La répartition des hommes sur le globe - article ; n°142 ; vol.26, pg 241-254

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Annales de Géographie - Année 1917 - Volume 26 - Numéro 142 - Pages 241-254
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Publié le : lundi 1 janvier 1917
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Paul Vidal de la Blache
La répartition des hommes sur le globe
In: Annales de Géographie. 1917, t. 26, n°142. pp. 241-254.
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Vidal de la Blache Paul. La répartition des hommes sur le globe. In: Annales de Géographie. 1917, t. 26, n°142. pp. 241-254.
doi : 10.3406/geo.1917.8578
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/geo_0003-4010_1917_num_26_142_857814 XXVI année 15 juillet 1917
ANNALES
DE
OGRAPHIE
LA PARTITION DES HOMMES SUR LE GLOBE
Second article
FORMATION DE DENSITE
GROUPES ET SURFACES DE GROUPEMENTS
Depuis époque lointaine où espèce humaine se répandit sur les
continents elle peu gagné en diffasion Les progrès accomplis sous
ce rapport dans la période qui nous est connue se réduisent peu de
choses quelques îles au Centre de Atlantique et surtout dans océan
Indien et les mers australes Que les Mascareignes.à 150 lieues seule
ment de Madagascar fussent restées un asile où vivait en paix avant
arrivée récente de homme et du chien le dronte Dudo ineptus)
cela ne laisse pas de surprendre Le flot humain fini par atteindre
ces rogatons terrestres mais ces maigres annexions se borne peu
près le bilan des conquêtes récentes de coumène En revanche
la population gagné prodigieusement quoique inégalement en
densité Elle est moins accrue en étendue elle ne est localisée
en profondeur
Il faut unir pour collaborer en vertu des nécessités primordiales
de la division du travail et autre part des difficultés opposent la
coexistence de forces nombreuses réunies Tel fut le dilemme qui est
posé aux sociétés les plus rudimentaires aussi bien il se pose aux
civilisations les plus avancées Il pas hiatus entre les deux
mais seulement des différences de degrés Quelle que soit impor
tance des groupes dont il fait partie homme agit et ne vaut géo-
Voir Annales de Géographie XXVI 15 mars 19 81-93
ANTI 01 UO XXVI 16 2AS LA PARTITION DES HOMMES
graphiquement que par groupes est par groupes il agit la sur
face de la terre et même dans les contrées où la population semble
former un ensemble des plus cohérents elle se résoudrait si on
regardait de près en une multitude de groupes ou de cellules vivant
comme celles du corps une vie commune
Groupes moléculaires Ces groupes sont en dépendance mani
feste de la nature des contrées Comme les plantes se rabougrissent
au défaut de chaleur ou humidité ainsi se racornissent en pareilles
conditions les groupes humains Une douzaine de huttes chez les
Esquimaux passe pour une grande agglomération et au delà de
75 de latitude le maximum est de deux ou trois Un rassemblement
de 14 yourtes est un village qui fait figure dans la province Anadyr*
La sécheresse au Sahara dans le Kalahari en Australie produit le
même effet que le climat polaire Foureau note chez les Touareg le
fractionnement inûni par petits groupes des habitants >2 Dans Aïr
les groupes se réduisent ou tentes3 Les krais des Hottentots
réunissent parfois plus de 100 individus on en compte peine une
douzaine dans les campements de Bochimans ou Australiens
Ailleurs dans la silve equatoriale africaine dans la montana ou les
bosques du versant oriental des Andes importance des établissements
humains est en proportion inverse de la luxuriance végétale Ce on
rencontre au Congo entre équateur et le 6e degré de latitude Nord
ou Sud ce sont des villages une trentaine de cases on nous parle
de villages en ayant que ou 10 Ces chiffres ne seraient sans
doute guère dépassés dans intérieur de Bornéo ou de Sumatra Mais
la différence entre les contrées dont le climat pèche par exubérance
et celles où il pèche par anémie se montre dans la rapidité avec
laquelle les groupes grossissent dès que cesse oppression de la
forêt une recrudescence subite dans le nombre et importance des
villages se produit sur la lisière de la silve5 Tandis que la forêt elle-
même accroît sa population au voisinage de la savane celle-ci se
couvre de villages dont les habitants se chiffrent par centaines
atteignent parfois le
SILKITXKT La province Anadyr Sibérie orientale el son administration
Rev ee. sér. Xl et avril 1899 391-402 426-433)
FouBBAu Documente scientifiques de la Mission saharienne Mission Fou-
reau-Lamy) II Paris 05 840
Missions au Sahara par E.-F GAUTIEH et CHUDEAU II Sahara soudanais
par CH DEAU Paris 1909) 64 et suiv
Dr HBRR Mission Clozel dans le Nord du Congo fran ais 1894-1895 Annales
de Géographie 1895-1896 316)
Cap OLLON Miesion Hostains-ï Ollone IfiSff-l OO De la.Côte Ivoire au
Soudan et la Guinée Parie 1901) 305 auteur nole la densité étonnante
dee populations de la forêt près de la lisiôre
BERTRAND Le Congo Belge Bruxelles 1909) 86 SUR LE GLOBE 243
Groupes nomadisants Ces groupes quelque genre de vie ils
appartiennent sont en rapport déterminé avec une certaine portion
espace Ni la raison ni expérience admettent de peuple sans
racines est-à-dire sans un domaine où exerce son activité qui
assure et maintient son existence Pas de groupe môme au plus bas
degré de échelle sociale qui ait et ne revendique âprement son
territoire On dit que les plus humbles peuplades australiennes avaient
habitude de déterminer par des pierres ou certaines marques connues
les espaces dont la contenance pouvait pourvoir leurs besoins de
chasse de cueillette de provisions eau et de bois étendue sup
pléant insuffisance ce sont en général les groupes les plus indi
gents qui réclament le plus espace
Mais une très faible densité de population exclut nullement un
certain degré de richesse et de puissance Les tribus pastorales de
Asie et du Sahara ont leurs pâturages attitrés elles fréquentent
successivement dans leurs parcours périodiques Ces pâturages ont
leur nom ce sont la différence des vagues étendues de bled des
contrées pourvues un état civil Il est possible que des mois se
passent sans que ces domaines soient visités par leurs possesseurs
il faut que herbe ait eu le temps de pousser en absence de homme
Ces surfaces que ses pieds foulent si rarement en sont pas inoins
un domaine une dépendance du groupe Quelques-uns de ces groupes
surtout au ur des déserts ne sont que humbles et insignifiantes
collectivités Mais tel est pas toujours le cas Certaines tribus du
Sahara oriental ont des ramifications depuis Egypte au Centre
de Afrique Les Larba dans leurs migrations périodiques entre le
Mzab et les marchés de Boghar et de Teniet-el-Had1 embrassent un
parcours environ SOOkm est aussi une longue étape que celle qui
mène les 500 Kirghiz des vallées du Ferghana vers les hauts plateaux
de Alai De tels exodes supposent un certain degré organisation
territoriale Le sort de cette richesse ambulante qui se chiffre par des
centaines de mille moutons ou chèvres sans compter ânes chevaux
et chameaux ne saurait être livré au hasard Il implique des dispo
sitions relatives aux passages aux ravitaillements en eau aux étapes
tout ce exige la jouissance régulière un vaste domaine pastoral
Le cercle ne peut être déterminé avec une entière rigueur une cer
taine marge est nécessaire car il faut compter avec les caprices des
saisons suppléer au besoin absence de végétation aux endroits
prévus Paissant tour tour les herbes des dayas ou redirs celles
humecte le lit des oued les touffes aromatiques des steppes les
générations aussi vite épuisées que parues des plantes annuelles se
AueusTiN BERNARD et LACROIX évolution du nomadisme en Algérie Alger
et Paris 1906) 89 voir aussi A4 LA PARTITION DES HOMMES
rabattant au besoin sur les jachères des champs limitrophes ces
troupes dévorantes ont besoin de larges disponibilités espace Rare
ment même elles peuvent réunir tous leurs membres il faut se
séparer pour vivre Abraham et Lot vont paître leurs troupeaux vers
les points opposés de horizon Ce est en des occasions solen
nelles joyeusement accueillies que la tribu peut se donner elle-
même le spectacle de sa magnificence et déployer comme Israël
devant Balaam toute la multitude de ses tentes Ainsi est exclue du
domaine où prévaut la vie pastorale toute occupation intensive du
sol ou du moins la part qui est faite celle-ci ne peut accroître
sans grave dommage pour le pasteur1
Rapports des groupes entre eux La silve tropicale la savane her
beuse la steppe pastorale se traduisent sous le rapport de la den
sité habitants par des groupes dissemblables disposant une part
très inégale espace Toutefois comme ils font partie un ensemble
terrestre anime en son entier la présence de homme des réac
tions échangent entre eux Par effet des transactions qui établis
sent ou des mouvements qui se répercutent entre les populations
humaines des renflements de densité tendent se former sur les
lignes où des genres de vie différente entrent en contact Nous avons
signalé plus haut accroissement qui correspond en Afrique la
îï de contiguïté entre la silve et la savane On peut observer le
même phénomène sur la marge indécise qui interpose dans ancien
continent entre le domaine de vie pastorale et le domaine agricole
aussi bien sur les confins sahariens du Tell et du Soudan que sur les
lisières des steppes de Asie occidentale Des marchés parfois des
surgissent sur ces points de rencontre ou plutôt de soudure
car est un lien de solidarité qui unit ces diverses familles de
groupes Si on se demande en effet comment ont pu se former et
durer ces grandes organisations pastorales qui gravitent depuis le
Sahara en Mongolie on constate que leur existence est en
rapport avec les marchés agricoles qui leur permettent échanger
leurs produits éparpillement un côté et la concentration de
autre apparaissent comme deux faits connexes
exploitation pastorale qui de nos jours pris possession de
grandes surfaces en Australie et en Amérique confirme en les systé
matisant ces rapports Dans les contrées vouées la vie pastorale
ai indiqué ailleurs comment extension des domaines de la vie
est pas nécessairement conditionnée par des causes physiques mais peut être
aussi bien le résultat empiétement Les genres de vie dans la géographie
humaine dans Annales de Géographie XX 1911 298.
Noter par exemple le récent développement de Merv avec ses deux marchés
hebdomadaires KARL TTEHBR Durch Asien Geographisc/ie Cfiara/c ter- Bilder
Berlin 1901) 6. LE GLOBE 215 SUR
telles que le Grand-Bassin de Amérique du Nord le Sud des Pampas
de Argentine la partie occidentale de la Nouvelle-Galles du Sud les
contrastes atteignent leur maximum entre exiguïté de main-d uvre
humaine et abondance de capital pastoral La disproportion est inû-
niment plus forte que dans ancien monde entre le nombre du bétail
et celui des hommes On peut estimer ou moutons par homme
le chiffre que possèdent les puissantes tribus pastorales dont nous
avons parlé Au contraire en Australie on cite des troupeaux de
00000 80000 moutons qui exigent un personnel de 15
20 personnes Dans la République Argentine des estanciem détiennent
elles seules des troupeaux de 160 000 moutons Autre exemple
tat de Wyoming aux tats-Unis possédait en 1900 plus de
millions de moutons et pas 150000 habitants* est donc sur de
grands espaces la réduction au minimum de élément humain mais
cela précisément parce il existe ailleurs des centres de commerce
de puissants foyers de consommation des ports des villes immenses
où ces manufactures de laine et de viande ont leurs débouchés
Ces contrastes font partie de économie générale
accumulation sur place Voulant caractériser des peuples qui
végètent dans un état de civilisation rudimentaire sans un espoir de
progrès Virgile exprime en disant ils ne savaient ni faire masse
de leurs produits ni en pratiquer épargne On ne saurait mieux
mettre le doigt sur le principe où sort un accroissement de densité
dans les groupes humains Seule la vie sédentaire directement ou
indirectement donne consistance occupation du sol Or agricul
ture est le seul régime qui ait origine permis de cohabiter sur un
point ûxe et concentrer le nécessaire pour existence Toutefois
est pas agriculteur celui qui après avoir brûlé herbe jette quelques
poignées de grains et éloigne mais celui qui amasse et fait des
réserves Le pasteur dans les régions arides essaie de faire subsister
sans provisions assemblées avance la fortune des saisons le plus
animaux possible Les peuples chasseurs de Amérique du Nord
ignoraient pas la culture mais dit Powell il était de pratique
presque universelle de dissiper de grandes quantités de nourriture
dans une constante succession de fêtes dont observation supersti
tieuse ne tardait pas dissiper les approvisionnements et abon
dance faisait bientôt place au dénûment et môme la famine3
Lagciculteur ne tombe pas dans ces méprises la prévoyance et
TWELFTH CENSUS of THE TKO STATES TAKIN IN THE YEAH 1900. Statistical
Atlas prepared under the superviaion of HENRY ANNETT Washington 1903)
carte pi 148
Nee componerc opcs norant parto Enéide chant
PowKLL Seventh Annual Report the Itureau El hnuloä ISS -6
Washington 1891; 33 ft suiv 246 LA PARTITION DES HOMMES
même avarice lui sont passées dans le sang Il cumule le patrimoine
des générations passées et suivantes Le premier pas fut acclimata
tion de plantes et la domestication animaux ensilotage ou la
mise en grange fut le second
Noyaux de densité et lacunes intermédiaires Les cultures
soudanaises occupent un grand espace en Afrique Mais il une
infirmité inhérente ce.tte agriculture qui ne pratique pas la fumure
du sol et ne connaît pas-la charrue Elle utilise que les parties où le
sol meuble permet une simple houe enfouir la semence ari
dité des grès ou des granités la rebute Elle est capable néanmoins
dans les conditions favorables du sol de donner lieu une densité
considérable habitants Yunker et Emin-pacha décrivent envi les
nies de cases qui se succèdent une prés de autre pendant près
une heure dans Ouganda Hans Meyer parle dans les mêmes
termes des cultures qui étalent ou échelonnent en terrasses sur
les croupes du Rouanda par GOOm altitude des altitudes bien
moindres sur le moyen Chari Chevalier signale tel pays qui
est un vaste champ verger Il dans le Soudan Nigérien dit
Lucien Marc des contrées où on peut marcher deux jours sans
perdre un seul instant les cases de vue Salesses estime
40 habitants par kilomètre carré la population de certains districts
du Fouta-Djalon Seulement ces foyers de densité sont sporadiques
ils sont séparés par des intervalles vides
Incapables de subvenir épuisement du sol chaque groupe se
sent bientôt étroit dans espace il exploite Sur un sol qui nous
est pourtant dépeint comme fertile on nous apprend un village
besoin de disposer une périphérie triple de celle il cultive effec
tivement2 une sorte de roulement entretient de vastes réserves de
terrains buissonneux côté des cultures Malgré tout il arrive un
moment où le groupe surpeuplé se voit obligé de rejeter une partie
de sa population arrive-t-il alors Ce est pas contiguïté
mais au delà des obstacles naturels qui circonscrivent son domaine
bien distance il émet ce rejeton3
Les marches travers des espaces vides les journées passées sans
voir ni cases ni visages hommes morne refrain de exploration
africaine expliquent ainsi Les guerres et la traite ont contribué
LUCIEN MARC Le Pays Mossi Paris 1909) 115
AUGUSTE EVALIEH Mission Chor -lac Tchad 9è 90 Afrique Centrale
Fran aise Redl du voyage de la mission Paris couverture 1908]) 250
Dans la fertile vallée du Niger chaque village cultive autour de lui une
banlieue dont le rayon peut atteindre 1500 ou Lorsque le nombre
habitants vient augmenter ce village augmente pas le nombre de ses mai
son Il lance ou une colonie qui fonde un petit village du môme nom
que le premier Coin ôêê Du Duhami au Sahara. Paris 1899) 122. SUR LE GLOBE 247
certes élargir ces lacunes nulle part le Homo homini lupus ne
applique mieux Mais si le groupe social est resté isolé moléculaire
incapable de concerter sa défense il surtout au fondde cela un
mode imparfait agriculture Des scènes apparence contradictoire
de lent ainsi sous les yeux et nos jugements sur les chiffres totaux
de population en ressentent
Le peuplement de la terre est opéré par taches dont les auréoles
dans les pays les plus civilisés finissent par se rejoindre encore pas
toujours Richthofen dans son journal de voyage en Chine note entre
provinces voisines et très civilisées comme le Hou-pei et le Ho-nan
des traces de séparations anciennes et fondamentales* Entre les
chambres et chambrettes dont suivant son expression se compose
la Chine les cloisons en quelque sorte sont des marches-frontières
montagneuses ou accidentées dont les habitants vivant en clans par
petits hameaux pratiquent autres modes existence que ceux de
la plaine Les deux peuplements quoique contigue ne se fondent
pas La solution de continuité reste apparente
Inde dit Sumner Maine est plutôt un assemblage de fragments
une ancienne société complète en elle-même Effectivement sans
parler des enclaves demi sauvages qui con nent soit au Bengale
soit au pays des Mahrattes le village hindou type de la civilisation
du Nord est organisé pour se suffire comme si rien existait autour
de lui Constitué eu unité agricole avec son personnel attitré de
fonctionnaires et artisans il forme un microcosme Les analyses des
derniers recensements indiquent que la plupart des existences restent
enfermées dans ce cadre sauf pour contracter mariage dans le village
voisin Ce est pas entre villages mais entre le régime de commu
nautés de villages et celui de tribus que interpose isolement tant il
est vrai que est par intermédiaire de causes sociales que exerce
influence des conditions géographiques
Groupements de dates diverses en Europe Le spectacle offre
hui le peuplement dans la majeure partie de Europe est
tellement composite il faudrait souvent des cartes tr is grande
échelle pour distinguer les soudures qui ont fini par rapprocher en
une apparence de continuité les différents groupes Toutefois même
sur des cartes médiocre échelle les bords de la Méditerranée mon
trent de singulières lacunes quelques kilomètres de distance la
population tombe un haut degré de densité aun degré de raréfaction
qui touche au désert Les campos confinent en Espagne aux huertas
les gangues la coustvre du Languedoc les plans du Var aux bassins
KBRDIKAND VON Tagebücher aus China Ausgewählt hrsg
TIBSSBN Berlin 1907) 437 LA PARTITION DES HOMMES 248
de Grasse et de Cannes la Murgia quasi déserte au littoral populeux
des Pouilles Dans le Péloponnèse les petites plaines Argos
Achaïe Elide de Messénie et de Laconie qui ne représentent
un 20e de la surface contiennent un quart des habitants La vie
urbaine et la vie de clans sont deux plantes qui ont trouvé autour de
la Méditerranée un sol favorable elles subsistent encore côte
côte Cette coexistence contribué créer puis maintenir entre
les divers groupes élémentaires une cohésion qui fait fâcheusement
défaut dans les parties du littoral comme le Rif Albanie les
Syrtes où le commerce et la vie urbaine ont pu présent
pousser de fortes racines
La srande industrie bouleversé depuis un siècle les conditions
du peuplement dans Europe centrale et occidentale Ce peuplement
offrait déjà comme un palimpseste sur lequel dix siècles histoire
avaient inscrit bien des ratures Marais asséchés forets défrichées pas cessé ajouter des touches nouvelles au fond primitif
Des formes diverses établissements correspondent ces diversités
origine si bien un coup il lant it peu exercé ne confondra
pas les pays aux vieux villages et ceux où une colonisation ultérieure
disséminé les fermes en hameaux travers les brandes et les
essarts Puis industrie est venue et fait sortir du sol une lignée
nouvelle établissements humains
Cependant le noyau primitif du peuplement se laisse encore dis
cerner On peut affirmer preuve en mains que les hommes ici
comme ailleurs se sont obstinés longtemps accumuler sur certains
lieux presque exclusion des autres Quels lieux Ce était pas
invariablement les plus fertiles mais les plus faciles travailler
les plateaux calcaires en Souabe Bourgogne Berry Poitou etc. les
terrains meubles et friables où la forêt avait pu imparfaitement
implanter dans ses retours offensifs après les périodes glaciaires et
qui forment une sorte de bande depuis le Sud de la Russie au
Nord de la France Telles furent les clairières les espaces aérés et
découverts les sites attractifs où se rencontrèrent les premiers ras
semblements européens où ils commencèrent prendre cohésion et
force intéressantes reconstitutions cartographiques au moyen des
trouvailles préhistoriques et des documents cadastraux ont été tentées
pour le Wurtemberg on voit les établissements des époques ro
maine et alamannique se superposer exactement sur les surfaces non
forestières ceux de époque néolithique et du premier âge du fer
Ce est ultérieurement que de nouveaux groupes viennent inter
poser entre eux Il est pas douteux que les choses se soient passées
êè GiiAKMANN Die ländlichen iedlun r/s formen Wurtlem r/s{l*efefmanns
U. LVI-i JI 183-1 246-2 cartes ûû pl ti réductions
<lü ins a<last uux pl 40) ,
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SUR LE GLOBE 249
de même en France. Lorsque Mr Jullian nous dépeint le territoire
d'un peuple gaulois comme « un vaste espace renfermant au centre
des terres cultivées, protégé à ses frontières par des obstacles conti
nus, forêts ou marécages, etc. »\ c'est le signalement exact d'une
de ces unités fondamentales qu'il nous donne. Nous avons essayé
nous-même de retracer d'après ces principes, pour la France et
l'Europe centrale, une carte de l'occupation historique du sols.
II. — MOUVEMENTS DE PEUPLES ET MIGKATIONS.
Densité par refoulement. — On ne saurait faire trop de part, dans
la fluctuation des phénomènes humains, aux troubles dus aux chocs
des peuples, aux invasions répétées, à un état chronique de guerre.
Certaines contrées sont plus exposées que d'autres à ces mouvements
dévastateurs : ainsi la zone des steppes qui s'étend de la Mongolie au
Turkestan, ou de l'Arabie au Maghreb. L'histoire y enregistre une
série d'invasions, depuis celles que mentionne Hérodotejusqu'à celles
qu'ont finalement contenues les Russes, ou depuis les Arabes jusqu'aux
Almoravides et Hilaliens. La poussée des Masaï dans l'Afrique orien
tale, celle des Cafres dans l'Afrique australe se sont répercutées au
loin et ont jonché de débris de peuples une partie de ce continent.
L'Amérique du Nord n'a pas échappé à cos perturbations: ne vit-on
pas, au xvine siècle, une tribu obscure, dite des Pieds-noirs, sortie du
bord des Montagnes Rocheuses, s'étendre tout à coup, grâce à la pos
session du cheval, à travers les Prairies de l'Ouest? Kn dehors môme
de ces arènes ouvertes, espaces prédestinés aux mouvements de
vaste envergure, l'absence de sécurité, dans notre Europe, a longtemps
frappé d'interdiction des voies naturelles qui semblaient faites pour
attirer les hommes. Pendant des siècles, les plateaux de Podolie et de
Galicie, si populeux aujourd'hui :!, virent déboucher, le long du sentier
noir, les tribus qui périodiquement, comme des nuées de sauterelles,
s'échappaient des steppes. Les châteaux ou vieux burgs qui domi
nent les vallées du Rhin et du Rhône furent les refuges des popula
tions de la plaine contre le « droit du poing » [Faustrerhi). Hier
encore, notre voyageur Crevaux nous apprenait qu'en Amazonie,
pour fuir les déprédations dont le grand fleuve est le véhicule, les
tribus indigènes s'en écartaient vers les vallées moins accessibles \
1. Camille Jillian, Histoire de lu Gaule, II, La (huile indépendante Paris,
1908), p. lti.
2. Tableau de la Géngraphie de la France Histoire de France iIKjinkst I.ui--si
tome 1: Paris, 1i)0:i, ]). .">,'>-Г>7 ;. — Olio planche figuru à la lin dr IVdiliun tlf
1908 : La France, Tableau уеодгар/т/ие.
3. La l'odolie a plus d(^ 80 liai ii tan Is par kilouiclre nim !.ч lialicic phis de 'Hi.
4. I)' .1. Слк\ u'V, Exploration des fleuves )<;/■//, l'aruu, Ira et Yapura... Hul/.
Soc. Géog., 7* sér., Ill, 1882, p. tilHij.

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