Le gisement de plein air chalcolithique de la Plaine-des-Blancs à Courthézon, Vaucluse - article ; n°11 ; vol.83, pg 470-485

De
Bulletin de la Société préhistorique française - Année 1986 - Volume 83 - Numéro 11 - Pages 470-485
16 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mercredi 1 janvier 1986
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André Muller
André D'Anna
R. Brandi
P. Bretagne
M. Maurin
Le gisement de plein air chalcolithique de la Plaine-des-Blancs à
Courthézon, Vaucluse
In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1986, tome 83, N. 11-12. pp. 470-485.
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Muller André, D'Anna André, Brandi R., Bretagne P., Maurin M. Le gisement de plein air chalcolithique de la Plaine-des-Blancs
à Courthézon, Vaucluse. In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1986, tome 83, N. 11-12. pp. 470-485.
doi : 10.3406/bspf.1986.8722
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bspf_0249-7638_1986_hos_83_11_8722.
:
470
Le gisement de plein air chalcolithique
de la Plame-aesJBlancs à Courtnézon,
V aucluse
par avec André la collaboration Muller de et R. André Brandi, D'Anna P. Bretagne et M. Maurin (1)
la signification de ces « structures en creux » et
INTRODUCTION d'autre part leur datation et leur attribution cultur
elle. Celle-ci permet de proposer une hypothèse
concernant la périodisation de la fin du Néolithique
en Provence. Le gisement de plein air de la Plaine-des-Blancs est
situé à 15 km au nord d'Avignon, sur la commune de
Courthézon. A la suite de l'arrachage d'une vigne,
M. et Mme Gauthier remarquèrent à la surface de la
parcelle des taches cendreuses et charbonneuses. Ils
/. — LE SITE ET LES FOSSES purent y recueillir quelques tessons, de l'industrie
lithique et des vestiges de faune. Cette découverte
nous fut rapidement communiquée et une opération
de sauvetage urgent immédiatement organisée (2) ; Entre les plaines du Rhône et de l'Ouvèze, la
ses objectifs étaient de rassembler quelques données région de Courthézon est bien connue des préhisto
avant la destruction du site ; les délais étaient très riens du fait de l'existence de plusieurs gisements
brefs. L'intervention a finalement permis de mettre néolithiques proches les uns des autres. Le célèbre
au jour un mobilier archéologique particulièrement village néolithique ancien cardial du Baratin (Courtin
intéressant et de reconnaître plusieurs « fosses » d'un J., 1975, 1976 b), est à 500 m au nord-nord-est de la
type relativement rare en Provence mais bien connu Plaine-des-Blancs ; il est dans une situation topogra
dans la vallée du Rhône et en particulier dans la phique comparable. A 2,5 km au nord-est a été
région de Courthézon. L'ensemble des observations récemment découvert le vaste gisement du Mourre
de terrain reste partiel, mais s'avère positif pour la du Tendre (3) ; vers l'est, à 2 km de Courthézon et à
connaissance du Chalcolithique régional. 4,5 km de la Plaine-des-Blancs, le site de la colline
Saint-Laurent est l'un des plus anciennement connus Après avoir présenté et décrit les fosses et le dans le secteur (S. Gagnière et J. Sautel, 1933 ; J. mobilier archéologique, nous discuterons d'une part Courtin, 1974, p. 253). D'autres gisements de surface
ont également été repérés. Tous ces sites évitent les
zones basses et sont situés entre 40 et 55 m d'altitude.
Un peu plus loin les célèbres ateliers de taille de silex
(1) A. Muller, R. Brandi et M. Maurin, DAP Provence-Alpes- de Châteauneuf-du-Pape, bien connus pour leurs Côte d'Azur, bd du Roy-René, 13617 Aix-en-Provence Cedex. A. maillets en quartzite, sont à environ 4 km au sud- D'Anna et P. Bretagne LAPMO (LA 164), 5, av. Pasteur, 13100
Aix-en-Provence
(2) Autorisation de sauvetage urgent n" 19.AP.83, établie par J.
Courtin. Nous tenons à remercier particulièrement M. et Mme
Gauthier qui nous ont rapidement informé de leur découverte et
qui nous ont très gentiment accueilli à Courthézon pendant les (3) R. Brandi y avait effectué une rapide intervention en 1983 ;
fouilles auxquelles ils ont participé. Nous remercions également en 1984 la fouille de sauvetage de cet important gisement a été
M. de Saint-Pierre, maire de Courthézon, M. Chastan, propriét effectuée sous la direction de J. Thomas-Beeching que nous
aire du terrain ainsi que MM. Marchetti, Dibos et Dumas qui ont remercions vivement pour les nombreux renseignements inédits
participé à l'opération ; celle-ci a duré 5 jours, du 24 au 28.10.83. qu'elle nous a bien amicalement communiqués. :
471
Fig. 1 Allauch. Mourre-du-Tendre Brémonde - La Plaine-des-Blancs à Buoux et ; 8 Saint-Laurent) à : La Courthézon. Bastide Blanche ; Situation 3 : Avignon à du Peyrolles gisement ; 4 : Claparouse ; 9 n° : Miouvin 1 et des à principaux Lagnes à Istres ; 5 ; 10 gisements : Escanin : Le Collet-Redon de aux référence Baux-de-Provence à mentionnés La Couronne, ; dans 6 : Les Martigues le texte. Lauzières 2 ; ; sites 11 à : Lourmarin Le de Courthézon Pilon-du-Roy ; 7 : (Le La à
ouest (S. Gagnière, 1926 ; J. Courtin, 1976). Enfin le les sédiments sont affectés par les battements de la
gisement chasséen de la Bertaude (P. Phillips et J. nappe phréatique. Les vestiges archéologiques sont
Courtin, 1981) est à 3 km au nord-ouest ; il est limités à la partie ouest ce qui laisse supposer que les
également dans une situation comparable et son secteurs mal drainés ont été évités (4).
territoire a fait l'objet d'une étude très détaillée (E. Lors de notre première visite (5), la plus grande Clutton et P. Phillips, 1981) dont les résultats peu partie du gisement était déjà défoncée. Sept fosses au vent être utilisés pour une meilleure analyse de moins avaient été éventrées, et trois seulement l'établissement de la Plaine-des-Blancs. pouvaient être encore fouillées ; elles ont fait l'objet
de notre intervention. La surface non bouleversée a Le site de la Plaine-des-Blancs est situé à 2,5 km à été prospectée sans résultat mais après la reprise des l'Ouest de Courthézon, en bordure de l'ancien mar travaux, neuf autres emplacements ont été localisés ais dit « les Paluds ». Le gisement occupe un terrain
(fig. 2). L'établissement comptait donc un minimum en légère pente vers le nord-est, sur le flanc oriental de 16 fosses et probablement beaucoup plus. d'une petite colline de grès molassiques et sables
miocènes (Helvétien) surmontés ď alluvions récentes
(terrasses rissienne et wurmienne). Sur la partie
ouest du site, les terrains miocènes sont recouverts de (4) A moins qu'il n'y existe des vestiges d'un type différent
gisements palustres par exemple. De tels gisements peuvent en colluvions contenant de nombreux galets de quartzite effet exiter autour et dans les très nombreux anciens paluds provenant de l'érosion de la terrasse. Vers l'est, la asséchés de Provence mais leur mise en évidence reste relativnature du terrain est différente, plus grossière, avec ement difficile.
des lits rougeâtres et des niveaux à malacofaune (5) A. Muller, A. D'Anna et R. Brandi, le 18 octobre 1983,
abondante. Il s'agit de la limite des anciens marais et conduits sur place par Mme Gauthier et M. Marchetti. '
472
avait une couleur grisâtre et une consistance com
pacte difficile à fouiller. Au-dessus de la zone cen
dreuse, un remplissage sableux très fin contenant peu
de galets obstruait la partie supérieure de la fosse qui
se perdait dans les remaniements des anciens l
abours ; elle ne devait cependant pas être beaucoup
plus profonde à l'origine. La totalité du mobilier
archéologique a été recueillie dans la zone cen
dreuse, surtout à sa base (0,65-0,80 m). Il est com/ PLAINE DES BLANCS posé essentiellement de céramique, de faune et d'un /\/ - 84 395 -
COURTHEZON éclat de silex. Tous ces vestiges étaient plus ou moins
à plat dans la zone centrale et affectés de forts
pendages voire subverticaux à proximité des parois.
La fosse n° 2
Cette structure est la plus grande de celles découvFig. 2 - La Plaine-des-Blancs à Courthézon, relevé sommaire et localisation
des fosses. ertes. Partiellement écrêtée par les travaux, elle se
présentait sous la forme d'une cavité grossièrement
elliptique (2,15 x 1,80 m) aux parois subverticales.
La profondeur conservée est de 1 m. Le fond a été
La fosse n° 1 bien régularisé et relié aux parois par une courbe
continue ; la partie est en léger encorbellement
(fig. 4). Le comblement est très hétérogène et au C'est une structure peu profonde et les travaux moins huit niveaux y ont été observés : de bas en auraient pu la détruire complètement ; diamètre haut ; environ 2 m, profondeur 0,80 m. Nous n'avons pu
1 — un épandage cendreux de 0,15 à 0,20 cm l'observer que de manière partielle. Sa forme est
irrégulière, à parois subverticales et à fond relativ d'épaisseur, induré à la partie inférieure et
ement plat avec deux parties en relief correspondant à contenant une abondante faune, quelques fra
un substratum plus dur (fig. 3). Un remplissage gments de céramique, des éclats de silex et un
cendreux de 0,20 à 0,25 m d'épaisseur occupait la gros bloc de molasse (1,32 à 1,14 m) ;
2 — un niveau stérile contenant de très rares totalité de la cavité : au centre une zone plus claire
contenait davantage d'éléments sablonneux. La part tiges (1,14 à 0,75 m) ;
ie en contact avec le substratum était indurée ; elle 3 — un lit de galets avec un léger pendage vers le
sud-est ;
4 — un autre niveau quasiment stérile (0,75 à
0,50 m) ;
5 — un épandage charbonneux contenant
dants vestiges de faune et des débris de silex
(0,55 à 0,48 m) ;
6 — une zone sableuse avec des débris d'os, des
fragments de céramique et de silex (0,50 à 0,30/
0,20 m) ;
7 — un épandage de galets plus ou moins brisés par
le feu ; le pendage est vers le nord (0,20 à
0,40 m) ;
8 — un épandage de petits cailloux et de petits
galets (5 à 8 cm profondeur) souvent éclatés au
feu et mêlés à des concrétions et des débris de
saffre. Cet horizon contient peu de mobilier
(0,30 à 0,20 m).
La fosse n° 3
Découverte dans les terres labourées, cette struc
Fig. 3 - La Plaine-des-Blancs à Courthézon, coupe et plan de la fosse n° 1. ture amputée de sa partie supérieure avait fourni 473
cavité. Il semblait s'être enfoncé au centre sous
la pression des terres (1,30-1,15 au centre) ;
5 — une couche de sable jaunâtre contenant
ques galets éclatés au feu et du mobilier très
fragmenté : faune, céramique et silex (1,15-
0,90 m) ;
6 — une couche de cendre de forte puissance
(0,50 m), de consistance graisseuse ; elle a
fourni la majorité de la céramique recueillie
dans cette fosse. De nombreuses cassures an
ciennes montrent que les récipients se sont
disloqués sur place sous le poids des terres.
Malheureusement le sommet de ce dépôt a été
très endommagé et en partie détruit par le soc
de la charrue (0,90 à 0,35 m).
//. — LE MOBILIER ARCHEOLOGIQUE
Le mobilier recueilli dans les trois fosses est
composé d'industrie lithique, de céramique, de faune
(cf. étude de D. Helmer) et de quelques charbons de
bois.
Fig. 4 - La Plaine-des-Blancs à Courthézon, coupe et plan de la fosse n° 2.
quelques tessons et fragments de faune lors d'un
premier labour. Elle se présente sous la forme d'un
puits circulaire d'environ 0,85 m de diamètre et
1,85 m de profondeur ; les parois sont subverticales
(fig. 5). Le comblement est très hétérogène et on
peut y distinguer six niveaux :
1 — un épandage de 20 cm d'épaisseur, très
dreux et fortement induré à sa partie infé
rieure. Cette couche contenait de nombreuses
esquilles osseuses, des fragments de céramique,
des débris de silex et deux outils en os (1,85-
1,65 m) ;
2 — une épaisseur stérile contenant de rares galets
et quelques débris de faune (1,65 à 1,40 m) ;
3 — une lentille cendreuse au centre de la fosse ;
elle contenait un mobilier très abondant (1,40 à
1,30 m). Un épandage de petits galets recouv
rait en partie cet amas ;
4 — un dépôt cendreux, régulier de 10 à 15 cm
Fig. 5 - La Plaine-des-Blancs à Courthézon, coupe et plan de la fosse n° 3. d'épaisseur et occupant toute la surface de la 474
1. — L'industrie lithique
nos —2 et Deux 6) ; denticulés pièces à coches dont dégageant un à dos aminci des becs (fig. (fig. 7,
6, n° 6, fig. 7, n° Le mobilier lithique provient essentiellement des 4) ;
— Une grosse pointe sur éclat dégagée par rfosses 2 et 3 ; il comporte 76 pièces. La série est
etouche plate biface (fig. 6, n° 16) ; relativement fragmentée et constituée, semble-t-il,
— Un fragment de pointe de flèche à retouche de pièces au rebut. Il y a peu d'objets patines ou
plate biface envahissante (fig. 6, n° 15). présentant des altérations thermiques. Toute la série
est composée de silex. Les matières premières sont
cependant de natures diverses. Un examen ma 2. — L'industrie de l'os croscopique, prenant en compte la connaissance
empirique des différentes sources, l'aspect du cortex,
le grain, la couleur et l'aptitude à la taille permet de L'industrie osseuse est peu abondante : quatre
reconnaître : outils ont été recueillis :
— du silex blond du Mourre de la Cabane à Châ- — un poinçon incomplet, sur métapode de mout
teauneuf-du-Pape, provenant de calcaire et on ou de chèvre. Il présente sur sa face interne une
conglomérats du crétacé (Cenomanien et Ap- forte usure caractéristique de ce type d'objet (fig. 8,
tien) ; ces sources sont situées à environ 4 km au n° 4) ;
sud-est de la Plaine-des-Blancs. Cette nature de — un petit poinçon à pointe courte et effilée,
silex est la mieux représentée ; réalisé avec la partie proximale d'un métacarpien de
— du silex du Lampourdier, commune d'Orange, petit ruminant. L'outil a été obtenu par abrasion et
provenant des calcaires barrémiens situés à envi porte encore de nombreuses traces de fabrication
(fig. 8, n° ron 6 km à l'ouest de la Plaine-des-Blancs ; 3) ;
— il y a également des matériaux, moins nombreux, — une grosse aiguille obtenue à partir d'un os long
d'origines plus lointaines : silex blond et silex noir de petit ruminant ; les extrémités manquent. Les
du bassin de Murs à environ 30 km au sud-est et surfaces latérales portent des traces d'abrasion ;
du silex jaspé rouge de la région de Vachères dans celle-ci n'a cependant pas complètement éliminé les
traces du canal médullaire (fig. 8, n° les Alpes-de-Haute-Provence à 60 km à l'est. 1) ;
Plusieurs variétés peuvent également provenir — Une estèque sur omoplate de ruminant, so
des alluvions du Rhône, de l'Ouvèze ou de la igneusement régularisée ; elle porte de nombreuses
Nesque. traces d'utilisation (fig. 8, n° 2).
Compte tenu de la fragmentation, il est difficile de
faire des remarques concernant le débitage ; on peut 3. — La céramique
cependant distinguer deux types de produits : des
éclats petits et moyens, résultat d'un débitage assez Les vestiges de céramique représentent la plus grossier, et quelques lames plus régulières. Plusieurs grande partie du mobilier recueilli soit un peu plus de indices : plans de frappe lisses et larges, bulbes très 300 objets. La poterie est très fragmentée et les marqués indiquent l'usage (non systématique) de la tessons sont parfois très érodés. Dans l'ensemble percussion directe. cette céramique est de bonne facture, bien cuite, à
La plus grande partie de la série est composée dégraissant abondant ; ce dernier est composé de
d'éclats bruts : quarante-six dont quatre lamellaires calcaire, de calcite et de sable micacé qui provient de
(28 dans la fosse 2 et 18 dans la fosse 3). Il y a terrains helvétiens. Les surfaces de ces poteries,
quelques débris (trois) et un fragment de lamelle lorsqu'elles ne sont pas altérées portent des polis
brute. L'outillage comprend 25 pièces (fig. 6 et 7) : sages soignés. La plus grande partie des vestiges
céramiques est constituée de tessons plus ou moins — Huit éclats et fragments d'éclats retouchés
gros : 38 dans la fosse 1, 125 dans la fosse 2 et 112 (racloirs ?) ; la retouche est plate ou oblique (fig. 6, dans la 3. Plusieurs vases sont cependant reconsti- nos 7, 12, 17, 18 ; fig. 7, nos 3, 5, 7, 8) ; tuables : — Deux lamelles retouchées (fig. 6, nos 2 et 3) ;
— Quatre lames à retouches envahis — un petit gobelet caréné à ouverture rétrécie,
santes semi-abruptes dont deux exemplaires portent diamètre à l'ouverture 8,5 cm, diamètre maximum
un léger lustré latéral (fig. 6, n° 5, 8, 10, 14) ; 12 cm, hauteur environ 9 cm, décoré de sillons
— Deux grattoirs : un en bout d'éclat lamellaire, incisés : un circulaire sur le col et trois sillons en
guirlande (fig. 9, n° l'autre sur lame retouchée (fig. 6, nos 11 et 13) ; 7) ; il porte une préhension en
— Un perçoir grossier par retouche abrupte demi-bobine perforée horizontalement et pourvue
mixte, deux burins, un sur lame irrégulière tronquée, vers le bas de deux encoches ;
— un grand gobelet caréné à ouverture rétrécie : l'autre sur petit éclat tronqué (fig. 6, n° 4, fig. 7,
diamètre à l'ouverture environ 20 cm, diamètre ) 475
Fig. 6 - Industrie lithique de la Plaine-des-Blancs : 1 : fragment de lamelle brute ; 2 et 3 : fragments de lamelles retouchées ; 5, 8, 10 et 14 : fragments de lames
retouchées ; 6 : bec dégagé par deux encoches ; 7, 12, 17 et 18 : éclats retouchés ; 9 : perçoir grossier ; 11 et 13 : grattoirs ; 15 : fragment de pointe de flèche ;
16 : grosse pointe sur éclat. 476
Fig. 7 - Industrie lithium de la Plaine-des-Blancs. 1 : burin sur éclat tronqué ; 2 et 6 : éclats à retouche denticulée ; 3, 5, 7 et 8 : éclats retouchés ; 4 : éclat à coches.
— un grand vase subsphérique, diamètre 13 cm, maximum au niveau de la carène environ 26 cm,
portant un décor de cordons orthogonaux (fig. 9, hauteur probable environ 20 cm. Ce vase porte un
n°5). décor de sillons incisés organisé en motifs com
plexes : registre de métope, registre de sillons verti En plus de ces différents vases, on note la présence caux entre deux sillons parallèles (échelle), une de plusieurs tessons décorés de sillons incisés, de bande réservée, un registre de sillons verticaux légères cannelures, de pastillage au repoussé et de limités seulement vers le haut et une série de cordons (fig. 9). chevrons (fig. 9, n° 6).
— un grand vase caréné : diamètre à l'ouverture 4. — La faune
22 cm, diamètre maximum environ 35 cm, hauteur
environ 30 cm. Il porte une préhension en H légèr
De nombreux vestiges de faune ont été également ement inclinée et perforée (fig. 10, n° 2) ;
recueillis. Leur étude fait l'objet d'une note particul
ière de D. Helmer (cf. ci-après). Les espèces déter— un grand vase ovoïde, à ouverture rétrécie :
minées sont : le mouton Ovis aries, la chèvre Capra diamètre 16 cm, diamètre maximum supérieur à
32 cm ; il est pourvu de deux cordons en léger arceau hircus, le bœuf Bos taurus, le porc Sus sp., le chien
Canis familiaris et le lapin Oryctolagus. Il convient de reliant les préhensions, une seule est conservée, il
s'agit d'une demi-bobine avec le départ vers le bas de signaler également la présence d'une valve de co
trois petits cordons (fig. 10, n° 1) ; quille de moule d'eau douce. 477
Fig. 8 - La Plaine-des-Blancs, industrie osseuse. 1 : grande pointe ; 2
estèque ; 3 et 4 : fragments de poinçons.
Fig. 11 - La Plaine-des-Blancs, céramique.
///. — DISCUSSION ET DATATION
A la suite de la description des documents archéo
logiques, structures et mobilier, nous pouvons exami
ner d'une part les problèmes posés par les fosses
elles-mêmes : signification, utilisation, situation et
rôle par rapport à l'existence d'un établissement et
d'autre part les problèmes de datation et d'attribu
Fig. 9 - La Plaine-des-Blancs, céramique. tion culturelle et leurs implications. 478
1. — La question des fosses fosses dont au moins deux comparables à celles de la
Plaine-des-Blancs. Elles contenaient de grands vases
brisés sur place ce qui incite à les considérer comme
Les « structures en creux » de la Plaine-des-Blancs des structures réceptacles de vases silos et non
comme des silos proprement dits. Toujours dans la posent de nombreux problèmes, en particulier ceux
de leur origine et de leur utilisation. Leurs morpholog vallée du Rhône, plus au nord, la profonde fosse du
ies et leurs remplissages laissent supposer des inter Jas des Chèvres à Allan, Drôme (A. Beeching, 1980)
prétations différentes. Les trois structures n'ont pas est interprétée comme une fosse d'extraction d'argile
ou comme un silo. Très proches de la Plaine-des- la même forme et leur profondeur d'origine est un
élément qui fait défaut ; il est certain que nous avons Blancs, de telles structures, en grand nombre, sont
à faire à des structures tronquées dont la partie connues sur les gisements de la Butte Saint-Laurent
et du Mourre-du-Tendre à Courthézon. A Saint- supérieure manque et il est donc impossible de les
relier au sol à partir duquel elles ont été creusées et Laurent, c'est environ quarante fosses qui ont été
fouillées (S. Gagnières et J. Sautel, 1933 ; J. Courtin, utilisées.
1974). La majorité dont la profondeur est comprise La structure n° 1 a, dans son état actuel, une entre 1,5 et 2,5 m et la forme à ouverture rétrécie, a profondeur inférieure à la moitié de son diamètre été interprétée comme des silos. Enfin sur le Mourre- (même si elle était un peu plus profonde ce rapport du-Tendre, gisement inédit récemment découvert et ne changerait pas). Elle peut donc être qualifiée de en cours de fouilles, J. Thomas-Beeching a mis en cuvette et interprétée comme une fosse de combust évidence une extraordinaire densité de structures en ion ce qui n'est pas démenti mais pas non plus creux. Les fouilles extensives ont révélé des cuvettes complètement démontré par son remplissage. Celui- et des fosses silos, parfois associées, comparables à ci peut être considéré comme résultant d'une utilisa celles de la Plaine-des-Blancs (J. Thomas, 1984). tion probablement primaire. La structure n" 2 devait
Cette fonction de silo, destinée à la conservation avoir une profondeur supérieure à son demi-diamèt
re et peut donc être considérée comme la base d'une de denrées alimentaires, de graines par exemple, n'a
pas été archéologiquement démontrée dans le midi fosse de type silo ; le remplissage est ici de type
dépotoir et montre une utilisation secondaire. La de la France. Cependant les comparaisons avec des
structure n° 3 a une profondeur d'une fois et demi silos plus récents (M. Gast et F. Sigaut, 1979, 1981)
supérieure au diamètre et elle était probablement et les résultats de différentes expérimentations
plus profonde ; cette morphologie peut être compar (P. Reynolds, 1979 ; G. Firmin, 1984) montrent que
ée à celle d'un puits mais l'hypothèse du silo n'est cette interprétation peut être retenue. Plusieurs in
pas impossible. Le remplissage est ici encore de type dices récemment reconnus sur les sites en cours de
dépotoir et correspond donc à une utilisation secon fouilles, confirment d'ailleurs cette hypothèse. On
remarquera que ces fosses pouvaient constituer le daire.
silo lui-même ou seulement le réceptable d'un vase Des structures en creux supposées contemporaines silo. De tels vases pouvaient également être emde celles de la Plaine-des-Blancs sont relativement ployés sans fosse. Les techniques de conservation nombreuses dans le sud-est de la France. Les plus étaient donc multiples et complexes. connues sont celles liées à des fonctions de combust
Dans la majorité des cas ces fosses sont situées sur ion. Ces cuvettes, souvent empierrées, existent aussi
des gisements de plein air et il est difficile de les bien en grotte (L'Adaouste ?) qu'en plein air (Avi
gnon, La Bastide Blanche à Peyrolles, J. Courtin, rattacher à un sol d'occupation. Ceux-ci ont en effet
1974, p. 164) ; elles sont cependant très diverses et généralement disparus à cause de l'érosion naturelle
aucune étude systématique n'a été entreprise. Les ou à cause des travaux agricoles. En Provence, un
fosses profondes sont essentiellement connues en seul cas de localisation par rapport à l'ensemble des
plein air ; elles sont généralement interprétées autres structures d'habitat a été récemment reconnu
comme des silos réutilisés en dépotoirs mais il y a à la Brémonde, Buoux, Vaucluse (Fouilles en cours
également la possibilité de l'existence de puits ou de J. Courtin, A. D'Anna, A. Muller). Les fosses
fosses d'extraction d'argile. Dans quelques cas, les creusées dans la molasse y sont en relation avec un
fosses reconnues sont isolées ou peu nombreuses niveau néolithique final dont l'organisation complexe
comme par exemple à la Cascade à Vauvenargues a été mise en évidence. En Languedoc, de telles
observations ont été effectuées sur le site de Roque- (M. Cheylan et A. D'Anna, 1979). Sur cette station a
mengarde à Saint-Pons-de-Mauchiens, Hérault (J. été reconnue une fosse creusée dans des tufs postgla
ciaires ; sa profondeur d'origine était supérieure à un Guilaine et J. Coularou, 1983). De telles recherches
contribueront à préciser plusieurs points concernant mètre, son diamètre de 80-90 cm et sa forme à
ces structures : situation par rapport aux cabanes, ouverture rétrécie faisait penser à un silo. Sur la rive
droite du Rhône sur le gisement des Bruyères, St- nombre de fosses liées à une unité d'habitation,
Julien-de-Peyrolas et St-Paulet-de-Caisson en Ar- relation avec les différents types de foyers, ou avec
dèche (R. Gilles, 1975) ont été fouillées plusieurs d'autres fosses.

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