Céramique à pastillage, cordons en arceau, décor cordé : vers une nouvelle approche du Bronze ancien dans le Centre-Ouest de la France - article ; n°10 ; vol.79, pg 424-438

De
Bulletin de la Société préhistorique française - Année 1982 - Volume 79 - Numéro 10 - Pages 424-438
Résumé — Le Bronze ancien du Centre-Ouest de la France put longtemps paraître une période obscure de la Protohistoire régionale. De nouvelles découvertes, étayées par des datations C14, amènent à réviser des trouvailles anciennes, et à définir trois styles céramiques : décor de pastillage, cordon en arceau, décor cordé. Avec d'autres composantes, les traditions campaniformes paraissent avoir tenu un rôle fondamental dans l'élaboration de la culture matérielle du Bronze ancien.
Abstract — The Early Bronze Age of west central France was for a long time considered as a dark age. New discoveries and C14 dates have led to a revision of old finds and to a definition of three ceramic styles : relief decoration, horse-shoe handles, cord-decorated ware. The Bell Beaker culture, together with other cultures, played a fundamental part in the elaboration of Early Bronze Age material culture.
15 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : vendredi 1 janvier 1982
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José Gomez
Céramique à pastillage, cordons en arceau, décor cordé : vers
une nouvelle approche du Bronze ancien dans le Centre-Ouest
de la France
In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1982, tome 79, N. 10-12. pp. 424-438.
Résumé — Le Bronze ancien du Centre-Ouest de la France put longtemps paraître une période obscure de la Protohistoire
régionale. De nouvelles découvertes, étayées par des datations C14, amènent à réviser des trouvailles anciennes, et à définir
trois styles céramiques : décor de pastillage, cordon en arceau, décor cordé. Avec d'autres composantes, les traditions
campaniformes paraissent avoir tenu un rôle fondamental dans l'élaboration de la culture matérielle du Bronze ancien.
Abstract — The Early Bronze Age of west central France was for a long time considered as a dark age. New discoveries and C14
dates have led to a revision of old finds and to a definition of three ceramic styles : relief decoration, horse-shoe handles, cord-
decorated ware. The Bell Beaker culture, together with other cultures, played a fundamental part in the elaboration of Early
Bronze Age material culture.
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Gomez José. Céramique à pastillage, cordons en arceau, décor cordé : vers une nouvelle approche du Bronze ancien dans le
Centre-Ouest de la France. In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1982, tome 79, N. 10-12. pp. 424-438.
doi : 10.3406/bspf.1982.5347
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bspf_0249-7638_1982_hos_79_10_5347:
:
Bulletin a. u société PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1982 /ТОМЕ 79/10-12
Céramique à pastillage, cordons en arceau,
décor cordé : vers une nouvelle approche
du Bronze ancien
dans le Centre-Ouest de la France
par José Gomez
Résumé — Le Bronze ancien du Centre-Ouest de la France put longtemps paraître une période obscure de la
Protohistoire régionale. De nouvelles découvertes, étayées par des datations C14, amènent à réviser des trouvailles
anciennes, et à définir trois styles céramiques décor de pastillage, cordon en arceau, décor cordé.
Avec d'autres composantes, les traditions campaniformes paraissent avoir tenu un rôle fondamental dans l'élaboration
de la culture matérielle du Bronze ancien.
Abstract — The Early Bronze Age of west central France was for a long time considered as a dark age. New
discoveries and C14 dates have led to a revision of old finds and to a definition of three ceramic styles relief
decoration, horse-shoe handles, cord-decorated ware. The Bell Beaker culture, together with other cultures, played a
fundamental part in the elaboration of Early Bronze Age material culture.
Existe-il un Bronze ancien dans le Centre-Ouest de 35). Le Centre-Ouest, et plus précisément le Sud de
la France ? La phase initiale de l'Age du Bronze y celui-ci, ont été depuis quelques années le lieu de
reste encore mal définie : rien de comparable aux découvertes, encore inédites ou peu exploitées, qui
prestigieuses cultures du Bronze rhodanien et de son amènent à reconsidérer le problème sous un jour
épigone languedocien, ou de la Civilisation des nouveau. Ce présent article ne se propose que de
tumulus armoricains. En cela, le Centre-Ouest fournir des informations, dans le cadre d'une r
connaît une situation fort analogue à la plus grande echerche toujours en cours. Nous nous bornerons à
partie du territoire national : quelques objets de étudier trois styles céramiques, et à en tirer les
implications culturelles. métal, isolés ou mal raccordés à des ensembles. Ce
quasi-vide des informations a conduit à la définition
d'une culture archaïsante dans un tel cadre chronolo
gique : ce fut le cas de l'Artenacien, puis, lorsque ce
dernier fut enfin ramené à sa vraie place, à lui
LA CERAMIQUE ORNEE DE PASTILLAGE imaginer une longue vieillesse et une disparition
tardive. Mais la notion de ces cultures qui ne
parviennent pas à disparaître correspond-elle à une La céramique à décor plastique de l'Aquitaine et
réalité, ou n'est-elle que le masque commode de du Centre-Ouest a été maintes fois étudiée, et sa
notre ignorance ? situation chronologique discutée (Riquet, 1960 ;
Pour notre part, nous ne croyons guère à cette Niederlender, Lacan, Arnal, 1966 ; Coffyn, 1972 ;
interminable sénescence du Chalcolithique, comme Roussot-Larroque, 1975 ; Gomez, 1980). Ces décors
plastiques sont : des pastillages, des cordons lisses à nous l'avons écrit par ailleurs (Gomez, 1980, pp. 33 à 425
apparition très précoce de cette céramique, sans en section souvent triangulaire, des cordons digités, des
exclure une durée de fabrication longue, dans les digitations ou ongulations sur panse, les différents
types se combinant souvent sur un même vase. Les zones maritimes, sa disparition intervenant avant le
décors de pastillage sont certainement les plus milieu du Bronze moyen dans les zones continentales
originaux. La vaste diffusion des autres, et dans le soumises au Groupe des Duffaits (Gomez, 1980,
temps, et dans l'espace, les rend plus banaux. Les pp. 65-66). Des informations nouvelles sont venues
céramiques à pastillage avaient été inventoriées sur renforcer ces propositions. Elles furent fournies par
deux sites où ce matériel apparaît en association : 52 sites en 1978 (Gomez, 1980, p. 65), et, depuis
d'autres sites ont été reconnus. Malgré cette abon
dance des découvertes, la question chronologique
restait délicate faute d'associations en nombre suffi Fort-des-Anglais à Mouthiers-sur-Boëme, Charente. sant. Certes, les travaux de M. Sireix et J. Roussot-
Le site est un éperon barré connu depuis le XVIIIe Larroque (1968) et de A. Coffyn et nous, puis de
J.-P. Mohen (1970), firent justice de la datation au siècle. Les fouilles que nous y avons entreprises,
Premier Age de Fer avancée par R. Riquet sur des après bien d'autres, en 1981, ont précisé le mode
bases erronées. Mais pour notre part, nous avons d'érection du rempart, et permis de reconnaître une
montré qu'il n'est pas vraisemblable de lui assigner structure sommitale de pierre et de poutrage. Parmi
une fourchette chronologique allant de la fin du les éléments calcinés de ce poutrage ont été recueillis
plusieurs tessons de vases à pastillage (fig. 1, В, n" 1). Bronze moyen à une phase avancée du Bronze final,
et encore moins d'en limiter la signification à un D'autres ont été recueillis dans les remblais recou
jalonnement de l'extension du Groupe des ateliers du vrant la face interne du rempart, qui se
Bronze moyen médocain, comme on voulut le croire divisent en plusieurs couches nettement différen
un temps. Nous avons suggéré, à partir d'un examen ciées, mais au matériel identique (ex. : couche 6, fig.
critique des associations connues ou supposées, une 1, A).
Fig. 1 - Fort des Anglais à Mouthiers-sur-Boëme, Charente. Secteur II. Échantillonnage de la céramique. A : niveau 6 : 2 : vase à deux anses avec trou
de réparation ; 1, 3, 4, 6, 7 : exemples de décors plastiques ; 5 : décor de coups d'ongles ; 8 : bouton de préhension d'un couvercle ; 9 et 10 :
tessons cordés. В : tessons trouvés au milieu du poutrage calciné. 426
Une datation C14 a été obtenue pour un élément Une origine moins lointaine que la Culture de
de poutrage calciné : Horgen paraît devoir être retenue. On sait que ces
vases portent souvent des cordons lisses ou digités Gif. 5 733 : 3 830 ± 100 ans (soit une date de près de l'ouverture. Cette particularité put faire 1 880 ВС, ou de 2 170 ВС *) (1). Une telle date nous penser à une origine rhodanienne, ou plutôt à une place dans le Bronze ancien, et de plus à une date tradition rhodanienne venue par le Languedoc. Mais primitive. L'adéquation de cette datation avec le
il existe en Centre-Ouest (Joussaume, 1978 et 1982 ; matériel associé à l'échantillon daté est totale et
Pautreau et Robert, 1980), de même qu'en d'autres incontestable : il ne s'agit pas de charbons épars ni
régions comme la Provence (Courtin, 1974, p. 287), peut-être intrusifs, mais d'un élément même de la le Languedoc (Taffanel, 1957 ; Roudil et al, 191 A, construction. Tout au plus pourrait-on à la limite
pp. 197-200) ou les Pyrénées (Guilaine, 1967, pp. 76 admettre que le bois de la poutre fût déjà ancien lors
ss), des types de jarres à ouverture soulignée d'un de l'érection du rempart, mais même dans ce cas cordon, sur les sites d'habitat campanif ormes. Cette nous resterions dans le cadre chronologique du
tradition campaniforme serait-elle à l'origine des Bronze ancien.
vases à cordons et pastillage de l'Aquitaine et du
Centre-Ouest ? Rien n'empêche de le penser : une Fosses de l'estran de Piédemont à Port-des-
tradition chalcolithique, fontbuxienne celle-ci, n'a-t- Barques, Charente- Maritime.
elle pas pu être évoquée pour rendre compte de la
Plusieurs fosses ont été fouillées sur l'estran de genèse des jarres à cordons du Languedoc oriental
Piédemont à Port-des-Barques, au cours de l'a (Gutherz, 1976, p. 29) ? Les datations C14 mainte
utomne 1974, par C. Gabet et son équipe (Gabet et nant connues pour les campaniformes français (Gui-
David, 1975) (2). Deux de ces fosses, les fosses III et laine, 1974) et celles que nous donnons pour les
IV, sont datables de l'Age du Bronze (fig. 4 et 5). céramiques dont nous traitons ici ne rendent pas
Toutes les deux ont donné des fragments, petits, mais cette filiation invraisemblable (3).
très typiques, de vases à décor pastillé (fig. 4, n" 3 ;
Un autre problème est celui de la durée de la fig. 5, nos 10 et 11).
fabrication et de la date de disparition de ce type de
Une datation C14 a été obtenue à partir de bois céramique. Peu d'associations : les vases des dépôts
recueillis dans la fosse III : des Vigneaux à Talais et de Mayan à Vendays-en-
Gironde sont bien datés par leurs contenus du Gif. 4 680 : 3 510 ± 100 ans (soit une date de
Bronze médocain III de A. Coffyn, soit la fin du 1 560 ВС ou de 1 770-1 870 ВС *). Cette datation se moyen et le début du Bronze final ; les place encore dans le Bronze ancien.
tessons de Clion et de Barzan en Charente-Maritime
sont très probablement associés aux bronzes trouvés Origine, histoire et disparition de la céramique à
à proximité, lesquels suggèrent une datation compardécor pastillé. able (Gomez, 1980, p. 57). Par contre, la datation
de 860 ± 130 ВС obtenue à partir des charbons des Les deux datations ci-dessus indiquées montrent
fouilles anciennes du Truc du Bourdiou à Mios, l'apparition ancienne de la céramique à décor
Gironde (Coffyn et Mohen, 1970), n'offre peut-être pastillé. Elles viennent confirmer les observations
pas toutes les garanties ; de même l'association au stratigraphiques de J. Arnal à Roucadour (Nieder-
Fort-Harrouard avec un fragment de hache à ailerons lender et ai, 1966, pp. 73 sv et 161 sv) où ce matériel
(Mohen, 1973) paraît nécessiter confirmation La formait l'essentiel de la couche Al, homogène, où
présence de quelques tessons de petite taille sur des une industrie lithique abondante l'accompagnait.
sites d'habitat du Bronze final III, à Meschers ou à Nous ne suivrons pas la proposition d'une genèse
Cordie à Marignac, en Charente-Maritime, peut être « horgenoïde » pour cette céramique, d'autre part
fortuite. Les enclos funéraires de Saintonge ne sont inconnue de la Civilisation du Causse de Gramat,
d'aucun secours pour la datation, ne fournissant que datée habituellement du Bronze moyen (Séronie-
ce type de céramique (Gaillard, 1976). Il est par Vivien, 1971), mais dont il faudra peut-être réviser la
contre établi que, dans le Centre-Ouest continental, position chronologique dans le sens d'un vieilliss
les bons ensembles clos du Bronze final III n'en ement.
livrent jamais le moindre tesson (Gomez, 1980). La
stratigraphie de la grotte du Quéroy à Chazelles,
Charente, a livré un de ces vases (fig. 2), sous la
(1) Recalibration effectuée à partir des tables de Ralph, Michael et Han,
1976.
(2) Nous assurons de notre gratitude notre collègue et ami C. Gabet pour (3) Un petit tesson à pastillage a été recueilli sur la station du
nous avoir facilité l'accès à ses récoltes et nous avoir laissé toute latitude Bois-de-Mativo à Magnac-sur-Touvre, Charente, occupée essentiellement
pour en reprendre l'étude. Nous donnerons en annexe une présentation des par les Campaniformes (Gomez. 1980, p. 30, fig. 7). Bien qu'il s'agisse de
fosses III et IV, de l'Age du Bronze. Les fosses I et II, artenaciennes, feront récoltes sans stratigraphie, cette indication peut donner une présomption
l'objet d'une étude séparée qui sera publiée ultérieurement. quant à l'origine de la céramique à pastillage. 427
i}^jf: fjtí-, h
Illustration non autorisée à la diffusion
Fig. 2 - Vase de la Grotte du Quéroy à Chazelles, Charente (dessin S. Verger).
couche du Groupe des Duffaits (fouilles 1979-1980, gique, de l'attachement, du Médoc à la Vendée, à la
inédites). Aucun ensemble du Groupe des Duffaits, hache à rebords que les peuples plus continentaux
avaient quasiment abandonnée. dans ses phases évoluées, parallèles au Bronze C2-D
des auteurs germaniques, n'a livré ce matériel qui
paraît alors passé de mode. Par contre, on trouve
encore le pastillage dans la phase archaïque du
Groupe, mise en parallèle avec le Bronze В ou au LES CORDONS EN ARCEAU plus tard Cl, mais sur des formes différentes des
jarres à ouverture rétrécie classiques (grotte supé
rieure des Duffaits, inédit). Si nous pouvons conclure Une série de découvertes récentes, ou déjà
à une disparition ancienne dans la zone continentale anciennes republiées, effectuée dans le Nord-Est de
du Centre-Ouest, vers 1 500 av. J.-C, voire avant, la France et en Armorique, a ranimé l'intérêt pour un
lorsque l'acculturation des groupes locaux se produit type d'anse ou de décor affectant l'allure d'un cordon
sous les influences exogènes de la Civilisation des en croissant (horse-shoe handle des auteurs britanni
Tumulus, nous devons admettre une durée de ques) (Blanchet, 1976 ; Tarrête, 1977 ; Blanchet,
fabrication plus longue dans les zones plus maritimes, Tarrête, Vatinel, 1979 ; Briard, 1981). Le bassin de
attestée jusqu'à la fin du Bronze moyen et le début la Charente a donné quelques échantillons, encore
du Bronze final, vers 1 200-1 100 av. J.-C. (peut-être peu nombreux, de ces anses. Un vase de la grotte du
même au-delà, mais les informations ne sont plus Quéroy, ci-dessus présenté, en possède trois, asso
sûres). Bel exemple de conservatisme stylistique, ciées à un décor digité et des pastillages (fig. 2) ; la
parallèle, si l'on examine la production fosse III de l'estran de Piédemont à Port-des-Barques :
428
en a fourni une ; (fig. 4, n" 14) ; on en connaît au
moins une, provenant des récoltes de F. Bourdier au
Fort-des-Anglais à Mouthiers (Riquet, 1957, p. 137,
n" 4) ; nous en avons enfin vu une autre dans une
collection privée charentaise, trouvée sur la station
du Bois de Mativo à Magnac-sur-Touvre, Charente,
remarquable par un cordon lisse adjacent et une
perforation inscrite dans la surface qu'elle délimite ;
signalons enfin plusieurs fragments d'un récipient
hémisphérique, trouvés dans les terres remaniées de
la grotte des Perrats à Agris, Charente (4).
Les vases portant des cordons en croissant,
maintenant relativement nombreux en France (carte
de répartition, fig. 3), constituent-ils stylistiquement
et chronologiquement une série homogène ? Il n'est
pas question de tenir compte ici de quelques
exemples néolithiques (5), sans rapport avec ceux de
l'Age du Bronze compte tenu de l'écart chronolo
gique, mais qui auront toutefois l'utilité de rappeler
qu'il s'agit d'un décor simple qui a pu resurgir dans
des contextes variés. Leur typologie sommaire per
met de distinguer plusieurs groupes :
— récipients hémisphériques, connus par le seul
exemplaire d'Agris ;
— grandes jarres, sur lesquelles les anses en Fig. 3 - Carte de répartition des vases portant des anses en croissant en
France. 1 : jarres de tradition campaniforme ; 2 : vases du type croissant sont fréquemment accolées à un cordon d'Éramecourt et apparentés ; 3 : autres types ; 4 : type indéterminé. Les lisse. A cette catégorie appartiennent, semble-t-il, les numéros renvoient à la liste donnée dans l'annexe 2.
tessons de l'allée couverte de l'Usine Vivez à
Argenteuil, Val-d'Oise (Tarrête, 1977) et des Roches
de Videlles, Essonne (Bailloud, 1958, fig. 3, n" 12),
les vases de Saint-Just, Ille-et- Vilaine (Le Roux, 1981 rattacher cette catégorie de vases à une tradition
et 1982) et de Rosporden, Finistère (Briard, 1981). épicampaniforme attestée par ailleurs en Centre-
Cette série est rapprochée par J. Tarrête des Ouest par certains poignards de cuivre tardifs de La
exemplaires du Languedoc oriental bien datés du Trache à Châteaubernard ou de Trizay (Gomez,
Bronze ancien, et pour lesquels J.-L. Roudil propose 1980, p. 22), ou encore par un vase du tumulus de
une origine italique ou unéticienne (Roudil, 1972, Fleuré, Vienne (Patte, 1971, p. 175 ; Gomez, 1980,
p. 45). J. Tarrête suggère quant à lui une origine p. 30). Dans cette optique, la datation C14 du
campaniforme, hypothèse qui nous paraît la plus contenu de la jarre de Saint-Just (Le Roux, 1981, p.
recevable, les types d'ouverture des jarres des 399) :
habitats campaniformes étant semblables à ceux des Gif. 5 235 3 940 ± 80 ans jarres d'Argenteuil ou de Saint-Just. Une telle (soit 1 990 ВС ou 2 210-2 350 ВС *), filiation est de même envisageable en Centre-Ouest reste en concordance avec son analyse stylistique, au vu de ce que nous savons maintenant de la compte tenu des datations par ailleurs connues pour céramique commune campaniforme (Joussaume, les campaniformes français (Guilaine, 1974). 1978 et 1982 ; Pautreau et Robert, 1980). L'exemp
laire du Bois-de-Mativo à Magnac-sur-Touvre, — jarres à ouverture rétrécie. Un seul exemplaire
Charente, provient d'un habitat qui paraît bien se est connu à cette date, celui de la grotte du Quéroy,
rattacher pour l'essentiel au Groupe campaniforme mais des fragments du Fort-des-Anglais à Mouthiers
(Gomez, 1980, p. 30 et fig. 7). Il faudrait donc (Riquet, 1957) pourraient provenir de récipients
semblables. Ce type de vase, où le décor pastillé
domine, a été étudié ci-dessus et nous rappellerons
que nous l'avons rattaché à une possible tradition
(4) Grotte dans laquelle existe un niveau du Bronze ancien en place, qui campaniforme. semble fort riche et prometteur. La grotte a aussi livré une partie distale
d'une grande épingle qui pourrait être du type à tige martelée à section — vase sub -cylindrique de grande taille. Deux rectangulaire et tête enroulée, analogue à celle de Saint-Séverin-sur- fragments proviennent d'une des fosses de Cuiry-les- Boutonne (Gomez. 1980, fig. 9, n" 3). Fouilles J. Gomez, en cour§.
Chaudardes, Aisne, dont la datation a été révisée par (5) Renseignements J. Courtin. in litteris. et J.-P. Mohen. Cf. aussi
Tarrête. 1977. p. 226. note 15. J.-C. Blanchet, J. Tarrête et J.-L. Vatinel (1979, :
429
contexte proposé par J.-C. Blanchet — encore qu'on p. 25) et rapportée à la seconde moitié du Bronze
aurait tort de négliger les différences typologiques moyen. De tels vases peuvent traduire une perdura-
(carène plus accusée, bord plus complexe) entre les tion dans la céramique d'usage d'une mode déjà
urnes du Wessex et celles d'Eramecourt — . Qu'en ancienne.
est-il pour les urnes de Piédemont ? La date C14 de — urnes biconiques. C'est le « type d'Erame- la fosse III, même non recalibrée, leur assigne une court » défini par J.-C. Blanchet (1976), auquel se date au Bronze ancien, donc assez conforme aux rattachent, outre les exemplaires d'Eramecourt, propositions de J.-C. Blanchet pour celles du type
Somme, celles de Bucy-le-Long, Aisne, de Com- d'Eramecourt. Doit-on en conclure que l'origine des
piègne, Oise, de Mézières-sur-Seine, Yvelines, et, vases de Piédemont est à rechercher en Angleterre
bien qu'elle montre une épaule arrondie, celle de du Sud ? Rien n'est moins évident : la fosse III qui a
Pontavert, Aisne. Dans le Centre-Ouest, les exemp fourni un fragment portant une anse en croissant a laires de Piédemont à Port-des-Barques, Charente- aussi livré un tesson à pastillage qui appartient à une Maritime (fig. 4, n° 14), peuvent être rapprochés de tradition déjà ancienne. Ne peut-on envisager une ce type, dont ils présentent le profil biconique, et, origine locale pour ces urnes de l'Ouest ? Les dates
pour le mieux conservé, le col légèrement évasé. connues, plus hautes en France qu'en Angleterre,
J.-C. Blanchet (1976), dont nous ne reprendrons pas n'indiqueraient-elles pas une autre direction dans les
ici les arguments, rattache cette série à des proto relations culturelles ? Le Centre-Ouest a connu des types anglais qui purent être importés sur le conti rapports avec les Iles Britanniques, discrets mais bien nent vers la fin du Bronze ancien. Les parentés sont réels : la hallebarde de Saint-Savinien et la hache à
en effet sensibles avec les Wessex biconical cinerary rebords de l'Ile d'Oléron, Charente-Maritime (Go
urns et les urnes néerlandaises du type d'Hilversum, mez, 1980, pp. 33 à 35, fig. 9) l'attestent. L'origine
très proches des précédentes dont elles dériveraient. des décors en croissant britanniques ne pourrait-elle
En Angleterre, ces urnes apparaissent dans la pas être continentale et les prototypes n'en seraient-
période d'Overton, datée d'environ 2 000-1 650 ils pas les vases biconiques de type épicampaniforme B.C. * (ou 1 700-1 450 B.C.) et leur usage dure analogues à celui de Saint-Just, Finistère ? (Ce qui
encore pendant la période de Bedd Brenwen, vers n'exclurait d'ailleurs pas pour le Nord-Ouest, soit un 1 650-1 400 B.C. * (ou 1 450-1 250 B.C.), période contact direct avec des modèles d'urnes plus atlanti
pendant laquelle on connaît des associations avec des ques (6), soit une réexportation du type depuis le Sud rasoirs britanniques de la classe Ib (Burgess, 1980, de l'Angleterre.) Une route se suit toujours dans les pp. 89-96 ; Megaw et Simpson, 1978, p. 256). Les deux sens...
rares datations disponibles en France sont en accord
avec celle admise pour la période d'Overton Outre-
Manche :
Gif. 3 917 : 3 660 ± 110 ans
(soit 1 710 B.C. ou 2 070 B.C. *)
pour la découverte de Lingreville, Manche (Verron,
LES VASES A DECOR CORDE 1977, p. 369) ;
Gif. 4 680 : 3 510 ± 100 ans
(soit 1 560 B.C. ou 1 770 - 1 870 B.C. *) La céramique à décor cordé du Centre-Ouest a été
pour la fosse III de Piédemont. divisée par J.-P. Pautreau (1979) en deux séries : une
campaniforme, une non campaniforme. De cette Pour la France du Nord-Est, les relations Outre-
dernière série, les fragments les plus anciens apparaîtManche paraissent bien établies la structure 55 de
raient en contexte artenacien, mais ils ne sont Cuiry-les-Chaudardes a donné un fragment d'urne à
connus en stratigraphie que sur le site de Camp collerette proche des types anglais (Letterle, 1976,
Allaric à Aslonnes, Vienne (ibid.). Nous avons fig. 40, n" 2), la structure 64 un fragment de vase à
également signalé une série de tessons cordés cordon en arceau digité dont les extrémités reposent
n'appartenant pas à des gobelets campaniformes de sur un cordon digité horizontal {ibid. , fig. 44, n" 1) type A.O.C. (Gomez, 1980, p. 39). Il s'agit : qui rappelle une urne du cimetière d'Ardleigh,
— de fragments de récipients biconiques, Essex, appartenant au complexe de Deverel-Rimbur
— de d'ouverture de vases, qui pourraient et datable de la période de Knighton Heath, entre
être pour certains des débris de jarres à ouverture 1 400 et 1 200 B.C. * (1 250-1 050 B.C.) (Burgess,
rétrécie. 1980, p. 140). Les relations britanniques sont égale
ment attestées par les urnes d'Hardelot et de
Marquise (Pas-de-Calais). On ne dispose malheureu
(6) J -Cl. Blanchet. J. Tarrêtc et J.-L. Vatinel (1979. p. 27) rappellent sement pas, pour les urnes du type d'Eramecourt, de que. dans le Nord-Ouest. « à l'Age du Bronze ancien, la céramique se datation C14 dans le Nord-Est de la France. Il ne rattache à la zone atlantique, ainsi qu'une grande partie de la production
paraît pas y avoir de raison de les détacher du métallique ». 430
Tous ces fragments proviennent de ramassages de tenu un rôle non négligeable dans l'élaboration des
surface, et l'extrême fragmentation de ce matériel cultures du Bronze ancien : c'est vrai en Languedoc
rend toute comparaison hasardeuse. Toutefois, leurs (Guilaine, 1972, pp. 99 à 101), en Bretagne (Briard,
1975), en Espagne avec la « Civilisation de Ciempo- pâtes, extrêmement médiocres pour les plus épais,
appuient le rapprochement avec les jarres à ouver zuelos » (Maluquer de Motes, 1963), ou encore pour
ture rétrécie que suggère la morphologie de certains. la Civilisation du Rhône (Bill, 1973, p. 74). Les
datations particulièrement « hautes » connues mainL'hypothèse chronologique que suppose ce rappro
tenant pour certains tumulus du Bronze ancien chement a été confirmée par la stratigraphie des
remblais d'habitat du rempart du Fort-des-Anglais à armoricains (Briard, 1977, p. 635), ou au Fort-des-
Mouthiers, Charente : le niveau 6 a procuré deux Anglais à Mouthiers, sont très proches de celles
petits tessons (fig. 1, A, nos 9 et 10) dont la pâte est disponibles pour les campaniformes, qu'ils soient de
analogue à celle des autres céramiques trouvées dans style international ou de style régional (Guilaine,
le même niveau. Un autre tesson, dont le décor 1974 ; Joussaume, 1978 et 1982) : ces écarts chrono
paraît une imitation de décor cordé réalisé à la logiques, souvent très faibles, renforcent la vraisem
spatule, fut découvert parmi les poutrages calcinés blance de notre affirmation. Cette tradition campani
(fig. 1, В, п" 2). Ainsi est établie sans conteste la forme au Bronze ancien permet de mieux com
datation au Bronze ancien que nous avions affirmée prendre la vaste répartition des jarres à cordons, et
sur des critères uniquement typologiques (Gomez, conduit à faire l'économie de l'hypothèse d'une trop
1980, p. 39). large diffusion du Bronze rhodanien.
L'origine de ce style de décor reste problématique. Il ne faudrait pas conclure que le Bronze ancien du
Une tradition enracinée dans l'Artenacien, peut- Centre-Ouest n'est qu'une évolution de la Culture
être, mais rappelons-le, en dehors du Camp Allaric, des gobelets campaniformes. La réalité est autrement
aucun ensemble clos n'a fourni de tesson portant ce complexe : nous avons déjà souligné des relations
décor. (Il est vrai que la valeur de cet argument est avec les Iles Britanniques (Gomez, 1980, p. 34) et
amoindrie par le trop petit nombre des habitats le Languedoc d'où proviennent, sinon des
fouillés et publiés.) Aucune relation avec le groupe objets, du moins des minerais et des modèles (ibid.) ;
des fragments de vases biconiques ornés sont peut- germanique de la céramique cordée n'apparaît
clairement. Peut-être faut-il alors retenir une pos être à mettre en relation avec ceux des tumulus
sible origine dans les Iles Britanniques, où les décors armoricains (Gomez, 1980, p. 39), de même que
cordés apparaissent dès le IIIe millénaire, pendant les certain vase à quatre anses simulées de la Viaube à
périodes de Meldon Bridge et de Mount Pleasant Jaunay-Clan (Taillet, 1953). Enfin, — et la question
est d'importance ! — on saisit mal quel put être le pour rester longtemps en faveur durant l'Age du
Bronze (ApSimon, 1972) et se transmettre au rôle de la Culture artenacienne dans l'élaboration du
Groupe d'Hilversum (De Laet, 1974) ? La question Bronze ancien du Centre-Ouest, mais il paraît
reste ouverte tant que des formes plus complètes ne désormais bien difficile de lui assigner une trop
seront pas connues, d'autant plus que les comparai longue perduration : elle ne franchit certainement
sons possibles avec les urnes anglaises ou néerlan pas le seuil du second millénaire.
daises ne sont pas convaincantes. Une origine Comme toute culture, le Bronze ancien du Centre-
autochtone ne peut être rejetée à priori (7). Ouest, et de l'Aquitaine sans doute, est le produit
combiné de courants multiples, indigènes et exo
gènes. S'il reste encore beaucoup à connaître dans
l'évolution des styles, dans la définition d'éventuels
groupes locaux, si la chronologie interne de ce CONCLUSION
Bronze ancien reste à préciser, du moins ne pou
vons-nous plus qualifier cette période de « temps
Les nouvelles découvertes, étayées par des data obscurs ».
tions C14, que nous avons analysées ci-dessus
viennent s'insérer dans le semi-désert chronologique
(7) Un fragment d'un col de vase à décor cordé vient du Truc du qu'était le Bronze ancien du Centre-Ouest de la Bourdiou à Mios, Gironde (Coffyn et Mohen, 1970, pi. II). Il est France. Une notion fondamentale est celle de probablement contemporain des céramiques à décor plastique des fosses,
mais sa situation précise sur le site n'est pas connue. Un vase biconique de l'émergence d'une tradition épicampaniforme. Il La Viaube à Jaunay-Clan, Vienne, porte une imitation de décor cordé — à apparaît de plus en plus nettement, et pas seulement moins qu'il ne s'agisse d'un véritable décor cordé ? — (Taillet, 1953, pi. II n" 5 et IV n° 3). en Centre-Ouest, que la tradition campaniforme a 431
ANNEXE 1
Les fosses de Г Age clu Bronze
de Г Estran de Piédemont à Port-des -JDarques
(Charente-Maritime)
par Camille Gabet et José Gomez
Le site de l'estran de Piédemont, découvert en FOSSE III (fig. 4) 1974, est un site complexe, occupé depuis le
Chalcolithique artenacien jusqu'au Haut Moyen
Céramique Age. Les habitats proprement dits avaient été
détruits de longue date par l'érosion marine. Les
fouilles de la Société de Géographie de Rochefort, Formes partiellement restituées :
dirigées par l'un de nous, n'ont pu explorer, dans des — - un vase à panse piriforme (n° 18), conditions difficiles vu la position du site régulièr — un vase à paroi en tonneau, à deux anses ement ennoyé par le flux, que des fosses, probables (n° 16), dépotoirs, seuls vestiges préservés de l'habitat (Ga — un vase biconique à angle arrondi, orné d'un bet et David, 1975). cordon en arceau (n° 14).
— un vase à carène haute, à panse arrondie, orné Les fosses I et II sont artenaciennes, les fosses III d'une rangée de chevrons renversés. Le bord actuel et IV datent de l'Age du Bronze, les fosses V et VI ne paraît être la base retaillée d'un col arraché (n° 13), sont pas sûrement datables. — un vase à col refermé et bord légèrement évasé
(n° H), Les fosses I à III, de plan quadrangulaire, étaient — un débris de faisselle (n° 7) et un tesson de vase délimitées par de gros fragments de troncs d'arbre et caréné (n° 8).
parfois des blocs calcaires. La fosse IV ne comportait
aucune délimitation par troncs d'arbre ou pierre, Bords :
mais contenait un enchevêtrement de branches Ils sont plats (n° 12) ou arrondis (n° 15), un est
d'arbre de 15 à 20 cm de diamètre, souvent fendues bisauté.
longitudinalement, pouvant atteindre jusqu'à Fonds : 2 mètres. Les fosses V et VI étaient rondes. Toutes
Tous plats, parfois légèrement concaves (nos 10 et furent creusées dans le sable cénomanien et étaient
16). Un est légèrement débordant (n° 17). comblées d'une terre noire ou grise argilo-humique
(ibid., p. 183). Moyens de préhension :
Une oreille de préhension, des anses en boudin Les fosses contenaient surtout des éléments céra (n° 9), et surtout des anses rubanées (nos 4, 5, 16).
miques, accompagnés de quelques pièces lithiques,
Décors : de restes de faune et de bois. Les tessons, tous très
altérés par l'eau de mer, présentent un aspect Un exemple de décor incisé décrit ci-dessus
uniformément gris — sauf rares exceptions — et une (n° 13), de rares décors plastiques : cordon lisse à
section triangulaire (n° 2), pastillage (n° 3), cordon surface très érodée. La grande érosion des cassures
en arceau (n° rend les raccordements difficiles. 14) et des digitations sur panse (n° 6). 432
Fig. 4 - Estran de Piédemont à Port-des-Barques, Charente-Maritime. Céramique, sauf 1 : poinçon en os - Fosse III.

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