Identité militaire et avancement au centurionat dans les castra peregrina - article ; n°1 ; vol.15, pg 343-356

De
Cahiers du Centre Gustave Glotz - Année 2004 - Volume 15 - Numéro 1 - Pages 343-356
L’épitaphe répertoriée au CIL, VI, 3328 attire l’attention par une formule originale précisant que le défunt – Marcus Orbius – est mort cinquante et un jours avant de devenir centurion. Ce document nous a paru aussi propice à une réflexion plus générale sur le sens des termes frumentarii et peregrini attribués aux soldats cantonnés dans les castra peregrina à Rome dont faisait partie Marcus Orbius et sur les étapes essentielles de l’avancement au centurionat. Les appellations frumentarii et peregrini paraissent révélatrices des processus d’identification des différents corps de troupes. Frumentarii et peregrini semble en effet s’être dééfinis dans une double opposition: d’une part face aux légionnaires des provinces qui ne recevaient pas le blé gratuit, d’autre part face aux soldats de la garnison urbaine et aux habitants de l’Vrbs qui les considéraient comme des provinciaux.
An original expression of the epitaph CIL, VI, 3328 deserves special attention: the late Marcus orbius is said to have died fifty one days before his promotion to the centurionate. So we must study the conditions of this promotion and the significance of the terms frumentarii
and peregrini given to the troops quartered in the castra peregrina at Rome where Marcus Orbius served. The origins of th titles Frumentarii and peregrini may have implied that these soldiers received free grain supply unlike legionnaries but that they were considered as provincials by the inhabitants of Rome.
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Publié le : jeudi 1 janvier 2004
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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PIERRE COSME ET PATRICE FAURE
IDENTITÉ MILITAIRE
ET AVANCEMEMENT AU CENTURIONAT
*DANS LES CASTRA PEREGRINA
Pour qui s’intéresse à la procédure de nomination au centurionat, l’inscrip-
tion CIL,VI, 3328, connue depuis longtemps mais peu étudiée jusqu’ici,
mérite un examen attentif. Cette épitaphe attire en effet l’attention par une
formule originale, précisant que le défunt — M. Orbius M[---] — est mort
cinquante et un jours avant de devenir centurion. Ce document nous a paru
aussi propice à une réflexion plus générale sur le sens des termes frumentarii et
peregrini, portés par les soldats cantonnés dans les castra peregrina, à Rome, et
dont faisait partie M. Orbius.
L’inscription se trouve aujourd’hui au musée archéologique national de
1Naples, en raison de son ancienne appartenance à la collection Borgia . Elle
2provient de Rome, mais son lieu de découverte exact est inconnu .
E. Bormann et G. Henzen l’ont intégrée dans le CILVI avec un court com-
mentaire de Th. Mommsen, mais le document avait déjà été plusieurs fois
3décrit .Très récemment, l’inscription a été incorporée, avec photographie,
4dans le catalogue des inscriptions latines du musée de Naples .
* Nous remercions vivement N. B. Rankov de nous avoir fourni les textes de deux articles
à paraître et d’avoir correspondu avec nous, ainsi que P. Le Roux, pour les discussions stimu-
lantes que nous avons échangées. Il va de soi que nous sommes seuls responsables d’éventuel-
les erreurs. Nous remercions enfin F. Zevi et la direction du musée archéologique de Naples,
qui nous ont permis d’accéder à l’inscription CIL, VI, 3328.
1 Numéro d’inventaire 2866. Sur l’histoire de cette collection épigraphique, cf.
G. Camodeca, H. Solin et alii, Catalogo delle iscrizioni latine del museo nazionale di Napoli, 1
(ILMN, 1), Naples, 2000, p. 45-54.
2 eLes premiers commentateurs, au XVIII siècle, ne donnent aucune indication sur sa prove-
nance originelle : cf. B. Passionei, Iscrizioni antiche disposte per ordine di varie classi ed illustrate con
alcune annotazioni, Lucques, 1763, p. 20, n° 16 ; S. Donato, Ad nouum thesaurum ueterum inscrip-
tionum Cl.V. Ludovici Antonii Muratorii Supplementum, 2, Lucques, 1774, p. 296, n° 3.
3 Avant le CIL, les mentions les plus importantes sont celles de G. Marini, Gli atti e monu-
menti dei fratelli arvali, 2, Rome, 1795, p. 434 (fac-similé) et notes 36, 37, 38, p. 474-476 (com-
mentaires, qui éclaircissent déjà beaucoup le sens du texte) ;Th. Mommsen, Inscriptiones regni
Neapolitani Latinae (IRNL), Leipzig, 1852, n° 6816 ; G. Fiorelli, Catalogo del museo nazionale di
Napoli. Raccolta epigrafica, II. Iscrizioni latine (CMN), Naples, 1868, n° 309. Sur les éditions anté-
rieures, cf. note précédente et CIL VI.
4 F. Nasti dans ILMN, 1, n° 78, avec photographie p. 290.
Cahiers Glotz, XV, 2004, p. 343-356344 PIERRE COSME ET PATRICE FAURE
Il s’agit d’une plaque de marbre blanc, fragmentaire, dont la partie droite est
perdue. Les dimensions de la partie conservée sont de 29 cm de haut pour
32 cm de largeur maximale. L’épaisseur de la plaque est de 3,5 cm. La partie
perdue devait représenter moins d’un tiers du monument. Les lettres de l’ins-
cription sont hautes de 1,5 à 2,2 cm selon les lignes, et l’on distingue nette-
ment les lignes de guidage utiles au travail du lapicide. Des points de sépara-
tion sont visibles entre presque tous les mots, et une palme sépare les deux
premières lettres de l’inscription. Dans l’état actuel de conservation, l’inscrip-
tion se présente ainsi :
D M
M ORBIVS M F AQVIS M[---]
SEX OPTIO MIL PEREGR M[---]
4 NIS XVII VIX AN XXXV RE[---]
HVIC DIES LI VT FIERET 7 FEC[---]
MVAL DIONYSIVS PATRO[---]
SVETONIVS TAVR VS FR[---]
8 HER FACIEND CV[---]
VAL DIONYSIVS SIB[---]
POST[---]
L’épitaphe de M. Orbius M[---] a été gravée à l’initiative de ses héritiers,
M.Valerius Dionysius et Suetonius Taurus. La lecture des lettres conservées est
certaine, mais le texte, lacunaire, appelle des compléments et commentaires.
Le défunt s’appelle Marcus Orbius, fils de Marcus, et son cognomen com-
mence par M[---]. Le début de la ligne 3 ne peut être la fin du surnom, car il
5n’existe pas de cognomen se terminant par sex .Au contraire, ce dernier doit
être associé au mot Aquis mentionné à la ligne 2, entre la filiation et le cogno-
men. Il s’agit de la patrie du défunt: Aquis Sex(tis), c’est-à-dire Aix-en-
6Provence, en Gaule Narbonnaise . L’indication de la cité d’origine en deux
parties séparées se retrouve dans d’assez nombreux documents, datant parti-
e eculièrement de la fin du II siècle et du début du III . Selon G. Forni, cet usage
épigraphique, dont on trouve de nombreux exemples dans la garnison
7urbaine, serait lié à la perte de sens de la tribu . À sa place, et pour combler
un vide, on plaçait parfois le premier élément de la patrie, alors que le second
était rejeté derrière le cognomen. Il est impossible de restituer précisément le
cognomen de M. Orbius M[---], et la proposition de Mommsen, M[arcellus ?]
5 Cf. l’index inversé de H. Solin et O. Salomies, Repertorium nominum gentilium et cognominum
2Latinorum, Hildesheim, 1994 , p. 473 et 508. Des cognomina commencent par Sex. (cf. p. 402-
403), mais il est peu probable que le surnom de M. Orbius ait été abrégé.
6 G. Marini, Atti e monumenti, cit. supra n. 3, p. 474-475, n. 37 ; puis Th. Mommsen dans CIL,
VI, 3328. Cf. aussi H.-G. Pflaum, Les fastes de la province de Narbonnaise, Paris, 1978, p. 291. On
connaît une Orbia et un Orbius sur le territoire de la cité d’Apt, en Narbonnaise : cf.CIL, XII,
1118 (ILNApt, 28) et ILNApt, 91 (AE, 1998, 894).
7 G. Forni, Le tribù romane, III, 1. Le pseudo-tribù, Rome, 1985, p. 43, et appendice C1. Pour
quelques exemples : CIL, VI, 3884 = 32526a ; AE, 1931, 91 ; RIB, 671.IDENTITÉ MILITAIRE ET AVANCEMENT AU CENTURIONAT 345
8est gratuite .Tout au plus peut-on donner, comme l’a fait F. Nasti, une estima-
9tion du nombre de lettres manquantes, peut-être de l’ordre de quatre à cinq .
Le texte précise ensuite le statut militaire du défunt : mort au poste d’optio
mil(itum) peregr(inorum) à l’âge de trente-cinq ans, M. Orbius avait auparavant
servi durant dix-sept ans. Puis vient l’indication re[stabant] huic dies LI ut fieret
(centurio), indiquant qu’il est mort cinquante et un jours avant de devenir cen-
turion. La lacune ne peut guère être restituée autrement qu’à l’aide du verbe
restare. À la fin de la ligne 5, on lit les lettres fec., qui appartiennent évidem-
ment au verbe facere, conjugué au parfait.Th. Mommsen considérait que le
défunt était le sujet du verbe. Il aurait commandé l’épitaphe dans son testa-
ment et ses héritiers se seraient chargés de son exécution matérielle. Le savant
10comprenait donc fec[it] à la ligne 5, et faciend(um) cur[auerunt] à la ligne 8 . S’il
arrive effectivement que le défunt prenne soin de sa sépulture de son vivant
(on trouve alors des formules telles que uiuus fecit, ou sibi fecit), il semble ici
préférable, avec F. Nasti, de restituer fec[erunt] à la ligne 5, en rapport avec les
11héritiers de M. Orbius . Il est évidemment très fréquent de trouver le verbe
placé avant le sujet, et la même inversion se retrouve à la fin du texte, où
Dionysius est le sujet de faciend(um) cur[auit]. M. Valerius Dionysius et
Suetonius Taurus, tous deux héritiers, se sont associés pour faire l’épitaphe,
mais c’est Dionysius qui s’est spécifiquement chargé de sa réalisation maté-
12rielle . Le rôle particulier de ce dernier s’explique d’autant mieux que l’em-
placement funéraire était destiné à recevoir sa propre dépouille et celle de ses
proches : sib[i et suis] post(erisque) eo[rum].
À la ligne 6, M.Valerius Dionysius précise ses relations avec le défunt, qu’il
qualifie de patronus, sans se dire libertus. Mais le port d’un cognomen grec, la
qualité d’héritier de Dionysius et le partage de l’emplacement funéraire —
dénotant un rapport de forte proximité avec M. Orbius — font très certaine-
ment de lui l’affranchi du militaire, plutôt que son client. La différence de
gentilice entre le patron et l’affranchi, qui devraient logiquement tous deux
s’appeler Orbius, relève d’un cas de figure rarissime. À moins qu’il ne s’agisse
d’une coquetterie onomastique, il faut sans doute considérer, avec Th.
Mommsen, que l’affranchissement est dû à deux maîtres, qui possédaient
13ensemble l’ancien esclave . Effectivement, lorsqu’un seruus communis était
affranchi, il adoptait le nomen de l’un des propriétaires et prenait en général le
14praenomen de l’autre . C’est ce qui pourrait être arrivé à Dionysius, qui a dû
8 CIL, VI, 3328.
9 ILMN, 1, 78. Le personnage est inconnu par ailleurs. Un M. Orbius [---] est attesté dans
une liste militaire sévérienne de Lambèse (CIL, VIII, 2556 = 18049), mais un rapprochement
est impossible.
10 IRNL, 6816, et commentaires dans CIL, VI, 3328. Fiorelli faisait de même : cf. CMN, 309.
11 ILMN, 1, 78.
12 Pour des cas similaires, cf. CIL, XIII, 6851 ; AE, 1916, 49 ; AE, 1950, 46 = AE, 1960, 330 ;
AE, 1984, 769.
13 CIL, VI, 3328.
14 4R. Cagnat, Cours d’épigraphie latine, Paris, 1914 ,p.83;G.Fabre, Libertus. Recherches sur les
rapports patron-affranchi à la fin de la République romaine, Rome, 1981, p. 112, 119-121, 158-159.346 PIERRE COSME ET PATRICE FAURE
prendre le gentilice Valerius de l’un de ses maîtres, mais répondait au prénom
de Marcus. Ce praenomen doit peut-être être restitué dans la lacune de la fin
de la ligne 8.
Le dernier personnage mentionné dans l’épitaphe est Suetonius Taurus, lui
aussi héritier du défunt. Là encore, et dans la mesure où l’inscription précise
les praenomina de M. Orbius et de M.Valerius Dionysius, il est possible que
celui de Suetonius Taurus ait figuré à la fin de la ligne 6. Son nomen est très
15rare et indique, au même titre que son cognomen, une origine occidentale .
Depuis le CIL, la lacune de la fin de la l. 7 est restituée fr[umentarius], plutôt
que fr[ater] ou fr[atri], en raison de la divergence de gentilice entre M. Orbius
16et Suetonius Taurus . Sans que cela représente la forme la plus courante, on
trouve effectivement des soldats frumentaires simplement désignés par le
17terme frumentarius, sans miles antécédent, et sans indication de légion .
L’argument d’une divergence de cognomen n’est cependant pas définitif, car le
terme frater n’a pas une signification seulement familiale: il est parfois
employé dans des épitaphes de soldats, pour exprimer un lien de camaraderie
18 19militaire . Cet usage est d’ailleurs attesté chez les frumentaires, à Rome .
Dans l’épitaphe de M. Orbius, une lecture fr[atri] au datif, au lieu de fr[umen-
tarius] ou même fr[ater], au nominatif, respecterait même un peu mieux l’es-
prit du texte. En effet, à la ligne 6, M.Valerius Dionysius ne se dit pas libertus
et rend hommage « à son patron », en employant le datif. En cas d’utilisation
d’une construction similaire à la ligne suivante,Taurus ne livrerait pas son état
— frumentarius — mais s’adresserait « à son frère ». Cette lecture avait déjà été
proposée par G. Fiorelli, en 1867, mais l’autorité du CIL, l’avait reléguée au
20second plan . Par ailleurs, un examen attentif de l’inscription a révélé qu’on
ne pouvait pas discerner avec certitude la trace d’une lettre supplémentaire
21après le FR de la ligne 7 . On n’exclura donc pas une lecture fr[atri]. Quoi
qu’il en soit, et que l’on ait employé frumentarius ou frater,Taurus était un mili-
taire, membre des castra peregrina. Une restitution de frater empêcherait simple-
ment de préciser sa fonction ou son grade.
Sur les raisons pour lesquelles un affranchi peut porter un nom différent de son patron, voir
encore G.Vitucci, « Libertus », dans DE IV, 1958, p. 912 ; G. Boulvert, Domestique et fonctionnaire
sous le Haut-Empire romain, Paris, 1974, p. 41-43.
15 W. Schulze, Zur Geschichte lateinischer Eingennamen, Berlin, 1904, p. 300-301 ; I. Kajanto,
The Latin Cognomina, Helsinki, 1965, p. 86 et 329 ; B. Lörincz, Onomasticon prouinciarum Europae
Latinarum, IV,Vienne, 2002, p. 98 et 110.
16 CIL, VI, 3328.
17 CIL, VI, 3363, 3364 et 3365.
18 A. K. Bowman, J. D. Thomas, The Vindolanda Writing Tablets, Londres, 1994 (Tabulae
Vindolandenses, II), p. 28 ; S. Panciera, « Soldati e civili a Roma nei primi tre secoli dell’impero »,
dans W. Eck éd., Prosopographie und Sozialgeschichte, Cologne, 1993, p. 266.
19 CIL, VI, 3446.Voir aussi CIL, XIV, 7 (ILS, 2217).
20 CMN, 309.
21 Cet examen a été effectué lors d’une visite au musée archéologique de Naples le 28 août
2003 (PF).IDENTITÉ MILITAIRE ET AVANCEMENT AU CENTURIONAT 347
Au terme de cette rapide discussion, nous proposons la lecture suivante :
D(is) M(anibus).
M(arcus) Orbius, M(arci) f(ilius),Aquis, M[---],
Sex(tis), optio mil(itum) peregr(inorum), m[il(itauit) an-]
nis XVII, uix(it) an(nis) XXXV. Re[stabant]
huic dies LI ut fieret (centurio). Fec[erunt]
M(arcus) Val(erius) Dionysius, patro[no, et]
Suetonius Taurus, fr[um(entarius) ? -atri ?],
her(edes). Faciend(um) cu[rauit M(arcus)]
Val(erius) Dionysius, sib[i et suis]
post[erisq(ue) eor(um)].
eH.-G. Pflaum proposait de dater l’épitaphe du II siècle et F. Nasti la situait
e e 22entre le milieu du II et le milieu du III siècle . La partition de l’origo du défunt,
dont un élément se substitue à la tribu, autorise sans doute une datation plus
précise. En effet, selon G. Forni, cet usage se rencontre principalement à la fin
e e 23du II et au début du III siècle, date probable de la mort de M. Orbius M[---] .
On ne connaît à ce jour, et en comptant M. Orbius, que trois optiones pere-
24grinorum . L’épitaphe d’Orbius est le seul texte conservé donnant le titre
complet de ce poste : optio militum peregrinorum. Ce dernier ne doit cependant
pas induire en erreur : aucun soldat n’est dit miles peregrinus dans les sources,
et il ne s’agit ni d’un grade, ni d’une fonction de l’armée romaine. En revan-
che, les milites peregrini sont une collectivité, un groupe de soldats logeant dans
25les castra peregrina, petite caserne située sur le Caelius, à Rome . Ce terme
générique permettait de désigner des militaires différents (frumentarii et specu-
latores pour l’essentiel), ayant pour point commun d’être des légionnaires déta-
chés par leurs unités provinciales, afin de remplir diverses missions à Rome.
Également actifs dans les officia provinciaux, frumentaires et speculatores ser-
vaient principalement de courriers, mais aussi d’agents de renseignements et
26de police secrète, sans avoir toutefois de monopole en la matière . C’est la
provenance extra-urbaine de ces hommes, dont le séjour dans la capitale
27n’était souvent que temporaire, qui leur a valu le sobriquet de peregrini .Cette
appellation n’avait aucun sens juridique, car les peregrini appartenaient aux
légions et étaient à ce titre citoyens romains.
22 H.-G. Pflaum, Fastes, cit. supra n. 6, p. 291 ; ILMN, 1, 78.
23 G. Forni, Pseudo-tribù, cit. supra n. 7, p. 43.
24 Aelius Valentinus : CIL, VI, 3324 = 32870 et AE, 1999, 297, de Rome ; C. Sulgius
Caecilianus : CIL, VIII, 1322 = 14854 (ILS, 2764), de Tuccabor. M. Firmidius Spectatus (CIL,
XI, 1322, Luna) ne doit pas être considéré comme un optio peregrinorum.
25 P. Faure, « Les centurions frumentaires et le commandement des castra peregrina », MEFRA,
115, 1, 2003, p. 379, n. 6.
26 Sur les frumentaires et les castra peregrina, cf. P. Faure, « Centurions frumentaires », cit. supra
n. 25, p. 377-427, avec bibliographie p. 377, n. 1.
27 N. B. Rankov, « Frumentarii and the circulation of information between the Roman empe-
ror and the provinces », dans Actes de la table-ronde de Bordeaux, janvier 2002 (à paraître), n. 16.s
s
S
s
S
S
348 PIERRE COSME ET PATRICE FAURE
Les peregrini ont donc été désignés ainsi en raison de leur différence avec le
reste de la garnison de Rome. De même, les frumentaires pourraient tirer leur
nom de ce qui les distinguait des autres légionnaires. Récemment, N. B.
Rankov a remis en cause l’interprétation traditionnelle du terme frumenta-
28rius . Selon lui, il ne s’agirait pas à l’origine de soldats préposés au ravitaille-
ment en blé de leur unité, mais de soldats ayant reçu une double ration de fru-
mentum à titre de récompense, à l’époque républicaine. À notre sens, cette
nouvelle interprétation, qui enrichit considérablement nos connaissances,
pourrait permettre de formuler quelques hypothèses relatives aux conditions
d’apparition des frumentarii tels qu’ils sont connus à l’époque impériale. Les
légionnaires stationnés dans les provinces ne recevaient pas de ration gratuite
de blé : des retenues étaient prélevées sur leurs soldes pour leur nourriture et
29leur équipement . On pourrait de prime abord considérer qu’il en allait de
même pour les légionnaires détachés à Rome.Au contraire, nous croyons que
leur appellation de frumentarii pourrait précisément provenir de ce qui les dis-
tinguait de leurs collègues légionnaires du point de vue du ravitaillement. Les
frumentarii recevaient peut-être gratuitement leur blé, et ce de manière per-
manente. Certes, aucune source ne le dit explicitement, mais c’est leur titre
qui pourrait le révéler.
eSi une inscription suspecte mentionnant un frumentarius de la XV légion
se révélait authentique, on pourrait avancer que ce type de soldats et les pri-
vilèges auxquels ils avaient droit, existaient déjà dans la première moitié du
er 30
I siècle de notre ère . À moins que le document ne soit plus ancien encore,
28 N. B. Rankov, « The origins of the frumentarii », dans Acta XII Congressus internationalis epi-
graphiae Graecae et Latinae (Barcelone, 2002), à paraître.
29 J.-M. Carrié, A. Rousselle, L’empire romain en mutation des Sévères à Constantin (192-337),
Paris, 1999, p. 77-79.
30 188CIL, III, 3835 et p. 2328 , provenant d’Emona : Cereri sac(rum), / Vibius, fru/mentarius /
leg(ionis) XV, uo/to suscept/o, <f>(aciendum) c(urauit). À la dernière ligne sont gravées les lettres O
EC. L’inscription est reprise dans AIJ 151 ; M. a el Kos, The Roman Inscriptions in the National
thMuseum of Slovenia, Ljubljana, 1997, p. 133-136, n° 8 ; Ead., « The 15 Legion at Emona – Some
Thoughts », ZPE, 109, 1995, p. 241-243. Les commentateurs ont émis divers avis sur l’authen-
ticité du document. Parmi les points suspects, on relève en particulier l’absence de praenomen
et la formule finale insolite pour une dédicace. Par ailleurs, les conditions de découverte et de
travail du lapicide sont sujettes à interrogation. En revanche, on peut douter qu’un habitant de
eLjubljana ait eu, au XVII siècle, la volonté et la capacité de produire un tel texte. La question
semble devoir rester ouverte. Dans le cas où le document serait authentique, M. a el Kos l’as-
ersignerait à la première moitié du I siècle de notre ère. Mais il ne faut peut-être pas exclure la
erseconde moitié du I siècle av. J.-C., même si les inscriptions sont plus rares à cette période (cf.
l’onomastique du soldat et l’absence de nom pour la légion, tandis que des troupes romaines
ersont attestées dans la région dès le milieu du I siècle avant notre ère : cf. M. a el Kos, « The
th15 Legion », p. 229 et 236). Pour ce qui est des autres documents parfois invoqués pour pla-
ercer l’apparition des frumentaires au I siècle ap. J.-C., le passage de Tacite (Histoires, 4, 35, 2) et
le P. Gen. Lat. I (évoquant des soldats envoyés au ravitaillement) ne désignent sans doute que
des hommes choisis ponctuellement pour cette tâche : cf.W. G. Sinnigen, « The Origins of the
Frumentarii », MAAR, 27, 1962, p. 217-218. Sur les origines et la structuration du corps des fru-
mentaires, cf. encore N. B. Rankov, « Origins », cit. supra n. 28, et « Circulation of informa-
tion », cit. supra n. 27.IDENTITÉ MILITAIRE ET AVANCEMENT AU CENTURIONAT 349
et que le terme frumentarius ne soit à comprendre selon l’acception retenue
par N. B. Rankov pour la période républicaine : celle d’un soldat récompensé
d’une double ration de blé. Dans le cas d’une fausse inscription, la première
attestation assurée du terme frumentarius se placerait sous le règne de Trajan,
tout comme la première mention d’un princeps peregrinorum, centurion com-
31mandant les castra peregrina . La désignation frumentarius pourrait alors prove-
nir de l’obtention des privilèges frumentaires attribués à une partie de la gar-
nison de Rome, où stationnaient certains de ces légionnaires. Cette hypothèse
impliquerait que les frumentarii n’ont pas pu être désignés comme tels avant la
conjuration de Pison, en 65, dont le dénouement a permis aux prétoriens
32d’obtenir le blé gratuit . Mais des légionnaires détachés de leur unité ont pu
déjà résider à Rome avant cette date, sans être appelés ainsi. En dehors de la deux moments peuvent avoir justifié leur accès au blé
gratuit, à titre de récompense : les événements de l’année 69 et le contexte
33troublé de l’avènement de Trajan . Dans les deux cas, on assiste à des tensions
entre prétoire et légions, exacerbées par des différences de traitement, et le
pouvoir impérial a pu prendre des mesures d’apaisement en faveur des légion-
naires stationnés à Rome.Ainsi, plusieurs étapes pourraient être à distinguer
dans la formation du numerus frumentariorum: tout d’abord, la présence à
Rome de légionnaires chargés des liaisons avec les armées provinciales,
ensuite la désignation de ces soldats sous le terme de frumentarius, et enfin leur
34installation dans une caserne spécifique sur le Caelius . Certaines de ces éta-
pes ont pu coïncider dans le temps.
Une telle reconstitution ne va pas sans poser quelques problèmes, dont nous
avons pleinement conscience. En premier lieu, on pourrait se demander si les
frumentarii actifs dans les provinces recevaient eux aussi le blé gratuit. En
second lieu, pourquoi aurait-on donné ce privilège aux seuls frumentarii,et
non à l’ensemble des peregrini (et notamment aux speculatores) qui stationnaient
à Rome ? Enfin, il faudrait en déduire que les frumentarii, lorsqu’ils montaient
en grade, perdaient ce privilège, ou bien qu’il était accordé à tous les militai-
res de rang supérieur. Peut-on résoudre ces problèmes ? Pas de manière défi-
nitive, bien sûr, mais des solutions pourraient être envisagées. Pour ce qui est
des frumentaires officiant dans les provinces, l’octroi du blé gratuit n’est pas à
exclure, car leur mobilité pouvait les amener à servir à Rome comme dans les
provinces, et la considération de leur statut pouvait primer sur celle de leur
31 Le règne de Trajan est le terminus post quem généralement admis pour l’apparition des fru-
mentaires et des castra peregrina, dont les vestiges archéologiques n’offrent pas d’éléments de
datation indiscutables. Sur tous ces points, cf. P. Faure, « Centurions frumentaires », cit. supra
n. 25, p. 379-381.
32 C.Virlouvet,Tessera frumentaria. Les procédures de la distribution du blé public à Rome, Rome,
1995, p. 271-282.
33 N. B. Rankov, « Circulation of information », cit. supra n. 27, avance d’ailleurs que la créa-
tion des castra peregrina pourrait dater de l’avènement de Trajan.
34 Cette trame est déjà en partie envisagée par N. B. Rankov, « Circulation of information »,
cit. supra n. 27.350 PIERRE COSME ET PATRICE FAURE
35affectation ponctuelle . Par ailleurs, il n’y aurait peut-être rien de choquant
à considérer que l’accession à un grade ou à une fonction supérieurs s’assor-
tissait de la perte de certaines commodités, compensée par le gain de nouvel-
36les, jugées plus importantes, par exemple une augmentation de la solde . Dès
lors, les speculatores, supérieurs en rang aux frumentarii, s’ils ne recevaient pas le
blé gratuit, pouvaient trouver dans leur service d’autres avantages.
Comme pour la structuration des peregrini et des frumentarii, la mise en place
d’une hiérarchie dans la caserne a pu se faire de manière progressive.Ainsi, le
eposte d’optio peregrinorum n’est attesté qu’à partir de la fin du II siècle, mais sa
création peut être antérieure. On parle généralement de l’optio peregrinorum,
mais on ignore, au juste, s’il y avait plusieurs optiones actifs en même temps.
De rang inférieur au centurion, l’optio peregrinorum était un principalis. A priori,
le titre d’optio militum peregrinorum met particulièrement l’accent sur le rapport
37avec les soldats . Mais ses fonctions exactes sont mal connues et l’optionat
38peut revêtir différentes formes dans l’armée romaine . L’un des trois déten-
teurs du poste a exercé les fonctions d’exercitator militum frumentariorum, vrai-
39semblablement en même temps que celles d’optio . À ce titre, il a participé à
la formation des soldats frumentaires cantonnés dans la caserne du Caelius,et
il est certain que ces militaires côtoyaient la troupe. Dans le même temps, et
même si son titre ne le liait pas directement à un supérieur, l’optio militum pere-
grinorum devait largement assister le princeps et le subprinceps peregrinorum dans
40les tâches d’encadrement et d’intendance de la caserne .
L’épitaphe de M. Orbius donne également ses états de service : engagé à dix-
huit ans, il a servi dix-sept ans et s’est éteint à trente-cinq. Bien évidemment,
il a auparavant reçu divers postes, qui ne sont malheureusement pas mention-
nés. On ne dispose que d’une seule information sur la possible carrière d’un
optio peregrinorum, fournie par le rapprochement vraisemblable de deux inscrip-
35 Ainsi, un prétorien en service hors de Rome devait recevoir gratuitement son blé.
36 Un prétorien, en obtenant une promotion au centurionat légionnaire (cf. par exemple
CIL, XI, 5935 ; AE, 1990, 896), devait perdre son droit à une ration gratuite de blé, mais gagner
d’autres avantages, comme une solde plus élevée. Plus généralement, cette réflexion invite à
poser la question de la relation entre promotion et privilèges des différents grades de la hiérar-
chie militaire.
37 En se fondant sur le fait que le commandant du camp devait se nommer princeps castrorum
peregrinorum (cf. CIL, VI, 354), J. C. Mann, « The Castra Peregrina and the Peregrini », ZPE, 74,
1988, p. 148, considère que M. Orbius a été nommé optio mil(itum) peregrinorum de manière abu-
sive, et que son titre exact était celui d’optio (castrorum) peregrinorum. Mais voir la note suivante.
38 On relève l’existence d’autres optiones dont le titre insiste sur leurs rapports avec un groupe
de soldats : cf. par exemple les optiones equitum, speculatorum et euocatorum du prétoire. À leur pro-
pos, et sur les optiones en général, cf. D. J. Breeze, « A Note on the use of the Titles Optio and
Magister below the Centurionate during the Principate », Britannia, 7, 1976, p. 127-133 = D. J.
Breeze, B. Dobson, Roman Officers and Frontiers, Stuttgart, 1993 (Mavors, X), p. 71-77.
39 CIL, VIII, 1322 = 14854 (ILS, 2764). Les castra peregrina sont parfois considérés comme
un important centre d’entraînement pour les frumentaires, voire les militaires provinciaux : cf.
M. Clauss, Untersuchungen zur den principales des römischen Heeres von Augustus bis Diokletian,
Bochum, 1973, p. 84. L’auteur souligne toutefois le manque de sources directes à ce propos.
40 P. Faure, « Centurions frumentaires », cit. supra n. 25, p. 384-385.IDENTITÉ MILITAIRE ET AVANCEMENT AU CENTURIONAT 351
41tions nommant un certain Aelius Valentinus .Valentinus est frumentarius en
poste sur le Caelius dans la première et optio peregrinorum dans la seconde. Par
ailleurs, on sait que ce sont souvent d’anciens frumentaires et speculatores qui
étaient promus aux postes de centurion frumentaire, de subprinceps et de prin-
42ceps peregrinorum .Aussi, et même s’il ne saurait y avoir de certitude, il est pro-
bable qu’avant de devenir optio peregrinorum, M. Orbius ait déjà été familier des
castra peregrina, en tant qu’ancien frumentarius ou speculator. Là, il aurait été sélec-
tionné pour devenir optio, sans doute après avoir fait montre de ses compéten-
43ces aux autorités supérieures du camp, notamment au princeps peregrinorum .
La progression aurait donc eu lieu au sein de la caserne. À ce titre,
M. Orbius, originaire d’Aix-en-Provence, a dû résider à Rome durant une
période assez longue, avant et pendant son optionat. Son épitaphe donne des
indications sur les conditions de séjour dans la capitale et sur l’environnement
immédiat du militaire, puisque ses héritiers sont un affranchi et un camarade.
Ce cas de figure est celui d’une grande majorité de soldats frumentaires, dont
les épitaphes romaines mentionnent très rarement des femmes et des enfants.
La plupart du temps, les sépultures sont prises en charge par les héritiers,
affranchis et surtout commilitones, appartenant très souvent à des légions d’une
44même province . Ce point suggère que des rapports d’amitié ou de solida-
rité (expliquant que certains s’appellent fratres) se sont noués dans le cadre
provincial, qu’il s’agisse des légions ou des officia, et qu’ils se sont pérennisés à
45Rome, où les soldats étaient détachés . L’accomplissement de missions ponc-
tuelles, entraînant pour certains une grande mobilité et une courte durée de
séjour, explique peut-être la rareté des attestations d’éventuels femmes et
46enfants, qui n’auraient pas accompagné leurs maris ou pères . Les militaires,
parfois groupés en collèges funéraires, étaient alors responsables de la sépul-
ture de leurs camarades. Ces mêmes facteurs ne devaient pas faciliter les rap-
47ports avec la société civile . En revanche, les cadres de la caserne, séjournant
41 CIL, VI, 3324 = 32870 et AE, 1999, 297. Sur leur rapprochement, cf. S. Panciera, « Castra
peregrina : vecchi e nuovi documenti epigrafici », Atti della Pontificia Accademia Romana di Archeologia.
Rendiconti, 70, 1997-1998, p. 229-230.
42 P. Faure, « Centurions frumentaires », cit. supra n. 25, p. 393-394. Les frumentaires pou-
vaient aussi faire carrière dans les officia des gouverneurs, ou dans les légions : cf. N.B. Rankov,
« Frumentarii, the Castra Peregrina and the Provincial Officia », ZPE, 80, 1990, p. 179.
43 Sur le choix des optiones par les centurions, cf. Polybe (Histoires, 6, 24, 2) et Festus (184
M).Voir également Végèce (Epitoma rei militaris, 2, 7, 4).
44 Sur ce point, cf. M. Clauss, Untersuchungen, cit. supra n. 39, p. 83-84 ; G. Martini, « I mili-
tes frumentarii », Atti dell’Istituto veneto di scienze, lettere ed arti, 139, 1980-1981, p. 143-151.
45 On relève, dans les épitaphes romaines de soldats frumentaires, divers termes caractérisant
leurs rapports : collega (CIL, VI, 3332) ; contubernalis (CIL, VI, 3333) ; collega et frater (CIL, VI,
3346) ; amicus (CIL, VI, 3357).
46 La mobilité des frumentaires explique l’existence d’un templum Iouis Reducis au sein des
castra peregrina :cf.CIL, VI, 428 et p. 3005, 3756 (ILS, 2219). Sur ce texte complexe, cf. P. Faure,
« Centurions frumentaires », cit. supra n. 25, p. 413-414, n° XVII. Nous pensons désormais qu’il
faut dater l’inscription de l’expédition persique de Sévère Alexandre, c’est-à-dire des années
231-233 (PF).
47 Plus généralement, sur la question des rapports entre soldats et civils à Rome, cf.
S. Panciera, « Soldati », cit. supra n. 18, p. 261-276.352 PIERRE COSME ET PATRICE FAURE
plus durablement à Rome, étaient peut-être davantage entourés de leurs pro-
48ches . L’un des trois optiones peregrinorum connus avait une femme et un fils,
respectivement morts à vingt-six et à sept ans, ainsi que des affranchis. Leur
49tombe était aussi destinée à devenir celle de l’optio lui-même . Dans le cas de
M. Orbius, son épitaphe semble indiquer qu’il n’avait ni femme ni enfant, et
que son entourage se résumait à son ou ses affranchis et esclaves. Le nomen de
Dionysius impliquerait, en outre, que l’optio possédait l’ancien esclave en com-
mun avec une Valeria ou un Valerius, qui pourrait être un militaire.
Quoi qu’il en soit, l’épitaphe de M. Orbius indique clairement que ce der-
nier était au seuil d’une promotion. Il est en effet précisé que l’optio est mort
en poste, cinquante et un jours exactement avant de devenir centurion. Il va
de soi que l’intention de ses héritiers était avant tout de souligner la fatalité
du destin de M. Orbius, qui devait attendre cette promotion avec impatience,
et de rappeler que ce dernier allait obtenir un poste prestigieux. De plus, la
simple promesse d’un avancement futur au centurionat était déjà une distinc-
50tion . C’est un témoignage supplémentaire sur les mentalités militaires et sur
l’importance que revêtaient les promotions dans l’armée, particulièrement
l’accès au centurionat. Une telle formule est rare, mais on trouve quelques
parallèles épigraphiques déplorant le triste sort de militaires morts juste avant
51ou peu après l’obtention du poste convoité .
Avant de s’interroger sur la signification du délai mentionné, il faut se
demander quel type de centurionat M. Orbius allait ou aurait pu obtenir.
L’affectation n’était peut-être pas encore connue, mais l’absence de précision
peut aussi tenir aux intentions des héritiers de M. Orbius, qui n’avaient pas
pour but de donner des informations techniques. Le centurionat auxiliaire est
exclu. L’hypothèse d’un centurionat des vigiles, des urbains ou des prétoriens
ne semble guère probable, car on ne connaît aucun membre des castra peregrina
52ayant suivi cette voie, réservée à d’anciens membres de la garnison urbaine .
Le seul optio peregrinorum dont on connaisse la carrière postérieure devint
navarque de la flotte de Misène, avant d’être centurion dans cinq légions, prae-
53positus de la flotte, primipile, puis préfet de légion . Un passage par la flotte
était donc possible, mais l’indication explicite du centurionat dans l’épitaphe
de M. Orbius oriente plutôt vers un centurionat légionnaire ou frumentaire,
48 P. Faure, « Centurions frumentaires », cit. supra n. 25, p. 382 et 386.
49 CIL, VI, 3324 = 32870.
50 Les optiones ad spem ordinis jouissaient d’un rang supérieur aux simples optiones:cf.D.J.
Breeze, « Pay grades and ranks below the centurionate », JRS, 61, 1971, p. 132-133 = D.J.
Breeze, B. Dobson, Roman Officers, cit. supra n. 38, p. 61-62. Sur les optiones ad spem ordinis, voir
encore infra, n. 59.
51 AE, 1927, 120 ; CIL, VI, 2907 (ILS, 2110) ; CIL, VI, 3580 (ILS, 2641) (prope diem consum-
mationis primi pili sui debitum naturae persoluit) ; CIL, VIII, 702 = 12128 (ILS, 2380) (initium uitis
uitae fuit finis).
52 D. J. Breeze, B. Dobson, « The Rome Cohorts and the Legionary Centurionate », dans
Epigraphische Studien, 8, Dusseldorf, 1969, p. 100-132 = Roman Officers, cit. supra n. 38, p. 88-
112.
53 CIL, VIII, 1322 = 14854 (ILS, 2764).

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