Contre la Paix Injuste

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L'Humanité22 juillet 1919Contre la Paix InjusteContre la Paix InjusteContre la Paix InjusteAu nom de la justice, de la paix des nations et des classes, les citoyens de penséelibre ont le devoir de protester contre le traité de paix qui vient d'être signé.Conformément à ses principes et à ses engagements, le groupe « Clarté » se faitl'écho de cette protestation.Que ce traité ne donne satisfaction à personne, qu'il soit impuisant à trouver lesecret des réparations matérielles de la guerre, cela était fatal ; la réalisation duprincipe de réparation, qui est équitable, dépasse la capacité des survivants. Il n'estpas de texte qui puisse parer à l'appauvrissement résultant de cinq années dedestruction perfectionnée ; de la ruine ne peut sortir que la ruine.Mais nous n'admettons pas que ce traité ose se prévaloir des idées de Droit et deJustice : comme le traité de 1871, comme tous les traités qui se sont succédé lesuns aux autres depuis des siècles, il viole ces hautes conceptions, il en disposecomme il dispose des hommes et des territoires pour la satisfaction d'intérêtsparticuliers.Élaboré dans le huis clos des salons officiels, à l'écart de l'opinion publique et aumépris des masses populaires, il aboutit à une antithèse brutale, quoique hypocrite,des quatorze vérités wilsoniennes qu'il aurait dû consacrer et édifier sur lesdécombres. Il faut que ce traité soit révisé. Nous ne croyons pas à son efficacité, àsa durée. Ce n'est pas un traité de paix. Les ...
Publié le : vendredi 20 mai 2011
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L'Humanité 22 juillet 1919
Contre la Paix Injuste Contre la Paix Injuste Contre la Paix Injuste
Au nom de la justice, de la paix des nations et des classes, les citoyens de pensée libre ont le devoir de protester contre le traité de paix qui vient d'être signé. Conformément à ses principes et à ses engagements, le groupe « Clarté » se fait l'écho de cette protestation.
Que ce traité ne donne satisfaction à personne, qu'il soit impuisant à trouver le secret des réparations matérielles de la guerre, cela était fatal ; la réalisation du principe de réparation, qui est équitable, dépasse la capacité des survivants. Il n'est pas de texte qui puisse parer à l'appauvrissement résultant de cinq années de destruction perfectionnée ; de la ruine ne peut sortir que la ruine. Mais nous n'admettons pas que ce traité ose se prévaloir des idées de Droit et de Justice : comme le traité de 1871, comme tous les traités qui se sont succédé les uns aux autres depuis des siècles, il viole ces hautes conceptions, il en dispose comme il dispose des hommes et des territoires pour la satisfaction d'intérêts particuliers. Élaboré dans le huis clos des salons officiels, à l'écart de l'opinion publique et au mépris des masses populaires, il aboutit à une antithèse brutale, quoique hypocrite, des quatorze vérités wilsoniennes qu'il aurait dû consacrer et édifier sur les décombres. Il faut que ce traité soit révisé. Nous ne croyons pas à son efficacité, à sa durée. Ce n'est pas un traité de paix. Les hommes de tout parti et de toute opinion reconnaissent qu'il provoquera un jour de nouvelles guerres dans ce vieux continent qui n'est plus capable d'en supporter. C'est faire besogne insensée que de substituer un bloc d'impérialismes à celui qui est momentanément écrasé, et de donner ainsi force de loi à des traditions monstrueuses qui ont jusqu'ici entretenu les plaies sanglantes du monde. Un des buts de la guerre était pourtant d'éliminer définitivement la barbarie de l'histoire ; on le disait du moins aux soldats pour les faire marcher. Ces combinaisons d'égoïsmes nationalistes et d'intérêts de marchands ne se maintiendront provisoirement qu'à force d'expédients ; à cause d'elles, les générations futures iront à la ruine et à la mort. Cette guerre-ci ne peut même pas se terminer. Elle continue en Europe, autour du soi-disant traité de paix, sur vingt-trois fronts, entretenue par les puissances victorieuses pour maintenir la domination capitaliste. Une grande partie des soldats restent sous les armes, esclaves d'une cause qui n'est pas la leur. L'antique système du servage des foules, une fois de plus, sort triomphant de la guerre. Nous croyons que rien de solide ne peut être bâti que sur la justice et sur la vérité. Nous croyons que le vrai patriotisme a sa place toute marquée dans le grand amour logique de l'intérêt général ; sinon il n'est que la parodie dangereuse d'un beau sentiment, de même que l'ordre imposé jusqu'ici au genre humain par les classes dirigeantes n'est qu'une parodie de l'ordre. Le traité de juin 1919, indigne des nobles traditions de la France, ne mérite ni l'estime, ni la confiance. Il démontre par des signes éclatants la nécessité d'un changement total des conditions de la vie universelle. Les honnêtes gens et les esprits clairvoyants comprennent qu'une question de vie ou de mort se pose désormais pour les multitudes de partout, et qu'elles descendront aux abîmes tant que la conduite des affaires humaines ne sera pas réglée par un ordre mondial démocratique, par la communauté des lois du travail, de la production, du commerce et des affaires extérieures. Ce n'est que dans l'internationalisme que s'accomplira un jour l'unification des masses. Puissent les responsables d'aujourd'hui et de demain ne pas rester sourds aux menaces de la vérité !
Pour le Groupe« Clarté »,le Comité de Direction :
Anatole FRANCE, Henri BARBUSSE, Victor CYRIL, Roland DORGELES, Georges DUHAMEL, Henri JACQUES, Raymond LEFEBVRE, Magdeleine MARX, SEVERINE, Laurent TAILHADE, P. VAILLANT-COUTURIER.
L'Association Républicaine des Anciens Combattantsadhère à cette protestation.
Pour le Comité central : Henri BARBUSSE.
Nous publierons ultérieurement le nom des écrivains qui croiront devoir apporter l'appui de leur protestation à celle du groupe « Clarté ».
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