Rédiger un article scientifique : tout faire pour être lu !

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La communication dans les revuesRédiger un article scientifique:tout faire pour être lu!Writing a scientific article: do all you can in order to be read!Ricordeau P (*)RésuméCet article a pour objet de rappeler les principes àrespecter pour être publié dans une revue scienti-fique. Le premier principe consiste à suivre un planconnu sous le nom de plan IMRAD (I pour Introduc-tion; M pour Method; R pour Results;A pour And;D pour Discussion) comme le préconise le Comitéinternational des rédacteurs de revues médicales(CIRRM). L’introduction a pour objectif de susci-ter l’intérêt du lecteur en formulant les questionsqui se posent. Le chapitre Méthodespermet d’intro-duire la discussion sur les résultats en renseignantle lecteur sur la validité des réponses apportées parl’étude. La partie Résultatsdébute par une descrip-tion de la population étudiée puis se poursuit par laprésentation neutre, non commentée, des résultatsproprement dits. La partie Discussionpermet, mal-gré les difficultés méthodologiques rencontrées, degarantir au lecteur la validité des résultats avantd’en proposer une interprétation scientifique en te-nant compte des études publiées antérieurement.Le titre, le résumé et les mots clés ont égalementleur importance tout comme le style avec une pré-férence donnée aux phrases courtes et de structuresimple.Rev Med Ass Maladie 2001;32,2:105-11Mots clés:communication; rédaction; publication.SummaryThe aim of this article is to present the main princi-ples to follow in order to be published in a scientificjournal. The first principle is to use the IMRADpresentation plan (I for Introduction;MforMethod;R for Results;AforAnd; D for Discussion) as recom-mended by the International Committee of Med-ical Journal Editors (CIRRM). The introduction isintended to solicit the reader’s interest by express-ing the questions which still need to be answered.The chapter on Methodserves as an introduction tothe discussion of the results by describing the validi-ty of the answers provided by the study. The Resultsbegin with a description of the population studiedfollowed by a neutral presentation of the actual re-sults, avoiding any commentary. The last part, theDiscussion, enables the reader to better assess the va-lidity of the results and suggests a reasonable scien-tific interpretation in the light of previously pub-lished studies, in spite of the methodologicaldifficulties encountered. The title, the abstract andthe key words are as important as the writing stylewhich should preferentially utilize short sentenceswith a simple structure.Rev Med Ass Maladie 2001;32,2:105-11Key words:communication; writing; publication.(*)Médecin-conseil, chef de service, Direction du service médical (CNAMTS).Adresse pour correspondance: DrPhilippe Ricordeau, Direction du service médical (CNAMTS), 66, avenue du Maine, 75694 Paris cedex 14, e-mail:philippe.ricordeau@cnamts.frRevue Médicale de l’Assurance Maladie volume 32 n°2 / avril-juin 2001105
Rédiger un article scientifique: tout faire pour être lu!I.INTRODUCTIONComment ne pas s’interroger, en préambule, surl’opportunité de faire paraître, aujourd’hui, un ar-ticle traitant de la rédaction scientifique? Soit quel’on considère, à tort, que l’écriture d’un texte, quelqu’il soit, relève d’une grâce naturelle et d’une alchi-mie particulière qu’il serait vain, par définition, devouloir transmettre… Soit, plus sérieusement, quel’on estime, et ce n’est guère contestable, qu’enlamatière tout a déjà été dit… Que l’on songe, parexemple, à l’ouvrage de référence, à la fois accessibleet abondamment documenté, signé en 1998 parL.-R. Salmi, dont l’objet était de mettre à dispositiond’un large public les techniques lui permettant deré-diger et de publier une étude clinique ou épidémiologique[1]. Ou bien à celui de M. Huguier et H. Maisonneu-ve, paru la même année et traitant également, avecrigueur, de la rédaction médicale [2]. Ou bien enco-re à la revue Santé publiquequi publiait, toujours lamême année, un dossier consacré à l’écriture d’ar-ticles scientifiques, dossier qui comportait une sélec-tion d’ouvrages et d’articles de synthèse traitant decette question [3]. Quelques années plus tôt, en1992, un document interne à l’Assurance maladie etdiffusé à tous les praticiens-conseils du Régime géné-ral, se proposait déjà d’établir un canevas d’aide tech-nique à la rédaction de comptes-rendus dans le domaine dela santé[4]. D’autres ouvrages mériteraient tout au-tant d’être cités, notamment pour la clarté de leurdémarche didactique [5-11]. C’est dire qu’il est diffi-cile, désormais, dans ce domaine, de ne pas plagierles meilleurs auteurs…Pourtant, bien des travaux de qualité, réalisés parl’Assurance maladie dans le cadre d’actions de ges-tion du risque, ne font l’objet d’aucune publicationspécialisée. Les praticiens-conseils se limitent en-core trop souvent à un compte-rendu à usage inter-ne. Ce faisant, ils privent la collectivité des informa-tions dont ils disposent, alors que celles-cicirculeraient aisément si leur était donnée la formeadmise par la communauté scientifique.Les raisons en sont multiples. J.-P. Deschamp etF.Baudier [12], et d’autres avec eux, les ont parfai-tement identifiées: manque de temps, formationinsuffisante, crainte devant ce qui est perçu commedifficile, préférence donnée à l’expression orale ouà l’écrit d’un rapport de synthèse, méconnaissancedes règles en vigueur dans le monde de l’éditionmédicale, etc.Dans ce contexte, l’objet du présent article n’estpas d’apporter au lecteur de nouvelles connais-sances mais, plus modestement, de rappeler lesprincipes à respecter pour espérer pouvoir être lu.Il ne saurait être question, toutefois, en si peu depages, de recenser toutes les difficultés qui se po-sent en matière de rédaction scientifique et les ré-ponses que l’on est censé y apporter! Il s’agit plu-tôt, ici, d’inciter chacun à se reporter le plus sou-vent possible aux textes de référence en espérant,simplement, donner l’envie d’en lire davantage queces quelques lignes nécessairement insuffisantes.Ce texte ne traite, volontairement, que de la rédac-tion scientifique. Les questions relatives aux straté-gies de communication et d’interventions en santépublique n’y seront pas abordées. Il n’empêcheque la rédaction d’un article médical s’inscrit dansune perspective plus large qui devrait être soigneu-sement pensée, argumentée et discutée en amontde la réalisation de l’étude. La publication d’un ar-ticle dans une revue spécialisée ne constitue, eneffet, que l’une des modalités d’intervention ensanté publique (visites confraternelles, communica-tion vers le grand public, formation médicale conti-nue, etc.). Il s’agit donc, au vu de l’objectif visé,d’articuler les différentes actions de communica-tion en tenant compte du fait que la publicationdans une revue spécialisée permet d’acquérir, dansle domaine étudié, une légitimité incontestable auxyeux de la communauté scientifique. C’est aussi lameilleure façon d’obtenir que les résultats observéssoient considérés, par les différents acteurs, commedes références pour la réflexion ou la réalisation denouvelles études. Par ailleurs, nous n’aborderonspas non plus, dans cet article, les règles de publica-tion dans les revues scientifiques. On se reporteraavec intérêt, pour cet aspect de la question commepour d’autres, à l’ouvrage de L.-R. Salmi dont unepartie traite en détail de l’envoi d’un texte àunerevue, du courrier d’accompagnement, deséchanges avec l’éditeur et le rédacteur en chef ainsique des différentes étapes de la publication [12].II.INTRODUIRE LE TEXTE POUR SUSCITER L’INTÉRÊTRédiger un article destiné à une revue scientifiqueimplique, pour qui ambitionne d’y être publié, derespecter les règles que le comité de rédaction im-pose à ses auteurs! En 1978, un petit groupe de ré-dacteurs de revues biomédicales se réunissait à Van-couver pour harmoniser le format des manuscritsqui leur était adressé. Les exigences de ce petitgroupe, incluant la présentation des références bi-bliographiques aux normes de la National Libraryof Medicine (NLM), ont été publiées pour la pre-mière fois en 1979. Ce petit groupe, devenu depuisle Comité international des rédacteurs de revuesmédicales (CIRRM), s’est considérablement étofféet représente aujourd’hui plus de 500 revues. L’ac-tualisation de ses premières recommandations afait l’objet de plusieurs publications. La cinquièmeactualisation date de 1997 [14, 15]. Ces publica-tions, qui servent ainsi de référence en matière derédaction scientifique, recommandent aux auteursde suivre un plan rigoureux connu sous le nom de106Revue Médicale de l’Assurance Maladie volume 32 n°2 / avril-juin 2001
Ricordeau Pplan IMRAD (I pour Introduction;M pour Method;R pour Results; A pour And; D pour Discussion).Tout article à caractère scientifique doit donc, pourle CIRRM, débuter par une introduction (ou contex-te). La rédaction de cette introduction s’avère par-fois délicate. Il s’agit en effet, dès les premièreslignes, de susciter l’intérêt du lecteur. On s’atta-chera, par conséquent, à exposer brièvement, maisde la manière la plus intelligible et la plus attrayan-te possible, l’objet de l’étude et les raisons qui ontpoussé ses promoteurs à l’entreprendre. La plupartdu temps, quelques phrases courtes suffisent pour yparvenir. On évitera les commentaires sans lien di-rect avec le sujet de l’article pour se limiter auxseules informations utiles à la compréhension de laproblématique. Encore faut-il, tout de même, savoirse rendre accessible à tous les lecteurs quels qu’ilssoient… Et c’est pourquoi l’introduction doit com-porter un rappel, succinct, des connaissances actua-lisées dans le domaine considéré puis préciser, avecrigueur, l’objectif poursuivi.Ce rappel des connaissances actualisées est indispen-sable. Il permet de camper le décor et facilite la com-préhension des enjeux. Nul besoin, naturellement,d’être exhaustif! Une synthèse rapide est suffisantepour peu qu’elle s’appuie sur une recherche biblio-graphique sérieuse et propose une sélection desprincipales références auxquelles, le cas échéant, lelecteur pourra se reporter. Plutôt qu’un historiquefastidieux, mieux vaut, d’ailleurs, renvoyer à unerevue générale récente. Si le domaine étudié s’avèreparticulièrement spécialisé, il peut être nécessaired’y adjoindre une brève mise au point techniquepermettant à un lecteur dont les connaissances dansce domaine seraient insuffisantes, de s’approprier laproblématique sans trop de difficulté. Mais cettemise au point doit, naturellement, être adaptée auxlecteurs de la revue considérée. A titre d’exemple,dans un article traitant de la pharmaco-épidémiolo-gie des antiépileptiques, il n’est pas utile, s’adressantà un public de neurologues, de rappeler la définitionclinique de l’épilepsie. Il en ira différemment sil’ondestine l’article à une revue de pharmacologie.L’équilibre peut être difficile à trouver car le lecteurdoit rapidement comprendre les questions qui se po-sent et les hypothèses de départ, les enjeux de l’étu-de et les réponses qu’elle apporte. S’il se trouve êtreun spécialiste du sujet, il ne devra pas, pour autant,être irrité par une mise au point qu’il pourrait jugertrop scolaire.Outre le rappel de l’état des connaissances dans ledomaine considéré, l’introduction devra définir pré-cisément l’objectif de l’étude, ce qui revient à formu-ler les quelques questions posées. Ces questions doi-vent être dénuées d’ambiguïté et la lecture del’article doit, naturellement, permettre d’y ré-pondre. Si d’aventure ce n’était pas le cas, il s’agirad’en rendre compte et d’en donner les raisons (puis-sance des tests statistiques, existence de biais, etc.).C’est l’occasion, ici, de rappeler que l’objectif d’uneétude relatée dans un article ne se confond pas né-cessairement avec celui d’une action de gestion durisque. Ainsi, dans le cadre d’un programme desanté publique destiné à améliorer la qualité de laprise en charge des asthmatiques, il est possible d’ini-tier une enquête de terrain portant uniquement surun domaine particulier (comme l’évaluation desconditions d’utilisation des chambres d’inhalationpar les enfants de moins de 15 ans). Il va de soi quel’objectif devra être rédigé différemment selon quel’article s’y référant entend rendre compte du pro-gramme dans son ensemble ou de l’enquête seule.Définir l’objectif de l’étude peut s’avérer délicat carles données recueillies par l’Assurance maladie pourmener à bien ses actions de gestion du risque sont, laplupart du temps, suffisamment riches pour autori-ser la rédaction de plusieurs articles, chacun relevantd’une problématique particulière! Dans ce cas,mieux vaut les dissocier dans un souci de cohérenceet se limiter à répondre à deux ou trois questionsbien précises, formulées clairement, voire, mieux en-core, à une seule de ces questions, plutôt que dechercher, dans un seul et même article, à appréhen-der l’ensemble des problématiques. Enfin, il est ha-bituel, dans l’introduction, de souligner les enjeuxde l’étude que l’on a réalisée: enjeux en termes desanté publique (gravité et/ou fréquence de la patho-logie étudiée) ou de coût pour l’individu ou la so-ciété (coût économique et/ou social).III.EXPOSER LA MÉTHODE: N’EN DIRE NI TROP NI TROP PEUL’exposé de la méthode utilisée (chapitre intituléMatériel et méthodes, ou, plus simplement, Méthodes)permet d’introduire la discussion sur les résultatsen renseignant le lecteur sur la validité des ré-ponses apportées par l’étude aux questions formu-lées en introduction. Après en avoir pris connais-sance, un lecteur un peu attentif devrait avoir puidentifier les différents biais qui seront ultérieure-ment discutés. A contrariole chapitre Discussionnedevra pas faire référence à des considérations mé-thodologiques qui n’y auraient pas été évoquées.La population de l’étude devra, d’abord, être dé-crite le plus précisément possible en énumérant soi-gneusement les critères d’inclusion et d’exclusionainsi que les modalités de sélection des individus(échantillonnage). Comment a-t-on procédé? Quela été le mode de tirage? De même, on s’attachera àpréciser, dans ce chapitre, les conditions du recueilde l’information (envoi de questionnaires ou appelstéléphoniques, relances éventuelles, types de ques-tions posées, etc.). Il est toutefois inutile, sauf excep-tion, d’y annexer le questionnaire et/ou les re-quêtes informatiques ayant permis de sélectionnerRevue Médicale de l’Assurance Maladie volume 32 n°2 / avril-juin 2001107
Rédiger un article scientifique: tout faire pour être lu!les individus. Comment et par qui les questionnairesont-ils été envoyés ou remplis? Quelles ont été lesprincipales questions posées? Y a-t-il eu une procé-dure de relancepour les non-répondants? Plus gé-néralement les non-répondants ont-ils été analysés?Il est inutile, toutefois, de détailler ce qui n’a pasd’intérêt (nombre de réunions, financement de l’af-franchissement, etc.) dans une perspective de dis-cussion méthodologique. Le lecteur doit com-prendre très simplement comment l’étude a étéréalisée sans que la lecture de procédures organisa-tionnelles complexes lui soit pour autant imposée. Ils’agira également, ici, de définir précisément les va-riables étudiées. A titre d’exemple, si l’étude appor-te des informations sur la pratique des pneumo-logues relevant d’un secteur géographique donné, ilsera nécessaire, dans ce chapitre, de préciser si l’ac-tivité hospitalière a été, ou non, prise en compte. Ilne faudra pas, non plus, oublier de définir avecexactitude le secteur géographique étudié. Ce cha-pitre comportera aussi une rubrique se rapportantaux méthodes et aux tests statistiques utilisés. Si leslecteurs sont censés connaître les méthodes et lestests statistiques les plus usuels (Test t de student,Chi2, sandardisation indirecte, etc.) qu’il suffira deciter, il en va différemment des tests plus complexesou moins classiques. Il pourra être utile, si on y a eurecours, d’en énoncer rapidement le principe encomplétant l’exposé par les références bibliogra-phiques correspondantes. Le chapitre Méthodescom-portera, enfin, une rubrique se rapportant aux réfé-rences médicales et/ou réglementaires en rapportavec le critère de jugement que l’on aura retenu. Ils’agira ici, dans ce domaine comme dans les autres,d’apporter de manière synthétique, au lecteur nonspécialisé, les informations lui permettant de com-prendre les questions posées, les enjeux et les ré-ponses apportées. Ainsi, à titre d’exemple, dans ledomaine réglementaire, il s’agira de rendre intelli-gible en deux ou trois lignes, à un lecteur qui n’enest pas familier, les articles du code de la sécurité so-ciale ou du Code de la santé publique auxquels il estfait référence.IV.PRÉSENTER LES RÉSULTATS: DES FAITS, RIEN QUE DES FAITS!La présentation des résultats repose sur deux prin-cipes. Il s’agit, d’abord, que ces résultats ne soient,dans ce chapitre, ni discutés, ni interprétés, nimême commentés. Ils doivent être présentés de lamanière la plus neutre possible. Le second principeest qu’ils doivent strictement servir l’objectif del’étude. Il s’agira donc de sélectionner les seules in-formations directement utiles à la démonstrationen évitant de présenter des chiffres qui ne s’inscri-vent dans aucune problématique particulière. Il esten effet nécessaire, pour accroître l’efficacité deson discours, de se contenter de l’essentiel en s’in-terdisant de confondre les sorties informatiquesd’un logiciel de traitement statistique avec les ta-bleaux d’un article scientifique!La partie résultats devra débuter par une descrip-tion de la population étudiée (effectifs et caractéris-tiques) puis se poursuivre par la présentation desrésultats proprement dits. Cette présentation prendgénéralement la forme de tableaux et/ou de gra-phiques que l’on accompagne d’un texte bref des-tiné à en souligner les points marquants.La principale difficulté que l’on rencontre en rédi-geant ce chapitre, réside dans le fait qu’il s’agitd’être tout à la fois concis et rigoureux. Concis,nous l’avons vu… Il est indispensable de s’en teniraux quelques tableaux synthétiques qui permettentde répondre aux questions posées en introduction.Rigoureux, cela va de soi! La rigueur devra porter,en premier lieu, sur les titres des tableaux et les lé-gendes des figures. Ces titres et ces légendes serontsuffisamment pertinents, explicites, précis et com-plets pour être compris d’un lecteur qui ne dispose-rait pas de l’ensemble du texte mais se contenteraitd’une photocopie de ces seuls résultats. Il en sera demême, naturellement, du nom des variables figu-rant sur les tableaux et les figures. La rigueur devraporter ensuite sur les résultats proprement dits. Leschiffres et les totaux devront être vérifiés trois foisplutôt qu’une. Il en est de même des pourcentagesdont la somme doit être impérativement de 100%.Par ailleurs, il s’agira de veiller à la cohérence del’ensemble. S’est-on interrogé, préalablement, sur lenombre de décimales à faire figurer dans les ta-bleaux de résultats? Et sur la pertinence de cechoix? Les résultats sont-ils présentés assortis d’unintervalle de confiance et d’un test statistique? Etsinon, pourquoi? Le type de graphique retenuconvient-il aux variables explorées (diagramme enbâtons pour les variables qualitatives; histogrammesou secteurs pour les variables quantitatives)? Autantde questions auxquelles, d’ailleurs, il s’agit de ré-pondre avant même de s’atteler à la rédaction del’article. Dans le doute, il s’agira, pour s’y référer, deconsulter l’ouvrage de L.-R. Salmi dont tout un cha-pitre est consacré aux formats des tableaux et auchoix des graphiques [16]. La rigueur devra résider,enfin, dans la précision des termes choisis qui doi-vent l’être à bon escient. Ainsi le terme significatifdoit être utilisé au sens de statistiquement significatifetdonc illustré du test correspondant. De même, leterme corréléne peut être utilisé que si l’on a prati-qué un test de corrélation statistique.V.ÉCRIRE LA DISCUSSION, POUR DONNER DU SENS À L’ENSEMBLEC’est sans doute ce chapitre qui exige, de l’auteurd’un article scientifique, le plus de soin et d’expé-108Revue Médicale de l’Assurance Maladie volume 32 n°2 / avril-juin 2001
Ricordeau Prience rédactionnelle. Il s’agit, d’une part, d’inter-préter les résultats observés en les comparant auxdonnées de la littérature et, d’autre part, deconvaincre le lecteur de leur validité et donc deleur intérêt.Ce chapitre devra comporter, d’abord, un bref ré-sumé des principaux résultats qui s’attachera à dé-gager l’apport de l’étude, son originalité et la ri-gueur avec laquelle elle a été menée. Puis ladiscussion portera sur la validité de ces résultats àlalumière des difficultés méthodologiques ren-contrées pour, enfin, en proposer une interpréta-tion scientifique qui tienne compte des études pu-bliées précédemment. Il s’agit de répondre, ainsi,aux questions posées dans l’introduction. Certainsauteurs, quand le sujet s’y prête, choisissent declore ce chapitre par une conclusion. Cette conclu-sion, sans reprendre une nouvelle fois les résultatsobservés, conduit en deux ou trois phrases tout auplus à tracer de nouvelles perspectives en termesd’actions et d’interventions. Le cas échéant, on yplaidera pour la poursuite de l’analyse et la réalisa-tion d’études complémentaires.La discussion portera donc, dans un premier temps,sur la validité des résultats. Tous les biais possiblesdoivent, naturellement, être recensés et, surtout,discutés. Il est habituel de réfléchir, d’abord, àd’éventuels biais de sélection (Les individus inclusdans l’étude sont-ils représentatifs de la populationque l’on cherche à connaître?), puis de s’interrogersur l’éventualité d’un biais de mesure (Quel est l’im-pact possible du mode de recueil de l’informationsur les résultats que l’on a observés?) avant d’évo-quer l’existence, ou non, d’un biais de confusion oud’interprétation. Il s’agira d’estimer l’importancede chacun des biais que l’on aura identifiés, voire,idéalement, en s’appuyant sur des études analogues,d’en quantifier l’effet. Il s’agira aussi, naturelle-ment, de renseigner le lecteur sur le sens de leur im-pact (sous-estimation ou au contraire sur-estimationdu résultat observé). Il s’agira enfin, à propos dechacun de ces biais, de préciser, du point de vue del’auteur et ce point de vue devra être argumenté,dans quelle mesure ils affectent ou non la validité detel ou tel résultat. On le voit, cette partie ne peuts’apparenter à un simple récapitulatif de tous lesbiais possibles et imaginables. La discussion devraen effet s’appuyer sur une réflexion approfondiepermettant au lecteur de se forger une opinion surla rigueur scientifique avec laquelle l’étude a étémenée. Il ne faudrait pas pour autant, tout en res-tant honnête, détailler à l’excès tous les biais quel’on pourrait rencontrer en y introduisant de longscommentaires inutilement négatifs dévalorisant, àtort, la portée de l’étude. Tout est affaire, ici, mais cen’est pas le plus facile, de tact et de mesure.La discussion portera, dans un second temps, surles résultats observés en les comparant aux donnéesde la littérature et, plus généralement, en lessituant dans le contexte de l’étude. C’est à ce stade,avec les limites énoncées précédemment comptetenu des biais qui auront été identifiés, qu’il s’agirade répondre aux questions que l’on se sera initiale-ment posées. En dernière analyse, tous les articlesscientifiques se jugent sur ce dernier paragraphe.En effet, pour discuter sérieusement les résultatsd’une étude, et donc les interpréter, encore faut-ilavoir pu en démontrer la validité puis s’appuyer surune revue, sinon exhaustive, du moins suffisam-ment large de la littérature. Sans référence biblio-graphique et sans une réflexion rigoureuse sur lavalidité de la méthode utilisée, interpréter les résul-tats d’une étude relève davantage de l’art duconteur que de l’exercice scientifique. Toutefois, larédaction de cette partie ne doit pas tomber dans letravers qui consiste à multiplier les référencesbibliographiques sans avoir pris soin de sélection-ner les plus pertinentes. Il s’agit d’identifier lesquelques études qui font autorité et qu’il convientde citer pour permettre, au lecteur, de mesurerl’apport réel de l’étude à l’état des connaissancesdans le domaine considéré.VI.SOIGNER SON STYLE: SAVOIR ÊTRE SIMPLE ET PRÉCISLa rédaction d’un article scientifique ne s’impro-vise pas. Il s’agit de trouver le ton juste et de fairepreuve de rigueur. En matière de style, les phrasescourtes, de structure simple (sujet, verbe, complé-ment) sont, de loin, préférables aux longues dé-monstrations. On cherchera à s’exprimer d’unemanière claire et précise sans trop se préoccuperdes répétitions ou du rythme des phrases. Il nes’agit pas d’écrire un roman ni même un article dejournaliste. Les contraintes à respecter, dans ce der-nier cas, sont, en effet, tout autres avec une dé-marche inverse de celle de la rédaction d’un articlescientifique (l’accroche, en introduction, résumetoute l’information à transmettre qu’il s’agit, en-suite, de développer dans le corps du texte). Il nes’agit pas, toutefois, en rejetant une approche troplittéraire, d’adopter le style brouillon ou télégra-phique! Chaque phrase doit être construite, cohé-rente et rédigée en bannissant absolument le jar-gon et les sigles propres à l’univers de travail del’auteur. Il s’agit d’écrire pour être lu, et compris,autant d’un universitaire québécois que d’un clini-cien exerçant en médecine de ville. Et commentimaginer que cela soit possible si l’on se réfère àune RIM, à l’ASPou à l’AIP, aux ALDet autres ETMtraitées dans les ELSM11.RIMpour recherche d’informations médicalisées; ASPpour activitéde santé publique; AIPpour avis individuel sur prestation; ALDpour affection de longue durée; ETMpour exonération du ticketmodérateur; ELSMpour échelon local du service médical!Revue Médicale de l’Assurance Maladie volume 32 n°2 / avril-juin 2001109
Rédiger un article scientifique: tout faire pour être lu!La seule vraie contrainte, en matière de style, estcelle du respect des temps des verbes à utiliser selonles parties du texte. L’introduction, lorsqu’elle rela-te des faits avérés (synthèse d’études, enjeux etcontexte), doit être écrite au présent. L’énoncé dela méthode et la présentation des résultats doiventl’être au passé tandis que la discussion alterne entrele passé, pour les résultats de l’étude, et le présentpour les données de la littérature.Il n’est pas, pour autant, si facile de parvenir à unrésultat satisfaisant. Comment s’y prendre?D’abord en écrivant. Il n’y a pas de meilleure écoleque celle de l’expérience! Puis en organisant sapensée. La rédaction d’un plan détaillé permet derecenser précisément tous les points à aborder danschacune des parties du texte, ce qui facilite ensuitele travail d’écriture proprement dit. Il s’agira, alors,de rédiger une première ébauche sans beaucoup sepréoccuper du style, des répétitions, des termes em-ployés, de ce qui pourrait être oublié, ou de ce qu’ilfaudrait supprimer. Il est plus facile de corriger untexte que l’on a sous les yeux que d’écrire une pre-mière version. Il s’agira, ensuite, de reprendre sonouvrage. Une fois… Deux fois… Et plus… A plu-sieurs jours d’intervalle… Une fois le soir, une foisle matin. Rien de tel que d’oublier un texte pour enrepérer plus facilement les défauts. Enfin, et c’est làle secret, il est toujours extrêmement profitable defaire lire autour de soi cette première ébauche!Personne, sauf exception, n’écrit spontanément debons textes. On oublie toujours quelque chose.Mais, aussi, on en dit toujours trop. Il faut se dire, apriori, que les premiers lecteurs d’un texte ont né-cessairement raison! S’il s’avère qu’un collègue detravail ne comprend pas ce qu’on a voulu dire, oubien si ce collègue identifie un biais auquel onn’avait pas pensé, tout porte à croire qu’il ne serapas le seul dans ce cas. Mais les autres lecteurs ris-quent d’être un peu moins indulgents et, surtout,ils ne pourront guère bénéficier des explicationsorales qui pourraient leur être fournies. C’est direqu’à ce stade toutes les remarques qui seront faitesdoivent être prises en considération. Non pas, né-cessairement, pour reprendre in extenso, en un vastepatchwork, les propositions des uns et des autresmais pour en tenir compte et adapter la rédaction àleurs interrogations. Bref, il ne faut guère espérerque ces premiers lecteurs seront les seuls à décou-vrir les failles de la méthode utilisée ou, encore, lesseuls à pointer les inévitables défauts du texte quileur aura été soumis! Car la question n’est pas desavoir si leurs critiques sont, ou non, fondées maisqu’elles aient pu être formulées. La rédaction devraêtre revue pour que d’autres lecteurs ne puissentêtre confrontés aux mêmes interrogations. Au fildes versions, le propos se fera alors plus précis, maisaussi plus simple, c’est à dire plus limpide.011VII.SANS OUBLIER LE TITRE NI LE RESTE…Le titre s’impose souvent de lui-même après avoirrédigé la discussion des résultats. Mieux vaut doncne pas trop s’y attarder avant. Le choix du titre, à lalumière des conclusions argumentées que l’on aurapu tirer des résultats de l’étude, permet alors deparachever le sens général que l’on souhaite don-ner à l’article. Ce titre doit être court, informatif etaccrocheur. Court, c’est-à-dire percutant. Pas plusde dix mots si possible! Il est bien préférable decompléter le titre d’un sous-titre que d’imposer aulecteur, avec un titre trop long et rébarbatif, uneffort de réflexion excessif. Le titre risquerait de ledécourager avant même qu’il n’ait pris connais-sance de la problématique de l’étude! Informatif?Inutile de préciser que le titre devra annoncer pré-cisément, et en toute honnêteté, le contenu mêmede l’article! Il ne s’agit pas de promettre au lecteurplus qu’il ne peut y trouver. Accrocheur? Les titresinterrogatifs le sont souvent à condition toutefois,nous l’avons dit, que le texte permette effective-ment de répondre à la question posée. Les titres as-sociatifs (Asthme et adolescence) peuvent égale-ment constituer une bonne alternative en tenantcompte du fait que la position forte, dans un titre,est toujours le premier mot, qui mérite donc d’êtresoigneusement choisi.Enfin, rappelons que ce qui peut sembler accessoi-re à l’auteur d’un article ne l’est pas toujours auxyeux du comité de rédaction de la revue à laquelleil s’adresse. Il en est ainsi de la présentation des ré-férences qui devra être strictement conforme à laconvention de Vancouver [14, 15]. Il en est ainsi,également, de la rédaction du résumé et du choixdes mots clés auxquels l’auteur devra apporter uneattention toute particulière. Dans ce domaine,comme dans d’autres, on se référera à l’ouvrage deL.-R. Salmi dont un chapitre tout entier traite deces questions [17]. Et puis, comment ne pas termi-ner par un dernier conseil? Toutes les revues ontarrêté une liste d’instructions aux auteurs qu’ils fontsouvent figurer en dernière page. Ces instructions,destinées à faciliter la lecture et la reproduction desarticles qui parviennent à leur comité de rédaction,concernent, notamment, le format du texte à leuradresser (interlignes, nombre de caractères parlignes, etc.). Il n’est guère imaginable d’en ignorerla teneur ou de vouloir s’en affranchir. Sauf à ris-quer de voir son article refusé sans avoir été lu! Cequi serait vraiment dommage. Car on aura compris,à lire ce qui précède, que la rédaction d’un articledemande, tout de même, un certain travail…Remerciements à P. Fender, J. Guilhot, B. Salanave etB.Tilly pour les conseils précieux qu’ils m’ont donnés à lalecture d’une première version de cet article.Revue Médicale de l’Assurance Maladie volume 32 n°2 / avril-juin 2001
Ricordeau PRÉFÉRENCES1.Salmi LR. Lecture critique et rédaction médicale scientifique. Paris:Elsevier; 1998.2.Huguier M, Maisonneuve H. La rédaction médicale. Paris: Doin;.89913. Laurent-Beq A, Deschamps JP. Démarche pédagogique à propos d’unarticle. Santé publique 1998;10;2:125-44.4.Guide de rédaction d’un compte-rendu de recherche d’informationsmédicalisées. Paris: CNAMTS/ENSM; 1992.5.Benhamou CL, Girardet-Le Quintrec JS, Dougados M. La rédactionmédicale: une technique de communication scientifique. Paris: SandozEditions; 1989.6.Huguier M, Maisonneuve H. La rédaction médicale. De la thèse àl’article original. La communication orale. Paris: Doin; 1990.7.Maisonneuve H. La rédaction scientifique. Cahiers Santé1991;1:325-6.8.Huguier M, Maisonneuve H, Benhamou CL, De Calan L, GrenierB, Franco D, Galmiche JP, Lorette G. La rédaction médicale. Paris:Doin; 1994.9.Marc B. Réaliser une communication scientifique: méthodes. Paris:Editions hospitalières; 1994.10.Lussier G. La rédaction des publications scientifiques. Presses del’Université du Québec; 1997.11.Desjeux M, Mary JY, Desjeux JF. Guide pratique de la communica-tion scientifique. Paris: Ellipses; 1997.12.Deschamps JP, Baudier F. Un défi éditorial: la publication des ac-tions de santé publique. Santé publique 1998;10;2:119-23.13.Salmi LR. La publication dans une revue scientifique. In: SalmiLR, eds. Lecture critique et rédaction médicale scientifique. Paris: Else-vier; 1998, p.199-212.14.International Committee of Medical Journal Editors. Uniform re-quirements for manuscripts submitted to biomedical journals. N Eng JMed 1997;336:309-15.15.International Committee of Medical Journal Editors. Uniform re-quirements for manuscripts submitted to biomedical journals. Med Educ1999;33(1):66-78.16.Salmi LR. Les nombres, les tableaux et les graphiques. In: SalmiLR, eds. Lecture critique et rédaction médicale scientifique. Paris: Else-vier; 1998, p.151-70.17.Salmi LR. Titre et résumé du rapport de recherche. In: Salmi LR,eds. Lecture critique et rédaction médicale scientifique. Paris: Elsevier;1998, p. 64-9.Revue Médicale de l’Assurance Maladie volume 32 n°2 / avril-juin 2001111
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