La pièce de M.Fustier - SOCRATE A L'école D'après Michel Fustier ...

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La pièce de M.Fustier - SOCRATE A L'école D'après Michel Fustier ...

Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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SOCRATE A L'école
D’après Michel Fustier
Socrate est un citoyen athénien (470-399) de la grande époque, celle de Périclès, de Sophocle,
d'Aristophane et de Platon… Il affirmait que l'important pour l'homme était de penser par soi-même.
Il fut un jour désigné par l'oracle de Delphes comme étant le plus sage. Stupéfait, il se mit à
questionner les uns et les autres pour voir s'ils n'étaient pas plus sages que lui. Il interrogeait tout le
monde, en particulier les jeunes gens, se faisant un malin plaisir de remettre en question l'éducation
qu'ils avaient reçue. Jusqu'à ce qu'il découvre qu'il était en effet le plus sage, du moins en cela qu'il ne
pensait pas savoir ce qu'il ne savait pas. La pièce qui suit est une imitation d'un dialogue de Platon.
PERSONNAGES
Socrate. Le maître. Le premier élève. Le second élève. Le troisième élève.
Préambule
SOCRATE - Me permettras-tu, ô maître, à moi qui ne sais rien, d'entrer dans ton école et
d'interroger tes élèves pour qu'ils m'instruisent. Je suis très désireux d'apprendre.
LE MAÎTRE - Certes, ô Socrate. Si tu veux t'instruire, interroge mes élèves tant que tu
voudras.
SOCRATE - Est-ce que tu pourrais me désigner l'un ou l'autre des meilleurs? Pour qu'ils me
disent des choses justes.
LE MAÎTRE - Bien sûr, Socrate. Celui-ci, si tu veux bien, et celui-là, et cet autre aussi… J'ai
beaucoup de bons élèves.
SOCRATE - Merci… Je les interrogerai tous les trois et m'efforcerai de faire bon usage de
leurs réponses.
LE MAÎTRE – Mais surtout ne va pas, ô Socrate, sous prétexte de t'instruire, semer le doute
dans les esprits.
SOCRATE Je m'en garderai bien!
Acte unique.
SOCRATE - Donc, vous, tous les trois, les bons élèves, vous avez l'habitude d'écouter
attentivement les enseignements de votre maître?
PREMIER ÉLÈVE - Certes! Nous l'écoutons attentivement et nous lui répétons fidèlement ce
qu'il nous a dit.
SOCRATE - Cela est bien. Je comprends pourquoi il vous considère comme ses meilleurs
élèves. Et pourquoi lui répétez-vous si fidèlement ce qu'il vous a dit?
DEUXIÈME ÉLÈVE - Mais tout simplement parce que nous voulons lui faire plaisir.
TROISIÈME ÉLÈVE - Et aussi surtout parce que nous pensons que ce qu'il nous dit est la
vérité.
SOCRATE - Je l'espère bien… Et est-ce qu'entre autres, il vous a aussi enseigné l'histoire de
la Grèce.
PREMIER - Bien sûr.
SOCRATE - Ce qui fait que vous êtes définitivement instruits de tout ce qui est arrivé dans le
passé.
PREMIER - Oui, sans nous vanter, nous croyons pouvoir le dire.
SOCRATE - Je savais que votre maître était un bon maître… Mais voyons, pourriez-vous
justement me citer au hasard un événement particulièrement important de notre histoire.
J'aimerais en être informé.
TROISIÈME - Cela nous est facile… La bataille de Marathon, par exemple.
DEUXIÈME - Oui, Marathon. Les Grecs ont remporté là une grande victoire sur les Barbares.
PREMIER - Et Miltiade, si je me souviens bien, était à leur tête.
TROISIÈME - Et moi je me souviens encore de ceci: le coureur qui apporta à Athènes la
nouvelle de la victoire y arriva d'une seule traite… Mais il mourut d'épuisement en
arrivant.
PREMIER - C'est le maître qui nous a dit tout cela.
SOCRATE - C'est très intéressant! C'est un bon maître. Je suis heureux d'avoir été instruit à
mon tour. Mais laisse-moi vous demander: votre maître est-il certain de ce qu'il dit ou
bien ne l'est-il pas?
PREMIER - Je crois, Socrate, que c'est une question que tu ne devrais même pas poser.
DEUXIÈME - Il est évident qu'il est absolument certain de ce qu'il dit.
SOCRATE - Bien sûr, où donc ai-je la tête? Mais tout en sachant qu'il est sûr de ce qu'il dit,
cela serait tout de même intéressant de savoir de qui votre maître le tient? L'avez-vous
interrogé?
DEUXIÈME - Interroger pas le maître! Non. Moi, je n'aurais pas osé! Ce qu'il sait, il le sait.
SOCRATE – Bien sûr. Mais il faut bien qu'il l'ait appris quelque part. Pensez-vous qu'il l'a
entendu lui-même de la bouche de son propre maître… ou peut-être qu'il l'a lu dans
quelque écrit?
PREMIER - Nous ne le savons pas… Mais sans doute des deux façons, et en particulier de la
bouche de son propre maître. Notre maître nous a toujours dit qu'il a été lui-même un
très bon élève et qu'il a très bien retenu les leçons qu'il a reçues dans son enfance.
SOCRATE – J'en suis certain. Mais vous êtes-vous jamais demandé s'il était possible que le
maître de votre maître se soit trompé ?
TROISIÈME - Cela m'étonnerait beaucoup. Nous ne l'avons pas connu, mais un maître est un
maître!
SOCRATE - Ou alors vous êtes-vous demandé si les écrits qu'il a consultés ne lui avaient pas
dissimulé une partie des faits… dans le but par exemple d'exalter le génie de Miltiade,
ou au contraire de le rabaisser?
TROISIÈME - Socrate, ce qui est écrit est écrit. Ne peut-on plus avoir confiance en ce qui est
écrit!
SOCRATE - L'auteur d'un écrit ne veut certainement pas induire ses lecteurs en erreur. Mais
il se pourrait qu'il ait lui-même ignoré certains faits. Ou bien, dans le cas qui nous
occupe, peut-être a-t-il simplement voulu honorer le peuple grec en magnifiant la
bataille qu'il a livrée.
DEUXIÈME - Penses-tu, Socrate, qu'une chose pareille soit possible!
SOCRATE - Il nous faut bien envisager qu'elle le soit… Mais peut-être aussi votre maître a-t-
il pu interroger l'un des survivants de cette bataille, qui par exemple aurait été lui-même
blessé dans l'engagement et qui aurait assisté à la déroute des Barbares. Celui-là pourrait
lui avoir dit la vérité.
DEUXIÈME - Sans doute. Tu as raison Socrate. Là serait la vérité.
SOCRATE - Même si après sa blessure il avait été laissé en arrière et n'ait pas pu voir
exactement comment la bataille s'était terminée?
PREMIER - Oui, mais ses compagnons auraient pu lui raconter ce qui s'était passé.
SOCRATE - Et pensez-vous qu'il l'auraient fait en se vantant un peu, ou même beaucoup, ou
sans se vanter du tout.
PREMIER - Probablement en se vantant un petit peu. Peut-être un peu plus qu'un petit peu.
SOCRATE - De sorte que même ce combattant de Marathon ne serait pas ensuite certain de la
vérité?
DEUXIÈME - Cela nous coûte de l'envisager, mais cela est possible.
SOCRATE - De sorte encore que l'auteur d'un livre qui aurait lui-même entendu le récit de ce
combattant aurait pu en toute bonne foi nous transmettre des choses qui ne seraient pas
tout à fait exactes.
DEUXIÈME - Maintenant que tu nous le dit, ô Socrate, cela nous paraît une crainte
raisonnable.
SOCRATE – Autre chose: on dit généralement que les Barbares se sont rembarqués parce
qu'ils avaient été vaincus. Et s'ils s'étaient rembarqués spontanément, par exemple parce
qu'il y aurait eu des troubles chez eux, en Perse?
TROISIÈME - Veux-tu dire, ô Socrate, que la bataille de Marathon pourrait n'avoir alors été
qu'une pure invention, pour la gloire de l'armée grecque!
PREMIER - En vérité, cela m'étonnerait, mais à bien y réfléchir, ce n'est pas absolument
impossible.
DEUXIÈME - Socrate, notre maître nous instruit. Mais toi, il semble que tu aies pour but en
quelque sorte de nous désinstruire! Nous feras-tu douter de tout?
SOCRATE - Ne trouvez-vous pas qu'il est important non d'être sûr de savoir, mais de
soupçonner qu'on ne sait pas parfaitement.
PREMIER - Oui, sans doute… Mais alors, et le messager?
TROISIÈME – Eh bien, oui, Socrate a raison, le messager pourrait avoir péri non
d'épuisement, mais de la honte de son mensonge! Je ne dis pas que c'est vrai, je dis
seulement que c'est possible…
SOCRATE – Voilà que vous commencez à vous poser vous-mêmes des questions!
PREMIER - Socrate, nous sommes de pauvres écoliers. Nous voulons bien nous poser des
questions, mais n'y a-t-il personne à qui nous puissions nous fier?
SOCRATE – Peu de monde, pour tout dire. La recherche de la vérité est une chose difficile et
l'homme doit manœuvrer délicatement sur une mer encombrée des récifs de l'erreur.
Aussi je vous dis: apprenez, apprenez, mais sachez toujours douter de ce que vous
apprenez.
TROISIÈME – Mais que ferons-nous aujourd'hui de la parole de notre maître?
DEUXIÈME - C'est la seule chose sur laquelle il fait par la suite porter ses questions!
PREMIER – Jusqu'ici nous nous en contentions? Cela suffisait à assurer notre réussite.
SOCRATE – Ne vous imaginez pas que je vais, moi, donner des réponses à vos questions. Je
ne suis moi-même qu'une question en réponse à une question…
Conclusion.
LE MAÎTRE - Je bous à t'entendre et ce n'est que par courtoisie que je t'ai laissé arriver
jusqu'ici… Mais cette fois, ô Socrate, tu as passé la mesure.
SOCRATE - En vérité, je te remercie car j'ai eu le temps de bien m'instruire… même si tu ne
m'as pas laissé le temps d'achever ma dernière phrase.
LE MAÎTRE - Sous le prétexte de parfaire tes connaissances, tu viens de porter atteinte à la
renommée de notre école et de notre République.
SOCRATE - Je n'ai rien affirmé, je n'ai fait que poser des questions!
LE MAÎTRE - Justement. Rien n'est plus subversif que la question. Je voudrais que tu ne sois
jamais entré dans mon école!
SOCRATE - N'ai-je pas parlé en conscience et que peux-tu me reprocher. Si ce que j'ai dit est
faux, tu n'auras pas de peine à rétablir la vérité. Car ta parole est adroite et elle pèse d'un
grand poids, ils me l'ont bien dit.
LE MAÎTRE - Ce qui est vrai, c'est que toi, tu es un corrupteur de la jeunesse et – de cela du
moins sois certain - que je te dénoncerai aux autorités.
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Questions :
1.Quel prétexte Socrate avance-t-il pour parler avec les élèves du maître ?
2. Que redoute le maître en le laissant débattre avec ses élèves ?
3. Quel type de phrases Socrate utilise-t-il systématiquement ?
4. Souligne les deux questions par lesquelles Socrate remet en question l’enseignement
reçu par les élèves.
5. En quoi consiste le fait de bien apprendre pour les élèves de ce maître?
6. Quelle discipline de l’enseignement Socrate choisit-il pour parler avec les élèves ? que
remet-il en question ?
7. Pourquoi les élèves font-ils confiance dans l’enseignement de leur maître ?
8. Souligne dans la page 2 les phrases qui utilisent le conditionnel. Trouve dans ton livre
de grammaire quelle est la fonction principale de ce mode.
9. Quelles hypothèses Socrate envisage-t-il pour remettre en question la version officielle
de la bataille de Marathon ?
10. Quelle démarche Socrate propose-t-il ensuite pour s’assurer que les faits rapportés
sont vrais ? Comment remet-il lui-même cette démarche en question ?
11. Quel reproche les élèves font-ils à Socrate ? Que leur faut-il pour continuer leurs
études ?
12. Recopie la réplique de Socrate qui donne son point de vue sur le fait d’apprendre.
Comment conçoit-il son rôle de maître ? Que pensez-vous de cette démarche ? Est-elle
toujours d’actualité dans la pédagogie d’aujourd’hui ? Donnez des exemples.
13. Que signifie « subversif » ? Pourquoi le maître est-il en colère contre Socrate ?
Questions :
14. Quel prétexte Socrate avance-t-il pour parler avec les élèves du maître ?
15. Que redoute le maître en le laissant débattre avec ses élèves ?
16. Quel type de phrases Socrate utilise-t-il systématiquement ?
17. Souligne les deux questions par lesquelles Socrate remet en question l’enseignement
reçu par les élèves.
18. En quoi consiste le fait de bien apprendre pour les élèves de ce maître?
19. Quelle discipline de l’enseignement Socrate choisit-il pour parler avec les élèves ? que
remet-il en question ?
20. Pourquoi les élèves font-ils confiance dans l’enseignement de leur maître ?
21. Souligne dans la page 2 les phrases qui utilisent le conditionnel. Trouve dans ton livre
de grammaire quelle est la fonction principale de ce mode.
22. Quelles hypothèses Socrate envisage-t-il pour remettre en question la version officielle
de la bataille de Marathon ?
23. Quelle démarche Socrate propose-t-il ensuite pour s’assurer que les faits rapportés
sont vrais ? Comment remet-il lui-même cette démarche en question ?
24. Quel reproche les élèves font-ils à Socrate ? Que leur faut-il pour continuer leurs
études ?
25. Recopie la réplique de Socrate qui donne son point de vue sur le fait d’apprendre.
Comment conçoit-il son rôle de maître ? Que pensez-vous de cette démarche ? Est-elle
toujours d’actualité dans la pédagogie d’aujourd’hui ? Donnez des exemples.
26. Que signifie « subversif » ? Pourquoi le maître est-il en colère contre Socrate ?
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