Le dolmen sous tumulus n° 2 de Peyrecor et son paléoenvironnement à Escout (Pyrénées-Atlantiques) - article ; n°4 ; vol.94, pg 527-550

De
Bulletin de la Société préhistorique française - Année 1997 - Volume 94 - Numéro 4 - Pages 527-550
RÉSUMÉ Le dolmen sous tumulus de Peyrecor 2 apporte des données nouvelles sur le mégalithisme du piémont des Pyrénées occidentales. Les témoins archéologiques ont révélé les diverses phases d'occupation qui ont pu être situées dans le contexte chrono-culturel préhistorique et protohistorique régional. La construction du monument mégalithique datée de 4090 ± 90 BP/4095 ± 60 BP, a été effectuée au Néolithique final. La condamnation de la chambre sépulcrale a éfé réalisée au Chalcolithique. Le site est réoccupé au début du Bronze ancien et le tumulus a subi par la suite des dégradations au Bronze final et à l'Age du Fer. Les relations chrono- culturelles à l'échelle de l'ensemble du piémont pyrénéen permettent de discuter l'originalité du dolmen sous tumulus de Peyrecor 2. Les informations sur le paléoenvironnement obtenues par la palynologie et l'anthracologie, révèlent un paysage déjà marqué par l'intervention humaine durant l'utilisation du monument. Dans cette région des Pyrénées occidentales, l'action anthropique sur la chênaie caducifoliée de l'étage collinéen, a clairement favorisé la hêtraie : à Peyrecor, situé à proximité des vallées d'Aspe et d'Ossau, l'importance de Fagus, qui se manifeste à basse altitude (380 m), à la fin du 5e millénaire BP, est remarquable.
ABSTRACT New data on the megalithic culture in the Western Pyrenees piedmont have been obtained from the Peyrecor 2 dolmen. Archaeological artefacts testify to the existence of several phases of occupation, which have been placed in the pre and protohistoric chrono- cultural context of this region. The monument was built during the late Neolithic (4090 ± 90 BP/4095 ± 60 BP). Access to the chamber was closed during the Chalcolithic. The site was again occupied at the beginning of the Early Bronze Age and damaged later on (Late Bronze Age/Iron Age). The chrono-cultural relations allow us to discuss the originality of this monument. Human induced environmental changes took place while the monument was still in use, as attested by both pollen and charcoal analysis. In this region and the collinean stage, oak forest clearance favoured the development of Fagus. At Peyrecor (380 m), high frequencies of Fagus are recorded by the end of the Vth millenium BP.
24 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mercredi 1 janvier 1997
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Patrice Dumontier
Bui Thi Mai
Christine Heinz
Le dolmen sous tumulus n° 2 de Peyrecor et son
paléoenvironnement à Escout (Pyrénées-Atlantiques)
In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1997, tome 94, N. 4. pp. 527-550.
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Dumontier Patrice, Thi Mai Bui, Heinz Christine. Le dolmen sous tumulus n° 2 de Peyrecor et son paléoenvironnement à Escout
(Pyrénées-Atlantiques). In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1997, tome 94, N. 4. pp. 527-550.
doi : 10.3406/bspf.1997.10725
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bspf_0249-7638_1997_num_94_4_10725Résumé
RÉSUMÉ Le dolmen sous tumulus de Peyrecor 2 apporte des données nouvelles sur le mégalithisme
du piémont des Pyrénées occidentales. Les témoins archéologiques ont révélé les diverses phases
d'occupation qui ont pu être situées dans le contexte chrono-culturel préhistorique et protohistorique
régional. La construction du monument mégalithique datée de 4090 ± 90 BP/4095 ± 60 BP, a été
effectuée au Néolithique final. La condamnation de la chambre sépulcrale a éfé réalisée au
Chalcolithique. Le site est réoccupé au début du Bronze ancien et le tumulus a subi par la suite des
dégradations au Bronze final et à l'Age du Fer. Les relations chrono- culturelles à l'échelle de
l'ensemble du piémont pyrénéen permettent de discuter l'originalité du dolmen sous tumulus de
Peyrecor 2. Les informations sur le paléoenvironnement obtenues par la palynologie et l'anthracologie,
révèlent un paysage déjà marqué par l'intervention humaine durant l'utilisation du monument. Dans
cette région des Pyrénées occidentales, l'action anthropique sur la chênaie caducifoliée de l'étage
collinéen, a clairement favorisé la hêtraie : à Peyrecor, situé à proximité des vallées d'Aspe et d'Ossau,
l'importance de Fagus, qui se manifeste à basse altitude (380 m), à la fin du 5e millénaire BP, est
remarquable.
Abstract
ABSTRACT New data on the megalithic culture in the Western Pyrenees piedmont have been obtained
from the Peyrecor 2 dolmen. Archaeological artefacts testify to the existence of several phases of
occupation, which have been placed in the pre and protohistoric chrono- cultural context of this region.
The monument was built during the late Neolithic (4090 ± 90 BP/4095 ± 60 BP). Access to the chamber
was closed during the Chalcolithic. The site was again occupied at the beginning of the Early Bronze
Age and damaged later on (Late Bronze Age/Iron Age). The chrono-cultural relations allow us to
discuss the originality of this monument. Human induced environmental changes took place while the
monument was still in use, as attested by both pollen and charcoal analysis. In this region and the
collinean stage, oak forest clearance favoured the development of Fagus. At Peyrecor (380 m), high
frequencies of Fagus are recorded by the end of the Vth millenium BP.;
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Bulletin de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1997 /TOME 94, n° 4 527
LE DOLMEN SOUS TUMULUS № 2 DE PEYRECOR
ET SON PALÉOENVIRONNEMENT
A ESCOUT (PYRÉNÉES-ATLANTIQUES)
Patrice DUMONTIER, BUI THI MAI et Christine HEINZ
RÉSUMÉ ± 60 BP). Access to the chamber Les données archéologiques
was closed during the Chalcolithic. concernant l'architecture du monuLe dolmen sous tumulus de Pey- ment (tumulus et chambre) et les tThe site was again occupied at the
recor 2 apporte des données nouv émoins de l'occupation (industrie li- beginning of the Early Bronze Age
elles sur le mégalithisme du piémont and damaged later on (Late Bronze thique, mobilier et structures) ont
des Pyrénées occidentales. Les t Age/Iron Age). permis de déterminer les différentes
émoins archéologiques ont révélé les phases d'occupation du site et de
diverses phases d'occupation qui ont The chrono-cultural relations allow les rapporter à plusieurs périodes
pu être situées dans le contexte us to discuss the originality of this chrono-culturelles. Ces informations,
chrono-culturel préhistorique et pro monument. confrontées à celles obtenues pour
tohistorique régional. l'ensemble du piémont pyrénéen, Human induced environmental permettent de discuter l'originalité du La construction du monument changes took place while the monu dolmen sous tumulus de Peyrecor 2. mégalithique datée de 4090 ± ment was still in use, as attested by
90 BP/4095 ± 60 BP, a été effectuée both pollen and charcoal analysis. L'environnement a été abordé par
au Néolithique final. La condamnat la palynologie et l'anthracologie. In this region and the collinean ion de la chambre sépulcrale a éfé Réalisées dans les structures mégalistage, oak forest clearance favoured réalisée au Chalcolithique. Le site est thiques funéraires, les analyses pathe development of Fagus. At Peyreréoccupé au début du Bronze ancien léobotaniques permettent d'obtenir cor (380 m), high frequencies of et le tumulus a subi par la suite des des informations sur le milieu enviFagus are recorded by the end of the dégradations au Bronze final et à ronnant au moment de la constructVth millenium BP. l'Age du Fer. Les relations chrono- ion des nécropoles et au cours de
culturelles à l'échelle de l'ensemble leur utilisation.
du piémont pyrénéen permettent de
discuter l'originalité du dolmen sous Les raisons qui ont conduit les
tumulus de Peyrecor 2. hommes de la préhistoire à convenir ■ INTRODUCTION
du lieu d'implantation de leurs monu
Les informations sur le paléoenv ments funéraires ne paraissent pas Situé sur l'un des sommets d'un a
ironnement obtenues par la palynolo lignement collinaire, au nord du village toujours évidentes. La prise en
gie et l'anthracologie, révèlent un d'Escout, le site de Peyrecor fait face compte de la nature de l'environn
paysage déjà marqué par l'interven ement dans le choix du site peut, aux premiers chaînons pyrénéens,
tion humaine durant l'utilisation du entre les débouchés des vallées peut-être, constituer une approche
monument. Dans cette région des d'Aspe et d'Ossau. Il domine le cours des coutumes culturelles régionales.
Pyrénées occidentales, l'action an- Elle a déjà été envisagée pour les séde l'Escou et, plus au sud, celui du
thropique sur la chênaie caducifoliée gave d'Ossau, dont les vallées sont pa pultures collectives SOM du Bassin
de l'étage collinéen, a clairement fa rallèles dans cette partie du piémont. Parisien (Girard, 1987).
vorisé la hêtraie : à Peyrecor, situé à
proximité des vallées d'Aspe et OCEAN d'Ossau, l'importance de Fagus, qui ATLANTIQUE LANDES
se manifeste à basse altitude (380 m),
à la fin du 5e millénaire BP, est remar
quable.
ABSTRACT
New data on the megalithic cul
ture in the Western Pyrenees pied
mont have been obtained from the
Peyrecor 2 dolmen.
Archaeological artefacts testify to
ESPAGNE the existence of several phases of
occupation, which have been placed
in the pre and protohistoric chrono-
cultural context of this region.
The monument was built during Fig. 1 - Situation des dolmens de la région d'Oloron-Ste-Marie. 1 Peyrecor 2
the late Neolithic (4090 ± 90 BP/4095 2 Peyrecor 1 3 Précilhon 4 Herrere 5 Bescat. :
;
,
:
:
Bulletin de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1997 / TOME 94, n° 4 528
L'édification de tumulus favorise et le dolmen dit de Téberne (Laplace, Atlantiques et la Municipalité d'Es
souvent la conservation du sol d'ori 1 984 ; Blanc, 1 987) à Bescat situé à cout. Qu'ils en soient remerciés de
gine sous les éléments de construct 6 km au sud-est de Peyrecor. même que l'ensemble des per
ion. La nature du paysage immédia sonnes qui nous ont apporté leur
• Historique tement antérieur à l'implantation des aide et conseil (3).
tombeaux peut être déterminée à Les premières fouilles connues • Méthodes partir de ce sol fossilisé. Lors de sur le site de Peyrecor ont été réall'utilisation des monuments et après isées par P. Raymond et concer Les cinq campagnes de fouille se leur fermeture, il y a généralement naient le dolmen n° 1 qui n'avait sont déroulées par période de 1 5 jourapport de sédiments dont l'analyse fourni à l'époque aucun objet, ni nées avec la participation d'étudiants et peut permettre de suivre l'évolution charbon, ni poterie, ni instrument de bénévoles. 784 jours/homme ont été du couvert végétal, durant le fonc quelconque (Raymond, 1866). consacrés aux travaux de terrain (4). tionnement de la nécropole et après
son abandon. Par la suite ce monument devait Les techniques de fouille ont été
être en grande partie démonté par le des plus classiques et nous les évo
curé d'Escout en 1933, afin d'ériger querons rapidement : ■ DONNÉES
un socle en forme de dolmen à une ARCHÉOLOGIQUES — relevé préalable des cotes de croix dressée à quelques mètres du
surface • Situation (fig. 1) tumulus.
— mise en place d'un carroyage Les monuments mégalithiques 1 En 1957, l'abbé Barandiaran r et détermination d'un niveau zéro de et 2 de Peyrecor occupent un point emarquait un tumulus situé à proximité référence ; haut (cote 378 m) et font partie d'un du dolmen précédent. Il décrivait
ensemble de 3 tertres situés sur la celui-ci comme un tertre conique, très — fouille fine (truelle, grattoir et
même ligne de crête (1). Le dolmen obtus, qui avait pour base un cercle pinceau) ; de Peyrecor 1 est en position domi de 12 m de diamètre et 0,90 m de — tamisage exhaustif de tous les nante à 80 m à l'est de Peyrecor 2 et hauteur. Au milieu, 4 pierres en grès,
sédiments ; le troisième est à 2 km à l'ouest, sur presque entièrement noyées dans le
la commune de Précilhon. tumulus, marquaient un arc de cercle — relevé des coordonnées du
(Barandiaran, 1957). J. Blot décrivait mobilier dans les trois dimensions ; Ces monuments ont été construits ce même monument en 1979, avec — relevé en plan et en coupe de à l'aide de dalles et de blocs préle quelques différences dans les dimen
tous les vestiges architecturaux ; vés sur des affleurements du Flych sions du tertre (Blot, 1979).
Campanien situés à environ 200 m — couverture photo et vidéo de en contrebas, des deux côtés de la Ce tumulus, que nous avons ap toutes les étapes significatives de la ligne de crête, incluant des grès durs pelé le numéro 2 de Peyrecor (2), de fouille ; en alternance avec des marnes et vait subir un défrichage en 1981 qui
— des prélèvements ont été edes grès de couleur rouille à ocre a perturbé la partie supérieure du
tertre et détruit la couverture de la (Castera, 1971). ffectués pour analyses et l'ensemble
chambre si celle-ci était en place. des charbons de bois a été récupéré
Des prélèvements effectués par sur place et au tamisage.
C. Blanc à l'occasion d'un nettoyage A la suite de l'intervention imméd
de Peyrecor 1 concernant les do iate de G. Marsan, correspondante Dans notre approche nous avons
lmens de Peyrecor et de Précilhon, de la D.R.A.P., les travaux agricoles privilégié le décapage fin de grandes
après étude sur plaque mince, ont ont été arrêtés et cet emplacement surfaces, niveau par niveau.
démontré que les matériaux utilisés réservé par la Mairie, propriétaire du
étaient identiques (Blanc, 1981). terrain.
(3) Qu'il nous soit permis de remercier ici J. Renault, Maire d'Escout, J.-Ph. Rigaud, alors Ces analyses confirment l'utilisa C'est en septembre 1989, à la Directeur des Antiquités Préhistoriques d'Aquition de matériaux présents dans l'e suite de nouvelles dégradations, que taine et D. Barraud, Conservateur Régional de
l'Archéologie pour les autorisations et moyens nvironnement des sites et ne nécessi le Ministère des Affaires Culturelles accordés. J. Roussot-Larroque, Ch. Boujot, tant pas de transport sur de grandes autorisait une fouille de sauvetage S. Cassen, B. Pajot et J.-M. Escudé Quillet pour
les informations qu'ils ont bien voulu nous comdistances. urgent qui, devant les premiers résul muniquer ainsi que B. Cheronnet qui a bien tats, nous a conduits à travailler sur voulu nous remettre des photos qu'il avait Au-delà de cette ligne de crête, et prises (1981) et B. Tisné, Directeur adjoint du ce site, dans le cadre de campagnes CAUE, qui a participé activement au projet de plus largement, il faut ajouter le do de sauvetages programmées de restauration. Nous ne saurions terminer ces lmen ruiné de Cassiau à Herrère (iné 1 990 à décembre 1993. lignes sans associer à ce travail l'ensemble des dit) distant de 3,8 km au sud-ouest fouilleurs bénévoles qui ont participé aux différentes interventions et plus particulièrement La restauration a été intégrée à la J. Dumontiel, M. Dumontier et D. Ortéga qui dernière campagne de fouilles et a nous ont assisté en permanence au cours de
ces cinq années (à noter qu'une grande partie été terminée début 1994. Elle a été des relevés de terrain a été assurée par D. Or(1) Nous ne retenons pas en effet le "do financée par la Direction Régionale téga). lmen d'Escou" situé sur la commune voisine, des Affaires Culturelles d'Aquitaine, évoqué par С Blanc (Blanc, 1981, 1987) et (4) Personnes ayant participé aux fouilles en le Conseil Général des Pyrénées- J. Blot (Blot, 1979). dehors des signataires F. Alba, M. Arribeux, Il s'agit de trois blocs de grès récupérés sur B. Beautru, A. Berdoy, С et M. Blanc, R. Bo- la crête par le curé du village pour servir de nastre, B. Boret, F. Certain, B. Cheronnet,
support à une autre croix. L'absence d'informat Th. Dorot, J. Dumonteil, M. Dumontier, Y. Este- ion précise et le contexte géologique ne per (2) Situation parcelle cadastrale 31 A, sec vez, J. Gault, M. Hervet, A. Legaz, N. Ligueaux,
mettent pas de considérer que ces dalles pro teur B. Cordonnées Lambert x 365,46 P. Louis, S. Malhaire, J.-J. Mangnez, D. Ortéga, viennent obligatoirement d'un dolmen détruit. y 3103,80 z 378 m2. P. Peutin, S. Roche, J. Terrence. Bulletin de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1997 / TOME 94, n° 4 529
• Résultats
• Architecture
Avant notre intervention, le monu
ment se présentait sous la forme,
vague, d'une calotte sphérique de
faible importance avec quelques
blocs épars derniers témoins du défri-
chage de 1981. La hauteur conservée
était au point le plus haut de 0,37 m
par rapport au sol environnant.
Seul le sommet des supports de
la chambre présentait un plan cohé
rent qui motivait l'ouverture de ce
chantier de fouilles.
— Le tumulus (fig. 2 et 3)
II a la forme d'un cercle régulier de
12,50 m de diamètre. Un parement
en circonscrit le périmètre (photo 2).
Fig. 2 - Le tumulus au niveau C2i cor- ►
respondant à l'édification du monum
ent. Plusieurs zones de démantèlement
apparaissent, deux à droite de l'entrée, с une au nord et une au sud. Elles corre
spondent à des actions intervenues après 5ГП la condamnation de la chambre.
&^.¥"
Fig. 3 - Le tumulus au niveau de
base de la couche C1. La partie
centrale entourée de tirets corres
pond à la zone détruite par la pelle
mécanique. Les zones indiquées S1
à S7 indiquent l'emplacement des
structures secondaires. 5ГП Bulletin de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1997 /TOME 94, n° 4 530
Celui-ci est édifié à l'aide de grandes ment. Sa base s'appuie sur la pre
dalles de grès posées en assises ho mière assise de celui-ci. Cet aligne
rizontales sur quatre à huit niveaux et ment est composé de blocs de grès
conservé sur une hauteur moyenne accolés deux à deux sur un seul n
de 0,90 m (1 ,30 m de hauteur maxi iveau. L'ensemble a une longueur de
mum) pour 0,70 à 1 m d'épaisseur. 2,80 m pour 0,50 à 0,60 m de largeur
Les dalles les plus importantes — et 0,20 à 0,30 m de hauteur.
jusqu'à 1 m de longueur — consti
Bien que situé assez près d'une tuaient les 2 à 3 premières assises.
Illustration non autorisée à la diffusion zone perturbée, l'argile encaissante
Dans les zones les mieux conser ne montrait aucune trace de creuse
vées ce parement présentait une l ment. Cette structure évoque un
égère inclinaison vers le centre sur compartimentage du tertre. Cette hy
0,60 m. pothèse est toutefois fragilisée par
l'absence d'autres alignements dans
Les dalles au-dessus prenaient un les autres secteurs du tumulus.
pendage plus important pour être
presque verticales au sommet du pa Dans le prolongement, un massif de
rement (fig. 4.2). blocs, en tas, reposait sur le même
niveau de base. Nous n'avons dis
Nous avons analysé ce pendage cerné aucune structure organisée lors Photo 1 - La stèle posée contre le chevcomme étant la résultante du tasse du démontage et de l'étude des et. On distingue à gauche le support sud ment des terres du tumulus, le par n° 2. (Vue prise du sud par B. Chéronnet niveaux sous-jacents qui aurait pu être
en 1981, après l'intervention de G. Marsement suivant le mouvement des recouverte par cette couverture mass an). terres sur lesquelles il s'appuie. Dans ive.
d'autres secteurs, au nord et au sud,
les pressions se sont exercées dans A la périphérie du tertre, l'horizon murettes de pierres sèches et par
le sens inverse et le parement a bas archéologique C1 qui correspond à une dalle de chevet non engagée.
culé sur l'extérieur, nous montrant une occupation postérieure du site, Les supports, de même que la dalle
ainsi un assemblage de dalles vert vient buter sur le sommet du pare de chevet, ont été placés dans des
icales (fig. 4.1). Ces types d'effondr ment, puis se retrouve sur le tumulus saignées pratiquées dans l'argile du
ement ont déjà été décrits, notam lui-même, et recouvre le massif inté Pontien sur 10 à 20 cm de profon
ment par G. Bories à propos du rieur, pour la partie qui n'a pas été deur (fig. 4.4 et fig. 5).
dolmen de Peyrelebade à Salles-la- détruite par le défrichage. Face au support sud n° 1 une mu- Source (Bories, 1995). rette de pierre sèche est venue compCette configuration nous conduit
léter la longueur insuffisante du A l'intérieur, un deuxième massif, à penser qu'au départ le tertre se
support nord pour assurer une joncde forme ovale, de 1 m d'épaisseur, présentait sous la forme d'un tronc
tion équilibrée avec le parement. constitué de blocs de grès posés sur de cône à double banquette.
champ, entoure directement la Le support sud n° 2 était incliné — La chambre (fig. 6) chambre et cale les supports latéraux. vers le centre de la chambre et la
dalle de chevet en grès jaune assez La est légèrement surLe remplissage du tumulus, entre
creusée (entre 40 et 50 cm de pro friable, était réduite en poudre. Il faut ce massif et le parement, est com noter que la trace sableuse de celle- fondeur) et a son ouverture orientée posé de terre argileuse.
ci ne nous est apparue qu'à mi-proà l'est-sud-est (azimut 110). Elle est
Dans le secteur nord-ouest du délimitée par quatre supports laté fondeur, ce qui laisse supposer une
destruction ancienne de celle-ci, tertre (carrés H à L/13 à 15), un al raux (dalles de grès désignées S1 et
éventuellement à l'occasion d'une ignement de petits blocs est perpend S2 au sud et N1 et N2 au nord), pla
iculaire à la corde interne du cés en épis, où alternent de courtes violation de la sépulture.
es
Fig. 4 - Coupe stratigraphique frontale. Bulletin de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1997 /TOME 94, n° 4 531
Ligne E/F
Fig. 5 - Coupe stratigraphique sagittale. A gauche, dalles et blocs de la structure de condamnation.
Les bords de la chambre présent
aient un niveau d'empierrement qui
pourrait être la trace d'un pavage
composé de petites dalles de grès
décimétriques et d'une dalle de grès
de 0,80x0,60 m.
Le centre était surcreusé d'une
fosse de 1,90 m sur 0,30 m en
moyenne, au profil en V, qui n'a livré
aucun mobilier démontrant une rela
tion avec les occupations posté
rieures du site. Le creusement de
cette fosse peut être responsable
de la disparition du pavage au
centre.
L'ensemble forme un trapèze de
0,80 m à l'entrée pour 1,60 m au
chevet sur 3,30 m de longueur.
D'après les dimensions du sup
port sud n° 2, seul à ne pas avoir été
écrêté lors du défrichage car il était
incliné à l'intérieur de la chambre, la im
hauteur de celle-ci pourrait avoir été
voisine de 1,20 m. Fig. 6 - La chambre avec au centre le contour d'une fosse secondaire.
Le sommet du tumulus ayant été
détruit, la couverture de la chambre,
si elle était en place, n'a pas été
conservée. De grandes dalles de
grès dégagées (ou poussées) en
contrebas, lors du même défrichage,
pourraient provenir de ce tumulus
mais nous n'avons pu trouver aucun
témoin qui puisse confirmer cette
hypothèse.
Sur ce point il faut rappeler les
observations de Barandiaran et Blot
qui évoquent des blocs dressés qui
pourraient appartenir aux supports
nord sans présence d'une dalle de
couverture.
Si l'on retient pour le tumulus la
hauteur de 0,90 m fixée par Baran
diaran et le fait que la base de celui-
ci se trouvait en fait à 0,60 m de pro
fondeur par rapport au niveau du sol, Photo 2 - Le tumulus en cours de fouille au niveau C2i. Vue prise de l'est. Devant la ce monument devait avoir, avant dé chambre les blocs dressés appartiennent à la structure de condamnation. A gauche on frichage, une hauteur proche de peut observer le parement et son raccordement avec le massif de blocs de calage qui
1,50 m. entoure la chambre. Cliché Dumontier. :
:
:
;
Bulletin de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1997 /TOME 94, n° 4 532
Ce dolmen est à classer parmi les • Structure de condamnation (fig. 8) La présence d'une armature en
dolmens à chambre et couloir non bois, non conservée, peut seule ex
Après une phase d'utilisation pour différenciés (Boujot eř al., 1992) et pliquer le fait que ces dalles trouvées
laquelle nous n'avons que peu de ts'ouvre en façade du tumulus. en situation horizontale, reposaient
émoignage mobilier, l'accès à la sur le remplissage de terre sans
Il faut souligner le fait que l'e chambre a été condamné. Des blocs autre support.
de pierre ont été dressés en arc de nsemble chambre et deuxième massif
cercle, venant s'appuyer de chaque Ultime témoignage du rituel assode blocs formant calage se trouve en
coté sur le parement du tertre devant cié à cette fermeture, une hache situation radiale et non en position
l'accès à la chambre. polie a été déposée, dressée sur son centrale dans le tumulus. Cette pré
tranchant, dans une petite niche férence pour une implantation de la L'intérieur de cet espace, qui se aménagée sur la façade de cette chambre à l'extrémité est du tumulus présentait comme une fosse de structure de condamnation (photo 3). est dominante dans les tumulus du 0,40 m de profondeur, a été recouQuercy (Clottes, 1977). vert de petites dalles de grès La présence de nombreux char
(entre 40 et 60 cm de côté) dont la bons de bois sur le sommet de ce n— La stèle base était située à un niveau infé iveau pourrait évoquer une procédure
rieur au sommet de la chambre complémentaire de condamnation Contre le chevet était dressée (photo 4). par incendie. une dalle de grès jaune, au contour
bien régularisé, déjà évoquée
(photo 1). La base, légèrement
concave, montrait une échancrure
du coté droit. La partie haute avait
été écrêtée lors du défrichage (hau
teur 1,12 m, largeur 0,55 m, épais
seur 9,5 cm). La base de cette dalle
se trouvait environ 20 cm au-dessus
du niveau de base du remplissage. Il
s'agissait probablement d'une stèle
déposée à l'intérieur de la chambre
avant la fermeture de celle-ci ou lors
de la violation évoquée ci-dessus
qui a détruit une partie du chevet.
Dans ce dernier cas on peut s'inter
roger sur la motivation des acteurs.
S'agissait-il d'un dépôt symbolique
ou de l'utilisation de cette dalle pour
fermer l'accès et remplacer le che
vet détruit ?
Dégagée en 1981 par G. Marsan, Fig. 8 - La structure de condamnation. 1 supports et murettes délimitant la elle a été brisée par la suite par des chambre ; 2 dalles de grès du parement 3 blocs de grès et galets dressés formant vandales (photo 1 et fig. 7). un arc délimitant à l'extérieur la
Illustration non autorisée à la diffusion
im
Photo 3 - La structure de condamnation au début de son dégagement avec une 1981. nous Fig. 7 avions - La stèle effectué d'après avec un C. relevé Blanc que en hache polie dressée sur son tranchant dans une logette aménagée entre les blocs.
Cliché Dumontier. .
,
Bulletin de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1 997 / TOME 94, n° 4 533
du débitage pour ce niveau attribué
au bronze ancien.
• Présentation
des niveaux archéologiques
— Les constructeurs. Niveau C2i
(Néolithique final) (fig. 1 0 A et 1 1 )
Illustration non autorisée à la diffusion - Le mobilier
II faut remarquer l'absence de mat
ériel osseux, qui, comme au dolmen
de Peyrecor 1 est probablement due
à la nature du terrain, défavorable à
sa conservation.
La chambre, à sa base, contenait
5 éclats de silex dont un à retouches
marginales et un morceau de limo-
nite gréseuse posée contre le sup
Photo 4 - Ensemble de blocs et de dalles de la structure de condamnation. Le n port nord n° 1 iveau condamné est situé en dessous du sommet du support sud n° 1. Cliché Dumonti
er. Un racloir appartenait à un hori
zon du Paléolithique moyen atteint
par les constructeurs lors du creuse
L'industrie de ce niveau se dis ment de la chambre. Ce niveau que • Les témoins de l'occupation
— mobilier, structures tingue des occupations postérieures nous avons également retrouvé à
par des supports laminaires en plus l'extérieur du monument a fait l'objet secondaires et analyse
grand nombre avec un taux de l d'une fouille de sauvetage plus étenpar le radiocarbone
amelles important, bien que nous due en 1994, dirigée par A. Turq.
• L'industrie LiTHiQUE soyons conscients que le nombre ré
A la périphérie et à la base du tduit de cet échantillon doit nous En préliminaire à la présentation umulus le vieux sol correspondant à conduire à relativiser les pourcendu mobilier par niveau archéolog l'édification du monument (C2i) a tages exprimés. Comme sur l'eique, l'industrie lithique a fait l'objet livré une industrie lithique, présentée nsemble des niveaux la proportion de d'une analyse plus globale afin de ci-dessus, composée d'éclats, de débris est élevée de même que les mieux pouvoir suivre son évolution. lames et lamelles, souvent fragmentdimensions extrêmement réduites de
ée. Ces éléments, sauf exception, la très grande majorité des pièces. — La matière première sont de très petite taille et témoi
Le mobilier provenant du niveau gnent, avec un petit nucleus, d'un L'absence de prospection syst supérieur de la couche 2 — C2s — débitage proche. Ils se trouvent exématique dans ce secteur fait que (73 éléments) a été regroupé avec clusivement répartis sur la moitié sud nous ne connaissons pas les gîtes celui du sommet du remplissage du du tumulus et de sa périphérie. éventuellement proches qui pourr tertre — RT2s — (31 éléments), sous aient exister. On remarquera la présence de mi- le niveau de réoccupation C1 .
crolithes, pointe à dos à retouche bLa présence de Flysch du Conia- En effet, comme pour le niveau i ilatérale abrupte, lamelle à bord cien, avec des silex noirs compar nférieur la représentation tend à confir abattu et troncature oblique, lamelle ables à ceux de Bidache est signa mer l'homogénéité de cet horizon. à dos abattu concave, associés à lée dans un rayon de 2 km. des éclats et lames retouchés et à un
La couche C1, bien individualisée racloir double convergent. On retrouve dans les productions a livré 132 témoins lithiques où les d'Escout des matières premières petits éléments dominent. On ne Ce niveau n'a pas livré de céraconnues à la fois dans la région de note pas de transformation radicale mique. Bidache (avec extension probable
sur le secteur d'Escou) et dans celle
d'Orthez, c'est-à-dire dans un rayon
de 50 km (renseignements fournis Tableau de répartition des produits de débitage par Ch. Normand que nous remer
cions vivement). Niveaux archéologiques C2i / Rt2i C2s /Rt2s C1
Nbre % Nbre % Nbre % — Les produits bruts de débitage
éclats 18 38 % 51 49% 53 40% (fig. 9)
nucleus 1 2 % 1 1 % 1 1 %
Le mobilier provenant de la lames 4 9 % 10 10% 6 5%
couche C2i (extérieure au tertre) et lamelles 9 19 % 7 7% 13 10%
du niveau de base de celui-ci (RT2i) débris 15 32 % 35 34% 59 44%
totalise 47 éléments dont 10 ont été hache polie 0 0 1 1 % 0 0
retouchés (soit 22 %). Total 47 132 105 :
:
:
;
:
:
;
;
;
:
.
:
Bulletin de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1997 / TOME 94, n° 4 534
Industrie lithique: dimensions / C2i +RT2i
100
90
80
70
60 3 D ■ О) 50 (0 —1 40 ■
30
20
10
о
ï 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 110 120 с
Longueur
Industrie lithique : dimensions / C2s - Rt2s
100 i
90
80 -
70
60 3 irge \ 50
40 ■ - -
30 ■ ■ ■
20
10
0 i
с ) 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 110 120
Longueur
Industrie lithique : dimensions / C1
100 Í _
•-'. \ 90
■ ■ 80
70 ■ 60 3 4) ТО 50 (С Ш ■ ai 40 " ■ ■ . *
30
20 5ГП
10
п . i С ) 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 110 120 *2
Longueur ■ 3
Fig. 9 - L'industrie lithique : dimensions des pièces par ni- Fig. 10 - Répartition du mobilier par niveau archéologique,
veau archéologique. A niveau C2i В niveau C2s С niveau C1 1 industrie
thique - débitage 2 outils 3 céramique.
- Datation 14C et attribution A51) Ly-6953 - 4095 ± 65 BP soit, Ces deux datations se complètent
après correction dendrochronolo- chronologique et permettent de placer la construct
gique, entre 2862 et 2482 avant ion de ce monument vers la fin du Deux prélèvements de charbons J.-C, maximum de probabilités Néolithique final. L'écart stratigra-
de bois ont permis une mesure d'âge - 2829, - 2649, - 2612, - 2589 ; phique entre le niveau C2i et C2S est pour ce niveau (5) : suffisamment net, pour qu'il ne puisse
y avoir confusion entre un vieux sol — prélèvement 2 (charbons diffus, — prélèvement 1 (charbons diffus, antérieur à la construction et celle-ci. prélevé sur 2 m2- F et G 2) Ly-6954 prélevés sur 2 m2 contigus — A1 et
- 4090 ± 90 BP soit, après correction Le niveau C2S se situe de 15 à 20 cm
au-dessus du précèdent et la base du dendrochronologique entre - 2869 et -
(5) Les analyses ont été réalisées par tumulus n'est plus apparente, enfouie 2306 avant J.-C, maximum de probabJ. Évin, Centre de Datation par le Radiocar- ilités - 2829, - 2649, - 2589, - 2509. sur une même épaisseur. bone, Université Claude Bernard à Lyon.

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