L'assemblage lithique du site néolithique moyen II de Lillemer (Ille-et-Vilaine) - article ; n°4 ; vol.98, pg 647-662

De
Bulletin de la Société préhistorique française - Année 2001 - Volume 98 - Numéro 4 - Pages 647-662
La commune de Lillemer se situe au nord de V Ille-et-Vilaine, dans le fond du marais de Dol- de -Bretagne. Depuis 1995, les prospections de surface mettent en évidence la préservation d'un site d'habitat néolithique sur une emprise de 700 x 600 m. L'examen en coupe des canaux de drainage a par ailleurs permis de reconnaître l'extension du gisement dans l'épaisseur de la sédimentation du marais, soit en zone tourbeuse humide. Les sondages préventifs réalisés en 1998 sur une très faible surface confirment ce fait. Les céramiques mises au jour, bouteilles et grands récipients de stockage à traitement de surface soigné, évoquent une ambiance néolithique moyen II étayée par les caractères typologiques et technologiques de l 'assemblage Hthique. L'étude de ce dernier souligne l'unicité de l'occupation et offre de surcroît un séduisant jalon géographique et chronologique entre les ensembles normands et sud-armoricains.
Lillemer lies to the north of Ille-et-Vilaine, at the far end of the Dol-de- Bretagne marsh. Since 1995, surface prospecting has revealed the preservation of a Neolithic settlement over an area of some 700 x 600 metres. The study of drainage canal sections has allowed an extension of the settlement to be identified in the marsh sedimentation, i.e. a peat bog. Archaeological excavations, undertaken in 1998 on a very small area, confirm this fact. The pottery discovered, bottles and large storage containers with a well-finished surface treatment, evoke the Middle Neolithic II, as do the typological and technological characteristics of the stone industry. Study of the latter points to a single occupation period and also provides an attractive chronological and geographic reference between the Norman and South-Armorican complexes.
16 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 2001
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Jean-Noël Guyodo
Alain Noslier
Pascal Madioux
Catherine Bizien-Jaglin
L'assemblage lithique du site néolithique moyen II de Lillemer
(Ille-et-Vilaine)
In: Bulletin de la Société préhistorique française. 2001, tome 98, N. 4. pp. 647-662.
Résumé
La commune de Lillemer se situe au nord de V Ille-et-Vilaine, dans le fond du marais de Dol- de -Bretagne. Depuis 1995, les
prospections de surface mettent en évidence la préservation d'un site d'habitat néolithique sur une emprise de 700 x 600 m.
L'examen en coupe des canaux de drainage a par ailleurs permis de reconnaître l'extension du gisement dans l'épaisseur de la
sédimentation du marais, soit en zone tourbeuse humide. Les sondages préventifs réalisés en 1998 sur une très faible surface
confirment ce fait. Les céramiques mises au jour, bouteilles et grands récipients de stockage à traitement de surface soigné,
évoquent une ambiance néolithique moyen II étayée par les caractères typologiques et technologiques de l 'assemblage Hthique.
L'étude de ce dernier souligne l'unicité de l'occupation et offre de surcroît un séduisant jalon géographique et chronologique entre
les ensembles normands et sud-armoricains.
Abstract
Lillemer lies to the north of Ille-et-Vilaine, at the far end of the Dol-de- Bretagne marsh. Since 1995, surface prospecting has
revealed the preservation of a Neolithic settlement over an area of some 700 x 600 metres. The study of drainage canal sections
has allowed an extension of the to be identified in the marsh sedimentation, i.e. a peat bog. Archaeological
excavations, undertaken in 1998 on a very small area, confirm this fact. The pottery discovered, bottles and large storage
containers with a well-finished surface treatment, evoke the Middle Neolithic II, as do the typological and technological
characteristics of the stone industry. Study of the latter points to a single occupation period and also provides an attractive
chronological and geographic reference between the Norman and South-Armorican complexes.
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Guyodo Jean-Noël, Noslier Alain, Madioux Pascal, Bizien-Jaglin Catherine. L'assemblage lithique du site néolithique moyen II
de Lillemer (Ille-et-Vilaine). In: Bulletin de la Société préhistorique française. 2001, tome 98, N. 4. pp. 647-662.
doi : 10.3406/bspf.2001.12567
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bspf_0249-7638_2001_num_98_4_12567Jean-Noël L'assemblage Hthique GUYODO,
avec la collaboration de
du site néolithique moyen II Alain NOSLIER,
Pascal MADIOUX,
Catherine BIZIEN-JAGLIN de Lillemer (Ille-et-Vilaine)
préventifs Hthique. La la surcroît Les ailleurs mettent traitement Résumé étayée du emprise sédimentation commune marais céramiques par en permis un de L'étude réalisés de évidence séduisant les 700 de surface Dol- caractères de mises x Lillemer du 600 reconnaître de en ce la marais, jalon -Bretagne. soigné, au m. 1998 dernier préservation jour, L'examen se typologiques géographique sur situe soit évoquent souligne bouteilles Г une extension Depuis en au en d'un zone très nord coupe une l'unicité et 1995, faible site et tourbeuse du de technologiques grands ambiance chronologique des gisement V d'habitat les Ille-et-Vilaine, surface de canaux prospections récipients l'occupation humide. néolithique dans confirment de entre drainage l'épaisseur Les de l dans 'assemblage de stockage les et sondages moyen sur offre surface ce le ensemba fond fait. une par de II à
les normands et sud-armoricains.
Abstract
Lillemer lies to the north of Ille-et-Vilaine, at the far end of the Dol-de-
Bretagne marsh. Since 1995, surface prospecting has revealed the preservat
ion of a Neolithic settlement over an area of some 700 x 600 metres. The
study of drainage canal sections has allowed an extension of the settlement
to be identified in the marsh sedimentation, i.e. a peat bog. Archaeological
excavations, undertaken in 1998 on a very small area, confirm this fact. The
pottery discovered, bottles and large storage containers with a well-finished
surface treatment, evoke the Middle Neolithic II, as do the typological and
technological characteristics of the stone industry. Study of the latter points
to a single occupation period and also provides an attractive chronological
and geographic reference between the Norman and South-Armorican comp
lexes.
Récemment identifié sur une étendue approximative récolté au terme de nombreuses campagnes de pros
de 700 x 600 mètres, le site d'habitat de Lillemer pection de surface.
(nord de Г Ille-et-Vilaine) offre un matériel Hthique
abondant attribuable au Néolithique moyen dans un LOCALISATION secteur où de tels sites ont peu souvent été identifiés.
Il pourrait ainsi offrir un séduisant jalon géographique Situé à une dizaine de kilomètres de la côte, le village
et chronologique entre les ensembles normands et de Lillemer (llle-et- Vilaine) occupe un pointement du
sud-armoricains. Une opération de diagnostic effec bedrock dans le fond du marais de Dol-de-Bretagne.
tuée sur un terrain en passe d'être construit a permis Constitué de schistes et phyllades de Saint-Lô, ponctués
de mettre en évidence au sein de quelques vignettes par quelques filons de dolérite et de quartz amorphe,
exploratoires la préservation du sol d'occupation cet îlot rocheux domine, avec ses 13 m d'altitude NGF,
préhistorique. L'assemblage Hthique présenté a été le marais tourbeux environnant.
Bulletin de la Société Préhistorique Française 2001, tome 98, n° 4, p. 647-662 |
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648 Jean-Noël GUYODO, avec la collaboration de Alain NOSLIER, Pascal MADIOUX, Catherine BIZIEN-JAGLIN
Le marais de Dol-de-Bretagne constitue la partie sud- de tangue marine fine indiquant un milieu intertidal. Cet
occidentale aujourd'hui exondée et mise en culture de épisode est également perceptible dans un sondage pro
la baie du Mont-Saint-Michel, vaste prisme sédimen- che de Lillemer, dans le marais de Châteauneuf-d'Ille-
et- Vilaine distant de 3,5 km, au travers de formations taire d'origine marine dont la formation a débuté dès
l'Holocène (Lautridou et al, 1995). Limité au sud par tourbeuses établies à la suite de dépôts marins. Cette
tourbière montre le passage progressif d'un marais sau- les falaises fossiles et au nord par la digue qui matérial
ise la ligne de rivage actuelle, le marais présente en mâtre à un milieu lacustre.
surface deux faciès très contrastés. Au nord, entre Plus proches du gisement, deux sondages implantés le
long du Biez-Jean - rivière tangente à l'ouest de la butte 7,50 m et environ 5 m NGF, les marais blancs corres
pondent à des dépôts de tangues, sédiments fins sablon de Lillemer - montrent une influence marine le long de
neux, silteux ou argileux lités d'origine marine ou ce cours d'eau entre 4800 et 4400 В P. Lors de cette
estuarienne. Au sud, au pied des falaises fossiles, remontée marine, la tourbière de Châteauneuf-d'Ille-et-
s'étendent les marais noirs (entre environ 5 et 2 m Vilaine, située directement à l'ouest de Lillemer, s'isole
NGF) formés de tourbières souvent encore active. Le définitivement de l'influence marine peut-être par l'ins
tallation d'une levée de tangue due au passage du Biez- niveau général du marais (entre 7,50 et 2 m NGF) est
inférieur aux plus fortes marées actuelles. Jean. Bien qu'aucun de ces sondages ne concerne dire
La sédimentation, développée jusqu'à 20 m d'épaisseur, ctement la tourbière de Lillemer, ces données posent le
présente une stratification complexe où se succèdent des problème de l'environnement du gisement néolithique.
niveaux de limons, de tangues et des formations tour Les données sédimentaires reconnues dans les biefs
beuses. L'étude de ce prisme par carottage (Morzadec- montrent une stratigraphie apparemment simple. Sous
Kerfourn, 1 974) a permis de reconnaître le schéma de une épaisseur d'environ 0,80 m de tourbe et de sol
sédimentation holocène débutant vers 8000 BP tradui labouré, la tangue grise apparaît. La présence de mobil
ier néolithique en place dans cette formation suggère sant les modifications environnementales au rythme des
variations du niveau marin. Parmi les variations iden au premier abord que la tourbière ait une origine néoli
tifiées par M. -T. Morzadec-Kerfourn, certaines corres thique et qu'elle ait perduré jusqu'à nos jours sans nou
pondent globalement à la période proposée pour le gis vel apport marin. L'absence d'analyse environnement
ement néolithique. Un épisode régressif ou ralentiss ale ne permet pas de définir le contexte de l'occupat
ement de la transgression marine est daté de 5500 BP. ion, mais ces données proches permettent d'exposer le
Sur la partie centrale du marais, il correspond à l'instal problème. Il faut peut-être envisager un schéma simi
laire à celui du marais de Châteauneuf-d'Tlle-et- Vilaine. lation d'une zone marécageuse au sud, dans les parties
basses, et d'un schorre au nord succédant à des dépôts L'occupation néolithique a pu se développer sur un
803 Numéro de parcelle
Parcelles prospectées (1 995/1 999)
Tranchée mécanique
О < 1 00 pièces
О 100-400 pièces
( J > 400 pièces
Fréquence des individus lithiques, par parcelle cadastrale.
Fig. 1 - Localisation des lots lithiques étudiés.
Bulletin de la Société Préhistorique Française 2001, tome 98, n° 4, p. 647-662 lithique du site néolithique moyen II de Lillemer (Ille-et- Vilaine) 649 L'assemblage
schorre - celui formé aux alentours de 5500 BP - pos de quatre mille individus lithiques. Si les éléments de
grandes dimensions et les "belles" pièces sont reprétérieurement à la mise en place de ce dernier, lors d'un
épisode globalement transgressif ressenti dans l'es sentés, on peut aussi dénombrer de nombreux éclats de
tuaire du cours d'eau proche. La tourbière a pu perdurer faibles et autres esquilles signalant ainsi le
par la suite apparemment isolée définitivement de l'i ramassage systématique de tous les individus. Le mobil
nfluence marine. La problématique environnementale ier a été localisé par parcelle et, si cela était nécessaire,
liée à l'occupation néolithique peut ainsi être posée en par secteur notamment dans les zones où la totalité de
ces termes. la surface du champ n'était pas concernée par le gise
Au terme des prospections, le gisement occupe l'em ment. L'ensemble des pièces recueillies entre 1995 et
prise de la butte autour de laquelle est implanté le vi 1999 est de l'ordre de 4499 individus, pour un poids
llage actuel et disparaît vers le marais côté sud (fig. 1). total de 58,059 kg. La présente étude ne porte que sur
L'examen en coupe des canaux de drainages - ou les 4477 pièces utilisables de ce lot. Le taux de pièces
biefs - a par ailleurs permis de reconnaître l'extension brûlées est élevé, de l'ordre de 35,3 %.
du gisement en profondeur dans l'épaisseur de la séd À ce jour, la détermination exacte de l'emprise du gis
imentation du marais. Enfin, si nombre d'éléments ement n'est pas terminée. D'une part des parcelles nou
lithiques ont également été reconnus sur les parcelles vellement retournées ou livrées à des labours plus pro
sommitales du village, il semblerait qu'en ces endroits, fonds offrent régulièrement la possibilité de ramassages
les niveaux soient remaniés par les engins agricoles permettant soit de combler des lacunes pressenties, soit
(labours ressassés par les charrues raclant le socle) et d'étendre notablement l'étendue du gisement. Certaines
surtout perturbés par l'occupation moderne des lieux parcelles vierges de mobilier et localisées au sein de
(carrières du XIXe siècle). l'emprise théorique du site ont été autrefois totalement
excavées lors d'exploitations de carrières. D'autre part,
la mise en évidence de l'extension en profondeur dans CORPUS la sédimentation du marais par le biais des coupes de
Depuis la découverte en 1995 (Bizien-Jaglin, 1995; fossés de drainage indique que des secteurs entiers ne
Bizien-Jaglin et Duval, 1996; Bizien-Jaglin et Wyart, sont pas entamés par les labours et ne sont donc pas
1998) des premières pièces lithiques par A. Noslier aidé directement identifiables par la simple prospection au sol.
par la suite par P. Madioux (CeRAA, Centre Régional La répartition spatiale schématique des principales clas
Archéologique d'Alet), plusieurs campagnes de ramas ses d'outils et de macro-outils souligne bien le fait que
sage ayant pour but de délimiter l'emprise du gisement l'extension du site est importante et que les deux prin
de surface ont permis de rassembler une série de plus cipales zones de concentrations identifiables (partie
Parcelles prospectées (1995/1999)
Zone de concentration de l'outillage et du macro-outillage
Fig. 2 - Localisation de l'outillage et du macro-outillage.
Bulletin de la Société Préhistorique Française 2001, tome 98, n° 4, p. 647-662 Jean-Noël GUYODO, avec la collaboration de Alain NOSLIER, Pascal MADIOUX, Catherine BIZIEN-JAGLIN 650
centrale du village et zone proche du marais au sud) ne avec les prudentes restrictions d'usage concernant sa
correspondent qu'aux secteurs plus profondément écrê- condition de découverte.
tés par les charrues (parcelles 760, 772 et 747), du
moins où les couches archéologiques sont les moins LA CERAMIQUE profondes.
Plusieurs indices suggèrent, dès le premier abord, une Les formes les plus complètes du gisement sont trois bout
homogénéité de cet assemblage. Parmi les outils, les eilles (fig. 3, nos 1-2, 4) ainsi qu'un grand récipient de
stockage (fig. 3, n° armatures tranchantes à retouches abruptes des bords 3) de 40 cm de hauteur. Ces cérami
sont les seules représentées. Il faut noter l'absence ques de couleur brun foncé à noir sont à fond rond et
d'élément de poignard en silex de type pressignien et parois fines, polies à l'extérieur et à l'intérieur. Les lèvres
autre scie à encoches, associés au Néolithique final. En sont arrondies et les diamètres à l'embouchure de l'ordre
de 10 à 12 cm. Aucun décor n'a pu être mis en évidence. terme de débitage, les caractères technologiques,
notamment laminaires, reconnus sur le site d'obédience La pâte présente, macroscopiquement, des inclusions très
Villeneuve-Saint-Germain du Haut-Mée à Saint- fines à moyennes de quartz et de muscovite.
Étienne-en-Coglès (Ille-et- Vilaine ; Cassen étal., 1998) L'ensemble peut être attribué au seul Néolithique
ne sont pas identifiables, tout comme ceux de corpus moyen II.
attribuables au Néolithique final voire au Campaniforme
(Hinguant et al, 1999). Cette homogénéité est appuyée MATIERES PREMIERES LITHIQUES par les éléments céramiques entiers ou archéologique-
ment entiers recueillis. Elle permet d'envisager une Le substrat schisto-phylladique local recèle de maté
étude technotypologique de cet assemblage lithique riaux filoniens peu diversifiés tels que des dolérites
15 cm
Fig. 3 - Production céramique de Lillemer. 1 -2, 4 : bouteilles ; 3 : récipient de stockage.
Bulletin de la Société Préhistorique Française 2001, tome 98, n° 4, p. 647-662 lithique du site néolithique moyen II de Lillemer (Ille-et- Vilaine) 651 L'assemblage
(sous forme de plaquettes) et des quartz amorphes. Bien signalés comme silex indéterminés. Ces deux groupes
que le socle métamorphique soit dépourvu de roches sont parmi les plus fournis ; respectivement 40,8 % et
siliceuses natives, la proximité de l'estran permet un 25,8 % du lot lithique.
approvisionnement substantiel en matières roulées D'autres silicifications sont enfin sporadiquement
d'une grande diversité. Outre les galets de silex côtier représentées, tels quelques éléments de chaille (13 indi
(259 individus soit 5,8 % du corpus), on retrouve au vidus) et de silex turonien à cortex brun frais (2 nucleus
sein de ces cordons des roches filoniennes locales et 1 éclat cortical).
démantelées et roulées (quartz, dolérite, roches méta La présence de nombreux individus d'opale résinite
morphiques diverses) ainsi que des roches allochtones (supports laminaires, éclats corticaux, nucleus, etc. ;
charriées et amenées par les courants (grès roses d'Er- 3,3 % du corpus) signale un axe d'approvisionnement
quy ou violacés de Fréhel, etc.). En revanche, la prove plus méridional puisque les seuls gisements de cette
nance la plus probable des grès lustrés tertiaires utilisés roche sédimentaire reconnus à l'heure actuelle sont
se situerait plutôt dans le secteur de Saint-Pierre-de- situés dans la région de Saumur/Tours (en Indre-et-
Plesguen/Pleudihen, à une dizaine de kilomètres au Loire), soit à près de 200 km vers le sud-ouest.
sud-est de Lillemer. La provenance des grès armoric Si certains blocs doléritiques locaux présents sous
ains, fréquents sur le gisement, est à rechercher dans forme de plaquettes décimétriques ont été utilisés, la
présence de macro-outils - notamment certaines haches un secteur plus septentrional, en Centre-Bretagne, soit
polies - en dolérite de type A évoquent une circulation à quelques dizaines de kilomètres.
Un approvisionnement complémentaire en matières de matière première depuis la région de Plussulien en
premières exogènes est suggéré par la présence de nom Côtes ď Armor, soit à environ 100 km vers l'ouest. La
breux silex à cortex natifs crayeux, ou très peu déplacés fibrolite verte veinée, reconnue sous la forme de trois
évoquant les rognons pouvant provenir de terrasses flu petites haches polies, provient quant à elle des gis
viales. Parmi les nombreux types de silex présents spo ements nord-finistérien de Plouguin, soit à plus de
radiquement se démarquent deux matières. La première 150 km vers l'ouest.
Outre le recours en matières premières siliceuses ou (silex la; 240 individus soit 5,4 % du corpus), marron,
mate ou légèrement translucide voire brillante, est très métamorphiques locales, il semble donc qu'un abon
dant approvisionnement - peut-on réellement le qualifhomogène et ne révèle pas d'inclusion. Le cortex, clair,
ier de secondaire à la vue des proportions ? - en roches frais mais parfois lisse et surtout très fin (moins de
5 mm d'épaisseur), présente parfois une zone sous- de qualité circulant sur un large axe est-ouest, avec en
corticale fine blanchâtre. Il s'agit très probablement du appoint de l'opale résinite d'origine plus méridionale,
silex de la base du Bathonien moyen (Jurassique), dont soit de mise.
les affleurements connus en plaine de Caen se situent
dans le secteur de Bretteville-le-Rabet/Les Moutiers- DÉBITAGE en-Cinglais (Calvados; Desloges, 1986). La seconde
(silex lb ; 276 individus soit 6,2 % du corpus) est noire Nucleus
opaque unie et présente un cortex épais (> 5 mm)
Les nucleus - 84 individus soit 1,9 % de l'assemblage - irrégulier. L'origine de ce silex (sommet du Bathonien
moyen ou Bathonien supérieur) n'est pas assurée. Dès sont issus de douze matières premières différentes, tant
locales (galet de silex côtier et de grès, quartz) qu'imlors, une provenance orientale de ces blocs, depuis les
marges sédimentaires normandes distantes d'une cen portées (silex natifs 1, 2, indéterminés, opale résinite,
taine de kilomètres, est envisagée. etc. ;tabl. 1).
Un silex (2a, 5 1 individus soit 1,1 % du corpus) à tex Les blocs de silex possèdent des dimensions très varia
ture fine opaque homogène ainsi qu'à cortex clair frais bles, de 20 à 70 mm de longueur et de largeur et 12 à 50
parfois lisse et peu épais (> 5 mm) se rapproche de mm d'épaisseur. La norme de la longueur du bloc rejeté
l'aspect macroscopique du silex la évoqué supra, sauf semble se situer entre 20 et 30 mm. Si quelques indivi
en ce qui concerne sa couleur orange foncé. Bien qu'il dus ont été abandonnés plus tôt, c'est souvent parce que
la matière était en cause (gélifraction, occlusion quart- puisse s'agir d'un faciès particulier du Bathonien
moyen de la plaine de Caen, il est distingué des pré zeuse, etc.) ou que l'un des derniers enlèvements endom
cédents par prudence. mageait grandement la surface du plan de frappe (fr
Un silex jaspeux (2b) à texture très fine marron clair équentes traces d'acharnement) ou la convexité (angle
homogène, à zone sous-corticale zonée, et cortex fin impropre à la poursuite du débitage). Ces données métri
(> 5 mm) brun à occlusions de fossiles de type pétoncle, ques sont bien évidemment subordonnées au module de
est également représenté (103 individus soit 2,3 % du la matière première brute, 70 à 80 mm de longueur au
corpus). Sa provenance n'est pas assurée bien qu'il grand maximum pour les galets de silex côtier, et environ
semble, après examen macroscopique, très proche des 200 mm pour les blocs de silex bathoniens type la et
silex bathoniens de type la. lb. Le débitage semble poussé à l'extrême même si la
Les silex qui présentent un cortex frais natif indubitable stratégie vis-à-vis du bloc est de s'astreindre à un certain
mais parfois brûlés ou étonnés n'ont pu être associés module final plus que de produire à outrance des pro
avec précision à tel ou tel sous-type (la, lb, etc.). Le duits peu normalisés, du moins non recherchés.
terme de silex natif indéterminé est ici de rigueur. Les Les séquences laminaires identifiables en fin d'exploi
autres individus dépourvus de plage corticale ou de tation des nucleus sont peu fréquentes et essentiell
ement menées à partir d'un seul plan de frappe (8 des 9 zone sous-corticale et ainsi difficilement classables sont
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652 Jean-Noël GUYODO, avec la collaboration de Alain NOSLIER, Pascal MADIOUX, Catherine BIZIEN-JAGLIN
cas). Les autres nucleus (75 individus) suggèrent le Quelques traces d'acharnement au niveau de la sur
retrait de derniers éclats de faibles dimensions, à partir face du plan de frappe sont visibles sur plusieurs
d'un (33 individus), deux (débitage bipolaire 12 indivi nucleus. De nombreux cas ď outrepassages distaux
dus, ou orthogonal 6 individus) voire plusieurs plans de ou rebroussés sont également identifiables, sans pour
frappe (24 cas). Le débitage en fin d'exploitation est autant qu'il y ait dans ce dernier cas de tentative de
mené par percussion directe dure, très rarement posée reprise de la convexité. Le plus souvent le bloc est
sur enclume. alors rejeté.
\
i/
_ 10 11
5 cm
Fig. 4 - Assemblage lithique de Lillemer. 1-11 laminaire; 12-17 grattoirs.
Bulletin de la Société Préhistorique Française 2001, tome 98, n° 4, p. 647-662 lithique du site néolithique moyen II de Lillemer (Ille-et- Vilaine) 653 L'assemblage
silex Matières galet silex opale grès quartz 1a 1b 2a 2b natif chaille turonien Total côtier indét. résinite galet bloc Type de nucleus indét.
unipolaire 3 4 2 1 12 2 2 6 1 33
1 1 1 5 laminaire 8
bipolaire 3 5 2 1 1 12
laminaire 1 1
orthogonal 1 4 1 6
- laminaire
2 1 14 2 24 multipolaire 2 2 1
- laminaire
Total 8 10 3 1 1 33 2 2 6 14 2 2 84
Tabl. 1 - Polarité des nucleus, par matière première.
Séquences laminaires des enlèvements antérieurs en vue d'établir les codes
d'extraction (Binder, 1987) signale un débitage mené
Les supports laminaires en partie corticaux (lame corti indifféremment d'un côté vers l'autre, voire très peu
cale ou LC, lame à versant cortical ou LVC, éclat lami souvent des flancs vers l'intérieur de la surface de débi
naire à versant cortical ou ELVC) sont faiblement repré tage. D'après le sens de l'enlèvement des supports
sentés, à l'inverse des produits sans cortex (lame ou laminaires précédents, le retrait est mené essentiell
Lam, éclat laminaire ou EL). Les taux restreints de ement à partir d'un seul plan de frappe au terme d'un
lames des matières premières siliceuses importées (la, débitage unipolaire semi-tournant (89 % des cas).
lb, 2a, natif indéterminé) sont compris entre 1 2 et 16% Les stigmates d'une percussion directe au percuteur
(tabl. 2 et 3 ; fig. 4, nos 1-1 1). En revanche, les matériaux dur - plus rarement tendre organique - sont les seuls
locaux (galet côtier et chaille, grès lustré) sont peu reconnus. Aucun support laminaire n'évoque un débi
exploités pour le retrait de lames, obtenues plus par tage par percussion indirecte ou par pression.
opportunisme qu'au terme d'une séquence développée.
La fragmentation laminaire est importante (30,3 % de Débitage d'éclats
pièces entières). Elle est menée par compression axiale
(à main) ou par percussion en vue d'une reprise en tron Seules les matières premières locales présentent des
catures retouchées. Elle peut également être accident produits de début de chaîne opératoire, notamment les
elle. entames et éclats très corticaux, tel pour les galets de
Quelle que soit la matière première engagée, les sup silex côtiers.
ports obtenus possèdent deux à trois pans, très rarement Pour les matières premières importées, notamment les
plus (quatre pans : 3,6 %). L'examen de l'enchaînement silex bathoniens de Basse-Normandie, le faible nombre
silex opale grès Matières Total galet natif silex 1a 1b 2a 2b chaille résinite lustré côtier indét. indét.
Laminaire LC 1 1
LVC 2 2 1 1 9 15
Lam 4 12 12 1 2 105 1 29 10 4 180
1 ELVC 1
EL 1 8 13 2 1 58 18 3 104
Total 7 22 26 3 4 173 1 48 13 4 301
Tabl. 2 - Tableau simplifié des supports laminaires, par matière première.
silex opale grès natif silex Totalité Matières galet 1a 1b 2a 2b résinite lustré côtier indét. indét.
Taux général de lames 2,7 % 9,2 % 9,5 % 5,9 % 3,8 % 9,5 % 4,1 % 9,0 % 2,9 % 6,7 %
(lames/totalité des pièces lithiques)
Taux restreint de lames 4,3 % 13,2% 12,4% 15,8% 4,7 % 12,3% 5,1 % 12,5 % 7,7 % 9,3 % des produits débités)
- - Taux d'utilisation 4,6 % 7,1 % 12,0% 8,7 % 8,4 % 1,1 % 1 ,4 % 5,4 %
(outils/totalité des pièces lithiques)
- - Taux restreint d'utilisation 7,4 % 10,2% 15,7% 10,6% 10,9% 1 ,4 % 3,8 % 7,4 % des produits débités)
Tabl. 3 - Différents taux pour l'assemblage lithique de Lillemer (pièces entières et fragmentées, retouchées ou non).
Bulletin de la Société Préhistorique Française 2001 , tome 98, n° 4, p. 647-662 •
654 Jean-Noël GUYODO, avec la collaboration de Alain NOSLIER, Pascal MADIOUX, Catherine BIZIEN-JAGLIN
silex grès Matières galet natif silex Total 1a 1b 2a 2b chaille lustré côtier indét. indét.
1 2 grattoir 9 10 22 7 95 5 151
armature 1 3 17 2 23
taraud/perçoir 1 1 1 10 1 14
coche retouchée 2 1 12 1 16 clactonienne 2 2
pièce esquillée 6 11 5
couteau 1 1 1 2 1 6
troncature retouchée 1 5 1 7
pièce à retouches bifaciales 1 3 4
racloir 1 1 2
burin 3 3
1 1 denticulé 2
crête retouchée 1 1
composite (grattoir/racloir) 1 1
- Total 12 18 34 8 156 1 12 2 243
Tabl. 4 - Tableau typologiquc des outils taillés, par matière première.
de pièces corticales suggère leur acquisition sous forme sont très rarement entretenus par enlèvements orthogo
de blocs - proches des 20 cm de longueur - déjà partie naux. L'abrasion des corniches est enfin signalée sur
llement dégrossis. une dizaine de nucleus.
Quelle que soit la matière première engagée, le débitage
est réalisé selon les mêmes modalités. Les éclats obte LA RETOUCHE nus possèdent de faibles dimensions, notamment en
ce qui concerne les épaisseurs, sauf peut-être pour les Pièces à enlèvements irréguliers
quelques éclats corticaux tirés de silex bathoniens (la Le taux restreint des supports (de tous types et de toutes
et lb) ou l'ensemble des éclats issus de galets côtiers. matières) présentant la reprise d'un bord par retouches
L'examen de la partie proximale et des enlèvements est assez élevé avec 15,5 %, soit 385 éclats et 82 lames ;
antérieurs des éclats signale un débitage mené par per seuls les supports entiers et fragments proximaux sont
cussion directe dure. Si le retrait d'éclats par percussion pris en considération. Les taux restreints pour les seuls
tendre organique est peu fréquent, l'intervention de la éclats (13,1 %) ou supports laminaires (41,4 %) évo
percussion indirecte n'a en revanche pas été observée quent indéniablement une transformation préférentielle
pour ces supports. Les talons sont très majoritairement de ces derniers supports.
lisses (96 %) et assez épais. Les talons punctiformes, Tous les types d'éclats présentent des retouches directes
dièdres, voire facettés, sont également identifiables, ou inverses abruptes ou semi-abruptes continues ou par
bien qu'anecdotiques. Ils sont presque uniquement tielles, ainsi sans réelle norme. Les éclats dépourvus de
limités aux seuls supports laminaires en vue d'une per cortex sont néanmoins les plus utilisés, à hauteur des
cussion directe tendre organique. deux tiers.
Les lames - supports entiers ou fragments proximaux - Le débitage est essentiellement développé à partir d'un
plan de frappe unique. L'entretien des convexités des sont modifiées par retouches directes ou inverses,
blocs n'est pas très développé. De rares indices d'abra abruptes à rasantes continues ou partielles d'un voire
deux bords (fig. 4, nos 4, 6-9). Là encore, on assiste à sion des corniches ainsi que de facettage de la surface
de plan de frappe des nucleus sont identifiables. Les une transformation opportuniste de ces supports, mais
rares cas d'accidents du type effets torses et rebroussés plus systématisée.
ne sont le plus souvent qu'imputables à la matière pre
mière. Pièces retouchées
243 outils se répartissent en 13 classes (tabl. 4). Le taux
Aperçu des méthodes d'utilisation global (5,4 %) ainsi que le taux d'utili
sation restreint (7,4 %) sont néanmoins peu élevés
La technique de préparation de crête pouvant faciliter (tabl. 3).
le débitage des premiers supports est peu exprimée Bien que certaines roches locales se soient prêtées au
puisque seules deux lames à crêtes ont pu être identi débitage et ainsi à la production de supports, le recours
fiées. L'entretien des surfaces de plan de frappe ne sem aux matières premières importées (silex la, 1 b et natifs
ble pas non plus de mise bien que trois tablettes de indéterminés : 85,6 %) a été quasi exclusif pour la con
ravivage - toutes en silex importés - soient tout de fection d'outils retouchés.
même présentes, prouvant une reprise complète. Tl en La gestion des supports, en vue de confectionner des
est de même pour la surface de débitage dont les flancs outils retouchés, est différentielle (tabl. 5). Les éclats
Bulletin de la Société Préhistorique Française 2001 , tome 98, n° 4, p. 647-662 ;
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L'assemblage lithique du site néolithique moyen II de Lillemer (Ille-et- Vilaine) 655
plus ou moins corticaux sont essentiellement transfor couteaux mais aussi pour les troncatures retouchées
més en pièces esquillées, grattoirs (69,9 % des cas), et les burins. Il faut également signaler le recours aux
racloirs et outils composite grattoir/racloir, alors que les supports nucléiformes pour quelques rares pièces (grat
supports laminaires sont préférés pour les armatures et toir, pièce esquillée, pièces à retouches bifaciales).
Гл
VI/
15 16 17
Fig. 5 - Assemblage lithique de Lillemer. 1-3, 7-10 grattoirs 4-6 pièces esquillées ; 1 1-17 coches retouchées.
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