Les recherches aériennes dans la Plaine de Caen. Une contribution à l'étude des Âges des Métaux en Basse-Normandie (France) - article ; n°1 ; vol.17, pg 417-435

De
Revue archéologique de Picardie - Année 1999 - Volume 17 - Numéro 1 - Pages 417-435
La prospection aérienne a révélé dans la plaine de Caen un nombre assez considérable d'enclos fossoyés attribuables aux communautés protohistoriques. Ce mode (phénomène) d'occupation est donc aujourd'hui confirmé avec la même vigueur que dans les autres régions du Nord de la France. Les documents photographiques constituent ainsi des sources de première main pour l'étude des territoires pré-romains. L'approche de l'occupation du bassin aval de la Seulles est menée à deux échelles. La première intéresse l'ensemble de l'espace géographique retenu couvrant trente-trois communes. Toutes les structures archéologiques identifiées sur les documents photographiques (enclos fossoyés, fosses, substructions gallo-romaines) sont confrontées au cadastre recouvrant du XIXe siècle. Le fond cartographique, basé sur le réseau hydrographique de 1'IGN, permet ainsi de compiler les établissements protohistoriques et gallo- romains dans le cadre d'un réseau de communications antérieur au remembrement. Les agronymes, enfin, critiqués notamment par l'accès à quelques sources manuscrites médiévales et modernes, sont restitués dans un espace archéologique sur le terrain. Une commune, au cœur du bassin, est choisie pour être le siège d'explorations diverses. Plusieurs systèmes d'enclos, représentatifs des découvertes dans la plaine de Caen, semblent occuper le terroir de façon organique. Des sondages leur sont appliqués afin de proposer une typo-chronologie. Une prospection au sol systématique précise l'environnement archéologique. La synthèse des résultats suscite en conclusion des schémas d'occupation rurale.
Aerial survey over the plain of Caen has revealed a substantial number of ditched enclosures which can be attributed to proto-historical groups. This type of ground occupation can now be confirmed on an equal basis with other regions of northern France. Photographical evidence thus constitutes a first-hand source of information for the study of pre-roman territories. The approach to ground occupation of the downstream Seulles basin is conducted on two scales : the first covers the whole of the selected area with thirty-three communes. All the archaeological structures spotted on the aerial photographs (ditched enclosures, pits, gallo-roman substructures) are related to the corresponding XIXth century land register. The IGN (National Geographical Institute) maps based on the hydrographie systems are used to list protohistorical and gallo-roman settlements in the communication network which existed before land real-locations. Ancient names studied through a few manuscript sources, mediaeval and moderne, are reinstated on the ground within archaeological areas. A central commune, in the basin, is selected as headquarters for various explorations. Several enclosure systems, typical of those discovered in the plain of Caen, appear to organically belong to the land. Probing is carried out to suggest a possible type-chronology. Systematic ground prospecting reveals the archaeological environment. The summing-up of result allows rural occupation schemes to be out lined.
19 pages
Publié le : jeudi 26 janvier 2012
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Jean Desloges
Nathalie Forfait
Benjamin Herard
Guy San Juan
Les recherches aériennes dans la "Plaine de Caen". Une
contribution à l'étude des Âges des Métaux en Basse-
Normandie (France)
In: Revue archéologique de Picardie. Numéro spécial 17, 1999. pp. 417-435.
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Desloges Jean, Forfait Nathalie, Herard Benjamin, San Juan Guy. Les recherches aériennes dans la "Plaine de Caen". Une
contribution à l'étude des Âges des Métaux en Basse-Normandie (France). In: Revue archéologique de Picardie. Numéro
spécial 17, 1999. pp. 417-435.
doi : 10.3406/pica.1999.2129
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/pica_1272-6117_1999_hos_17_1_2129Résumé
La prospection aérienne a révélé dans la plaine de Caen un nombre assez considérable d'enclos
fossoyés attribuables aux communautés protohistoriques. Ce mode (phénomène) d'occupation est donc
aujourd'hui confirmé avec la même vigueur que dans les autres régions du Nord de la France. Les
documents photographiques constituent ainsi des sources de première main pour l'étude des territoires
pré-romains. L'approche de l'occupation du bassin aval de la Seulles est menée à deux échelles. La
première intéresse l'ensemble de l'espace géographique retenu couvrant trente-trois communes.
Toutes les structures archéologiques identifiées sur les documents photographiques (enclos fossoyés,
fosses, substructions gallo-romaines) sont confrontées au cadastre recouvrant du XIXe siècle. Le fond
cartographique, basé sur le réseau hydrographique de 1'IGN, permet ainsi de compiler les
établissements protohistoriques et gallo- romains dans le cadre d'un réseau de communications
antérieur au remembrement. Les agronymes, enfin, critiqués notamment par l'accès à quelques sources
manuscrites médiévales et modernes, sont restitués dans un espace archéologique sur le terrain. Une
commune, au cœur du bassin, est choisie pour être le siège d'explorations diverses. Plusieurs
systèmes d'enclos, représentatifs des découvertes dans la plaine de Caen, semblent occuper le terroir
de façon organique. Des sondages leur sont appliqués afin de proposer une typo-chronologie. Une
prospection au sol systématique précise l'environnement archéologique. La synthèse des résultats
suscite en conclusion des schémas d'occupation rurale.
Abstract
Aerial survey over the plain of Caen has revealed a substantial number of ditched enclosures which can
be attributed to proto-historical groups. This type of ground occupation can now be confirmed on an
equal basis with other regions of northern France. Photographical evidence thus constitutes a first-hand
source of information for the study of pre-roman territories. The approach to ground occupation of the
downstream Seulles basin is conducted on two scales : the first covers the whole of the selected area
with thirty-three communes. All the archaeological structures spotted on the aerial photographs (ditched
enclosures, pits, gallo-roman substructures) are related to the corresponding XIXth century land
register. The IGN (National Geographical Institute) maps based on the hydrographie systems are used
to list protohistorical and gallo-roman settlements in the communication network which existed before
land real-locations. Ancient names studied through a few manuscript sources, mediaeval and moderne,
are reinstated on the ground within archaeological areas. A central commune, in the basin, is selected
as headquarters for various explorations. Several enclosure systems, typical of those discovered in the
plain of Caen, appear to organically belong to the land. Probing is carried out to suggest a possible
type-chronology. Systematic ground prospecting reveals the archaeological environment. The summing-
up of result allows rural occupation schemes to be out lined.N° — — — — — — -^ — — — — — — — ^ ^ — — Revue archéologique de Picardie spécial 17 - 1999
CAEN" LES RECHERCHES AÉRIENNES DANS LA "PLAINE DE
UNE CONTRIBUTION À L'ÉTUDE DES ÂGES DES MÉTAUX
EN BASSE-NORMANDIE (FRANCE)
Jean DESLOGES *, Nathalie FORFAIT **, Benjamin HERARD *** et Guy SAN JUAN ****
Résumé
La prospection aérienne a révélé dans la plaine de Caen un nombre assez considérable d'enclos fossoyés
attribuables aux communautés protohistoriques. Ce mode (phénomène) d'occupation est donc aujour
d'hui confirmé avec la même vigueur que dans les autres régions du Nord de la France. Les documents
photographiques constituent ainsi des sources de première main pour l'étude des territoires pré-romains.
L'approche de l'occupation du bassin aval de la Seulles est menée à deux échelles. La première intéresse
l'ensemble de l'espace géographique retenu couvrant trente-trois communes. Toutes les structures
archéologiques identifiées sur les documents photographiques (enclos fossoyés, fosses, substructions
gallo-romaines) sont confrontées au cadastre recouvrant du XIXe siècle. Le fond cartographique, basé sur
le réseau hydrographique de 1TGN, permet ainsi de compiler les établissements protohistoriques et gallo-
romains dans le cadre d'un réseau de communications antérieur au remembrement. Les agronymes,
enfin, critiqués notamment par l'accès à quelques sources manuscrites médiévales et modernes, sont res
titués dans un espace archéologique sur le terrain. Une commune, au cœur du bassin, est choisie pour
être le siège d'explorations diverses. Plusieurs systèmes d'enclos, représentatifs des découvertes dans la
plaine de Caen, semblent occuper le terroir de façon organique. Des sondages leur sont appliqués afin de
proposer une typo-chronologie. Une prospection au sol systématique précise l'environnement archéolo
gique. La synthèse des résultats suscite en conclusion des schémas d'occupation rurale.
Abstract
Aerial survey over the plain of Caen has revealed a substantial number of ditched enclosures which can
be attributed to proto-historical groups. This type of ground occupation can now be confirmed on an
equal basis with other regions of northern France. Photographical evidence thus constitutes a first-hand
source of information for the study of pre-roman territories. The approach to ground occupation of the
downstream Seulles basin is conducted on two scales : the first covers the whole of the selected area with
thirty-three communes. All the archaeological structures spotted on the aerial photographs (ditched
enclosures, pits, gallo-roman substructures) are related to the corresponding XlXth century land register.
The IGN (National Geographical Institute) maps based on the hydrographie systems are used to list pro-
tohistorical and settlements in the communication network which existed before land real-
locations. Ancient names studied through a few manuscript sources, mediaeval and moderne, are reins
tated on the ground within archaeological areas. A central commune, in the basin, is selected as head
quarters for various explorations. Several enclosure systems, typical of those discovered in the plain of
Caen, appear to organically belong to the land. Probing is carried out to suggest a possible type-chronol
ogy. Systematic ground prospecting reveals the archaeological environment. The summing-up of result
allows rural occupation schemes to be out lined.
* Ingénieur d'Études, Service Régional de l'Archéologie de Basse-Normandie
13 bis, rue Saint-Ouen
F - 14052 CAEN CEDEX 04
** Contractuelle, Service Départemental d'Archéologie du Calvados
Le Bourg
F - 14680 FRESNEY-le-PUCEUX
*** Chargé d'étude, Carte Archéologique du Service Régional de l'Archéologie de Basse-Normandie
13 bis, rue Saint-Ouen
F - 14052 CAEN CEDEX 04
**** Attaché de conservation, Service Départemental d'Archéologie du Calvados
36 rue Fred Scamaroni
F -14000 CAEN
417 PROSPECTION AÉRIENNE EN BASSE- LA recueillies lors des survols et dans certains cas
NORMANDIE d'identifier certains types de sites.
La prospection aérienne systématique est LE CADRE PHYSIQUE
récente en Basse-Normandie. Elle ne commence
véritablement qu'en 1986 avec le programme plu- Terrains anciens et secondaires se partagent le
riannuel consacré à la zone de grande culture du Calvados en trois ensembles géologiques. Il en
Calvados : "La Plaine de Caen". résulte une diversité des reliefs et des sols que tr
aduisent de nos jours des pratiques agricoles diffé
Comparé à la situation de la recherche aérien rentes. La Basse-Normandie est traversée du sud
ne dans d'autres régions du Bassin parisien, le au nord par une longue dépression sous-tendue
par les calcaires du Jurassique." La Plaine de Caen" retard est pour le moins paradoxal. C'est, en effet,
dans le Calvados, que l'un des initiateurs de la en constitue le débouché largement ouvert sur la
prospection à basse altitude, Bernard Edeine, avait mer.
fait ses premières armes. On regrette que l'article
« fondateur » qui devait inciter Roger Agache à Le paysage de la Plaine est celui d'un openfield
entreprendre les recherches que l'on sait, n'ait pas monotone entrecoupé du vallonnement peu mar
suscité en son temps de vocations locales. qué de vallées sèches et de quelques vallées drai
nées. Le cours inférieur de l'Orne traverse le nord
de la "Plaine" où sa vallée s'épanouit au sortir des À la faveur de la sécheresse de ces dernières
terrains anciens. Celle-ci est malheureusement en années, le take-off de la prospection, pour tardif,
n'en est pas moins spectaculaire. L'apport à l'inven grande partie perdue pour l'archéologie en raison
taire archéologique est sans précédent avec plus de de la présence de l'agglomération caennaise, de ses
1500 sites ou indices de sites repérés (fig. 1). Ce satellites et de toute l'infrastructure portuaire, soit
chiffre représente plus de 15 % de la masse globale un « blanc » de plus de 50 km.
des gisements actuellement recensés par la Carte
archéologique dans les départements du Calvados Deux types de sols se partagent la "Plaine".
et de l'Orne. Les découvertes concernent toutes les Au nord de Caen, le plateau présente une épaisse
périodes archéologiques, mais ce sont les couverture limoneuse, déblayée cependant au ver
ensembles fossoyés attribuables aux communautés sant des vallées. Vers le sud, jusqu'à la partie cen
protohistoriques qui constituent le fait le plus trale du département de l'Orne où elle s'achève, les
conséquent. limons s'amenuisent et ne subsistent qu'à l'état de
placages résiduels. On devine quelle peut être l'i
Si le doute demeure quant à la chronologie de ncidence sur les résultats de la prospection, ce sont
ces centaines de structures, de nombreuses évi évidemment les sols minces de type rendzine qui
offrent les meilleures conditions de détections (sud- dences (fermes, hameaux, enclos et parcellaires de
types pré-romains) suffisent à révolutionner notre est et versants du plateau nord). On se garde par
perception du peuplement à l'Âge du Fer. Il faut conséquent de toute sur-interprétation des cartes
considérer, en effet, que les données initiales de répartition; les sondages systématiques exécut
concernant cette période dans le Calvados étaient és sur les terrains industriels de Mondeville
particulièrement indigentes. On ne comptait guère depuis dix ans, ont montré que l'apport de la pros
que quelques inhumations halstattiennes et de pection aérienne sur sols épais ne dépassait pas
vagues traces de réoccupation d'éperons barrés 10 % du potentiel archéologique.
néolithiques à La Tène. Un seul habitat de plaine,
fouillé par Claude Jigan à Saint-Contest au nord de CARTOGRAPHIE DES ENCLOS ET MICRO
l'agglomération caennaise avait été reconnu. RÉGION
C'est donc sur l'exploitation de ces résultats - La tentation est forte de restituer le paysage
les plus novateurs- qu'il a été décidé de porter nos rural de l'Age du Fer à travers l'image cartogra
efforts, non seulement par le dépouillement de ce phique des enclos. En effet, celle-ci semble révéler
pactole documentaire et sa cartographie, mais aussi une trame d'habitats dispersés qui couvre la totali
par la programmation d'opérations de terrain dans té de la "Plaine de Caen", pour autant qu'on mette
le prolongement logique des prospections. au compte des variations pédologiques les grands
écarts de densité (fig. 1). En grande majorité (73 %),
Enfin, depuis 1992, les nombreuses opéra les enclos sont rectilinéaires et se conforment aux
tions de diagnostics et de sauvetages archéolo types ubiquistes de base : carré, rectangle, trapèze,
giques ainsi que les prospections au sol effectuées hybride (fig. 2). La diversité provient d'un niveau
dans le cadre de la Carte archéologique ont permis de complexité qui va l'enclos isolé au système d'en
de compléter substantiellement les données clos multiples (jointifs et/ou imbriqués). Nous
418 Vk"-;,' -.•■
Topographe 0-50 51-100 7% 101-150 -200 • Stes cxi incSces de sites 201-250 K1-300 AJQranfemere _ 301-350 VV/Rvieremoywine 0 351-400 /V Petite nvière
Fig. 1 : les sites repérés après 12 ans de prospection aérienne dans la "Plaine de Caen'
419 Répartition des encios rectilinéaires par types géométriques
7,1%
4,8% 22,0%
16,1%
W Carrés
■ Rectangulaires
II Trapézoïdaux
G Autres polygones
□ Hybrides
50,0%
Répartition des enclos curvilinéaires par types géométriques
1,7%
19,8%
H Circulaires
il Ellipsoïdaux
□ Forme de type "géllule" 78,5%
Fig. 2 : répartition des enclos par type géométrique.
n'entrerons pas ici dans le détail typologique et À une autre échelle, le report cartographique
métrologique d'autant que l'on ignore encore beau précis a ceci d'intéressant qu'il peut contribuer à
coup de la fonction et de la chronologie de ces mettre en évidence des relations spatiales entre les
structures. enclos : contiguïté, superposition, système
ouvert/fermé, etc. et des liaisons éventuelles avec
420 recherche tous azimuts incluant la toponymie, les d'autres structures telles que chemins, carrières,
prospections et vérifications au sol, enfin les opéraparcellaires, enclos cultuels, camps. Le Système
d'information géographique mis en œuvre par la tions de sondages. Quelques années ont été néces
cellule Carte archéologique s'avère particulièr saires pour que des interprétations puissent être
ement adapté à la combinaison et au récolement des présentées et donner matière à comparaison. À ce
données. Ces informations cumulées peuvent titre, les sondages réalisés dans le Bassin de la
contribuer à compenser en quelque sorte les Seulles ont permis d'enregistrer une masse d'info
lacunes de datation. C'est ainsi qu'il se dégage une rmation riche d'enseignements pour la conduite de
certaine cohérence de la répartition en plusieurs nos travaux.
secteurs de la "Plaine de Caen".
UN EXEMPLE DE PROSPECTION
Cette approche nécessite une réduction du THÉMATIQUE AVEC SONDAGES : L'OCCUPA
champ d'étude à une échelle cartographique qui TION PROTOHISTORIQUE AU NORD-OUEST
DE CAEN soit intelligible et permette d'embrasser d'un seul
tenant l'ensemble des phénomènes. C'est dans ce
Entre 1992 et 1994, fut mené un projet de prossens qu'il faut entendre le mot micro-région
pection thématique avec sondages, au nord-ouest employé ici : c'est-à-dire simplement l'espace cart
de la "Plaine de Caen" (espace étendu), financé par ographie sur fonds oro /hydrographiques au
l'État et le Conseil général du Calvados. Le microt1/25000 et au 1/5 000 (le paysage dans son sens
erroir concerné est le bassin aval de la Seulles, tevisuel et subjectif). À l'intérieur de cet espace, il
rminaison occidentale de la "Plaine de Caen" s'agit de démêler l'imbroglio de l'occupation pré
(fig. 4). Le projet s'appuyant sur la prospection romaine, de son évolution et de mettre en évidence
aérienne, la base du travail était constituée des terroirs (au sens socio-économique cette fois) :
d'images d'enclos fossoyés, pour lesquels, l'intefermes, hameaux, villages, etc.
rprétation des anémies culturales est limitée sur le
plan spatial. L'ensemble de la bibliographie, des clPour mettre en œuvre ce projet, plusieurs
ichés de l'IGN et de la prospection aérienne oblique micro-régions ont été définies pour faire l'objet
du SDAC, concernant 62 communes, a été d'une étude multivariée (fig. 3) :
- Une zone regroupant le territoire des sept com dépouillée. Sur le plan hygrographique, on observe
munes autour de la « cuvette » de Saint-Sylvain, à deux domaines bien différenciés, de part et d'autre
de l'interfluve séparant le bassin aval de la Seulles une vingtaine de kilomètres au sud-est de Caen;
- Une zone marginale qui correspond aux limites et celui de l'Orne (fig. 5, page 423). Le secteur de la
de la "Plaine" vers l'est (du littoral au viens de Jort Seulles, bien drainé, est découpé par les cours
affluents en plusieurs portions de plateaux assez à l'est de Falaise, sur le cours de la Dives);
équivalentes. Le secteur de l'Orne se distingue en - Plus au nord, le secteur de Cagny (à une dizaine
revanche par le découpage insignifiant du Dan. Il de kilomètres à l'est de Caen);
faut également noter l'absence d'affluents en rive - Enfin, l'interfluve de la Seulles et de la Mue situé
droite de la Mue et du débouché de la Seulles. entre Caen et Bayeux.
Cette prospection systématique a été supEn premier lieu, ces zones ont été sélection
pléée sur le terrain par l'évaluation en sondages nées pour la densité et la variété d'enclos qu'elles
d'un espace restreint, le plateau de Thaon. Il s'agisont livré. Nous avons retenu également des condi
tions favorables à l'étude des phénomènes de sait de valider l'hypothèse de la présence d'une
majorité d'habitats agricoles enclos du second Âge romanisation des campagnes : présence de villae,
du Fer; ceci, conformément à l'amplification d'un de voies et de parcellaires gallo-romains à Rots;
grandes "fermes indigènes" et villae à Saint-Sylvain; mouvement de fondations, communément admis à
partir de La Tène moyenne (Menez 1996, p. 214). parcellaires et fana à Cagny; « zone frontalière »
Baïocasses/Lexovii à l'est. Il va sans dire que d'im Cette extension de l'occupation agraire prendrait
portantes trouvailles fortuites sont connues pour son essor aux Vie et Ve siècles avec la multiplica
tion de petits établissements mais aussi de grandes ces zones qui ont fait l'objet de fouilles de struc
fermes qui pourraient refléter l'implication d'une tures gallo-romaines : fouilles d'Arcisse de
classe « seigneuriale », dès le début du second Âge Caumont vers 1830 à Saint-Sylvain, fouilles de
du Fer (Menez 1996, p. 214). L'analyse du site Lucien Musset dans les années soixante à
devait ainsi permettre d'explorer un modèle élFrénouville et enfin, fouilles de sauvetage à Rots,
émentaire d'occupation gauloise. La définition Cagny, etc.
socio-économique de ce modèle en ferait un indica
teur de l'organisation d'une communauté locale, Au-delà de la compilation cartographique de
toutes les données accessibles, l'objectif est de déve niveau basique d'une éventuelle hiérarchie territo
riale à l'échelle de la "Plaine de Caen". En 1997, le lopper pour chacune des micro-régions, une
421 Eure
@ Zone 1 : Saint-Sylvain et œmmunes limitrophes
@ Zone 2 : Limites est de la Raine de Caen, vallée de la Dives
@ Zone 3 : Secteur de Cagny (Cagny, Frénouville, Emiéville, Banneville)
@) Zone 4 : Bassin de la Seulles (interfluve de la Seulles et de la Mie)
Fig. 3 : les micro-régions tests définies dans le Calvados.
Espace de prospection étendu
Espace de prospection restreint
Pays d'A
Beuvron Ouilty-le-Vio
AINE JURA£SIQU
""aine de Cae
Bocage normand
Fig. 4 : l'espace de prospection dans le cadre du réseau régional d'éperons fortifiés. 1 - éperon fortifié; 2 - limite de la
"Plaine de Caen"-Falaise- Argentan- Alençon.
422 10 km
k
\
E3 1 ^ 2 M3 D4«5O6 X7
Fig. 5 : enclos circulaires et découvertes métalliques de l'Âge du Bronze au nord de la "Plaine de Caen'M - agglomération
caennaise; 2 - zone marécageuse; 3 - relief des avant-buttes calloviennes; 4 - éperon calcaire barré; 5 - enclos circulaire; 6
- objets du Bronze moyen; 7 - objets du Bronze final.
l'échelle d'étude dépassant le site isolé. Dans l'ebilan général des sauvetages en Basse-Normandie,
space restreint de Thaon, il était impossible d'enviatteste d'au moins 40 enclos à caractère d'habitat
sager dès le début une extension des décapages et explorés. Ils se répartissent chronologiquement de
une fouille élargie des établissements. En revanche, la façon suivante : 1 site chalcolithique (2,5 %), 5
des sondages systématiques dans les structures sites de l'Âge du Bronze (12,5 %), 2 sites attribués à
majeures (fossés, fosses de stockage, fondations de la transition premier /second Âge du Fer (5 %), 1
bâtiments, etc.), identifiées en prospection aérienne site La Tène ancienne /La Tène moyenne (2,5 %) et
ont permis de dégager des problématiques pluri30 sites de La Tène moyenne/La Tène finale (75 %).
disciplinaires pour un éventuel retour concerté sur Ces résultats, très généraux, semblent confirmer
le terrain. une densification régionale des exploitations agri
coles encloses à partir de La Tène moyenne.
L'objectif des sondages recherchait tout natu
rellement des éléments concernant : Le projet de Thaon présente l'intérêt d'être
- La chronologie relative voire absolue des établiglobalement dégagé de toute contrainte spatiale, à
ssements (aspect historique : densité et pérennité la différence notamment des approches linéaires de
l'archéologie routière. Il complète ainsi la percep micro-spatiales) ;
- La connaissance des activités de production tion à petite échelle de la distribution des sites,
(aspect techno-économique : agriculture, artisanat, fournie par les sauvetages. Un grand programme
matières premières, témoins du territoire d'exploide sauvetage, mené pendant plusieurs années sur
tation et relationnel); la zone industrielle de Mondeville, a récemment
- La connaissance de la fonction des établissements conduit à une analyse micro-spatiale exemplaire,
(aspect social : l'habitat, le lieu funéraire, le lieu culavec des décapages considérables. Cette étude, à
tuel, témoins d'une structuration micro-spatiale). grande échelle, dépasse bien entendu largement le
projet de Thaon. Les analogies se cantonnent à
423 funéraires rendrait compte d'une extension de l'an- LES FAITS MARQUANTS DE L'OCCUPATION
AU NORD-OUEST DE CAEN (ESPACE ÉTENDU) thropisation du bassin-versant. Ces gisements des
sinent deux aires importantes : une aire littorale de
part et d'autre du débouché de la Seulles, au nord Les faits marquants à l'Âge du Bronze (fig. 5)
de la confluence La Seulles/La Mue soulignée par
l'éperon barré de Banville; une aire intérieure s'éta- La transition Néolithique-Protohistoire est
extrêmement ténue sur le plan funéraire. Deux lant dans le sous bassin-versant de la Mue avec une
sépultures en fosse, l'une masculine, l'autre fémini apparente concentration au voisinage de la
ne ont été découvertes à Bernières-sur-mer, à confluence La Mue/La Chironne soulignée par
quelques centaines de mètres de l'estran (Verron l'éperon barré de Basly. Un enclos isolé à l'ouest,
1976). Leur position les intègre clairement au sur le plateau dominant la dépression marécageuse
contexte vallée de la Seulles-vallée de la Mue. de La Gronde, peut correspondre à une progression
Quelques tessons campaniformes ont été décou des installations vers l'ouest ou participer d'un
verts à Caen. Plus récemment, une enceinte curvi autre ensemble plus important, distribué hors car
ligne campaniforme a été fouillée dans le cadre du tographie, dans un secteur très occidental où la
programme de sauvetage de Mondeville. À Basly, prospection aérienne livre encore peu de structures
fossoyées. L'impression générale est bien celle d'un la mise en évidence récente, en sondage, d'un puis
sant fossé de palissade attribué au Néolithique couloir d'occupation sud-nord * empruntant l'axe
final/Chalcolithique (San Juan, rapport 1997), fe hydrographique de La Mue, jusqu'à l'embouchure
rmant un rebord de plateau à terminaison en épe de la Seulles. Dans la basse-vallée de l'Orne, les
enclos circulaires du secteur du Dan semblent assuron, atteste aussi clairement d'une présence mar
quée et durable, au tout début de la Protohistoire. rer la continuité spatiale d'une occupation
Néolithique, sans extension notable. L'émergence
Pour l'Âge du Bronze, les faits retenus pour d'une concentration de cercles en bordure sud-est
une approche spatiale sont les découvertes d'objets de l'agglomération caennaise pourrait résulter,
métalliques et les enclos funéraires circulaires. La pour partie au moins, de l'évolution du fond néoli
thique identifié par la nécropole de Fleury-sur- relative abondance des enclos circulaires dans la
"Plaine de Caen" est aujourd'hui un fait acquis, Orne et les monuments de Fontenay-le-Marmion.
grâce à la prospection aérienne. Quelques rares Cette concentration à proximité de Câen, autour de
fouilles récentes, non publiées, sont confrontées à la confluence de l'Orne et de l'Odon, peut appar
une quasi absence de vestiges exploitables sur le aître comme partie d'un pôle d'anthropisation
plan chronologique. L'appartenance de notre équivalent à celui du bassin de la Seulles. Cette
région au contexte atlantique permet cependant de densification de l'occupation accentue la bipartition
poser l'hypothèse selon laquelle ces enclos témoi de part et d'autre de l'interfluve Orne-Seulles et
laisse penser que le petit ensemble du Dan puisse gnent principalement de l'occupation de l'Âge du
Bronze. Le prolongement de ce phénomène dans le être intégré spatialement à un vaste secteur d'occu
premier Âge du Fer est cependant clairement attes pation autour du site caennais.
té au sud-est du Bassin parisien où la chronologie
des enclos circulaires se cantonnerait au Bronze Les découvertes d'objets métalliques attribués
final/Hallstatt ancien et se terminerait au Hallstatt à l'Âge du Bronze reproduisent la bipartition spat
iale (fig. 3). Des haches sont signalées de part et D (Baray, Deffressigne, Leroyer et Villemeur
1994). En effet, l'évaluation récente de la nécropole d'autre de la Seulles, au nord de la confluence La
d'Eterville (fin du premier Âge du Fer/début du Seulles-La Mue. On est tenté d'établir une corréla
second) a révélé le regroupement spatial des tion spatiale avec la présence de l'éperon barré de
tombes avec de grands enclos carrés, de petits Banville. Mais ces découvertes anciennes ou
enclos carrés ouverts et un grand enclos circulaire à récentes ne correspondent pas apparemment à des
fossés concentriques (Herard-Dumont 1996). À dépôts. La hache de Courseulles du type de
Soulangy, deux enclos circulaires dont un grand Brandivy, dans laquelle on reconnaît un témoin tar
enclos à fossé profond serait attribuable au Bronze dif du Bronze final III-début du premier Âge du
final/premier Âge du Fer sur la base de mobilier Fer, a été découverte en prospection de surface, à
céramique recueilli dans le fossé (Jahier 1993). proximité d'un habitat enclos, fouillé en sauvetage
en 1997 par Ivan Jahier (AFAN) et daté globalement
Au nord-ouest de Caen, les nécropoles à de la fin du premier Âge du Fer. De tels objets en
bronze isolés nous inviteraient ainsi à considérer enclos circulaires, semblent respecter une biparti
tion : basse vallée de la Seulles /basse vallée de plus directement des établissements du plateau
l'Orne. Le bassin aval de la Seulles se distingue que l'éperon barré lui-même, pour lequel aucune
néanmoins comme le lieu principal d'une multipli fouille n'a encore précisé la chronologie. À l'écart
cation des gisements, installés à proximité des val de cet ensemble se situe l'importante découverte
lées. L'existence d'un minimum de huit gisements du bracelet d'or torsadé de Le Manoir. Ce type
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