« Lucas, ta sœur au téléphone ! C'est la deuxième fois qu'elle ...

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« Lucas, ta sœur au téléphone ! C'est la deuxième fois qu'elle ...

Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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« Lucas, ta sœur au téléphone ! C’est la deuxième fois qu’elle appelle. » Lucas fronça les sourcils et pour cause : il n’avait pas de sœur ! Il prit le récepteur des mains de celui qui se faisait appeler « The loverboy ». « Lucas, j’écoute. » « Je t’attends à l’angle de la rue Washington dans dix minutes. Il y a du nouveau ! » « J’y serai. » Il raccrocha. Sa coéquipière, Rachel avait dit « du nouveau »… ça voulait dire que tout ne s’était pas déroulé selon les plans. Il se dépêcha d’aller sous la douche enlever les dernières traces de l’huile dont il avait enduit son corps, seule concession qu’il avait faite pour son numéro de strip-tease. La patronne avait voulu qu’il se fasse épiler le torse, les avant-bras et les jambes, ce qu’il avait catégoriquement refusé. L’épilation était un truc de maso qu’il appréciait seulement chez les femmes et il tenait à la fine toison qui ombrait ses pectoraux. Lucas repéra la voiture de sa coéquipière et jetant un œil aux alentours pour vérifier qu’il n’était pas suivi, ouvrit la portière côté passager et s’installa dans le siège. - « Aaargh ! Qui êtes-vous ? Montrez-moi vos papiers ! » - « Très drôle ! Tu m’as apporté un truc à manger ? » Souriant de toutes ses dents, Rachel lui tendit un sandwich et démarra aussitôt. - « J’ai un choc à chaque fois que je te vois sans ta barbe. Tu sais que tu es flippant ? - « Ouais, ça me fait le même effet à moi aussi ! » Sur la vitre, Lucas contempla le reflet de son visage éclairé par les lumières de la ville : ce visage qu’il avait haï et caché si longtemps. Sa beauté avait été une des choses qui l’avait isolé des autres : à la sortie de l’école, il entendait les mamans dire qu’il était trop beau pour un garçon, avec son visage d’ange et ses grands yeux bleus ombrés de longs cils. Plus d’une fois, les autres enfants l’avaient traité de « fillette. » Il était peut-être petit, mignon et avait l’air angélique, mais dans ces cas-là, il se battait comme un beau diable ! Et les raisons de se battre ne manquaient pas : si on ne se moquait pas de lui pour sa beauté, on le faisait de ses vêtements, de sa pauvreté, de la caravane où il vivait, ou de sa mère, alcoolique notoire. Ses années de bagarre l’avaient endurci et bien aidé par la suite à survivre dans les rues. Il avait à peine quinze ans quand il avait fugué après que sa mère eut essayé de le vendre pour quelques bouteilles de whisky à l’un de ses loosers de petits amis qui le trouvait à son goût. Il ne l’avait plus jamais revue. Lucas caressa machinalement son menton. Sa barbe lui manquait. Il se sentait encore plus nu sans sa barbe que sans ses vêtements. Mais bon, il fallait qu’il se fasse embaucher au Starlight, et les seules places vacantes étaient pour des strip-teaseurs. Il avait dû se résoudre à se présenter sous son meilleur jour. Il mordit dans son sandwich. - « Au fait, joli ton numéro ! » Surpris, il faillit s’étouffer avec la bouchée qu’il venait de prendre. - « Tu es entrée ! », jeta-t-il accusatif. Ils étaient d’accord : aucun flic ne devait venir assister à ses strip-teases. Il faisait son numéro pour le boulot, mais ne voulait pas qu’on vienne le reluquer pour être ensuite la risée de tous au poste. - « Relax ! C’était pour le travail et pas pour lorgner ton corps de rêve. » Elle lui fit un clin d’œil amusé, totalement imperméable à son regard furieux. Rachel avait dix ans de plus que lui et était mariée. Depuis près de sept ans, ils formaient une bonne équipe tous les deux. Ils se respectaient, se taquinaient, s’épaulaient et Lucas la considérait comme sa seule amie. - « Alors, raconte ! Qu’est-ce qui ne pouvait pas attendre que je sorte ? » - « L’agent Carlotta a eu un accident en venant au Club. Sa tête a heurté le pare-brise et elle souffrait d’une légère commotion. Le temps que les secours l’amènent à l’hôpital, elle avait repris conscience et réussi à nous avertir. J’ai essayé de te téléphoner mais on m’a dit que tu entrais sur scène, alors je suis entrée pour te dire que l’opération était annulée. Mais tu ne
portais déjà plus que ton pantalon et tu te dirigeais droit vers cette femme que tu pensais être notre agent. » - « Bon sang ! J’ai tenté de séduire une parfaite inconnue ! » - « Je te rappelle que tu ne connaissais pas l’agent Carlotta non plus ! » - « Oui ! Mais c’est différent ! C’est un flic qui agissait en connaissance de cause. Et je ne me suis permis de faire ce numéro que pour elle ! » Lucas était catastrophé. L’agent qui devait servir d’appât était censée être blonde et vêtue de rouge. Pas une seconde il n’avait imaginé avoir fait erreur sur la personne. La description correspondait à la jeune femme seule à sa table. De plus, elle n’avait fixé que lui parmi les quatre hommes sur scène et l’agent Carlotta avait été avisée de son déguisement. Alors qu’il ne descendait jamais dans ce qu’il appelait « l’arène », il s’était dirigé droit sur elle sans jamais quitter son regard, indifférent aux mains qui essayaient de le caresser au passage et sourd aux cris excités autour de lui. Elle le regardait au fond des yeux, sans parcourir avidement son corps et son visage, comme le faisait la plupart des femmes, et il avait apprécié sa délicatesse. Arrivé à quelques pas d’elle, elle avait paru vulnérable tout à coup, légèrement inquiète. Du coin de l’œil, il avait aperçu Jack, dit « le pompier de ses dames », en string, se faire asperger de champagne par sa horde de fans habituelle, Cesy et Puce, et il s’était souvenu tout d’un coup du lieu où il était et pourquoi il était là. Il s’était alors remis à se déhancher et, lui tournant le dos, s’était baissé en avant pour retirer d’un geste sec son pantalon qui ne tenait que par des bandes velcro. Tout en le faisant glisser entre ses jambes et en le frottant langoureusement contre son sexe, il lui avait fait face à nouveau et avait eu la surprise de voir que ses joues étaient empourprées. Bon sang, elle savait pourtant bien qu’il devrait se déshabiller devant elle et essayer de la charmer ! Pour la rassurer, il l’avait délicatement caressée le long des bras, l’encourageant à se lever pour que tout le monde la voie. En même temps, il avait été pris de l’envie subite et stupide de la cacher, de ne la garder que pour lui seul. Le parfum et la douceur de sa peau l’avaient enivré et il avait eu toutes les peines du monde à se concentrer sur son rôle et à se dire qu’elle n’était qu’un flic comme lui. Puis, il lui avait fait face, se frottant à elle, et là… l’inimaginable s’était produit : son corps avait commencé à réagir ! Choqué, il l’avait aussitôt relâchée. Comment était-ce possible ? Comme la plupart de ses collègues, il n’était jamais excité lors de ses numéros. Il était reparti sur scène sans se retourner, jurant copieusement dans sa tête. Dans les vestiaires, il avait retrouvé son contrôle et avait pu relativiser ce qui lui était arrivé : l’agent Carlotta était une jeune femme attirante ; il n’était qu’un homme. Et ces émotions saugrenues qu’il avait cru éprouver n’étaient qu’illusion. Après tout, il ne la connaissait pas et elle pouvait bien être mariée et avoir des enfants ! Mais maintenant, tout était remis en question. Il avait peut-être attiré l’attention du gang des kidnappeurs qu’il traquait sur une jeune femme incapable de se défendre. - « Alors, qui était cette femme, tu l’as suivie ? » - « Bien sûr, et tu ne vas pas me croire ! C’est la demi-sœur de la dernière victime disparue : Grace Winslaw. Et tiens-toi bien : elle portait une perruque, ou s’était teinte en blonde ! Parce que, crois-moi, quand elle est venue nous voir au commissariat, elle était on ne peut plus brune. Ca donne à réfléchir, non ? » Lucas jura. Cette petite idiote avait voulu intervenir elle-même dans cette enquête. Le problème, c’est qu’elle avait réussi au-delà de ce qu’elle pensait. Parce que maintenant, elle était sans doute devenue la prochaine cible de ceux qu’il traquait. - « Comment a-t-elle su, pour le Club ? » - « Elle nous avait dit qu’avant de disparaître, sa demi-sœur avait mentionné au téléphone sa rencontre avec un gars ‘super canon’ au Starlight et qu’elle allait sortir avec lui. Quand à la robe rouge… aucune idée ! »
- « Donne-moi son adresse ! » - « Que vas-tu faire ? » - « Lui dire de quitter la ville et de nous laisser faire notre boulot en paix ! » Grace venait de se lever. En passant devant le miroir du vestibule, elle remonta ses lunettes sur son nez et essaya vaguement de mettre de l’ordre dans sa chevelure. Ses yeux étaient cernés, résultat d’une nuit mouvementée peuplée de rêves érotiques sur le jeune et beau strip-teaseur qu’elle avait vu la veille. Elle récupéra une orange dans le compotier et sortit le presse-agrume électrique. Qu’avait-elle appris, la veille, à part que le Starlight faisait salle comble lors des soirées des strip-teaseurs, et qu’ils étaient incroyablement sexy ? Rien ! Elle n’avait aucune piste, aucune idée de ce qui avait pu arriver à Katie, et l’inquiétude la rongeait. Cela faisait maintenant presque trois semaines qu’elle avait disparue et la police ne faisait visiblement pas grand chose pour la retrouver. A chaque fois qu’elle téléphonait au commissariat, on lui disait « qu’on la tiendrait au courant s’il y avait du nouveau », mais elle avait l’impression que le « nouveau » n’était pas prêt d’arriver. Si bien que deux jours auparavant, elle avait fait ses valises et prit le premier avion pour être sur place. Katie lui avait laissé un double des clés de son logement et elle s’était installée dans la chambre d’ami. Le premier jour, elle avait passé l’appartement au peigne fin pour voir si elle pouvait trouver un indice où commencer ses recherches. En fouillant dans son armoire, elle avait trouvé une pochette d’allumettes glissée dans la poche minuscule d’une robe rouge (scandaleusement minuscule elle aussi). Dessus, le nom du club Starlight était imprimé et à l’intérieur, Katie avait dessiné un cœur. Une idée avait alors germé dans son esprit. Si elle se déguisait comme sa demi-sœur et mettait une perruque blonde pour lui ressembler, peut-être que quelqu’un la reconnaîtrait, lui parlerait… Peut-être qu’enfin quelque chose se passerait. Mais rien ne s’était produit. En soupirant, elle s’assit et commença à manger. Grace s’était sentie étrangère à elle-même dans cette robe rouge qui ne lui correspondait pas. Elle avait été surprise du nombre de femmes qui venaient voir le spectacle. Pour elle, les strip-teases étaient un « truc» d’hommes. De son point de vue, l’espèce masculine était à peu près équipée sur le même modèle, avec des fesses, des épaules, plus ou moins de ventre, un pénis… Evidemment, elle avait bien conscience qu’il y avait des petites différences : de nos jours, les hommes affichaient leur nudité dans les journaux, la télévision ou les calendriers et Grace était à même d’apprécier leur beauté. Mais cela ne l’affectait pas au-delà de l’aspect esthétique. En tant que psychologue, elle avait tendance à s’attacher plus à la personnalité profonde des gens qu’à leur physique. D’ailleurs, les deux hommes avec qui elle avait noué des relations intimes, étaient des hommes sensibles et intelligents, mais pas d’une beauté extraordinaire… et n’affichaient pas un équipement digne d’un étalon, comme certains ! De toute façon, elle se disait que l’essentiel n’était ni la forme, ni la couleur, ni la longueur du pénis qui comptaient, mais la façon de s’en servir et la qualité de la relation. Elle n’avait donc jamais compris ce qu’il y avait d’excitant à voir des hommes se déshabiller… jusqu’à hier soir. Sur la scène étaient apparus quatre hommes… et quels hommes ! Chacun représentait un personnage : un pompier, un cow-boy, un militaire et un motard. Peut-être était-ce l’ambiance survoltée, mais tout d’un coup, sa température corporelle avait grimpé de quelques degrés. Quand ils avaient ôté le haut et exposé des torses luisants et musclés, des abdominaux sculptés, elle s’était surprise à serrer ses cuisses l’une contre l’autre. Gênée, elle s’était obligée à regarder leurs visages. Le motard avait immédiatement attiré son attention. Il était d’une beauté stupéfiante, malgré la cicatrice qui barrait sa joue : des pommettes hautes, un nez droit, une mâchoire volontaire, une bouche finement ourlée et
sensuelle et des yeux… quand il l’avait épinglée de son regard, Grace avait oublié comment on respirait. Fascinée, incapable de détourner les yeux, elle l’avait regardé approcher, consciente de la nonchalance et de la grâce féline dont son corps se mouvait… jusqu’à ce qu’elle réalise qu’elle était sa proie ! Ce matin encore, elle pouvait ressentir des ondes de plaisir parcourir son corps rien qu’en pensant à ce qu’il lui avait fait. Quand il avait fait glisser langoureusement son grand corps contre le sien, dans son dos, avant de lui faire face pour prendre ses hanches dans ses grandes mains chaudes et les plaquer contre les siennes dans un geste sans équivoque ! Puis, elle avait senti son sexe réagir contre son ventre, lu la surprise et le choc dans ses yeux avant qu’il ne se reprenne et s’éloigne. Elle était restée pétrifiée sur place, incapable de détacher son regard de son dos et de ses fesses musclées à peine habillées d’un bout de tissu. En y réfléchissant bien, il avait eu une réaction plutôt bizarre pour un strip-teaseur. Hier soir, elle n’était pas à même d’analyser correctement la situation, mais à la lumière du jour… La sonnette de la porte d’entrée retentit. Concentrée sur ses interrogations, Grace se leva, ouvrit machinalement la porte… et la referma aussitôt devant le visage de l’homme qui avait peuplé ses rêves ! Lucas soupira tandis qu’il entendait la jeune femme mettre la chaînette de sécurité et frappa du poing sur la porte tout en présentant son insigne devant l’œilleton. Après quelques secondes, la porte s’ouvrit précautionneusement, et un œil rond et méfiant apparu. - « Mademoiselle Winslaw, je suis l’inspecteur Lucas Wild, il faut que je vous parle. » - « Montrez-moi vos papiers ! » Il sortit son porte-feuille de la poche arrière de son jean et lui donna sa pièce d’identité. - « Impossible ! Vous ne pouvez pas avoir trente ans ! » Lucas soupira à nouveau. C’est vrai que sans sa barbe, il paraissait presque dix ans de moins. - « Si, j’ai trente ans. Bon, vous allez me laisser entrer ! Je dois impérativement vous parler, mais pas dans le couloir. » Elle referma la porte, enleva la chaîne et enfin daigna le laisser entrer. - « Je déjeunais, voulez-vous un café ? » dit-elle prudemment en lui indiquant la direction de la cuisine. - « Volontiers, merci. » - « Asseyez-vous. » Il casa précautionneusement son grand corps sur une chaise en bois sculptée.La cuisine était petite et lumineuse, et Lucas profita de ce que la jeune femme était occupée pour l’observer. Grace Winslaw était définitivement brune. Plus petite que dans son souvenir, elle portait un ample tee-shirt sur un jogging, qu’il aurait qualifié d’infâme, mais qui n’arrivait pas à cacher des courbes voluptueuses. Elle tenait plus de Marilyn Monroe que de Kate Moss, et possédait un visage à l’ovale délicat et au teint de pêche. - « Vous êtes donc inspecteur de police ? » Sa voix était douce et invitait aux confidences. Hier, il ne l’avait pas entendue. - « Oui. » - « Et vous enquêtez sur… » Elle tourna ses yeux gris interrogateurs vers lui. Comme la veille, elle le regardait franchement dans les yeux. - « La disparition de votre demi-sœur, bien entendu. » - « Je le savais ! Je savais que cela avait un rapport avec ce club ! Dites-moi tout ! » Il leva les mains dans un geste d’apaisement. - « Ecoutez, je vais vous dire ce que nous savons, et ensuite, vous ferez gentiment vos bagages et retournerez d’où vous venez. » Elle fronça les sourcils et posa devant lui sa tasse. Il prit le temps de remuer son café afin de réfléchir au meilleur moyen de lui présenter les choses et qu’elle ne soit plus dans ses pattes.
- « Il faut que vous sachiez que votre demi-sœur n’est pas la seule à avoir disparue ici. Une des femmes recherchées a été retrouvée il y a trois mois, à la frontière du nouveau Mexique. Elle était amaigrie, déshydratée et avait perdu partiellement la raison. Elle est soignée dans un établissement spécialisé, et nous obtenons des informations au compte-gouttes. Nous avons ainsi pu avoir le nom de ce club le Starlight, découvrir qu’elle avait eu tort de s’habiller en rouge, mais nous ne savons pas pourquoi. Je me suis fait embauché il y a maintenant deux mois et demi. Il ne s’était rien passé jusqu’à la disparition d’une jeune femme blonde il y a un peu plus d’un mois, et de votre demi-sœur il y a trois semaines. La première portait une robe rouge la première fois qu’elle est venue. Votre demi-sœur, dont je me souviens parfaitement, était également habillée de rouge. Elle s’est faite draguer par un des gars qui fait un numéro commun avec moi et est revenue deux fois. D’où notre idée de mettre un de nos agents en guise de cible. Nous pensons qu’ils repèrent la femme, qu’un des hommes est chargé de la draguer pour qu’elle revienne, puis de l’emmener quelque part pour ensuite être acheminée vers le Nouveau-Mexique, où elles doivent finir chez un particulier qui passe une commande spéciale, ou dans un bordel. » Elle cilla. Lucas employait un langage volontairement cru afin qu’elle prenne bien la mesure de l’endroit où elle avait mis les pieds. - « Notre agent devait venir hier soir et je devais faire mon numéro pour qu’elle ne s’intéresse qu’à moi et à moi seul. » Grace rougit violemment. Pour s’intéresser à lui, elle s’était intéressée à lui ! Inconscient du trouble qui l’habitait, l’inspecteur fixait ses mains aux longs doigts posés sur la table. - « Ainsi, qui qu’ils soient, s’ils veulent notre agent, ils seront obligés de m’approcher pour l’avoir et de me faire rentrer dans leur combine. » Il releva la tête et darda un regard accusateur sur elle. « Mais par malchance, l’agent qui devait venir a eu un accident en venant au Starlight et n’étant pas au courant, je vous ai prise pour elle ! Et d’abord, qu’est-ce qui vous est passé par la tête de venir déguisée ainsi au Club ?» Grace ne se laissa pas impressionner par son air furieux. Elle haussa les épaules. - « Et bien, comme vous je suppose. J’allais à la pêche aux indices… » - « Tout ce que vous avez obtenu, c’est de vous faire repérer ! Alors vous allez gentiment faire vos bagages, je vais recommencer mon numéro avec une autre femme policier, et je vous tiendrais au courant. » Il se leva et récupéra le blouson de cuir qu’il avait posé sur le dossier de sa chaise. - « J’ai déjà entendu ça quelque part ! Et combien de temps cela va-t-il prendre ? » - « Le temps qu’il faudra », jeta-t-il par-dessus son épaule en se dirigeant vers le couloir. Le temps, c’est bien ce qui l’inquiétait. Plus on attendrait, plus il y avait de risques que Katie soit hors frontière, si ce n’était pas déjà le cas, et elle ne pouvait pas supporter cette idée. Sa décision prise, Grace redressa les épaules et se lança. - « Et si on en gagnait ? » Lucas stoppa net et se retourna lentement. La jeune femme avait un regard franc et déterminé. - « Oui, puisque vous avez déjà fait votre numéro avec moi, nous pouvons continuer. Cela vous évitera de chercher quelqu’un d’autre. » Elle replaça nerveusement une mèche de cheveux derrière ses oreilles, signe qu’elle n’était pas aussi sûre d’elle que ce qu’elle voulait lui faire croire. Il marcha vers elle, la dominant de toute sa hauteur. - « Vous êtes une civile et aucunement qualifiée pour une telle opération. Les gens qui sont derrière ce trafic ne sont pas des enfants de cœur, à la moindre erreur, ils ne feront qu’une bouchée de vous. »
Elle le regarda dans les yeux. - « Dans ce cas-là, il ne faudra pas en faire. Mais peut-être est-ce vous qui ne vous sentez pas à la hauteur. Craignez-vous de ne pouvoir nous protéger tous les deux ? » Lucas avait envie de la secouer jusqu’à ce qu’il rentre un peu de bon sens dans sa petite tête. Elle le provoquait, le mettait au défi de lui faire peur et de la faire renoncer à entrer dans ce piège. Mais il ne fallait pas le chercher. Il avança sur elle jusqu’à l’acculer au mur et plaça ses deux mains de chaque côté de sa tête, l’emprisonnant de son corps. Elle leva un regard troublé et un peu apeuré vers lui avant de relever bravement son petit menton. Lentement, délibérément, il se pencha sur elle, frotta doucement son nez dans le creux de son cou avant de murmurer sensuellement contre son oreille. - « Moi, je saurai vous protéger, mais vous… vous devrez jouer le jeu… faire semblant d’apprécier mes caresses… de les rechercher, même ! » Il lui mordilla le lobe avant de plonger sa langue dans son oreille. Elle tressaillit sous le choc mais ne se déroba pas. Il suivit des lèvres une ligne le long de sa gorge et elle rejeta la tête en arrière pour lui donner un meilleur accès. Il mordilla la chair tendre sous laquelle son cœur palpitait à toute allure. Le problème, c’est que Lucas commençait à perdre pied lui-aussi. Comme au club, son corps réagissait à son odeur, à sa saveur, à la douceur de sa peau. Il lui fallait intensifier ses menaces rapidement, avant de perdre tout contrôle. Il plaqua son bassin contre ses hanches et commença à onduler doucement contre elle tout en détachant une de ses mains du mur. Grace ne savait plus où elle en était. Elle avait compris sa manœuvre d’intimidation, bien sûr, et avait réussi à garder si ce n’était le corps, du moins la tête froide, le provoquant en devançant ses caresses. Elle ne flancherait pas ! Mais quand elle sentit son membre en érection contre son ventre, quand elle sentit sa main glisser sous son tee-shirt et remonter inexorablement vers ses seins, son monde se limita à lui et lui seulement. Lentement, elle sortit les pans de sa chemise de son pantalon et laissa ses mains remonter le long de son large dos musclé, le sentant frémir de tout son corps. Et soudain, il s’arracha à son étreinte. Son souffle était laborieux, ses pupilles dilatées, son magnifique visage crispé par l’effort. - «Ca va, vous êtes convaincante. Je vous re-contacte» dit-il d’une voix rauque. Et comme au club la veille, il partit sans se retourner. Dans un état de frustration intense, Lucas rejoignit sa moto. Il allait faire une grande ballade pour essayer de s’éclaircir les idées. Pendant sa montée vers les collines, il commença à se calmer. Il se gara sur un petit promontoire surplombant la ville et enleva son casque. Il était d’accord pour dire que le temps jouait contre eux dans cette affaire. La fille qui était revenue avait fait partie d’un convoi d’au moins trois autres que Rachel avait pu identifier comme étant des filles ayant disparues en l’espace d’un mois et demi. Mais il ne savait pas si cela se passait toujours comme ça, s’ils avaient un quota minimum avant de les embarquer. Utiliser Grace Winslaw, si elle avait réussi à intéresser les kidnappeurs, était une solution à envisager sérieusement. Le problème, c’est qu’elle brouillait sa concentration. Elle était différente des femmes qui avaient croisé sa vie. Depuis ses dix-sept ans, il se cachait derrière sa barbe et aucune n’avait vu ce qu’il y avait dessous. Lui-même avait pratiquement, et volontairement, oublié à quoi il ressemblait. Il n’avait pas du tout le même aspect avec sa barbe : il faisait plus vieux, plus dur, plus dangereux aussi quand il en avait besoin dans son métier. Il était tout aussi dangereux sans elle, mais moins crédible dans le rôle d’un flic dur, malgré sa carrure impressionnante. Qui penserait qu’avec une tête pareille, il prendrait le risque de l’abîmer ? Evidemment, ceux qui s’y frottaient le payaient très cher. Lucas devait admettre que Grace lui plaisait. Sa loyauté envers sa demi-sœur, le courage dont elle pouvait faire preuve, son regard brillant d’intelligence qui semblait vouloir lire au plus
profond de lui, l’attiraient. Quand il lui parlait, il aimait la voir pencher la tête et se concentrer pour écouter attentivement ce qu’il disait, indifférente à la beauté de son visage… mais pas indifférente à lui pour autant ! Et lui, avait tendance à s’enflammer dès qu’il posait les mains sur elle. Ce qui pouvait poser problème. Perdre son contrôle était une chose qui ne lui arrivait que très rarement et jamais au sujet des femmes. Il les appréciait, mais comme l’amour, elles tenaient peu de place dans sa vie. Après l’enfance qui avait été la sienne, il rêvait parfois de se poser, de trouver un foyer, mais il savait que c’était illusoire. Sa propre mère ne l’avait pas aimé, alors quelle femme le ferait ? Aussi, seuls son travail et ses études lui importaient. C’était des choses tangibles, qu’il pouvait contrôler. Et c’est pour cela qu’il saurait se maîtriser et agir en professionnel. Il enfila son casque et mit le contact. La moto rugit sous lui. Mettant les gaz, il repartit en ville. Sa décision était prise. - « Mademoiselle Winslaw, je suis l’inspecteur Rachel Dreker, la coéquipière de l’inspecteur Wild. Nous nous sommes parlées au téléphone. » Grace ouvrit la porte. La femme devant elle devait avoir la quarantaine et un sourire avenant. - « Entrez ! » - « Je suis donc venue vous briefer pour ce soir, comme convenu. » - « Allons dans le salon. » Grace avait reçu ce matin un appel de cette femme lui annonçant que, si elle était toujours d’accord pour jouer son rôle, elle viendrait lui donner des conseils et des instructions. De l’inspecteur Wild, elle n’avait eu aucune nouvelle. - « Bien, tout d’abord, sachez que le barman a interrogé Lucas sur « la femme pour qui il avait daigné descendre de scène. » Rien ne nous dit s’il faisait seulement preuve de curiosité, mais on ne sait jamais, c’est peut-être encourageant. Je vous ai pris une chambre d’hôtel où un de nos agents est infiltré. Nous pensons que les kidnappeurs font une petite enquête sur la personne qu’ils ont repérée, parce que toutes avaient à peu près le même profil : elles étaient jeunes, jolies, faisaient des petits boulots et n’avaient pas de famille proche. Dans votre cas, vous êtes la seule parente vivante de votre demi-sœur et vous ne portez pas le même nom de famille. Nous ne voulons pas qu’ils puissent faire un quelconque rapprochement. Je vous ai pris également un rendez-vous chez le coiffeur pour vous teindre en blonde. Voici sa carte. Vous aurez plus de liberté de mouvement si vous n’avez pas de perruque. Habillez-vous sexy comme hier soir. Nous ne savons pas si la couleur joue un rôle par la suite, mais dans le doute, mettez encore du rouge. Il va sans dire que vous ne serez fascinée que par l’inspecteur Wild… ce qui ne devrait pas être trop difficile », rajouta-t-elle en faisant un clin d’œil entendu. Grace rougit. Depuis le matin, elle avait des bouffées de chaleur rien qu’en repensant au trop bel inspecteur. Déjà, ils allaient jouer au jeu de la séduction, mais elle craignait de ne pouvoir lui résister bien longtemps s’il se mettait en tête de la séduire pour de bon. Elle ne le connaissait pas et n’était jamais irréfléchie dans ses relations, cependant pour la première fois, son corps prenait le pas sur son esprit. Elle n’avait rien contre des relations éphémères entre adultes consentants, seulement, cela n’était pas pour elle. Elle avait tendance à trop s’investir, à trop réfléchir et craignait qu’en engageant son corps, son cœur le soit aussi. Ce qui serait une grave erreur, elle le savait. Un homme aussi beau gosse que l’inspecteur Wild devait avoir une nuée de jeunes femmes prêtes à satisfaire ses moindres désirs… - « Vous devrez vous mettre à une table seule, et essayer de glisser de façon ostentatoire un mot à Lucas pendant le spectacle pour lui demander de vous rejoindre après son numéro. Après, vous improviserez tous les deux. » Grace eut réfléchit quelques instants avant de demander : - « Pensez-vous sincèrement que l’inspecteur Wild sera à même de me protéger ? »
L’inspecteur Dreker n’hésita pas une seconde. - « Je lui confierai et lui ai déjà confié ma vie. C’est quelqu’un de fiable et de solide, sur qui on peut compter. Il sait se défendre et attaquer si nécessaire. - « Vous serez dans la salle ? » - « Non. Aucun flic ne doit être détecté là-bas et il garde un minimum de contact avec moi pour ne pas griller sa couverture. Officiellement, pour le club, il passe pour un étudiant qui fait des strip-teases pour payer ses études et sa moto. Nous avons monté un dossier bidon chez nous et s’ils se renseignent, ils verront qu’il a déjà été arrêté pour de petits trafics. Il habite même dans une chambre d’étudiant sur le campus universitaire et suit des cours de droit. » Rachel se leva et Grace la raccompagna à la porte. Puis résolument, elle téléphona au coiffeur et fit ses bagages pour l’hôtel. Lucas enfila son blouson et se dirigea vers la salle. Grace Winslaw avait été parfaite. Elle lui avait tendu son message qu’il avait prit au creux de sa main au vu et au su de tout le monde. A l’entrée, il parcourut la salle du regard. Grace lui tournait le dos, seule à sa table comme tout à l’heure, mais comme mue par un sixième sens, elle se retourna tandis qu’il avançait vers elle. Un petit frisson le parcouru quand son regard croisa ses yeux gris. Heureusement qu’elle ne s’était pas mise en tête de lui glisser le message dans son string, pensa-t-il, parce qu’il y aurait eu du spectacle !!! - « Bonsoir, je m’appelle Lucas. Puis-je vous offrir un verre ? » Grace observa l’inspecteur Wild tandis qu’il levait le bras pour passer commande. Comme la première fois, son numéro l’avait bouleversée, mais maintenant, elle était plus calme. Il faisait partie de ces hommes qui paraissaient jeunes longtemps et il savait en jouer. A trente ans, on lui en donnait vingt-trois à peine. Cependant, il émanait de lui une autorité, une force naturelle et une confiance en soi que seule la maturité peut apporter. Ses yeux si bleus se focalisèrent sur elle et en souriant, il engagea la conversation comme prévu. Au bout d’un moment, ils passèrent naturellement au tutoiement. De par son métier, Grace savait écouter et encourager les autres à parler. Après les platitudes d’usage, elle apprit ainsi qu’il suivait des cours du soir en droit depuis plusieurs années pour devenir procureur, que ses goûts musicaux allaient du classique au hard rock, qu’il préférait lire un bon livre que regarder la télévision et faire de grandes balades à moto pour se détendre. Et plus elle découvrait de choses chez lui, plus elle se rendait compte que sous ce visage presque parfait, se cachait un être totalement différent de ce qu’il voulait bien montrer au reste du monde. Il se montrait ouvert avec elle, alors qu’elle l’aurait plutôt vu solitaire et renfermé sur lui-même, et il n’était pas du tout imbu de sa personne. De temps en temps, son regard scrutait la salle discrètement Elle percevait alors le guerrier à l’affût, sa concentration et sa force brute, mais il revenait vite se focaliser sur elle et se détendait pour se couler à nouveau dans son rôle. Soudain, il se pencha et elle frissonna quand elle sentit son souffle chaud caresser sa peau tandis qu’il chuchotait à son oreille. - « Alors, tu es prête à sortir avec un étudiant ? » Ses yeux brillaient de malice et elle rougit à la pensée de ce qu’elle allait faire croire aux gens. Elle allait sortir avec un jeune homme, (strip-teaseur en plus !) même si sur le papier, il avait quelque mois de moins qu’elle. Mais quel « jeune » ! Elle lui sourit, séductrice, avant de lui donner sa main. Il la saisit et y déposa un baiser avant de se lever. - « Allons-y. » Lucas regardait le déhanchement de Grace alors qu’ils se dirigeaient vers sa voiture devant l’entrée du club, et eut un sourire carnassier. Il était temps de passer aux choses sérieuses… pour la galerie, bien sûr ! Quand elle sortit ses clés, il se colla dans son dos et l’entoura de ses
bras. Elle sursauta, mais se moula immédiatement à lui, lui coupant momentanément le souffle. Puis, il inspira puissamment, emplissant ses poumons de son parfum unique. La tête lui tourna et il dut tendre la main pour s’appuyer sur le toit de la voiture. Il la fit pivoter dans ses bras. Elle leva son visage vers lui et il n’hésita qu’une fraction de seconde avant de prendre sa bouche pour le baiser dont il rêvait depuis qu’il l’avait vue au club la première fois. Ses lèvres étaient encore plus douces, et sa bouche plus brûlante qu’il ne l’avait imaginée, et il eut toutes les peines du monde à s’arracher à son étreinte. - « Je te suis en moto, mais je ne resterai pas avec toi ce soir. Si tu es suivie, je veux pouvoir les suivre moi aussi. Je te rappelle. » Elle acquiesça, les yeux rêveurs et il ne put s’empêcher de déposer un dernier baiser sur ses lèvres avant de l’encourager gentiment à remonter dans sa voiture. Il ferma la portière et se dirigea vers sa moto. Il était dans de sales draps. Non seulement, Grace pouvait enflammer son corps comme aucune autre auparavant, mais en plus, il se sentait bien avec, ouvert et confiant, à tel point qu’il avait eu envie de lui parler de sa vie, de ses espoirs et de ses rêves. Elle le fascinait, l’attirait irrésistiblement, il respectait son courage et sa force tranquille, et elle avait le don d’atteindre des endroits de son cœur jusque là inconnus. Oh oui, il était dans de sales draps ! Trois jours plus tard, Lucas prit contact avec Rachel. - « OK, le gars qui a dragué mademoiselle Winslaw est un flambeur. Il aurait le profil. » Lucas se força à se détendre. Encore à l’instant, il venait de ressentir quelque chose qu’il n’osait nommer de la jalousie, rien qu’en repensant à Bob Mahonney, le « loverboy », caressant la main de Grace. Cela ne lui plaisait pas du tout. - « Ils se sont renseignés sur toi, nous avons eu des connexions à 3 heures du matin. » - « Oui, et à onze heures, ils m’ont pris à part et tâté le terrain : est-ce que je connaissais bien la femme avec qui j’étais sorti, est-ce qu’elle comptait me revoir, comment j’envisageais ma relation avec elle, est-ce que j’étais intéressé par gagner plus de fric… J’ai évidemment joué le mec qui n’en a rien à faire de la fille et qui est prêt à tout pour de l’argent. J’ai rendez-vous cet après-midi pour une ‘proposition’. J’irai sans doute voir Grace ensuite à son hôtel. » - « D’accord. J’attends ton appel et tes instructions. » Grace ouvrit la porte à Lucas. Enfin, les choses bougeaient ! Ils allaient monter le piège aujourd’hui et si la chance était avec elle, elle retrouverait peut-être Katie dès ce soir. Elle se sentait fébrile et impatiente, à la fois par anticipation de ce qui allait se passer, mais également par le fait de se retrouver à nouveau avec Lucas. Plus elle le fréquentait et plus elle aimait ce qu’elle apprenait de lui, ce qui l’effrayait quand même un peu. Elle avait beau s’exhorter au calme, elle ne pouvait empêcher son cœur de battre plus vite dès qu’il était auprès d’elle. Bien sûr, il y avait son physique, mais elle aimait aussi l’homme qui avait eu la force de se battre alors qu’il n’avait pas eu une enfance normale, celui qui travaillait dur pour réaliser son rêve d’être un jour procureur et qui voulait aider à son tour des jeunes qui, comme lui, se retrouvaient dans la rue. Elle aimait quand il se montrait protecteur et possessif envers elle, quand il l’embrassait comme si plus rien n’existait en dehors d’eux. Lucas s’assit à côté d’elle sur un des lits de la chambre. Elle semblait un peu nerveuse, alors il prit sa main dans la sienne et la massa doucement du pouce. - « Voilà les instructions qu’ils m’ont données : je dois te faire boire un somnifère, t’embarquer dans ta voiture, et les appeler. Ils me donnent l’adresse où t’emmener et je serai payé 5000 dollars cash quand je t’aurai livrée. J’ai déjà planqué un mouchard sous ta voiture et une équipe de flics nous suivra. Quand je serai en place et que nous aurons suffisamment de preuves, ils interviendront. Je ne te cache pas que ça pourra être dangereux et que tu ne seras pas à même de te défendre puisque tu seras endormie, mais je serai là. »
Grace se tourna vers lui. Dans ses yeux, il lut de l’appréhension, puis de la résolution, et enfin une confiance absolue qui le bouleversa jusqu’au fond de l’âme. Une émotion totalement étrangère monta en lui, lui coupant momentanément la respiration. Effrayé, il se releva d’un bon et fit quelques pas vers la porte, mû par l’envie de fuir. Grace vint aussitôt près de lui. - « Quelque chose ne va pas ? Tu ne te sens pas bien ? » Elle levait vers lui un visage inquiet, désireuse de l’aider. Dans sa vie, peu de gens s’étaient souciés de lui et à cet instant, même un char d’assaut n’aurait pu l’empêcher de la prendre dans ses bras et de la serrer contre lui. Elle l’entoura de sa chaleur et lui tendit ses lèvres. Une digue se rompit en lui et il lâcha prise. Depuis des jours il se retenait, se contentait de baisers, certes brûlants, mais totalement frustrants parce qu’il résistait à son attraction et ne voulait pas qu’elle puisse penser qu’il se servait d’elle pour la mission. Il la plaqua contre un mur. Comme un possédé, ses mains parcouraient avidement son corps, ses lèvres prenaient possession d’elle et il voulait la sentir tout contre lui. Il lui enleva son tee-shirt, son soutien-gorge suivi, et dans sa hâte, il arracha presque sa propre chemise. Enfin, il la plaqua contre lui, peau contre peau. Il reprit sa bouche pour un ballet érotique langoureux, plongeant dans un océan de sensations qui brouillait tout sauf sa faim et sa soif d’elle. Grace ne pouvait que s’accrocher à Lucas et répondre ardemment à son assaut. Il était partout, l’envahissait complètement. Envolée la retenue dont il faisait preuve d’ordinaire. Sa passion sauvage et brute, loin de l’affoler, la rendait avide elle aussi. Jamais elle n’avait ressenti un tel désir, une telle faim. Il lui mordilla la lèvre inférieure et elle eut un hoquet de surprise. Elle frotta le bout de ses seins contre la toison de son torse puissant et des vagues de plaisir déferlèrent jusqu’à ses doigts de pieds. Sa bouche descendit sur sa poitrine, et elle s’accrocha à ses épaules puissantes pour ne pas glisser au sol. Ses mains remontèrent sous sa jupe et il descendit sa culotte d’un geste impatient. Elle s’activa sur sa braguette tendue par une érection impressionnante. - « Grace, attends ! », haleta-t-il. « Je dois nous protéger. » Il prit son porte-feuille de sa poche arrière, en sortit un petit carré argenté dontil déchira l’emballage avec ses dents. Grace lui prit le préservatif des mains tandis qu’il balançait son porte-feuille par-dessus son épaule. Impatiente maintenant de le sentir en elle, elle abaissa son pantalon et son caleçon. Son sexe jaillit, palpitant et magnifique. Comme une larme, une goutte brillante perlait au bout. Elle la récupéra sur son doigt et, le regardant au fond des yeux, la porta à sa bouche. Il la fixa alors avec une férocité incroyable. -« Vite » fut tout ce qu’il arriva à dire. Elle déroula le préservatif sur son sexe et il se colla à elle, l’embrassant éperdument. Il souleva une de ses jambes pour la nouer autour de ses hanches et son pénis érigé vint palpiter tout contre son sexe offert. Ses doigts s’aventurèrent dans le bas de son dos, suivirent la ligne de ses fesses jusqu’à son clitoris, laissant une traînée de feu dans leur sillage. Ils se mirent à bouger et elle prit feu. Les mouvements de ses doigts, la paume de sa main brûlante contre les chairs tendres et hypersensibles de son sexe, le léger frottement de son avant-bras sur ses fesses, tout contribuait à la rendre folle de plaisir et à s’ouvrir pour lui. Puis, d’un mouvement bref et violent des hanches, il la pénétra profondément. Ils retinrent leur souffle, puis il plongea et replongea encore en elle jusqu’à ce qu’ils explosent tous les deux. Ils avaient refait l’amour plus doucement cet après-midi, et Lucas avait encore du mal à revenir sur terre. Mais ils étaient dans la voiture et il était l’heure de partir pour leur mission. Sans un mot, il tendit à Grace le somnifère. Elle le fixa un instant au creux de sa paume avant de l’avaler d’un coup sec. Il ne savait pas trop quoi lui dire tout à coup. Les sentiments qu’il avait pour elle le rendaient vulnérable et il s’inquiétait pour la mission à venir. Elle chercha sa main et se tourna vers lui. - « Promets-moi que tout se passera bien ! »
Son regard inquiet s’accrochait à lui. Il s’approcha d’elle sans la quitter des yeux et l’embrassa doucement, cherchant à lui insuffler du courage. Elle le serra dans ses bras. Lucas sentit le moment exact où elle sombra dans le sommeil. Il se recula légèrement, buvant son visage des yeux, et chuchota « je t’aime » tout contre ses lèvres. Puis il se redressa mit le contact et démarra. - « Je te jure que je ne laisserai personne te faire du mal », ajouta-t-il farouchement. - « Bien, tu l’as amenée ! » Il reconnut la voix de Bob avant même qu'il ne sorte de l’ombre. Ils étaient dans une petite maison isolée dans la campagne. - « Pose-la sur cette table et enlève-lui son chemisier » Lucas serra les mâchoires, mais s’exécuta. Il fallait jouer le jeu jusqu’à ce que les renforts arrivent. « Jolie ! » L’homme promena sa main sur la peau douce de la gorge de Grace avant d’enlever l’agrafe de son soutien-gorge entre ses seins et Lucas eut toutes les peines du monde à se retenir de bondir et lui arracher la tête. Elle était à lui, vulnérable et personne n’avait le droit de la regarder ainsi. « Retiens-toi, retiens-toi », se répétait-il comme un mantra. La patronne du Starlight, son barman et deux hommes inconnus, firent soudain leur apparition. « Ton pognon arrive », dit Bob . Il lui fit un sourire et un clin d’œil puis se pencha sur Grace avec l’intention manifeste de prendre un de ses tétons dans sa bouche. Lucas lui envoya son poing dans la figure et tout se passa très vite. Un « police, les mains en l’air » retentit et tout se déchaîna autour de lui. Il se jeta sur Grace, la protégeant de son corps et fit feu sur un des hommes qui allait abattre un de ses collègues. Puis ce fut le silence avant que tout se remette en mouvement. Quelques instants après, Rachel posa sa main sur son épaule et lui apprit qu’ils venaient de retrouver les filles dans une des chambres. Lui, n’avait pas lâché Grace. Grace empaquetait ses affaires, démoralisée à l’idée de partir. Lucas ne viendrait plus maintenant. Deux semaines après ces quelques jours qui avaient bouleversé sa vie, elle n’avait eu aucune nouvelles directes de sa part. Quand elle s’était définitivement réveillée dans cette chambre d’hôpital, plus de vingt-quatre heures après son black-out, sa sœur était dans le lit d’à côté. Katie avait maigri, son corps était encore saturé des drogues qui lui avaient été administrées, mais vivante et sans autres séquelles physiques. Pour ce qui était du traumatisme moral, il allait falloir de nombreuses séances de psychothérapie pour le soigner. Les infirmières lui avaient rapporté que l’inspecteur Wild était resté auprès d’elle et n’avait pas voulu la laisser seule (elle se souvenait vaguement de lui, lui tenant la main lors d’un de ses éveils) avant d’être rappelé par ses supérieurs. Par la télévision, elle avait appris qu’un important trafic de traite des blanches avait été démantelé et que la directrice du club et ses acolytes avaient été arrêtés. Deux inspecteurs étaient venus la voir pour prendre sa déposition et elle n’aurait pas à revenir avant le procès. Non, elle n’avait plus rien à faire ici. Katie était en convalescence chez sa meilleure amie et plus rien ne la retenait. Elle n’allait pas se morfondre plus longtemps en attendant que Lucas daigne venir, au moins lui dire au revoir. Elle était tombée amoureuse de lui, mais visiblement, lui n’avait fait que se servir d’elle. Une larme roula sur sa joue et elle l’essuya rageusement. Comment avait-elle pu être stupide au point de croire qu’il y avait autre chose au-delà du rôle qu’ils jouaient tous les deux ! Ah, on pouvait dire qu’il était convaincant ! Dans ses bras, elle s’était sentie chérie, désirée et dans ses yeux, elle avait cru y lire de l’amour… et tout n’était qu’illusion ! Elle avait mal de lui. Physiquement. Emotionnellement. Il ne se passait pas une nuit sans qu’elle ne rêve de lui,
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