La région des Doukkala - article ; n°158 ; vol.29, pg 127-138

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Annales de Géographie - Année 1920 - Volume 29 - Numéro 158 - Pages 127-138
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 1 janvier 1920
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J. Goulven
La région des Doukkala
In: Annales de Géographie. 1920, t. 29, n°158. pp. 127-138.
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Goulven J. La région des Doukkala. In: Annales de Géographie. 1920, t. 29, n°158. pp. 127-138.
doi : 10.3406/geo.1920.9179
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/geo_0003-4010_1920_num_29_158_9179LA GION DES DOUKKALA
Au Sud du 37e parallèle étale en bordure de Atlantique une
des plus riches provinces du Maroc occidental celle des Doukkala
Elle étendait autrefois de lOued Oum er Rbia Oued Tensift et
se terminait après Léon Africain1 vers le Sud au fleuve Habid
est ailleurs cette délimitation qui est aussi donnée par Ibn Khal-
doun daas son histoire des Berbères Dokkala dit-il est le nom
une tribu qui occupe le territoire qui étend depuis le pied septen
trional de la montagne qui avoisine Maroc Marrakech
Océan est là où se trouve le Ribat Asfi Safi) poste fortifié qui
porte aussi le nom des Béni Maguer famille Dokkalienne Pour
Marmol lOued Tensift séparait au Sud les Doukkala de la province
des Haha tandis que au Nord la rive droite de Oum er Rbia
servait de limite la province de Tamesna qui faisait partie du
royaume de Fès et finissait lOued bou Regreg Quant aux limites
orientales des Doukkala Léon Africain les fixe la montagne sainte
du Djebel Lakhdar alors boisé de chênes de pins et azerolier aux
fruits
Après avoir appartenu quelque temps aux rois de Fès la Dû-
quelle comme on disait cette époque relevait en dernier lieu du
royaume de Marrakech Sa réputation de richesse est attestée par
tous les écrivains En cette partie il peu de boys et sont plus
grasses et fertiles les plaines qui sont entre le Mont Atlas et la mer
Oce ne comme est la région de Maroc la province Ducale dit Léon
Africain* Les Duccala sont réputés très fertiles et gras et sont
distribués en trois parties Xerquie Dabide Garobie constate
Jerosme Osorius5
accord entre les auteurs cesse par contre dès il agit de
se prononcer sur origine des Doukkali Sont-ce des Berbères de la
grande tribu des Masmouda qui étendait depuis le pays Haha dans
le Sud aux rivée du Sebou au Nord ou bien ne faut-il voir en
eux que des descendants des Sanhadjiens?IbnKhaldoun semble avoir
lui-même hésité cet égard et de nos jours la question ne paraît
ON AFRICAIN Description de Afrique dition êêâê 335
IBN K.HALDO autoire des Berbères II 274 cité p&r ââ âï
ON ArRiCAiN 11 236
ID> 93
âêîà OsoRiüs Histoire de Portugal tro.d lite p&r SIMON GOULARD Senlisien
Parie 1S87 260 128 LA GION DES DOUKKALA
pas encore tranchée Quoi il en soit il semble que lepaysDoukkala
ait été jadis fort habité et que les tribus qui le peuplaient aient
échappé aux invasions des Lemtouma du désert et aux pillages
ils urent subir au Tamesna voisin Sur le caractère de ces popu
lations nous ne savons pas chose retenons cependant appré
ciation de Léon Africain qui estimait le peuple Doukkali maling
et ignorant
Parmi les villes importantes figuraient Azemmour réputée
pour ses aloses Tit dont il ne reste hui une tour
et des pans de murailles en ruines Medinat el Gharbia vraisem
blablement la capitale du pays Bou Laouane célèbre par le combat
livrèrent aux Marocains en 1514 les Portugais Don Juan
Menesez et Ruy Baretto enfin on pla ait aussi Safi port de Mar-
rakech1 Mazagan ne fut fondée au xvi siècle par les Portugais
qui guerroyèrent dans le pays pendant près de 270 ans et intro
duisirent dit-on la culture de la vigne2 Après une éclipse un
siècle et demi Mazagan est devenue le chef-lieu et le grand port du
territoire des Doukkala Maisia contrée hui réduite une
superficie deTaOOkols alterni plus Oued Tensift et englobe plus
Sau débouché de la province des Abda cette dernière été érigée
par le Protectorat fran ais en circonscription administrative indé
pendante malgré les liens géographiques qui unissent au Doukkala
Leur frontière commune est de ce fait devenue tout artificielle
LE PAYS DOUKKALA
Dans ensemble du Maroc occidental le pays Doukkala appartient
la zone des plateaux substratum ancien De même que les pays
Chaouïa et Abda il fait partie de cette région tabulaire laquelle les
géologues ont donné le nom de meseta marocaine par analogie
avec le Plateau central espagnol ou ibérique
Des bandes de couches horizontales de plus en plus anciennes
se succèdent en partant de la côte Pliocène Miocène puis Cénoma-
nien La plus grande partie du pays Doukkala appartient la bande
pliocène assez étroite aux environs de Safi mais qui va en élargis-
öä parlant des villes que baigne la Mer Environnante Atlan
tique) cite Azemmour et Safi comme appartenant aux Doukkala ABHOCL HASSAN
également fait dépendre Saft de cette province Quant Lnoi APHICAIN un des
chapitres de son livre porte le titre suivant bien significatif cet égard Des
villes et citée contenues en la région de Ducale premièrement Azafi
236.
Voir GoüLVEH La place de àäà sous la domination portugaise
15 -1769) Parie Emile Larose 19 in-16 iv 24 p. pi phot. pl
plan fr
Russo Esquviie géolof/ie co iere du Maroc Central unii Soc de Géog
du Maroc février 1918 8) GION DES DOUKKALA 129 LA
sant vers le Nord lOum er Rbia travers ce manteau de sédi
ments récents pointent quelques grès et quelques calcaires silex
âge crétacé qui forment sur la côte même des saillies rongées par
la mer Mais le sous-sol est caché sur de vastes étendues par la nappe
des tirs ces terres noires une merveilleuse fertilité dont les géolo
gues discutent encore origine1
Le relief du pays Doukkala est caractérisé en général par des
ondulations parallèles au rivage dont les fonds toujours humides
inondés en hiver et changés en prairies au printemps se prêtent
élevage
Au Nord Oum er Rbia dans le pays de Sidi Ali Azemmour le
sol élève abord en pente douce depuis le rivage où égrènent quel
ques dunes de sable bordées une lignede palmiers-dattiers stériles
est le Sahel au sol tantôt sablonneux rwie/) tantôt rocailleux hara h)
avec des plaques de terres argilo-calcaires rouges dites hamri et qui
possède une partie très fertile et très humide en bordure de la mer
Ouldja 60 altitude le paysage change on se trouve la talaa
la montée qui était autrefois couverte de broussailles rhaoa et
même de forêts si on en croit les vieux chroniqueurs portugais
hui il inculte que quelques espaces envahis par les
pierres et le doum palmier-nain est dans cette région que sont
localisées deux anciennes tribus du Sous les Chtouka et les Chiadma
Les céréales poussent dans de bonnes conditions mais le pays tire
surtout sa réputation de ses champs de henné si nombreux aux envi
rons Azemmour
Au Sud de Oum er Rbia on peut distinguer trois zones abord
un étroit couloir où eau partout proche de la surface et donnant
souvent des marécages permet les cultures maraîchères protégées
par les dunes contre les vents marins est Ouldja qui étend sur
eOkBB de largeuc environ bordé Est par une sorte de falaise Vient
ensuite un plateau correspondant au Sahel du Nord large de
401 accidenté ondulations hautes de lOOm ISOIn Le sol produit
par la désagrégation du Pliocène est rocailleux mais le maïs et
orge poussent avec facilité par suite de certaines circonstances
climatiques que nous indiquerons plus loin Le bétail peut pâturer
dans les dépressions qui fournissent aux troupeaux de ufs et de
montons une alimentation suffisante Il en est ainsi cher les Ouled
Ghanem et les Haouzia où les terrains de parcours sont nombreux
Le sol se relève des altitudes de 180 SOOln et 240 dans
la plaine de Sidi Ben Nour et chez les Ouled Amran aux fron
tières orientale et méridionale des Doukkala Là vraiment on se
Voir GENTIL Le Maroc physique Paris 1912 305 et DAKTIN CKRB-
f.a sone e/spagnole du Annale te Géographie XXV 1916 îâ
<HN OKOU XXIX AXN lau LA GION UES DöUKKALA
trouve au ur dea terrea noires ces tirs qui ont fait bénir par les
habitants le pays des Doukkala où suivant le dicton populaire il
suffit de jeter le grain en air pour il germe après Mr Gentil*
est dans cette contrée que les tirs sont le plus étendus et le plus
puissants car leur épaisseur atteindrait Les coteaux
gréso-calcaircs du bled dont les taches rouges hamri voisinent
avec les tivs sont réputés aussi fertiles par les indigènes Aussi les
cultures dans celte plaine intérieure sont-elles abondantes et variées
elle consistent en céréales orge blé dur maïs et en graines indus
trielles telles que fenugrec alpiste cumin coriandre lin sorgho etc
Cette Ierre noire présente toutefois en été uae extraordinaire
aridité et le fait est autant plus frappant aucun arbre sauf le
figuier qui des racines assez puissantes pour aller chercher
de huiaidité dans les profondeurs de la terre ne vient arrêter
le regard qui erre infini sur une plaine brûlée et monotone Le
ne supporte en effet outre ces figuiers isolés que quelques
vignobles entourés de haies de cactus bleuâtres et de loin en loin
des marabouts blancs et des buttes comiquee de villages gris eau
est rare on ne la trouve 40 oOm et 70 de la surface du sol
Aussi en attendant le forage de puita artésiens les Doukkali vien-
neût-ils la puiser dane des citernes si profondes leur oriûce
dû être établi syatèm.e de poulies des femmes un âne ou
parfois un cliameau descendant un plan incliné sur une longueur
égale la profondeur laquelle se trouve la nappe aquifère tirent 1&
corde qui ramène le récipient Pour remédier aux effets de la séche
resse les indigènes ont construit dans la campagne surtout dans le
Sud des citernes et réservoirs ils appellent medfya Dans cette
dernîère partie du pays de grandes étendues sont couvertes de
sables quaternaires fins et jaunes envahissants par endroits Sidi
Mohamed OuJQain On rencontre des vignes très productives aux
gros raisins noirs elles auraient été plantées par les Portugais
Est cl au Sud-Est un escarpement rocheux barre la plaine
des Doukkala est le pays Rehamna steppe nue qui étend
aux collines des Djebilet sur la route de Marrakech sans
autre végétation arborescente que celle des jujubiers Au bord
occidental de ce plateau se détache non loin du plateau du Mtal le
Djebel Lakbdar massif et élevé eSOm qui domine la plaine
Doukkala et donne vers Est une magnifique vue sur la chaîne
neigeuse de Atlas est un triple pic de quartzites entremêlés de
schisies qui dresse vers le Sud-Ouest ses peales abruptes-.Ses crêtes
déchiquetées par érosion seraient habitées par des anachorètes et
des santons
LOUIS GïttTiL ouvr cité 106-307 GION DES DOUKKALA 131 LA
Le sous-sol du pays Doukkala né présente aucune ressourcé par
ticulière Certains prospecteurs ont signalé la presence du fer
au Koudiat du Mtal au Djebel Lakhdar età Bou Laouane il est
prématuré néanmoins de parler de son exploitation Car on ne
sède auctroe indication précise sor importance de gisements et
la teneur du minerai
II LE CLIMAT ET LES EAUX
Nut sommes encore assez mal renseignés sur la climatologie
pays Doukkala Le Bulletin Officiel du Protectorat publie chaque
mois depuis 1914 des tableau météorologiques mais les stations
de Mazagan Sidi Ali Azémmour Sidi Smain et Sidi Ben Nour ont
jamais fonctionné avec régularité 11 est pas douteux cependant que
le climat se ressente du voisinage ou de éloignement de la mer Sur
la côte le minimum moyen hiver descend environ maximnm
moyen été ne dépasse pas 30 Un minimum absolu de en
janvier-février et un maximum absolu de 39 40 en Jüin-juiilct
semblent constituer le plus grand écart enregistré dans une même
année Le point où la température paraît être la pius régulière est
Azemmour La maximum observée Azemmour ne
doit pas dépasser 25 En hiver la moyenne est de 18 20 Noufl
avons jamais constaté de gelée blanche*
Les saisons se distinguent ailleurs beaucoup moins par es dif
férences de température que par la présence ou absence des pluies
dont le r.ôle est extrêmement important au point de vue de la végé
tation est incontestablement sea précipitations atmosphérique
et en général influence atlantique la région de Mazagan
située la même latitude que Aïn Sefra Laghouat et Gabes doit la
modération de sa température et la variété de ses productions apli
les Il tombe entre octobre et avril iOCIa 50e eau novembre
et mars paraissent être les mois où les pluies amènent de vio
lents vents Ouest senties plus fréquentes et les pins fortes Le
reste de année on pourrait compter les gouttes eau déversée
du ciel certaines cultures comme le maïs ne viendraient pas dans
le pays si la sécheresse était fortement atténuée par la rosée noc
turne qui tombo fréquemment sur la côte Aux belles journées de juin
et de juillet il est même pas rare de voir une brume épaisse
élever au voisinage du cap Blanc et noyer dans son estompe grise
et humide la blanche ville et la baie de Mazagan elle ne étend pas
toutefois Azemmour campée emboîichwe ee Oum er
Rbia ITke de là Ce phénomène avait déjà frappé les Portugais au
JEANKIN .es Doukkala et àäà Casablanca 1918 16 13 L GION DES DOüKKALA
xvii siècle et est la raison pour laquelle ils redoutaient de navi
guer dans ces parages au ur de été
Le Sud du pays Doukkala paraît avoir un climat plus sec et plus
continental qui explique par éloignement de la mer oOkm SOlt
Les coups de sirocco qui répondent aux orages de la région côtière
grillent les récoltes Sidi Ben Nour on anoté quatre ou cinq
fois au cours un été 36 ombre Un maximum absolu de 42 en
juillet et un minimum de en hiver ont été observés Les gelées
blanches ne sont pas rares Des variations de 31 et plus ont été plus
une fois enregistrées au cours un même mois En avril 1916 le
thermomètre marqué et 37 Quant aux pluies qui tombent abon
damment 40e env.) on peut se demander si elles ne sont pas plus
fortes au printemps en hiver Il semble aussi que la sécheresse
qui dure de mai novembre ysoit plus longue que dans le Nord Ces
observations demandent être confirmées par des éludes plus
régulières Elles ont en tout cas rien inattendu car il est notoire
que les vents Est prédominent dans la région et que les récoltes
sont souvent beaucoup moins belles dans le Sud que dans le Nord
La sécheresse du climat du pays Doukkala se manifeste dans la
rareté des eaux courantes Le seul fleuve est Oum er Rbia la mère
des Pâturages qui arrose le Nord-Est partir de la Zaouia Ker-
mouchi la mer LOum er long de plus de SOOltBa est
la fois un fleuve montagnard coulant parallèlement Atlas et un
fleuve de plaines descendant vers océan Atlantique suivant la ligne
de la plus grande pente La première direction NE-SO est le ves
tige de ancien cours ensemble du fleuve qui avant le soulèvement
du seuil El Kelaa se continuait avec le Tensift actuel ou du moins
se jetait dans un golfe occupant emplacement de la vallée du Ten
sift La seconde direction et N0 représente le cours de ancien
fleuve de Bon Laouane qui par érosion régressive est venu capter
le lai du Tadia formé après le soulèvement du seuil El Kelaa*
Celle dernière parlie du cours de Oum er Rbia appartieni seule
aux Doukkala ses nombreux méandres anguleux qui entament
des profondeurs de 80 100 les schistes primaires de ancienne
cliaiuft hercynienne forment un long fossé frontière entre les Douk
kala et les Chaouïa depuis Medira Foum ez Zaouia en amont de Bou
Loiianc la Zaouia de Kermouchi point où lo fleuve sépare
les territoires Chiadma Chlouka englobés dans le Nord Doukkala
des tribus llaouzia el Ouled Bou Aziz fixées sur sa rive gauche La
vieille cité phénicienne et berbère Azemmour commande entrée
de son estuaire autrefois fréquenté par les voiliers mais maintenant
S<) üuin er Kofa IS ull Soc tle Géog au Maroc janvier-février 19
U) DES DO KKALA 133 GION
renda impraticable parane barre LOum er Kbia dont le débit est
très régulier été est sujet de fortes crues en hiver et ressent
influence de la mer environ ITllm de son embouchure Dans
cette partie il est très poissonneux et la pêche de alose encore
affermée par le makhzen été de ml temps très exploitée
on tire au long de année de la gabelle du poisson qui so pesche en
ce fleuve une foys six et autre sept mille ducats oued pou
accessible la navigation sur il descend de plus de 37 1)
rendra les plus grands services comme source énergie électrique
et irrigations
Lea affluents de Oum er tibia dont le plus important est Oued
Fahrer sont des torrents qui cessent être alimentés ci élé La plu
part semblent se perdru dans des bassins sans écoulement leur thal-
Wrtg confondu souvent avec la plaine est marqué que pîir un lit
de sable et de graviyrs
Le pays Doukkala il est pauvre en eaux courantes doit cire riche
en eaux souterraines Comme en Chaouïa les sables et aires
absorbant le ruissellement des pentes supérieures forment une na
profonde qui écoule suivant la surface du substratum ancien per
méable inclinée vers la mer Cette supposition est confirmée par la
présence sur le littoral de nombreuses sources Aïn Selhan Aïn
Zailiga Aïn Kebira Aïn el Knor etc Nombreuses sont également les
dayas sèches durant été et pleines eau hiver marquant les
points où la couche imperméable des schistes affleure le sol
III VIE CONOMIQUE
La richesse du pays Doukkala développé chez les Berbères auto
chtones le goût de la culture et de élevage mais autre part
provoqué les invasions des Arabes attirés vers celte province de
la vie facile exploitation du sol par les premiers développa le pays
témoin existence des multiples cités El Médina ernou Tit
Subeit etc. dont les anciens auteurs vantent la prosperile commer
ciale et industrielle Mais les Arabes pendant trois siècles et demi
acharnèrent sur la conirée plus terriblement que la pe le et les
sauterelles Il semble qu on ne puisse guère faire moins de reproches
aux Portugais qui au xve siècle exploitèrent les Doukkala
la ruine
Ces circonstances expliquent que la population soit hui
composée un mélange de Berbères et Arabes et que le pays
cependant favorisé par le climat ne soit pas plus peuplé Il ne
possède en effet que 215000 habitants environ pour une supert cie
LtO LAraiCAi ouvr cité 2SS LA REGION DES DO KKALA 134
de TQOOke2 Suree nombre il aurait 208000 Musulmans 5000 Israé
lites et une colonie naissante de 600 Européens origine les
indigènes nomadisaient était le temps des chasses-croisés de
peuplades dont évolution du Nord au Sud du Maroc dispersé
dans le Maghreb certaines fractions des grandes tribus est ainsi
que dans le Gharb on retrouve Doukkali et que par contre
les Chiadma et les Chtouka qui proviennent certainement du Sous
ont élu domicile en Doukkala Il est vrai que les déplacements
ordonnés par le Makhzen par mesure politique et que les emigra
tions de tribus décidées se soustraire aux exigences un caïd pil
lard ont été nombreuses on en voyait encore la fin du xïx siècle1
En dépit néanmoins de ces difficultés les Doukkali se sont insensi
blement attachés leurs terres fertiles et adonnant la culture
sont devenus presque sédentaires Le développement de villes
comme Medinat el Gharbia en sédentarisé autres et ainsi de
suite
On ne pratique plus guère hui que des migrations saison
nières qui conduisent les pasteurs la recherche de points eau
pour le bétail migrations autant plus faciles que les pâturages
sont collectifs aussi les quelques fractions de tribus qui livrent
ne sont-elles en somme que des nomades parcours excessivement
restreint Tel est par exemple le cas pour les Ouled Sbeita les
Gharbia les Oualidia peuples arabes qui plantent leurs tentes
noires disséminées dans la région caillouteuse et stérile comprise
entre Gharbia et Océan et on dénomme Khela Au printemps
ils se déplacent de une heure deux heures de route dans ces vastes
pâturages mais automne ils voyagent peu et restent près de
leurs figuiers qui forment de maigres jardins entourés enclos en
pierres sèches et près de leurs pauvres champs ils labourent
peine2
Cet état de sédentarisme ou de semi-nomadisme des tribus se
traduit par le mode habitat Les tentes en poils de chèvres et de
chameaux imperméables la pluie sont parfois dressées
au milieu de maisons en branchages dans des enceintes en pierre
sèche est habitation des demi-nomades tandis que la nouwalla
de chaume et de pierres dont la forme classique est celle un
cylindre surmonté un cône marque un degré de plus vers état
sédentaire auquel on arrive insensiblement par la clion de
demeures permanentes en pierre là tout au moins où la matière
première se trouve pied uvre ce qui est pas le cas pour les
tin La pacification fran aise déjà si étonnante dans ses effets
qui avaient EDMOND passé DOUTT en territoire Marrakech Abda Paris 1905 181 11 agit des Ouled Fredj
ID. ibid. 183 LA ON DES KKALA 135
hâtera certainement celte évolution que les guerres intestines et les
razzias entre tribus avaient ici retardée
Au reste ère de rénovation commencée au Maroc en assurant
le respect de la propriété individuelle 1res développée en Doukkala
favorisera le peuplement et fixera au sol les dernières tribus nomâ-
disantes essor des marchés hebdomadaires ruraux ou souks
contribuera fortement aussi car on sait la haute importance que
prend le marché dans la vie indigène tel point on pu écrire
que histoire de la tribu se déroulait presque tout entière sur ces
souks
intérêt que présentent les marchés du pays Doukkala se traduit
par le chiffre des affaires qui traitent atteignant pour une
année la somme de ilix-sept millions de francs* Comme ils sont
presque exclusivement fréquentés par les Arabes et les Israélites on
peut se rendre compte facilement de esprit actif des Doukkali et de
leur aptitude au commerce on pourrait ajouter industrie car
examen détaillé un de ces marchés montrerait aussi importance
que prennent dans la campagne les petits métiers indigènes pratiqués
en famille Au premier plan des objets fabriqués apparaissent les
vêtements de laine ksa et haiks qui constituent pour ainsi dire le
costume nalional des Doukkali et les objets de sparterie confectionnés
avec les joncs et les palmiers nains cordes paniers bissacs nattes
ainsi que la poterie écoulement de ces objets dans le pays est
considérable malgré état rudimentaire des pistes qui ont jamais
précisément favorisé les communications importance de cette
industrie locale échappe encore toute statistique
La création de bonnes routes en attendant celle des chemins de
fer dont la réalisation est assez lointaine va permettre une meilleure
exploitation des ressources du pays et multiplier an profit de
Mazagan les courants commerciaux déjà existants Sait-on par
exemple que en morte saison il arrive dans cette ville environ
10000 charges de chameaux par mois et que ce chifTre se double
été Que sera-ce lorsque les camions automobiles rouleront pleine
charge sur.les routes actuellement achevées de Mazagan Casablanca
et de Mazagan Marrakech ou sur celle en cours de construction
de San
Pour saisir toute importance du trade qui augmente chaque
année il faut parcourir les artères commer antes de Mazagan telle
cette route de Marrakech le long de laquelle se multiplient les fon-
daks caravansérails dont la seule construction représente une valeur
de plusieurs de francs est sur cette route mais extra
GouLVEN Le cercle des Doukkala au point de vue économique Paris
Emile Larose 19 294

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