Lettre 40 (QXP)

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Lettre 40 (QXP)

Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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S O M M A I R E LE MOT DU PRÉSIDENT P.1 CÔTÉ ASSOCIATION P.3 À 12 LES AMIS VOYAGENT LES AMIS RANDONNENT SORTIES PONCTUELLES INVITATION AU MUSÉE MÉCÉNAT LES AMIS ONT LU DES AMIS ONT PUBLIÉ GROUPEMENT RÉGIONAL AVANT-PREMIÈRE P.13 CÔTÉ MUSÉES P.14 À 17 MUSÉE DES ANTIQUITÉS MUSÉE DE SOCIÉTÉ MUSÉE LITTÉRAIRE SERVICE DES PUBLICS P.17
N° 48 - juin 2009 L E M O T D U P R É S I D E N T
Chers amis,
Cette année, nous parlerons de notre plus proche compagnon. Celui dont nous souhaitons chaque jour qu’il se fasse oublier, car cela prouve qu’il fonctionne bien. Je veux parler de notre corps. À vrai dire, pas personnellement du nôtre, mais de tous ceux qui, de génération en génération, l’ont fait tel que nous le connaissons. Car le corps humain a une histoire, et celle-ci remplit nos musées. Quand il était vivant, il a fallu le nourrir, l’habiller, le soigner. Notre musée de Martainville témoigne de l’ingéniosité de nos ancêtres pour faire face à ces exigences. Et les sociétés humaines se sont plu également à cultiver les corps, à en idéaliser les performances et la beauté, selon des règles qui n’ont jamais cessé d’évoluer, du néolithique à notre temps, en passant par la Grèce ancienne, la Renaissance et l’âge romantique, ce dont nos musées gardent la mémoire. Mort, le corps n’est pas moins présent, puisque les soins qui lui sont rendus sont considérés comme le signe premier de l’humanisation. Sans les sépultures que saurions-nous des civilisa-tions disparues ? Or aucune n’a eu, autant que l’Égypte, le souci de conserver les défunts, que ce soit dans leurs corps momifiés ou dans leurs visages portraiturés. Conserver le corps mort, mais aussi le vénérer : si nous avons un peu oublié le culte que nos prédéces-seurs avaient pour les reliques, « les corps-saints » comme ils disaient, de précieux reliquaires sont là pour attester que rien n’était trop beau pour les présenter à la piété des fidèles. Faut-il encore rappeler que notre connaissance du corps humain est récente, en Occident tout au moins : pas plus de 500 ans, avec Vésale, pour une anatomie exacte ; moins de 400 ans, avec Harvey, pour la circulation du sang ; de 300 pour le processus de la procréation… Il est vrai que les découvertes récentes, avec la lecture du génome, sont prodigieuses. Ce corps si proche n’a pas fini de nous étonner…
Marc Venard
A S S O C I A T I O N D E S A M I S D E S M U S É E S D É P A R T E M E N T A U X 1 9 8 r u e B e a u v o i s i n e - 7 6 0 0 0 R o u e n - T é l . 0 2 3 5 8 8 0 6 2 0
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CÔTÉASSOCIATION
LES AMIS VOYAGENT Escapade en Champagne, du 20 au 23 avril Lundi, dans la fraîcheur matinale, notre car file sur l’autoroute. Profitant de la longueur du trajet jusqu’à notre première étape, Anne nous rappelle l’histoire de la Champagne (pays frontalier jus-qu’à l’acquisition de la Lorraine au XVIII e siècle et sur le sol duquel s’est souvent décidé le sort de notre pays). C’est sous le règne de Thibaut IV, poète courtois, comte de Champagne, que se déve-loppent les célèbres foires de Provins et de Troyes, où affluaient acheteurs et marchands (foires qui firent la richesse de ces deux villes qui seront nos étapes après Vaux-le-Vicomte). Le château de Vaux-le-Vicomte vit « la fortune et l’infortune » de Nicolas Fouquet, surintendant de Louis XIV. Avec notre guide, nous découvrons les grandes écuries, en pierre et brique à la belle harmonie polychrome, la grille aux sculptures mythologiques, le château à la belle symétrie, les appartements privés, superbement décorés, les salons d’apparat, la salle de spectacle… Le Vau, Lebrun, Le Nôtre œuvrèrent pour faire de ce château le plus fastueux de son époque. Notre atten-tion est retenue par la présence de l’écureuil dans la décoration ; « fouquet » est l’ancien nom de l’écureuil ; le blason du surintendant contenait un écureuil avec la devise : « Quo non ascendam ? » (jusqu’où ne monterai-je pas ?). Nous savons qu’il monta très haut et que plus grande fut sa chute ! Avant d’aller savourer un excellent repas au restaurant du château, nous admirons le magnifique jardin à la française. L’après-midi est consacrée à la visite de Provins, ville inscrite depuis 2001 au Patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco. Elle est en effet un authentique témoin de l’histoire médiévale du XI e au XIII e siècle. Notre car n’ayant pas droit de cité dans la ville haute, c’est à pied que nous allons vers les hautes murailles et la porte dont nous apprécions la restauration, non sans avoir au préalable écouté l’histoire de la Rose de Provins ! Ici, les rues sont larges, bordées de mai-sons de marchands à trois étages. Nous nous arrêtons devant la Grange aux dîmes (qui, avant le XIV e siècle, servait de marché couvert pendant les grandes foires). Nous arrivons devant la Tour César, énorme donjon octogonal, symbole de la puissance des comtes de Champagne. Du haut du donjon, la vue s’étend sur les toits de la ville et la vallée… Nous « guettons », mais aujourd’hui, nul cri d’alarme n’est jeté. Nous poursuivons par la visite de l’abbatiale Saint-Quiriace où Jeanne d’Arc s’arrêta à son retour de Reims. La construction commencée dix ans après la tour ne fut jamais achevée. Son dôme, rajouté en 1662 après un incendie, fit l’église plus haute que la tour ! « Faut-il y voir une rivalité des pouvoirs ? » dit notre guide qui nous conte ensuite la légende de saint Quiriace. Il nous faut rejoindre notre car d’un bon pas. « Si lassés d’un long voyage », nous avons besoin de repos, l’hôtel de la Gare : le Relais de Champagne, nous accueille à Troyes. Il semble cependant que « le Bouchon de Troyes », le Troyes médiéval, ait exercé une forte attraction sur bon nombre d’entre nous dès le premier soir. Mardi, le soleil est au rendez-vous ; nous faisons connaissance avec notre guide troyenne,
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Jacqueline, qui nous accompagnera durant trois jours, nous faisant profiter de ses larges connais-sances. « Que fait-on à Troyes ? On y sonne ! » disait un dicton populaire. Nous ne verrons pas les dix églises annoncées sur le dépliant de l’Office de Tourisme ! seulement la Sainte-Madeleine et Saint-Pantaléon. L’église Sainte-Madeleine est la plus ancienne (XII e siècle), la plus petite, et cependant la plus connue grâce à son jubé, joyau de la Renaissance dû au talent de Jean Guailde (début du XVI e siècle) ; grâce aussi à ses vitraux de l’école champenoise du XVI e siècle. Mais notre guide n’a pas manqué de nous signaler que le plus ancien est antérieur à 1494 : il s’agit du vitrail de la Passion. Nous admirons encore la statue de sainte Marthe en pierre polychrome, du XVI e siècle, et partons vers Saint-Pantaléon. Détruite par un incendie en 1524, elle fut reconstruite à l’identique. Elle est un véritable musée de la statuaire troyenne du XVI e siècle, préfigurant pour nous « Le Beau XVI e », exposition des chefs-d’œuvre de la sculpture en Champagne que nous devons voir le len-demain. J’ai retenu sainte Barbe, au visage expressif, dynamique et joliment parée par opposition à une Vierge de douleur au visage impassible, puis deux œuvres du maniérisme (les corps bougent sous la fluidité des vêtements, les attitudes sont éloquentes, les gestes affectés). Notre guide nous explique ensuite le grand changement survenu dans l’art du vitrail : le verre peint en grisaille est rehaussé de couleurs, ce qui permet le modelé des corps et le raffinement du détail. Après le déjeuner pris dans la ville médiévale, où les maisons à pans de bois, débarrassées de leur crépi grisâtre, ont retrouvé le charme de la couleur, nous nous dirigeons vers la grande et lumineu-se médiathèque de verre, très moderne. Elle abrite cinq cent mille ouvrages, offre aux visiteurs des espaces d’étude, de détente, d’exposition. Elle remplace la première bibliothèque (de 1661 !) que le chanoine Hennequin, léguant sa collection de livres au Couvent des Cordeliers, avait voulu ouverte à tous ! et qui s’était considérablement enrichie grâce aux bibliothèques privées de grands collectionneurs du XIX e , à de nombreux fonds ecclésiastiques du XVIII e , à la bibliothèque d’humanistes du XVI e , à la bibliothèque personnelle des Comtes de Champagne, à la bibliothèque de Clairvaux (XII e ). C’est sous la conduite d’un guide que nous faisons une passionnante remontée dans le temps : « Mille ans de livres à Troyes », exposition se déployant autour de la Grande Salle ou magasin de conservation reconstruite à l’identique. En fin de visite, nous avons eu le privilège d’y entrer, mais non d’y circuler.
Mercredi, il fait toujours beau et nos pas nous conduisent vers l’église Saint-Jean-au-Marché ; récemment rénovée, blanche et claire, elle est un bel écrin pour l’exposition « Le Beau XVI e , chefs d’œuvre de la statuaire en Champagne ». Les explications de notre guide vont nous permettre de saisir les évolutions stylistiques d’où émerge le maniérisme, dont nous avons eu un aperçu la veille. Nous voyons donc successivement : - les œuvres du Maître de Chaource (Vierges aux sentiments intériorisés) - les œuvres de l’Atelier de Saint-Léger (Vierges au doux sourire énigmatique) - les Grandes Vierges (au large front haut, à la chevelure apprêtée) - les Saintes (souvent représentées sous les traits de jeunes bourgeoises) - les Saints (en bois, rustiques, polychromes, humains, accessibles) - les œuvres sur albâtre des Joliot (sculpture fine, délicate, fouillée) - les œuvres de Dominique Florentin, principal représentant du maniérisme (Vierges aux épaules dégagées, au long cou, aux attitudes expressives, aux gestes affectés, aux vêtements très fluides) L’après-midi nous voit devant un bel édifice du XVIII e : l’Apothicairerie de l’Hôtel-Dieu-le-Comte. La collection de l’Apothicairerie est classée au patrimoine national. La voici telle qu’elle fut au
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XVIII e : trois cent vingt silènes d’une grande unité de style cernent la pièce sur les rayonnages supérieurs. La peinture des boîtes est inspirée de l’ouvrage de Pierre Pomet « Histoire générale des drogues – 1695 ». Plus bas sont exposés des albarelli, des pots-canons des piluliers… et trônant à même le sol, l’imposante fontaine à thériaque (qui se voulait panacée universelle, hum !). En récompense de notre bonne conduite sans doute, nous recevons une feuille décorée intitulée « Remèdes contre… » et aussi quelques secrets et recettes bizarres qui n’invitent guère à l’expérimentation. La pièce suivante est le Musée de l’Hôpital ; il offre une grande diversité d’instruments… Exceptionnellement le car nous attend pour nous conduire à l’Hôtel Mauroy ; nous en profitons pour aller jusqu’à la cathédrale qui remplaça progressivement une église romane (jusqu’en 1531 !). Ici l’impression de hauteur est due à l’envolée (un seul élan !) des piliers jusqu’à la voûte. Le vide l’emportant sur la pierre, les vitraux occupent mille cinq cents mètres-carrés (vitrail de la Passion, du Pressoir mystique, Arbre de Jessé…). La cathédrale reste inachevée (sa deuxième tour ne fut jamais terminée). Nous ne nous attardons pas, rejoignons vite le car. Nous voici maintenant dans ce bel Hôtel Mauroy du XVI e siècle, restauré par les Compagnons du Devoir dès 1969, et qui présente toutes les carac-téristiques de l’architecture locale. C’est ici que les outils du passé ont leur musée, grâce aux recherches et à la ténacité du père Paul Feller. « C’est en un seul geste… que se nouent tradition et progrès et ce par l’outil » a-t-il écrit. Dix mille outils dans soixante vitrines, quarante-huit corps de métiers représentés (deux métiers féminins seulement – dentellière, lingère). Vont se succéder les marteaux pour tout, sauf le métal, les marteaux pour le métal, les haches : « Ces haches sont l’aboutissement d’un faisceau de dialogues de générations successives entre gens du bois et gens du fer » écrit Feller ; puis viennent les outils des sabotiers, charpentiers, charrons, tonneliers… Impossible de tout énumérer, il y en a tant ! Cette « Maison de l’Outil et de la Pensée ouvrière » est aussi un lieu d’expositions temporaires, de conférences ; elle abrite également une bibliothèque (permettant de connaître trois siècles de cultu-re ouvrière), une librairie…
Jeudi, nos bagages installés dans le car, nous allons, peu à peu, quitter la Champagne crayeuse plate et agricole pour la Champagne humide où dominent la forêt et l’élevage ; en compagnie de notre guide, nous allons vers les petites églises à pans de bois. Dans la plaine champenoise, voici Longsols (XV e -XVI e siècles). Notre guide nous rappelle les détails et les termes techniques de ce type de construction. Longsols est construite en forme de croix latine ; son chevet est plat. Son bois, masqué en 1850, a été remis à l’honneur en 1970. Elle a une certaine élégance avec sa fine et haute flèche. Dans la région des grands lacs et de la Forêt d’Orient, vont se succéder : Mathaux (XVIII e siècle) : rapidement reconstruite en 1760 car elle menaçait de s’effondrer, elle présente un chevet à pans coupés, un clocher massif couvert d’essentes de châtaignier à sa base, une flèche octogonale ; nous avons regretté de ne pouvoir visiter l’intérieur. Soulaines-Dhuys : humble chapelle d’une maladre-rie (1407) ; par de petites baies, nous devinons des restes d’anciennes fresques au plafond, des sil-houettes au charbon à son chevet ; sa flèche octogonale est couverte, elle aussi, d’essentes de châ-taignier. Lentilles, du XVI e siècle, moins modeste, très belle avec sa splendide couverture d’essentes de la façade et de la flèche, sa toiture étagée… et ses cinq oculi garnis de vitraux du XVI e siècle que surmontent les verrières du chœur. Bailly-le-Franc, du XVI e siècle: son chœur a cinq pans, sa voûte et ses bas-côtés sont cachés par des boiseries plates; sa restauration est moins soignée.
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Il faut maintenant reconduire notre guide à Troyes et prendre sans tarder le chemin du retour. Un chaleureux merci à tous ceux qui ont fait de cette escapade un succès ! Jeanne Chauvet N.D.L.R. : L’exposition « Le Beau XVI e » présentée dans l’église Saint-Jean-au-Marché jusqu’au 25 octobre mérite, à elle seule, le déplacement à Troyes, ville au patrimoine extrêmement riche.
LESMAISRADNNOENNT
Les randonneurs à la recherche du temps dans Paris… Savez-vous que 2009 a été promue année mondiale de l'astronomie (400 e anniversaire des obser-vations de Galilée avec sa lunette) ? Je l'ignorais comme beaucoup des AMD qui prirent le départ au Boulingrin en ce samedi matin frisquet - mais bientôt ensoleillé. Dans le car, Janik Gralak entreprend notre initiation, entamant les certitudes qui nous restent de l'enfance : • la durée du jour n'est que rarement de 24 heures • le soleil n'arrive au zénith à midi que quatre fois dans l'année (les 16 avril, 14 juin, 2 sep-tembre et 24 décembre) • les signes du Zodiaque auxquels nous croyons appartenir ne sont pas les bons ; depuis l'Antiquité où ils ont été fixés, la position des astres dans le ciel a bougé, laissant même certains endroits vides ! Ces révélations qui ont de quoi faire trembler les astrologues nous ont tenus en haleine et éveillés - pour la plupart. Dans la cour des Invalides, le beau temps nous permet d'admirer à loisir les cadrans solaires complexes qui ornent trois des façades ; non contents d'indiquer l'heure, certains renseignent sur la durée du jour ou de la nuit, d'autres sont ornés des signes du Zodiaque… Nous prenons ensuite la direction de la gare Montparnasse dont le toit est couvert par le jardin de l'Atlantique. Entre les arbres choisis pour évoquer d'un côté l'énergie de l'Occident et de l'autre la sérénité de l'Orient, nous parcourons des chemins où dessins et ondulations rappel-lent les vagues. Quittant cette oasis de verdure et de calme nous replongeons dans le brouhaha de la gare et repre-nons la route jusqu'à l'Observatoire. Construit sous Louis XIV, parfaitement symétrique, il che-vauche le méridien de Paris qui venait d'être défini et qui relie Dunkerque à Barcelone. Son tracé dans Paris a été récemment jalonné de médaillons gravés du nom d'Arago incrustés dans le sol. Nous livrant au jeu de piste, nous en repérons quelques-uns sur le parcours plein nord qui nous conduit au jardin du Luxembourg. Contournant le Sénat nous nous dirigeons vers Saint-Sulpice où nous attend le gnomon - mot grec qui désigne à l'origine l'aiguille dont l'ombre projetée permet de connaître l'heure. L'appareil ici est beaucoup plus sophistiqué. Il se compose d’une plaque de fer percée d'un trou, en haut de la fenêtre du transept sud et d’une ligne en laiton qui aboutissant à un obélisque de marbre devant le mur nord du transept. La lumière qui passe par ce trou dessine sur le sol l'image du soleil qui se déplace
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d'ouest en est et traverse à midi vrai le méridien matérialisé par la ligne de laiton. L'image du soleil s'arrête en hiver sur l’obélisque, quand les rayons sont horizontaux ; alors qu'à l'équinoxe elle s'arrête sur une plaque de cuivre fixée au sol dans le chœur tandis qu'au solstice d'été elle s'arrête sur une plaque de marbre proche du mur sud… Le gnomon fut commandé en 1727 par le curé de la paroisse, J.-B. Languet, qui voulait connaître l'heure exacte pour sonner les cloches et aussi l'équinoxe de printemps qui servirait à fixer la date de Pâques. Nous aurions dû attendre pour vérifier le « midi vrai » de ce jour - calculs compliqués - mais l'appétit et les contraintes de l'horaire du rendez-vous suivant dispersèrent le groupe vers les nom-breux restaurants du quartier.
L'après-midi, nous abandonnons le ciel et les astres pour plonger sous terre visiter l'une des nom-breuses carrières qui truffent le sous-sol de Paris : la carrière des Capucins. Nos guides nous atten-dent à l'hôpital Cochin - du nom de l'abbé qui créa le premier établissement destiné à soigner les ouvriers victimes d'un accident de travail. Dangereuse pour les hommes, l'exploitation intense le devint aussi pour les constructions de surface déstabilisées ; aussi, dès 1777, l'Inspection des car-rières entreprit des travaux de « confortation » qui se poursuivirent après l'interdiction d'exploiter décidée par Napoléon en 1813. Lors de la dernière guerre un escalier fut construit afin de faciliter l'accès à ces abris disponibles ; nous l'empruntons avant de nous engager dans les galeries. Sur les parois, des plaques indiquent les noms (anciens) des rues qui sont à l'aplomb au-dessus de nos têtes. Depuis le fond des puits creusés pour permettre la remontée des blocs, nous apercevons le ciel, mesurant ainsi la profondeur où nous sommes. Nous admirons au passage une fontaine dotée d'une margelle et d'un escalier superbes… Après le parcours, les bénévoles de l'association qui travaillent à l'entretien de ce patrimoine nous invitent à partager le pot de l'amitié. Dans la grande salle sou-terraine ornée des oeuvres de tailleurs de pierre, Pascal Payen Appenzeller qui nous a reçus nous gratifie d'un discours passionné et d'une déclaration à Janik en ce jour de saint Valentin ! C'est dans la bonne humeur que nous rejoignons la surface et retrouvons le car pour rentrer à Rouen, satisfaits de cette journée. Merci aux organisateurs qui nous ont permis tant de découvertes.
*(13 heures ou 14 heures selon les saisons avec notre décalage légal)
Noëlle Dombrowski
(Les photos ont été fournies par plusieurs participants à cette randonnée)
OSTREISOPNCTULEELS
Les fils conducteurs de notre saison 2008-2009 ont été les héros médiévaux, pour les Conférences du Jeudi et la littérature pour les sorties de Notre Civilisation. Nous avons donc, dans la mesure du possible, axé nos sorties ponctuelles sur ces centres d’intérêt. Médiévale, notre journée à Caen, oscillant entre l’église Saint-Nicolas, caractéristique de la gran-deur romane et la très belle exposition consacrée à la sculpture gothique. Le programme du matin, modifié sur proposition convaincante de notre mentor, nous permit d’accéder à des arrière-cours que personne n’aurait eu l’audace de débusquer ; tous se sont accordés sur la nécessité de retourner à Caen, si proche mais si méconnue. Les chefs d’œuvre du gothique normand étaient pour la plu-part des statues ; mais de somptueux reliquaires (dont la châsse de Saint-Romain) et de trop rares vitraux enrichissaient la sobre présentation des toutes nouvelles salles du Rempart dotées d’une
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douce lumière zénithale. La journée à Saint-Denis a permis un retour aux sources de l’architecture gothique ; l’exposition de dessins de Daumier nous a rapprochés du monde de la littérature en nous faisant observer à la loupe la société du XIX e siècle, comme le firent Victor Hugo et Balzac… Lors d’une troisième sortie, la Galerie des moulages à la Cité de l’Architecture nous replongea dans une ambiance médiévale où les saints - héros de l’époque - côtoient les monstres. Nous étions nom-breux à connaître le « Musée des Monuments français » d’avant sa restauration, mais le plaisir fut intact. La proximité de toutes ces merveilles, loin de créer une confusion, permet d’apprécier plei-nement toutes les nuances de style, les influences de l’Antiquité ici ou là, la recherche dans la « mise en page », les maladresses émouvantes… Anne Robin
q INVITATION AU MUSÉE Jusqu’au 28 septembre 2009 Des habits et nous Le soleil nous accompagnait généreusement le vendredi 20 mars pour une journée autour du vête-ment organisée par Caroline Roudet, assistante de conservation au château de Martainville. C’est en la compagnie de Jean-Pierre Lethuillier, commissaire de l’exposition « Des habits et nous » que nous avons passé une passionnante matinée. Ce professeur d’histoire ne s’est pas contenté de nous présenter les très beaux costumes exposés : il nous a amplement montré à quel point ces costumes, dits régionaux et populaires, sont les produits de leur époque, utilisant des tis-sus ou accessoires venant d’autres régions : ainsi, les fonds de coiffe brodés en Lorraine étaient uti-lisés dans la Sarthe. Du fait de leur coût, ces costumes n’étaient accessibles qu’à certaines classes de la population, et étaient de véritables marqueurs sociaux. Monsieur Lethuillier insista également sur les décalages chronologiques dans l’évolution du costu-me, d’une région à l’autre : si les Cauchoises abandonnent leur bonnet vers 1820, les grandes coiffes de la Manche prennent de l’ampleur à partir de 1830. Plusieurs membres du Cercle d’Action et d’Études Normandes participaient à cette journée, et leur présidente, Madame Carpentier, nous fit une conférence illustrée sur le costume normand. À maintes reprises, le souvenir de Madame Bruneau fut évoqué par nos conférenciers, rappelant le rôle essentiel qu’elle a joué dans l’étude des costumes de notre région. La journée se termina par un petit défilé de dames ayant réalisé elles-mêmes leur costume d’après des gravures anciennes et les travaux de recherche. Il ne restait que peu de temps pour grimper tout en haut du château et y découvrir la salle du costume entièrement refaite pour l’occasion. Nul doute que les participants à cette journée retourneront admirer cette très belle exposition. Jusqu’au 28 septembre 2009 Où vont tous ces enfants… Mylène Doré, qui nous accueillait pour nous faire découvrir l’exposition sur le travail des enfants au XIX e siècle, rappela que le musée fêtait ses 15 ans d’existence ; l’équipe scientifique a donc choisi un thème d’exposition directement lié à l’activité première de la Corderie Vallois. L’exposition confronte deux points de vue : celui des familles ouvrières dont les maigres salaires imposaient la nécessité de mettre les enfants au travail (d’ailleurs, qui les aurait gardés quand père et mère étaient à l’usine ?) ; celui des patrons pour lesquels le recours à la main d’œuvre enfantine était une source d’économies substantielles. Les textes de loi datant de 1841, puis de 1874, et imposant des limites au travail des enfants, met-
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Visite commentée : le 12 juillet à 15h30 Conte : le 19 juillet à 15 heures
tent en évidence des situations qui nous semblent aujourd’hui impensables : on passe ainsi officiel-lement de 8 ans à 12 ans pour l’âge minimum d’embauche, et de 10 à 6 heures de travail par jour. La loi de 1874 arrive à point nommé : elle permet aux entreprises de faire face à une période de crise, car les enfants jouent le rôle de tampon en matière d’embauche. L’exemple des verreries où les enfants devaient supporter la chaleur des fours nous émeut particu-lièrement. Mylène nous indique que les enfants étaient en général attachés à un adulte qui, lui, devait travailler 15 heures par jour ; les enfants se trouvaient donc assujettis aux mêmes horaires. Une gigantesque photo les montre nombreux dans l’atelier : alors même qu’il était interdit de les employer, ils apparaissent sur les clichés pris à l’usine… Ce sont les lois de Jules Ferry en 1881-1882, imposant la scolarité obligatoire jusqu’à 13 ans, qui vont mettre un véritable frein au travail des enfants. Héros et monstres au Musée des Antiquités Lors de sa conférence du 12 février, Franck Thénard-Duvivier avait évoqué la possibilité de nous présenter les œuvres du Musée des Antiquités décorées de héros ou les figurant, toutes époques confondues. Nous avons ainsi navigué de la mythologie au christianisme, d’Hercule et Thésée à saint Michel et sainte Marguerite…
Quelques pièces avaient été sorties des réserves à notre intention : des plombs de pèlerinage repré-sentant saint Georges ou saint Michel ; une curieuse statue de saint Michel en fer… Quant au retable bruxellois, il nous a dévoilé, pour quelques heures, une sainte Marguerite en prière, sortant indemne du dragon qui se délecte encore d’un pan de robe. Cet accès privilégié à certaines œuvres l’a été grâce à un partenariat étroit avec le personnel du musée qui les avait « mises en scène » à notre seule intention. La découverte fut prolongée par une explication passionnante du Portail des Libraires de la cathé-drale ; Franck Thénard-Duvivier a replacé ce portail dans le contexte historique de l’Église rouen-naise au début du XIV e siècle avant de détailler quelques-uns des médaillons qui tapissent les pié-droits.
Merci à tous ceux qui avaient préparé avec soin cette journée enrichissante.
Cliché J. Deslandes - C.G.76
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Anne Robin
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ÉMCÉNAT
Comme annoncé dans notre précédente Lettre, l’exposition « Les Gaulois face à Rome », qui s’est ouverte le 19 mai, a permis la mise en place d’une borne multimédia consacrée à la numismatique gauloise. Nous avons répondu favorablement à la demande du Musée des Antiquités pour partici-per financièrement à l’installation de cette borne qui assure une meilleure vision des monnaies gau-loises. Ce programme très pédagogique est accessible au plus grand nombre. L’objet archéologique est rendu accessible par la manipulation et le jeu ; des clés de lecture vont en expliquer les méthodes de fabrication et l’iconographie. Ce dispositif sera enrichi avec l’ensemble des monnaies du Musée des Antiquités et trouvera une place permanente au sein de la salle de numismatique.
DSEAMISNOTUL
En prévision du prochain cycle de conférences : Philippe COMAR , Les Images du corps , Gallimard, 1993, coll. « Découvertes ». Confrontant l'approche du savant et celle de l'artiste, l’auteur montre comment les images du corps humain renvoient au désir de connaître, mais aussi à la morbidité ou à l'érotisme. Un panorama sur le « corps dans tous ses états » : sculpté, peint, dessiné, tatoué, écorché ou radiographié ; depuis les statuettes préhistoriques jusqu’aux images obtenues par résonance magnétique nucléaire . Alain CORBIN, Jean-Jacques COURTINE et Georges VIGARELLO (dir.) , Histoire du corp s, Seuil, 2005-2006, 3 vol. Rassemblant les contributions de nombreux auteurs, cette véritable « somme » offre un panorama complet – depuis la Renaissance jusqu’au XX e siècle – du corps qui devient ainsi un véritable objet d'histoire. Tout commence avec l'émergence du corps « moderne » qui se singularise dans toute son autonomie avec la Renaissance. Les auteurs passent en revue les pulsions et les désirs, le contrôle des politesses et des sociabilités, le « polissage des violences » ou encore l’auto-surveillance des gestes dans l'univers de l'intime. Mais le corps est lui-même un territoire qui possède ses enve-loppes : la peau, la voix, la respiration. C’est le corps physique et matériel qui peut être touché, senti
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ou contemplé, tandis que les savants le manipulent et le dissèquent. D’autres champs sont égale-ment investis : le corps productif et son rapport avec la révolution industrielle ; le corps expéri-mental et l'univers technico-scientifique contemporain ; le corps malade et douloureux dans le cadre d’une société de plus en plus médicalisée, etc. Cet ouvrage est abondamment illustré. Jacques LE GOFF et Nicolas TRUONG, Une histoire du corps au Moyen Âge , Éd. Liana Levi, 2003, rééd. 2008. Selon les auteurs, le « corps a été oublié par l'histoire et les historiens ». Or il constitue l'une des dynamiques majeures de l'Occident. L’ouvrage est consacré à la place du corps dans la société et l’imaginaire : de l'abstinence des prêtres aux délices du pays de cocagne, du christianisme au paga-nisme, du rire au don des larmes dont saint Louis était dépourvu, de la mode vestimentaire aux sports, du célibat à l'amour courtois, d'Héloïse et Abélard jusqu'à saint François. Georges VIGARELLO , Le Propre et le sale. L'hygiène du corps depuis le Moyen Âge , Seuil, 1985, rééd. coll. « Points », 1987. Ce livre étudie l’évolution de la civilisation occidentale à partir des transformations du rapport que les hommes ont eu avec leur corps. Il s’agit ainsi de rendre compte d’un « processus de civilisa-tion » qui caractérise les sociétés d'Occident du XII e au XIX e siècle. Par exemple, le renforcement de l'exigence de propreté, à partir du XVI e siècle, ne doit pas être confondu avec les pratiques qui, aujourd'hui, visent surtout à assurer la « netteté » du corps. Franck Thénard-Duvivier Pour compléter l’exposition actuellement présentée au Musée des Antiquités : n° 102 de la revue l’Archéologue (juin/juillet 2009) est consacrée à la Normandie celte et romaine.
DESAMISONTPUBLIÉ
Deux Amis ont collaboré au dossier consacré au Mont-Saint-Michel dans la revue Études nor-mandes , n° 4, 2008. Une synthèse utile et richement illustrée pour ceux qui veulent se remémorer les grandes lignes de l’histoire montoise ou encore trouver un complément à la conférence de février dernier sur les « Héros et monstres ». Henry DECAËNS a retracé une Petite histoire du Mont-Saint-Michel dont il est l’un des meilleurs spécialistes. Il nous en rappelle tout d’abord les origines légendaires et la fondation monastique, avant de détailler les étapes de la construction de l’abbaye romane puis gothique, l’essor du pèlerinage ou encore la résistance héroïque pendant la guerre de Cent Ans ; sans oublier la réforme de Saint-Maur au XVII e siècle, la transformation en prison après la Révolution, le renou-veau du Mont à la fin du XIX e siècle et le projet actuel de rétablissement de son caractère mariti-me. Franck THÉNARD-DUVIVIER s’intéresse aux Images de saint Michel en Normandie . L’essentiel du propos est consacré aux représentations du saint combattant : d’abord, figuré de manière statique, sans ailes ni armure, l’archange incarne le parfait chevalier et devient même un héros « national » au XV e siècle avec la guerre de Cent Ans ; puis l’iconographie du saint et du « dragon » évoluent au gré des modes – la tenue devient romaine – mais aussi des ennemis à com-
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battre : les protestants au XVI e siècle ou encore les Prussiens au XIX e siècle. Par ailleurs, saint Michel est aussi représenté en « passeur » ou « peseur d’âmes », particulièrement dans les scènes de Jugement dernier sculptées sur les tympans des cathédrales.
Franck THÉNARD-DUVIVIER étudie L’image du saint évêque à travers les cycles sculptés de la cathédrale et de Saint-Ouen de Rouen dans le numéro des Annales de Normandie paru en décembre 2008. Il s’agit d’une étude comparative des trois ensembles de bas-reliefs consacrés à saint Romain et à saint Ouen au portail de la Calende et à celui des Marmousets. Puisant dans les textes hagiographiques du XI e siècle, ces cycles offrent une image des saints évêques actualisée par le contexte politique et religieux du XIV e siècle, dans le cadre notamment d’une rivalité plurisécu-laire des sanctuaires autour de l’affirmation de l’identité normande.
Mireille BIALEK, Offranville , Collection Mémoire en images, Éditions Alan Sutton de Saint-Cyr-sur-Loire, 2009 128 pages consacrées à l’histoire du village, couvrant la période 1880-1960 ; richement illustré.
Le Bulletin de la Commission départementale des Antiquités (tome LV de 2007) est paru.
RGOUPEMENTRÉGIONLAEDSSAOSCITAINOSD'AMIS
DE MUSÉES DE HAUTE-NORMANDIE Réunion du 8 avril à Évreux
Cette journée très cordiale était organisée par l'Association des Amis du Musée d'Évreux et animée par M me Le Bocq qui a succédé à M. Plantrou à la présidence du Groupement. Elle fut l'occasion d'échanges entre les représentants des différentes Associations de la Région concernant les activi-tés proposées aux adhérents, les projets, les objectifs des uns et des autres en fonction des circons-tances locales. Parmi les points communs, on a pu souligner la demande forte du public enregistrée à la rentrée, le développement des conférences d'histoire de l'art, la recherche de diversification dans la forme des activités, l'intérêt pour les randonnées culturelles… manifestant la vitalité de cha-cune des associations. La fin de la matinée fut consacrée à une fort agréable visite du Musée.
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Élisabeth Bernard
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