Les roches alpines dans l'outillage poli néolithique de la France méditerranéenne - article ; n°1 ; vol.32, pg 125-149

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Gallia préhistoire - Année 1990 - Volume 32 - Numéro 1 - Pages 125-149
Les seules roches alpines rencontrées dans l'outillage poli néolithique de la zone méditerranéenne de la France et de quelques régions périalpines sont les roches à glaucophane, les éclogites s.l. et les jadéitites. Les serpentinites n'ont été employées qu'en Suisse occidentale et dans le Jura. Les zones d'affleurements primaires et secondaires de ces roches ont été déterminées. Un certain nombre d'arguments permet d'affirmer que ce sont essentiellement les gisements secondaires qui ont été exploités au Néolithique. L'analyse de la distribution de ces roches dans l'outillage a permis la mise en évidence de divers modes de circulation des matériaux (roches, ébauches ou objets finis ?) : circulation régionale pour les roches à glaucophane, circulation sur de grandes distances pour les éclogites s.l. et probablement les jadéitites. Différents courants de circulation ont été envisagés pour ces deux dernières. Des arguments en faveur d'une origine ligure des outils en éclogite s.l. du Sud de la France sont présentés.
The only alpine rocks found among the Neolithic polished tools of the French Mediterranean zone and a few perialpine areas are glaucophane rocks, s.l. éclogites and jadeilites. Serpentinites were used in western Switzerland and the Jura only. The areas containing primary and secondary outcrops of these rocks have been determined. A serie of arguments allows the authors to assert that essentially secondary deposits were exploited in the Neolithic. An analysis of the way these rocks are represented among the tools has evidenced various methods of circulating materials (raw materials, blanks or end-products ?) : a regional circulation for glaucophane rocks, a long-distance circulation for s.l. éclogites and probably jadéitites. Different flows of circulation have been considered for the latter two. Some arguments in favour of a Ligurian origin for the s.l. eclogite tools in southern France are presented.
25 pages
Publié le : lundi 1 janvier 1990
Lecture(s) : 89
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Monique Ricq de Bouard
Roberto Compagnoni
Jacqueline Desmons
Francesco Fedele
Les roches alpines dans l'outillage poli néolithique de la France
méditerranéenne
In: Gallia préhistoire. Tome 32, 1990. pp. 125-149.
Résumé
Les seules roches alpines rencontrées dans l'outillage poli néolithique de la zone méditerranéenne de la France et de quelques
régions périalpines sont les roches à glaucophane, les éclogites s.l. et les jadéitites. Les serpentinites n'ont été employées qu'en
Suisse occidentale et dans le Jura. Les zones d'affleurements primaires et secondaires de ces roches ont été déterminées. Un
certain nombre d'arguments permet d'affirmer que ce sont essentiellement les gisements secondaires qui ont été exploités au
Néolithique. L'analyse de la distribution de ces roches dans l'outillage a permis la mise en évidence de divers modes de
circulation des matériaux (roches, ébauches ou objets finis ?) : circulation régionale pour les roches à glaucophane, circulation
sur de grandes distances pour les éclogites s.l. et probablement les jadéitites. Différents courants de circulation ont été
envisagés pour ces deux dernières. Des arguments en faveur d'une origine ligure des outils en éclogite s.l. du Sud de la France
sont présentés.
Abstract
The only alpine rocks found among the Neolithic polished tools of the French Mediterranean zone and a few perialpine areas are
glaucophane rocks, s.l. éclogites and jadeilites. Serpentinites were used in western Switzerland and the Jura only. The areas
containing primary and secondary outcrops of these rocks have been determined. A serie of arguments allows the authors to
assert that essentially deposits were exploited in the Neolithic. An analysis of the way these rocks are represented
among the tools has evidenced various methods of circulating materials (raw materials, blanks or end-products ?) : a regional
circulation for glaucophane rocks, a long-distance circulation for s.l. éclogites and probably jadéitites. Different flows of circulation
have been considered for the latter two. Some arguments in favour of a Ligurian origin for the s.l. eclogite tools in southern
France are presented.
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Ricq de Bouard Monique, Compagnoni Roberto, Desmons Jacqueline, Fedele Francesco. Les roches alpines dans l'outillage
poli néolithique de la France méditerranéenne. In: Gallia préhistoire. Tome 32, 1990. pp. 125-149.
doi : 10.3406/galip.1990.2278
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/galip_0016-4127_1990_num_32_1_2278ROCHES ALPINES DANS L'OUTILLAGE POLI NÉOLITHIQUE LES
DE LA FRANCE MÉDITERRANÉENNE
CLASSIFICATION, ORIGINE, CIRCULATION
par Monique RICQ-de BOUARD, Roberto COMPAGNONI, Jacqueline DESMONS et Francesco FEDELE1
Résumé
Les seules roches alpines rencontrées dans l'outillage poli néolithique de la zone méditerranéenne de la
France et de quelques régions périalpines sont les roches à glaucophane, les éclogites s.l. et les jadéitites. Les
serpentinites n'ont été employées qu'en Suisse occidentale et dans le Jura. Les zones d'affleurements primaires
et secondaires de ces roches ont été déterminées. Un certain nombre d'arguments permet d'affirmer que ce sont
essentiellement les gisements secondaires qui ont été exploités au Néolithique. L'analyse de la distribution de
ces roches dans l'outillage a permis la mise en évidence de divers modes de circulation des matériaux (roches,
ébauches ou objets finis?) : circulation régionale pour les roches à glaucophane, circulation sur de grandes
distances pour les éclogites s.l. et probablement les jadéitites. Différents courants de circulation ont été
envisagés pour ces deux dernières. Des arguments en faveur d'une origine ligure des outils en éclogite s.l. du Sud
de la France sont présentés.
Abstract
The only alpine rocks found among the Neolithic polished tools of the French Mediterranean zone and a few
perialpine areas are glaucophane rocks, s.l. éclogites and jadeilites. Serpentiniles were used in western Switzerland
and the Jura only. The areas containing primary and secondary outcrops of these rocks have been determined. A
série of arguments allows the authors to assert that essentially secondary deposits were exploited in the Neolithic. An
analysis of the way these rocks are represented among the tools has evidenced various methods of circulating materials
(raw materials, blanks or end-products ?) : a regional circulation for glaucophane rocks, a long-distance circulation
for s.l. éclogites and probably jadéitites. Different flows of have been considered for the latter two. Some
arguments in favour of a Ligurian origin for the s.l. eclogite tools in southern France are presented. .
1. Les parties 1 et 2 sont dues à la collaboration de tenons à remercier G. Monjuvent pour sa collaboration (pros
R. Compagnoni, J. Desmons et M. Ricq-de Bouard. La par- pections dans les dépôts quaternaires en aval du lac Léman).
tie 1 a été rédigée par R. Compagnoni (jadéitites et éclogites Une partie de cette étude a été conduite dans le cadre de
s.l.), J. Desmons (serpentinites et roches à glaucophane) et l'ATP : «Archéologie Métropolitaine» (programme : «Origine
M. Ricq-de Bouard (gisements secondaires); la partie 2 par et circulation de matériaux lithiques néolithiques dans le Sud
M. ; la partie 3 par F. Fedele. Les conclusions méditerranéen de la France et ses abords», responsable
ont été discutées par tous les auteurs et écrites par F. Fedele et M. Ricq-de Bouard ; conseillers pour l'archéologie : J. Courtin,
M. Ricq-de Bouard. La figure 6 est de J.-D. Strich. Nous J. Guilaine, P. Phillips et pour la géologie : R. Compagnoni).
Gallia Préhistoire, 1990, tome 32, p. 125-149. I
Localisation des outils analysés: 1 3' Néiichâtel
■ sites (moins de 10 outils)
■ sites (plus de 9 outils)
I ramassages (plus de 40 outils)
+ «+ ligne de partage des eaux
„,., limite des massifs montagneux
Répartition des sites du Piémont/Ligurle
• sites simples
® sites majeurs
fj
Fig. 1 — Carte de localisation de l'outillage analysé et répartition des sites piémontais et ligures
ayant fourni de l'outillage en pierre polie.
Sites majeurs : grande densité de sites ou sites ayant donné au de La Font-des-Pigeons, Châteauneuf-lès-Martigues (Bouches-
moins 30 pièces ; sites simples : sites ayant livré plus de du-Rhône) ; 20, Escanin, Les Baux-de-Provence (Bouches-du-
9 outils ou fragments d'outils; 1, station des Baigneurs, Rhône); 21, Les Lauzières, Lourmarin (Vaucluse); 22, Bastide
Charavines (Isère) ; 2, stations de Chalain et de Clairvaux, Blanche, Peyrolles-en-Provence (Bouches-du-Rhône); 23, Le
Clairvaux-les-Lacs (Jura) ; 3, Auvernier, Neuchâtel (Suisse) ; 4, Lauvier, La Roque-sur-Pernes (Vaucluse) ; 24, Les Aubes,
Arène Candide, Finale Ligure (Ligurie occidentale) ; 5, La Blauvac (Vaucluse) ; 25, La Bertaude, Orange (Vaucluse) ; 26,
Balm'Chanto, val Chisone (Piémont occidental); 6, Alba Puech de la Fontaine, Congenies (Gard); 27, grotte de La
(province de Cuneo, Piémont du Sud); 7, grotte Barriera, Madeleine, Villeneuve-lès-Maguelonne (Hérault) ; 28, Raffe-
La Turbie (Alpes-Maritimes); 8, Giribaldi, Nice (Alpes- gues, Mèze (Hérault) ; 29, Clamouse, Saint-Jean-de-Fos
Maritimes); 9, grotte Saint-Benoit, Saint-Benoit (Alpes-de- (Hérault); 30, Les Roquets, Saint-Étienne-de-Gourgas
Haute-Provence) ; 10, Pertus II, Méailles (Alpes-de-Haute- 31, Dorio, Félines-Minervois (Hérault); 32, petite
Provence); 11, La Cabre, Agay (Var); 12, La Baume de grotte de Bize, Bize-Minervois (Aude) ; 33, Saint-André-de-
Fontbrégoua, Salernes (Var) ; 13, grotte de l'Église, Baudinard- Roquelongue (Aude) ; 34, Aussières, Narbonne (Aude) ; 35, Les
sur-Verdon (Var); 14, grotte Murée, Montpezat (Alpes-de- Picarts, Montlaur (Aude) ; 36, Cavanac (Aude) ; 37, île de La
Haute-Provence) ; 15, La Citadelle, Vauvenargues (Bouches- Corrège, Leucate (Aude); 38, grotte de Montou, Corbère-les-
du-Rhône); 16, Le Baou Roux, Bouc-Bel-Air (Bouches-du- Cabanes (Pyrénées-Orientales) ; 39, Cambous, Viols-en-Laval
Rhône); 17, Camp de Laure, Le Rove (Bouches-du-Rhône); (Hérault).
18, Collet Redon, La Couronne 19, abri ALPINES 127 ROCHES
L'utilisation, parfois très fréquente, des roches fragments d'outils néolithiques provenant essentie
vertes alpines dans l'outillage de pierre polie du llement du Sud méditerranéen de la France, a
Néolithique a été signalée depuis longtemps. Mais, à plusieurs objectifs. Il se propose d'une part, de
l'exception de la «jadéite», donnant de très beaux donner une classification des roches alpines rencont
objets comme ceux trouvés dans les mégalithes rées dans l'outillage et d'indiquer quelles en sont les
bretons, l'emploi de ces roches n'a guère éveillé origines possibles et d'autre part, de présenter des
l'attention. En effet, il apparaissait comme un phénomènes inattendus mis en évidence, comme la
phénomène assez banal lié, la plupart du temps, à un sélection et la circulation des matériaux, qui ont une
approvisionnement local ou régional2 de ces matières implication importante pour l'interprétation palé
premières, sans sélection particulière. De fait, ces oéconomique de la préhistoire de cette région.
roches vertes sont spécialement abondantes dans On a analysé la plus grande partie de l'outillage
l'outillage des sites alpins et circumalpins et leur poli néolithique disponible actuellement, provenant
origine relativement proche et le plus souvent de la Provence, du Languedoc et du Roussillon.
secondaire, conglomérats tertiaires, dépôts glaciaires Dans cet outillage nous incluons les outils à tran
chant distal, appelés communément haches, hermi- ou fluviatiles, semblait alors évidente.
Toutefois cette impression de banalité n'était nettes, cognées, ciseaux, etc., et les marteaux. Ces
qu'apparente. Elle reposait en fait sur l'imprécision, derniers portent des traces de martelage sur la partie
au point de vue pétrographique, du terme «roches distale mais ont une forme générale voisine de celle
vertes alpines». En effet, alors que pour les géologues des outils tranchants, dont ils sont probablement
ce terme ancien désigne l'ensemble des métaophioli- souvent des réutilisations. Cet outillage comprend
tes, c'est-à-dirè des ophiolites3 métamorphisées, pour environ 1 200 outils entiers et fragments d'outils
les préhistoriens il recouvre en général un ensemble provenant de sites datés, c'est-à-dire au moins
de roches encore plus diversifié puisqu'il englobe attribuables à l'une des grandes périodes : Néolithi
toutes sortes de roches de couleur verte (en fait de que ancien, Néolithique moyen et Néolithique final-
nombreuses roches basiques ou ultrabasiques). En Chalcolithique, selon la terminologie française cou
d'autres termes, cela signifie que parmi ces roches rante (Guilaine, 1976) (fouilles, sondages, ramassages
vertes alpines on peut avoir affaire à des roches très de surface sur des stations homogènes) et 600 objets
différentes par leur chimisme, par leur degré de d'origine connue mais sans attribution chronologique
possible5 (fig. 1). métamorphisme, par la localisation de leurs
affleurements et donc par leur origine. A ces résultats qui concernent le Sud de la
Dans la terminologie archéologique traditionn France, on a ajouté ceux apportés par l'étude du
elle, en l'absence d'étude pétrographique, le terme matériel archéologique de quelques autres gisements
serpentinite a aussi été employé dans le sens de de France, de Suisse et d'Italie du Nord. Il s'agit de
«roche verte alpine». De même il est assez fréquent la station des Baigneurs (Isère), des stations des lacs
que l'on ait désigné sous le même nom de «jadéitite» de Chalain et Clairvaux (Jura), des gisements du
(ou «jadéite») des roches différentes (cf. infra, p. 131). Néolithique moyen et récent d'Auvernier
Cet article, qui s'appuie sur les résultats de (Neuchâtel, Suisse), de l'abri de La Balm'Chanto
l'analyse pétrographique4 d'environ 2000 outils et (Piémont occidental), de la station d'Alba (Piémont
2. La terminologie employée pour la provenance des échantillons prélevés sur les outils (Ricq-de Bouard, 1987b,
matériaux est la suivante : origine locale, environ 20 km ; p. 861-862). On a également utilisé les mesures de densité
origine régionale, environ 50 km ; origine lointaine, plus de (méthode non destructive) qui permettent de distinguer
100 km. certaines roches entre elles. La diffraction X a été employée
3. Ophiolites : série de roches comprenant, de bas en surtout pour classer les différentes pyroxénites sodiques (cf.
haut, des ultrabasites (surtout des péridotites), gabbros, note 8).
basaltes et minces sédiments pélagiques, interprétée comme 5. Cette étude n'a été possible que grâce à la collabora
étant une portion de croûte de type océanique mise en place tion de très nombreux chercheurs qui ont accepté de nous
tectoniquement en milieu continental. Dans les Alpes, les confier leur matériel. Nous les remercions ici très vivement.
basaltes ophiolitiques se sont épanchés du Jurassique moyen Dans l'impossibilité de les citer tous nous nous bornerons à
au Jurassique supérieur, il y a environ 175-160 MA, en milieu signaler les chercheurs des équipes et institutions suivantes :
sous-marin, dans un bassin océanique séparant les futures ERA 36, UPR 289, LAPMO, Directions des Antiquités de
zones internes alpines de leur plaque d'origine. Ces roches ont Provence-Alpes-Côte d'Azur et de Languedoc-Roussillon, cer
ensuite été métamorphisées. tains musées (en particulier ceux de Grasse, Marseille, Narbon-
4. Les analyses pétrographiques ont été faites essentiell ne, Nîmes) ainsi que de nombreux chercheurs non rattachés à
ement en lames minces, au microscope polarisant, sur de petits ces organismes. 128 M. RICQ-DE BOUARD, R. COMPAGNONI, J. DESMONS, F. FEDELE
T 6
prospections (gisements secondaires)
50 km MM ligne de partage des eaux
Fig. 2 — Carte géologique simplifiée des Alpes indiquant les gisements primaires et secondaires possibles des roches rencontrées dans
l'outillage poli : 1, zone piémontaise interne, métaophiolites à éclogite s.l. et jadéitite ; 2, zone piémontaise externe, métaophiolites à
roche à glaucophane et jadéitite; 3, conglomérats oligocènes et miocènes; 4, Quaternaire à cailloutis. ROCHES ALPINES 129
Tabl. I — Classification pétrographique et origine primaire des roches alpines rencontrées dans l'outillage poli néolithique : *,
souvent utilisé dans les publications archéologiques dans le sens de «roche verte alpine»; **, assez souvent désigné dans les
publications par le terme «jadéitite» ou «jadéite».
Dénomination ancienne Classification pétrographique Provenance alpine primaire
Serpentinites* Zone piémontaise (ext./int.)
Roches à glaucophane Zone externe
Roches vertes Éclogites s.l Zone interne
alpines (éclogites s.s., omphacitites **,
chloromélanitites **)
Jadéitites ** Zone piémontaise (ext./int.)
du Sud) et enfin de la grotte des Arène Candide Nous avons noté la répartition des gisements
(Ligurie)6 (fig. 1). primaires des roches utilisées mais, comme on le
Bien que la plus grande partie de l'outillage verra, ce sont souvent les gisements secondaires
analysé soit datée, on se bornera dans ce premier (dépôts tertiaires et quaternaires) qui ont été exploi
article à des observations et à des réflexions général tés par les Préhistoriques. On dispose de peu de
données pétrographiques sur la composition de ces es sans tenir compte des facteurs chronologiques et
culturels qui viendront ultérieurement les nuancer7. dépôts secondaires mais quelques échantillonnages
préliminaires ont été effectués dans le cadre de cet
étude (fig. 2) ; on en donnera les résultats à propos de
la discussion de chaque type de roche employée pour CARACTÉRISTIQUES ET GISEMENTS
la fabrication des outils. POSSIBLES DES ROCHES UTILISÉES
Quatre grands types de roches alpines ont été DANS L'OUTILLAGE POLI
rencontrés dans l'outillage : les serpentinites, les
roches à glaucophane, les jadéitites et les éclogites s.l. Les relations entre les appellations anciennes,
les dénominations pétrographiques utilisées dans cet
article et les zones de provenances primaires des
Les serpentinites roches alpines rencontrées dans l'outillage sont
indiquées dans le tableau I. Les sont des roches ultrabasiques L'expression «zone piémontaise» indique une
dérivant, dans la plupart des cas, du métamorphisme zone structurale géologique (fig. 2), aussi connue de péridotites avec apport d'eau. Elles sont consticomme zone des schistes lustrés à métaophiolites, qui
tuées essentiellement d'un ou de plusieurs silicates se développe à travers l'arc des Alpes occidentales
magnésiens du groupe des serpentines (chrysotile, aussi bien sur le versant piémontais et ligure que sur
lizardite, antigorite) accompagnés de magnetite, de le versant français et suisse. quelques silicates en général très accessoires (talc,
brucite, chlorite, diopside) et de reliques de minéraux
primaires (clinopyroxènes en particulier). Les ultra- 6. Station des Raigneurs, 22 outils (analyse en lame
mince: M. Ricq-de Rouard, inédit); Chalain et Clairvaux : basites forment la base des séries ophiolitiques. Dans
matériel des musées de Lons-le-Saunier et Dôle, 89 lames les Alpes occidentales la plupart des ultrabasites ont minces examinées (Ricq-de Rouard, 1985) ; Auvernier : outils été transformées au cours de plusieurs phases des gisements du Néolithique moyen (Ruret, Ricq-de Rouard,
d'altération en serpentinites. Dans les conditions de 1982); Arène Candide : matériel des fouilles de L. Rernabô
Rrea, 1946-1956, musée de Genova Pegli et de S. Tine, haute température, réalisées dans la partie nord des
Université de Gênes (résultats d'analyse pétrographique Alpes occidentales, on trouve aussi la néoformation
M. Ricq-de Rouard, inédits); Ralm'Chanto : le matériel a été d'olivine. Les serpentinites sont des roches à grain revu dans le cadre de cette étude mais les analyses pétrogra fin et à structure massive ou parfois schisteuse. La phiques avaient déjà été effectuées (Nisbet, Riagi, 1987);
serpentinite massive est tenace bien que peu dure ; Alba : matériel de la collection Traverso conservé au Musée
Pigorini à Rome, environ 450 pièces à tous les degrés de elle reçoit bien le poli.
finition (galets plus ou moins aménagés, ébauches, outils finis) Dans les Alpes internes le seul gisement impor(Traverso, 1898, 1901 et 1909). Étude pétrographique : Fran tant de serpentinite à lizardite se trouve dans la chi (1900), Ricq-de Rouard (inédit).
masse ophiolitique de Montgenèvre, à l'est de 7. Travail en cours : M. Ricq-de Rouard, sous la direc
tion de J. Guilaine. Briançon. Ailleurs il s'agit de serpentinite à antigori- 130 M. RICQ-DE BOUARD, R. COMPAGNONI, J. DESMONS, F. FEDELE
te, minéral qui demande pour sa formation une (basaltes); leur abondance en sphène (jusqu'à 10%)
température plus élevée que la lizardite. montre qu'elles ont été riches en titane.
Il faut signaler aussi que dans le massif cristallin L'association minéralogique correspond à un
externe de Belledonne existe une grande masse de métamorphisme de haute pression, où se reconnaît
serpentinite (à antigorite) dont l'érosion a donné des une succession de faciès : jadéite-glaucophane, puis
fragments dans les formations détritiques néogènes glaucophane-lawsonite ± pumpellyite (faciès pré
et quaternaires de la région de Grenoble et du Bas- pondérant) et lawsonite-pumpellyite. Une associa
Dauphiné. tion ultime typique des schistes verts, à chlorite,
Les serpentinites forment une part très impor albite et épidote, est d'importance minime ; les petits
tante des affleurements ophiolitiques des Alpes et filons blancs à calcite et albite sont tardifs.
elles constituent les roches les plus
abondantes dans les cailloutis et autres alluvions Origine possible des roches à glaucophane formant les
périalpines. outils
Gisements primaires
La comparaison des roches à glaucophane
Les roches à glaucophane formant les outils avec les roches alpines montre que
ces roches à glaucophane correspondent sans aucun
Définition et localisation générale des gisements doute possible à des métaophiolites de la zone
piémontaise externe (tabl. I et fig. 2). On appelle roches à glaucophane un ensemble de On peut noter que les roches à glaucophane roches métamorphiques contenant une amphibole
existent dans d'autres parties des Alpes (massifs du sodique de couleur bleue, le glaucophane au sens Ruitor, de La Vanoise méridionale, d'Ambin, d'Ac- large. Leurs caractères minéralogiques et structu
ceglio et, en Ligurie, de Bagnaschino dans le val raux indiquent une origine magmatique. L'associa Casotto ainsi que massifs du Mont Rose, du Grand tion minéralogique de ces roches montre qu'elles ont
Paradis, et de Dora-Maira et la zone Sesia). Cepenété métamorphisées dans des conditions de haute dant elles contiennent en général des minéraux ou pression et de basse température. Les roches à
des structures reliques qui les différencient des glaucophane ne sont connues en France que dans les métaophiolites piémontaises et qui n'ont pas été Alpes et plus précisément dans la zone piémontaise rencontrés, jusqu'à présent, dans les échantillons (si l'on excepte le petit gisement de l'île de Groix en
archéologiques. Bretagne et quelques gisements vendéens). La présence de lawsonite et de pumpellyite dans
les roches composant les outils permet de préciser Caractéristiques des roches à glaucophane rencontrées que les gisements primaires de ces roches peuvent dans l'outillage être ceux du Queyras (haute vallée du Guil) et de la
A l'œil nu, les outils en roche à glaucophane ont haute vallée de l'Ubaye, ainsi que ceux de la région
du haut val de Suse (Desmons, 1977) et de la Ligurie une couleur d'un vert plus ou moins bleuté, avec
souvent des veines blanchâtres. A l'examen en lames (Messiga, 1987) (fig. 2). Nous citerons particulièr
ement les régions de Saint- Véran, Molines-en-Quey- minces, ces roches forment un ensemble homogène
où les subdivisions ne peuvent qu'être floues. Elles ras, Geillac, Péas (Hautes-Alpes) ainsi qu'Ulzio (val
sont à grain fin ou très fin (diamètre des cristaux de Suse, Italie) où les roches ophiolitiques forment de
petites masses de quelques dizaines ou centaines de inférieur ou égal à 1 mm) et leur texture est le plus
souvent dominée par la forme aciculaire de mètres, entourées de roches métasédimentaires.
l'amphibole en cristaux orientés parallèlement les
Gisements secondaires uns aux autres.
Les reliques de minéraux magmatiques sont Du côté français, les roches à glaucophane, qui
absentes dans les échantillons archéologiques examin résistent à l'érosion mécanique, ont été entraînées
és. Les minéraux identifiés sont : glaucophane s.L, loin de leurs gisements primaires par le Guil et
pyroxene sodique, actinote et amphibole bleu-vert, l'Ubaye d'abord, puis par la Durance. On en a
retrouvées en quantité non négligeable — c'est-à- lawsonite, quartz, pumpellyite, épidote et clinozoïsi-
dire suffisante pour qu'elles puissent être récoltées te, chlorite, sphène et leuxoxène, albite, calcite et
minéraux opaques. La finesse du grain et l'absence par les Préhistoriques même si elles n'étaient pas
de reliques de texture gabbroïque indiquent que les prépondérantes — dans les alluvions actuelles de la
roches examinées sont d'anciennes roches effusives Durance : Cadenet, Pertuis, etc. (Vaucluse) (fig. 2). ROCHES ALPINES 131
Ces roches sont aussi présentes dans les caillou- Il faut revenir ici sur un problème de vocabulair
tis plio-quaternaires du bas Rhône, constitués d'une e. En effet, dans la littérature archéologique il est
part par la Costière de Nîmes, terrasse villafran- assez fréquent que l'on ait désigné, sous le même
chienne qui s'étend sur la rive droite du grand et du terme de jadéitite (ou de jadéite) deux types de
petit Rhône, du sud de Nîmes aux environs de roches : des jadéitites vraies, composées essentiell
ement de jadéite, mais aussi des omphacitites/chloro- Montpellier et d'autre part, par la jeune Crau, ancien
cours de la Durance au Quaternaire moyen. Des mélanitites, constituées essentiellement d'omphaci-
prospections ont permis notamment d'en récolter te/chloromélanite8. Or, comme on l'a vu, ces roches
dans la région de Vauvert dans le Gard (sud-ouest de peuvent provenir de gisements différents (tabl. I) et
la Costière de Nîmes, limite probable de l'extension il est important de les distinguer.
vers le sud-ouest de ces roches) et d'Istres (jeune Dans les cas les plus favorables on s'est limité,
Crau). En revanche on n'en a jamais trouvées dans la après une mesure de densité, à une distinction à l'œil
nu : les jadéitites sont de couleur plus pâle que les vieille Crau, entre Salon-de-Provence et Arles, ce qui
confirmerait «l'origine durancienne moins évidente» autres pyroxénites. Mais cette distinction n'est pas
toujours nette en raison de la patine de certains de celle-ci (Debelmas, 1974, p. 524).
Les conglomérats néogènes du plateau de Valen- objets et il a été souvent nécessaire de pousser plus
sole contiennent aussi des roches alpines, en parti loin l'analyse en ayant recours à la diffraction X,
culier des roches à glaucophane, apportées par une plus précise dans ce cas que l'examen au microscope
ancienne Durance (Debelmas, 1963). polarisant; l'analyse à la microsonde serait encore
Il faut mentionner aussi l'existence de galets de préférable.
roches à glaucophane et lawsonite dans deux forma Il est important de rappeler que la jadéitite
tions conglomératiques des Alpes françaises : dans le n'existe, en Europe occidentale, que dans les Alpes
Miocène inférieur des abords ouest de Grenoble et et dans des affleurements extrêmement exigus en
dans l'Oligocène inférieur à Barrême (Alpes-de- Bretagne (Pain, Vielzuf, 1988) et peut-être aussi dans
Haute-Provence). Ces gisements ne contiennent pas la cordillère Bétique en Espagne (Morten et al.,
de fragments d'une taille et en nombre suffisants 1987).
pour que des outils aient pu, semble-t-il, en être
Caractéristiques des jadéitites rencontrées dans taillés. Enfin, si le glaucophane fait partie des
l'outillage minéraux lourds présents dans le Plio-Pleistocène du
fossé bressan, les fragments de roches à glaucophane Dans le matériel archéologique étudié, les jadéi
y sont inconnus (Bonvalot, 1988). tites peuvent présenter différents aspects. Certaines
Du côté italien, dans le Piémont occidental, les ont une structure constituée par un feutrage de roches à glaucophane existent dans les conglomérats jadéite; elles donnent en général des objets partdes collines de Turin (Compagnoni, inédit). Nous iculièrement soignés. D'autres, au contraire, ont une n'avons vérifié ni leur présence ni leur abondance structure plus grossière et forment des outils d'as
dans les dépôts quaternaires du val de Suse. En pect plus fruste. Le pyroxene présente souvent de Ligurie occidentale s.l. (c'est-à-dire Piémont du Sud fortes zonations mises en évidence, en lame mince,
et Ligurie occidentale) nous avons trouvé des roches tant par la couleur verte plus intense que par la à glaucophane dans les alluvions actuelles de la biréfringence et par la valeur de l'angle d'extinction.
Bormida di Spigno, qui traverse l'unité piémontaise Quelques échantillons de jadéitite sont caractérisés externe de Montenotte, ainsi que dans celles du haut par la présence de zircons en petits prismes de Tanaro (fig. 2). Ici ces roches proviennent soit de section losangique trapue. l'unité piémontaise de Montenotte, soit des conglo
mérats oligocènes alimentés par le massif de Voltri Origine possible des jadéitites formant les outils
(Dallagiovanna et al., 1984-1986).
Gisements primaires
Actuellement on ne connaît dans les Alpes
Les jadéitites occidentales que des affleurements extrêmement
Définition et localisation générale des gisements
La jadéitite est une roche formée presque
8. La classification des pyroxenes sodiques (jadéite, uniquement d'un pyroxene sodique qui est de la omphacite, etc.) que nous avons employée est celle de jadéite presque pure, minéral qui ne cristallise que E.J. Essene et W. S. Fyfe (1967), utilisée par la presque
dans des conditions de pression élevée. totalité des spécialistes de ces roches. 132 M. RICQ-DE BOUARD, R. COMPAGNON!, J. DESMONS, F. FEDELE
réduits de jadéitite qui, par leurs caractères pétro- Alpes. Parmi ces éclogites il faut distinguer deux
groupes principaux selon les minéraux associés à la graphiques, soient susceptibles d'avoir fourni les
matières premières rencontrées dans l'outillage poli. paragenèse éclogitique (omphacite/chloromélanite et
grenat). D'un côté les éclogites du Massif Central, des Du côté français, de la jadéitite en veine dans
une serpentinite a été signalée en Haute Ubaye, massifs cristallins externes des Alpes occidentales
dans la zone piémontaise externe (c'est-à-dire dans le (Aiguilles-Rouges, Argentera) (fig. 2) et de la nappe
austro-alpine de la Silvretta en Suisse (Magetti et al., domaine des roches à glaucophane) (Steen, 1975).
1987) qui contiennent de la hornblende brune, du Du côté italien, la jadéitite a été reconnue dans
plagioclase calcique et du diopside. De l'autre côté la zone piémontaise interne, en boudins associés à
des éclogites (région du col Barrant, massif du mont les éclogites qui ne contiennent jamais ces minéraux
de haute température mais parfois de l'amphibole Viso, haut val Pellice) (Gompagnoni, Sandrone,
bleue, c'est-à-dire celles de Bretagne et, pour les inédit).
Alpes occidentales, celles de la zone piémontaise
interne, des massifs cristallins internes (Dora-Maira, Gisements secondaires
Grand Paradis, Mont Rose) et de la zone Sesia (fig. 2)
Plusieurs publications anciennes mentionnent la (Compagnoni et al., 1983; Biino et al., 1988).
présence de blocs ou de galets de jadéitite dans le Toutes les éclogites s.l. rencontrées dans le
Piémont occidental (Damour, 1881, dans le val matériel archéologique sont identiques à celles du
d'Aoste; Piolti, 1898, dans le val de Suse). deuxième groupe. Il est certain alors qu'elles ont
Les prospections préliminaires que nous avons toutes une origine alpine. En effet, une provenance
faites dans les gisements secondaires n'ont permis de bretonne, qu'il serait a priori difficile de distinguer
trouver qu'un galet de jadéitite dans le torrent en lame mince, serait ici invraisemblable compte
Pellice (Piémont occidental) (fig. 2). Cette roche n'a tenu du domaine dans lequel on a travaillé et de la
jamais été rencontrée dans les alluvions durancien- distribution de ces roches dans l'outillage (cf. infra,
nes. Néanmoins sa présence, en association avec les p. 126).
roches à glaucophane, y est envisageable même si
Caractéristiques des éclogites s.l. rencontrées dans elle n'a pu être confirmée.
Cette rareté n'est pas étonnante. Elles est liée l'outillage
au fait que les gisements primaires des jadéitites sont A l'œil nu, les outils en éclogite s.l. présentent dispersés, rares et très réduits (quelques dizaines de des aspects très divers. Leur couleur peut varier du centimètres). vert très foncé, presque noir, au vert beaucoup plus
clair; le grenat peut être très visible, sous forme de
gros grains rosés de l'ordre de plusieurs millimètres
ou, au contraire, indécelable parce que trop petit ou Les éclogites s.l.
quasi absent. Certains outils peuvent avoir une
On s'attardera un peu plus sur la description des surface très altérée, de couleur vert pâle à blanchâtre
éclogites s.l., non seulement en raison de leur probablement due à un lessivage. Mais ces différents
importance archéologique comme on le verra mais aspects ne peuvent servir de base de classement des
aussi parce qu'elles ont été l'objet de nombreuses diverses roches.
confusions et erreurs d'identification. En revanche, l'examen au microscope d'une
centaine d'échantillons prélevés dans des outils a
Définition et localisation générale des gisements permis de définir, pétrographiquement, les lithotypes
suivants : des éclogites à grain fin, des éclogites à
L'éclogite est une roche caractérisée par l'asso grain grossier et des omphacitites/chloromélanitites. ciation d'un pyroxene sodique de composition om- La grande majorité des outils examinés est
phacitique/chloromélanitique et de grenat. Mais constituée d'éclogite à grain fin (inférieur au millimètcomme la quantité de grenat peut varier d'une roche re) très fraîches, de structure massive ou avec
à l'autre et même à l'échelle de la lame mince, on a orientation préférentielle du pyroxene. Le grenat utilisé le terme éclogite s.l. pour désigner les roches idioblastique, en atoll9 ou granoblastique, est distri- avec grenats ou sans grenats (c'est-à-dire les ompha-
citites/chloromélanitites) rencontrées dans l'outilla 9. Cette structure du grenat, en atoll, n'est donc pas ge. caractéristique des éclogites bretonnes comme on a pu le
En France, les éclogites existent dans le Massif penser (Le Roux, 1979, p. 54), elle existe aussi dans les
Central, en Bretagne (Pain, Vielzuf, 1988) et dans les éclogites alpines. ROCHES ALPINES 133
bué régulièrement dans la matrice pyroxénique ou chimique et minéralogique très particulière, est
concentré en plages ou en lits généralement irrégul interprétée comme un granite sodique métamorphisé
iers. Dans un cas, la roche éclogitique contient des dans des conditions de haute pression, analogue à
agrégats arrondis de grenats idioblastiques qui celui qui a été trouvé associé à des éclogites à grain
semblent provenir de la recristallisation de grenats grossier, dans le val d'Ala di Lanzo (Leardi et al.,
de plus grande dimension. La plupart des éclogites 1984).
examinées est formée d'omphacite/chloromélanite,
grenat et rutile accessoire avec des variations Origine possible des éclogites s.l. formant les outils notables de concentration du grenat. Parfois appa
L'ensemble de ces résultats montre que la raissent aussi l'épidote et le mica blanc souvent de
grande taille. Un groupe d'éclogites est caractérisé grande majorité des éclogites s.l. composant l'outilla
par la présence de chloritoïde et de chlorite magnés ge poli provient, directement ou non, des ophiolites
ienne. Souvent on observe aussi très peu d'amphib de la zone piémontaise interne.
ole bleu-vert et plus ou moins d'albite, biotite et Si l'on confronte les données géologiques exis
épidote développées aux dépens de l'amphibole bleue tant sur les éclogites s.l. de la zone piémontaise
ou de l'omphacite/chloromélanite. Quelques éclogites interne à celles recueillies sur le matériel archéo
se distinguent par la présence de zircons de dimens logique, on doit faire les observations suivantes :
ions exceptionnelles pour ce minéral. tout d'abord on constate qu'à l'affleurement ce sont
Les éclogites à grain grossier sont rares dans les les éclogites à grain grossier qui dominent, tandis
échantillons examinés. On peut y reconnaître des que dans les outils ce sont les éclogites à grain fin;
reliques de la structure magmatique du gabbro ensuite il est frappant de voir que les omphacitites/
originel sur lequel la rééquilibration métamorphique chloromélanitites, roches courantes dans les objets
dans le faciès éclogitique a développé des réactions néolithiques, tout comme les jadéitites assez souvent
de type coronitique ou pseudomorphique. présentes aussi, sont très rares sur le terrain où elles
Tous les échantillons définis comme omphaciti- représentent des curiosités pétrographiques dans la
tes/chloromélanitites sont à grain fin et sont consti mesure où elles constituent des masses de dimensions
tués d'omphacite/chloromélanite sans orientation extrêmement réduites (au maximum quelques dizai
préférentielle en général, de rutile en concentration nes de décimètres mais le plus souvent de la grosseur
très variable et très rarement de grenat. A l'œil nu, du poing ou plus petit). Ces éléments conduisent
elles ont le plus souvent une couleur plus sombre que alors à penser que les éclogites s.l. composant les
les jadéitites, allant du vert foncé au vert presque outils n'ont pas été prélevées par les Préhistoriques
noir. dans les affleurements primaires mais plutôt dans les
Les éclogites à grain fin et les éclogites à grain dépôts secondaires où elles se sont enrichies du fait
de leur ténacité, de leur dureté et de leur résistance grossier sont respectivement des métabasaltes et des
métagabbros ferro-titanés qui proviennent des ro aux altérations météoriques.
ches ophiolitiques du domaine piémontais interne Quelle est alors la localisation des dépôts
(fig. 2). Seule l'éclogite à agrégats arrondis de petits secondaires constituant les sources possibles des
grenats présente une structure qui jusqu'à présent matières premières?
n'a été observée que dans les massifs cristallins Pour la déterminer il faut tout d'abord voir la
internes (Dora-Maira, Grand Paradis, Mont Rose). position des affleurements par rapport à la ligne de
Les omphacitites/chloromélanitites proviennent partage des eaux (fig. 2).
aussi certainement du domaine ophiolitique de la Dans les Alpes occidentales, les éclogites s.l.
zone piémontaise interne. Il s'agit probablement de dérivant des ophiolites affleurent dans la zone
roches métasomatiques formées à la bordure de piémontaise interne entre le massif de Voltri, en
péridotites ophiolitiques en voie de serpentinisation Ligurie et les vallées de Zermatt et de Saas, dans le
ou bien de concentrations monominérales d'origine Valais, en Suisse. En dehors de la Ligurie, ces roches
métamorphique, en veines ou en poches. affleurent exclusivement sur le versant est de la ligne
Bien qu'il ne s'agisse pas d'une éclogite s.l. il de partage des eaux depuis la région de Cuneo
faut noter ici la découverte, dans une seule lame jusqu'à la vallée d'Aoste. Elles ne se rencontrent
mince d'outil, d'une roche métamorphique à quartz donc pas sur le versant ouest de la chaîne alpine
et jadéite presque complètement remplacés par de occidentale et il en était sûrement ainsi au Néolithi
l'albite et du mica blanc avec de petites aiguilles de que, même si l'on tient compte de la modification du
glaucophane développées en couronne autour des contour des affleurements et du déplacement de la
grains de quartz. Cette roche, de composition ligne de crête liés à l'érosion. Cette érosion peut être

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