L'abri Pendimoun à Castellar (Alpes-Maritimes). Nouvelles données sur le complexe culturel de la céramique imprimée méditerranéenne dans son contexte stratigraphique - article ; n°1 ; vol.35, pg 177-251

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Gallia préhistoire - Année 1993 - Volume 35 - Numéro 1 - Pages 177-251
The authors present the stratigraphical results produced from new excavations in the Pendimoun rock shelter (Castellar, Alpes-Maritimes) ; geoarchaeological, archaeozoological and palaeobotanical preliminary studies are also submitted. New data related to the Early Neolithic period (Impressed Ware Cultural Complex) are more largely developed. This period shows two cultural phases, ancient (Impressa) and recent (Early Cardial), enclosing a funeral episode. This cultural sequence is discussed in a French and Italian context. Twice over, the anthropological field studies presented in this paper give evidence of the voluntary filling of the funeral pits and of the installation of funeral devices upon the burials.
Les auteurs présentent la stratigraphie établie lors des nouvelles fouilles de l'abri Pendimoun à Castellar (Alpes-Maritimes) et les résultats des études tests réalisées dans les domaines géoarchéologique, archéozoologique et paléobotanique.
Les documents relatifs au Néolithique ancien (complexe culturel de la Céramique Imprimée) font l'objet d'un développement plus large. Cette période montre deux phases culturelles, ancienne (Impressa) et récente (Cardial ancien), encadrant un épisode funéraire. Cette séquence culturelle est discutée dans un contexte géographique limité à l'aire franco-italienne. Les études anthropologiques de terrain présentées ici ont permis de mettre en évidence à deux reprises le comblement volontaire des fosses sépulcrales et l'installation de dispositifs de signalisation des tombes.
75 pages
Publié le : vendredi 1 janvier 1993
Lecture(s) : 177
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Didier Binder
Elie Jacques Brochier
Henri Duday
D. Helmer
Philippe Marinval
Stéphanie Thiebault
Julia Wattez
L'abri Pendimoun à Castellar (Alpes-Maritimes). Nouvelles
données sur le complexe culturel de la céramique imprimée
méditerranéenne dans son contexte stratigraphique
In: Gallia préhistoire. Tome 35, 1993. pp. 177-251.
Abstract
The authors present the stratigraphical results produced from new excavations in the Pendimoun rock shelter (Castellar, Alpes-
Maritimes) ; geoarchaeological, archaeozoological and palaeobotanical preliminary studies are also submitted. New data related
to the Early Neolithic period (Impressed Ware Cultural Complex) are more largely developed. This period shows two cultural
phases, ancient (Impressa) and recent (Early Cardial), enclosing a funeral episode. This cultural sequence is discussed in a
French and Italian context. Twice over, the anthropological field studies presented in this paper give evidence of the voluntary
filling of the funeral pits and of the installation of funeral devices upon the burials.
Résumé
Les auteurs présentent la stratigraphie établie lors des nouvelles fouilles de l'abri Pendimoun à Castellar (Alpes-Maritimes) et les
résultats des études tests réalisées dans les domaines géoarchéologique, archéozoologique et paléobotanique.
Les documents relatifs au Néolithique ancien (complexe culturel de la Céramique Imprimée) font l'objet d'un développement plus
large. Cette période montre deux phases culturelles, ancienne (Impressa) et récente (Cardial ancien), encadrant un épisode
funéraire. Cette séquence culturelle est discutée dans un contexte géographique limité à l'aire franco-italienne. Les études
anthropologiques de terrain présentées ici ont permis de mettre en évidence à deux reprises le comblement volontaire des
fosses sépulcrales et l'installation de dispositifs de signalisation des tombes.
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Binder Didier, Brochier Elie Jacques, Duday Henri, Helmer D., Marinval Philippe, Thiebault Stéphanie, Wattez Julia. L'abri
Pendimoun à Castellar (Alpes-Maritimes). Nouvelles données sur le complexe culturel de la céramique imprimée
méditerranéenne dans son contexte stratigraphique. In: Gallia préhistoire. Tome 35, 1993. pp. 177-251.
doi : 10.3406/galip.1993.2087
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/galip_0016-4127_1993_num_35_1_2087L'ABRI PENDIMOUN À CASTELLAR (ALPES-MARITIMES) :
NOUVELLES DONNÉES SUR LE COMPLEXE CULTUREL
DE LA CÉRAMIQUE IMPRIMÉE MÉDITERRANÉENNE
DANS SON CONTEXTE STRATIGRAPHIQUE
par Didier BINDER, Jacques-Élie BROCHIER, Henri DUDAY, Daniel HELMER, Philippe MARINVAL,
Stéphanie THIÉBAULT et Julia WATTEZ
Résumé
Les auteurs présentent la stratigraphie établie lors des nouvelles fouilles de l'abri Pendimoun à Castellar
(Alpes-Maritimes) et les résultats des études tests réalisées dans les domaines géoarchéologique, archéozoolo-
gique et paléobotanique.
Les documents relatifs au Néolithique ancien (complexe culturel de la Céramique Imprimée) font l'objet
d'un développement plus large. Cette période montre deux phases culturelles, ancienne (Impressa) et récente
(Cardial ancien), encadrant un épisode funéraire. Cette séquence culturelle est discutée dans un contexte géo
graphique limité à l'aire franco-italienne. Les études anthropologiques de terrain présentées ici ont permis de
mettre en évidence à deux reprises le comblement volontaire des fosses sépulcrales et l'installation de dispositifs
de signalisation des tombes.
Abstract
The authors present the stratigraphical results produced from new excavations in the Pendimoun rock shelter
(Castellar, Alpes-Maritimes) ; geoarchaeological, archaeozoological and palaeobotanical preliminary studies are also
submitted. New data related to the Early Neolithic period (Impressed Ware Cultural Complex) are more largely
developed. This period shows two cultural phases, ancient (Impressa) and recent (Early Cardial), enclosing a funeral
episode. This cultural sequence is discussed in a French and Italian context. Twice over, the anthropological field
studies presented in this paper give evidence of the voluntary filling of the funeral pits and of the installation of
funeral devices upon the burials.
Mots clefs : Alpes-Maritimes, abri Pendimoun, céramique imprimée, Impressa, Cardial, Néolithique ancien,
sépultures.
Key words : Pendimoun rock shelter, Impressed Ware, Impressa, Cardial, Early Neolithic,
burials.
Gallia Préhistoire, 1993, tome 35, p. 177-251. 178 D. BINDER ET ALII
Fouillé en 1955 et 1956 par Louis Barrai et ments proches et en partie contemporains, qu'il
s'agisse de sites archéologiques de plein air, d'ocl'équipe du Musée d'anthropologie préhistorique de
cupations en grotte et sous abri, ou encore de Monaco, l'abri Pendimoun était surtout connu pour
séquences «naturelles» permettant de mesurer les avoir livré d'abondants vestiges du Néolithique
impacts de l'action de l'homme sur le milieu. ancien au sein d'une séquence holocène relativement
complète sur le plan archéologique et développée sur Bien entendu, cette double approche ne se fait
le plan sédimentaire ; de plus, une des rares sépul pas sans difficultés ; ainsi l'analyse spatiale n'est pas
tures appartenant probablement au complexe cultur commode dans ce milieu montagnard quoique côtier,
el de la Céramique Imprimée de Méditerranée occi fortement cloisonné et intensément urbanisé. Les
dentale y avait été découverte et attribuée au riches perspectives de définition des structures de
«Cardial» (Barrai, 1958). Ces éléments en faisaient l'espace régional et de leur évolution, significative
naturellement un jalon important entre Fontbrégoua des modifications progressives de la société néoli
à l'ouest (Courtin, 1976) et les Arène Candide à l'est thique elle-même, restent encore lointaines.
(Bernabô Brea, 1946, 1956) pour l'analyse des pro Dans la présentation préliminaire qui suit il a
cessus de néolithisation en Méditerranée du nord- fallu reproduire le très fort déséquilibre que nous
ouest, et particulièrement pour ses premières étapes. avons constaté entre les faits relatifs au Néolithique
Sur la base des travaux anciens, la séquence de ancien et ceux qui se rapportaient à l'ensemble des
Pendimoun présentait donc un potentiel d'étude suf autres épisodes d'occupation. Les résultats et hypot
fisant, et des caractères suffisamment originaux, hèses qui concernent le complexe de la Céramique
pour que l'on espère réduire quelques-uns des pro Imprimée (Impressa, Cardial) constitueront donc
blèmes actuels de la recherche relative au Néoli naturellement le corps de cet article.
thique méditerranéen et, par exemple, ceux qui
concernaient (et concernent encore !) les relations
interculturelles dans une zone tampon entre les
domaines provençal et italique. SITUATION, CHOIX MÉTHODOLOGIQUES
D'amples précisions s'avéraient cependant ET CARACTÈRES GÉNÉRAUX DE LA
nécessaires car Louis Barrai n'avait défini que de SÉQUENCE STRATIGRAPHIQUE
grands ensembles en subdivisant une séquence d'en
viron 2 à 3 m d'épaisseur en quatre couches archéo ENVIRONNEMENT ACTUEL logiques (A à D), du Gallo-romain au Néolithique,
superposées à un niveau stérile (E). Les campagnes L'abri Pendimoun se trouve à environ 4 km au de 1985 à 1990 ont montré que la stratigraphie pro nord de Menton et à moins de 1 km de la frontière posée par l'équipe monégasque était très sommaire franco-italienne. Au pied des puissantes barres de et non représentative de l'ensemble des occupations calcaires tithoniques de l'Orméa qui culmine à préhistoriques et protohistoriques de l'abri. 1132 m, l'abri est exposé à l'ouest et s'ouvre en rive Cette imprécision était sans doute liée à une gauche d'un petit talweg, à une altitude proche de insuffisance méthodologique ; néanmoins, le fait que 690 m (fig. 1). cette séquence ait été établie pour l'essentiel dans Partout, des terrasses de culture en pierre sèche une zone perturbée par des phénomènes de sous- occupent l'espace laissé disponible par les gravières tirage et de ravinement a certainement contribué à et les barres rocheuses. Cette situation, à la fois mariaccroître considérablement les difficultés d'interpré time et montagnarde, et cette empreinte agricole tation. sont particulièrement représentatives des paysages
On conviendra donc qu'il s'agissait d'établir à fortement contrastés et cloisonnés du comté de Nice
Pendimoun une séquence de référence. Encore fal et de la Ligurie franco-italienne.
lait-il que les éventuels caractères d'exception de Le panorama visible depuis l'abri est splendide :
cette accumulation puissent être nuancés, notam baie de Roquebrune et cap Martin vers le sud, mont
ment : Agel (1148 m), cimes des Cabanelles (1091 m), de
. par une approche que l'on peut qualifier de Galian (1108 m), de Gorbio (928 m) et de Baudon
fonctionnelle, c'est-à-dire permettant d'identifier des (1264 m). Ces reliefs forment une barrière vers
phases d'occupation spécifiques, que celles-ci soient l'ouest ; ils dominent le torrent du Careï qui consti
économiques, artisanales ou funéraires ; tue actuellement un axe de pénétration vers le nord
• par l'intégration de cette recherche à un pr et les reliefs alpins, et, au-delà, le bassin du Pô par le
ogramme d'étude régional concernant des col de Tende. '
ABRI PENDIMOUN 179
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Fig. I — A gauche : vue de l'Orméa depuis l'ouest. A droite :
vue aérienne de l'Orméa et de son piémont (la flèche indique
l'emplacement du site).
généralement à l'aube, lorsque les En hiver,
couches archéologiques holocènes dans la zone est de conditions météorologiques s'y prêtent et grâce à
l'effet de dioptre, les sommets de la Corse sont bien l'abri.
visibles depuis les premiers reliefs maralpins. Ce joint de stratification entre calcaires francs
jurassiques et marno-calcaires crétacés est propice à Le gisement présente un grand intérêt du point
la circulation des eaux. Plusieurs sources ont été capde vue écologique puisqu'il se situe dans le massif
tées sur ce piémont de l'Orméa, en grande partie préalpin à dominance calcaire, à la limite du méso
recouvert d'éboulis et de grèzes diversement consoliméditerranéen et du supraméditerranéen, dans l'aire
dés. de VOslrya carpinifolia (charme houblon).
Le gisement est largement ouvert vers l'exté
La végétation qui entoure le site a récemment rieur (fig. 2 et 3) : l'abri est peu profond (moins de
brûlé. Elle est aujourd'hui fortement anthropisée en 8 m) et son toit s'élève rapidement. La zone abritée
deçà de 500 m d'altitude ; sur les terrasses abandonn fut jadis limitée par un mur moderne, enclos de ber
ées on observe la présence d'Echinops ritro ; ailleurs ger ou bouvier, qui n'était conservé que dans la par
on note la présence de très nombreux genêts, genêt tie sud lorsque nous avons repris la fouille et qui,
d'Espagne et calycotome épineux, d'euphorbes, depuis lors, a dû être entièrement démonté.
cistes cotonneux, lin à petites feuilles, de chênes Les travaux anciens ont montré que les couches pubescents, daphné garrou, chênes verts (peu nomb archéologiques s'étendaient au-delà du surplomb. Il reux). En réalité la strate arbustive est dominée par est délicat de donner ici une estimation de la surface Rhus cotinus, Pistacia terebintus, Spartium junceum, susceptible d'avoir accueilli les occupations préhistoCalycotome spinosa ; la strate arboréenne par les riques ; en effet, une extension des dépôts vers le chênes pubescents et le charme houblon ; autrement nord, sous un énorme chaos de blocs, ne saurait être on remarque la corroyère, la germandrée, les gené exclue. Du fait des amputations dues aux fouilles vriers oxycèdres et de Phénicie, les pins d'Alep et monégasques et aux troncatures naturelles des maritimes, Clematis flamula, etc. dépôts anthropiques, il est actuellement possible
d'estimer à environ 60 m2 (au maximum) la superfLes calcaires blancs massifs qui constituent le
icie des zones qui nous étaient accessibles et pour toit de l'abri sont en contact anormal (chevauche
lesquelles le remplissage se présente dans des condiment) avec des argiles et des marnes jaunes à passées
tions de conservation que nous considérons a posteglauconieuses qu'il faut probablement rapporter au
Crétacé inférieur et qui encaissent directement les riori comme satisfaisantes. 180 D. BINDER ET ALII
Fig. 2 — A gauche : vue du site depuis le nord. A droite : vue de la fouille depuis la paroi est.
B.C.D.E.F.G.H, I .J.K.L.M.N.O.P.Q.R.S.T,
26
25
24
23
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20
19
18 Tranchée L. Barrai
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13
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10
9
8
7
6
1 ■ • ■ ■■ y
Fig. 3 — Plan du site.
A gauche : 1, limite du talus externe; 2, zones entièrement fouillées en 1985-1990; 3, zones partiellement fouillées en 1985-1990;
4, delineation de la paroi calcaire au niveau de référence 0 ; 5, têtes des coupes anciennes érodées ; 6, pieds des coupes anciennes.
A droite : 7, limite d'extension des couches archéologiques vers l'ouest; 8, limite approximative de la zone abritée; 9, ravinements
internes. ABRI PENDIMOUN 181
1 et 5 mm ; pour les restes végétaux une procédure OPTIONS DE FOUILLE
d'échantillonnage a été mise en place selon les modal
ités décrites ci-dessous. Stratégie
De 1985 à 1990 nos fouilles systématiques ont
concerné près de 25 m2 parmi lesquels moins de La première phase des recherches nouvelles à
l'abri Pendimoun1 était consacrée à un diagnostic 15 m2 seulement ont livré une séquence archéolo
stratigraphique préalable. gique convenablement conservée ; sur ces 15 m2,
Cette stratégie était justifiée par l'existence de 6 m2 seulement ont été intégralement fouillés durant
travaux anciens, imposants par leurs effets mais cette période.
dont les résultats restaient sommaires en raison des Pour l'essentiel les objectifs désignés au début
méthodes utilisées. Ces travaux avaient eu notam de ce programme ont été atteints. Cependant, des
ment pour conséquence de couper en deux l'établi découvertes exceptionnelles (sépultures du Néoli
ssement préhistorique par une tranchée de 15 m de thique ancien) nous ont contraints à modifier à deux
long et 1 m de large, creusée sur toute l'épaisseur du reprises le programme de travail établi et à réduire
remplissage holocène pour l'évacuation des déblais. l'ampleur des prélèvements initialement prévus.
Cette coupure rendait fort complexes les raccords
stratigraphiques et l'approche planimétrique.
Ce choix préliminaire une fois accepté, il s'agis Conditions de réalisation et évaluation des sait de préciser le mode de superposition et l'exten études tests sion des différentes strates géologiques et anthro-
piques en fouillant les surfaces et volumes
Cette phase incluait la mise en œuvre de prénécessaires mais suffisants pour en interpréter la
lèvements diversifiés, essentiellement pour l'évaluanature et proposer une chronologie pour la succes
tion des potentiels du site en matière de paléo-envsion des cultures.
ironnement (sédimentologie, micromorphologie, L'abri est d'accès difficile ; la déclivité rend la
palynologie, carpologie, anthracologie, malacologie). marche d'approche relativement longue et pénible
Certains de ces tests se sont avérés totalement négatdepuis la piste la plus proche. Le matériel et l'eau
ifs (palynologie), d'autres ne sont pas encore exploipour le tamisage ont dû être convoyés à dos d'âne.
tés (malacologie). Par ailleurs des tests relatifs à la La fouille a nécessité la mise en place d'un échafau
conservation des traces microscopiques d'utilisation dage métallique tubulaire permettant d'évoluer au-
sur l'outillage lithique et des prospections thématdessus des surfaces décapées et des tombes sans
iques concernant les ressources en roches tenaces, jamais prendre appui sur le sol.
silex et argiles, ont donné des résultats très positifs Dans la perspective d'un diagnostic stratigra
qui prendront tout leur sens avec l'approche plus phique, les méthodes de fouille étaient fondées sur
extensive engagée à partir de 1991. un enregistrement systématique des témoins sur bor
Il ne s'agissait pas, à travers ces tests, d'établir dereaux avec prise de coordonnées en trois dimens
d'emblée des résultats à caractère définitif sur le site ions et sur la cartographie des structures. Pour l'e
mais, tout en établissant la stratigraphie du gisnsemble des sédiments, le tamisage a été réalisé à
ement, d'évaluer précisément ses potentialités pour ce l'eau, avec tri sur place de la fraction comprise entre
qui concerne l'analyse du milieu anthropisé. Nous
avons également souhaité la rationalisation des pré
lèvements pour éviter l'inflation qui caractérise
généralement ce type d'orientation. Il faut bien
convenir que cette limitation n'a pas toujours été 1. Ce programme a été financé par la Sous-Direction de
l'Archéologie au Ministère de la Culture dans le cadre du pr très heureuse compte tenu, par exemple, de la rareté
ogramme P26 du Conseil supérieur de la recherche archéolo imprévisible de certains témoins (bois et graines car
gique avec le concours du Conseil général des Alpes-Maritimes. bonisés) ou encore de la variabilité des types de sédLes fouilles de l'abri Pendimoun ont été interrompues sous la iments rencontrés. menace quelques jours avant le terme prévu pour la campagne
Les résultats analytiques seront présentés ici de 1992. Le responsable de ce programme et les chercheurs qui
y sont associés, le CNRS et la Sous-Direction de l'Archéologie avec toutes les réserves qui s'attachent à leur carac
au Ministère de la Culture ont considéré alors que les condi tère encore ponctuel. Il en va de même pour les don
tions de sécurité publique indispensables à une pratique nor nées concernant les faits techniques qu'il serait male de la recherche n'étaient plus réunies ; en conséquence, il
imprudent de quantifier, compte tenu de la modicité est probable que les opérations de terrain initialement prévues
des surfaces exploitées. Cependant nous pensons que pour les prochaines années n'auront pas lieu. 182 D. BINDER ET ALII
ces études très préliminaires constituent un préalable mentés et mal conservés, comme le montre l'analyse
indispensable à l'élaboration de problématiques anthracologique qui a porté sur 930 fragments issus
authentiquement interdisciplinaires. de prélèvements effectués tout au long de la
séquence stratigraphique. Le tableau de dénombre
ment {infra tabl. I, p. 189) montre, en première ana
Carpologie lyse, la relative pauvreté taxonomique du site (une
quinzaine d'espèces). Le nombre élevé de déterminat
Dans un premier temps, nous avions opté pour ions à la famille ou au genre, ajouté à la grande
la collecte intégrale du sédiment dans un carré quantité d'éléments non identifiés, montre bien la
témoin (M 16) en vue d'un tamisage différé, en labo mauvaise conservation des charbons de bois dans la
ratoire, sur cribles à mailles de 2 et 0,5 mm. Les plupart des couches et leur extrême fragmentation.
paléosemences recueillies dans ce contexte sont Toutefois, la nature agressive des sédiments
apparues en nombre assez limité compte tenu des n'explique pas complètement la faiblesse de l'info
volumes tamisés (176 litres) ; mais l'emplacement des rmation carpologique. Des causes d'origine anthro-
prélèvements, dans une zone non protégée par le su pique sont certainement responsables de la rareté des
rplomb rocheux et affectée par des bioturbations qui paléosemences : abondance de glands carbonisés en
se sont révélées plus intenses qu'ailleurs, peut expli bordure de la sépulture 2, exemples d'individus très
quer cette relative faiblesse. bien conservés (pépin de vigne sauvage datant du
Après ce premier test, les prélèvements ont été Néolithique antécardial recueilli en L19, petites
étendus à d'autres zones mais de façon sans doute semences très fragiles de mauve ou de morelle décou
trop ponctuelle. Le mode de prélèvement a consisté, vertes aussi bien dans l'horizon impressa que dans les
sur le chantier, en une séparation de la fraction fine niveaux du Néolithique moyen/supérieur). Les spéci
sur tamis à maille de 1 mm et tamisage systématique ficités fonctionnelles du site au Néolithique pour
à l'eau de la fraction grossière ; ce procédé limite le raient parfois être la cause de cette discrétion.
volume et le poids des échantillons à manipuler. La Les recherches ultérieures devront absolument
flottation de ces prélèvements a été réalisée en labo s'édifier à partir d'échantillons prélevés dans les
ratoire sur deux tamis de 2 et 0,5 mm. A l'heure zones qui paraissent les plus favorables à la conser
actuelle, plus de 1 200 litres de sédiment ont ainsi été vation des carpo-restes, particulièrement dans la
flottés. zone abritée.
Malgré les efforts fournis pour la récupération
des sédiments, leur acheminement, leur stockage et
leur traitement, bien peu de paléosemences ont été
G ÉO ARCHÉOLOGIE recueillies. La majorité des prélèvements s'avère sté
rile en carpo-restes alors que certains sont riches en Le fait que les deux sections séparées par la microcharbons de bois. La majorité des paléo tranchée de fouilles anciennes présentaient, de toute semences a été récupérée au tamisage à l'eau, sur le évidence, une forte différence de faciès a orienté chantier, et seule la fraction fine a été traitée en l'étude géoarchéologique préliminaire dans deux laboratoire. directions complémentaires : Des éléments intrusifs, généralement d'origine
. la caractérisation des faciès anthropiques par végétale (semences fraîches non carbonisées, fra
l'analyse des poussières dans le cadre de la dynagments de radicelles), peuvent témoigner de l'inten
mique globale de l'établissement humain ; sité des bioturbations, particulièrement dans les
• l'analyse contextuelle des faciès sédimentaires zones les plus affectées par des terriers de rongeurs
de combustion afin de restituer la fonction et les (M16).
rythmes de fonctionnement de ces structures et Les fruits et graines récupérés sont la plupart du
d'évaluer l'incidence des facteurs postdépositionnels temps très corrodés quels que soient les niveaux ou
sur leur organisation d'origine. la localisation des prélèvements : téguments externes
absents, couches superficielles de cellules complète Lithostratigraphie comparée (chronologie rela
ment détruites, semences fortement alvéolées. Il est tive) et vitesses de sédimentation n'ont pas encore
probable que la nature du sédiment encaissant et un été abordées dans cette phase préliminaire des tr
contexte géologique favorable à la circulation d'eau avaux géoarchéologiques. Ces aspects complément
souterraine soient en partie à l'origine de cette quasi- aires devraient apporter de précieux renseignements
absence de carpo-restes et de leur mauvais état. compte tenu des incertitudes liées aux datations
Les charbons de bois sont eux-mêmes très radiométriques. ABRI PENDIMOUN 183
LA SÉQUENCE STRATIGRAPHIQUE elles ne paraissent pas menacer, au-delà d'une cer
taine mesure, l'intégrité des dépôts. Par. contre,
l'abondance de terriers dans la zone M 16 Généralités
(ensemble II) pose assurément des problèmes d'ho
La séquence sédimentaire de l'abri Pendimoun mogénéité.
est constituée par des apports naturels de granulo- La séquence holocène a subi deux grandes tron
métrie variable provenant soit de l'évolution de la catures marquées par d'importantes accumulations
de blocs. Le ravinement externe correspond à l'éroparoi et de la falaise de l'Orméa (petits cailloutis ou
grèzes à la base de la séquence, éboulis plus ou moins sion des couches archéologiques au-delà du surplomb
rocheux. La genèse de la troncature interne est plus volumineux dans sa partie sommitale), soit de l'éro
sion des couches argilo-marneuses crétacées et, par délicate à interpréter; l'hypothèse d'un talus ancien
dont l'emprise se serait progressivement accrue à la ailleurs, de sédiments d'origine anthropique.
En l'absence de tout raccord visuel il est difficile suite de ravinements successifs (jusqu'à l'actuel) ne
peut pas être totalement écartée. La disparition des de décrire de façon homogène, et dans le détail, les
zones séparées par la tranchée Barrai car il existe de horizons tardo-romain et chalcolithique dans le sec
très fortes différences d'aspect entre ces deux zones. teur sud-est, ainsi que l'absence probable du sommet
Gomme on le verra, ces différences peuvent être de la séquence néolithique, rendent plus vraisem
blable l'hypothèse d'un ample ravinement dont les considérées à la fois comme chronologiques (tronca
mécanismes (fontis, résurgence karstique...) ne sont tures de la séquence) et fonctionnelles. Cependant
elles ne jouent guère au niveau des grands pas éclaircis.
La description qui suit est fondée sur le relevé et ensembles. Par ailleurs, la description détaillée des
petites unités sédimentaires n'a pas encore de sens l'observation de coupes stratigraphiques sur une lon
gueur de 19 m parmi lesquels 13 m sont connus sur ici, dès lors que la réduction des surfaces fouillées
rend incertaine leur attribution chronoculturelle pré toute l'épaisseur de la séquence holocène. Comme
cise, particulièrement au sein du Néolithique moyen c'est souvent le cas lors de ce type d'investigation,
l'appel des unités de fouille n'est pas transposable et supérieur.
d'un secteur à l'autre. La figure 4 présente un Partout où la fraction fine est développée on
observe, à la fouille, des bioturbations du sédiment schéma synthétique de ces différentes coupes. Dans
(galeries et turricules de lombrics, terriers de ron la description qui suit il convient de se reporter aux
geurs). Ces bioturbations conduisent parfois à une coupes considérées par nous comme des références
complète digestion des épandages cendreux qui ne se pour le site, soit, pour le secteur sud-est, la coupe
manifestent alors que par un semis de points blancs ; O-P/14-15 (fig. 5) et, pour le secteur nord-ouest, les
S14/15 R14/15 Q14/15 P14 15 014/15 0/N15 N15/ 16 M15/ 16 M/ L16 M/L17 M/L18 M/L19 M/ L20 M21 M/ N22 M/ N23
Fig. 4 — Schéma général de la stratigraphie des dépôts préhistoriques obtenu par juxtaposition des relevés de coupes : 1, calcaires
jurassiques; 2, limons gris caillouteux du Néolithique ancien; 3, argiles jaunes à passées glauconieuses et marnes crétacées;
4, ravinements internes ; 5, limite approximative de la zone abritée. D. BINDER ET ALII 184
coupes L-M/19-20 ainsi que la coupe pratiquée en démantelées sous forme de boulettes de sédiment gri
sâtre, blanchâtre ou encore jaunâtre; on n'y a rendiagonale de M21 (fig. 6 et 7). Les ensembles sont
décrits ici de façon très synthétique, depuis le som contré jusqu'à présent aucune structure évidente.
Dans l'angle nord-est de N15 et au-delà, vers le nord- met jusqu'à la base : I, éboulis; II, limons brun-
jaune compacts; III, limons gris ou bruns, caillou est, ces sédiments sont ravinés ; dans la partie ouest
de M 16 ils paraissent constituer le remplissage d'une teux ; IV, grèzes et cailloutis.
dépression creusée au détriment de l'ensemble sous-
jacent (creusement qui peut être lié à la limite du
toit de l'abri).
Par contre, dans le secteur nord, cet ensemble Ensemble I
présente une microstratigraphie relativement claire
Cet éboulis ravine toute la séquence archéolo et bien conservée : il s'agit d'une alternance de
limons à rares ou très rares petits cailloux et d'épan- gique à la fois vers l'ouest, au-delà du surplomb
(éboulis externe), et vers le nord-est dans la partie dages blancs plus ou moins épais et indurés.
abritée (éboulis interne). Il est probable que. cette En 015, les niveaux 2 et 3 sont constitués de limons formation ait été en partie démantelée pour la brun-jaune pauvres en éléments grossiers, tronqués par l'éboul
construction de l'enclos moderne qui fermait l'abri à is interne.
En M/19-21 on a défini la séquence suivante : 5, sédiment la verticale du surplomb.
gris, dur, à rares cailloux, très homogène et présentant un L'éboulis externe présente trois faciès princ contact festonné avec l'ensemble I (10 cm); 6, niveau très ipaux superposés : éboulis de forte taille (blocs de lon mince (1 cm) marqué par des nodules de sédiment blanc
gueur moyenne voisine de 30 cm) peu emballé au induré, se développant au-delà de M21 (st. 6b) ; 7, limons ocre
rougeâtre emballant des blocs de sédiment gris (cf. 5) et ravisommet (la), mince passée de cailloutis anguleux à
nant localement les niveaux sous-jacents (25 cm); 8, limons matrice brun-rouge (Ib) et, enfin, faciès à matrice brun-jaune à rares cailloux, ravinés vers le sud par 7 (15 cm); limono-argileuse, très grumeleuse, plus abondante, 9, lit discontinu de sédiment blanc induré s'épaississant vers le
constituée d'agglomérats de turricules de vers de nord (5 cm); 10, limons brun-jaune à rares cailloux (12 cm);
terre, localement plus cendreuse à la base (secteur 11, lit de sédiment blanc induré (4 cm); 12, limons brun-jaune
à rares cailloux (5 cm); 13, lit continu de sédiment blanc nord) (le). induré (4 cm); 14, limons brun-jaune ravinant légèrement les Dans la zone externe, l'ensemble I contient des couches suivantes (20 cm); 15, lit de sédiment blanc très éléments attribuables aux périodes modernes (la), à cimenté raviné vers le nord (10 cm); 15A, cuvette à remplis
l'Antiquité tardive (Ib) et à la Protohistoire (le), par sage brun-noir pulvérulent emballant des petits blocs brûlés,
elle recoupe les couches 16 à 18 (12 cm); 16, limons brun-jaune ticulièrement au Gampaniforme (le inférieur qui,
à rares cailloux (5 cm); 17, petit lit très localisé de sédiment pour l'heure, ne semble guère se distinguer du le
blanc induré; 18, limons bruns à rares cailloux (10 cm); 19, lit supérieur). discontinu de sédiment blanc induré (4 cm). L'éboulis interne ne peut être considéré ici que
Les rares éléments culturels rencontrés dans ces comme un ensemble indifférencié (I). La fouille a
montré qu'à proximité des sédiments en place, et au dépôts appartiennent au Néolithique moyen et supé
rieur : Chasséen latissimo sensu et culture des Vases moins jusqu'à 1 m du contact, la stratigraphie des
à Bouche Carrée ; toutefois la base de ce faciès livre couches, au détriment duquel il s'est constitué, était
les premiers témoins du Néolithique ancien cardial relativement bien conservée si l'on s'en tient aux
(st. 19 de la zone M/19-21). grands ensembles culturels (carrés P15, 016 et pro
parie P16). Cependant, dans la perspective d'une
exploitation palethnologique et paléo-écologique il
faut considérer comme peu ou non fiables les docu
ments provenant de cet éboulis interne relativement Ensemble III
aéré.
D'une façon générale, outre les nettes diffé
rences liées à la fraction fine plus poussiéreuse, cet
ensemble se distingue du précédent par la plus
grande abondance de cailloux et de blocs. Divers Ensemble II
faciès plus ou moins riches en cailloux sont super
Dans le secteur sud, cette séquence très homo posés.
gène présente des faciès plus ou moins riches en blocs Dans la zone nord, plusieurs structures ou épan-
et cailloux ; localement perturbée, elle livre parfois dages, apparemment liés à des phénomènes de
des vestiges de structures cendreuses totalement combustion, sont présents : cuvettes emplies de i
ABRI PENDIMOUN 185
P15/P14 015/014
100-
150-
• ' *- -
Vf)
250-
zone
lessivée
300-
1 12 P3j4 p||i5 [771
Fig. 5 — Détail de la coupe repère située à l'intersection des carrés O-P/14-15 : 1, éboulis
interne ; 2, limons jaunes compacts (Néolithique moyen/supérieur) ; 3-5, limons gris (Néoli
thique ancien, Cardial et Impressa) ; 6-8, cailloutis (Épipaléolithique) ; 9, remaniements ;
10, argiles jaunes du substrat; 11, prélèvements sédimentologiques (Néolithique moyen/
supérieur et Cardial).

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