Études sur les fortifications de l'Inde II. Les monts fortifiés du Maisur méridional (IIe partie) : catalogue des sites fortifiés - article ; n°1 ; vol.82, pg 231-262

De
Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient - Année 1995 - Volume 82 - Numéro 1 - Pages 231-262
32 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1995
Lecture(s) : 204
Nombre de pages : 33
Voir plus Voir moins

Jean Deloche
Études sur les fortifications de l'Inde II. Les monts fortifiés du
Maisur méridional (IIe partie) : catalogue des sites fortifiés
In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 82, 1995. pp. 231-262.
Citer ce document / Cite this document :
Deloche Jean. Études sur les fortifications de l'Inde II. Les monts fortifiés du Maisur méridional (IIe partie) : catalogue des sites
fortifiés. In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 82, 1995. pp. 231-262.
doi : 10.3406/befeo.1995.2303
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/befeo_0336-1519_1995_num_82_1_2303Études sur les fortifications de l'Inde
IL Les monts fortifiés du Maisur méridional
(Ile partie)*
Jean Deloche
Catalogue des sites fortifiés
I. Pays Tamoul
1. Anchetidurgam (talukHosur, district Dharmapurï)
À environ 4 km au sud-est de Kelamangalam, accessible par un mauvais chemin de terre,
la montagne ď Anche ttidurgam s'élève à 973 m, tout près de la voie reliant Rayakottai à
Hosur. Son côté sud (pi. II, 1) offre une paroi abrupte inapprochable. Sur sa face nord, vue du
marécage situé à l'est du village, elle se présente comme un gros mamelon rocheux sur les
flancs duquel se dressent des éboulis pouvant avoir dix mètres de haut. La gravure d'Allan (pi
XXXIV, 95) nous montre au moins trois enceintes, flanquées de tours quadrangulaires, qui se
succèdent à travers des blocs de pierre. Les gens du village soutiennent qu'à l'époque de
Haidar Ali et de Tipu Sultan, il y en avait sept, en y comprenant le mur de terre entourant le
pettah, et que c'était un ouvrage de défense formidable, gardant l'accès du plateau. D'après un
témoignage de la fin du xvnie siècle, il semblerait que le troisième rempart était si bien conçu
que «cinq vieilles femmes avec des morceaux de brique auraient pu, à cet endroit, braver lord
Cornwallis lui-même ! »
Aujourd'hui, il ne reste que des fragments de ces ouvrages de défense : de mauvais murs,
faits de pierres irrégulières grossièrement assemblées, recouvrant une levée de terre de 2,5 m
d'épaisseur, au milieu de figuiers de barbarie et d'aloès. Au sommet se trouvent deux temples,
l'un dédié à Išvara, l'autre à Munïsvara et un réservoir d'eau dans une dépression naturelle.
On ne sait rien de l'histoire de ce site avant les guerres du Maisur de la fin du xvine siècle.
Le fort fut pris par les Anglais deux fois. Une première, le 18 juillet 1791, lorsqu'il se rendit
au major Gowdie ; une seconde, le 5 mars 1791, quand il succomba aux forces du major John
Cuppage. Il fut ensuite abandonné et démantelé par les paysans du village.
Réf. : Asiatic Quarterly Review, July 1912, 132-135 ; A. Beatson, A View of the Origin and
Conduct of the War with Tippoo Sulltaun, 55 ; major Dirom, A Narrative of the Campaign in
India, 35 ; FJ. Richards, M.D.G., Salem, vol. I, part I, 9, 75, 86, 88, part II, 111, 115-116, 154;
* On trouvera la première partie de cet article dans le Bulletin de l'École française d'Extrême-
Orient, tome 81, 1994, p. 219-266. 232 Les fortifications de l'Inde JEAN DELOCHE
M. Wilks, Historical Sketches of the South of India, vol. I, 474-475 ; W.J. Wilson, History of the
Madras Army, Madras, vol. II, 209-10.
Illustrations : gravure dans A. Allan, Views in the Mysore Country ; n° IV, « Anchitty-Droog ». À
Г India Office Library on trouvera une aquarelle du même auteur, réalisée entre 1790 et 1792,
View of Anchittidrug (n° 107) ; deux dessins à la plume de la collection Mackenzie (n° 757 (27)
et n° 784 (54) (voir M. Archer, British Drawings in the India Office Library, 94, 510, 513).
2. Chendrayadurgam (taluk Krishnagiri, district Dharmapuri)
Le fort de est situé à environ 1,5 km de Nammandahalli, à l'extrémité
occidentale du taluk de Krishnagiri, dans une région aujourd'hui d'approche difficile. Allan
(pi. XXXIV, 96) nous montre dans sa gravure une masse rocheuse trapue, abrupte et lisse,
couronnée d'ouvrages quadrangulaires, avec de gros blocs de pierre sur les mamelons qui
l'entourent. Il nous précise que le fort était «petit mais puissant» et qu'il contrôlait la circula
tion empruntant la passe de Palakkodu à l'est ainsi que celle de la vallée de la Sanatku-
maranadi à l'ouest. Manifestement, c'était un point stratégique d'importance au moment des
guerres du Maisur.
Il reste au sommet, qui a 676 m d'altitude, des ruines de remparts mais, au pied, le pettah
a été abandonné par ses habitants.
Comme pour le précédent, on ne sait rien de son histoire, sauf qu'il se rendit au major
Gowdie le 23 juillet 1791, un jour après la capitulation de Rayakottai.
Réf. : major Dirom, Л Narrative of the Campaigns in India, 35 ; F.J. Richards, M.D.G., Salem, vol.
I, part I, 86, 87 n. 2, part II, 170 ; Supplementary Despatches of the Duke of Wellington, 1858, vol.
I, 55-67.
Illustration : gravure dans A. Allan, Views in Mysore Country, n° VIII, « Chinroyen-Droog».
3. Gaganagiri (taluk Krishnagiri, district Dharmapuri)
À mi-distance entre Jagadevidurgam et Tattakkaldurgam, Gaganagiri, «montagne du
ciel», appelée plus communément Periyamalai, «grande montagne», avec ses 1 044 m d'alti
tude, est le point culminant parmi les reliefs qui parsèment le bassin des Baramahals (pi. II, 2).
Au nord et au sud, il offre à la vue un pain de sucre parfait alors que du côté nord-nord-ouest
comme au sud-sud-ouest, sa base s'étire en une série de bosses rocheuses.
L'ascension de la montagne se fait à partir du village de Baleguli, en contournant la mont
agne par le nord-ouest. Jusqu'au temple de Ranganâtha, à mi-distance, on suit un chemin
grossièrement pavé, puis, en bifurquant vers le sud, on atteint une plate-forme appelée sandai-
pettah (place de marché). De là, il faut escalader une pente lisse qui mène au sommet protégé
-à cet endroit, le seul vulnérable - par un rempart solide et bien conservé; il semble qu'autre
fois il devait exister des marches entre la plate-forme et la porte du fort.
Au sommet, se trouvent des terrasses dont la base est protégée par un bon revêtement de
pierre, des débris de tuiles et de briques et les ruines de plusieurs bâtiments. À l'extrémité
méridionale est un temple dédié à Ràmasvamï au-dessous duquel est un petit réservoir d'eau
carré, creusé dans le roc et barré du côté du vide par un mur de pierre et de brique.
Sur ce nid d'aigle impressionnant et imprenable, il n'existe malheureusement ni traditions
ni inscriptions susceptibles de nous éclairer sur son passé.
Réf. : la seule description du site se trouve dans F. J. Richards, M.D.G., Salem, vol. I, part II, 165-
166.
4. Hudedurgam (talukHosur, district Dharmapuri)
Situé dans un massif d'inselbergs où s'agrippe une forêt rabougrie, à environ 5 km au sud
de Nagamangalam, Hudedurgam (973 m d'altitude), se présente, dans la gravure d'Allan (pi
XXXV, 97), comme une sorte de coupole tronquée, à large plate-forme sommitale, bordée de
deux enceintes. monts fortifiés du Maisur méridional Les 233
pi XXXIV
Illustration non autorisée à la diffusion
95. - Anchettidurgam : vue du NE (A. Allan, Views).
Illustration non autorisée à la diffusion
96. - Chendrayadurgam (A. Allan, Views). 234 Les fortifications de VInde Jean Deloche
Son rôle principal était de surveiller, au sud-ouest, les approches de la gorge de la
Sanatkumaranadi et, au nord, la route menant au plateau.
L'accès du fort est aisé, car le sentier est en partie pavé. À mi-distance, se dresse une paroi
abrupte accessible par des marches qui traversent les deux remparts par une porte. Au sommet
se trouve un sanctuaire dédié à Hanumàn et la partie la plus haute est couronnée d'un gopura.
Une série de réservoirs à eau coupent en deux cette surface où l'on voit encore les fondations
de plusieurs bâtiments. Les remparts, de facture médiocre, ne paraissent pas anciens.
Tipu Sultan y détacha, au début de la troisième guerre du Maisur, une forte garnison, qui
capitula devant un détachement de lord Comwallis le 22 juillet 1791 ; restitué à son souverain
par le traité de paix qui suivit, le fort se rendit sans résistance au lieutenant-colonel Oliver,
après la reprise des hostilités, le 7 mars 1799.
Le village au pied de la montagne fut alors abandonné par ses habitants ; son emplacement
est encore marqué par des tuiles, briques, des restes de puits, avec un mur et une porte.
Réf. : major Dirom, A Narrative of the Campaign in India, 35 ; A. Beatson, A View of the Origin
and Conduct of the War with Tippoo Sultaun, 55 ; FJ. Richards, M.D.G. Salem, vol. I, part I, 86,
88, part II, 111, 139-140 ; W.J. Wilson, History of the Madras Army, vol. II, 209-10.
Illustrations : gravures dans A. Allan, Views in the Mysore Country, n° VII, « Woodia-Droog » ;
J. Hunter, Picturesque Scenery in the Kingdom of Mysore, n°34, «Ourry Durgam». À l'India
Office Library on trouvera un dessin au trait de T. et W. Danieli (n° 225), « Oorin Durgum » (voir
M. Archer, British Drawings in the India Office Library, vol. II, 589).
5. Jagadevidurgam (taluk Krishnagiri, district Dharmapuri)
Le massif de Jagadevipalaiyam, à 10 km au sud-est de Krishnagiri, se distingue par deux
sommets bien marqués séparés par une arête aboutissant à un mamelon rocheux. Celui qui
domine le village, appelé Jagadevidurgam, s'élève à 809 m, l'autre, nommé Kevalgadai, au
sud-ouest, un peu moins haut, a 707 m d'altitude (pi II, 3) ; entre les deux, l'arête, connue
sous le nom de Nadubola, forme une sorte de dos de baleine à une altitude moindre. Les flancs
de ces reliefs sont encombrés d'éboulis auxquels s'agrippe une forêt d'anones; au sud et à
l'est, ils présentent des parois verticales complètement inaccessibles.
Les Danieli ont dessiné (pi XXXV, 98) les deux sommets couronnés d'enceintes du côté le
plus abrupt, le 15 mai 1792, et donnent à Kevalgadai le nom de « Warrangur ».
Ce dernier était solidement fortifié; et il reste aujourd'hui une partie de l'enceinte avec ses
tours quadrangulaires et un cavalier circulaire destiné à l'artillerie. Sur l'arête intermédiaire,
ruinée par endroits, s'étire un mur en bel appareil d'environ 3 m de haut, dont la partie
supérieure a disparu. ; il reste les ruines d'un bâtiment en pierre de forme carrée.
Sur le flanc nord de Jagadevidurgam, on trouve, au pied de l'enceinte sommitale, une
dépression naturelle bordée d'un mur vers l'aval qui servait de réservoir d'eau. L'entrée étroite
est flanquée de deux tours demi-circulaires de très bel appareil, sans mortier, avec des pierres
presque carrées (50 x 50 cm) (pi. XVI, 42). Ces deux ouvrages ont chacun à leur base une
niche contenant un bas-relief qui représente, d'une part, Ganeša (pi. VIII, 17), de l'autre
Hanumàn (pi. IX, 21). Puis se succèdent trois portes du type mandapa. Juste en face du village
de Jagadevipalaiyam, est une tour demi-circulaire en pierre, de 4 m de diamètre, surmonté
d'un mur de brique percé de meurtrières (pi XI, 28) ; au-dessus, sur un énorme bloc de granite
qui est le point culminant, se trouve un cavalier circulaire de 15 m de diamètre, entouré d'un
parapet muni de larges embrasures ; en son centre est une pierre dont la cavité centrale est
destinée au pivot d'un canon (pi XII, 29, XVIII, 49). À l'est, dans une anfractuosité, est un
réservoir d'eau recouvert de lotus (pi XXX, 82) ; en continuant vers le sud-est, une sorte de
gros mamelon s'étire en contrebas, sur lequel est un bâtiment en pierre ruiné; puis, plus bas,
une surface plane avec un grand étang dans une dépression ; sur les parois lisses du rocher, des
marches ont été creusées (pi XXXIII, 92). On suit alors, au sud et à l'ouest, l'enceinte de bel
appareil (pi XIV, 36) qui a 1 m d'épaisseur et une hauteur d'environ 7 à 8 m et même 10 m
près des tours de l'entrée. Les monté fortifiés duMaisur méridional 235
pi XXXV
Illustration non autorisée à la diffusion
97. - Hudedurgam (A. Allan, Views).
Illustration non autorisée à la diffusion
98. - Jagadevidurgam : vue de ГО (Т. Danieli, Oriental Scenery). 236 Les fortifications de l'Inde Jean Deloche
Selon des traditions locales, le fort aurait été construit au temps d'un certain Krishna
Raya ; d'après d'autres récits, Jagadeva Raya à qui furent remis en 1578 les Baramahals, vint
d'abord s'installer à cet endroit; au xvne siècle, puis ses descendants choisirent Rayakottai
comme capitale, durant deux générations et, à la troisième, revinrent à Jagadevi où ils
régnèrent jusqu'à la prise des Barahmahals par les armées de Bijapur en 1664. Le fait d'avoir
été pour un temps une capitale régionale explique l'importance des fortifications sur ce massif.
Réf. : F. J. Richards, M.D.G. Salem, vol. I, part 1, 13, part II, 166-70.
Illustrations: gravures dans T. et W. Danieli, Oriental Scenery, part III, 11, «Jag Deo & War-
rangur » ; L.M. Langlès, Monuments anciens et modernes de l'Indoustan, t. H, 42, pi. 20 et 21
(d'après les Danieli), «Djag-Déo et Warangor».
6. Krishnagiridurgam (taluk du même nom, district Dharmapuri)
Le bassin de Krishnagiri est semé de grosses buttes en forme d'îlots dont les parois verti
cales se dressent sans transition au-dessus des surfaces planes, recouvertes par endroits de
grands étangs ou eri. La masse gneissique, de 735 m d'altitude, qui domine au nord la ville
actuelle (pi. III, 4, fig. 1), la seule qui soit fortifiée, tranche par la raideur de ses pentes sauf à
l'ouest où elle forme une sorte de croupe recouverte de pierrailles éclatées. Ses flancs sont
encombrés d'éboulis et son sommet bordé d'énormes blocs bizarrement découpés qui se
présentent en saillie sur le vide.
Allan (pi. XXXVI, 99) nous montre sa face sud, avec le vieux pettah du XVIIIe siècle,
entouré d'une enceinte rectangulaire qui a disparu (il est aujourd'hui peuplé de musulmans).
500 1000 m
Fig. 1. - Croquis de Krishnagiridurgam (d'après des relevés de l'auteur).
La montée se fait par là, dans un amoncellement de cailloux (pi. XXXII, 87, 88), où l'on
trouve sculptés Ganeša et Hanuman (pi. IX, 20). À l'arrivée au sommet, il faut passer entre des
blocs de rocher garnis d'une tour demi-circulaire (pi XVI, 41). En direction de l'ouest, puis du monts fortifiés du Maisur méridional Les 237
pi XXXVI
Illustration non autorisée à la diffusion
99. - Krishnagiridurgam : vue du SE (A. Allan, Views).
Illustration non autorisée à la diffusion
100. - Nilagiridurgam : vue du SE (A. Allan, Views). 238 Les fortifications de l'Inde Jean Deloche
sud au nord, on suit les restes d'une enceinte flanquée aussi de tours demi-circulaires de
pierres en bel appareil, sans mortier de chaux, surmontées d'un parapet en brique ou en granite
de 110 cm de haut et de 250 cm d'épaisseur, percé de larges embrasures de 70 cm et dont le
diamètre varie entre 9 et 13 m (pi. XI, 26, 27). Sur la base en pierre de la troisième, on
distingue de bas en haut deux sortes de revêtement (pi. XI, 26), ce qui montre qu'elle a été
réparée. Les courtines ont la même structure : un mur de pierre surmonté d'un parapet de
brique ou de granite et elles sont bordées d'un chemin de ronde de 5 m de large (pi XVIII, 48).
À l'extrémité nord-ouest, le rempart, doublé d'un mur protecteur établi en contrebas, au bout
d'une surface en pente douce, se poursuit vers l'est, jusqu'à une tour demi-circulaire. Il
reprend à un niveau inférieur, du côté nord-est, et s'étire l'escarpement oriental, où il
disparaît. On le retrouve moins épais (1 m seulement), au sud, où il dessine une ligne presque
rectiligne. Le point culminant, au sud-est, est couronné d'un cavalier, ouvrage en terre-plein
circulaire de plus de 10 m de diamètre, ayant un parapet de 1,50 m d'épaisseur et percé
d'embrasures de 70 cm.
La partie sommitale relativement plane est recouverte d'un amas de boules plus ou moins
régulières, et, au sud, d'un chaos de blocs entassés. Les anfractuosités du rocher ont été amé
nagées pour stocker l'eau, et au nord on trouve quatre grands réservoirs bordés d'un mur de
pierre ou de brique et accessibles par un escalier (pi. XVIII, XIX, 75-77).
Au centre de ce plateau sont les ruines de quelques bâtiments, dont certains sont d'anciens
тапаара aux espaces vides murés de brique (pi. XXVI, 68), ainsi qu'une structure curieuse
appelée kacerï du qila'hdâr (pi. XXVI, 69) : c'est une sorte de caverne en forme de champi
gnon ou de parapluie, bordée d'un mur en maçonnerie, au centre de laquelle on a élevé un sup
port de brique entouré d'une plate-forme en gradins, accessible par des ouvertures basses. À
l'extérieur, du côté nord, est une cour entourée d'un mur carré ; enfin, au sud-ouest, on trouve
deux tombes vénérées par les musulmans et la mosquée de Saiyid Padshah (pi XXVI, 70).
On ne sait pratiquement rien de l'histoire de la forteresse avant le milieu du xvnic siècle. Il
est manifeste que sa valeur stratégique était fondée sur sa situation à la jonction de deux voies
venant de la pédiplaine tamoule, à l'est: celle de la vallée de la Palar via Ambur, et celle de la
Ponnaiyar par Chengam, et aussi sur le contrôle qu'elle exerçait sur les routes menant au
plateau par Rayakottai à l'ouest et Budikote au nord. Pourtant, on n'en entend parler qu'à
l'époque de Haidar Ali et de Tipu Sultan.
Elle avait alors la réputation d'être imprenable. Deux fois les Britanniques essayèrent de
s'en emparer et deux fois ils échouèrent; la première, dans la nuit du 3 juin 1767, la seconde,
le 7 novembre 1791 : chaque fois, les assiégés les repoussèrent en faisant rouler sur eux de
gros blocs de rocher à partir du sommet. Elle fut cependant capturée à la fin de la première
guerre du Maisur le 2 mai 1768 et, suivant les clauses du traité de Srirangapattana du 19 mars
1792, elle fut remise aux Anglais qui en firent le quartier général des troupes des Barahmahals
en novembre 1799. Au début du XIXe siècle, une explosion de la poudrière détruisit une partie
des fortifications qui furent alors abandonnées.
Réf. : Annual Report of the Archaeological Department Southern Circle, 1920-1921, 27 ; major
Dirom, A Narrative of the Campaign in India, 57-58 ; F. J. Richards, M.D.G., Salem, vol. I, part I,
76, 80, 86-87, part II, 171-178; J. Welsh, Military Reminiscences, vol. I, 305; M. Wilks, Histo
rical Sketches of the South of India, vol. I, 566, 597, 618, 634, 667, 669, vol. II, 406-407, 496,
500-502; W. J. Wilson, History of the Madras Army, vol. I, 201.
Illustrations : gravures dans A. Allan, Views in the Mysore Country, n° XX, « Kistnagherry » ;
Hunter James, Picturesque Scenery in the Kingdom of Mysore, nos 28 et 29, «Kistnaghurry». A
Г India Office Library, on trouvera des aquarelles de Beatson Alexander dans un manuscrit inti
tulé : Geographical Observations in Mysore & the Barramaul, Madras, May 1792, p. 112, nos 22-
26, qui comprend 5 vues (faces nord, sud, est, ouest) de « Kistnagheri », November 1790 (voir
M. Archer, British Drawings in the India Office Library, vol. II, 392-393). Aux Archives du
Tamilnadu à Madras, sous le n° 208, est conservé un beau « plan of the Hill Fort of Kistnagherry
and its environs ». monts fortifiés du Maisur méridional 239 Les
7. Nilagiridurgam (talukHosur, district Dharmapuri)
À 5 km à l'est-sud-est d'Anchettidurgam, sur une surface aplanie, piquetée de chicots et
de blocs entassés, se dresse une croupe rocheuse de 933 m d'altitude (pi III, 5), faite de deux
masses accolées, encombrée d'éboulis sur ses versants, sauf au sud-est, où elle offre une sur
face lisse, comme le montre la gravure d'Allan (pi. XXXVI, 100), qui a été fortifiée pour
surveiller les voies d'accès au plateau.
Une première enceinte, dont il ne reste qu'un mauvais mur de pierres sèches, entourait le
glacis, près du pettah. Plus haut, se trouvait une seconde ligne faite de pierres irrégulières et,
au sommet, il reste les ruines d'un troisième rempart de qualité médiocre. De nos jours on
escalade la montagne principalement pour visiter son temple à Anamarâyasvâmï.
Si on en juge par ce que l'on voit aujourd'hui, on n'a pas l'impression de se trouver en
face d'un grand ouvrage militaire. Occupée par Tipu Sultan au début de la troisième guerre du
Maisur, la forteresse se rendit en juillet 1791 aux Anglais qui commencèrent à la démolir.
Rendue à son souverain au moment de la paix, elle retomba aux mains des Britanniques,
pendant la quatrième guerre, le 5 mars 1799.
Réf. : A. Beatson, A View of the Origin and Conduct of the War with Tippoo Sultaun, 55 ; major
Dirom, A Narrative of the Campaign in India, 35; F. J. Richards, M.D.G., Salem, vol. II, 154-
155 ; W. J. Wilson, History of the Madras Army, vol. II, 209-10.
Illustration : gravure dans A. Allan, Views in the Mysore Country, n° V, « Neel-Droog ».
8. Rayakottai (talukHosur, district Dharmapuri)
À 27 km à l'ouest de Krishnagiri, entre les rivières Sanatkumaranadi et Ponnaiyar, le relief
offre un ensemble de sommets individualisés, sans crêtes régulières avec des couloirs
anastomosés dans tous les sens et c'est dans le désordre de cette topographie que se dresse
l'impressionnant pain de sucre de Rayakottai (987 m) (pi III, 6) dont l'importance stratégique
fut, aux périodes de crise, considérable. Située à la jonction de deux grandes voies venant de la
plaine tamoule par Krishnagiri et Dharmapuri, sa forteresse barrait la route du plateau vers
Hosur et était considérée comme la « clef du Maisur ».
D'après les quelques documents épigraphiques que l'on a pu trouver, l'endroit était connu
sous les Banas, les Cholas et les Hoysalas. Une inscription sur roc, en kannada, trouvée à l'in
térieur du fort nous laisse supposer que l'établissement dépendait des Banas de Vanapuram,
les «gardiens des Ghats», au IXe siècle. Une autre, en tamoul, dans le temple de Laksmïnâ-
râyana, datée de 1260, prouve qu'il faisait partie des possessions du roi hoysala Virarama-
natha. Sous les souverains de Vijayanagar, il semble que, n'étant plus une place-frontière, il
n'ait plus joué le même rôle stratégique. Mais, dans la période de troubles qui suivit, il
retrouva sa fonction naturelle, puisque, vraisemblablement, ce fut la capitale de Jagadeva Raya
dès 1578, puis de sa famille pendant trois générations, avant de tomber aux mains d'un chef
marathe, puis des rajas de Maisur au milieu du XVIIe siècle. Mais c'est à l'époque de Haidar
Ali et de Tipu Sultan, parce qu'elle contrôlait toute la circulation venant de la passe de Palak-
kodu, que la forteresse prit une importance capitale dans les opérations militaires. À cause de
la forme étonnante de la montagne qu'elle ceinturait du côté sud, elle nous est bien connue,
parce qu'elle fut le sujet de prédilection des peintres et dessinateurs anglais de l'époque.
Allan (pi XXXVII, 101) et les Danieli (pi XXXVII, 102) montrent une première enceinte
au pied de la montagne, entourant le pettah, dont il reste peu de chose, alors qu'au commence
ment de ce siècle, Richards relevait plusieurs bâtiments datant des débuts de l'occupation bri
tannique. Une seconde ligne de remparts, plus haut, entourait le durgam et l'une de ses tours
est encore appelée «bastion de Salabat Khan», du nom d'un des qila'hdâr de Tipu. De cette
enceinte qui a été partiellement démolie, on peut encore voir l'entrée en brique, et certains
murs, faits de pierres irrégulières, de toutes dimensions, grossièrement assemblées (pi. XVII,
44), munis d'un chemin de ronde de 2 m de large. Puis le sentier, bien tracé et pavé (pi XXXII,
89, 90), mène sur la droite au cœur de la forteresse qui s'épanouit sur une croupe allongée, que

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.