L'industrie textile en Bulgarie - article ; n°545 ; vol.98, pg 24-50

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Annales de Géographie - Année 1989 - Volume 98 - Numéro 545 - Pages 24-50
Le textile est l'une des plus anciennes industries de la Bulgarie. Dans l'Empire Ottoman, le tissage des draps de laine était l'apanage des artisans bulgares, regroupés dans les villes de la Stara Planina et des piémonts. Il existe actuellement plusieurs filières textiles en Bulgarie : lainages, cotonnades, soieries, bonneterie, confection. Une grande partie de cette production est exportée. L'industrie textile bulgare est très dispersée sur l'ensemble du territoire ; mais Sofia est devenu le centre principal.
Le textile est l'une des plus anciennes industries de la Bulgarie. Dans l'Empire Ottoman, le tissage des draps de laine était l'apanage des artisans bulgares, regroupés dans les villes de la Stara Planina et des piémonts. Il existe actuellement plusieurs filières textiles en Bulgarie : lainages, cotonnades, soieries, bonneterie, confection. Une grande partie de cette production est exportée. L'industrie textile bulgare est très dispersée sur l'ensemble du territoire ; mais Sofia est devenu le centre principal.
27 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1989
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Michel Laferrère
L'industrie textile en Bulgarie
In: Annales de Géographie. 1989, t. 98, n°545. pp. 24-50.
Résumé
Le textile est l'une des plus anciennes industries de la Bulgarie. Dans l'Empire Ottoman, le tissage des draps de laine était
l'apanage des artisans bulgares, regroupés dans les villes de la Stara Planina et des piémonts. Il existe actuellement plusieurs
filières textiles en Bulgarie : lainages, cotonnades, soieries, bonneterie, confection. Une grande partie de cette production est
exportée. L'industrie textile bulgare est très dispersée sur l'ensemble du territoire ; mais Sofia est devenu le centre principal.
Abstract
Le textile est l'une des plus anciennes industries de la Bulgarie. Dans l'Empire Ottoman, le tissage des draps de laine était
l'apanage des artisans bulgares, regroupés dans les villes de la Stara Planina et des piémonts. Il existe actuellement plusieurs
filières textiles en Bulgarie : lainages, cotonnades, soieries, bonneterie, confection. Une grande partie de cette production est
exportée. L'industrie textile bulgare est très dispersée sur l'ensemble du territoire ; mais Sofia est devenu le centre principal.
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Laferrère Michel. L'industrie textile en Bulgarie. In: Annales de Géographie. 1989, t. 98, n°545. pp. 24-50.
doi : 10.3406/geo.1989.20888
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/geo_0003-4010_1989_num_98_545_20888Ann de Gèo. no 545 1989
industrie textile en Bulgarie
Université Jean Michel Moulin LAFERR LYON RE III
industrie textile en Bulgarie une grande importance sociale et
économique Elle rassemble 170 000 personnes environ ce qui la met
peu près égalité avec les industries agro-alimentaires derrière le
groupe de la construction mécanique et de électronique Elle tenu
sa place dans la stratégie industrialisation rapide adoptée il une
trentaine années par ce petit pays de neuf millions habitants qui
était origine presque exclusivement agricole et qui fondé son
développement économique sur le commerce extérieur des expor
tations textiles abord composées de tissus ajoutent depuis peu des
articles de bonneterie et du prêt-à-porter
Parmi les industries de la Bulgarie le textile est la plus ancienne et
sans doute une des plus prestigieuses en effet au XIXe et au
XXe siècle son développement accompagné celui de la nation et de
tat Une évocation même très sommaire de cette histoire commune
met en valeur en plusieurs circonstances des liens très étroits entre le
politique le culturel et économique tel sera objet une première
partie
Nous examinerons ensuite les points forts et les points faibles de la
situation actuelle Nous terminerons par une étude de la répartition des
activités textiles dans les différentes régions du pays
histoire du développement de industrie textile
en Bulgarie
Dans histoire récente du textile bulgare on peut distinguer quatre
étapes principales en fonction de quelques grands événements poli- TEXTILE EN BULGARIE 25 INDUSTRIE
tiques en 1878 Indépendance puis les guerres balkaniques et la
Première Guerre mondiale enfin en 1947 la nationalisation de in
dustrie
Avant Indépendance expansion du textile
et renaissance du nationalisme
Les spécialistes histoire économique estiment que artisanat textile
bulgare en expansion depuis la fin du XVIIIe siècle atteint son apogée
au milieu du XIXe au moment de la guerre de Crimée
Cette période fut aussi celle de la renaissance de esprit national
avec la diffusion dans le public du fameux ouvrage de Païssij de
Hilendar Histoire slavo-bulgare
On peut supposer que les deux phénomènes ne sont pas étrangers
un autre ils se manifestent sur les mêmes lieux au même
moment en particulier dans les petites villes du Balkan et des piémonts
sub-balkaniques Ainsi est Gabrovo en 1835 un marchand
patriote Vasil Aprilov créa la première école laïque de langue bulgare
or Gabrovo était alors une ville artisans et de marchands où le textile
dominait largement Cette initiative scolaire fut reprise par autres
villes proches Karlovo Kalofer Kazanlak Siiven où furent créés ces
cercles de lecture qui jouèrent un si grand rôle dans le développement
de la conscience nationale Karlovo est la ville natale du patriote Vasil
Levski 1837-1873) fils un teinturier Kalofer celle du poète révolu
tionnaire Hristo Botev 1848-1876) fils instituteur Siiven rassemblé
les chefs de la rébellion de 1868 Toutes ces villes étaient des centres
artisanat et de commerce surtout Kazanlak et Siiven pour le travail
de la laine et de la soie
Sans doute faut-il tenir compte de la géographie pour expliquer ces
manifestations de nationalisme Gabrovo est situé en plein ur du
Balkan Karlovo Kalofer Kazanlak et Siiven sont des villes du piémont
Pendant les siècles du joug ottoman la montagne toujours été un
refuge pour les patriotes bulgares
Mais on peut aussi penser au XIXe siècle la nature particulière
des activités textiles de cette région nourri en quelque sorte le
nationalisme en suscitant un milieu social et professionnel favorable
aux idées nouvelles
Il agit en effet un milieu urbain artisans et de marchands très
original dans la Bulgarie alors essentiellement rurale et agricole La
production textile de époque était base de travail manuel avec des
installations hydrauliques sur les torrents des montagnes Seuls quelques
marchands avaient les moyens acheter de transporter et de vendre
Ces marchands bulgares étaient de grands voyageurs Il formaient
comme leurs collègues des autres nations des colonies peu nombreuses
mais actives dans les villes importantes de Empire ottoman Constan- ANNALES DE OGRAPHIE 26
tinople Salonique Smyrn Alep Damas Le Caire Alexandrie Leur
présence est signalée dans les ports de la mer Rouge mais aussi
Vienne Budapest Odessa Ils vendaient des soieries des toiles de lin
et de chanvre des tapis du feutre des convertures une de leurs
spécialités était un drap une laine plutôt grossière très solide cet
article servait confectionner des vestes de bure appelées abas que
les tailleurs des pays musulmans décoraient avec du gayian une ganse
de laine fabriquée Gabrovo et dans quelques autres localités
Ces marchands ont rapporté des idées nouvelles en politique notam
ment puisées souvent chez les émigrés origine balkanique ou dans
des pays plus avancés au plan culturel comme la Roumanie qui avait
conservé une relative indépendance
Ces idées ont été bien accueillies dans les petites villes du Balkan
et des régions proches surtout par les artisans du textile qui étaient
tous de langue bulgare Il faut rappeler en effet que dans ces territoires
de Empire ottoman non seulement les artisans étaient obligatoirement
regroupés dans les villes et organisés en corporations mais que la
répartition des métiers était soumise des règles strictes ceux du
textile étaient apanage des Bulgares tandis que autres ceux du cuir
par exemple étaient réservés des musulmans Pour ces deux raisons
les activités textiles étaient donc rassemblées soit dans les villes pure
ment bulgares du Balkan central et occidental de la Sredna Gora ou
du Riia soit dans les villes mixtes du piémont comme Siiven Kazanlak
et Karlovo dont les populations étaient groupées en quartiers distincts2
la faveur de expansion du textile et autres négoces comme
celui de essence de rosé artisans et marchands des villes de métiers
ont contribué diversifier la société bulgare qui après des siècles
occupation ottomane était restée paysanne et traditionnelle est
dans ce milieu urbain que les idées nouvelles souvent venues de
extérieur ont davantage progressé
Ainsi se trouve expliquée au moins en partie la coïncidence géo
graphique assez remarquable des centres les plus anciens de artisanat
textile et des hauts lieux du patriotisme bulgare où est forgée peu
peu unité de la nation
Il faut aussi remarquer dans cette même région et pendant la même
période quelques initiatives très intéressantes une évolution de ar
tisanat vers la grande industrie
La première apparaît en 1835 Siiven avec la construction une
manufacture de drap qui est probablement la plus ancienne de toute
la péninsule balkanique Cet établissement appartenait un Bulgare
Dob Djaliasko qui avait acheté clandestinement des métiers tisser
Georges Castellan Nikolaj Todorov La Bulgarie Paris P.U.F. coll Que sais-je? 1976
128p. cf 21
Bernard Lory Le Sort de héritage ottoman en Bulgarie Exemple des villes bulgares
1878-1900 Istanbul Ed Isis 1985 6-236 cf 36 et 88-90 INDUSTRIE TEXTILE EN BULGARIE 27
en Russie et les fit reproduire par des artisans locaux devint le four
nisseur de drap de armée turque et il obtint du sultan Mahmud II
un firman lui accordant le monopole de cette fabrication et la liberté
de circulation des ses marchandises dans tout Empire Il est probable
une partie de cette production approvisionné les ateliers de fabri
cation uniformes pour armée situés Samokov petite ville métal
lurgique de la haute vallée de Iskar
Quelques années plus tard en 1848 Dermendere hui
Parvenec qui était encore un village près de Plovdiv un entrepre
neur bulgare Gumuch Gerdan montait lui aussi une fabrique de draps
de laine
Une troisième manufacture du même type apparut en 1874 dans
la vallée des Rosés Karlovo
Signalons encore Gabrovo existence une machine pour la
fabrication des gay tan
Ces initiatives encore modestes révèlent une conjoncture assez fa
vorable industrie textile disposait alors dans ces territoires bulgares
de trois atouts essentiels
Les matières premières abord de la soie du coton du chanvre
du lin et surtout de la laine Celle-ci provenait immenses troupeaux
de chèvres et de moutons élevés principalement dans les régions
méridionales de climat sec sur de vastes pâturages communaux en
plaine et en montagne dans aire approvisionnement de Constanti
nople qui était alors avec Londres la plus grande ville du monde
occidental exception des moutons laine très fine de Kamobat et
de Samokov ces troupeaux ne donnaient que des fibres grossières et
courtes mais résistantes La production était abondante et bon marché
Deuxième atout la concurrence européenne était encore limitée
Les tissus étrangers ne pénétraient que difficilement en Bulgarie pays
isolé dépourvu de bonnes routes et de voies ferrées Sur les autres
marchés de Empire ottoman les tissus bulgares étaient vendus bas
prix vu les conditions de vie très frustes des artisans qui les produi
saient
Dernier avantage les commandes de armée turque Celle-ci était
en cours de réorganisation au XIXe siècle mais la Turquie ne disposait
pas de fabriques capables de fournir du drap militaire en grandes
quantités On vu comment un entrepreneur de Siiven avait su saisir
cette opportunité Une autre est apparue par la suite avec armée
pacifique des travailleurs du canal de Suez ceux-ci portaient des
Ces précisions concernant les premières manufactures textiles ainsi que autres sur les
débuts des entreprises de Varna Gabrovo et Sofia ont été fourmes par le Pr Ljuben Berov de
Institut conomique Karl Marx Sofia Je remercie également mes collègues géographes de
université de Sofia et le personnel de Agence Sofia Presse de aide ils ont apportée pour
rassembler la documentation de cet article 28 ANNALES DE OGRAPHIE
vêtements confectionnés en Egypte avec du drap bulgare en laine
grossière mais durable
Ces avantages étaient pas décisifs Des signes de déclin apparais
sent dans cet artisanat textile au milieu du XIXe siècle
évolution des goûts vestimentaires est pour beaucoup les Bul
gares abandonnent les vêtements traditionnels pour le costume la-
franga la franque est-à-dire inspiré par Occident et
confectionné avec des tissus importés plus souples et moins rugueux
Adopter des vêtements occidentale devient même le signe de rallie
ment des nationalistes
Ce déclin de artisanat va accélérer avec la guerre de 1877-1878
et pendant les premières années de Indépendance Mais est toute
économie bulgare qui entre alors dans une ère de turbulence coïnci
dant avec une longue période incertitude politique et de grande misère
populaire
Après Indépendance 1878-1918 la concurrence occidentale
et les misères de la guerre
Paradoxalement Indépendance qui avait suscité tant espoirs
entraîné pour le textile bulgare de nombreuses difficultés avec le déclin
de Empire ottoman et ouverture du marché national aux produits
de Occident Par la suite de 1912 1918 six années de guerre
représentent aussi un très lourd handicap
Production textile et droits de douane
Après 1878 la séparation avec Empire ottoman eut pour consé
quence immédiate établissement par Constantinople une barrière
douanière sur la frontière du nouvel tat un droit de ad valorem
fut appliqué sur toutes les marchandises en provenance de la Principauté
de Bulgarie auquel il faut ajouter toutes sortes de chicaneries admi
nistratives que seuls les bakchich parvenaient résoudre
Cette petite guerre douanière était sans doute inévitable Cependant
les statistiques prouvent que les relations commerciales entre les deux
tats se sont maintenues un assez bon niveau notamment pour les
textiles Il faut aussi rappeler que en 1885 la Roumélie orientale
était une province autonome mais incorporée dans Empire les tissus
de Siiven et de Plovdiv étaient donc exempts de droits comme proba
blement autres articles origine bulgare Le marché de Empire
ottoman est donc maintenu pendant cette période mais il fut sans
doute moins fructueux auparavant
fut ailleurs amputé un secteur important la Bosnie-Herzé-
Lory op cit. 140 op 84 statistiques 85 TEXTILE EN BULGARIE 29 INDUSTRIE
govine grand acheteur de couvertures en laine Depuis 1878 était
un protectorat autrichien En 1883 des droits de 100 furent appliqués
sur les textiles bulgares pour le plus grand profit de industrie austro-
hongroise
Mais il avait plus grave encore Par une disposition spéciale du
Traité de Berlin le nouvel tat bulgare était privé de toute protection
douanière article stipulait en effet que tous les accords conclus
par la Porte resteraient en vigueur dans la Principauté Cela imposait
en particulier la Bulgarie un tarif douanier dérisoire de sur les
produits européens Et bien souvent le tarif réel était de 6
De plus les marchandises étrangères arrivèrent très facilement par la
nouvelle voie ferrée Belgrade-Constantinople une autre disposition du
Traité de Berlin ayant imposé itinéraire le plus court Pirot-Sofia-
Plovdiv Cette nouvelle ligne fut inaugurée en 1888 la Bulgarie sortait
de son isolement
Enfin durant cette même période artisanat textile bulgare perdit
une part de sa clientèle intérieure en trois vagues successives une
grande partie des populations musulmanes quitta le pays plus conser
vatrices dans leurs goûts vestimentaires elles représentaient une clien
tèle importante pour les articles traditionnels
fallut attendre la dictature de Stambolov 1887-1894 pour la mise
en place une politique douanière protectionniste et des mesures
encouragement la production textile nationale Mais il était trop
tard pour sauver artisanat un certain nombre de petites villes du
piémont de la Star Planina comme Kazanlak où on comptait
112 ateliers de tissage en 1877 et 14 seulement en 18922
On note bien quelques initiatives Gabrovo pendant cette période
une première filature mécanique fut construite en 1882 vers 1890
un négociant Ivan Hadjiberov se lan ait dans industrie de la laine
mais la prospérité fut lente venir
Incontestablement les années 1878-1900 furent difficiles pour toute
économie et plus particulièrement pour le textile artisanat bulgare
ne peut amorcer son tournant vers une production industrielle en raison
de la concurrence occidentale que rien ne freinait.3
Le démarrage économique au XXe siècle compromis par les guerres
balkaniques et la Première Guerre mondiale
Les débuts du XXe siècle sont marqués par une certaine reprise des
affaires qui se manifeste aussi dans le textile La première grande usine
de tissage de Varna date de 1899 En 1904 Dimitri Berov monte une
fabrique de tissus de laine Sofia avec des capitaux tchèques la
veille des guerres balkaniques on compte 27 fabriques Gabrovo
Lory op cit. 91 op cit. 92
Lory op 98 ANNALES DE OGRAPHIE 30
II agit une industrie nouvelle par rapport celle de la période
précédente Elle produit des tissus de qualité les draps fabriqués par
entreprise Hadjiberov de Gabrovo partir de laine australienne im
portée par la Belgique concurrencent les draps anglais sur le marché
national La production de laine affectée par le partage des pâtures
communales et leur mise en culture évolue elle aussi vers la qualité
on introduit en Bulgarie des moutons mérinos Des techniques coton-
nières nouvelles apparaissent dans industrie
Mais on ne saurait oublier les incertitudes de cette époque Après
les difficultés dynastiques des années 1880 la Bulgarie ne devient un
véritable royaume indépendant en 1908 Et quatre ans plus tard le
pays entre dans une série de conflits qui ne prennent fin en 1918
Pendant toute cette période le peuple bulgare est souvent plongé
dans la misère et en plusieurs occasions il doit accueillir sur son
territoire plus misérable encore que lui réfugiés arméniens et macé
doniens par exemple Cette ambiance est pas favorable aux entre
prises et le développement de industrie textile se limite quelques
fabriques
Les années 1920 et 1930
la fin de la Première Guerre mondiale durant les mois qui
suivirent armistice du 29 septembre 1918 la pénurie de vêtements et
de chaussures fut particulièrement grave en Bulgarie Parmi les entre
prises textiles celles qui étaient importatrices de matières premières
furent placées dans des situations très difficiles en 1918 affaire Berov
de Sofia qui fabriquait des lainages de qualité partir de laine importée
fit faillite et fut rachetée par des entrepreneurs belges
Cependant les affaires reprirent durant la deuxième moitié des
années 1920 aussi bien dans les secteurs traditionnels de la laine et
des soieries que dans celui plus nouveau du coton En 1924 la jeune
Faculté agronomique de Sofia mit au point une variété de cotonnier
bien adaptée au climat de la Bulgarie et qui prospéra dans la région
de Yambol Une première usine de filature et de tissage dénommée
Prince Boris fut montée Varna avec aide de capitaux italiens
Quelques temps plus tard entrepreneur juif Tundja montait une
deuxième grande usine Yambol au ur des premières plantations
de cotonniers Une troisième usine fut construite encore Varna par
un autre homme affaires Dimitri Nikoloff La ville de Gabrovo
jusque-là spécialisée dans le travail de la laine se tourna également
vers le coton et gagna le surnom de Manchester bulgare industrie
textile rassemblait alors près de 250 entreprises plutôt modestes
exception du groupe Berov qui devint cette époque la première
affaire textile de Bulgarie
industrie du coton se développait aussi Sofia avec quatre fa- INDUSTRIE TEXTILE EN BULGARIE 31
briques importantes créées entre 1927 et 1930 par des Italiens les
tissages Fortuna la filature Bulgaria la fabrique de satin Gloria usine
Pietro Minardi qui produisait des fils coudre et broder capables de
rivaliser sur le marché européen avec les spécialités D.M.C Enfin la
même époque près du gisement charbonnier de Peraik on installa une
usine de rayonne viscose pour alimenter la nouvelle industrie de la
bonneterie la technique de filature était italienne les capitaux étaient
mixtes italiens et bulgares Cette influence italienne sur industrie
textile bulgare des années 1920 explique peut-être par le négoce des
soies naturelles entre les deux pays
En revanche industrie de la confection restait artisanale en 1933
Sofia comptait 872 ateliers de couture employant 200 ouvrières
la veille de la Seconde Guerre mondiale la Bulgarie disposait
donc une industrie textile assez complète avec les trois secteurs
lainages cotonnades soieries Le textile était alors la première et
unique véritable industrie du pays le reste ne comptait guère Sans
doute exception du groupe Berov était-elle composée surtout de
petites et moyennes entreprises entre les mains une petite bourgeoisie
locale Les capitalistes et les banquiers de époque intéressaient da
vantage agriculture en particulier au tabac et la vigne Les
investissements étrangers restèrent limités
Depuis 1947 le textile nationalisé et planifié
Après la Seconde Guerre mondiale les modèles économiques socia
listes adoptés par le gouvernement bulgare ont trouvé dans industrie
textile leur premier champ application Une fois votée le 23 décembre
1947 la loi de nationalisation des mines et des entreprises industrielles
commence une période de concentration et de modernisation celle des
combinats grands établissements intégrés qui contrastent singulière
ment avec les petites usines et les ateliers spécialisés de époque
précédente
Cette politique transformé les structures de production des centres
textiles traditionnels en particulier celles de Gabrovo et de Siiven très
divisées en 1947 on ne comptait pas moins de 347 entreprises
dans la première ville et 60 dans la seconde
Des regroupements et importants investissements renforcèrent le
potentiel de Gabrovo dans le secteur ancien de la laine avec la filature
Balkan la fabrique Georgi Guénev qui intègre filature et tissage et
entreprise de tricotage Dob Kartalov tandis que 15 entreprises co-
tonnières étaient rassemblées dans le combinat Vasil Kolarov Enfin la
ville devenait le plus important centre de bonneterie avec entreprise
Bouria
SUven le combinat Georgi Dimitrov rassemblait en une seule
usine tous les stades du travail de la laine 32 ANNALES DE OGRAPHIE
Pour donner une idée de importance des investissements réalisés
signalons que furent construites durant les années 1960 les deux plus
grandes usines textiles des Balkans dans leur spécialité Samokov le
combinat Rilskilen pour le travail du lin et surtout Plovdiv le cotonnier Maritsa qui employé 000 personnes
Samokov été également dotée une grande usine de lainages
Samokovka Komuna tandis que ancienne usine de cotonnades de
Blagoevgrad été remplacée par le combinat Gotse Deltchev qui intègre
filature tissage et apprêt du coton
Autre exemple de application de la formule du combinat un
centre textile traditionnel Tarnovo où furent construits deux établis
sements intégrant la totalité de la filière textile depuis la filature
la confection de vêtements pour hommes
faut mettre aussi au crédit des quarante dernières années de
grandes usines implantées dans des villes sans tradition textile Ainsi
Pernik accueilli la fabrique de lin Rakovitza et Dimitrovgrad une
usine de bonneterie et de confection dans ces deux villes charbon
nières le textile permis de créer des emplois féminins qui complètent
les emplois masculins de la mine et des industries lourdes
Mais les réalisations les plus spectaculaires résultent de option
prise au début des années 1960 en faveur des textiles chimiques il
agit alors pour la Bulgarie de la création une industrie nouvelle
puisque ancienne usine de rayonne de Pernik détruite pendant la
guerre avait pas été reconstruite vu les difficultés approvisionne
ment en pâte de bois dans un pays dont le patrimoine forestier est
pas considérable
Ces difficultés approvisionnement en cellulose et la décision rela
tivement tardive de créer une industrie des textiles chimiques expliquent
la chronologie du choix des matières qui suit un ordre inverse de celui
habituellement observé dans les pays anciennement industrialisés avec
en 1966 une usine de polyesters Yambol en 1969 les polyacryliques
Bourgas année suivante le polyamide Vidin et enfin en 1972
un retour aux fibres cellulosiques dans la vieille cité de Svichtov port
danubien par lequel arrive la pâte de bois en provenance U.R
ou du Canada
la suite de tous ces investissements des années 1950 et 1960 le
textile est devenu activité la plus concentrée de toute industrie
bulgare avec par entreprise un nombre moyen de salariés estimée
816 alors que la moyenne des autres secteurs était de 510 Cette
situation tout fait opposée celle de époque capitaliste était pas
sans inconvénient et on corrigée par la suite
hui en aval des filatures la tendance est plus aux grandes
usines mais aux petits établissements que les techniques nouvelles ont
rendus très performants et qui adaptent mieux aux variations de la
production textile Pour répondre aux objectifs de aménagement du

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