Contributions à l'épigraphie de Chalcis - article ; n°1 ; vol.114, pg 473-498

De
Bulletin de correspondance hellénique - Année 1990 - Volume 114 - Numéro 1 - Pages 473-498
Réexamen d'une pierre du Musée de Chalcis qui porte deux inscriptions mutilées, dont l'une était restée inédite. C'est la fin d'un décret de la Confédération eubéenne. Nature
Επανεξέταση λίθου του Μουσείου Χαλκίδας που φέρει δύο αποσπασματικές επιγραφές, μια από τις οποίες είχε μείνει ανέκδοτη. Πρόκειται για το τέλος ενός ψηφίσματος της Ευβοϊκής Συμπολιτείας. Το
26 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1990
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Denis Knoepfler
Contributions à l'épigraphie de Chalcis
In: Bulletin de correspondance hellénique. Volume 114, livraison 1, 1990. pp. 473-498.
Résumé
Réexamen d'une pierre du Musée de Chalcis qui porte deux inscriptions mutilées, dont l'une était restée inédite. C'est la fin d'un
décret de la Confédération eubéenne. Nature
περίληψη
Επανεξέταση λίθου του Μουσείου Χαλκίδας που φέρει δύο αποσπασματικές επιγραφές, μια από τις οποίες είχε μείνει ανέκδοτη.
Πρόκειται για το τέλος ενός ψηφίσματος της Ευβοϊκής Συμπολιτείας. Το
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Knoepfler Denis. Contributions à l'épigraphie de Chalcis. In: Bulletin de correspondance hellénique. Volume 114, livraison 1,
1990. pp. 473-498.
doi : 10.3406/bch.1990.1731
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bch_0007-4217_1990_num_114_1_1731À L'EPIGRAPHIE CONTRIBUTIONS
DE CHALCIS*
m. Décrets fédéraux et décrets municipaux au n* siècle av. J.-C.
Il y a une quinzaine d'années, en 1973, il me fut possible d'examiner — avec
l'aimable autorisation de l'Éphorie et grâce à l'accueil amical de M. A. Chôrémis, alors
épimélète pour l'Eubée1 — le bloc inscrit qui, au Musée de Chalcis, porte ou portait le
n° 175. Bien que sa découverte remonte à 1914, cette pierre paraît n'avoir que très peu
retenu l'attention. Il est vrai qu'elle n'a rien pour attirer le regard. C'est en effet le reste
grossièrement cubique2 d'un bloc d'angle en calcaire gris-bleu, dont les faces de joint (si
liaison horizontale il y avait, car on pourrait être en présence d'une base constituée, à ce
niveau, d'une dalle unique) ont complètement disparu. Le lit d'attente, assez
sommairement paré, est encore visible sur une petite surface ; mais de l'arête supérieure il
ne subsiste rien, comme si elle avait été systématiquement abattue, de manière à ménager
une espèce de degré (haut de 6 à 8 cm) sur tout le pourtour du bloc, ce qui a fait
disparaître le haut des deux faces latérales inscrites (fig. 1 b). Le bord inférieur, de forme
arrondie (résultant peut-être d'un travail secondaire), est en revanche conservé, du moins
sur une des faces, tandis que le lit de pose, évidemment modifié lors d'un remploi,
présente un arc de cercle en creux (fig. 1 a), dont il est peut-être permis d'inférer que,
primitivement, le bloc était une dalle à peu près carrée de 1 m de côté environ pour une
hauteur de 0,36 m.
Sur la face latérale droite (par rapport au seul angle originel conservé dans le sens
vertical, encore que là aussi l'arête soit abattue) se trouvent les vestiges d'un décret de
(*) Suite de BCH 101 (1977), p. 291-321 ; 103 (1979), p. 165-188.
(1) À partir d'avril 1973, quelques jours seulement après mon passage à Chalcis (27 mars), l'île cessa
d'appartenir à l'Éphorie de l'Attique pour être rattachée à celle de Thèbes : cf. A. Andriômenou, ArchDelt 29
(1973/74) [1979], Chron., p. 461. J'ai revu la pierre le 9 juillet 1974, lorsque furent dessinées les trois bases
publiées dans le BCH 101 (1977), p. 291 sqq., et je renouvelle ici les remerciements exprimés en tête de cet
article-là.
(2) Dimensions : 0,42 (face latérale gauche) X 0,41 (face lat. dr.) X 0,36 m (hauteur, apparemment
intacte); celles qu'indique E. Ziebarth (IG XII Suppl., 645) se rapportent à la hauteur et à la largeur
maximum (env. 0,27 et 0,21 m) de la surface conservée à dr., l'épaisseur (0,40 m) étant en fait la longueur (ou, si
l'on veut, largeur) de la face g., que l'éditeur n'a pas prise en considération. DENIS KNOEPFLER [BCH 114 474
Fig. 1. — Bloc du Musée de Chalcis (inv. 175).
a. Lit de pose (à gauche).
b. Lit d'attente (à droite).
Chalcis qui a été publié par E. Ziebarth, avec le concours de G. Klaffenbach, dans le
supplément au corpus de l'Egée (IG XII Suppl. [1939], 645). Mais l'éditeur des
inscriptions de l'Eubée — faute sans doute d'avoir disposé, en 1934, du temps nécessaire
à un examen tant soit peu minutieux3 — ne s'est pas avisé que la face latérale gauche,
d'ailleurs dans l'ensemble moins endommagée, portait également les restes d'un décret,
gravé en lignes très serrées4 au-dessus d'une surface travaillée à la gradine5 et d'un
bandeau en léger relief (fig. 2). Peut-être vaut-il la peine, trois quarts de siècle après la
trouvaille du bloc, de transcrire aussi ce document oublié, si mutilé soit-il :
Non désuni plures quam quatluor lineae
litterarum vestigia
[είναι αύτοΐς γης καΐ οικίας Ιγκτησιν δπει άν βούλ]ωντ[αι κα]ί άσφάλειαν καΐ
[άσυλίαν και πολέμου δντος και ειρήνης και πρόσ]οδον προς τήν βουλήν και τήν
μεθ' ιερά και τα 'Ρωμαί]ων και τάλλα ύπάρχειν αύ- [έκκλησίαν δταν βούλωνται πρώτοις
4 [τοις πάντα δσαπερ και τοΤς άλλοις προξένοις καΐ εύ]εργέταις του κοίνου των Εύ-
[βοέων γέγραπται. ΈπΙ ήγεμόνος του δεινός vac. ?] vacat
(3) II parait, le plus souvent, s'être contenté de prendre un estampage, en négligeant un peu l'aspect
archéologique des pierres : d'où, comme on l'a vu dans le premier volet de cette série, sa présentation fautive de
la base IG XII Suppl., 648 (maintenant SEG XXVII, 558); de même pour le n« 645 (voir ci-après).
(4) L'interligne n'est que de 0,3-0,4 cm, la hauteur des lettres elles-mêmes ne dépassant pas le double
(env. 0,7 cm).
(5) Cette zone de 0,14 m de haut environ est bien délimitée vers le bas par un léger ressaut de la surface CONTRIBUTIONS À L''ÉPIGRAPHIE DE CHALCIS 475 1990]
II s'agit ainsi, à n'en pas douter, d'un décret de la Confédération eubéenne. Or, l'on
ne connaissait jusqu'ici — abstraction faite de la grande loi fédérale sur les technites
dionysiaques6 — qu'un décret, en tout et pour tout, émanant de ce koinon : c'est
l'inscription IG XII 9, 898, apparue voici cent ans lors de la destruction du Kastro
vénitien avec le pont fortifié sur l'Euripe7. On sait en effet que c'est par suite d'une erreur
due à l'éditeur du corpus que certains historiens8 ont tenu pour fédérale aussi, en raison
de la mention qui y est faite des Rômaia organisés par la Confédération (lignes 11-13),
l'inscription IG XII 9, 899, alors qu'on a affaire, de toute évidence, à un décret de la cité
de Chalcis, comme l'a définitivement prouvé L. Robert en un article capital pour
l'histoire de ce concours9.
Le n° 898, qui honore un certain Ergotimos, fils d'Aristotélès ou peut-être
Aristonikos (ethnique perdu10), est donc le seul document que l'on puisse, dans un premier
temps au moins, comparer avec la nouvelle proxénie. De fait, leur dispositif paraît avoir
été très proche, sinon rigoureusement identique. Ici comme là, selon toute apparence, la
liste des privilèges octroyés au proxène et à ses descendants s'ouvrait par Yenktésis,
conformément du reste à l'ordre que l'on observe aussi dans les décrets de la cité et, d'une
façon générale, dans la plupart des proxénies hellénistiques, de quelque État qu'elles
émanent11. Il faut en revanche souligner une particularité dont sont dépourvus — et pour
(à 0,125 m de l'arête inférieure), mais à droite de l'inscription on voit des traces du même outil, indice
qu'avant la gravure de celle-ci (et le polissage préalable de la surface qu'elle occupe) toute la partie supérieure
de cette face était ainsi parée.
(6) IG XII 9, 207 +. Pour une étude récente de cette inscription du début du ine s. av. J.-C,
cf. SEG XXXIV, 896, avec les observations faites dans JSavanls (1989), p. 40 n. 73 et surtout 49 sqq.
(7) Cette destruction — qu'il est permis de regretter, même si elle mit au jour plusieurs inscriptions — eut
lieu en effet dans le courant de 1890, date à laquelle Ad. Wilhelm parcourait l'Eubée (ArchEph [1890], col. 115
et [1892], col. 119 = Kl. Schriflen II 2 [1984], p. 76 et 82); la date de 1891, indiquée BCH 16 (1^92), p. 90, vaut
sans doute pour A. Joubin (cf. G. Radet, L'histoire et l'œuvre de l'École Française d'Athènes [1901], p. 284), non
point pour W., cosignataire de cet article d'épigraphie chalcidienne où est publié le décret en question (p. 99-
102, n° 6 = Michel, Recueil, 348). — Relevons que dans l'excellent Guide- Johanne de la Grèce, achevé et publié
en 1891, le Kastro de Chalcis, bien décrit par B. Haussoullier, est encore présenté comme intact (II, p. 54).
(8) Ainsi encore Chr. Marek, Die Proxénie (1984), p. 89 (chose d'autant plus surprenante que ce décret ne
saurait être tenu pour une proxénie). Cf. surtout W. P. Wallace, The Euboean League and ils Coinage, Num.
Notes and Mon. 134 (1956), p. 40, qui tirait de IG XII 9, 899, que la Confédération avait un tamias et que le
Conseil fédéral était composé de synédroi. — À première vue, J. A. O. Larsen, Greek Fédéral States (1968),
p. 100, commet la même erreur, puisqu'il parle lui aussi d'un «fédéral treasurer»; mais, en fait, il tire cela du
catalogue des gymnasiarques IG XII 9, 916 — qui n'a toutefois lui non plus aucun caractère fédéral — , et non
pas du décret n° 899, dont il a bien vu qu'il était «a decree of the city of Chalcis» (cf. déjà — outre les premiers
éditeurs — H. Swoboda, Staatssaltertùmer, dans Hermann's Lehrbuch d. gr. Antiquitâten I 3e [1913], p. 443 n. 1 ;
L. Robert, RPhil 70 [1944], p. 20 = Op. Min. Sel. III, p. 1386).
(9) ArchEph (1969), p. 44-49, en particulier 45-46 (où, au deuxième alinéa, il faut bien sûr corriger «n° 898»
en 899; cf. infra, n. 56). Voir maintenant O. Picard, Chalcis et la Confédération eubéenne (1979), p. 298 sqq.
Pour les Rômaia, cf. infra, p. 485-486 et n. 61.
(10) Et impossible, semble-t-il, à retrouver, car sans être, à proprement parler, banal (ainsi le Lexicon of
Greek Personal Nantes I [1987] n'en fournit que deux exemples), le nom Εργότιμος n'a pas de «couleur» locale ou
régionale marquée ; mais je croirais volontiers que ce proxène des Eubéens était un Athénien. Le 2e élément du
patronyme n'est pas assuré : l'état actuel de la pierre ne permet guère de trancher, à la I. 1, entre -νίκου (Joubin-
Wilhelm) et -τέλους (Ziebarth).
(11) C'est le cas en particulier à É rétrie depuis la fin du iv* s., comme je l'ai marqué dans mes Décrets
érétriens de proxénie et de citoyenneté (à paraître), et dans cette Béotie avec laquelle Chalcis était en relations si
étroites (pour l'enktésis fédérale béotienne, cf. infra, n. 15). DENIS KNOEPFLER [BCH 114 476
cause — les décrets municipaux : c'est, dans cette clause, l'adjonction δπει12 άν βούλωνται,
qui n'est certes que très partiellement conservée ici, mais qui se lit mieux en IG XII 9,
898, où le texte du corpus doit cependant être amendé dans le sens indiqué par W. Kolbe
en 192713. Comme l'a vu ce savant, en effet, on a là une indication non équivoque sur
l'extension de Yenktésis à tout le territoire fédéral : en tant que proxène et bienfaiteur des
Eubéens, le personnage honoré pouvait se porter acquéreur de biens fonciers dans
n'importe laquelle des quatre cités de la Confédération, εν πάσαις ταϊς κατά Εύβοίαν πόλεσι
vel εν οποίοι, αν βούληται πόλει, pour le dire en d'autres termes sur le modèle d'expressions
attestées ailleurs14. Et il en découle une chose de la plus grande importance quand on
veut juger de la nature de cette Confédération du ne siècle : c'est que, bien sûr, les
citoyens d'Histiée, de Chalcis, d'Érétrie et de Carystos jouissaient tous de Venktésis
fédérale, de la même façon, exactement, que les Béotiens, les Achéens ou les Étoliens au
sein de leur koinon respectif15.
Les clauses qui suivent ne prêtent pas à de longs développements, mais il convient de
faire néanmoins quelques remarques à leur sujet. Relevons tout d'abord que Yasphaleia et
Yasylia octroyées ici au proxène manquent (et ne sauraient être restituées) dans l'autre
décret fédéral. Cette absence est d'autant plus surprenante que la formule και άσφάλειαν
και άσυλίαν καΐ πολέμου δντος καΐ ειρήνης ne fait jamais défaut dans les décrets municipaux16.
(12) Sur cet abrègement de -ηι (et -ωι) en finale, voir maintenant M. L. del Barrio Vega, El dialedo de
Eubea (1987), p. 140 sqq. (p. 156 pour Chalcis), qui n'allègue pas toutefois cet exemple sans doute trop tardif. Cf.
L. Threatte, A Grammar of Allie Inscriptions I (1980), p. 368, où l'on voit que le phénomène est encore
attesté, sporadiquement, au ne s. av. J.-C.
(13) Das gr. Bundesbûrgerrechl der hellenistischen Zeil, dans Zeilschr. f. Rechtsgesch. (Roman. Abt.) 39
(1929), p. 129-154 (= Zur gr. Staatskunde, hgb. von Fr. Gschnitzer [1969], p. 375-399), en p. 136 n. 1 (cf. IG XII
Suppl., p. 192) : sur l'estampage de l'Académie de Berlin, Klaffenbach et Hiller von Gaertringen (interrogés par
Kolbe) ont en effet lu ΟΠΕΙΑΝ, alors que les premiers éditeurs lisaient δπου αν βούλωνται et que Ziebarth
imprimait, sans marquer de doute, οπόταν (cf. aussi p. 153, 115), expression insolite dans cette clause, même si
H. Swoboda, op. cit. n. 14, p. 28 n. 2, a cru pouvoir s'appuyer sur elle pour sa conception de Venktésis fédérale,
en la rapprochant de celle qu'on trouve dans une politeia de Karthaia, où cependant le mot-clé est restitué
(IG XII 5, 534, 1. 10 sqq.) : [καΐ γην] Ι[γκτησιν έαν β]ούλ[ω]ν[τα]ι και οϊκου είναι.
(14) Cf. W. Kolbe, art. cit., p. 133 sqq., qui a bien montré que de tels libellés dans les décrets du koinon
des Nésiotes, en Acarnanie, en Thessalie (pour la formule έμ πάσαις ταϊς κατά Θεσσαλίαν oel Μαγνησίαν πόλεσιν, cf.
J. et L. Robert, BullÊpigr [1965], 221), chez les Ainianes, etc., contredisaient formellement l'opinion de ceux
qui refusaient de croire à une véritable citoyenneté fédérale : ainsi — dans le sillage de P. Guiraud, La
propriété foncière en Grèce (1893), p. 155 sqq. — H. Swoboda, Zwei Kapilel aus dem gr. Bûrgerrecht, SAWW 199,
2 (1924), p. 1-38.
(15) Généralités et bibliographie chez V. Ehrenberg, L'État grec (1976), p. 200 sqq. (= Der Staat der
Griechen* [1961], p. 147 sqq.), à quoi on ajoutera notamment A. Giovannini, Untersuchungen ûber die Natur und
die Anfânge der bundesstaatlichen Sympolitie in Griechenland, Hypomnemata 33 (1971). Sur Venktésis dans le
koinon béotien, voir la discussion récente de P. Roesch, «Pouvoir fédéral et vie économie des cités dans la
Béotie hellénistique», dans Akten des VI. Kongresses fur gr. und lat. Epigraphik, Vestigia 17 (1973), p. 259-270,
repris avec quelques modifications dans Études béotiennes (1982), p. 301-306; mais je ne puis souscrire à
l'argument que l'auteur (comme déjà W. Kolbe, art. cit., p. 147 sqq. = 393 sqq., non mentionné par R., qui
prend pour point de départ le mémoire de H. Swoboda en 1924) croit pouvoir tirer des décrets où une cité
béotienne honore — sans qu'il soit fait état de l'octroi de Venktésis — un citoyen d'une autre ville béotienne;
car, comme je le montrerai prochainement, il n'existe en réalité aucune proxénie béotienne pour un Béotien
avant la dissolution du koinon en 172 : cf. provisoirement Studien zur Allen Geschichte, Festschrift S. Lauffer
(1986), p. 628-629, et l'approbation de cette opinion par Ph. Gauthier, Les cités grecques et leurs bienfaiteurs,
BCH Suppl. XII (1985), p. 210 {addendum à la p. 149 n. 42 bis).
(16) II peut arriver que les deux termes soient inversés (ainsi dans IG XII 9, 900 Ab) ; mais c'est à tort que
Ziebarth a cru pouvoir se dispenser de restituer celui des deux qui a disparu dans IG XII Suppl. , 645 : voir ci-
dessous. CONTRIBUTIONS À L''ÉPIGRAPHIE DE CHALCIS 477 1990]
Le privilège de sécurité — quel que soit le libellé de la formule — est au surplus l'un des
plus couramment décernés à l'époque hellénistique17. On ne peut donc guère imaginer
qu'Ergotimos, à la différence du personnage honoré par le nouveau décret, en ait été
privé : il doit s'agir d'une simple omission18. On constate en revanche que la clause de
prosodos, commune aux deux proxénies fédérales, n'apparaît normalement pas dans les
décrets de la cité : à ma connaissance, seuls font exception parmi ces derniers le décret
réédité ci-après (IG XII Suppl., 645) et un document encore inédit19; or là — chose
notable — le droit d'accès au Conseil et au Peuple a été comme octroyé de surcroît,
mentionné qu'il se trouve in fine, après la formule par laquelle s'achève, en règle générale,
la liste des privilèges20 (και τάλλα ύπάρχειν αύτοϊς πάντα δσαπερ και τοις άλλοις προξένοις και
εύεργέταις... γέγραπται). D'autre part, c'est dans cette clause (où la mention des Romains
attire aussi l'attention21) que s'observe une intéressante différence de libellé entre les
actes fédéraux et ceux de la cité : car si l'alternance βουλή/συνέδριον, à l'intérieur de
l'ensemble formé par les décrets chalcidiens, est la conséquence d'une réforme dont la
date reste à fixer (voir ci-dessous), il n'en va pas de même, selon toute apparence, de
l'opposition entre εκκλησία (dans les deux proxénies du koinon) et δήμος (dans toutes celles
de la polis). On a voulu manifestement distinguer l'Assemblée primaire de la cité — où
seuls les Chalcidiens et leurs proxènes avaient accès — de l'Assemblée primaire
réunissant, en principe, les citoyens de tout l'État fédéral, et cela quand bien même les
deux termes de démos et â'ekklésia étaient, dans l'usage courant, à peu près
interchangeables22. En confirmant cette distinction (puisque le supplément προς τήν
[έκκλησίαν] ne fait aucun doute), la nouvelle inscription donne raison aux historiens qui
(17) Cf. par exemple Fr. Gschnitzer, RE Suppl. XIII (1973), s.v. «Proxenos», col. 713-714, ou
Chr. Marek, Proxenie (supra, n. 8), p. 159 et passim. Pour la notion d'asylie, voir essentiellement B. Bravo,
«Sulan, représailles et justice privée contre les étrangers dans les cités grecques», dans ASNP, n.s. III, 10 (1980),
p. 675-987, avec les observations de Ph. Gauthier, BHD 60 (1982), p. 553-576.
(18) Car elle ne manque jamais dans la série des proxénies érétriennes, si l'on fait abstraction de quelques
décrets anciens où la liste des privilèges est très réduite (TG XII 9, 187 A-B et 195) et de ceux où la «sécurité»
garantie au proxène découle de Vépiméleia qui incombe aux magistrats : voir mes Décrets érétriens (supra, n. 11).
(19) Décret pour un Héracléote qui fait partie du lot d'inscriptions copiées à Chalcis par R. Harder, avec
le concours de S. Lauffer ; après le décès de ce dernier (1986), le soin de publier ces documents m'a été confié par
M"" T. Lauffer, que je remercie dès maintenant ici.
(20) Cette formule complémentaire (« Zusatzformel » : cf. Chr. Marek, Proxenie [supra, n. 8], p. 142 sqq.)
se retrouve telle quelle, en particulier avec le verbe ύπάρχειν (ούπαρχέμεν) dans les proxénies contemporaines de la
Béotie orientale : cf. D. Knoepfler, dans Studien... Lauffer (supra, n. 15), p. 629.
(21) Pour le sens de la restriction μεθ' ιερά καΐ τά 'Ρωμαίων, cf. L. Robert, art. cit. n. 9, p. 45 et n. 6. Il est
pour ainsi dire assuré que ces mots figuraient également dans les décrets de Chalcis qui octroient la prosodos
(comme l'admet implicitement Chr. Marek, Proxenie, p. 90). Pour l'intérêt chronologique de cette référence
aux «affaires des Romains», voir ci-dessous.
(22) C'est ainsi que dans la formule de sanction de quelques décrets d'Oropos vers 338 (notamment IG
VII, 4250-4251 =Sy//.8 258; un exemple aussi, à la même date, à Érétrie : voir mes Décrets érétriens) on a, au
lieu de l'habituel τώι δήμωι, le beaucoup plus rare τηι εκκλησίαι (cf. L. Robert, Hellenica V [1948], p. 8 et n. 3, à
propos du décret dorien trouvé à Délos, qui s'est avéré depuis émaner de Corinthe [SEG XXX, 990], et aussi
A. J. Graham, JHS 80 [1960], p. 104-105, à propos du Serment des fondateurs de Cyrène [Meiggs-Lewis,
SGHI 5, 1. 23 sqq.]). DENIS KNOEPFLER [BCH 114 478
ont regardé Yekklésia comme un organe spécifique du koinon eubéen88. Il en allait sans
doute de même dans le koinon des Magnètes24.
Le principal intérêt de ce petit fragment me semble néanmoins résider ailleurs. Je
le vois dans le fait qu'un décret de la Confédération et qu'un décret de Chalcis aient
été gravés pour ainsi dire côte à côte sur le même bloc. On n'a rien de tel, en effet,
sur la pierre portant l'autre décret fédéral (IG XII 9, 898), même s'il s'agit, dans ce
cas aussi, d'un grand bloc et non pas, comme on le dit parfois25, d'une «stèle». Jusqu'ici
il était donc loisible de supposer que la Confédération disposait, à Chalcis, d'un sanctuaire
(ou du moins d'un emplacement quelconque) réservé à l'exposition des actes qu'elle
promulguait. Force est d'admettre aujourd'hui qu'elle se contentait de les faire graver,
à moindres frais, sur des monuments de la ville, sans doute en bordure de l'agora2·.
Cette cohabitation — si l'on peut dire — de décrets fédéraux et de décrets municipaux
ne laisse pas, à la réflexion, d'être remarquable. Dans la plupart des Confédérations
hellénistiques, en effet, la situation est toute différente : que l'on songe, pour prendre
l'exemple géographiquement le plus proche, au koinon béotien, avec son sanctuaire
(23) Voir W. P. Wallace et J. A. O. Larsen, locc. cill. n. 8. Sauf erreur de ma part, O. Picard, Chalcis
(supra, n. 9), ne relève pas ce point dans ses pages sur «la cité et la Confédération au ne et au Ier siècle»
(p. 297 sqq.). Dans la Béotie voisine, l'Assemblée fédérale (sur laquelle cf. P. Roesch, Thespies et la
Confédération béotienne [1965], p. 124 sqq.) paraît s'être toujours appelée δαμος/δήμος au témoignage de
nombreux décrets du ive au IIe s. av. J.-C. Mais par ailleurs le terme εκκλησία n'est pas étranger, on le sait, au
vocabulaire des institutions fédérales : outre l'usage qu'en font Polybe et d'autres auteurs pour désigner
l'Assemblée de diverses confédérations — achéenne et étolienne principalement — , il y a çà et là des
attestations épigraphiques (cf. A. Giovannini, op. cit. n. 15, p. 25 sqq. ; pour la Magnésie, voir la n. suivante).
(24) II est vrai que le terme semble à première vue s'appliquer aussi bien à l'Assemblée de la
Confédération (références essentielles chez G. Busolt-H. Swoboda, Gr. Staatskunde II [1926], p. 1492 n. 6; cf.
aussi le décret Nouveau choix d'inscr. gr. [1979], 3) qu'à celle de la polis de Démétrias (aux références de Busolt-
Swoboda, loc. cit., ajouter notamment BCH 74 [1950], p. 33 sqq., et 95 [1971], p. 543 sqq.). C'est ce qui avait
conduit M. Holleaux à penser que l'on n'avait affaire qu'à une seule et même ekklésia, celle de Démétrias
(mémoire inédit: cf. Études I, p. 254 et n. 3; G. Fougères, DA III [1899], s.v. «Koinon», p. 837-838;
H. Francotte, La polis grecque [1907], p. 172 sqq.). Cette opinion a été réfutée par G. Kip, Thessalische Studien
(Diss. Halle, 1910), p. 89 sqq. De fait, on ne peut contester qu'il ait existé formellement deux Assemblées, celle
de la Confédération portant toujours le nom d'èκκλησία et celle de la cité pouvant s'appeler tantôt δήμος, tantôt
εκκλησία, et cela dans la même inscription (ainsi le célèbre décret sur l'oracle d'Apollon Koropaios, Syll.3 1157,
1. 17, 77 et 89 ; cf. aussi IG V 2, 367 II, 1. 14 et 26). Mais il parait légitime de se demander si, dans la pratique, la
distinction était bien réelle (d'où peut-être le flottement que l'on observe dans la désignation de l'Assemblée
«municipale»). Voir J. Touloumakos, Der Einfluss Roms auf die Staatsform der gr. Stadtstaaten des Festlandes
und der Insein im ersten und zweiten Jhdt v. Chr. (Diss. Gôttingen, 1967), p. 74 : «Es wâre nicht undenkbar, dass
die Ekklesie des Bundes im Grunde identisch mit der Volksversammlung von Demetrias war und dass sie ihre
Existenz nicht einem starken Bundeswillen, sondern der Pràdominanz von zu verdanken hatte».
Cette remarque pourrait être assez aisément appliquée, mutalis mulandis, à la situation de Chalcis face au
koinon eubéen du ne siècle.
(25) Ainsi O. Picard, Chalcis, p. 298. On ne peut dire non plus que «le haut de la pierre est cassé» (ibid.),
car le lit d'attente du bloc est au contraire parfaitement conservé : les amputations de l'inscription sont dues à
une épaufrure en haut à gauche (début de la 1. 1) et à l'usure de la surface à droite.
(26) Car c'est sur l'agora que se trouvait, au témoignage de IG XII 9, 900 Ac, 1. 10, l'exèdre des proxènes
de la cité : cf. S. C. Bakhuizen, Studies in the Topography of Chalcis in Euboea, Chalc. Studies 1 (1975), p. 84-86
et fig. 55; pour l'emplacement de l'agora, voir déjà A. A. Sampson, Συμβολή στή τοπογραφία της αρχαίας Χαλκίδος
(1976), ρ. 26, qui semble vouloir distinguer — mais sans raison suffisante, je crois — l'agora mentionnée par
Hérakleidès à proximité du port (I 28-29), et qui aurait été toute proche de l'Euripe, de celle qu'il faut placer
dans la baie de A. Stéphanos, site de la ville hellénistique encore (cf. BCH 101 [1977], p. 308 et n. 53 ;
O. Picard, Chalcis, p. 253-254). CONTRIBUTIONS À L''ÉPIGRAPHIE DE CHALCIS 479 1990]
d'Onchestos et aussi l'Itônion de Coronée, où n'étaient exposés que des documents
fédéraux27; il est vrai qu'à l'Amphiaraion d'Oropos on a aussi cette coexistence, dans
un seul et même lieu — sinon sur les mêmes pierres28 — , d'inscriptions fédérales et
municipales ; mais il s'agit là d'un cas sui generis, puisque ce sanctuaire marginal,
propriété d'une cité d'importance secondaire, ne dut qu'à sa position aux frontières de
l'Attique et de l'Eubée d'avoir une fonction d'épiphanestatos topos de la Confédération
béotienne. En fait, si l'on cherche des parallèles exacts, on n'en voit guère qu'un seul,
du moins en Grèce propre : c'est ici encore la Magnésie, dont la ville principale,
Démétrias, abritait aussi bien les organes de la cité que ceux du koinon, et où l'on a
trouvé naguère une pierre portant des «actes officiels de ces deux corps politiques»2·,
exactement comme à Chalcis.
Or, on sait combien furent similaires les vicissitudes des deux villes, l'une et l'autre
forcées, sous les Antigonides, de jouer le rôle d'«entraves de la Grèce» (Polybe, XVIII 11)
— ce qui leur valut du reste une grande prospérité — , l'une et l'autre libérées par les
Romains en 196 et promues peu après, grâce à Flamininus, au rang de «capitale» d'une
Confédération30, l'une et l'autre prises, en 192, par les Étoliens (Démétrias) ou
Antiochos III (Chalcis) avant de retomber toutes deux, dès 191, au pouvoir des Romains
(qui ne leur réservèrent certes pas le même traitement, la Magnésie seule faisant retour à
Philippe V), l'une et l'autre, enfin, mêlées de très près à la guerre contre Persée de 171 à
(27) Voir P. Roesch, Études (supra, n. 15), p. 265 sqq. et notamment 268 : «parmi les quarante-neuf
décrets fédéraux postérieurs à 338, vingt-trois ont été gravés au sanctuaire d'Amphiaraos, vingt-deux au
sanctuaire d'Athéna Itonia à Coronée, deux dans le sanctuaire de Poséidon à Onchestos» (on dira 21 à l'Itônion
et 3 à Onchestos, si l'on accepte mes conclusions — inconnues de l'auteur — relatives au décret ArchEph [1909],
col. 55-56, trouvé à Haliarte : cf. Mélanges P. Collart [1976], p. 272).
(28) Très généralement, en effet, les décrets fédéraux ne sont pas gravés sur les mêmes monuments que les
décrets d'Oropos (bien que ceux-ci portent souvent la mention de l'éponyme fédéral) : cf. par exemple SEG XV,
282 + 284, se distinguant des ensembles 274-279 + 285 et 268-270 + 289.
(29) J. Pouilloux-N. M. Verdélis, BCH 74 (1950), p. 41, publiant ce bloc du Musée de Volo où sont
disposés l'un en dessous de l'autre un décret de Démétrias dont le début est perdu et un décret du koinon des
Magnètes amputé à la fin (p. 33-42; SEG XII, 306, qui donne à tort les deux décrets comme émanant du
«populus Demetriensium », d'où l'attribution erronée du second à Démétrias chez Chr. Marek, op. cit. n. 8,
p. 60; pour ce décret, cf. maintenant SEG XXXII, 613, et infra, n. 32). En fait, on avait déjà un tel bloc
composite, car IG IX 2, 1105, ne saurait être attribuée globalement, comme on le faisait autrefois, soit au
koinon (par exemple dans les IG) soit à la cité (ainsi dans Syll.3 1157, n. 9; cf. aussi Busolt-Swoboda, loc. cit.
n. 24) : le décret II est clairement fédéral (cf. E. Meyer, op. cit. n. 31, p. 201 n. 5, point b, qui avait vu juste
pour tout l'essentiel ; Br. Helly, BCH 95 [1971], p. 557 et n. 55) et doit être distingué — contrairement à ce que
font Pouilloux - Verdélis, de même encore que Chr. Habicht, art. cit. n. 32, p. 385 et n. 30 — du n° III pour un
Romain, qui émane d'une cité (très probablement celle de Démétrias, malgré les doutes émis par F. Stâhlin
notamment : cf. Meyer et Habicht, locc. cilt). L'hésitation n'est permise que pour le n° I, décret pour un (ou
des) citoyen(s) de Kanai(?) en Éolide : L. Robert, Villes d'Asie Mineure* (1962), p. 18 n. 2, le cite comme un
«décret de Démétrias», alors qu'il faut y voir sans doute plutôt un acte du koinon (cf. e.g. H. Swoboda, op. cit.
n. 8, p. 431 avec les notes; surtout Habicht, art. cit., p. 386 et n. 32).
(30) La contemporanéité des deux créations ressort bien de Tite-Live (XXXIV 51) et de Plutarque
(Flam. 12). Elle a été notée par quelques historiens modernes, en particulier B. Niese, Gesch. d. gr. und maked.
Staaten II (1899), p. 653 (à propos des événements de 196) : «Den Magneten ward das Feste Démétrias als
Mittelpunkt ûbergeben, und dadurch erhielten sie eine gewisse Bedeutung. Ebenso wurde die Stâdte Euboias
(...) zu einem neuen Gemeinwesen zusammengelegt» (avec renvoi au décret BCH 16 [1892], p. 97 sqq. = IG XII
9, 898). Cf. aussi — outre O. Picard, Chalcis, p. 288 — M. Holleaux, Borne et la conquête de l'Orient = Études
V, p. 380 (= Cambridge Ancient History VIII [1930], p. 392), et tout récemment J.-L. Ferrary, Philhellénisme
et impérialisme (1988), p. 105. 480 DENIS KNOEPFLER [BCH 114
Fig. 2. — Décret inédit de la Confédération eubéenne.
167, au terme de laquelle les deux koina furent sans doute aussitôt restaurés sous une
autre forme31. Après cette date encore, d'ailleurs, les relations entre Démétrias et Chalcis
durent rester étroites, comme le fait voir un décret des Magnètes récemment découvert à
Thèbes de Phthiotide, mais jadis exposé à Démétrias, avec une copie envoyée aux
autorités de Chalcis82; et l'on n'oubliera pas l'intéressant témoignage que constitue
(31) C'est alors que commence réellement l'histoire du koinon des Magnètes tel qu'on le connaît par les
inscriptions (cf. E. Meyer, dans Stâhlin - Meyer- Heidner, Pagasai und Démétrias [1934], p. 201 et n. 5). Pour
la Confédération eubéenne, voir ci-après.
(32) PraktArchEl (1978) [1980], p. 37-39 et pi. 32 a (SEG XXX, 533 ; présenté là comme décret de Thèbes),
document dont l'étude a été reprise par Chr. Habicht dans Praestani interna. Festschrift fur U. Hausmann
(1982), p. 384-387 (cf. J. et L. Robert, BullÉpigr [1983], 243 ; SEG XXXII, 613). Le décret, qui est exactement
contemporain de celui des Magnètes pour un citoyen de Calydon publié par Pouilloux- Verdélis (cf. supra,
n. 29) et devait avoir été exposé sur le même bâtiment de l'agora, honore un Chalcidien, "Ιππαρχος Εύρυνόμου
(voir Habicht pour les relations familiales) : au début de la colonne B, on lit : [άποσταλήναι (Robert, πέμψαι CONTRIBUTIONS À L''ÉPIGRAPHIE DE CHALCIS 481 1990]
depuis longtemps l'une des inscriptions magnètes trouvées à Kleitor, qui donne ordre aux
magistrats fédéraux de reconduire les juges péloponnésiens de Démétrias à Chalcis83.
Bref, il n'est point surprenant, on en conviendra, d'observer des traits communs dans les
institutions de ces deux États fédéraux nés au même moment (même si leur histoire n'a
pas été en tous points identique) : c'est en particulier dans la place, centrale et
prépondérante, qu'occupe la ville capitale chez les Magnètes comme chez les Eubéens que
se manifeste la plus incontestable ressemblance.
Très différentes, de prime abord, semblent être en revanche les deux constitutions en
ce qui regarde la magistrature : alors que l'on trouve, chez les Magnètes, toute une série
de magistrats fédéraux (ot κοινοί άρχοντες) bien distincts de ceux de la cité (οί κατά πόλιν
στρατηγοί par exemple)34, on n'a apparemment rien de tel en Eubée, puisque le seul
magistrat qui figure dans les actes fédéraux, à savoir ïhégémôn, ne fait évidemment qu'un
avec l'éponyme des décrets municipaux et a donc toutes chances, ainsi que l'a bien
marqué en dernier lieu 0. Picard35, d'être un magistrat de la cité. Est-ce à dire que la
Confédération eubéenne reconstituée sous le protectorat romain n'ait été qu'une ligue de
cités indépendantes (comme cela avait été le cas durant les brèves périodes où,
précédemment, un koinon avait existé en Eubée), qu'une confédération à la Cretoise en
quelque sorte, «sans organe exécutif central»36 et où, à défaut de magistrat fédéral, un
éponyme local (en Crète le protokosmos de Gortyne ou de Cnossos37) datait les rares
Habicht, qui a restitué de façon hypothétique mais vraisemblable la phrase liant A et Β) άντί]γραφον προς τους
των Χαλκιδέ[ω]ν στρατηγούς και τήν πόλιν. C'est une nouvelle attestation des stratèges pour cette cité (cf.
O. Picard, Chalcis, p. 275 et 298, où l'on ajoutera la mention qui en est faite dans le décret pour des juges de
Kos, document inédit mais analysé dans IG XII SuppL, p. 202, 32 sqq.).
(33). IG V 2, 367, 1. 18-19 (cf. M. Holleaux, Études I, p. 253) : [καΐ προνοηθηναι τους κοινούς &ρχον]τας της
ά[ναγωγ- vel -κομιδ]ής αύτ]ών έως Χαλ[κίδος]. Ce témoignage jusqu'ici négligé par les historiens de l'Èubée est
allégué aussi par Chr. Habicht, loc. cit. n. 32, p. 387.
(34) Sur ces magistratures, voir les travaux cités en n. 24. L'éponyme de la Confédération est le στρατηγός
(των) Μαγνητών, du moins à partir de 167 (car à l'origine, entre 194 et 191, le koinon avait à sa tête un
Magnetarches : cf. Liv., XXXV 3, 1 1 ; 39, 6 ; 43, 5), tandis que l'éponymie municipale est assumée par le prêtre
de Zeus Akraios.
(35) Chalcis, p. 298 et n. 1, où l'auteur renvoie in fine à mes remarques provisoires dans BCH 101 (1977),
p. 303 (cf. aussi 103 [1979], p. 169 n. 17, pour l'expression d'une réserve sur la façon dont la question a été
présentée par P.). Dès avant la publication de cette thèse, cependant, je notais que la différence — dont,
apparemment, mon camarade et ami veut tirer un argument en faveur de notre commune opinion — entre le
décret du koinon et ceux de la cité en ce qui regarde la place réservée à la mention de Vhégémôn n'est sans doute
pas significative, puisque l'on peut admettre que dans un document municipal au moins (IG XII 9, 904) cette
mention venait à la fin, exactement comme dans le décret fédéral n° 898 (auquel s'ajoute maintenant, selon
toute probabilité, le fragment publié ici même). Ce qui est sûr, c'est qu'on ne saurait imaginer que la mention
d'un autre éponyme, fédéral celui-là, ait pu figurer en tête des actes émanant du koinon : dans la lacune au
début du n° 898, il n'y a place que pour la formule de proposition, avec εΐπεν (ou είπαν), car on a vu (supra, n. 25)
que la pierre n'était nullement brisée en haut. — Pour le pseudo-stratège éponyme, cf. infra, n. 46.
(36) H. van Effenterre, La Crète et le monde grec de Platon à Polybe (1948), p. 149, qui, sur ce point,
s'accorde avec M. Van der Mijnsbrugge, The Cretan Koinon (1931), p. 33 n. 2 (pas de politeia fédérale). Cf.
également V. Ehrenberg, L'État grec (supra, n. 15), p. 212 (= 153), et A. Giovannini, op. cit. n. 15, p. 42; il
est intéressant de voir cet auteur rapprocher le koinon crétois du koinon eubéen antérieur à l'époque romaine,
l'un et l'autre «allem Anschein nach keine bundestaatlichen Sympolitien, sondern Staatenbûnde ».
(37) Voir en particulier R. F. Willets, Kadmos 14 (1975), p. 143-148 (dont les conclusions sont
reproduites chez E. Will, BH 257 [1977], p. 396 n. 3) ; du même, The Civilisation of Ancient Crète (1977), p. 180.
— En revanche, P. Brûlé, La piraterie Cretoise hellénistique (1978), p. 100-101, semble admettre l'existence de
magistrats fédéraux sur la base de Polybe, XXIX 11 (cf. p. 61); mais il n'est là question que des πάντες
Κρηταιεϊς.

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