Les Doriens de la Métropole : Étude de topographie et de géographie historique - article ; n°1 ; vol.113, pg 199-239

De
Bulletin de correspondance hellénique - Année 1989 - Volume 113 - Numéro 1 - Pages 199-239
Un document épigraphique de Xanthos récemment publié (J. Bousquet, REG 101 [1988], p. 12-53) sort de l'ombre une région de Grèce Centrale jusqu'ici mal connue, la Doride, dite aussi Métropole des Doriens par les auteurs anciens. La prospection de la haute vallée du Céphise et l'utilisation de nouvelles inscriptions permettent de renouveler l'étude de la topographie et de la géographie historique de cette région : ainsi l'identification traditionnellement admise pour la cité dorienne la plus connue, Kyténion, est remise en cause. L'étude des différents témoignages littéraires et épigraphiques amène à reprendre les questions de géographie historique concernant les peuples voisins. Ayant compté tantôt trois, tantôt quatre cités, la Doride occupa près des sources du Céphise un territoire fertile, mais minuscule ; son rôle politique fut faible.
Μιά επιγραφική μαρτυρία άπό τόν Ξάνθο πού δημοσιεύθηκε πρόσφατα (J. Bousquet, REG 101 [1988], σελ. 12-53), ανασύρει άπό τήν αφάνεια μιά περιοχή της κεντρικής Ελλάδας πού δέν γνωρίζαμε καλά μέχρι σήμερα : τή Δωρίδα, γνωστή καί σάν Μητρόπολη τών Δωριέων άπό τους αρχαίους συγγραφείς. Ή εξερεύνηση της άνω κοιλάδας του Κηφισού καί ή χρησιμοποίηση νέων επιγραφών επιτρέπουν τήν ανανέωση της μελέτης της τοπογραφίας καί της ιστορικής γεωγραφίας αυτής της περιοχής : έτσι, ή παραδοσιακή ταύτιση του Κυτένιου, της πιό γνωστής δωρικής πόλης, γίνεται καί πάλι προβληματική. Ή μελέτη τών διαφόρων φιλολογικών καί επιγραφικών μαρτυριών οδηγεί στην επανεξέταση τών προβλημάτων ιστορικής γεωγραφίας πού αφορούν τους γειτονικούς λαούς καί μ' αυτόν τόν τρόπο ό χάρτης της κεντρικής Ελλάδας μεταβάλλεται. Ή Δωρίδα, πότε μέ τρεΤς καί πότε μέ τέσσερεις πόλεις, κατείχε, κοντά στίς πηγές του Κηφισού, μιά γόνιμη αλλά μικροσκοπική Ικταση · ό πολιτικός της ρόλος ύπηρξε ασήμαντος.
41 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1989
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Denis Rousset
Les Doriens de la Métropole : Étude de topographie et de
géographie historique
In: Bulletin de correspondance hellénique. Volume 113, livraison 1, 1989. pp. 199-239.
Résumé
Un document épigraphique de Xanthos récemment publié (J. Bousquet, REG 101 [1988], p. 12-53) sort de l'ombre une région de
Grèce Centrale jusqu'ici mal connue, la Doride, dite aussi Métropole des Doriens par les auteurs anciens. La prospection de la
haute vallée du Céphise et l'utilisation de nouvelles inscriptions permettent de renouveler l'étude de la topographie et de la
géographie historique de cette région : ainsi l'identification traditionnellement admise pour la cité dorienne la plus connue,
Kyténion, est remise en cause. L'étude des différents témoignages littéraires et épigraphiques amène à reprendre les questions
de géographie historique concernant les peuples voisins. Ayant compté tantôt trois, tantôt quatre cités, la Doride occupa près des
sources du Céphise un territoire fertile, mais minuscule ; son rôle politique fut faible.
περίληψη
Μιά επιγραφική μαρτυρία άπό τόν Ξάνθο πού δημοσιεύθηκε πρόσφατα (J. Bousquet, REG 101 [1988], σελ. 12-53), ανασύρει
άπό τήν αφάνεια μιά περιοχή της κεντρικής Ελλάδας πού δέν γνωρίζαμε καλά μέχρι σήμερα : τή Δωρίδα, γνωστή καί σάν
Μητρόπολη τών Δωριέων άπό τους αρχαίους συγγραφείς. Ή εξερεύνηση της άνω κοιλάδας του Κηφισού καί ή χρησιμοποίηση
νέων επιγραφών επιτρέπουν τήν ανανέωση της μελέτης της τοπογραφίας καί της ιστορικής γεωγραφίας αυτής της περιοχής :
έτσι, ή παραδοσιακή ταύτιση του Κυτένιου, της πιό γνωστής δωρικής πόλης, γίνεται καί πάλι προβληματική. Ή μελέτη τών
διαφόρων φιλολογικών καί επιγραφικών μαρτυριών οδηγεί στην επανεξέταση τών προβλημάτων ιστορικής γεωγραφίας πού
αφορούν τους γειτονικούς λαούς καί μ' αυτόν τόν τρόπο ό χάρτης της κεντρικής Ελλάδας μεταβάλλεται. Ή Δωρίδα, πότε μέ τρεΤς
καί πότε μέ τέσσερεις πόλεις, κατείχε, κοντά στίς πηγές του Κηφισού, μιά γόνιμη αλλά μικροσκοπική Ικταση · ό πολιτικός της
ρόλος ύπηρξε ασήμαντος.
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Rousset Denis. Les Doriens de la Métropole : Étude de topographie et de géographie historique. In: Bulletin de correspondance
hellénique. Volume 113, livraison 1, 1989. pp. 199-239.
doi : 10.3406/bch.1989.4718
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bch_0007-4217_1989_num_113_1_4718LES DORIENS DE LA MÉTROPOLE
ÉTUDE DE TOPOGRAPHIE
ET DE GÉOGRAPHIE HISTORIQUE1
vient Une de longue publier inscription, J. Bousquet2 découverte rapporte en la 1965 venue au Létôon à Xanthos de Xanthos d'une ambassade en Lycie, que de
Kyténion, une cité de Grèce Centrale : les Kyténiens, représentant les Doriens de la
Métropole viennent, au nom de leur lien de parenté avec les Xanthiens, demander des
secours pour la reconstruction des murailles de leur cité. Qui cherche à situer celle-ci par
rapport aux autres cités de Doride ne trouve que quelques études rapides, qui laissent
encore la topographie de cette région dans «l'incertitude»3. Jusqu'à présent, l'on n'a pas
réussi à s'accorder ni sur la localisation, ni sur le nombre des cités doriennes, qui va de
trois à six, selon les sources littéraires4 ; la question des limites respectives des territoires
(1) Je tiens à remercier P. A. Pantos, E. Pentazos et D. Skorda, qui ont autorisé cette étude; mes
remerciements vont d'autre part à J. Bousquet, Chr. Le Roy et M. Sève qui ont accepté de relire cet article et
de me faire part de leurs observations.
Dans cette étude ont été utilisées les abréviations suivantes :
Béquignon, Spercheios : Y. Béquignon, La vallée du Spercheios des origines au tv siècle (1937).
Daux, Delphes : G. Daux, Delphes au w et au i' siècle, depuis l'abaissement de VÊtolie jusqu'à la paix romaine
(1936).
G. L. 1,2: A. Philippson, E. Kirsten, Die griechischen Landschaften I, 2 (1951).
Lerat, Locriens : L. Lerat, Les Locriens de l'Ouest (1952).
Pritchett, Studies : W. K. Pritchett, Studies in Ancient Greek Topography, III (1980), IV (1982) et V (1985).
TIB / : J. Koder, F. Hild, Tabula Imperii Byzantini I, Denkschr. der Oester. Akad. der Wissensch., Phil.-Hisl.
Kl. 125 (1976).
(2) REG 101 (1988), p. 12-53.
(3) J.-P. Michaud, BCH Suppl. IV (1977), p. 131 n. 8. Voici la liste de ces études : H. G. Lolling, «Zur
Topographie von Doris», AM 9 (1884), p. 305-318; F.G.W. Foat, «Notes on Doris», ABSA 23 (1918/19),
p. 104-111 ; G. Kolias, «Das Lehngut von Gravia», Byz. Z. 36 (1936), p. 330-336; P. A. Tsakris, «La Doride»,
Platon 23-24 (1960), p. 239-257; Ή 'Αρχαία άωρίς, Ή Μητρόπολις των Δωριέων (1970).
(4) Mis à part les mentions isolées de telle cité dans la littérature, qui seront indiquées dans chaque notice
particulière, les témoignages littéraires énumérant les cités- doriennes sont les suivants :
— Thucydide, I, 107 (trois cités);
— Andron, FGrH 10 F16a ap. Strabon, X, 4, 6, C 476 (trois citée);
— Diodore de Sicile, IV, 67 et XI, 79 (trois cités);
— Strabon, IX, 3, 1 C 417 et IX, 4, 10 C 427 («Tétrapole»); ■ Sites antiques
• Noms modernes
— Limites entre peuples, cf n.151 G b I f e — M a I i a q υ e—
0 2 4 6 8 10km
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Illustration non autorisée à la diffusion
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OZOLES
Fig. 1. — Peuples de Grèce Centrale : carte de situation (Échelle 1 :300000e; dessin N. Sigalas). GÉOGRAPHIE HISTORIQUE DE LA DORIDE 201 1989]
de ces cités et des limites de la région5, qui ont certainement varié au cours de
l'Antiquité, est restée particulièrement floue, en raison notamment de notre faible
connaissance de la géographie historique des territoires locriens, étolien et oitaien.
L'étude de la géographie historique de la Doride est renouvelée depuis la découverte, en
1988, de trois inscriptions, au village moderne de Paliochori, dans le nome de Phthiotide :
il s'agit de décrets honorifiques qui sont les premiers documents à livrer un indice de
localisation de la cité de Kyténion6.
Peu étudiée du point de vue de la géographie historique, la Doride a en revanche été
fréquemment évoquée par ceux qui ont traité de l'invasion dorienne, puisque c'est là que
les Anciens, justifiant le nom de la région, plaçaient le lieu d'une étape des Doriens avant
leur arrivée dans le Péloponnèse. Ainsi, entre autres, K.O. Millier et N.G. L. Hammond
se sont intéressés à cette Doride de la légende7 et plus récemment E. Kirsten, liant
Doride légendaire et Doride historique, a tenté de montrer que la Doride, par sa pauvreté
à l'époque classique et hellénistique, présentait, face au monde de la Grèce plus orientale,
civilisation de la Polis, les vestiges de la vie nomade, propre à la race dorienne8. C'est
aussi la volonté de retrouver les routes empruntées par les Doriens qui a incité
l'Université Loyola de Chicago à mener, il y a une dizaine d'années, une campagne
d'investigations topographiques dans cette région9. L'étude des voies de communication
et la géographie historique de la Doride n'ont donc guère été abordées que sous l'angle
particulier de l'invasion dorienne : la Doride a été en quelque sorte prisonnière de son
nom. Il faut pourtant constater, avec les explorateurs américains10, que la haute vallée
— Conon, FGrH 26 FI, 27 (trois cités);
— Pline, NH IV, 28 (cinq cités) ;
— Ptolémée, III, 14, 14 (quatre cités);
— Pseudo-Scylax, 62 (trois cités);
— Pseudo-Scymnos, 592-5 (quatre cités);
— Aelius Aristide, XXXIV Leuktrika, II 40 (trois cités);
— Enfin trois scholies, qui font de la Doride une « Hexapole» : Scholia vêlera in Pindari Carmina I, 121 ;
I. Tzétzès ad VAlexandra de Lycophron, v. 980 ; scholie à Aristophane, Ploutos v. 385. Les notices d'Etienne de
Byzance (cf. infra) parlent tantôt de trois, tantôt de quatre cités en Doride. Pour la brève notice contenue dans
certaines éditions de Pomponius Mêla (II, 3 : in Doride, Pindos et juxta situm Erineum), cf. l'édition de
P. Parroni (1984), p. 305-306 : il s'agit d'un complément proposé par les éditeurs modernes à une lacune du
texte.
(5) Par région, on entendra le territoire occupé par les Doriens, c'esl>à-dire les territoires additionnés de»
différentes cités dites doriennes.
(6) C'est en septembre 1988, alors que j'avais rédigé une première version de cette étude, que les habitants
du village m'ont montré ces inscriptions récemment dégagées; j'ai plaisir à exprimer ma gratitude à
P. A. Pantos, Éphore de Phthiotide, qui m'a autorisé à publier ces documents dont j'utiliserai ici les apports
pour la topographie de la région.
(7) Respectivement Die Dorier* I (1844), p. 36-46 et « Prehistoric Epirus and Dorian invasion», ABSA 32
(1932), p. 131-179.
(8) « Gebirghirtentum und Sesshaftigkeit ; Die Bedeutung der Dark Ages fur die griechische Staatenwelt,
Doris und Sparta in Griechenland, die Agâis und die Levante » Symposion Zwettl SAWW 418 (1983), p. 355-443.
(9) P. Wallace, «The Motherland of the Dorians» in on the Dark Ages in Greece (1977), p. 51-
57; P. E.W. Kase, «The Route of the Dorian invasion», ArchAnAth 11 (1978), p. 102-107;
E.W. Kase, N.C. Wilkie, «The Phokis-Doris expédition», ArchDelt 32 (1977) [1984] Chr. p. 110-123;
P. Wallace, N.C. ArchDelt 33 (1978) [1985] Chr. p. 154-164.
(10) P. Wallace, «The Motherland of the Dorians», p. 56. Illustration non autorisée à la diffusion
Sites antiques
Noms modernes
S
Fig. 2. — La haute vallée du Céphise : carte des sites (Échelle 1 : 100000e; dessin N. Sigalas). ce GÉOGRAPHIE HISTORIQUE DE LA DORIDE 203 1989]
du Céphise n'a encore livré aucun document permettant de renouveler la question de
l'invasion dorienne11. L'étude qui suit fait donc abstraction de celle-ci12.
I. Situation et caractères géographiques généraux de la Doride.
Pour définir la situation de la Métropole des Doriens par rapport aux autres régions
de la Grèce Centrale, la géographie de Strabon livre la description la plus complète de
l'organisation des régions de Grèce Centrale13. D'après celui-ci, la Doride se trouve à la
jonction de la chaîne du Parnasse avec les monts d'Étolie et d'Oita ; elle occupe les deux
flancs, occidental et oriental, du Parnasse ; mais c'est sur ce dernier flanc que se trouve la
majeure partie de son territoire. Celui-ci, allant d'Est en Ouest, est limitrophe des
Phocidiens et des Locriens Épicnémidiens, puis des Ainianes qui occupent l'Ôita, de
l'Étolie et enfin des Ozoles. Pline, dont la description progresse du Sud-Est vers
le Nord-Est, confirme que la Doride est au pied de l'Oita14 et Diodore indique que les
cités de Doride se trouvent au pied du Parnasse15. Thucydide, enfin, dans son récit de la
campagne de Démosthène en 426, confirme la situation de la Doride au Nord du
Parnasse : le stratège athénien veut «marcher par voie de terre contre les Béotiens, à
travers les Locriens Ozoles en direction de Kyténion de Doride, en ayant le Parnasse à sa
droite, pour ensuite descendre sur le territoire des Phocidiens»16. Selon toute
vraisemblance, l'itinéraire projeté est de suivre la passe d'Amphissa et de déboucher, au
Nord du Parnasse, dans la vallée du Céphise.
D'après les indices livrés par les auteurs, que confirment les inscriptions inédites de
Paliochori, c'est donc dans la haute vallée du Céphise, au Nord du Parnasse qu'il faut
chercher les territoires des cités doriennes17 (fig. 1); la région, sans aucun rapport avec
(1 1) Elle n'a pas renouvelé non plus celle de l'existence du peuple qui passe pour les y avoir précédés, les
Dryopes : toutes les sources et les hypothèses sur ce peuple ont été réunies par M.B. Sakellariou, Peuples
préhelléniques d'origine indo-européenne (1977), p. 255-278. Pour la Tétrapole de Dryopide et ses rapports avec
celle de Doride, cf. n. 150. Pour Dryopè, cf. p. 233.
(12) Au cours de cette étude, on relèvera précisément un certain nombre de confusions nées du nom même
de la région, dans les sources antiques comme dans l'historiographie moderne, où le mythe des Doriens a
souvent occulté la Doride de Grèce Centrale, cf. n. 98, 130, 157 et p. 236.
(13) IX, 3, 1 C 416 : «έν μέσω δέ άμφοΐν των τε Έσπερίων και των ετέρων (Λοκρών) Παρνασσός, παραμήκης ές τό
προσάρκτιον μέρος έκτεινόμενος άπό των περί Δελφούς τόπων μέχρι της συμβολής των τε Οίταίων καΐ των Αίτωλικών καΐ
των άνα μέσον Δωριέων. (...) Των δέ πλευρών τοϋ Παρνασσού τό μεν έσπέριον νέμονται Λοκροί τε οί Όζόλαι καί τίνες των
Δωριέων και Αιτωλοί κατά τόν Κόρακα προσαγορευόμενον Αίτωλικόν 6ρος ' τό Se Φωκεΐς καΐ Δωριείς οί πλείους, έχοντες την
Τετράπολιν περικειμένην πως τφ Παρνασσώ, πλεονάζουσαν δέ τοις προς Ιω» ; IX, 4, 10 C 427 : «Τοις δέ Λοκροϊς τοις μέν
Έσπερίοις συνεχείς είσιν Αιτωλοί, τοις δ' Έπικνημιδίοις Αίνιανες συνεχείς οί τήν Οϊτην έχοντες και μέσοι Δωριείς».
Rappelons que dans la vallée du Céphise, Pausanias s'arrête aux cités phocidiennes de Drymos et Charadra.
(14) NH IV, 28 : « Doris deinde, in qua Sparthos, Erineon, Boion, Pindos, Cytinum. Doridis a tergo mons
Oeta est».
(15) XI, 79, 4-5 : «ΟΙ Φωκεϊς ένεστήσαντο πόλεμον προς Δωριείς τους προγόνους μέν Λακεδαιμονίων, οίκοϋντας δέ
πόλεις τρεις, Κυτίνιον και Βοΐον καΐ Έρινεόν, κειμένας υπό τόν λόφον τόν όνομαζόμενον Παρνασσόν, τό μέν ούν πρώτον βι$
χειρωσάμενοι τους Δωριείς, κατέσχον αυτών τάς πόλεις».
(16) III, 95, 1 : κατά γην έλθεϊν έπί Βοιωτούς διά Λοκρών των Όζολών ές Κυτίνιον τα Δωρικόν, έν δεξιοί έχων τόν
Παρνασσόν, έως καταβαίη ές Φωκέας.
(17) Pour mémoire, rappelons que l'hypothèse d'un débouché de la Doride sur le golfe maliaque,
aberrante au regard de ce que l'on sait de la configuration des régions de Grèce Centrale, a été réfutée depuis
longtemps, cf. K.O. Mui.i.er, Zur Karte des Nôrdlichen Griechenlands (1831), p. 31 et Die Dorier* II, p. 533; il DENIS ROUSSET [BCH 113 204
Fig. 3. — La haute vallée du Céphise et le massif du Ghiona, vus des environs de Paliochori. A gauche, la passe
de Gravia, à droite la vallée du Kanianitis.
Fig. 4. — Vus du Sud, les contreforts de l'Oiti et le Kallidromon ; dans la vallée, le cours du Kanianitis, bordé
d'arbres. GÉOGRAPHIE HISTORIQUE DE LA DORIDE 205 1989]
l'éparchie moderne de Doride18, a pour bourgs principaux Grayia et Bralos. Géographi-
quement, elle est bordée par les trois massifs montagneux de la Grèce Centrale : à l'Ouest,
les plis orientés Nord-Est Sud-Ouest, aujourd'hui appelés Oiti et Ghiona, forment une
barrière contre laquelle vient buter au Sud-Est le Parnasse (fig. 3). Au Nord, le
Kallidromon est séparé de l'Oiti par une dépression qui permet l'accès vers le golfe
maliaque (fig. 4 et 10), tandis qu'entre le Ghiona et le Parnasse, le col de Gravia permet
les communications vers le golfe de Corinthe. De ces reliefs (fig. 21), riches en bauxite et
aujourd'hui complètement dévastés par les carrières, descendent les cours d'eau qui
donnent naissance au Céphise dont cette région constitue la haute vallée : parmi ceux-ci,
les dénominations actuelles distinguent principalement, venant des pentes du Parnasse, le
Kouradas qui traverse le bourg de Gravia, pour joindre ses eaux au Kanianitis19 qui naît
plus à l'Ouest, aux environs d'Oinochori et de Kaloskopi et passe près de Kastellia (fig. 2).
A la hauteur de Lilaia (Kato Agoriani), vient se jeter l'Agorianitis. Au Nord, entre Kato
Kaniani (Apostolias) et Gardikaki (Oiti), prend sa source l'Apostolias. Ces quatre cours
d'eaux, grossis d'innombrables ruisseaux, alimentent le Céphise20 dont la haute vallée
reste, même en plein été, très arrosée ; l'écoulement des eaux a profondément raviné les
sols alluviaux et détritiques provenant des reliefs montagneux : argile, sables et marnes
constituent le sol fertile des terres situées entre Gravia et Bralo21 (fig. 5).
Le cours du Céphise offre à la haute vallée sa seule ouverture importante, même si les
massifs montagneux n'interdisent pas toute communication dans les autres directions,
notamment par les passes au Sud de Gravia et au Nord d'Apostolias : ces zones doivent
donc être retenues pour la prospection, car elles peuvent avoir fait partie du territoire des
Doriens de la Métropole, les limites exactes des régions voisines n'étant pas établies28.
est suivi par Lolling, AM 9 (1884), p. 305. L'indication du Pseudo-Scylax, Périple, 62 : Μετά 8è Φωκεΐς, elorl
Μηλιεϊς καΐ δ κόλπος Μηλιεύς. (Έν τούτφ [τφ] κόλπω είσίν οί Λιμοδωριεϊς καλούμενοι οϊδε· Έρινεός, Βοϊον, Κυτίνιον).
Ένταϋθα Θερμοπύλαι, Τραχίς, Οϊτη, Ηράκλεια, Σπερχειός πόταμος, sur laquelle reposait cette hypothèse, est une
interpolation inutilisable, cf. l'édition C. Muller, Geographi graeci minores (1855). Sur l'expression Limodorieis,
cf. n. 157. De plus, elle contredit un passage de Cicéron selon lequel tous les États grecs touchent à la mer et en
dehors du Péloponnèse, seuls les Ainianes, la Doride et les Dolopes en sont éloignés, De Rep., II, 4 (8).
(18) L'éparchie moderne de Doride se situe plus à l'Ouest et englobe la vallée du Mornos, où l'on s'accorde
à reconnaître une partie de l'ÉtoIie antique (cf. S. Bommeljé, «A provisional gazetteer of Aetolian sites» in
Aeiolia and the Aetolians, Sludia Aetolica I [1987], p. 65-113 et ici fig. 1). C'est de cette région, d'Artotina ou de
Lidoriki, que viendraient deux inscriptions suspectes, vues par le seul Pouqueville, Voyage de la Grèce2 IV
(1826), p. 53; d'après lui, elles permettraient de situer deux cités doriennes, Erinéos et Boion, dont elles
contiennent les noms. Mais leur langue douteuse et leur sens très obscur font naître la suspicion ; elles n'ont
jamais été retrouvées et A. Boeckh, CIG 1759 et 1760 puis W. Dittenberger, IG IX 1, 689 et 690, se sont
interrogés sur leur authenticité. Peut-être influencé par la dénomination moderne de la région ou emporté par
une imagination maintes fois soulignée (cf. e.g. Lerat, Locriens I, p. xiv), Pouqueville s'est trompé en situant
près de la vallée du Mornos la Doride et les sources du Céphise. Il n'a jamais foulé le territoire des Doriens (cf.
K.O. Muller, loc. cit. I, p. 36 : «Pouqueville ist ganz im Irrthum. Er ist gar nicht in Doris gewesen») et ces
inscriptions ne sont d'aucune utilité pour l'étude de la topographie de la Doride antique.
(19) Appelé Kukubistianos par Kolias, Byz. Z. 36 (1936), p. 331 et Kagenitsa par C. Bursian, Géographie
υοη Griechenland I (1862), p. 153.
(20) Le Céphise, dont les Anciens plaçaient la source en amont de Lilaia (l'Agorianitis moderne; un culte
du Céphise est attesté à Lilaia, cf. IG IX 1, 232 et FD III 4, 132 à 135), naît, d'après la carte géologique de la
Grèce (1960-2) plus à l'Ouest : d'après la feuille Amphissa, c'est le Kanianitis, la feuille Amphikleia,
c'est l'Apostolias.
(21) Cf. infra p. 236-237.
(22) Cf. infra, p. 207. 206 DENIS ROUSSET [BCH 113
Fig. 5. — La vallée du Céphise vue depuis Apostolias.
Pour déterminer au sein de la haute vallée du Céphise et de ses abords l'implantation
exacte des Doriens de la Métropole, il s'agit maintenant d'identifier et de localiser les sites
et les cités occupés par ceux-ci. L. Lerat, à propos des Locriens de l'Ouest23, a donné
l'exemple de la seule méthode claire pour pareille étude de géographie historique : elle
consiste à dresser séparément l'inventaire des sites et la liste des toponymes et ethniques
livrés par les sources écrites24; ce n'est qu'ensuite que l'on peut procéder à une
confrontation et, éventuellement, à des identifications.
Π. Les vestiges antiques dans la hante vallée du Céphise et ses abords26.
Pour délimiter l'aire d'investigation topographique nécessaire à l'étude du territoire
des Doriens, on a procédé négativement, par élimination des zones que l'on peut
actuellement rattacher avec certitude aux régions limitrophes de la Doride. Aussi, dans
l'inventaire des sites antiques, ira-t-on d'Est en Ouest, en partant des derniers sites de
Phocide identifiés dans la vallée du Céphise : de toutes les régions voisines du territoire
(23) Locriens I, p. 1.
(24) Cf. ibid. I, p. 75.
(25) Voici la liste des quelques voyageurs qui ont décrit la région : E. Dodwell, A classical and
topographical tour Ihrough Greece during the years 1801, 1805 and 1806 II (1819), p. 130-132;
F.C. H.L. Pouqueville, Voyage de la Grèce' IV (1826), p. 52-55 (cf. n. 18); W. Leake, Traoels in Northern
Greece II (1835), p. 90-94. J'ai personnellement visité à plusieurs reprises les sites de cette région en 1982, 1983
et 1988. GÉOGRAPHIE HISTORIQUE DE LA DORIDE 207 1989]
des Doriens de la Métropole, c'est en effet la Phocide qui est le mieux connue, au moins
pour l'identification des sites. Vers le Sud, l'Ouest et le Nord, les limites avec les
territoires locrien, étolien et oitaien sont mal connues ou inconnues : dans ces directions,
il est beaucoup plus difficile de délimiter la zone d'investigation, et celle que l'on a
retenue ici ne peut être considérée que comme hypothétique. Les identifications qui
seront proposées et la configuration qu'elles aboutiront à donner au territoire des Doriens
ne pourraient donc elles-mêmes trouver leur confirmation que dans les résultats
d'enquêtes semblables sur les régions limitrophes, l'Étolie et l'Oitaia, actuellement terrae
incognilae de la géographie historique26.
Vers l'Est, les sites occidentaux de la Phocide sont bien identifiés : au Nord, près de
Glounista-Drymaia, les importants vestiges de fortifications antiques ont été sûrement
reconnus comme ceux de la cité phocidienne de Drymaia, notamment par des
inscriptions27. Quant à ceux qui se trouvent au-dessus de l'actuelle Mariolata, ils ont été
clairement identifiés comme ceux de l'antique Charadra par L.B. Tillard28.
Dans les autres directions, les points de repères dont on peut disposer sont les
suivants : vers le Sud, L. Lerat a décrit, en en publiant un plan et des vues, l'important
site fortifié de Sigditsa-Viniani, à mi-chemin entre Gravia et Amphissa29. Rien ne permet
de dire si cet établissement antique était locrien, étolien ou même dorien30. Dans le haut
massif du Ghiona, aucun site n'est sûrement identifié ; c'est en allant vers le Nord, dans le de l'Oiti que l'on retrouve deux repères plus sûrs : un site placé à mi-chemin entre
Mavrolithari et Pavliani, à 1800 m d'altitude est identifié comme Pyra, le «bûcher
d'Héraclès» qui, selon toute vraisemblance, était sur le territoire des Oitaiens31 et vers
l'Ouest, le kastro tes Orias, identifié comme Homilai, cité oitaienne32. Enfin, vers le Nord-
(26) Sur l'Étolie, voir les premiers résultats publiés par une équipe néerlandaise n. 18. Sur l'Oitaia et tout
le corridor de Lamia à Amphissa, cf. Béquignon, Spercheios et ici n. 9. La difficulté à préciser la topographie
antique des zones montagneuses de l'Oiti et du Ghiona tient aussi à la maigreur des trouvailles épigraphiques
dans ces régions. Pour la Doride, je signalerai site par site la bibliographie et les inscriptions qui ont été
trouvées : je ne réédite pas les documents qui n'apportent pas d'indication pour les questions de topographie et
de géographie historique.
(27) IG IX 1, 226-30 et BCH 26 (1902), p. 340 n° 51. Cf. C. Schober, Phokis (1924), p. 28.
(28) «The Fortifications of Phokis», ABSA 17 (1910/1), p. 63 : je ne rappelle pas cette démonstration
parfaitement convaincante (reprise par C. Schober, loc. cit., p. 26) qui annule l'identification infondée
d'Oberhummer voyant, à la suite de Leake, dans les ruines de Mariolata la cité dorienne de Boion (RE, s.v.) ;
elle confirme en outre que Charadra se trouvait à l'Ouest de Lilaia (cf. la description de Pausanias, X, 33, 2), cité
elle-même bien située à Lilaia-Kato Agoriani cf. J. G. Fraser, Pausanias' of Greece, ad loc. Dans ces
conditions, l'article de J. Koder, TIB, s.v. «Boion» est erroné, pour la dénomination des ruines de Mariolata,
qui repose uniquement sur l'affirmation de la RE et ignore l'article de L. B. Tillard : rien ne permet de faire un
lien entre les vestiges médiévaux et le toponyme Boion, qui n'est d'ailleurs pas attesté après le vie siècle ap. J.-
C. (cf. infra «.«.).
(29) Locriens I, p. 182. On trouvera dans ArchDelt 33 (1978), Chr. p. 161-162 le compte-rendu des sondages
effectués sur le site et ses alentours par la mission américaine.
(30) Pour la description détaillée., cf. L. Lerat, loc. cit. Pour l'identification, cf. infra p. 228.
(31) Site fouillé au début du siècle et sur lequel les renseignements les plus complets se trouvent chez
Béquignon, Spercheios p. 207-215. Pyra se trouve sur le mont Oeta (Tite-Live, XXVI, 30 et Théophraste, Hist.
Plantes IX, 10, 2) ; aucun texte ne dit que ce lieu de culte est sur le territoire des Oitaiens, mais tous aujourd'hui
l'admettent, puisque les Oitaiens organisaient un concours pentétérique en l'honneur d'Héraclès (cf.
Béquignon, Spercheios p. 221 et Pritchett, Studies IV, p. 188-189).
(32) Homilai ou Homilos, cité de l'Oitaia dans IG IX 1, 227 et 229. Identification : Béquignon, loc. cit.,
p. 260-2 et Pritchett, loc. cit., p. 226.

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