Les tumulus de l'Age du Bronze de Plouvorn-Plouzévédé (Finistère) - article ; n°1 ; vol.67, pg 372-385

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Bulletin de la Société préhistorique française - Année 1970 - Volume 67 - Numéro 1 - Pages 372-385
Résumé. — Le canton de Plouzévédé, à l'Ouest de Morlaix, Finistère, a connu une occupation intensive à l'Age du Bronze, marquée par la construction de tumulus dont certains fouillés au siècle dernier. A Lambader et Keruzoret en Plouvorn, des tombes ont fourni des pointes de flèches en silex, triangulaires, dont une variante à pédoncule central embryonnaire. Le monument de Kernonen en Plouvorn est le plus important par sa structure et son mobilier, comprenant des haches à rebords, 60 pointes de flèches en silex ogivales, des poignards ornés de clous et de punaises en or et des pendentifs en ambre. A côté de ces monuments du Bronze Ancien, se trouvent des tumulus sans chambres atypiques dont celui de Plouzévédé, qui pourrait dater du Bronze Moyen, suivant les datations radiocarbone (1250 avant J.-C.) et quelques tessons de poterie recueillis dans la masse des terres.
Abstract. — In the district of Plouzévédé, Finistère, peoples of the Bronze Age have built many barrows, most of them having been excavated in the last century. In the tombs of Keruzoret and Lambader were found flint triangular arrow-heads with bronze daggers. A most important barrow of the late Bronze Age, excavated in 1966 at Kernonen gave 60 flint arrow-heads, 11 amber pendants, bronze axes and daggers with minute gold nails on wooden shafts. In the same district some barrows have no central tomb. One of them, excavated in 1967, has been dated by radiocarbon (1250 B.C.). In the same monument, Bronze Age sherds, flints can also be dated from the Middle Bronze Age.
14 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 1 janvier 1970
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Jacques Briard
Les tumulus de l'Age du Bronze de Plouvorn-Plouzévédé
(Finistère)
In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1970, tome 67, N. 1. pp. 372-385.
Résumé
Résumé. — Le canton de Plouzévédé, à l'Ouest de Morlaix, Finistère, a connu une occupation intensive à l'Age du Bronze,
marquée par la construction de tumulus dont certains fouillés au siècle dernier. A Lambader et Keruzoret en Plouvorn, des
tombes ont fourni des pointes de flèches en silex, triangulaires, dont une variante à pédoncule central embryonnaire. Le
monument de Kernonen en Plouvorn est le plus important par sa structure et son mobilier, comprenant des haches à rebords, 60
pointes de flèches en silex ogivales, des poignards ornés de clous et de punaises en or et des pendentifs en ambre. A côté de
ces monuments du Bronze Ancien, se trouvent des tumulus sans chambres atypiques dont celui de Plouzévédé, qui pourrait
dater du Bronze Moyen, suivant les datations radiocarbone (1250 avant J.-C.) et quelques tessons de poterie recueillis dans la
masse des terres.
Abstract
Abstract. — In the district of Plouzévédé, Finistère, peoples of the Bronze Age have built many barrows, most of them having
been excavated in the last century. In the tombs of Keruzoret and Lambader were found flint triangular arrow-heads with bronze
daggers. A most important barrow of the late Bronze Age, excavated in 1966 at Kernonen gave 60 flint arrow-heads, 11 amber
pendants, bronze axes and daggers with minute gold nails on wooden shafts. In the same district some barrows have no central
tomb. One of them, excavated in 1967, has been dated by radiocarbon (1250 B.C.). In the same monument, Bronze Age sherds,
flints can also be dated from the Middle Bronze Age.
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Briard Jacques. Les tumulus de l'Age du Bronze de Plouvorn-Plouzévédé (Finistère). In: Bulletin de la Société préhistorique
française. 1970, tome 67, N. 1. pp. 372-385.
doi : 10.3406/bspf.1970.4203
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bspf_0249-7638_1970_hos_67_1_4203Bulletin de la Société préhistorique française, tome 67, 1970, Etudes et Travaux, fasc. 1
Les tumulus de l'Age du Bronze
de Plouvorn-Plouzévédé (Finistère)
par Jacques Briard
Résumé. — Le canton de Plouzévédé, à l'Ouest de Morlaix, Finistère, a connu une occupation intensive
à l'Age du Bronze, marquée par la construction de tumulus dont certains fouillés au siècle dernier. A Lambader
et Keruzoret en Plouvorn, des tombes ont fourni des pointes de flèches en silex, triangulaires, dont une variante
à pédoncule central embryonnaire. Le monument de Kernonen en Plouvorn est le plus important par sa structure
et son mobilier, comprenant des haches à rebords, 60 pointes de flèches en silex ogivales, des poignards ornés de
clous et de punaises en or et des pendentifs en ambre. A côté de ces monuments du Bronze Ancien, se trouvent des
tumulus sans chambres atypiques dont celui de Plouzévédé, qui pourrait dater du Bronze Moyen, suivant les
datations radiocarbone (1250 avant J.-C.) et quelques tessons de poterie recueillis dans la masse des terres.
Abstract. — In the district of Plouzévédé, Finistère, peoples of the Bronze Age have built many barrows,
most of them having been excavated in the last century. In the tombs of Keruzoret and Lambader were found flint
triangular arrow-heads with bronze daggers. A most important barrow of the late Bronze Age, excavated in
1966 at Kernonen gave 60 flint arrow-heads, 11 amber pendants, bronze axes and daggers with minute gold
nails on wooden shafts. In the same district some barrows have no central tomb. One of them, excavated in
1967, has been dated by radiocarbon (1250 B.C.). In the same monument, Bronze Age sherds, flints can also
be dated from the Middle Bronze Age.
I. HISTORIQUE détruit en 1638 pour l'établissement d'une allée
de château. De la savoureuse description de
l'époque republiée au siècle dernier (Du ChaLe canton de Plouzévédé, situé à une vingtaine
tellier, 1898) on peut retenir quelques éléments de kilomètres à l'Ouest de Morlaix, Finistère, fut architecturaux « sépulture en forme de voûte, très fréquenté à l'Age du Bronze. Comme sou
toute massonnée par le dedans... et la couverture vent en Bretagne, les témoins de cette occupation d'une seule pierre ». Quant au mobilier sont surtout révélés par des tombes et ce n'est « deux formes de lames de cuivre d'un empare que plus au Nord que quelques tourbières litto
(empan ?) de long et de trois doigts de largeur, rales (Porsguen en Plouescat) viennent de four toutes rouillées et mangées de crasse, et deux nir des documents ostéologiques et polliniques
petites pièces d'écaillé faites et taillées en forme associés à des tessons de poterie doinestique. Au de pointes pour armer des flesches », on y recondébut du siècle (Du Chatellier, 1907) plus d'une naîtra à la suite de P. Du Chatellier un mobilier douzaine du tumulus furent recensés et fouillés classique de Bretagne avec armes en bronze pour la plupart. Trois tombes du Bronze Ancien
oxydées et pointes de flèches en silex. Un autre (Plouvorn, Cléder) livrèrent des armes en bronze
élément annexe fort intéressant est la présence, et des pointes de flèches en silex. Des vases, autour de la tombe et sous la masse des terres parfois à quatre anses (Saint-Vougay), furent de « toutes sortes de grains cognoissants, sça- recueillis également, montrant que le terroir voir : froment, seigle, orge et avoine... brullés ». était encore habité au début du Bronze Moyen.
Ce témoignage de vestiges d'agriculture rejoint A coté de ces tombes classiques il fut découvert aussi bien les modernes conclusions dues à l'anade curieux tertres sans chambre qui montraient
lyse pollinique par Mme Morzadec-Kerfourn de en profondeur des amas ferrugineux. La fouille
la tourbière de Plouescat, que la découverte récente de tels monuments permet de reviser la récente de fragments de meules dans le tumulus première interprétation erronée de sépultures de de Kernonen en Plouvorn. l'Age du Fer.
Vers 1825 une autre tombe à pointes de flèches Le tumulus le plus anciennement décrit est
celui de Kergournadeach en Cléder, qui fut fut fouillée à Plouvorn, puis une troisième à
372 Keruzoret toujours en Plouvorn en 1898. Le une large échancrure médiane en demi-cercle et
mobilier de ces deux tombes fit l'objet de rela les traces de 4 rivets. Le décor consiste en deux
tions assez sommaires et l'illustration n'en fut filets parallèles de chaque côté des bords de la
publiée que par bribes. C'est pourquoi il en sera lame. C'est un type classique pour la Bretagne.
donné l'essentiel ici. En 1966 l'intérêt se porta Le second objet en bronze, qualifié de pointe de
lance par de Fréminville est plutôt un petit poide nouveau vers cet ensemble de tumulus à la
suite de découvertes fortuites. Tout d'abord un gnard très oxydé, d'une quinzaine de centimètres
classique caveau rectangulaire avec poterie à de long pour 35 mm de largeur à la base. Il
une anse au Hellen en Cléder, fut étudié et bien semble montrer les vestiges d'une petite languette
publié par C.-T. Le Roux (1966). La même année centrale à la garde. La pointe de flèche était,
la réouverture du tumulus de Kernonen en Plou suivant sa description, très finement retouchée
vorn amena la découverte d'un remarquable sur toute sa surface. Elle est du type triangul
mobilier du Bronze Ancien qui, venant de faire aire, à pédoncule central très bien détaché au
l'objet d'une publication complète (Briard, milieu des barbelures latérales (fig. 1, С). Elle
1970) sera simplement résumé dans le cadre de mesurait 45 mm de long pour 25 mm de largeur
cette étude d'ensemble. Enfin le tumulus sans maximum à la base. La présence d'une seule
chambre funéraire de Plouzévédé, fouillé en pointe de flèche est étonnante quant on sait que
1967, est inédit. Les conclusions relatives à ce ce matériel est déposé en nombre assez élevé
groupe de tombes tenteront de voir le rapport dans les tombes mais il se peut, si ce n'est là
de ces divers monuments entre eux, et amèneront l'exception, que d'autres pointes de flèches aient
quelques questions quant à l'origine de la civi été « oubliées » comme à Plouhinec, Finistère
lisation armoricaine des Tumulus. (Briard, 1968). En tout cas l'imprécision de la
localisation empêche toute éventuelle fouille de
contrôle. Bien qu'incomplet, le mobilier du coffre
de Lambader est intéressant par la présence du
II. LA SEPULTURE DE LAMBADER type de flèche triangulaire, plus rare que le
classique type ogival. Il montre aussi qu'à côté EN PLOUVORN
des grandes sépultures princières sous gros
tumulus il y eut en Bretagne, au Bronze Ancien,
Entre 1825 et 1830 le Comte de la Fruglaye des tombes plus modestes par leur architecture
explora dans les environs de Plouvorn, une et leur mobilier caractérisé également par des
tombe préhistorique qui fut décrite par le Che pointes de flèches. valier Ch. de Fréminville dans ses Antiquités du
Finistère en 1832. La mention d'un « sarco
phage de pierres grossièrement creusé en forme
d'auge et recouvert d'une simple pierre plate » III. LE TUMULUS DE KERUZORET
laisse penser qu'il s'agissait soit d'un coffre à EN PLOUVORN dalles soit d'un petit caveau en pierres sèches,
recouvert d'une dalle de couverture. De Fréminv
ille ne précise pas le lieu de découverte et c'est Ce tumulus se trouve encore dans les bois du
Du Chatellier, peut-être après enquête sur place, château de Keruzoret en Plouvorn, à la limite
qui précise Lambader comme lieu-dit. Le texte de la commune de Cléder où il fut parfois placé
de Ch. de Fréminville montre qu'il n'y avait pas (Du Chatellier, 1907, 95). En Janvier 1898, le
de tumulus au-dessus de la tombe. En tout cas, Comte de Kerdrel entreprit l'exploration de cette
aucun tumulus n'est visible de nos jours aux butte qui mesurait alors 20 mètres de diamètre
environs de la chapelle de Lambader et le sou pour 4 à 5 mètres de haut (De Kerdrel, 1898).
venir même d'une découverte préhistorique à cet Au centre sous la masse de terre et de limon
endroit s'est perdu. apparut une masse blanche et meuble de sable
de carrière, dessinant un rectangle de 2 m de La tombe de Lambader contenait trois objets
long et 1,3 m de large. Son dégagement fit dont nous n'avons pu retrouver la trace. Fort
découvrir une fosse creusée dans la terre, non heureusement Ch. de Fréminville avait pris soin
parée, profonde de 1,6 m et contenant au fond de dessiner fort correctement ce mobilier funé
des vestiges noirâtres, sans doute les restes d'un raire et V. Micault (1881) retrouva ce croquis
cercueil ou au moins d'un plancher en bois. La dans une collection particulière. Il comprenait
tombe était orientée Est-Ouest. A l'Est quelques deux poignards en bronze et une pointe de flèche
débris d'un maxillaire avec des dents reposaient en silex (fig. 1, A-C). L'un des poignards, colorié
sur le bois pourri, avec à gauche, 11 pointes de et réduit aux deux-tiers fut reproduit dans le
flèches en silex agglomérées comme en faisceau, Finistère Préhistorique (Bénard Le Pontois,
et à droite les restes de 3 lames de bronze. 1929, 272), cependant que A. de Mortillet (1920)
reproduisit le dessin de la pointe de flèche dans La structure de la tombe, sans couverture mais une étude sur les sépultures morgiennes de Bre bourrée de sable de carrière (arène granitique), tagne. peut surprendre. Toutefois plusieurs tumulus
Le premier poignard, assez bien conservé, est des Côtes-du-Nord comme le Tossen-Maharit en
à lame triangulaire légèrement bombée, longue Trévérec ont livré des tombes atypiques sans
de 270 mm. La garde large de 75 mm montre caveau maçonné. A Saint-Jude en Bourbriac,
373 Fig. 1 . — Tombe de Lambader en Plouvorn, Finistère. A-B : poignards en bronze ; С : pointe de flèche en silex (d'après Ch. de Fréminville). — Tombe de Keruzoret en Plouvorn. 1-2 : poignards en bronze ; 3-12 : pointes de flèches triangulaires à pédoncule central embryonnaire sauf le n° 4, à pédoncule central normal mais brisé. une tombe annexe placée au ques silex de Morlaix montraient à leur surface Côtes-du-Nord,
Nord du tumulus se composait d'une fosse rectan des traces noirâtres de bois pourri et quelques
gulaire creusée dans le sol et complètement grains d'arène granitique confirmant la descrip
remplie, mais cette fois avec des pierres, sans tion de la fouille.
doute après une sépulture, dont aucun vestige ne En résumé, la sépulture de Keruzoret est fut retrouvé (Briard-Giot, 1963). C'est l'exemple typique du Bronze ancien breton mais montre
le plus proche de la structure de Plouvorn. une double originalité par sa structure de caveau
bourré de sable et par son modèle de pointes de Le mobilier du tumulus de Keruzoret fut dis
flèches à pédoncule central embryonnaire. persé entre plusieurs musées. Actuellement 5
pointes de flèches sont au Musée de Morlaix
(fig. I, n° 6-10), un poignard et 3 pointes de
flèches au Musée des Antiquités Nationales (n° 2,
IV. LE TUMULUS DE KERNONEN 5, 11, 12) et 2 pointes de flèches avec un poignard
brisé au Musée Préhistorique Finistérien à Pen- EN PLOUVORN
march (n° 1, 3, 4). Le troisième poignard pourr
ait être l'un de ceux sans origine précise Le tumulus de Kernonen en Plouvorn était conservés au Musée de Morlaix. Tout ce matériel l'un des plus beaux du Finistère, avec une
n'a fait l'objet que de brèves descriptions après hauteur de 5 à 6 m pour une cinquantaine de la courte relation de fouilles du Comte de Ker- mètres de diamètre. Il fut fouillé en 1901 par drel : on peut noter entre autres la reproduction P. Du Chatellier qui n'y trouva que ces fameux d'une pointe de flèche (A. Martin, 1900) et plus vestiges de « fer rouillé ». Plus tard la butte
récemment la publication de l'analyse et de la fut arasée sur les trois-quarts de sa surface et métallographie du fragment de poignard du c'est en 1966 qu'un nivellement au bull-dozer fit
Musée de Penmarch (Briard-Maréchal, 1958, découvrir la tombe centrale qui donna lieu à
423 ; Briard, 1965, fig. 10). une fouille de sauvetage. Les relations détaillées
de cette fouille viennent de paraître (Briard, Le poignard le plus complet de Keruzoret (la
1970) et seul l'essentiel en sera résumé ici avec pointe manque) devait avoir 220 mm de long et
quelques points complémentaires de compar60 à 65 mm de large à la garde. La lame est
aison. Il nous est cependant agréable de répéter oxydée et légèrement bombée. Il y avait au
que c'est grâce à la coopération dévouée du promoins 4 rivets à la garde dont un encore en
priétaire exploitant, M. J. Gestin, que ce mobilier place. Comme toujours c'est une petite tige
funéraire exceptionnel fut sauvé. cylindrique (2 mm de diamètre) sans tête diffé
renciée. La garde montre au centre la classique Le tumulus de Kernonen est situé à 16 km à
lunule des poignards bretons et la lame est agré vol d'oiseau à l'Ouest de Morlaix, à la limite
mentée de deux filets parallèles aux bords. Le des communes de Cléder, Plouvorn et Plouzé-
fragment de poignard de Penmarch est trop védé où il fut placé par P. Du Chatellier (coo
incomplet pour être reconstitué mais son analyse rdonnées géographiques : 4° 3' 7" W — 48° 35'
est intéressante. C'est un bronze à 7,7 % d'étain 19"). La fouille de novembre 1966 permit de
avec très peu d'arsenic (0,02 %) et de plomb reconnaître sa structure : un caveau en pierres
(0,05 %). Cette composition est déjà évoluée, car sèches bâti sur le vieux sol, long de 4,7 m et
les poignards du Bronze Ancien de Bretagne sont large de 1,3 m en moyenne. La couverture était
le plus souvent des bronzes à faible teneur en réalisée par un énorme bloc qui s'était partie
étain et haut pourcentage d'arsenic. La métal llement effondré et qui était complété à chaque
lographie du même poignard a montré une extrémité par des linteaux transversaux. Une
structure de recristallisation très nette. Pour masse de limon argileux maintenait ces struc
J.-R. Maréchal, l'arme martelée à froid aurait tures et c'est au contact du vieux sol et de ce
subi un recuit. limon rapporté que s'était déposée une abon
dante couche ferrugineuse que P. Du Chatellier Les pointes de flèches de Keruzoret soulèvent
prit pour des « objets rouilles ». un petit problème de typologie. En effet, les
pointes de flèches dites armoricaines sont toutes Sur le pavage du fond de la tombe se recon
à barbelures latérales et pédoncule central très naissaient les traces d'un plancher en bois et des
bien individualisé. Or la majeure partie des masses plus épaisses de bois pourri, vestiges de
pointes de Plouvorn montre un pédoncule cen coffrets où une partie du matériel avait été
tral soit embryonnaire (n" 12) soit à peine déposé. Dans le caveau était placé au Nord-Ouest
suggéré par une simple esquille médiane (n° 3, un premier coffret de haches à petits rebords
5, 7). Seule une pointe de flèche du Musée de malheureusement oxydées, et de plus perturbées
Penmarch (fig. 1, n° 4) montre un pédoncule par l'effondrement de la couverture. Le plus
central classique très net bien que brisé. Il s'agit complet des 4 exemplaires probables montrait
donc, dans la série des pointes de flèches armori encore des vestiges de bois et des bribes de tissu
caines triangulaires, d'une petite variante locale. (fig. 2, A). Ensuite des pointes de flèches en
Il est probable que les pointes de Plouvorn sor n" silex, 2-5) du étaient type disposées triangulaire en ogival bandeau, court, se chevau(fig. 2, tent de la même main. Le silex utilisé est homog
ène : c'est un silex blond-gris avec quelques chant les unes les autres (fig. 2, n° 1-10). Avec
taches blanches dues au cortex résiduel. les pointes de flèches dispersées aux alentours
375 :
:
Cm
о
D
ir'
o:
45
У.
Fig. en disposées d'archer 2. bois — Tumulus ; en F en ambre. : bandeau épingle de Kernonen en ; B-D bronze : pendentifs en ; 45 Plouvorn, : pommeau en Finistère. ambre en os ; E ; A 13-15 : : reconstitution hache pointes à petits de du rebords^ flèches décor, du avec en bronze 3e clous coffret ; et 1-10 ; punaises 43 et : 2-5 pendentif en pointes or, des ou de brassard manches flèches par suite de l'effondrement, ce bandeau devait eut lieu en septembre 1967, avec l'aimable
comprendre 18 éléments. La pièce maîtresse du accord des propriétaires exploitants M. et Mme
dépôt funéraire était le coffret central qui conte J. Grall (1).
nait 3 poignards disposés en croix. Ces poignards Le tumulus d'ar Réunie (la petite butte) se à manche en bois étaient décorés de petits clous trouve dans un champ en bordure du chemin d'or au nombre de 5 000 environ pour chaque vicinal n° 4, menant de Kervigant à Coat-ar-Gars
arme (fig. 6, n° 12-14), et de plus dans (parcelle 263 С 1 du cadastre de Plouzévédé ; poignée étaient placées de chaque côté 3 grosses coordonnées 48° 35' 48" N, 4° 5' 30" W ; Lamb
« punaises » en or (fig. 6, n° 11). Les poignards ert zone cent. 1265-4188). Il est construit sur
étaient renfermés dans des fourreaux de bois et le plateau côtier qui culmine à une soixantaine curieusement, entre les et les lames de mètres au-dessus de la mer, distante à vol des poignards, avaient été introduites des épin d'oiseau d'une dizaine de kilomètres. Le sous-
gles à tête cruciforme ou en anneau (fig. 2, F). sol rocheux est un gneiss granulitique avec des Autour de ce coffret central étaient éparpillés lits lenticulaires de granite aplitique. Il est
11 pendentifs en ambre : 8 trapézoïdaux et 3 recouvert d'un placage de limon quaternaire
discoïdes, ornés de rainures latérales (fig. 2 : épais d'un à deux mètres. Une petite carrière B-D). Enfin un dernier coffret abritait un poi de granite a été exploitée au Nord du tumulus et
gnard en bronze avec son fourreau en bois et c'est d'ailleurs pour recouvrir les déblais de carson pommeau en os (fig. 2 : 45). Il était surmonté rière étalés que furent utilisées les terres prod'un paquet en vrac de 42 pointes de flèches venant de l'arasement progressif du tertre.
ogivales en silex. Près de là, un petit pendentif
ou brassard d'archer en ambre (fig. 2 : 43) était
piqué dans les terres de la tombe. Technique de fouille. Topographie.
Le monument de Kernonen aussi bien par son Les travaux ont eu lieu du 25 septembre au architecture grandiose que par la richesse de 28 octobre 1967. L'équipe de fouilles comprenait son mobilier s'impose donc comme un type de MM. J. Bourhis, Ingénieur au C.N.R.S., Y. Onnée sépulture princière au sens où on l'entend pour collaborateur technique au C.N.R.S., J.-P. Du- le Bronze ancien européen. Sa richesse n'est couret, collaborateur au Service des Fouilles, quand même que relative et les quelques dizaines J.-Y. Allain, étudiant en Sciences, J. et G. Le de grammes d'or représentés par les microsco Saint, de Plouzévédé. piques clous en or ou les « punaises » ne sont Le tumulus se présentait comme un léger pas comparables aux vases ou masques en or de bombement de terrain entre deux talus. Le lever Mycènes par exemple. Dans cette tombe il man
topographique au niveau automatique montrait que bien sur le principal ; à savoir le personnage que la dénivellée était très faible : 50 cm vers ou peut-être les personnages inhumés, dont le Nord et 80 cm vers le Sud. En réalité le aucun vestige ne nous est parvenu. La grandeur tumulus était noyé dans son propre étalement du caveau permet de penser qu'il pouvait y avoir et la fouille montrait qu'il y avait encore 1,5 m plusieurs inhumations groupées mais cela est
de terres rapportées au-dessus du sol ancien. purement hypothétique. L'ensemble de Kernonen D'après les souvenirs des paysans, la hauteur au amène de nombreux problèmes quant à la civi début du siècle était encore de 2 à 3 m pour lisation des tumulus que nous examinerons en un diamètre d'une vingtaine de mètres. Le diarapport également avec les autres monuments de mètre apparent au moment de la fouille était Plouvorn. d'une trentaine de mètres par suite de l'étal
ement des terres.
La technique de fouilles utilisée a été dérivée
de celle des quadrants. Deux tranchées nord et V. LE TUMULUS D'AR REUNIC sud, larges de 4 m, ont d'abord été menées,
EN PLOUVEZEDE opposées par leur sommet (fig. 3). Ensuite deux
autres tranchées est et ouest, laissant des ponts
larges d'un mètre, ont permis de compléter le
relevé des sections cardinales. Enfin un sondage Historique. complémentaire a été mené dans le quadrant
sud-est. En fin de fouilles, devant l'absence de Tumulus à Ker jean, dans une lande dite ar tombe centrale, les ponts ont été abattus afin de Réunie : c'est en ces termes on ne peut plus vérifier si un dépôt funéraire de petite taille concis que P. Du Chatellier décrivit ce monu (vase à incinération par exemple) n'aurait pas ment en 1907, après l'avoir pointé en 1902 dans été malicieusement coincé sous ces ponts. Ensa Carte des Tumulus et Trouvailles du Bronze suite la butte a été remblayée. Pour ces opérations du Finistère. L'abondance des sépultures à poin de terrassement on a utilisé la sauterelle de la tes de flèches dans le secteur de Plouvorn-Plou- Direction des Antiquités de Bretagne. zévédé nous incita à explorer ce monument en
1967, d'autant plus qu'il était presque arasé et
que les labours successifs risquaient encore d'en
apporté (1) M. son Caill, appui député-maire pour ces de travaux Plouzévédé, ; nous nous l'en a remercions. également détruire les structures subsistantes. La fouille
377 3. — Tumulus d'ar Réunie, Plouzévédé, Finistère. Plan de la fouille et topographie. Courbes isohypses de 10 en 10 cm. En Fig. pointillé, zones fouillées jusqu'au vieux sol avec sondages jusqu'à la roche. En hachuré, zone centrale fouillée jusqu'au vieux sol, les ponts centraux étant abattus en Un de chantier.
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Structure du tumulus. plusieurs niveaux. Sous cette croûte ferrugineuse
on retrouvait le vieux sol brunâtre avec de nom
Le tumulus venait d'être cultivé et la couche breux charbons de bois. Il passait insensiblement
d'humus noirâtre, épaisse de 20 à 30 cm, était au sous-sol de limon jaune épais à cet endroit
assez irrégulière. Par suite des nivellements de 60 à 80 cm avant le socle de gneiss granuli-
antérieurs, la structure générale était simple, tique. Aucune structure centrale n'a été rencont
consistant en une masse homogène de limon rée, ni tombe, ni fosse dans le vieux sol, le sous-
gris avec nombreuses inclusions brunes ferru sol jaune naturel se rencontrant partout sous la
gineuses. Ce type de formation se rencontre dans croûte ferrugineuse. De même il n'y avait pas
les prairies de bas-fonds dont il existe des exemp d'éléments reconnaissables en bordure du tumul
les à 1 km de distance du tertre. Il est probable us, ni couronne de pierres, ni fossé. L'illusion
que, comme pour le monument de Kernonen, ce d'un fossé au Nord et au Sud provenait de creu
noyau central était recouvert d'une première sements dont l'âge moderne était attesté au Nord
couche de limon quaternaire jaune formant le par des fragments d'ardoises et une petite cuiller
sous-sol aux alentours du tumulus. Il en subsiste en fer. Il est probable que l'on avait simplement
quelques lambeaux mélangés d'humus à la péri entamé la butte à sa périphérie pour en extraire
phérie, en particulier du côté nord (fig. 4). Au du limon. De même au centre il y avait la trace
contact de la couche de limon rapportée et du très nette d'une fouille ancienne en entonnoir et
vieux sol s'était produit un phénomène de préci l'on avait même percé, sans doute à la barre
pitations ferrugineuses, comme à Kernonen. Cela à mine, la croûte ferrugineuse du vieux sol (fig.
formait dans les tranchées de fouille une croûte 4). Les analyses chimiques de J. Bourhis n'ont
rougeâtre, bosselée et irrégulière, qui parfois se montré aucune différence nette du pH (de 5,5
dédoublait et même au centre se multipliait en à 6) entre les divers secteurs du tumulus. Aucun
Fig. rocheux centre D excavation. 4. : — vieux se Structure ; trouve H sol : ferrugineux débris du la trace tumulus humiques d'une ; E d'ar fouille ; limon Réunie, I ancienne pierres jaune Plouzévédé, ; du tandis J sous-sol terriers. Finistère. qu'à ; l'Est Le F A tumulus humus un : humus vase récent est de récent entamé recouvert l'Age ; В par du par limon Fer des l'étalement fosses a humilié été au déposé du ; Nord С tumulus dans limon et au ; une argileux G Sud. : petite socle Au ;
379 vestige osseux n'a été rencontré au centre mais En dehors des charbons de bois, les seuls
le lessivage complet d'un squelette peut quand objets recueillis sont des éclats de quartz ou de
même être envisagé. Parmi les autres anomalies silex et des fragments de poterie, abondants
dans la masse de limon. Les silex sont le plus il faut signaler, outre les inévitables terriers,
des foyers modernes dont celui placé dans l'exca souvent des déchets de taille et l'on ne peut
guère noter qu'un petit grattoir sur entame de vation nord et daté par la cuiller en fer.
cortex (fig. 5, n° 17) et un perçoir (n° 16). Le Le tumulus de Plouzévédé est d'un type qui
quartz et les quartzites ont suppléé au silex fut qualifié autrefois cénotaphe, monument sans
fournissant éclats frustes et nucleus (n° 18). La chambre ou pour reprendre l'expression de P.
poterie est plus variée et plus intéressante. Du Chatellier, monument du souvenir. Cénotaphe
Une première série comprend des tessons épais ou tombe effective ? Il nous manque les éléments
d'un cm et plus, à pâte grossière à dégraissant ostéologiques pour trancher la question et leur
quartzeux (fig. 5 : 12-13). Les fonds sont plats absence n'est pas une preuve. Déjà difficile en
et les rebords parfois décorés, sur le dessus et terrain acide, la disparition des os a pu être
sur le bourrelet, placé à 1 cm du rebord, d'imaccentuée par les phénomènes amenant la fo
rmation de la croûte ferrugineuse au niveau du n° pressions 5). C'est digitales un exemple larges de et poterie irrégulières de l'Age (fig. du 5,
vieux sol. En tout cas la fouille intégrale de
Bronze que l'on retrouve aussi bien dans la terre Plouzévédé prouve de façon certaine l'existence
de tumulus du Bronze Moyen (Saint-Jude en de monuments sans chambre funéraire. Bien que
Bourbriac, C.-du-N.) que dans les habitats de d'autres exemples en ait été autrefois signalés,
Loire-Atlantique (La Roussellerie en Saint-Mion pouvait les suspecter, étant donné les métho
chel-Chef-Chef). des de fouilles expéditives.
D'autres tessons sont plus fins, à pâte rougeâ- Un autre problème est celui de ces sépultures
tre bien cuite, et dégraissant nettement plus fin. à objets rouilles, attribués parfois hâtivement à
Ils proviennent de poteries à anses plates en l'Age du Fer. P. Du Chatellier avait classé dans
ruban (fig. 5 : 6-7) rappelant les vases funéraires cette catégorie le monument précédent de Ker-
à 4 anses de la Seconde Série des Tumulus armornonen, parce qu'il n'en n'avait pas trouvé la
icains. Enfin une autre variante de poterie d'hatombe et qu'il avait atteint le niveau de préci
bitat classique au Bronze Ancien et Moyen en pitations de fer. Les fouilles que nous avons
Bretagne montre de simples cordons près des menées tant à Kernonen qu'à Plouzévédé, avec
rebords (fig. 5 : 9-11). le dégagement de grandes surfaces, ont permis
de montrer qu'il s'agissait de phénomènes secon
daires d'ordre pédologique. Les intrusions de l'Age du Fer.
Toujours dans le canton de Plouzévédé, mais Un tesson à grand rebord plat et pâte blanchâten Saint- Vougay, il fut fouillé un monument du
re, trouvé en surface, provient d'une grande même type avec une « surface de fer de 2,30 m
jarre médiévale. Mais ce sont les fragments de recouvrant des restes incinérés », probablement poterie de l'Age du Fer qui sont les plus intéresla même couche de précipitations ferriques
sants. Deux tessons de la Tène, tournés, à pâte le vieux sol brun riche en cendres noire, montrent l'un un petit bourrelet en relief, et charbons de bois (Du Chatellier, 1907, 98). A l'autre deux cannelures (fig. 5 : 2-3). Un très Plouzévédé même, suivant les dires de paysans beau fragment supérieur de vase, à surface lusobservant la fouille, plusieurs petites buttes trée sur hématite brun-rouge, est d'un type rensemblables auraient été détruites dans le Sud de contré à la Tène I en Bretagne (Tronoën en Saint- la commune. Aucune relation ne les a mentionn Jean-Trolimon, Finistère). Ce tesson a été curieuées.
sement récolté en fin de fouille assez loin de la
surface, sans doute introduit en profondeur par Le mobilier des terres. un terrier. Mais le plus bel exemple de poterie de
Les charbons de bois étaient abondants au l'Age du Fer est un petit vase complet ou presque,
niveau du vieux sol. Ils peuvent provenir d'un trouvé à 5,50 m du centre, dans la tranchée est,
brûlis du sol avant l'édification du monument. et à 40 cm au-dessus du vieux sol, dans une fosse
Ils ont permis deux datations G 14 (Gif 1113) remplie d'humus et de limon mélangés. On avait
grâce à l'obligeance de Mme G. Delebrias que creusé un trou grossièrement circulaire pour
nous remercions. Un premier échantillon prélevé l'enterrer là en bordure du tumulus. Tombelle ou
dans la tranchée Nord à 1,4 m de profondeur a plutôt cachette ? Là encore aucun ossement
donné une date de 3200 ± 120 soit 1250 avant associé ou trace nette de fosse à caractère funé
raire n'a été visible. Le vase (fig. 5, n° 1) est un J.-C. Cependant qu'un deuxième échantillon pro
venant de la tranchée Sud à 1,2 m de profon bel exemple de la Tène III. La poterie est noire,
deur a donné une date de 3160 ± 120 soit 1210 bien cuite, tournée ou au moins montée à la
avant J.-C. (Giot, 1969). Suivant ces datations le tournette. Une gorge court sous le rebord évasé.
monument daterait du Bronze Moyen, mais nous La hauteur du vase est de 100 mm pour 65 mm
reviendrons plus loin sur cette interprétation. de large à la base, 100 mm à la panse et 95 mm
Bornons-nous ici à souligner la cohérence des à l'ouverture. Le fond est très légèrement bombé.
deux datations, ce qui n'est pas tellement fré Des exemples de céramiques similaires provien
nent de souterrains-refuges gaulois (Plouégat- quent.
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