Fouilles récentes de l'ancienne église Saint-Laurent de Choulans à Lyon - article ; n°3 ; vol.120, pg 460-487

De
Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres - Année 1976 - Volume 120 - Numéro 3 - Pages 460-487
28 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 1 janvier 1976
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Monsieur Jean-François
Reynaud
Monsieur Georges Vicherd
Fouilles récentes de l'ancienne église Saint-Laurent de
Choulans à Lyon
In: Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 120e année, N. 3, 1976. pp. 460-
487.
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Reynaud Jean-François, Vicherd Georges. Fouilles récentes de l'ancienne église Saint-Laurent de Choulans à Lyon. In:
Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 120e année, N. 3, 1976. pp. 460-487.
doi : 10.3406/crai.1976.13277
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/crai_0065-0536_1976_num_120_3_13277460 COMPTES RENDUS DE L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS
COMMUNICATION
FOUILLES RÉCENTES DE L'ANCIENNE ÉGLISE
SAINT-LAURENT DE CHOULANS, À LYON,
PAR M. JEAN-FRANÇOIS REYNAUD EN COLLABORATION
AVEC M. GEORGES VICHERD.
Découverte à l'occasion de travaux effectués sous la chaussée de
la montée Saint-Clair du Port, la basilique funéraire de Saint-
Laurent a été fouillée une première fois en 1947. L'élargissement du
quai Fulchiron nous a incité à reprendre la fouille pour compléter
le plan de l'église. En 1947, MM. Audin et Wuilleumier ont dégagé
la zone nord d'une église : une petite partie de la nef centrale, la
totalité du collatéral nord et du portique latéral1. A l'est s'étendait
un espace rectangulaire qui n'a pu être expliqué à l'époque2. A l'inté
rieur et à l'extérieur de l'église ont été trouvés des sarcophages,
datés du vie-vne siècle par leur typologie et par les épitaphes. La
reprise des fouilles nous a permis de mettre au jour l'abside orientale,
de dégager à nouveau la nef, les collatéraux et le portique3. Nous
avons pu nous avancer plus au sud où un sol de tuileau apparaît
dans la nef centrale et dans la moitié ouest du collatéral où de
nombreux sarcophages sont conservés. Une fouille en profondeur a
fait apparaître les différentes étapes de construction d'un édifice
d'une remarquable qualité architecturale.
I. — Le site a l'époque gallo-romaine
L'ancienne basilique de Saint-Laurent était située à l'extérieur
de la ville romaine et de la cité du haut Moyen Âge4 (fig. 2), au pied
de l'ensellement qui facilite le passage entre les collines de Four-
1. P. Wuilleumier, A. Audin, A. Leroi-Gourhan, L'église et la nécropole Saint-
Laurent, dans le quartier lyonnais de Choulans, étude archéologique et étude anthro
pologique, Institut des Études rhodaniennes, Mémoires et documents, Audin,
Lyon, 1949.
2. M. Audin n'ayant pas trouvé d'abside à l'est a émis l'hypothèse d'une
façade pourvue de deux tours et d'une abside à l'ouest.
3. L'utilisation d'engins mécaniques a fait apparaître l'abside primitive
sous une cave du xixe siècle. Les murs anciens étaient partiellement doublés
par des murs modernes.
4. L'enceinte réduite n'a pas laissé de traces. Le tracé proposé jusqu'à présent
suivait exactement le bas de la pente de la colline de Fourvière. Nous suggérons
un tracé différent qui s'appuierait comme à Vienne sur un point culminant de SAINT-LAURENT DE CHOULANS 461
Fig. 1. — Vue d'ensemble vers l'est.
vière et de Saint-Irénée. C'est là qu'aboutissait à l'époque proto
historique, puis romaine, la voie de Vienne qui empruntait l'actuelle
montée Saint-Laurent et se poursuivait par la rue de la Quarantaine
jusqu'au quartier Saint-Georges. Cette voie était bordée de tom
beaux. Une autre voie montait sans doute vers les portes sud de la
ville haute. D'importants vestiges gallo-romains ont été retrouvés
dans le quartier ; les inscriptions religieuses sont nombreuses : une
canalisation d'aqueduc, des installations de thermes, un four de
la colline, descendrait vers Saint-Paul au nord où une porte fortifiée était signalée
au xne-xine siècle et vers Saint-Georges au sud, où actuellement encore la
montée des Épies correspondrait au fossé de l'enceinte du Bas-Empire. M. Cha-
potat a constaté qu'à Vienne une même montée des Épies suivait le tracé de
l'enceinte du Bas-Empire. COMPTES RENDUS DE L* ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS 462
potier ont été repérés avant 19395. Ces dernières années, les tr
avaux de reconstruction du pont Kitchener, le percement du tunnel
sous Fourvière et l'aménagement de la montée de Choulans ont
confirmé l'importance des vestiges dans cette zone pourtant péri
phérique. Ainsi, en 1946, des dragages dans la Saône ont permis la
récupération partielle d'un trésor monétaire des ier et 11e siècles.
M. Audin situe donc le port des nautes au débouché de la voie de
Narbonnaise avant qu'il ne s'installe au quartier Saint-Georges
vers le milieu du ne siècle. En 1967, les travaux occasionnés par la
construction du tunnel sous Fourvière mirent au jour un grand
ensemble de constructions et surtout une très belle mosaïque.
Des vestiges gallo-romains furent également trouvés en profon
deur sous l'église Saint-Laurent en 1967 et en 1976. Grâce à une
vision d'ensemble du chantier, nous pouvons maintenant bien
délimiter les structures anciennes des constructions religieuses. Les
constructions romaines sont situées à des niveaux différents qui
font penser à une succession de terrasses en bordure de la Saône
(sols de 166,12 à 168,05 m) ; les murs sont orientés trèsnettement
vers le sud-est et sont assez légers (épaisseur de 0,38 à 0,43 m), faits
de moellons et de galets du Rhône, liés parfois avec des arases de
briques. Le mortier jaunâtre est peu résistant. Les sols sont en
pierres plates, briques ou terre bien damée. Ces vestiges de construc
tions qu'il est, pour l'instant, difficile de regrouper dans un ensemble
cohérent, s'étendent sans doute sur une assez longue période. Deux
dépotoirs trouvés à l'intérieur de l'abside de la basilique renfe
rmaient de la céramique du Ier et du ive siècle de notre ère.
IL — Saint-Laurent
1) Historique.
Les épitaphes trouvées lors de la fouille de 1947 et de celle de
1976 attestent l'existence de 'église Saint-Laurent aux vie et
vne siècles6. Il est par contre impossible d'appliquer à Saint-Laurent
la lettre où Sidoine Apollinaire parle de Yecclesia des bords de la
Saône, c'est-à-dire de la cathédrale7. Les archives sont muettes
5. A. Audin, op. cit., p. 45.
6. A. op. cit., p. 23 et 24. Aussi l'inscription n° 8, où Osildus se réjouit
« d'avoir saint Laurent pour protecteur », inscription datée du règne de Clovis II,
au milieu du vne siècle ; n° 9, Viventius « dont le sanctuaire de Saint-Laurent
a recueilli le corps »... En 1976, nous avons également trouvé une inscription
dont le texte mentionne saint Laurent.
7. Sidoine Apollinaire, Lettres, Livre X, lettre 10, trad. A. Loyen, t. II, p. 69,
coll. Guillaume Budé, Paris, 1970. »
"
"
:
SAINT VINCENT
SAINT PIERRE
SAINT BARTHELEMY\ NOTRE DAME DE LA PLATIERE Saint Genis E- NOTRE DAME DE SAONERIE
SAINT NIZIER
[7;O Saints Apôtres
Éfe sainte croix
SAINT A ROMAIN
SAINT PIERRE LE VIEUX
LA MADELEINE /
^ / SAINT GEORGES
V "■r Sainte Eulalie
montée des épies
SAINT MICHEL D'AlNAY
Saints Anges SAINT JUST
Les Macchabées SAINT IRENEE
Saint Jean
SAINTE BLANDINE D'AlNAY % SAINTE HELENE
SAINT LAURENT
100 200 300
Fig. 2. — Plan de Lyon, aux époques paléochrétienne et carolingienne édifices religieux et tracés supposés de l'enceinte réduite. DEUXIEME ETAT
PREMIER ETAT
WM//////////////, '//////////////M m
1
J 1
W///M m
I
Mètre*
10 15 20
Fio. 3. — Plan des constructions I et II. COMPTES RENDUS DE l' ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS 464
ensuite jusqu'à la fin du ixe siècle. Saint-Laurent apparaît par
contre dans un diplôme de Charles le Gros, des environs de 885,
où l'église est située « hors les murs de la cité » ; Louis l'Aveugle
vers 900 et le pape Sergius vers 910 mentionnent également Saint-
Laurent. En 984, Saint-Laurent figure parmi les possessions de
l'église de Lyon. Déchue de son titre d'église, elle est acquise par
Saint-Irénée en 11408. Un petit cimetière continue à exister à
proximité.
A la fin du xve siècle, un hôpital de pestiférés est fondé à Choulans
par Joseph Caille et sa femme Huguette Balarin9. En 1533, Thomas
de Gadagne fait agrandir l'hôpital en faisant construire par un
architecte italien, Salvator Salvatori, un édifice à galeries de pierre
situé en bordure de Saône, au sud-est de l'église. L'aspect des lieux
nous est connu par le Plan scénographique où l'on distingue bien
l'édifice à double galerie et l'église qui semble à nef unique, greffée
sur une abside semi-circulaire. Sur la vue de Simon Maupin,
plus précise (1625), l'abside de l'église semble polygonale, alors que
la gravure d'Israël Silvestre (1656 environ) insiste surtout sur
l'hôpital. Les plans du xvme siècle représentent avec une grande
précision les différents bâtiments et tout particulièrement la chapelle
et son abside semi-circulaire (Plan de Séraucourt et plan des Archives
municipales). Il existe même un plan coté (1 S 08) qui donne les
dimensions de la chapelle. Au xixe siècle, le tènement est progres
sivement amputé, l'hôpital disparaît vers 1855 et les derniers
bâtiments vers 189610. Le quartier de Choulans a également été
profondément bouleversé pour la construction du quai des Étroits
et de la montée de Choulans — la montée Saint-Clair du Port s'ins
talle à l'intérieur de la dernière boucle — , pour le percement du
tunnel sous Fourvière, date à laquelle on déplace la montée de
Choulans et on détruit tous les immeubles entre le début du quai
des Étroits et du quai Fulchiron et, en 1976, pour la construction
d'une boucle autoroutière.
De ces documents, textes ou gravures, on peut donc déduire
qu'une église, puis une chapelle Saint-Laurent a continué à exister
entre le vne et le xvme siècle. Les tentatives de reconstitution
de Rogatien Le Nail qui place très au nord, semblent
exactes, et on doit admettre que l'édifice qui apparaît sur les gra-
8. M. C. Guigue, Cartulaire lyonnais, Lyon, 1885, t. I, p. 20 : ecclesia sancti
Laurentii ultra Rhodanum cum appenditiis.
9. L'essentiel de notre documentation a été puisée dans l'ouvrage de
G. Tricou, Hôpitaux de pestiféreux à Lyon, Albums du Crocodile, Lyon, 1936.
10. Un assez grand nombre de peintures ou dessins (Guindrand, Saint-Olive)
du xixe siècle représentent ce quartier, en particulier un grand bâtiment est-
ouest, perpendiculaire à l'hôpital et accolé d'une tour semi-circulaire vers
l'escalier de la rue Saint-Clair du Port. / \:
Fig. 4. — Abside et annexe orientale.
Fig. 5. — Vue vers l'ouest. 466 COMPTES RENDUS DE L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS
vures des xvie et xvne siècles a été construit soit sur l'emplacement
de l'ancienne basilique funéraire, soit un peu plus au nord.
2) La basilique funéraire.
Les fouilles de 1976 ont donc permis de reconstituer le plan
d'ensemble de l'édifice qui comportait une abside semi-circulaire
à l'est, un grand transept bordé d'une annexe au nord-est, trois
nefs et un portique au nord qui se retournait en façade à l'ouest
(fig. 1 et 3).
Seule la moitié nord de l'église nous est connue, le reste se situant
d'une part sous l'actuelle montée de Choulans, d'autre part à une
assez grande profondeur sous les caves d'immeubles du xixe siècle.
Par rapport à la fouille de M. Audin, nous avons pu avancer de
2 m au sud, de 8 m à l'est. Nous avons également pu fouiller sous
l'ancien escalier de la rue Saint-Clair du Port, après en avoir détruit
les fondations.
La basilique primitive est conservée à un niveau moyen qui
correspond à celui du sol ancien (168,30 m environ). L'édifice est
orienté selon un axe qui diffère sensiblement de celui des construc
tions romaines.
A) Description. — L'église comportait une abside légèrement
outrepassée, d'un diamètre extérieur de 11,50 m, une annexe nord-
est, un transept largement débordant de 30 m de longueur pour
10 m de largeur, une nef dont les dimensions extérieures devaient
être de 28 m sur 10,50 m. Au total une longueur de 45 m pour une
largeur de 19,50 m. Un portique a été établi sur le flanc nord et en
façade de la basilique ; on ne peut affirmer qu'il en a été de même
au sud.
Les structures sont semblables sur l'ensemble du chantier et
caractérisées par l'emploi de très gros blocs de choin à tous les
niveaux, ainsi que de petits moellons de forme irrégulière, de 15
à 25 cm de longueur (fig. 9). En fondation les murs sont d'une
grande largeur, près de 1,60 m à l'abside pour 1,20 aux collatéraux
et en façade. Les mortiers sont très proches les uns des autres.
B) Les campagnes de construction. — Ce plan à abside, transept
et trois nefs n'est homogène qu'en apparence. L'étude des parements
et des tranchées de fondation nous incite à distinguer plusieurs
étapes de construction qui sont visibles surtout à la liaison entre le
transept et l'abside, ainsi qu'entre le transept et le collatéral nord.
a) La première étape de construction. — L'église comprend
alors une abside, un transept et une nef (fig. 3, 4, 5).
h' abside comporte une structure plus étroite à l'origine (1,40 m

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