Le gisement Paléolithique moyen de Meillers (Allier) : un exemple de la variabilité du débitage Discoïde - article ; n°2 ; vol.97, pg 165-190

De
Bulletin de la Société préhistorique française - Année 2000 - Volume 97 - Numéro 2 - Pages 165-190
Résumé Le site de Meillers correspond à un vaste gisement de plein air, daté du Wù'rm ancien, implanté sur un massif de brèches silicifiées du Permien. Ces matières premières ont fait l'objet d'une extraction de la part des préhistoriques pour être ensuite exploitées sur place. Le mode de débitage dominant est de type Discoïde, principalement unifacial et dans une moindre mesure bifacial. Les différents produits et sous-produits caractéristiques de ce mode de débitage ont été très peu retouchés. Les outils les plus fréquents sont les encoches et denticulés, puis les racloirs. Le site de Meillers peut ainsi être interprété comme un site spécialisé dans la production de supports destinés à être utilisés bruts de débitage et, pour une partie d'entre eux, exportés.
Abstract Meillers is a vast open-air site, dated to early in the Wurm glaciation, established on top of a Permian chert source. Chert was extracted by prehistoric man and flaked on the site. The prevailing lithic reduction sequence is Discoi'dal, principally unifacial and, to a lesser degree, bifacial. The different types of blanks are not much retouched. The most frequent types of tools are notches and denticulates, then scrapers. Meillers can be interpreted as a site specialised in the production of blanks which are unretouched and, in some cases, exported.
26 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : samedi 1 janvier 2000
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Jean-François Pasty
Le gisement Paléolithique moyen de Meillers (Allier) : un
exemple de la variabilité du débitage Discoïde
In: Bulletin de la Société préhistorique française. 2000, tome 97, N. 2. pp. 165-190.
Résumé Le site de Meillers correspond à un vaste gisement de plein air, daté du Wù'rm ancien, implanté sur un massif de
brèches silicifiées du Permien. Ces matières premières ont fait l'objet d'une extraction de la part des préhistoriques pour être
ensuite exploitées sur place. Le mode de débitage dominant est de type Discoïde, principalement unifacial et dans une moindre
mesure bifacial. Les différents produits et sous-produits caractéristiques de ce mode de débitage ont été très peu retouchés. Les
outils les plus fréquents sont les encoches et denticulés, puis les racloirs. Le site de Meillers peut ainsi être interprété comme un
site spécialisé dans la production de supports destinés à être utilisés bruts de débitage et, pour une partie d'entre eux, exportés.
Abstract Meillers is a vast open-air site, dated to early in the Wurm glaciation, established on top of a Permian chert source.
Chert was extracted by prehistoric man and flaked on the site. The prevailing lithic reduction sequence is Discoi'dal, principally
unifacial and, to a lesser degree, bifacial. The different types of blanks are not much retouched. The most frequent types of tools
are notches and denticulates, then scrapers. Meillers can be interpreted as a site specialised in the production of blanks which
are unretouched and, in some cases, exported.
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Pasty Jean-François. Le gisement Paléolithique moyen de Meillers (Allier) : un exemple de la variabilité du débitage Discoïde.
In: Bulletin de la Société préhistorique française. 2000, tome 97, N. 2. pp. 165-190.
doi : 10.3406/bspf.2000.11085
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bspf_0249-7638_2000_num_97_2_11085Le gisement Paléolithique moyen
de Meillers (Allier) :
un exemple de la variabilité
Jean-François PASTY du débitage Discoïde
produits principalement partie Le ensuite Résumé ancien, retouchés. la racloirs. premières production site d'entre de exploitées implanté Le et ont Les Meillers sous-produits site fait de eux, outils de unifacial supports sur sur Meillers l'objet exportés. correspond place. un les plus massif d'une caractéristiques et destinés peut Le dans fréquents à extraction ainsi mode de un une à brèches vaste être être de moindre sont débitage interprété de de utilisés gisement silicifiées ce la les mode part encoches mesure bruts dominant comme de des de du plein de débitage préhistoriques bifacial. Permien. un et débitage est denticulés, air, site de ont spécialisé daté type Les Ces et, été du pour différents pour Discoïde, matières puis très Wù'rm dans peu une être les
Abstract
Meillers is a vast open-air site, dated to early in the Wurm glaciation, established
on top of a Permian chert source. Chert was extracted by prehistoric man and
flaked on the site. The prevailing lithic reduction sequence is Discoi'dal, principally
unifacial and, to a lesser degree, bifacial. The different types of blanks are not
much retouched. The most frequent types of tools are notches and denticulates,
then scrapers. Meillers can be interpreted as a site specialised in the production of
blanks which are unretouched and, in some cases, exported.
Le site de Meillers correspond à un important gisement PRESENTATION GENERALE de plein-air d'une superficie de plusieurs hectares, situé
à une altitude de 394 m, sur un massif de brèches silici
Le site de Meillers est situé dans le Bourbonnais, sur la fiées. Ce massif, long de 750 m et large de 500 m en
bordure méridionale du bassin houiller de Bourbon- viron est exploité, depuis 1917, par une vaste carrière
l'Archambault et plus précisément à 2 km au N.-E. du pour l'électrométallurgie. Le site a été découvert en
village de Meillers, le long de la route allant de Cosne- 1972 par M. Piboule, au cours d'une recherche de minér
d'Allier à Souvigny (fig. 1). Du point de vue géologique, aux. Cet archéologue amateur prospecta le massif et
cette zone est constituée par des sédiments essentiell récolta une importante série lithique taillée dans ces
ement permiens (Autunien gris à la base et Autunien roches silicifiées. Devant l'avancée de la carrière qui
rouge), reposant sur le socle ou le Stéphanien (fîg. 2). poursuit encore aujourd'hui la destruction du site, il
effectua un sondage de 2 m2 en 1979. R. Renard prit la Des sédiments plus récents recouvrent ces formations
permiennes : Trias qui se rattachent au Bassin parisien suite de M. Piboule et réalisa un second sondage de
2 m2 en 1982. Par la suite, P. Bertran effectua trois opéau N.-O., Tertiaire du bassin des limagnes au N.-E. Plus
au sud, et correspondant au socle, se trouve le horst rations de sauvetage, de 1983 à 1985, dans une optique
granitique de Montmarault qui se poursuit vers le nord plus environnementale (stratigraphie, sédimentologie,
par la ride de Gipcy-Bourbon et qui divise le bassin micromorphologie). Il fouilla sur 21 m2 une zone très
permien en deux. riche en matériel, dont la surface peut être estimée au
Bulletin de la Société Préhistorique Française 2000, tome 97, n" 2, p. 165-190 :
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а sondage R. Renard b fouilles P. Bertran
Zone de forte densité en matériel archéologique.
100 m
Fig. 1 — Plan de situation du gisement de Meillers.
minimum à 150 m2 et étudia différentes coupes natu disposons, aucun reste organique n'ayant été conservé.
relles dans un but de contrôle stratigraphique (fig. 1). Les travaux anciens n'ont pas permis de caractériser
L'intérêt de ce gisement, outre le fait qu'il a livré une précisément cette industrie qui n'a été que très partie
llement étudiée et attribuée pour certains à de l'Acheu- abondante industrie lithique relevant d'une conception
Discoïde du débitage, est qu'il est implanté sur le gîte léen (Merlet et al., 1981) et pour d'autres à du Paléoli
même de matière première et qu'il a révélé, lors des thique moyen (Bibard, 1989).
dernières fouilles, une structure d'extraction de cette Cette étude, réalisée dans le cadre d'une aide à la publi
cation, a principalement pour but de caractériser matière première. En l'absence de datations directes,
seules les études géologiques et pédologiques peuvent l'industrie lithique de ce gisement et, à une échelle plus
apporter quelques repères chronologiques, que vaste, de préciser l'organisation socio-économique des
complétera l'étude de l'industrie. Cette dernière groupes humains du Paléolithique moyen de cette
constitue l'unique matériel archéologique dont nous région.
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+ + Bourbon-l'Archambault
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x Hérisson
XXXXX Estivareilles Illustration non autorisée à la diffusion
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Commentry x x x St-Bonnet dc-Four
Terrains post-permiens
Permicn
Stéphamen
xi socle cristallin
Ride Gipcy-Bourbon
Fig. 2 — Situation du bassin de Bourbon-l'Archambault. Secteurs de l'Aumance, de Souvigny et de Cerilly
(d'après Chàteauneuf et Faijanel. 1489).
floconneuse, surstructure polyédrique mal développée. STRATIGRAPHIE Très friable. Nombreuses racines. Transition rapide.
L'industrie lithique contenue dans ce niveau est très
Les descriptions stratigraphiques que nous présentons concassée et présente une forte patine blanc-jaunâtre.
55-90 cm : 1/Bt. - Brun rouge (5 YR 5/4). Sable limono- proviennent des travaux de P. Bertran (Bertran, 1983,
1984a, 1989 et 1991). Elles correspondent dans les argileux, très nombreux cailloux. Structure polyé
grandes lignes à celles fournies par les fouilles anté drique, présence de coatings sur les éléments structu
rieures (Blanchet et al., 1982 ; Merlet et al, 1981), mais raux ; friable. Quelques racines. Limite nette. L'indust
elles ont fait l'objet d'une étude plus approfondie (sédi- rie lithique présente une patine et un degré de concas-
sage de moins en moins marqué vers la base de la mentologie, micromorphologie).
couche.
90-140 cm : 2/B'tx (paléosol 1). — Brun-rouge clair au La stratigraphie relevée par P. Bertran (Bertran, 1989)
se présente de la manière suivante (de haut en bas) (fig. sommet (5 YR 6/4), s'éclaircissant à la base. De
3 et 4) : nombreuses lentilles blanchâtres, d'épaisseur millimé
0-15 cm : 1/A1. — Horizon organo-minéral, brun (10 YR trique à centimétrique, disposées horizontalement et
5/3). Transition progressive avec la litière (humus de formant un litage fruste. Sable limono-argileux, rares
type moder). Limon argilo-sableux, nombreux cailloux. cailloux. Structure massive. Très compact. Transition
Structure floconneuse, très friable. Chevelu racinaire progressive. Ce niveau est archéologiquement stérile.
140-plus de 190 cm : 3/B"t (paléosol 2). - Gris rose (7.5 dense. Transition rapide. Ce niveau renferme une i
ndustrie lithique très fortement concassée à faible patine YR 6/2). Cailloutis à matrice sableuse peu abondante,
blanchâtre. friable. Au sommet, les cailloux sont altérés et s'effri
15-55 cm: 1/ (B). - Brun clair (7,5 YR 6/4). L tent plus ou moins facilement sous la pression des
imon sablo-argileux, nombreux cailloux. Structure doigts. Ce niveau est archéologiquement stérile.
Bulletin de la Société Préhistorique Française 2000, tome 97, n" 2, p. 165-190 168 Jean-François PASTY
- couche 2
Couche sableuse provenant du remaniement de l'ébou-
lis altéré, sur laquelle se développe le paléosol 1. Sa
composition granulométrique et minéralogique est très
proche de celle de la matrice de l'éboulis ; néanmoins la
présence de fragments de brèche anguleux, non altérés
et de nodules ferrugineux en pourcentage faible
indique un renouvellement partiel du matériel. Ces
dépôts contiennent quelques charbons de bois fossiles
qui ne sont pas liés à l'activité anthropique, puisque ce
niveau est archéologiquement stérile.
Illustration non autorisée à la diffusion - couche 1
Couche très caillouteuse (convoi à blocs). Les cailloux
sont anguleux ; ils présentent fréquemment une forme
parallélépipédique à base losangique, héritée de la
disposition des diaclases du substratum. La gélifraction
a probablement joué un rôle majeur dans le détache
ment de ces éléments. P. Bertran interprète la super
position d'un convoi à blocs et d'un fragipan comme un
profil de type couche active gélifluée-pergélisol.
Les caractéristiques granulométriques et minéralogi-
ques permettent de différencier 3 niveaux (de bas en
haut) : ^Щ cailloux altérés. - 1/Bt : le cortège minéralogique ainsi que la granulo- |J|| taches rouilles et grises. métrie de la fraction inférieure à 2 mm sont très
Fig. 3 — Coupe stratigraphique de Meillers IV, (d'après P. voisins de ceux des niveaux sous-jacents. La fraction
Bertran, 1984a). caillouteuse est en revanche très abondante. Ce
niveau contient des charbons de bois remaniés du
paléosol ;
- 1/(B) : la hornblende verte, d'origine lointaine, appar
aît massivement aux dépens des minéraux hérités de
la brèche et le sédiment s'enrichit en limons. Ces
apports sont manifestement d'origine éolienne ;
- 1/A1 : en surface du convoi, la charge caillouteuse est
très importante ; cette concentration des éléments Illustration non autorisée à la diffusion
grossiers est le résultat d'une érosion actuelle du sol,
liée à la dégradation du couvert végétal.
Éléments de datation
Par comparaison avec d'autres sites, P. Bertran attribue
un rang interglaciaire au paléosol 2 (sous-stade isoto
pique 5e). Le paléosol 1 correspondrait, quant à lui, à
Fig. 4 — Meillers, coupe stratigraphique ouest, carré С 11 (d'après P. un interstade tempéré du début du Wurm. Le convoi à
Bertran, 1984a). blocs, associé à des apports éoliens, est corrélé avec le
pléniglaciaire supérieur (stade isotopique 2). Les oscil
lations climatiques postérieures au sous-stade 5b n'ont,
semble-t-il, pas laissé de traces ou plus exactement
celles-ci ont été oblitérées lors du remaniement des INTERPRETATIONS
horizons supérieurs du sol pendant le pléniglaciaire. ET ÉLÉMENTS DE DATATION
C'est ce qui explique l'importante lacune d'enregistre(D'APRÈS BERTRAN, 1989)
ment, couvrant la fin du glaciaire ancien jusqu'au pléni
glaciaire supérieur. La pédogenèse superficielle est Sédimentation polyphasée et comprend une période de différenciation
— couche 3 d'un sol brun faiblement lessivé, puis une période de
La base de la coupe est constituée par un éboulis, sur formation d'un sol brun ocreux (holocène). L'industrie
lequel se développe le paléosol inférieur. L'altération lithique, bien que débitée sur l'affleurement même de
des fragments de brèche se traduit par la disparition du silexites, a subi des remaniements secondaires import
ciment et par la concentration des clastes quartzeux, ants, notamment dans sa partie supérieure (fig. 7), et a
donnant une matrice essentiellement sableuse. largement alimenté le convoi à blocs. Elle n'apporte par
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Le gisement Paléolithique moyen de Meillers (Allier) un exemple de la variabilité du débitage Discoïde 169
conséquent pas de renseignements sur l'âge des format
ions sédimentaires. Toutefois on peut raisonnablehypothèse climat ment envisager qu'elle se met en place à la fin de
chronologique l'interglaciaire Eemien et se développe durant le stade
isotopique 5 (lato sensu) (fig. 5).
holocène tempéré tardiglaciaire ?
arctique pléniglaciaire DISTRIBUTION SPATIALE DES VESTIGES (pergélisol) supérieur Illustration non autorisée à la diffusion
position D'après les projections verticales, nous constatons que tempéré chronologique ïlaciaire ancien probable de le matériel archéologique est réparti de manière homol'industrie subarctique gène depuis la surface jusqu'au sommet de la couche 2. préhistorique
La densité des pièces est toutefois plus élevée dans la tempéré interglaciaire couche 1/Bt (fig. 6) et également dans les zones où le
remplissage est le plus important (fig. 8). L'étude de
plusieurs cycles glaciaire- l'industrie confirme les conclusions de P. Bertran M interglaciaire probables concernant la stratigraphie, à savoir que les distinctions
entre les niveaux sont sédimentaires et n'ont aucune f Ë réalité archéologique. Il n'a pas été possible, au cours
de la fouille, d'individualiser différents niveaux d'occuFig. 5 — Tableau récapitulatif des événements pédologiques et sédi-
mentaires enregistrés (d'après P. Bertran, 1989). a sol brun ocreux ; pation (communication orale P. Bertran). S'ils ont
b sol brun lessivé ; с sol rouge lessivé ; d sol lessivé très polyphasé ; existé, les phénomènes périglaciaires postérieurs les e dégradation texturale ; f gélifluxion et apports de limons éoliens ont fortement remaniés. La projection de l'orientation (convoi à blocs) ; g cryoreptation (sables argileux grossièrement
lités) ; h éboulis. des pièces (fig. 7) montre clairement les perturbations
С 10 СП
Illustration non autorisée à la diffusion
1/Bt
non fouillé nucleus
éclats Fig. 6 — Projection horizontale des objets (d'après P. Bertran, 1984a).
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Fig. 7 — Projection horizontale des vestiges lithiques, carrés A-B (fouilles R. Renard, 1982).
n" 2, p. 165-190 Bulletin de la Société Préhistorique Française 2000, tome 97, I
170 Jean-François PASTY
Densité des objets
ПЗ OàlO
irm 10 à 50
50à 100
100 à 150
150 à 200
plus de 200
Illustration non autorisée à la diffusion
carré non fouillé ^^| jusqu'à la Ы ise HH
10
Fig. 8 — Meillers couche D, densité des objets lithiques (d'après P. Bertran, 1983).
6 7 8
I zones fracturées intentionnellement
Illustration non autorisée à la diffusion
10 11
Fig. 9 — Relevé de la fosse d'extraction de la matière première (d'après P. Bertran, 1983).
qui ont affecté le sommet de la couche 1. Les pièces direct de blocs désolidarisés de la roche mère, soit par
situées à la base de cette couche semblent, en revanche, le débitage, par percussion directe au percuteur dur, de
davantage en place. grands enlèvements dont la roche porte encore les sti
gmates (négatifs d'enlèvements, écrasement des arêtes).
Plusieurs nucleus portent d'ailleurs les stigmates d'une
utilisation comme percuteur. Il est fort possible que les LA STRUCTURE D'EXTRACTION plus grands d'entre eux, difficiles à manier à une main,
DES MATIÈRES PREMIÈRES aient été employés pour le débitage de grands éclats.
Un seul vrai percuteur, de forme ovoïde et bouchardé
sur toute sa surface, a été trouvé sur le site, il provient Les fouilles effectuées par P. Bertran (1983-1985) ont
de la couche 1/(B). Les gradins sont exploités en front permis de mettre au jour une structure d'extraction au
sein d'un petit relief de massif de silexites (fig. 9). La de taille, le point d'impact se situant près des arêtes
roche, à stratifications horizontales, présente un (fig. 10). Les blocs extraits de la roche mère sont de
système de diaclases verticales très développé, ce qui forme parallélépipédique et ont des dimensions allant
donne à la surface d'affleurement une morphologie en d'une dizaine à une vingtaine de centimètres pour les
gradins. L'extraction se déroule soit par le prélèvement plus grands. Ils présentent pour la majorité d'entre eux
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Au terme impropre de " quartzite ", fréquent dans la
littérature, nous préférons celui de brèches silicifiées.
Ce sont généralement des roches blanchâtres ou lég
èrement bleutées, à grain très fin. Le litage sédimentaire
de la roche est le plus souvent bien visible, marqué par
des alternances de lits de couleurs différentes et des
lacunes de taille millimétrique, parfois tapissées de
petits cristaux de quartz. Ces hétérogénéités ont sou
vent été une gêne pour le débitage ; les pièces se fractu
rant suivant les surfaces de litage ou de diaclase. Les
silexites sont d'origine locale puisque les hommes Illustration non autorisée à la diffusion préhistoriques se sont installés sur les affleurements
pour les exploiter. L'aptitude à la taille de cette matière
première dépend largement de son homogénéité. Les
expérimentations de taille ont montré que les meilleurs
résultats s'obtenaient avec un percuteur de pierre très
dense ou bien relativement volumineux. Le point
d'impact ne doit pas être trop proche de la charnière du
nucleus, afin d'éviter les écrasements.
Une partie du matériel est constituée de grès plus ou
moins silicifiés qui correspondent au sommet de la sé
rie sédimentaire et qui ont donc la même origine géo
graphique et géologique que les silexites (0,6% et zones portant des traces de percussion. 0,3 %). Ils sont plus grossiers que ces dernières ce qui
en fait un matériau de moins bonne qualité pour la Fig. 10 — Schéma de la structure d'extraction des silexites, carrés A-B taille. Une douzaine de pièces enfin ont été obtenues 6 à 8, d'après photographies (d'après P. Bertran, 1984a).
aux dépens de roches siliceuses de qualités variées
(0,1% et 0,2%).
Il s'agit de :
des surfaces naturelles diaclasiques. Les éclats sont - quatre éclats, dont deux corticaux, de couleur rouge-
quant à eux plus petits, de 10 à 15 cm environ, et de orange, tirés de galets de chaille jurassique qui
forme quadrangulaire plus ou moins allongée. Leur semblent provenir des sables et argiles du Bourbonn
face supérieure présente fréquemment une surface ais et que l'on peut récolter sur les anciennes
diaclasique plane ou anguleuse, correspondant à un terrasses et les bords de l'Allier, distantes de 17 km à
angle d'un bloc. La cicatrice de ces extractions, dont vol d'oiseau ;
- six éclats en silex brun-beige ; l'étendue n'est pas déterminée précisément, présente
des caractéristiques différentes de celles de la roche - un éclat en silex brun-gris, veiné ;
- un éclat en silex noir opaque. non exploitée. L'extension de la fouille a montré l'exi
stence de plusieurs petites unités d'exploitation de quel
ques décimètres-cubes, dispersées apparemment de Ces huit pièces sont en silex issu de formations ter
façon aléatoire. La stricte contemporanéité de ces tiaires et qui peuvent provenir soit du bassin de Mont-
unités ne peut être démontrée ; il est possible que cha luçon, situé à une quarantaine de kilomètres à l'ouest,
cune marque une phase de fréquentation du site. soit de la région de Saligny-sur-Roudon, également
L'absence d'autres vestiges lithiques correspondant à distante d'une quarantaine de kilomètres à l'est. Dans
des occupations plus récentes et notamment néolithi les deux cas il s'agit de matières premières régionales.
ques, permet de conclure que ces structures d'extrac
tion de la matière première sont exclusivement l'œuvre
des hommes du Paléolithique moyen. PRESENTATION DU MATERIEL
L'industrie a été décrite par couche mais étant donné
LES MATIERES PREMIERES son homogénéité, nous la présentons de manière
globale. La série étudiée, riche de 5 951 pièces (tabl. 1),
L'essentiel du matériel archéologique a été obtenu à provient des fouilles effectuées par P. Bertran et est
partir des roches constituant le massif de Meillers (re conservée au S.R.A. d'Auvergne à Clermont-Ferrand.
spectivement 99,2 % et 99,3 % pour chacune des deux L'industrie est très homogène et il ne semble pas qu'il y
couches). Ces roches, improprement appelées " Quart- ait des mélanges avec des pièces appartenant à des
zites de Meillers ", correspondent, semble-t-il, à des périodes plus récentes. L'état de conservation du matér
niveaux de l'Autunien gris (Permien), plus ou moins iel est relativement bon, compte tenu de la nature de la
silicifiés (plus de 95 % de silice) sous l'action de phéno matière première utilisée qui est fortement diaclasée. Il
mènes hydrothermaux (geysers ?) (Turland et ai, 1990). en découle un taux de pièces fracturées très élevé
Bulletin de la Société Préhistorique Française 2000, tome 97, n" 2, p. 165-190 :
172 Jean-François PASTY
Couche 1/Bt TOTAL Couche 1/(B)
Nbre % Nbre % Nbre %
Éclats corticaux 614 23,4 800 23,9 1414 23,7
Éclats indifférenciés 145 5,5 244 7,3 389 6,5
Éclats à dos naturel 310 11,8 201 6 511 8,5
Éclats à dos aménagé 85 3,2 123 3,6 208 3,4
Éclats de direction centripète 326 12,4 624 18,7 950 15,9
Fragments d'éclats indéterminés 436 16,6 432 12,9 868 14,5
Nucleus 225 8,6 455 13,6 680 11,4
Éclats < 2,5 cm 338 12,9 403 12,1 742 12,4
Éclats de retouche et façonnage 24 0,9 12 0,3 36 0,6
Débris 112 4,2 42 1,2 154 2,5
Outils retouchés 25 0,9 41 1,2 66 1,1
TOTAL (sans l'outillage) 2615 100 3336 100 5951 100
Tabl. 1 — Décompte général de l'industrie lithique.
(54,2 % des pièces de la couche 1/(B) et 57,1 % de celles consiste à aménager une convexité périphérique plus
de la couche 1/Bt). À cela s'ajoutent les effets de la géli- ou moins prononcée. Cette d'ensemble a
fluction qui concernent généralement les pièces de la pour rôle de contrôler le détachement latéral et distal
couche 1/(B), mais également celles de la couche 1/Bt de chaque enlèvement prédéterminé ;
- la surface de préparation des plans de frappe est provenant des carrés 6, 7 et 8 où le remplissage est peu
aménagée de telle façon que les enlèvements prédéimportant. Les pièces concernées (18,9% des pièces de
la couche 1/(B) et 11,2% de celles de la couche 1/Bt) terminants et prédéterminés puissent répondre aux
sont roulées et relativement concassées (enlèvements objectifs fixés. Ces aménagements sont spécifiques
abrupts et alternants), ce qui nous a obligé à être part des méthodes optées pour le détachement des enlève
iculièrement sévère lors du classement typologique. ments prédéterminés, mais ils possèdent tous un
Aucune pièce ne porte les traces d'actions thermiques. point commun la surface de plans de frappe destinée
à recevoir la percussion des enlèvements prédéter
minés doit toujours être orientée par rapport à la
ETUDE TECHNOLOGIQUE surface de débitage de telle façon que le fil créé par
l'intersection de ces deux surfaces soit perpendicul
aire à l'axe de débitage des enlèvements prédéterLes recherches menées depuis quelques années dans
une optique technologique montrent clairement, qu'en minés ;
- les plans de fracture des prédétermice qui concerne le Paléolithique inférieur et moyen, il
n'est plus possible de raisonner selon la dichotomie nants et prédéterminés sont sécants au plan d'inter
Levallois/non Levallois. Les études récentes ont ainsi section des deux surfaces ;
- la technique de débitage est exclusive tout au long du permis d'identifier, pour ces périodes, d'autres sy
stèmes de production tels que le débitage Clactonien schéma opératoire Discoïde. Il s'agit de la percussion
directe au percuteur dur. (Ashton, 1992; Forestier, 1993), Discoïde (Bordes,
1950, 1961 ; Boëda, 1993, 1995), Quina (Bourguignon,
1997) ou bien encore laminaire (Révillon, 1993) pour ne Cette définition présente en fait les grands principes du
citer que les principaux. L'étude du gisement de Meil- débitage Discoïde, mais elle ne reflète pas sa variabilité
qui est encore mal cernée et semble relativement 1ers montre que la production lithique relève d'une
conception Discoïde du débitage. Ce concept de débi importante. La généralisation des études technologi
tage, décrit par F. Bordes (Bordes, 1950, 1961), a récem ques conduit à une meilleure identification des indust
ment fait l'objet d'une redéfinition de la part d'É. ries Discoïdes, ce que montre l'augmentation des pu
Boëda. Il est le résultat de l'interaction de six critères blications traitant de ce sujet. Malgré des données
encore très partielles, on constate que le débitage Distechniques indissociables (Boëda, 1993) :
- le volume du nucleus est conçu en deux surfaces coïde se rencontre aussi bien sur des sites de plein air
convexes asymétriques, sécantes, délimitant un plan qu'en grotte et qu'il occupe une aire géographique et
chronologique assez large. Il est présent principalement d'intersection ;
- les deux surfaces ne sont pas hiérarchisées : l'une est sur le site de Beauvais (Oise) daté du stade isotopique 6
conçue comme surface de débitage, l'autre est conçue ou 4 (Locht et al, 1995), d'Arcy-sur-Cure (Yonne) daté
comme surface de plans de frappe, mais leurs rôles du Wiirm ancien (Girard, 1978, 1980, 1982) et surtout
peuvent être intervertis durant une même séquence dans le sud-ouest de la France et notamment de part et
d'autre des Pyrénées comme à Mauran (Haute- opératoire ;
- la surface de débitage est aménagée de telle façon que Garonne) daté du stade 3 (Farizy et al, 1994), à La
certains produits obtenus à ses dépens soient prédé Borde (Lot) daté du stade 6 (Jaubert et ai, 1990) et à
terminés. Le critère technique de prédétermination l'Abric Romani (Espagne) daté du stade isotopique 3-4
Bulletin de la Société Préhistorique Française 2000, tome 97, n" 2, p. 165-190 :
Le gisement Paléolithique moyen de Meillers (Allier) un exemple de la variabilité du débitage Discoïde 173
(Vaquero, 1992). Parmi les autres sites européens figu production de supports qui sont faiblement retouchés
rent la grotte de Fumane (Italie) datée du stade isoto et, semble-t-il, en partie exportés.
pique 3 (Peresani, 1998) et celle de Kůlna (Tchécoslo
vaquie) datée du Wiirm ancien (Boëda, 1995). Le débi Les nucleus tage Discoïde présente également une grande variabil
ité au niveau des matières premières utilisées (Jaubert Le mode de production qui domine est donc de type
et ai, 1990 ; Farizy et ai, 1994), des méthodes de débi Discoïde, réalisé aux dépens de blocs diaclasiques et
tage (Boëda, 1995 ; Locht et ai, 1995 ; Peresani, 1998) et d'éclats. Un des intérêts de cette série réside dans le fait
des faciès économiques et culturels dans lequel on le que les nucleus, très nombreux, présentent différents
rencontre (Jaubert et ai, 1990 ; Jaubert et Farizy, 1993 ; stades d'abandon qui illustrent clairement les phases
du débitage. Dans leur ensemble ils se rattachent au Farizy et al., 1994; Valoch, 1995; Jaubert, 1997;
Jaubert et Mourre, système de débitage Discoïde. La mise en forme des
nucleus se fait de plusieurs manières que montrent les que nous avons appelé nucleus à exploitation Étude techno-économique réduite. Les nucleus sur éclats sont exploités le plus
De ce point de vue, l'industrie en silexites de Meillers souvent sur la face inférieure de ces derniers et dans la
se caractérise par le nombre élevé des produits présen largeur. Ils présentent soit de 2 à 3 enlèvements sécants
tant des surfaces naturelles par rapport aux produits et courts, de direction centripète, soit une multitude de
prédéterminés, ce qui pourrait s'expliquer par l'expor petits enlèvements non envahissants, répartis sur prat
tation d'une partie de ces derniers (tabl. 1). Les iquement toute la périphérie du nucleus. Les nucleus
manques dans les remontages semblent d'ailleurs le sur blocs sont également préparés de cette manière.
Certains le sont aussi selon une troisième qui consiste confirmer. Mais une partie difficilement quantifiable
des produits à surfaces naturelles, notamment les plus en des enlèvements adjacents qui occupent la moitié de
grands (autour de 20 cm de longueur), pourrait avoir la surface du nucleus. Concernant les nucleus à exploi
été débitée directement à partir de la roche mère et ne tation réduite, certains sont certainement des ébauches
correspondrait pas à la phase de mise en forme de destinées à être exploitées ultérieurement, d'autres en
blocs. Les nucleus sont également très nombreux et revanche sont des nucleus dont l'exploitation a été
sont liés, pour la majorité d'entre eux, à un système de stoppée pour diverses raisons (accidents de débitage,
débitage Discoïde (tabl. 2). Les éclats de petites dimens mauvaise qualité de la matière première).
ions ainsi que les débris sont, en revanche, relativ Les nucleus Discoïdes unifaciaux ont une morphologie
ement peu abondants. Ceci s'explique certainement en quadrangulaire allongée ou circulaire selon l'étendue
partie par le fait que le sédiment n'a pas été tamisé des plans de frappe. Ces derniers sont le plus souvent
systématiquement (P. Bertran, information orale). Les partiellement préparés et, dans une moindre mesure, ils
produits retouchés sont très peu nombreux, de même le sont soit entièrement, soit pas du tout. En section, les
que les éclats de retouche. Quelques éclats de façon nucleus sont soit pyramidaux lorsque le fond du nu
nage, présentant les stigmates de la percussion tendre, cleus est plat, soit bipyramidaux lorsqu'il correspond à
sont également présents et témoignent de la présence l'angle d'un bloc diaclasique (fig. lia 14). La surface de
d'une chaîne opératoire de façonnage de bifaces. Quel débitage présente des négatifs d'enlèvements sécants
ques exemplaires ont d'ailleurs été découverts sur le essentiellement de direction centripète et dans une
site, malheureusement souvent hors stratigraphie, ex moindre mesure cordale. Il est à noter également que
cepté pour l'un d'entre eux (cf. infra). Les rares pièces les enlèvements sont généralement moins sécants pour
réalisées en matières premières exogènes (chaille et les nucleus sur éclats ou plaquettes que pour ceux sur
silex) sont introduites sur le site sous forme de produits blocs. L'étude diacritique, ainsi que les remontages,
finis, des éclats bruts de débitage ou des outils retou ont montré qu'il y avait fréquemment une série d'enl
chés. L'étude techno-économique met donc en év èvements adjacents obtenue à partir d'un bord du
idence l'existence d'une chaîne opératoire de débitage nucleus, puis une autre série à du bord opposé.
Discoïde, réalisée sur place et orientée vers la L'exploitation se faisant dans la largeur du support. Ce
Couche 1/(B) Couche 1/Bt TOTAL
Nbre % Nbre % Nbre %
Blocs bruts ou testés 8 35 7,6 53 18 7,7
Nucleus à exploitation réduite 39 17,3 153 33,6 192 28,2 discoïdes unifaciaux 86 38,2 144 31,6 230 33,8
Nucleus bifaciaux 43 19,1 51 11,2 94 13,8 polyédriques 12 5,3 2 0,4 14 2,1
Nucleus de morphologie Levallois 2 0,8 4 0,8 6 0,8 semi-prismatiques 7,5 5,7 43 17 26 6,3
Nucleus type Kombewa 6 2,6 27 5,9 33 4,8 divers 2 0,8 13 2,8 15 2,2
TOTAL 225 100 455 100 680 100
Tabl. 2 — Types de nucleus.
n" 2, p. 165-190 Bulletin de la Société Préhistorique Française 2000, tome 97,

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