Spécificité de l'organisation spatiale des bassins de main-d'œuvre et d'emploi des petites villes - article ; n°578 ; vol.103, pg 379-395

De
Publié par

Annales de Géographie - Année 1994 - Volume 103 - Numéro 578 - Pages 379-395
ENG : Commuting flows! small towns! employment poles! spatial interaction! regression analysis! gravity model!
L'intégration de petits pôles d'emploi dans l'aire des migrations alternantes franciliennes entraine une différenciation croissante entre lieu de travail et lieu de résidence. Ainsi, des flux centripètes locaux sont compliqués par des flux centrifuges régionaux. On essaie de montrer ici la spécificité des bassins d'emploi et de main-d'œuvre de petites villes placées dans une telle situation, ce à l'aide d'un modèle de gravitation classique et de régressions rendant compte des contraintes de distance.
17 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : samedi 1 janvier 1994
Lecture(s) : 49
Nombre de pages : 18
Voir plus Voir moins

Pascal Troufleau
Spécificité de l'organisation spatiale des bassins de main-
d'œuvre et d'emploi des petites villes
In: Annales de Géographie. 1994, t. 103, n°578. pp. 379-395.
Abstract
ENG : Commuting flows! small towns! employment poles! spatial interaction! regression analysis! gravity model!
Résumé
L'intégration de petits pôles d'emploi dans l'aire des migrations alternantes franciliennes entraine une différenciation croissante
entre lieu de travail et lieu de résidence. Ainsi, des flux centripètes locaux sont compliqués par des flux centrifuges régionaux. On
essaie de montrer ici la spécificité des bassins d'emploi et de main-d'œuvre de petites villes placées dans une telle situation, ce à
l'aide d'un modèle de gravitation classique et de régressions rendant compte des contraintes de distance.
Citer ce document / Cite this document :
Troufleau Pascal. Spécificité de l'organisation spatiale des bassins de main-d'œuvre et d'emploi des petites villes . In: Annales
de Géographie. 1994, t. 103, n°578. pp. 379-395.
doi : 10.3406/geo.1994.21663
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/geo_0003-4010_1994_num_103_578_21663Spécificités de V organisation
spatiale des bassins
de main-d'œuvre et d'emploi
des petites villes
Centre E.N.S. Pascal de Fontenay/Saint-Cloud Géographie TROUFLEAU Rurale,
Résumé. — L'intégration de petits pôles d'emploi dans l'aire des migrations
alternantes franciliennes entraine une différenciation croissante entre lieu de
travail et lieu de résidence. Ainsi, des flux centripètes locaux sont compliqués
par des -flux centrifuges régionaux. On essaie de montrer ici la spécificité des
bassins d'emploi et de main-d'œuvre de petites villes placées dans une telle
situation, ce à l'aide d'un modèle de gravitation classique et de régressions
rendant compte des contraintes de distance.
Abstract. — The integration of small employment poles into the Paris'
commuter belt leads to a growing différenciation between workplace and
residential location. Thus centripetal flows are complicated by regional
centrifugal ones. We attempt to show the commuting flows specificity
of such small towns with a classic gravity model and some regression
analyses.
Mots clés : Migrations alternantes, petites villes, pôles d'emploi, interaction
spatiale, analyse de régression, modèle de gravitation.
Key words : Commuting flows, small towns, employment poles, spatial inter
action, regression analysis, gravity model.
Ann. Géo., n° 578, 1994, pages 379-395, © Armand Colin 380 ANNALES DE GÉOGRAPHIE
Les découpages de l'espace destinés à rendre compte des migrations
quotidiennes de travail — ou du moins les découpages tributaires de
ces mouvements — s'avèrent généralement peu appropriés à l'étude des
bassins de main-d'œuvre (flux centripètes) et d'emploi (flux centrifuges)
quand il s'agit de petites villes.
La délimitation des Z.P.I.U. qui se fait, notamment, en fonction du
« niveau des migrations quotidiennes domicile-travail » restitue mal les
réseaux de flux de main-d'œuvre de cette ampleur. Par ailleurs, les
Zones d'Emploi sont trop étendues pour appréhender correctement les
déplacements de faible importance. Découpées selon des bassins d'emp
loi à l'aide d'un « indicateur de l'intensité des déplacements domicile-
travail » de telle sorte que les navettes se fassent davantage à l'intérieur
des bassins qu'entre ceux-ci, les zones d'emploi privilégient les grands
pôles d'activité aux dépens des plus petits qui, eux aussi, drainent de
la main-d'œuvre mais dans des aires emboîtées et non nécessairement
ajustées aux limites des Z.E. Le profil socio-professionnel de la Z.E. et
celui des activités économiques sont largement tributaires des caracté
ristiques de l'agglomération principale et par conséquent rendent mal
compte du comportement souvent très spécifique des petits centres.
Surtout, il est impossible de connaître les échanges de main-d'œuvre
exprimés à cette échelle et, par définition, d'appréhender les mouve
ments vers les pôles d'activités externes.
Afin de cerner correctement l'espace des migrations pendulaires
d'un petit centre, il est donc nécessaire de revenir à l'information de
base, c'est-à-dire à celle contenue dans le système M.I.R.A.B.E.L.L.E.
de l'LN.S.E.E. qui permet de repérer les flux de main-d'œuvre commune
par commune et de commune à commune.
L'espace des déplacements de travail autour des petites
villes dans le cas d'une situation géographique propice à
l'installation d'activités et d'actifs allochtones
On montrera ici les spécificités des bassins de main-d'œuvre et
d'emploi des petites villes à l'aide de deux exemples pris en Eure-&-
Loir : Epernon et Maintenon (unités urbaines de respectivement 7 444
et 6 659 habitants en 1990). Les deux communes-centres situées à
environ 70 Km. S.W. de Paris et très bien reliées par la route et le
rail à la capitale étaient a priori toutes deux également concernées par
deux phénomènes typiques des marges de l'Ile-de-France et déterminants
dans la mise en place des aires drainées par les flux de main-d'œuvre :
Primo la décentralisation industrielle du début des années 1960, part
iculièrement active dans la partie orientale de l'Eure-&-Loir, en termes DE L'ORGANISATION SPATIALE 381 SPÉCIFICITÉS
d'émergence de pôles d'emploi et donc de constitution de bassins de
main-d'œuvre locaux ; Secundo la progression du front de périurbani-
sation francilien dans les années 1970 et 1980, en termes d'intégration
de ces petits centres dans le bassin de main-d'œuvre parisien du fait
de l'installation de ménages gardant leur emploi sur la région parisienne.
Or, pour des raisons complexes et interdépendantes que nous ne
pouvons reprendre ici faute de place, les deux communes n'ont pas
valorisé de la même manière leur situation géographique commune et
la qualité des infrastructures de desserte. Epernon, à l'origine petit
bourg moins peuplé que le chef-lieu de canton, a vu doubler sa
population en 20 ans alors que celle de Maintenon stagnait dans le
même temps (1962-1982). Aujourd'hui les dynamismes démographiques
ont tendance à s'inverser, mais Epernon offre toujours 2,6 fois plus
d'emplois que Maintenon tout en envoyant quotidiennement davantage
de main-d'œuvre vers l'Ile-de-France. La création précoce et opportune
d'une vaste zone industrielle dans le premier cas a fait la différence
en engendrant un début de croissance démographique qui a entraîné
à son tour un développement des équipements publics et des services.
La capacité d'accueil de la commune s'en est trouvée accrue face à la
demande en logements lors de la phase ultérieure de périurbanisation,
d'où poursuite de la croissance.
Ainsi, si l'on considère la Z.P.I.U. de Maintenon, on n'observe pas
d'organisation concentrique et centripète de la main-d'œuvre résidant
dans la trentaine de communes concernées. Bien au contraire la
proportion d'actifs résidents qui migrent chaque jour vers d'autres
communes a pour seule configuration spatiale une mosaïque contrastée,
totalement inorganisée. Le coefficient d'autocorrélation spatiale de
Geary, très élevé (1=1,85), atteste que les communes voisines présentent
des taux de migration plus contrastés que ne le laisse prévoir la
variation de ceux-ci dans l'ensemble de la Z.P.I.U. Il n'y a donc pas,
entre autres, de gradient d'attraction de la main-d'œuvre centré sur
Maintenon, conformément à ce que nous venons de dire : non seulement
Maintenon est loin d'être un pôle d'emploi important, mais les
communes de la Z.P.I.U. regardent davantage vers d'autres centres
d'activités, pour la plupart extérieurs à la zone. Les configurations
spatiales des flux centripètes et centrifuges de main-d'œuvre pour
chaque commune sont donc beaucoup plus complexes et non-réductibles
au périmètre de la Z.P.I.U. Elles obéissent surtout à des logiques
spatiales différentes comme en témoigne, par exemple, la figure 1 où
sont cartographies les bassins de main-d'œuvre et d'emploi d'Epernon
en 1990. On remarque : une configuration aréale dans le premier cas,
s'étendant essentiellement sur l'Eure-&-Loir selon des couronnes de
communes dont les contributions au recrutement de la main-d'œuvre
se font de façon grosso modo décroissante ; une configuration axiale
dans le second cas, s'étirant essentiellement sur les Yvelines en direction 382 ANNALES DE GÉOGRAPHIE
Paris
Chartres
Fig. 1. — LES CONFIGURATIONS SPATIALES DES BASSINS D'EMPLOI
ET DE MAIN-D'ŒUVRE D'ÉPERNON EN 1990 (flux supérieurs à 5 navettes).
a) Axe des déplacements domicile-travail à partir d'Epernon en 1990 selon l'évolution
rétrospective 1975-1990 des flux centrifuges :
Pôles d'emploi :
1 : importants et en renforcement.
2 : moyens et en net
3 : et en
4 : secondaires et en renforcement modéré.
5 : et en fort déclin ou en stagnation.
6: apparus depuis 1975 et à faible attraction.
7 : et à attraction moyenne.
b) Aire de recrutement du pôle d'emploi sparnonien en 1990 selon l'évolution rétrospective
1975-1990 des flux centripètes:
Sources de main-d'œuvre :
1 : très importantes et en renforcement.
2 : mais en stagnation ou en recul.
3: moyennes et en renforcement
4 : mais en ou en recul.
5 : secondaires et en faible croissance.
6: disparues depuis 1975.
7: apparues depuis 1975.
Source : d'après données M.1.RA.B.E.L.LE. 1975 et 1990. INSEE. SPÉCIFICITÉS DE L'ORGANISATION SPATIALE 383
Paris
Epernon
NAVETTES:
5 à 15»
15 à 30«
30 à 80 • 2a) 80 Chartres Chartres 130
Km.
Fig. 2. — COMPARAISON DES AIRES D'ATTRACTION DES ACTIFS
VERS ÉPERNON ET VERS MAINTENON EN 1982
(flux supérieurs à 5 navettes).
2a) Bassin de main-d'œuvre d'Epernon.
2b) de de Maintenon.
Source : d'après données M.I.RA.B.E.LLE. 1982, INSEE.
de Paris, c'est-à-dire le long de l'axe routier et ferroviaire qui dessert
la capitale. Cet axe de transport apparaît déjà de manière discontinue
en ce qui concerne les flux centripètes d'actifs, principalement matérial
isé par certaines des communes qui ont rejoint tardivement l'aire de
recrutement depuis 1975 (les autres apparaissant dans l'agglomération
chartraine ou en marge de celle-ci). Mais il se constitue de façon
particulièrement nette à l'aide des flux centrifuges mis en place depuis
les 15 dernières années. En 1975, « l'état initial » du bassin d'emploi
demeure encore très inachevé, ponctuel : Paris et Rambouillet, plus
secondairement Chartres et Versailles, sont les seuls principaux foyers
d'emploi, égrenés le long de cet axe. Il n'acquiert une certaine cohérence
qu'à partir du début des années 1980, quand se sont installés à Epernon
des franciliens qui ont gardé leur emploi sur les communes des grandes
couronnes parisiennes (secteur sud-ouest). En fait, c'est précisément
l'accessibilité directe et rapide de ces lieux de travail à partir d'Epernon
qui a déterminé l'installation des ménages franciliens dans cette
commune.
« L'état final » du bassin d'emploi observé en 1990 paraît donc
comme achevé, au sens où la configuration spatiale manifeste dès lors
sa continuité linéaire (cf. figure la). Toutefois, une induration de cette
configuration est en cours puisque les communes nouvellement reliées
au foyer de main-d'œuvre voient leur attractivité s'accroître depuis
« l'état intermédiaire » mesuré en 1982. 384 ANNALES DE GÉOGRAPHIE
Des bassins de main-d'œuvre spécifiques aux types de
développement local
L'organisation spatiale des bassins de main-d'œuvre d'Epernon et
de Maintenon peut être visualisée à partir de la cartographie des flux
centripètes d'actifs vers les deux petites villes (cf. figure 2). Les deux
bassins diffèrent radicalement. Dans le cas d'Epernon, l'offre relativ
ement importante d'emplois pousse assez loin les limites de l'aire de
recrutement vers Dreux et Paris comme vers Chartres. Maintenon, au
contraire, se contente de collecter de la main-d'œuvre dans son proche
voisinage rural pour une offre d'emplois trois fois moindre en 1982.
La superficie drainée par les flux centripètes ainsi que la masse d'actifs
concernés constituent donc les deux principaux critères de différencia
tion des bassins de main-d'œuvre. Mais dans un cas comme dans
l'autre, on retrouve aussi une caractéristique commune : une (pour
Maintenon) ou plusieurs (pour Epernon) commune(s) immédiatement
périphérique(s) sont intimement associées aux activités des pôles d'emp
loi et leur fournissent le plus gros de leurs effectifs. Réciproquement,
ce départ quotidien d'actifs vers les deux pôles d'emploi représente une
grosse part des actifs résidents de chacune des communes et à plus
forte raison des sortants {e.g. : respectivement 37 et 38 % en 1982
pour Hanches et Droue autour d'Epernon).
On retrouve par ailleurs, pour l'une et l'autre petite ville, un axe
de recrutement privilégié orienté vers Chartres et sa banlieue, ce qui
se traduit sur la figure 3 par un fort gradient du potentiel de main-
d'œuvre attirée. Les courbes de cette carte ont été construites à partir
du postulat suivant : les distances « à vol d'oiseau » sont proportionnelles
aux distances-temps pour joindre Epernon et Maintenon, quel que soit
le moyen de locomotion utilisé. Outre le fait qu'il est impossible de
connaître de manière exhaustive le profil d'utilisation des moyens de
transport de chaque commune, cette approximation peut suffire pour
deux raisons : 1° nous sommes en région de plaine et la contrainte de
distance est équivalente dans toutes les directions de l'espace ; 2° la
très grande majorité des communes n'est desservie que par la route
(Départementales) et une minorité seulement par le rail (et dans ce
cas les temps comme les distances de parcours s'avèrent similaires).
Chaque courbe regroupe alors tous les foyers de main-d'œuvre les plus
proches du pôle d'emploi avec qui ils sont en relation, ce jusqu'à
concurrence de 5 % des actifs qui travaillent dans ce pôle. (Foyers de
main-d'œuvre ramenés sans problème au chef-lieu communal dans ce
pays de petits finages et d'habitat groupé).
Or, loin d'être concentrique et régulière, la structure de ces bassins
de main-d'œuvre révèle par ses distorsions et ses gradients des simili
tudes et différences fondamentales entre les deux cas. Ainsi, Maintenon SPÉCIFICITÉS DE L'ORGANISATION SPATIALE 385
Axe Drouais
Axe
Char train*,
Fig. 3. — DÉLIMITATION DES BASSINS DE MAIN-D'ŒUVRE
D'ÉPERNON (1) ET DE MAINTENON (2) EN 1982.
Potentiels de main-d'œuvre en % des actifs de chaque pôle d'emploi :
(1) *~*S - (2) '''^-'
Source: d'après données M.I.R.A.B.E.L.L.E. 1982, INSEE.
regroupe plus de la moitié de ses actifs dans un voisinage très proche
alors qu'Epernon n'atteint le même pourcentage (55 %) que dans un
rayon bien plus large en raison du nombre d'emplois offerts. Epernon
et Maintenon présentent une large zone où le recrutement diminue
(entre 75 % et 80 %) intercalée entre deux forts gradients. Cette zone
de faible densité de main-d'œuvre recrutée correspond aux petites
communes beauceronnes rurales isolées des principaux centres et voies
de communication. Le premier gradient traduit l'attraction des pôles
d'emploi sur les communes « rurbanisées » situées à une distance
raisonnable de ceux-ci (et en raison du nombre d'emplois offerts : une
quinzaine de kilomètres dans le cas d'Epernon ; à peine une dizaine
dans le cas de Maintenon) et desservies par un réseau routier local de
structure radiale. Le second gradient, lui, correspond davantage à un
« effet de peuplement » qu'à un « effet de proximité » : en atteignant
Chartres et sa banlieue, principale agglomération du département, on
retrouve d'un coup environ 10 % de la main-d'œuvre employée sur 386 ANNALES DE GEOGRAPHIE
chaque petit pôle. Cela dit, il est vrai aussi que ces communes sont
plus ou moins directement reliées à Maintenon puis Epernon par voies
routière et ferroviaire.
Les deux bassins de main-d'œuvre sont excentrés (cf. décalage vers
le sud) mais celui de Maintenon est plus régulier (zones concentriques
jusqu'à recrutement des trois quarts des actifs), simplement déformé
par l'importance de la réserve d'actifs chartraine. En revanche, celui
d'Epernon, outre la branche qu'il lance aussi vers Chartres, va d'abord
chercher la main-d'œuvre sur les Yvelines en suivant la voie ferrée et
l'ex-nationale vers Paris (cf. aussi l'origine comparée des entrées sur le
tableau 1), mais peut beaucoup moins s'étendre au nord (cf. dernière
courbe = 50 %) du fait de la présence de petites communes forestières
peu peuplées (vocation d'accueil de résidents secondaires) mais aussi
de la concurrence exercée par l'attraction des pôles d'emploi franciliens.
La forte distorsion des bassins de main-d'œuvre semble donc
largement corrélée et imputable à l'inégale distribution des actifs : zone
de campagne beauceronne avant la banlieue chartraine et confins
forestiers des Yvelines, opposés aux secteurs de concentration d'actifs
migrants dans les communes urbaines ou périurbaines. Elle est égale
ment fonction de la structure des réseaux de circulation {e.g. : on
devine aisément le tracé de la voie S.N.C.F. et de la route Paris-
Chartres à travers les courbes de potentiel de la main-d'œuvre spar-
nonienne). A distance radiale égale, les moyens de transport les plus
directs encouragent en effet l'apport de plus gros effectifs... mais aussi
les processus d'urbanisation résidentielle des communes rurales qui
seront ainsi susceptibles de fournir des actifs aux pôles d'emploi voisins.
Reste que l'aire de recrutement de la main-d'œuvre semble être
directement proportionnelle au nombre d'emplois offerts. Dans le cas
de Maintenon, seules 8 communes cèdent au moins 5 % de leurs actifs
résidents alors que, dans le cas d'Epernon, 28 communes adjacentes
sont concernées. Dans le premier cas la proportion d'actifs résidents
attirés ne dépasse 10 % que dans un seul cas (15 %) tandis que dans
le second 8 communes dépassent ce seuil de dépendance à l'égard du
pôle d'emploi local. Par exemple, Droue et Hanches, communes pé
riurbaines repectivement à l'est et à l'ouest d'Epernon (et par ailleurs
fortement dépendantes des pôles d'emploi franciliens), envoient 38 %
de leur main-d'œuvre sortante (celle-ci largement supérieure aux entrées)
vers Epernon.
Parallèlement au rayon de l'aire de recrutement qui caractérise le
pôle d'emploi, la proportion d'actifs de chaque commune périphérique
impliquée dans les migrations quotidiennes caractérise ainsi le degré
de dépendance de celle-ci vis à vis du pôle d'emploi local.
Tentons maintenant de formaliser à la fois l'étendue et l'intensité
des flux centripètes à partir des proportions d'actifs résidents concernés.
On ne considérera que les flux supérieurs à 5 navettes quotidiennes SPÉCIFICITÉS DE L'ORGANISATION SPATIALE 387
20
5 -
km.
O -1O 20 30 40 50 €0
Fig. 4. — RÉGIME DE DÉCROISSANCE DE LA PROPORTION
DE POPULATION ACTIVE RÉSIDENTE MIGRANT VERS :
a : Epernon - b : Maintenon,
EN FONCTION DE LA DISTANCE ROUTIÈRE A PARCOURIR (1982).
pour des raisons de significativité, mais ceux-ci représentent déjà une
grande part des entrées sur les deux pôles d'emploi (86 % pour Epernon
et 75 % pour Maintenon).
La proportion d'actifs résidents qui migrent vers le pôle d'emploi
sparnonien semble être fonction exponentielle décroissante de la dis
tance routière à parcourir quotidiennement du domicile au lieu de
travail :
%A.R. = 28,08.e-°-126d (r=-.825 ; 1^=68,1 %).
Une hypothèse de fonction puissance s'avère par ailleurs beaucoup
moins probante (r2=47,7 %).
On retrouve une relation non-linéaire du même type pour les
migrations pendulaires de travail vers Maintenon, mais cette fois la
distance au pôle d'emploi apparaît plus contraignante :
%A.R. = 9,19.e^138d (r=-.872; 1^=76,0%).
Outre le fait qu'à même distance du pôle d'emploi le pouvoir
d'attraction soit moindre (confer constantes de régression), il semble
que le gradient d'attraction lui-même soit moins progressif, ce qui
confirme ce que nous avons montré plus haut d'un autre point de vue.
En d'autres termes, la distance est davantage dissuasive dans le cas de
Maintenon où l'offre d'emploi est trois fois moindre qu'à Epernon... et
est donc plus rapidement « absorbée » (cf. figure 4).
En fait, dans le cas sparnonien, il existe plusieurs régimes d'in
dexation de l'attractivité sur la proximité du pôle d'emploi.
— Un régime « de première couronne » où 23 à 27 % de la
population active de chaque commune périphérique migre quotidie
nnement vers Epernon ;

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.