paix et la guerre. C’était le pas le plus important où la France se soit trouvée depuis très longtemps. Les intérêts particuliers s’y rencontrent avec ceux de l’État. Adieu donc, ma chère enfant ; j’espère que je trouverai de vos nouvelles à Lyon. Vous êtes très obligée à notre cher abbé et à la mousse ; à moi point du tout.  Mme De Sévigné, Lettres, « Lettre du 16 juillet
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10 septembre 1889, Saint Rémy   Sais-tu qu'encore aujourd'hui, quand je lis par hasard l'histoire de quelque industriel énergique ou surtout d'un éditeur, qu'alors il me vient encore les mêmes indignations, les mêmes colères d'autrefois quand j'étais chez les Goupil & CIe. La vie se passe ainsi, le temps ne revient pas, mais je m'acharne à mon travail, à cause de cela même que je sais que les occasions de travailler ne reviennent pas. Surtout dans mon cas où une crise plus violente peut détruire à tout jamais ma capacité de peindre. Je me sens dans mes crises lâche devant l'angoisse et la souffrance - plus lâche que de juste et c'est peut-être cette lâcheté morale même qui alors qu'auparavant je n'avais aucun désir de guérir, à présent me fait manger comme deux, travailler fort, me ménager dans mes rapports avec les autres malades de peur de retomber - enfin je cherche à guérir à présent comme un qui aurait voulu se suicider trouvant l'eau trop froide, cherche à rattraper le bord. Mon cher frère, tu sais que je me suis rendu dans le Midi et que je m'y suis lancé dans le travail pour mille raisons. Vouloir voir une autre lumière, croire que regarder la nature sous un ciel plus clair peut nous donner une idée plus juste de la façon de sentir et de dessiner des Japonais. Vouloir enfin voir ce soleil plus fort, parce que l'on sent que sans le connaître on ne saurait comprendre au point de vue de l'exécution, de la technique, les tableaux de Delacroix et parce que l'on sent que les couleurs du prisme sont voilées dans de la brume dans le Nord. Tout cela reste un peu vrai. Puis lorsqu'à cela s'ajoute encore une inclinaison du cœur vers ce Midi, que Daudet a fait dansTartarin,et que par-ci, par-là moi j'ai trouvé aussi des amis et des choses que j'aime ici. Comprendras-tu alors que tout en trouvant horrible mon mal, je sens que quand même je me suis fait des attaches un peu trop fortes ici - attaches qui peuvent faire que plus tard l'envie me reprenne de travailler ici - quand bien même il peut se faire que sous relativement peu je revienne dans le Nord. Oui, car je ne te cache pas que de même que je prends à présent de la nourriture avec avidité, j'ai un désir terrible qui me vient, de revoir les amis et de revoir la campagne du Nord. Le travail va fort bien, je trouve des choses que j'ai en vain cherchées pendant des années, et sentant cela je pense toujours à cette parole de Delacroix que tu sais, qu'il trouva la peinture n'ayant plus ni souffle ni dents. Eh bien! moi avec la maladie mentale que j'ai, je pense à tant d'autres artistes moralement souffrants et je me dis que cela n'est pas un empêchement pour exercer l'état de peintre comme si rien n'était.  Alors que je vois qu'ici les crises tendent à prendre une tournure religieuse absurde, j'oserais presque croire que celanécessitemême le retour vers le Nord. Ne parlez pas trop de cela avec le médecin quand tu le verras - mais je ne sais si cela ne vient pas de vivre tant de mois et à l'hospice d'Arles et ici dans ces vieux cloîtres. Enfin, il ne faut pas que je vive dans un milieu comme cela, mieux vaut alors la rue. Je ne suis pas indifférent, et dans la souffrance même quelquefois des pensées religieuses me consolent beaucoup.  Vincent Van Gogh, « Lettre à son frère Théo » 
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A Paul Demeny  à Douai   Charleville, 15 mai 1871.1   J'ai résolu de vous donner une heure de littérature nouvelle;  Voici de la prose sur l'avenir de la poésie5 Toute poésie antique aboutit à la poésie grecque; Vie harmonieuse. - De la Grèce au mouvement romantique, - moyen âge, il y a des lettrés, des versificateurs. D'Ennius à Théroldus, de Théroldus à Casimir Delavigne, tout est prose rimée, un jeu, avachissement et gloire d'innombrables générations idiotes: Racine est le pur, le fort, le grand. - On eût soufflé sur ses rimes, brouillé ses10  hémistiches, que le Divin Sot serait aujoud'hui aussi ignoré que le premier auteur d'Origines. - Après Racine, le jeu moisit. Il a duré mille ans ! Ni plaisanterie, ni paradoxe. La raison m'inspire plus de certitudes sur le sujet que n'aurait jamais eu de colères un jeune France. Du reste, libre aux15 nouveaux ! d'exécrer les ancêtres: on est chez soi et l'on a le temps.  On n'a jamais bien jugé le romantisme; qui l'aurait jugé ? Les critiques ! ! Les romantiques, qui prouvent si bien que la chanson est si peu souvent l'œuvre, c'est-à-dire la pensée chantée et20 comprise du chanteur ? Car Je est un autre. Si le cuivre s'éveille clairon, il n'y a rien de sa faute. Cela m'est évident:  j'assiste à l'éclosion de ma pensée: je la regarde, je l'écoute: je lance un coup d'archet: la 25 symphonie fait son remuement dans les profondeurs, ou vient d'un bond sur la scène. Si les vieux imbéciles n'avaient pas trouvé du Moi que la signification fausse, nous n'aurions pas à balayer ces millions de squelettes qui, depuis un temps infini, ! ont accumulé les produits de leur intelligence borgnesse, en s'en clamant les auteurs ! En Grèce, ai-je dit, vers et lyres rythment l'Action. Après,30  musique et rimes sont jeux, délassements. L étude de ce passé charme les curieux: plusieurs ' s'éjouissent à renouveler ces antiquités : - c'est pour eux. L'intelligence universelle a toujours jeté ses idées, naturellement; les hommes ramassaient une partie de ces fruits du cerveau: on agissait35 par, on en écrivait des livres: telle allait la marche, I'homme ne se travaillant pas, n'étant pas  encore éveillé, ou pas encore dans la plénitude du grand songe. Des fonctionnaires, des écrivains: auteur, créateur, poète, cet homme n'a jamais existé !40 La première étude de l'homme qui veut être poète est sa propre connaissance, entière; il cherche son âme, il l'inspecte, Il la tente, I'apprend. Dès qu'il la sait, il doit la cultiver; cela semble simple: en tout cerveau s'accomplit un développement naturel; tant d'égoïstes se proclament auteurs; il en45  est bien d'autres qui s'attribuent leur progrès intellectuel ! - Mais il s'agit de faire l'âme monstrueuse: à l'instar des comprachicos, quoi ! Imaginez un homme s'implantant et se cultivant des verrues sur le visage. 50 Je dis qu'il faut être voyant, se faire voyant.  Le Poète se fait voyant par un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens. Toutes les formes d'amour, de souffrance, de folie; il cherche lui-même, il épuise en lui tous les poisons, pour n'en garder que les quintessences.55 Ineffable torture où il a besoin de toute la foi, de toute la force surhumaine, où il devient entre tous le grand malade, le grand criminel, le grand maudit, - et le suprême Savant ! - Car il arrive à  l'inconnu ! Puisqu'il a cultivé son âme, déjà riche, plus qu'aucun ! Il arrive à l'inconnu, et quand,60 affolé, il finirait par perdre l'intelligence de ses visions, il les a vues ! Qu'il crève dans son bondissement par les choses inouïes et innommables: viendront d'autres horribles travailleurs; ils c o m m e n c e r t p a r l e s h o r i z o n s o ù l ' a u t r e s ' e s t a f f a i s s é ! o n   65 Arthur Rimbaud, extrait de la Lettre du Voyant 
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PREMIERE PARTIE  LETTRE PREMIERE  CECILE VOLANGES A SOPHIE CARNAY. AUX URSULINES DE ...1    Tu vois, ma b onne amie, que je tiens parole, et que les bonnets et les pompons ne prennent pas tout mon temps; il m'en restera toujours pour toi. J'ai pourtant vu plus de parures dans cette seule journée que dans les5 quatre ans que nous avons passés ensemble; et je crois que la superbe Tanville [Pensionnaire du même   Couvent] aura plus de chagrin à ma première visite, où je compte bien la demander, qu'elle n'a cru nous en faire toutes les fois qu'elle est venue nous voir _ in fiocchi _ . Maman m'a consultée sur tout; elle me traite beaucoup moins en pensionnaire que par le passé. J'ai une Femme de chambre à moi; j'ai une chambre et un10 cabinet dont je dispose, et je t'écris à un Secrétaire très joli, dont on m'a remis la clef, et où je peux renfermer  tout ce que je veux. Maman m'a dit que je la verrais tous les jours à son lever; qu'il suffisait que je fusse  coiffée pour dîner, parce que nous serions toujours seules, et qu'alors elle me dirait chaque jour l'heure où je15 devrais l'aller joindre l'après-midi. Le reste du temps est à ma disposition, et j'ai ma harpe, mon dessin et des  livres comme au Couvent; si ce n'est que la Mère Perpétue n'est pas là pour me gronder, et qu'il ne tiendrait  qu'à moi d'être toujours à rien faire: mais comme je n'ai pas ma Sophie pour causer et pour rire, j'aime autant m'occuper.20   Il n'est pas encore cinq heures; je ne dois aller retrouver Maman qu'à sept: voilà bien du temps, si j'avais   quelque chose à te dire! Mais on ne m'a encore parlé de rien; et sans les apprêts que je vois faire, et la quantité25 d'Ouvrières qui viennent toutes pour moi, je croirais qu'on ne songe pas à me marier, et que c'est un radotage  de plus de la bonne Joséphine [Tourière du Couvent]. Cependant Maman m'a dit si souvent qu'une  Demoiselle devait rester au Couvent jusqu'à ce qu'elle se mariât, que puisqu'elle m'en fait sortir, il faut bien  que Joséphine ait raison.30 Il vient d'arrêter un carrosse à la porte, et Maman me fait dire de passer chez elle tout de suite. Si c'était le  Monsieur? Je ne suis pas habillée, la main me tremble et le cœur me bat. J'ai demandé à la Femme de chambre, si elle savait qui était chez ma mère: " Vraiment, m'a-t-elle dit, c'est M. C**. " Et elle riait. Oh! je crois que c'est lui. Je reviendrai sûrement te raconter ce qui se sera passé. Voilà toujours son nom. Il ne faut35  pas se faire attendre. Adieu, jusqu'à un petit moment.   Comm moquer de la pauvre Cécile! Oh! j'ai été bien honteuse! Mais tu y aurais été attrapée comme e tu vas te40 moi. En entrant chez Maman, j'ai vu un Monsieur en noir, debout auprès d'elle. Je l'ai salué du mieux que j'ai  pu, et suis restée sans pouvoir bouger de ma place. Tu juges combien je l'examinais! " Madame " , a-t-il dit à  ma mère, en me saluant, " voilà une charmante Demoiselle, et je sens mieux que jamais le prix de vos bontés.  " A ce propos si positif, il m'a pris un tremblement tel, que je ne pouvais me soutenir; j'ai trouvé un fauteuil, 45 et je m'y suis assise, bien rouge et bien déconcertée. J'y étais à peine, que voilà cet homme à mes genoux. Ta pauvre Cécile alors a perdu la tête; j'étais, comme a dit Maman, tout effarouchée. Je me suis levée en jetant e Eh buine nc!r i qpue'arçvaenzt-,v .o..u tsi?e nAs,s sceoymezm-ev ocus jeotu rd odnu nteozn vneortrree . piMead mà anM eosnts ipeaurrti. e"  dE'unn e éffcelta,t  mdea  rcirheè,r ee na mmiee ,d lies aMnt:o n"sieur 50 était un Cordonnier. Je ne peux te rendre combien j'ai été honteuse: par bonheur il n'y avait que Maman. Je  crois que, quand je serai mariée, je ne me servirai plus de ce Cordonnier-là. Conviens que nous voilà bien  savantes! Adieu. Il est près de six heures, et ma Femme de chambre dit qu'il faut que je m'habille. Adieu, ma55 chère Sophie; je t'aime comme si j'étais encore au Couvent.   P.S : Je ne sais par qui envoyer ma Lettre: ainsi j'attendrai que Joséphine vienne. 60  Paris, ce 3 août 17**    65  
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......…Lettre XXII  .La Présidente de Tourvel à Madame de Volanges  Vous serez sans doute bien aise, Madame, de connaître un trait de M. de Valmont qui contraste beaucoup, ce me semble, avec tous ceux sous lesquels on vous l'a représenté. Il est si pénible de penser désavantageusement de qui que ce soit, si fâcheux de ne trouver que des vices chez ceux qui auraient toutes les qualités nécessaires pour faire aimer la vertu ! Enfin vous aimez tant à user d'indulgence, que c'est vous obliger que de vous donner des motifs de revenir sur un jugement trop rigoureux. M. de Valmont me paraît fondé à espérer cette faveur, je dirais presque cette justice; et voici sur quoi je le pense. Il a fait ce matin une de ces courses qui pouvaient faire supposer quelque projet de sa part dans les environs, comme l'idée vous en était venue; idée que je m'accuse d'avoir saisie peut-être avec trop de vivacité. Heureusement pour lui, et surtout heureusement pour nous, puisque cela nous sauve d'être injustes, un de mes gens devait aller du même côté que lui *; et c'est par là que ma curiosité répréhensible, mais heureuse, a été satisfaite. Il nous a rapporté que M. de Valmont, ayant trouvé au Village de ... une malheureuse famille dont on vendait les meubles, faute d'avoir pu payer les impositions, non seulement s'était empressé d'acquitter la dette de ces pauvres gens, mais même leur avait donné une somme d'argent assez considérable. Mon Domestique a été témoin de cette vertueuse action; et il m'a rapporté de plus que les paysans, causant entre eux et avec lui, avaient dit qu'un Domestique, qu'ils ont désigné et que le mien croit être celui de M. de Valmont, avait pris hier des informations sur ceux des habitants du Village qui pouvaient avoir besoin de secours. Si cela est ainsi, ce n'est plus seulement une compassion passagère, et que l'occasion détermine : c'est le projet formé de faire du bien; c'est la sollicitude de la bienfaisance; c'est la plus belle vertu des plus belles âmes : mais, soit hasard ou projet, c'est toujours une action honnête et louable, et dont le seul récit m'a attendrie jusqu'aux larmes. J'ajouterai de plus, et toujours par justice, que quand je lui ai parlé de cette action de laquelle il ne disait mot, il a commencé par s'en défendre, et a eu l'air d'y mettre si peu de valeur lorsqu'il en est convenu, que sa modestie en doublait le mérite. A présent, dites-moi, ma respectable amie, si M. de Valmont est en effet un libertin sans retour ? S'il n'est que cela et se conduit ainsi, que restera-t-il aux gens honnêtes ? Quoi ! les méchants partageraient-ils avec les bons le plaisir sacré de la bienfaisance ? Dieu permettrait-il qu'une famille vertueuse reçût, de la main d'un scélérat, des secours dont elle rendrait grâce à sa divine Providence ? et pourrait-il se plaire à entendre des bouches pures répandre leurs bénédictions sur un réprouvé ? Non. J'aime mieux croire que des erreurs, pour être longues, ne sont pas éternelles; et je ne puis penser que celui qui fait du bien soit l'ennemi de la vertu. M. de Valmont n'est peut-être qu'un exemple de plus du danger des liaisons. Je m'arrête à cette idée qui me plaît. Si, d'une part, elle peut servir à le justifier dans votre esprit, de l'autre, elle me rend de plus en plus précieuse l'amitié tendre qui m'unit à vous pour la vie. J'ai l'honneur d'être, etc. P.S. - Mme de Rosemonde et moi nous allons, dans l'instant, voir aussi l'honnête et malheureuse famille, et joindre nos secours tardifs à ceux de M. de Valmont. Nous le mènerons avec nous. Nous donnerons au moins à ces bonnes gens le plaisir de revoir leur bienfaiteur; c'est, je crois, tout ce qu'il nous a laissé à faire.  De... ce 20 août 17**.   * Mme de Tourvel n'ose donc pas dire que c'était par son ordre ?
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LETTRE CLII   1 LA MARQU ISE DE MERTEU IL AU VICOMTE DE VALMON T    Prenez donc garde, Vicomte, et ménagez davantage mon extrême timidité! Comment voulez-vous que je supporte l'idée accablante d'encourir votre indignation, et surtout que je5  ne succombe pas à la crainte de votre vengeance? d'autant que, comme vous savez, si vous me faisiez une noirceur, il me serait impossible de vous la rendre. J'aurais beau parler, votre existence n'en serait ni moins  brillante ni moins paisible. Au fait, qu'auriez-vous à redouter? d'être obligé de partir, si on vous en laissait10 le temps. Mais ne vit-on pas chez l'Étranger comme ici? et à tout prendre, pourvu que la Cour de France  vous laissât tranquille à celle où vous vous fixeriez, ce ne serait pour vous que changer le lieu de vos  triomphes. Après avoir tenté de vous rendre votre sang-froid par ces considérations morales, reven ons à nos affaires.15  Savez-vous, Vicomte, pourquoi je ne me suis jamais remariée? ce n'est assurément pas faute d'avoir trouvé assez de partis avantageux; c'est uniquement pour que personne n'ait le droit de trouver à redire à o tmoeusj oaucrtsi ofinnsi.  pCaer  lnà';e smt aimsê cm'ees t pqaus' ilq ume' aj'uariaei t cgraêinnét e dqeu en eq upeluqvu'ouirn  pelûut se fua isreeu lemmese nvt olleo ndtréosi,t  dcea r s'je'anu rpaliasi nbdireen;  20 c'est qu'enfin je ne voulais tromper que pour mon plaisir, et non par nécessité. Et voilà que vous m'écrivez  la Lettre la plus maritale qu'il soit possible de voir! Vous ne m'y parlez que de torts de mon côté, et de  grâces du vôtre! Mais comment donc peut-on manquer à celui à qui on ne doit rien? je ne saurais le25 concevoir!  Voyons; de quoi s'agit-il tant? Vous avez trouvé Danceny chez moi, et cela vous a déplu? à la bonne heure: mais qu'avez-vous pu en conclure? ou que c'était l'effet du hasard, comme je vous le disais, ou celui de ma volonté, comme je ne vous le disais pas. Dans le premier cas, votre Lettre est injuste; dans le second,30 elle est ridicule: c'était bien la peine d'écrire! Mais vous êtes jaloux, et la jalousie ne raisonne pas. Hé bien! je vais raisonner pour vous. Ou vous avez un rival, ou vous n'en avez pas. Si vous en avez un, il faut plaire pour lui être préféré; si vous n'en avez pas, il faut encore plaire pour éviter d'en avoir. Dans tous les cas, c'est la même conduite à35  tenir: ainsi, pourquoi vous tourmenter? pourquoi, surtout, me tourmenter moi même? Ne savez- vous donc - plus être le plus aimable? et n'êtes-vous plus sûr de vos succès? Allons donc, Vicomte, vous vous faites tort. Mais, ce n'est pas cela; c'est qu'à vos yeux, je ne vaux pas que vous vous donniez tant de peine. Vous40 désirez moins mes bontés que vous ne voulez abuser de votre empire. Allez, vous êtes un ingrat. Voilà bien, je crois, du sentiment! et pour peu que je continuasse, cette Lettre pourrait devenir fort tendre; mais vous ne le méritez pas. 54 Vous ne méritez pas davantage que je me justifie. Pour vous punir de vos soupçons, vous les garderez: ainsi, sur l'époque de mon retour, comme sur les visites de Danceny, je ne vous dirai rien. Vous vous êtes donné bien de la peine pour vous en instruire, n'est-il pas vrai? Hé bien! en êtes-vous plus  avancé? Je souhaite que vous y ayez trouvé beaucoup de plaisir; quant à moi, cela n'a pas nui au mien.50  Tout ce que je peux donc répondre à votre menaçante Lettre, c'est qu'elle n'a eu ni le don de me plaire, ni le pouvoir de m'intimider; et que pour le moment je suis on ne peut pas moins disposée à vous accorder vos demandes. Au vrai, vous accepter tel que vous vous montrez aujourd'hui, ce serait vous faire une infidélité55 réelle. Ce ne serait pas là renouer avec mon ancien Amant; ce serait en prendre un nouveau, et qui ne vaut pas l'autre à beaucoup près. Je n'ai pas assez oublié le premier pour m'y tromper ainsi. Le Valmont que jj'ea ivmoauiss  eént apirt iec,h aVrimcoanmtt. Je iveuuxs  bliee rne tcroonuvveenzi, r ammêenmeez -qlue-e mjeo i;n 'caie lpuai-sl àr esnecroa nttorué jod'uhros mbimeen  rpelçuus . aimable. Ah! 60  e, s vo  Prévenez-le cependant que, dans aucun cas, ce ne serait ni pour aujourd'hui ni pour demain. Son  Menechmelui a fait un peu tort; et en me pressant trop, je craindrais de m'y tromper; ou bien, peut-être ai- je donné parole à Danceny pour ces deux jours-là? Et votre Lettre m'a appris que vous ne plaisantiez pas,  quand on manquait à sa parole. Vous voyez donc qu'il faut attendre.65 Mais que vous importe? vous vous vengerez toujours bien de votre rival. Il ne fera pas pis à votre Maîtresse que vous ferez à la sienne, et après tout, une femme n'en vaut-elle pas une autre? ce sont vos principes. Celle même quiqui n'existerait que pour vous et qui mourrait enfinserait tendre et sensible,   d'amour et de regret, n'en serait pas moins sacrifiée à la première fantaisie, à la crainte d'être plaisanté un 70 moment; et vous voulez qu'on se gêne? Ah! cela n'est pas juste. Adieu, Vicomte; redevenez donc aimable. Tenez, je ne demande pas mieux que de vous trouver charmant; et dès que j'en serai sûre, je m'engage à vous le prouver. En vérité, je suis trop bonne.  Paris, ce 4 décembre 17**.
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QUATRIEME PARTIE  LETTRE CXXV  LE VICOMTE DE VALMONT A LA MARQUISE DE MERTEUIL  La voilà donc vaincue, cette femme superbe qui avait osé croire qu'elle pourrait me résister! Oui, mon amie, elle est à moi, entièrement à moi; et depuis hier, elle n'a plus rien à m'accorder. Je suis encore trop plein de mon bonheur, pour pouvoir l'apprécier, mais je m'étonne du charme inconnu que j'ai ressenti. Serait-il donc vrai que la vertu augmentât le prix d'une femme, jusque dans le moment même de sa faiblesse? Mais reléguons cette idée puérile avec les contes de bonnes femmes. Ne rencontre-t-on pas presque partout une résistance plus ou moins bien feinte au premier triomphe? et ai-je trouvé nulle part le charme dont je parle? ce n'est pourtant pas non plus celui de l'amour; car enfin, si j'ai eu quelquefois auprès de cette femme étonnante des moments de faiblesse qui ressemblaient à cette passion pusillanime, j'ai toujours su les vaincre et revenir à mes principes. Quand même la scène d'hier m'aurait, comme je le crois, emporté un peu plus loin que je ne comptais; quand j'aurais, un moment, partagé le trouble et l'ivresse que je faisais naître: cette illusion passagère serait dissipée à présent; et cependant le même charme subsiste. J'aurais même, je l'avoue, un plaisir assez doux à m'y livrer, s'il ne me causait quelque inquiétude. Serai-je donc, à mon âge, maîtrisé comme un écolier, par un sentiment involontaire et inconnu? Non: il faut, avant tout, le combattre et l'approfondir. Peut-être, au reste, en ai-je déjà entrevu la cause! Je me plais au moins dans cette idée, et je voudrais qu'elle fût vraie. Dans la foule des femmes auprès desquelles j'ai rempli jusqu'à ce jour le rôle et les fonctions d'Amant, je n'en avais encore rencontré aucune qui n'eût, au moins, autant d'envie de se rendre que j'en avais de l'y déterminer; je m'étais même accoutumé à appelerprudescelles qui ne faisaient que la moitié du chemin, par opposition à tant d'autres, dont la défense provocante ne couvre jamais qu'imparfaitement les premières avances qu'elles ont faites. Ici, au contraire, j'ai trouvé une première prévention défavorable et fondée depuis sur les conseils et les rapports d'une femme haineuse, mais clairvoyante; une timidité naturelle et extrême, que fortifiait une pudeur éclairée; un attachement à la vertu, que la Religion dirigeait, et qui comptait déjà deux années de triomphe, enfin des démarches éclatantes, inspirées par ces différents motifs et qui toutes n'avaient pour but que de se soustraire à mes poursuites. Ce n'est donc pas, comme dans mes autres aventures, une simple capitulation plus ou moins avantageuse, et dont il est plus facile de profiter que de s'enorgueillir; c'est une victoire complète, achetée par une campagne pénible, et décidée par de savantes manœuvres. Il n'est donc pas surprenant que ce succès, dû à moi seul, m'en devienne plus précieux; et le surcroît de plaisir que j'ai éprouvé dans mon triomphe, et que je ressens encore, n'est que la douce impression du sentiment de la gloire. Je chéris cette façon de voir, qui me sauve l'humiliation de penser que je puisse dépendre en quelque manière de l'esclave même que je me serais asservie; que je n'aie pas en moi seul la plénitude de mon bonheur; et que la faculté de m'en faire jouir dans toute son énergie soit réservée à telle ou telle femme, exclusivement à toute autre. […] Ah! pourquoi n'êtes-vous pas ici, pour balancer au moins le charme de l'action par celui de la récompense? Mais je ne perdrai rien pour attendre, n'est-il pas vrai? et j'espère pouvoir regarder, comme convenu entre nous, l'heureux arrangement que je vous ai proposé dans ma dernière Lettre. Vous voyez que je m'exécute, et que, comme je vous l'ai promis, mes affaires seront assez avancées pour pouvoir vous donner une partie de mon temps. Dépêchez-vous donc de renvoyer votre pesant Belleroche et laissez là le doucereux Danceny, pour ne vous occuper que de moi. Mais que faites-vous donc tant à cette campagne que vous ne me répondez seulement pas? Savez- vous que je vous gronderais volontiers? Mais le bonheur porte à l'indulgence. Et puis je n'oublie pas qu'en me replaçant au nombre de vos soupirants je dois me soumettre, de nouveau, à vos petites fantaisies. Souvenez-vous cependant que le nouvel Amant ne veut rien perdre des anciens droits de l'ami.  Adieu, comme autrefois...t'envoie tous les baisers de l'amour.Oui, adieu, mon Ange! Je   P.S : Savez-vous que Prévan, au bout de son mois de prison, a été obligé de quitter son Corps? C'est aujourd'hui la nouvelle de tout Paris. En vérité, le voilà cruellement puni d'un tort qu'il n'a pas eu, et votre succès est complet!  Paris, ce 29 octobre 17**.
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Iconographie 
Le Verrou, Fragonard, 1774 
Observations 1. Décrivez le tableau / Que voyez-vous en premier ? / Où se dirige votre regard par la suite ? / Pourquoi ? / Quelle ligne géométrique structure le tableau ? Quels éléments sont disposés sur cette ligne ? Observez bien ces éléments : que vous évoquent-ils ? Quels éléments du tableau se font écho ? Interprétations 2. Racontez la scène à laquelle vous assistez. Votre version pose de toute façon un problème quand on regarde le tableau : quels éléments du tableau sont en contradiction avec votre version? 3. Comment faut-il décrire le tableau pour lever lensemble des contradictions de votre première version ? 4. Quels messages veut nous transmettre le peintre ?
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Fragonard, Le Verrou, 1774 
Détail drapés
Détail visages
La Gimblette o u Jeune file faisant danser son chien sur son lit Gravure par Charles Bertony (deuxième moitié du XVIIIe siècle) d'après Jean-Honoré Fragonard  
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