Mise en page 1 - Conseil Général de Haute-Marne Accueil

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Mise en page 1 - Conseil Général de Haute-Marne Accueil

Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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Conseil général de la Haute-Marne Château du Grand Jardin 5, avenue de la Marne 52 300 Joinville Tél : 03 25 32 88 88 www.haute-marne.fr
PREPARER LA VISITE DES JARDINS
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Dossier pédagogique – février 2010 Réalisé par le conseil général de la Haute-Marne 5 avenue de la Marne 52300 Joinville
Contact : Svetoslava Popova Ligne directe: 03 25 32 88 13 svetoslava.popova@haute-marne.fr Visite guidée sur rendez-vous
SOMMAIRE
Plan du jardin Renaissance et du parc romantique ----------------------------------
Cinq siècles d'histoire au Grand Jardin --------------------------------------------------Histoire des jardins ------------------------------------------------------------------------Les premiers jardins -----------------------------------------------------------------------Le jardin médiéval -------------------------------------------------------------------------Les jardins de la Renaissance ------------------------------------------------------------Le jardin « à la française » ----------------------------------------------------------------Le jardin paysager -------------------------------------------------------------------------Les jardins des XIXe et XXe siècles ---------------------------------------------------
Le Grand Jardin à la Renaissance ---------------------------------------------------------
Le parc romantique du Grand Jardin -----------------------------------------------------
Après la visite -----------------------------------------------------------------------------------
Bibliographie ------------------------------------------------------------------------------------
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Plan du jardin Renaissance et du parc romantique
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1 - Parterres Renaissance et topiaires 2 - Labyrinthe 3 - Canal 4 - Pergola 5 - Carrés fruitiers 6 - Carré bouquetier / carré des simples 7 - Esplanade 8 - Château
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CINQ SIÈCLES D’HISOIRE AU GRAND JARDIN
« Le château d'Enbas » édifié entre 1533 et 1546 pour Claude de Lorraine, duc de Guise, était un pavillon de plaisance, entouré de magnifiques jardins célébrés par le poète Rémy Belleau dans la Bergerie en 1565 : « Le plus beau et le plus accompli qu'on pourrait souhaiter, soit pour le complant d'arbres frui-tiers, à pépin ou à noyeau [...] Bref, de tous les fruits qu'on saurait recouvrer en notre France, aux saisons ordonnées par la providence de ce grand Dieu, soit pour la beauté du parterre, orné de trois fontainettes d'eau vive qui sourd dans les flancs de ce rocher et qui fait un canal d'une toise et demie, passant à travers ce jardin, enrichi de compartiments, entrelacs, bordures, chif-fres, armoiries, allées, clôtures, cabinets, labyrinthes, arceaux, arcades, et de tous les autres en-richissements que l'œil pourrait souhaiter ». Claude de Lorraine Inspiré des villas italiennes, que Claude de Lorraine a pu découvrir lors des campagnes militaires aux côtés de Fran-çois 1er, le Château du Grand Jardin constituait un lieu agréable, propice au repos et aux réceptions. Situé en plaine, le domaine était clos et s'étendait au pied de la colline que gravit le chemin de Saint-Anne à l'ouest, jusqu'au bord de la Marne à l'est, incluant un bois planté en dehors de l'enclos. Détruits en 1544 par les troupes de Charles Quint, les jardins furent sous doute remis en état pour la visite de Fran-çois Ier en 1546. Sur les vues paysagères de Joinville aux XVII ۟ e et XVIII e siècles, le domaine du Grand Jardin, entré dans la famille d'Orléans depuis 1640, était ceint de murs pour le protéger des intrus et abriter la végétation des vents. Le jardin était traversé d'allées se coupant à angle droit. Des parterres, composés de carrés d'entrelacs et d'alignements de plantes, étaient délimités par des murets en brique chaperonnés de pierre et insérés entre les allées. L'accès au jardin se faisait depuis la ville par une porte percée au centre du mur méridional de l'enceinte. De là, le domaine était traversé sur toute sa largeur par une grande allée. Elle franchissait l'unique canal existant jusqu'au XVIIe siècle par un petit pont en dos-d'âne. Alimenté par l'eau provenant d'une source au bas de la colline, le canal se prolongeait vers l'ouest depuis le côté sud du château entouré de douves. Entre 1640 et 1750, un second canal est créé parallèlement au premier. Un verger est aménagé au nord-ouest et une orangerie édifiée à ses côtés dès le milieu du XVIIIe siècle. Après être passé entre les mains de divers propriétaires, le domaine se trouvait dans un état de semi-abandon lorsque le maître de forges Pierre Salin Capitain l'acquit en 1856. Les parterres n'existaient plus et le fossé bordant la face orientale, envahi par la végétation. Peu de temps après la restauration de la bâtisse entreprise par l'architecte Lebre-ton, les jardins furent à leur tour transformés et réaménagés en un parc paysager. Des bosquets de grands arbres fu-rent aménagés ainsi qu'une rivière anglaise « sinuant à travers un terrain engazonné et s'élargissant par endroits pour former des pièces d'eau » 1 . En 1987, à la suite d'un abattage intempestif d'arbres entre la route nationale passante et le château, un nouveau pro-jet de réhabilitation des jardins est proposé par le conseil général de la Haute-Marne, propriétaire du domaine depuis 1978 . Jean-Michel Musso, architecte en chef des Monuments Historiques, en association avec Aline Le Coeur, architecte-paysagiste, ont proposé de rendre au bâtiment l'esprit de son cadre d'origine dans ses abords im-médiats en rétablissant des éléments caractéristiques du jardin au XVIe siècle. A ce dessein s'est adjointe la volonté de conserver les témoins essentiels de l'évolution du jardin au cours des siècles. Les travaux de reconstitution des jardins dans l'esprit de la Renaissance ont débuté en 1991 et se sont poursuivis en 2003 par la remise en valeur du parc paysager. 1 BILLAT Hélène, Joinville, le château du Grand Jardin: Haute-Marne. Champagne-Ardenne. Service régional de l'inventaire général des monuments et des richesses artistiques de la France. France, 2005, éd. D. Guéniot, p.19.
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HISTOIRE DES JARDINS
I - Les premiers jardins De tout temps, les jardins ont accompagné la vie des hommes. Les plus anciens jardins connus des historiens se situent en Mésopotamie au IIIe millénaire avant notre ère. Gilga-mesh, roi d'Uruk, aurait organisé banquets et cérémonies au sein des jardins de sa cité. Par ailleurs certains textes font mention de jardins de temples où les fruits et les légumes, destinés à honorer les dieux, étaient cultivés. Dès le VIIe siècle avant notre ère, les jardins suspendus de Babylone avec leurs terrasses en escaliers couvertes de végétaux représentaient l'idéal du jardin d'agrément. L'Egypte ancienne voit se développer les jardins en tant qu'éléments de luxe, apanage du pouvoir et de la fortune: les jardins de l'Antiquité n'avaient pas qu'une fonction ornementale. En Grèce, les jardins sont attestés dès le IVe siècle avant notre ère. Placés près des temples et des gymnases, ils in-carnaient un lieu naturel et fécond où les philosophes pouvaient se réunir. Ces bois sauvages, emprunts de magie, étaient consacrés à un dieu ou à un héros et constituaient un espace distinct du reste de la nature. Par ailleurs, les conquêtes d'Alexandre le Grand ont permis à l'aristocratie de découvrir les jardins d'agrément de Perse et d'Orient et de les reproduire. Les parcs publics et les jardins privés ornés de fontaines, de sculptures et de diverses fleurs, de-vinrent un des éléments des cités grecques. En Occident, leur histoire prend racine dans la Rome antique. Les Romains se sont inspirés des influences égyp-tiennes, grecques, orientales et perses pour créer une esthétique complexe à laquelle les humanistes de la Renaissance se réfèreront. Intégrés au plan de la villa romaine, les jardins formaient à la fois des espaces sacrés et profanes, dédiés au culte des dieux, à la promenade ainsi qu'à la culture vivrière. Ornés de fontaines, de fleurs et d'arbustes, ils pouvaient s'enri-chir d'éléments d'architecture tels portiques, bassins, vasques et treillages. Les auteurs latins du Ier siècle ont contribué alors à leur essor à travers divers traités d'architecture. Pline l'Ancien rapporte l'art topiaire des Grecs dans ses écrits et Varro décrit dans son De re rustica les prétentions architecturales des villas associées au jardin. Qu'ils soient objets d'agrément, de représentation, de pouvoir ou bien chargés de symbolisme religieux, les jar-dins sont le reflet de la société qui les façonne et les témoins de l'esprit d'une époque.
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II – Le jardin médiéval La chute de l'Empire romain d'Occident en 476 marque une rupture. Les invasions barbares jettent les prémices d'une période troublée et instable durant laquelle les villes se renferment derrière leurs remparts. Les champs de légumes et de céréales ainsi que la culture des fruits ne remplissent alors plus qu'un rôle utilitaire au pied des murailles. L'art des jardins tombe en désuétude jusqu'au VIe siècle où ils réapparaissent dans les abbayes et les monastères. Le jardin s'impose alors comme un lieu clos doté d'une fonction productive et religieuse. Il existe peu de documents donnant des informations sur les jardins avant l'an Mil. Une ordonnance promulguée par Charlemagne au VIIIe siècle, le Capitulare de villis vel curtis imperii , dresse la liste d'une centaine de plantes et arbustes à cultiver dans les jardins de la Couronne, à travers tout l'Empire. Parallèlement, un plan de l'Abbaye de Saint-Gall en Suisse, dessiné dans les années 820, donne une idée du monas-tère idéal, composé de quatre espaces cultivés à l'intérieur de l'enceinte monastique. Le jardin des simples ou l' herbularius , situé à côté de l'infirmerie, est consacré aux plantes médicinales ( fe-nouil, sauge, romarin, aneth, anis, livèche, marrube); dans le potager ou l'hortus , près du logement des jardiniers et des poulaillers, sont cultivés oignons, laitues, bet-teraves, carottes et plantes aromatiques; le viridarium ou verger se situe dans le cimetière planté d'arbres fruitiers en espaliers; • enfin, l'enceinte du cloître sert d'écrin au jardin de Marie qui accueille treillis, arbustes et fleurs symboliques. Cet hortus conclusus ou jardin secret , qui représente une allégorie de l'Eglise présidée par la Vierge en Gloire, est por-teur d'un puissant symbolisme religieux. Ornemental, il est une invitation à la méditation, au repos du corps et de l'esprit mais il est aussi une image de l'ordonnancement du monde selon Dieu, incarnant à la fois le souvenir du jar-din d'Eden et la promesse du paradis céleste. La période médiévale redécouvre le jardin de plaisance. Pour les Croisés, les voyages en Terre Sainte sont une rencontre avec les charmes des jardins islamiques. Leurs cou-leurs chatoyantes, les promenades sensuelles et contemplatives, à l'image du paradis promis par Allah, constituent alors une source d'inspiration pour les Européens qui créent un jardin des cinq sens, l' Hortus deliciarum . Moins or-donné que les jardins des monastères, ce jardin exalte la beauté de la nature : le bruit de l'eau ainsi que le chant des oiseaux bercent l'oreille, les fleurs odorantes telles que roses, violettes, chèvrefeuille et lilas y sont mises à l'honneur, les fruits rouges sont un enchantement pour l'œi et les papilles. Délimité par un mur ou une palissade de verdure pour en assurer la tranquillité, ce paradis onirique offre un lieu de rendez-vous propice à la lecture de poésies et à la flânerie autour des demeures seigneuriales. Secret ou source des plaisirs terrestres, le jardin médiéval mêle imaginaire et réalité pour créer un univers mé-taphorique du jardin idéal . Mais aux XVe et XVIe siècles, les grandes découvertes et les expéditions maritimes menées par Christophe Colomb et Vasco de Gama, les avancées scientifiques de Galilée ainsi que les inventions techniques comme l'imprimerie changent la perception du monde désormais ouvert sur l'infini.
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III – Les jardins de la renaissance En Italie, à la fin du XIVe siècle, l'art des jardins connaît une nouvelle impulsion. La redécouverte de l'Antiquité , à travers les textes des auteurs grecs et romains, joue un rôle important. A l'instar de l'aristocratie romaine, les familles princières italiennes comme les Médicis agrémentent leurs villas de somptueux jardins ayant pour modèle le jardin romain antique. Des statues y sont mises en scène, les formes géo-métriques expérimentées et l'art topiaire remis au goût du jour. Le jardin de la Renaissance devient un coin de nature maîtrisée . Entouré de murs, l'emploi d'essences pérennes comme le thym ou le buis ainsi que les éléments architecturaux lui assurent une forme globale stable. En France, c'est à la suite des campagnes d'Italie que s'opère un véritable tournant dans l'art des jardins lorsque Charles VIII découvre à Naples le faste des villas et de leurs jardins. Désirant recréer cet art de vivre à Amboise, le roi fait venir d'Italie de nombreux artistes comme Pacello de Mercogliano auquel il confie la charge des jardins royaux. La perspective, la symétrie et l'architecture propres aux jardins romains et florentins sont ainsi introduits en France. Mais ce n'est que vers 1500 que s'affirme la mode italienne.
IV – Le jardin à la Française Au XVIIe siècle, se développe le jardin “à la française” sous l'influence d'une famille de jardiniers, les Le Nôtre. André Le Nôtre en fixe les règles. Dans le jardin « à la française », comme à Vaux-le-Vicomte ou à Versailles, la maîtrise de l'architecture du pay-sage est de rigueur et la recherche d'unité, un principe . Le végétal y est contraint et dirigé pour témoigner de l'as-cendant de l'Homme sur la nature. Les parterres de broderies en constituent l'une des principales composantes. Considérés comme une extension de l'architecture, ces derniers, situés aux abords immédiats de la demeure, doivent pouvoir être admirés depuis les pièces de réceptions officielles. De formes régulières, ils sont compartimentés en carrés, ovales, volutes ou cercles et comportent des broderies de buis. La polychromie y joue un rôle important: elle est apportée par des fleurs, de la brique, de l'ardoise pilée ou du sable. La statuaire emprunte au répertoire iconographique de la mythologie et permet de souligner ou d'arrêter les pers-pectives. Le labyrinthe de verdure , apparu dans les jardins italiens du XVe siècle, demeure courant et peut attein-dre plusieurs mètres de hauteur. Certaines caractéristiques du jardin du XVIIe siècle perdurent encore au siècle suivant : la régularité du dessin et la présence d'un grand axe perpendiculaire à la demeure, les parterres, bassins, tapis verts, bosquets et salles de ver-dure. Vers 1750, l'introduction de modifications ouvre la voie à une nouvelle conception des jardins: le jardin paysager. Devenant trop coûteux, les parterres de broderies sont progressivement remplacés par des parterres de gazon bordés de plates-bandes.
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V – Le jardin paysager
Jardin paysager, jardin à l’anglaise, ou jardin romantique appartiennent tous au style pittoresque (étymologique-ment, pittoresque signifie « digne d’être peint » et on peut effectivement regarder un parc pittoresque comme un en-semble de tableaux) qui succéda progressivement au jardin classique à partir des années 1760. En Angleterre entre 1730 et 1790 nait le style pittoresque coïncidant avec l'art paysager (jardins et peinture). Après le précurseur William Temple qui affirme dès 1685, à propos de l'introduction du goût irrégulier dans les jar-dins, que la beauté n'a pas besoin de règles, ce sont, entre 1720 et 1730, les rédacteurs du Spectator ou du Guardian, par exemple Addison ou les philosophes Shaftesbury et Pope, qui énoncent les prémices d'une nouvelle relation à la nature ; une nature libérée des a priori formels qui révèle enfin sa diversité dans l'accumulation des rochers sau-vages, le mouvement des eaux vives ou encore les fluctuations de l'ombre et de la lumière. Il ne s'agit plus seule-ment de reconnaître la nature comme nouvel objet esthétique, mais il faut aussi la compléter, voire la transformer. Influencé par le philosophe Jean-Jacques Rousseau et les peintres de scènes champêtres tels que Watteau (1684-1721) et Oudry (1686-1755), ce mouvement gagne la France dans le années 1850. En France comme en Angleterre, les instigateurs de ce nouveau style de jardins sont de riches propriétaires terriens qui redécouvrent la campagne où ils possèdent des demeures qu'ils veulent aussi agréables qu’accueillantes pour y vivre et y recevoir leurs amis. Le jardin paysager doit alors présenter la campagne dans son aspect le plus naturel et mettre en exergue la prédo-minance de la nature . Il est donc aménagé avec soin; les haies et les clôtures sont supprimées pour leur conférer une impression de liberté. Des allées sinueuses et des petits sentiers tortueux relient bosquets, rivières et lacs. Sous la forme de ruisseaux ou de bassins, l'eau donne vie aux compositions tout en y apportant une touche de fraîcheur, de lumière, de mouvement et d'animation sonore. Conçu comme un ensemble de tableaux dont chaque effet est calculé et théorisé , le jardin paysager se laisse dé-couvrir au gré des promenades. L'architecture est également mise à l'honneur et ponctue le paysage. Les architectures pittoresques ou fabriques se multiplient pour devenir l'art dominant des jardins pittoresques (au détriment de la sculpture). Elles créent une at-mosphère propice à la mélancolie, à la rêverie ou bien à la méditation. Le jardin d'Ermenonville (Oise) réalisé par le marquis de Girardin ou bien celui de Mereville (Essonne), ayant ap-partenu au marquis de Laborde, comptent parmi les plus représentatifs des jardins paysagers français de cette époque.
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VI – Les jardins publics aux XIXème et XXème siècle
À cette époque, nous sommes en pleine apogée du style paysager, on prend exemple sur le remaniement des espaces dans Paris initié par Napoléon III et G. Haussmann. C’est la mise en place d’un système de réflexion différent : on traite les éléments en masse et en détail. C’est le début des conceptions d’espaces verts en ville. Cette réflexion dé-bouche sur des parcs tels que les Bois de Boulogne et de Vincennes, le parc Montsouris qui deviennent des jardins publics. Le jardin se démocratise et s'ouvre à toutes les classes sociales. Mais à la suite de la Seconde Guerre Mondiale, une urbanisation intense et la création des villes nouvelles relèguent les jardins à un second rang; seules quelques zones urbaines non bâties, des espaces verts, sont aménagées. Il faut attendre la fin du XXe siècle pour que les jardins fassent un retour en force. Le jardin alors associé à des créations contemporaines comme les parcs de Bercy ou « André Citroën » à Paris, ma-nifeste l'harmonie existante entre la nature et le monde urbain tout en conférant un symbole de pouvoir aux entre-prises et aux collectivités qui en sont les commanditaires, renouant aussi avec la tradition des grandes commandes publiques. Quelque soit leur nature, privée ou publique, les jardins sont devenus un secteur économique porteur. Nombreux sont ceux qui font l'objet de réaménagement ou de restauration afin de renouveler les intérêts des publics: le jardin mé-diéval du musée de Cluny ou encore les jardins d'esprit Renaissance de Villandry (Indre et Loire) ou du Grand Jar-din à Joinville (Haute-Marne).
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LE GRAND JARDIN À LA RENAISSANCE
Les jardins Renaissance au château du Grand Jardin sont une création-reconstitution . Le projet de reconstituer l’esprit des lieux du XVIe siècle est intervenu à la suite d’un abattage intempestif d’arbres en 1987. Commencés en 1991, les travaux se sont achevés en 1993. Pour recréer l’environnement Renaissance du château, l’architecte en chef des Monuments Historique, Jean-Michel Musso et Aline Le Cœur, paysagiste, ont eu recours à plusieurs sources iconographiques et littéraires : Une vue cavalière de la ville de Joinville de 1639 a permis de reconstituer in situ la composition générale vi-sible sur le tableau. Le traité de Jacques Androuet du Cerceau (1510-1585), Les plus excellents bâtiments de France, a dicté le plan détaillé des plantations. Publiés en 1576 et 1579, ils constituent la principale source pour les jardins en France. Une série de gravures d'une trentaine de demeures royales et seigneuriales permet de dégager les ca-ractéristiques générales des plus beaux jardins français à cette époque. Le récit de la Seconde Journée de La Bergerie de Rémy Belleau, précepteur de Charles d’Elbeuf, petit-fils de Claude de Lorraine, publié en 1572. Dans ce texte, l’auteur raconte sa promenade au Grand Jardin et décrit pré-cisément les diverses essences d’arbres fruitiers cultivées à l’époque à Joinville « arbres fruitiers à pépin, à noyau, comme de pommes, poires, guignes , cerises, griottes, oranges , figues, grenades, pêches, avant-pêches, presses persiques , pavis , perdigoines , raisins muscats, prunes de damas noires, blanches, rouges » . Le Songe de Poliphile, attribué à Francesco Colonna, écrit en 1467 et publié en 1499 en France. Ce texte, il-lustré par une série de gravures dont beaucoup de jardins de l’époque se sont inspirés, peut se lire comme un traité humaniste sur le jardin de la Renaissance. Ce récit du voyage initiatique de Poliphile à la recherche de Polia fut beaucoup lu et sujet à discussion à la Cour de François Ier, dont Claude de Lorraine faisait partie.
La reconstitution littéraire des jardins entreprise au Grand Jardin a ainsi permis de rétablir les éléments caractéris-tiques des jardins du XVIe siècle. 1 - Composition générale A Joinville, château et jardins ont été conçus comme un ensemble cohérent et unitaire, à l'instar des villas italiennes de la même époque. Les jardins sont conçus selon un tracé régulier; les allées, se coupant à angle droit, délimitent les carrés. 2 - Les parterres Adoptant des formes géométriques et symétriques , les parterres de broderies apportés d’Italie entrent dans la composition des jardins de la Renaissance. Ils se développent en France au cours du XVIe siècle. Délimités par une bordure de plante unique telle que le thym, le fraisier, la lavande ou le buis, ils sont re-haussés d’arabesques et d’entrelacs. Des sculptures végétales de buis ou to-piaires empruntées aux Grecs de l’Antiquité ponctuent ces parterres.
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3 - Le labyrinthe Le labyrinthe de verdure est une création de la Renaissance qui voit le jour en Italie au XVe siècle. Très prisé, il se généralise en France au XVIe siècle. Em-prunté au mythe de Thésée et du Minotaure, il est aussi un symbole chrétien qui traduit les vicissitudes de l’existence et la difficulté d’accéder au Salut. Au Grand Jardin, le labyrinthe a été recréé au même emplacement que sur la vue cavalière de Joinville de 1639. La hauteur des haies retenue à Joinville diffère de l'époque de la Renaissance où les labyrinthes atteignaient le niveau des ge-noux; ce n'est que plus tardivement, au XVIIe siècle, que ces architectures vé-gétales ont atteint une hauteur humaine.
4 - Les carrés des arbres fruitiers. Conformément au récit de Remy Belleau qui décrit le Grand Jardin comme un paradis des délices, l’arbre fruitier a été mis à l’honneur. Il s’y trouve représenté sous toutes ses formes : palissé, en alignement mais aussi sous forme d’arbres nains mis en caisse ou d’arbres tiges. A l’ouest du jardin, un verger divisé en deux carrés regroupe plus de 70 varié-tés de fruitiers connues à l’époque de Claude de Lorraine et mentionnées par Rémy Belleau.
5 - L’eau Comme dans les villas italiennes de la Renaissance, l’eau occupe au Grand Jar-din une place de choix. Par son implantation au bord de la Marne et le long d’un canal de dérivation depuis le quai des Peceaux, le Grand Jardin rappelait les jar-dins des villas italiennes telles que la Farnésine située au bord du Tibre. Alimenté par une source provenant de la colline, un canal entoure le château sur trois côtés. Dans les années 1540, le Grand Jardin est connu pour être un des premiers jardins d’eau du royaume de France , avec les jardins du château de Fontainebleau. Mais c’est le seul jardin où l’eau est traitée à des fins à la fois uti-litaires (pour l’irrigation) et esthétiques (jeu de miroir avec les reflets des fa-çades du pavillon.)
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