Notice sur l'abbaye de La Bussière (Côte-d'Or). - article ; n°1 ; vol.4, pg 549-563

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Bibliothèque de l'école des chartes - Année 1843 - Volume 4 - Numéro 1 - Pages 549-563
15 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1843
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Jules Marion
Notice sur l'abbaye de La Bussière (Côte-d'Or).
In: Bibliothèque de l'école des chartes. 1843, tome 4. pp. 549-563.
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Marion Jules. Notice sur l'abbaye de La Bussière (Côte-d'Or). In: Bibliothèque de l'école des chartes. 1843, tome 4. pp. 549-
563.
doi : 10.3406/bec.1843.451722
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bec_0373-6237_1843_num_4_1_451722NOTICE
SUR
L'ABBAYE DE LA BUSSIERE
(Cňte-ďOr).
A quelques lieues au sud- ouest de Dijon , dans la partie la
plus sauvage de l'étroite vallée arrosée par l'Ouche , s'élevait ,
au moyen âge , une de ces abbayes dont le puissant ordre de
Cîteaux avait couvert le sol de la France. Longtemps sa répu
tation de sainteté lui attira de nombreux disciples ; longtemps
elle vit les plus grands seigneurs des environs apporter sur son
autel le tribut de leurs richesses , et se dépouiller en sa faveur
des droits que la féodalité leur avait transmis , tandis qu'ils sol
licitaient pour toute récompense l'honneur d'être inhumés à
l'ombre de ses murailles. Aujourd'hui toute cette gloire est,
éteinte : le cloître est dévasté , la vaste habitation des moines
ruinée , et , au milieu de leurs débris , l'église seule est restée
debout, dernier témoin d'un passé qui va chaque jour s'effaçant.
L'abbaye de La Bussière ne nous offrira pas toutefois le haut
intérêt qu'excitent encore aujourd'hui ces illustres monastères
dont l'histoire se lie à l'histoire même de notre pays. Sa sphère
d'action ne s'est guère étendue au delà des bornes de la localité
où elle dominait. Mais ne devons-nous donc notre attention qu'à
ces grandes communautés dont tant de chroniques nous ont
gardé le souvenir? Ce serait, il nous semble , mal comprendre
la tâche de l'antiquaire. D'ailleurs de semblables monographies
sont comme les épisodes d'une grande histoire générale que sans
«Iles il serait impossible de reconstituer , et comme telles , elles
acquièrent une valeur qu'au premier abord on serait peut-être
tenté de leur refuser.
Les origines de l'église de La Bussière, grâces aux documents I
son Aseraule(l), à (1131 que En villa en saint L'ordre 696 1130, territoire ses apparaît église n. , Léger, archives Ansbert, st.) de Garnier, cathédrale (2). et Cîteaux, lui où dans par donna Ce nous il évêque avait sire n'est une l'histoire. qui de ont le de charte pas Saint-Symphorien choisi comptait d'Autim, village conservés Sombernon, la 550 Dès première sa du appelé sépulture alors la l'avait 13 , fin sont mars trente-trois fois, Très fonda léguée du et faciles de (3). au à septième Vallès la l'oratoire reste, une par même à ans constater. abbaye testament avec que siècle d'exisannée dédié cette tout à ,
tence seulement , avait déjà su acquérir une renommée que sa
rapide extension accroissait chaque jour. Grâce au zèle et à
l'activité d'Etienne Harding, son troisième abbé, il avait, dans
l'intervalle des huit dernières années , reçu douze monastères
dans son obédience. Jaloux de placer sa nouvelle fondation sous
un si vénérable patronage, Garnier s'adressa pour la peupler à
l'abbé Etienne , qui lui envoya immédiatement une colonie de
douze moines , auxquels un treizième , nommé Guillaume , fut
(ï) Aujourd'hui Loizerolle, métairie dépendant de la commune de La Bussière.
(2) In nomine sancte et individue Trinitatis, anno ab incarnacione domini MCXXX1,
fundata est abbalia de Aseraule a donino Gamerio de Sombernon, qui in primo capi-
tulo quod ibi fuit, per manum venerabilis Stephani Cisterciensis abbatis secundi,
dédit monachis et omnibus snccessoribus eorum qiiidquid habebat in toto territorio
et appendiciis ejus, quod Très Vallès nuncupatur. Hoc autem fecit, présente etlau-
dantelilio suo Herveio.... Factum est autem hoc temporibu s Stephani Eduensis epis-
copi, Guilencbi Lingonice crvitatis episcopi et Hugonis Burgundie Ducis. (Charte de
fondation de La Bussière, Gall- Christ* Instrum. ecclesiœ Eduensis, t. IV, col. 89.
<— Arch, de La aux archives de Dijon.)
(3) ... Villa veto Très Vallès in pago Maginontense, una cum appendiciis suis, do-
mibus, villaribus , campis, vineis, silvis accensisque omnibus, quos Wlbertus, per
sua instrumenta in nostro nomine delegavit ecclesie sancti Symphoriani, ad suos cleri-
cos pascendos in elemosyna nostra ut habeat yoIo; simiiiter-ad oratorium sancti Leo-
degarii qui sub habitu Symphoriaui constructns esse videtur ubi, si deo placuerit ,
corpusculus insuper requiescitnrus etit. .... Kotavi quod fecit, mensis Augusti die
V, anno secundo régnante domno Childeberto rege. (Instrum. ceci. Eduensis,
col. 43.)
Le pagus Magnimontensis (par corruption Maginontensis) ou pays de Mesmont
appartenait à la fois aux évêchés de Langres et d'Antun. Il était borné au nord par le
pagus Duesmensis ou Duesmois, au sud par le pagus Belnensis ou Beaunois, à l'est
par le pagus Divionensis ou Dijonnais , à l'ouest, enfin, par le pagus Alsensis ou Auxois
et le Duesmensis. On le trouve mentionné dans les chartes jusqu'à la (in du x.e
siècle. Il comprenait ce qui forme aujourd'hui le canton de Sombernon et une partie
des cantons de Saint-Seine et de Pouilly en Auxois. 551
donné pour supérieur (1). Mais l'existence de la communauté
naissante devait être reconnue d'une manière plus solennelle, et
en quelque sorte plus authentique. Au chapitre général de l'o
rdre, tenu à Cîteaux au mois d'octobre 1 131 , en présence du
duc de Bourgogne Hugue II , et de la duchesse Mathilde , le
sire de Sombernou renouvela les donations qu'il avait précédem
ment faites. En même temps , à l'instigation du duc qui déclara
prendre la nouvelle abbaye sous sa protection spéciale, Bou
chard, prieur de Vergy, du consentement de son chapitre , lui fit;
don de toute la terre « quant habebat a villa Croalt usque ad
« flumen Oscre, et a rupe que est juxta pontem Karral ad
« Combam Raibo (2)» » Pour dédommager le donateur, et pour
montrer d'une manière plus distincte la part qu'il prenait à cette
donation, Hugue abandonna au prieuré de Vergy tout ce qu'il
possédait sur les territoires de « Flagi et Veone (3). »
L'abbaye d'Aseraule ne devait pas subsister longtemps : ses
bâtiments n'étaient pas encore achevés , lorsqu'un violent in
cendie les réduisit en cendres. Loin de se laisser décourager par
ce triste événement , le sire de Sombernon se remit immédiate
ment à l'œuvre ; mais au lieu de relever sur le même emplacement
les bâtiments détruits , il transporta le siège de la communauté
sur les bords de l'Ouche, au centre de la villa qui avait fait l'ob
jet de sa donation primitive , et qui quitta dès lors son antique
nom de Très Vallès pour prendre celui de Buxeria ou La Bus-
sièteiy). IVon content de renouveler ses dons antérieurs, Gar-
nier acquit de plusieurs particuliers les biens qu'ils possédaient
dans les environs pour en doter 1 abbaye , et fit ratifier cette
nouvelle libéralité par Arnoul le Cornu , de qui toutes ces ac-
(!) D. Plancher, Hist, de Bourg. , t. Ier, p. 3l8.
(2) Villa Croalt, aujourd'hui Crugêy, canton de Bligny, arrond. de Beaune. Pons
Karral , vraisemblablement Pont de l'Ouclie , hameau dépendant de la commune de
Thorey, où existe encore un pont fort ancien. СошЬа Raibo, Combrainbœuf, hameau
dépendant de la commune de La Bussière.
(3) Flagey et Vosne, canton de Nuits, arrond. de Beaune. — Voir aux pièces justif
ii° 1. icatives,
(4) « Sane (idelibus certa et vera fidéliter tenentibus notum esse volumus , quod
prefata abbatia non multo posl tempore combusta, nomen pari ter. et locum mutavit,
quod et Buxeria appellatur , ubi Garnerius de Sombernon donum de Tribus Vallibus antea fecerat, sanctis laudavit et concessit et in quantam potuit eis multiplicare
studuit... Et ut hec carta rata in perpetuum permaneat, signata est sigillo Hugonis
ducis Burgundie. {lustrum, eccl. Eduensis, t. IV, col. 89 —Arch. de La Bussière,
liasse I.) 552
qiiisitions relevaient en fief(l). En outre, le pieux fondateur
accorda aux moines les droits de pâturage et de pêche sur toutes
ses terres , et le droit d'usage dans ses bois , à l'exception toute
fois du droit tout féodal de la chasse , qu'il eut grand soin de se
réserver (2).
Pendant ce temps, les travaux de construction étaient pouss
és avec d'autant plus d'ardeur qu'on avait un fâcheux contre
temps à réparer. Malgré toute son activité , Garnier n'eut pas la
la joie de les voir terminés ; la mort vint le surprendre avant
qu'il eût mis la dernière main à son œuvre. L'église qu'il avait
commencée sur de vastes proportions fut achevée en 1 172 , aux
frais de Ponce de Mont-Saint- Jean , sire de Charny (3). La même
année, elle fut consacrée par Pierre, archevêque de Tarentaise,
qui avait d'abord été moine de Citeaux , et qui traversait alors
la France, pour aller, sur l'ordre du Pape, travailler à la ré
conciliation du roi d'Angleterre avec son fils (4). La nouvelle
église , suivant la tradition cistercienne , fut dédiée à la vierge
Marie.
Un des plus grands avantages que nous offre l'archéologie ,
c'est de servir de contrôle à l'histoire écrite , dont elle vient
confirmer ou contredire les assertions d'une manière presque
toujours irréfragable. En effet , si lorsqu'il s'agit de documents
écrits , il est quelquefois permis de supposer qu'une main infi
dèle les a altérés , il n'est plus possible de le faire vis-à-vis des
monuments en pierre, sur lesquels, au moyen âge surtout, on
retrouve si fortement empreint le caractère de l'époque qui les
a produits. Dans le cas particulier qui nous occupe , la date
donnée par les chartes est pleinement ratifiée par le monument
lui-même. L'église de La Bussière offre dans toutes ses parties
les caractères distinctifs du type ogival primaire , qui s'intro
duisit en Bourgogne à la fin du douzième siècle , et y conserva
jusqu'au quatorzième une sévérité de formes , une sobriété d'o
rnements dont , à cette dernière époque , on ne retrouve plus
guère de traces dans le nord de la France. Elle est orientée et
bâtie en forme de croix latine. Malheureusement à la fin du
(1) D. Plancher, Hist, de Bourg., t. 1, p. 318,— et Archives de La Bnssière , charte
de fondation.
(2) Archives de La Bussière, aux archives de Dijon, liasse l.
(3) Courtépée, Descript. du duchéde Bourg. , t. VI, p. í ti.
(4) Aubertus Miraeus, Chronicon cisterciense. •
'
dix-huitième
ruine tiers dans avait sa rendues longueur, siècle , nécessaires et à et la le suite portail, , la de nef réparations détruit. fut diminuée Malgré que cette son des état mutideux de
lation , il est encore possible de juger de sa grandeur et de la
hardiesse des proportions de l'ensemble de l'édifice. La nef, r
emarquable par sa hauteur , est séparée des bas côtés par des ar
cades ogivales que supportent des piliers carrés , dont une simple
moulure sans ornements forme le chapiteau. La voûte, construite
en ogive , est soutenue par des arcs lourds et très-saillants , qui
retombent sur des pilastres carrés dont la partie inférieure se
termine en encorbellement à la moitié de la hauteur des piliers.
L'arc triomphal et les deux arcs qui dessinent l'ouverture des
transsepts , sont portés par de hautes colonnes rondes à chapi
teaux simplement épannelés. Le chœur, qui seul s'est conservé
intact à l'extérieur, n'a point d'abside : il se termine par un mur
droit percé de deux belles fenêtres ogivales que sépare un contre
fort carré , dont la partie supérieure est taillée en larmier. La
corniche qui soutient le toit repose sur de charmants modillons
d'un dessin fort bizarre : ils se composent de cinq dames de
pierre seul de , disposées leurs côtés. en échiquier Dans le mur , et se oriental touchant du chacune transsept par droit un
est percée une chapelle aujourd'hui abandonnée, dont une grande
arcade ogivale forme l'ouverture. Dans cette chapelle étaient pla
cés de beaux bas-reliefs du seizième siècle , qui ont été heureu
sement recueillis , et dont je me contenterai de donner une in
dication succincte. Г Un grand retable d'autel encore couvert
d'une peinture fort vive, et représentant la chasse miraculeuse
de saint Hubert. Le saint est entouré de seigneurs à cheval de
varlets tenant des chiens en laisse , et est suivi par un moine et
par un évêque revêtu de ses habits pontificaux. 2° Une suite de
quatre bas-reliefs de même dimension , encadrés chacun dans
une décoration formant portique , «t représentant : le premier
l'annonciation de la Vierge ; le deuxième , la naissance de Jésus-
descente que Christ les ; précédents le du troisième Saint-Esprit. , mais , l'adoration tout 3° Un différent bas-relief des mages pour de ; le Je la style. même quatrième Il époque repré la
sente le mariage de la Vierge. Saint Joseph , \ètu d'une robe de
moine, est suivi de seigneurs portant hauts-de-chausses et pour
points, tandis que la Vierge est accompagnée de dames coiffées
de hennins , et dont la robe à queue est portée par des na^es °'K' iv. J 4° Enfin, laissant de côté plusieurs autres morceaux moins im
portants, j'arrive au plus remarquable de tous pour le fini du
travail. Dans ce bas-relief, la Vierge debout , les cheveux tom
bant en boucles sur ses épaules, et couverte d'un grand manteau,
est environnée de longues bandelettes déroulées qui, dans chacun
de leurs replis , portent un des attributs que le Cantique des
Cantiques donne à V épouse , et que les litanies ont ensuite ap
pliqués à la mère de Dieu. C'est ainsi qu'on retrouve là tous les
symboles que nous savons , la Tour, l'Arche , la Maison , l'É
toile , etc. A l'extrémité du transsept gauche est placé un ma
gnifique tombeau , dont le style indique le treizième ou le qua
torzième siècle. Sur le sarcophage, orné d'arcatures trilobées ,
est couché un personnage , les mains jointes , les pieds appuyés
sur un lévrier. Il est vêtu d'une longue dalmatiqiie recouverte
encore d'un reste de peinture rouge et or : ses cheveux lisses
tombent sur son cou ; ses pieds sont chaussés de bottines.
La porte par laquelle le cloître communiquait avec l'église est
placée à l'angle occidental du transsept droit. Sur le bandeau
qui la couronne on lit ces quatre vers , écrits en caractères go
thiques :
Heureuse église oii l'éternelle picne
De Jésus-Crist donna le fondement,
Le sang versé de sainct Paul et sainct Pierre
A cimenté ce noble bastiment.
11 serait injuste, dans cette description rapide de l'église de
La Bussière , d'oublier les quelques tombes qui , plus heureuses
que les autres, ont échappé à la destruction commune. Trois
surtout méritent d'attirer l'attention. La plus ancienne de tou
tes, placée entre les transsepts, en avant du chœur, porte le
millésime de 1279. L'inscription, quoique très- mutilée , nous
apprend qu'elle recouvre le corps de Jean de Sombernon, doyen
de Pouilly. Les deux plus remarquables par les figures gravées
en creux qui les décorent et par la richesse de leurs ornements ,
sont placées au fond du chœur, derrière l'autel. La première
porte une inscription ainsi conçue : Cy gist en 1res saincie se-
pullure, dame Marguerite de F'enladour, comtesse de Joigny et
dame d'Antigny, qui donna à ceste abbaïe sa maison de Buone ,
ensainblc les appartenances d'icelle; et sera chanté au grand autex
une messe de Requiem à note pour ladite dame et ses prédécesseurs
et successeurs, laquelle trespassa le VIIe jor de décembre l'an 555
MCCC quatre-vinz et dix-nuef. Dieu ayt son ame. Amen. Sous к
pierre voisine, repose Loys de la Tremoille, sire de Joigny, de
Bourbon- Lancy et de Tonnerre. L'inscription de son tombeau
nous apprend qu'il mourut le 28 janvier 1465 (l).
Les exemples de libéralité donnés par le sire de Sombernon
et le duc de Bourgogne ne tardèrent pas à porter leurs fruits.
Dès la fin du douzième siècle et pendant le cours du treizième ,
les possessions de l'abbaye s'accroissent avec une incroyable
rapidité , non-seulement dans les environs de La Bussière , mais
encore à Dijon, à Beaune, à Semur, à Vitteaux. Moins d'un
siècle après sa fondation, outre des biens de toute sorte, la com
munauté possédait des droits de pâturage et d'usage dans presque
toute l'étendue des forêts de l'Auxois, et jouissait, sur une lon
gueur de plus de deux lieues, du droit exclusif de pèche dans
i'Ouche ad navem et filletum , lurram et trusam , suivant les
expressions d'une charte de Guy, seigneur de Goyon (2), du mois
d'avril 1267 (3). Par une charte sans date, Godefroi, évêque de
Langres (1 139-1 163), cède à l'abbaye les deux paroisses d'Agey
et de Gissey , avec leurs appendices, Baume-la -Roche et la moitié
delà paroisse de Remilly, relevant de l'archidiaconé de Foulques,
et exempte les moines du payement de toutes dîmes et exac
tions (4).
Au milieu de cette multitude d'actes de donations dont les
archives de La Bussière sont remplies , on peut relever encore
quelques faits intéressants par eux-mêmes et indépendamment
de leur connexion avec l'histoire de notre abbaye. Ainsi, par une
charte de l'an 1202, le duc Eude III confirme une donation
faite au couvent de La Bussière par Bertrand de Saudone , de
toutes les vignes qu'il possédait à Savigny, près Beaune. Le duc
rapporte le consentement des enfants du donateur et celui de la
commune de Savigny, laudante communia de villa Savigniaci (5).
Or, le village de Savigny n'ayant jamais été affranchi , il faut
entendre ici par le mot communia la simple communauté des
habitants, dont l'intervention mentionnée d'une manière si
expresse dans un acte de cette nature m'a paru digne d'être
(1) Et non pas 1462 , comme ledit Courtépce, t. VI , p. 114.
(2) Aujourd'hui Sainte-Marie-sur-Ouche, canton de Sombernon.
(3) Archiv, de La Bussière, liasse I.
(4) Ibid., liasses let VIT.
(5)liasse XI. :
37. 550
rapportée. Plus tard, une charte datée de l'an 1211 fournit un
renseignement précieux pour l'histoire industrielle du pays. Par
cette charte, Guillaume le Blanc, seigneur de Marigny, concède
aux moines le droit d'extraire de la mine dans sa terre de Gissey,
et d'y construire une forge, ad for дат erigendam (1).
Sur la longue liste des bienfaiteurs de l'abbaye les noms qui
reviennent le plus souvent sont ceux des sires de Chatellenot ,
de Gharny , de Chaudeuay, de Saffres , de Gomariu, mais surtout
ceux des seigneurs de Sombernon et de Marigny de l'illustre
maison de Montagu (2), qui n'avaient pas oublié que c'était à
un de leurs prédécesseurs que l'abbaye devait sa naissance. Aussi
cette dernière ne se montra-t-elle pas ingrate envers les descen
dants de son fondateur. Comme témoignage de leur reconnais
sance, les moines élevèrent au treizième siècle, derrière le chœur
de leur église, une vaste chapelle qui subsiste encore, et à laquelle
ils donnèrent le nom de des fondateurs, Là durent être
inhumés tous les membres des familles de Sombernon et de
Marigny; et leurs tombes, dont quelques-unes ont échappé aux
ravages du temps et des hommes , attestent encore aujourd'hui
que cette pieuse destination reçut son accomplissement. Les ducs
de Bourgogne eux-mêmes ne cessèrent à aucune époque de
donner des marques de leur bienveillance à une maison qui était
placée sous leur patronage spécial (3), Dès И 96, l'abbé de
La Bussière avait une maison à Dijon , qu'il tenait en fief du
duc Eude Ш. En effet, en cette même année, Humbert de
Mirande vend à l'abbaye, pour 38 livres dijonnaises, mansum
unum et domum que erat in man so adjacente , juxta domum
ipsorum fratrum , que est in Divione. Les trois sœurs du ven
deur, pour prix de leur approbation, reçoivent chacune un
(1) Ibid., liasse I. Voir aux pièces justificatives, n° 2.
(2) La maison de Montagu descendait, des premiers ducs de Bourgogne par son chef
Alexandre de Bourgogne , second fils d'Hugue III et d'Alix de Lorraine sa première
femme, et. premier seigneur de Montagu (1 (92)- Son petit-fils, Guillaume Ier, acquit les
seigneuries de Sombernon et de Malain par son mariage avec Jacqueline, héritière de
ces deux iiefs, et les transmit à son second fils Alexandre , qui donna naissance à la
branche de Montagu-Sombernon (1270). Enfin celui-ci eut d'Agnès de Neufchàtel deux
ťílSj dont l'aîné succéda à son père, tandis que le second. Eude , surnommé le Caouheux,
fut seigneur de Marigny et. forma le rameau de ce nom (1314): (André Dnchesne. Hist.
rjénéal. des ducs de Bourgogne.)
(3) Voir aux pièces justificatives, n° ,'i. fromage (1). Deux siècles plus tard, en 1388, Le due Eudc IV
céda à l'abbé Guy de Châteauneuf , le cimetière des Juifs à
Dijon, où celui-ci se construisit un nouvel hôtel (2); en retour,
l'abbé promit de faire célébrer à perpétuité l'anniversaire du
duc Robert II et d'Agnès, son épouse, père et mère du donateur.
Mais la libéralité des ducs envers l'abbaye ne se borna pas à de
simples donations de maisons , de champs ou de vignes; ils se
dépouillèrent en sa faveur de droits plus précieux. C'est ainsi
qu'ils lui abandonnèrent successivement les droits de haute ,
moyenne et basse justice sur les hommes deBellenot, deMartroy ,
de Grandchamps, de Beury, et sur toutes leurs possessions des
bords del'Àrmançon (3). La petite Bussière, propriété des moi
nes située à Morey, était un lieu de franchise et d'asile que nul
ne pouvait violer, sous peine d'excommunication. En 1235, le
curé deQuincey ayant fait arrêter dans son enceinte -un homme
nommé Perrenot Voulu, coupable de plusieurs crimes, fut
condamné à le remettre au lieu même où il l'avait pris, ou, si
cela n'était plus possible , à envoyer un autre homme à la
place (4).
En dehors des privilèges généraux de l'ordre auquel elle
appartenait, l'abbaye de La Bussière en avait de spéciaux qu'elle
tenait tant du pouvoir séculier que du pouvoir ecclésiastique.
Ces privilèges avaient été confirmés ^ d'abord en 1180, par le
pape Luce III, puis par Nicolas V, le rv des ides d'avril
(10 avril) 1290 (5). Malgré cette barrière opposée aux empiéte
ments de l'autorité épiscopale, les évêques d'Autun, arguant des
termes peu exprès des bulles , prétendaient soumettre l'abbaye
à leur juridiction diocésaine, et notamment à l'exercice de leur
droit de visite. De là des querelles incessantes, des plaintes , des
réclamations continuelles à l'abbé de Cîteaux , au duc de Bou.r~
(1) Archiv, de La Bussière, liasse XI.
(2) Courtépée. Descript. du duché de Bourg., t. VI, p. 115. Cet hôtel était situé
in vico Pauimorum, plus tard la roe du Grand-Polat, aujourd'hui rue Buffon.
(ii) Cela résulte des termes d'un jugement rendu le 20 juillet 1340 par Jehan Mouhars
de Semur, bailli d'Anxois, en nom de madame la Roy ne, entre l'abbaye, et le seigneur
d'Esguilly qui troublait les moines dans l'exercice de leurs droits. (Archives de la
Bussière, liasse VIII.
(4) Mandement de Guy, évêque d'Autun à l'archiprêtre de Vergy, du mois d'octo
bre 1235. (Archives de La Bussière, liasse IX.)
(5) Courlépée, t. VI, p. 114, — Gall, christ., t. IV, col. 49:>.

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