Fréquence et répartition des mariages consanguins en France - article ; n°4 ; vol.3, pg 607-630

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Population - Année 1948 - Volume 3 - Numéro 4 - Pages 607-630
Nous sommes très mal renseignés sur la fréquence des unions consanguines au sein de la nuptialité. A l'heure actuelle, deux pays seulement, l'Italie et la Hollande, publient des statistiques à leur sujet. Outre qu'elles n'intéressent que des degrés de parenté très rapprochés, elles sont critiquables sur bien des points. Au moyen des dispenses accordées par l'Eglise catholique, les auteurs ont pu établir, pour la France entière et à l'échelle départementale, des données comprenant les mariages consanguins jusqu'au sixième degré inclus. Ils se contentent, dans ce premier article, de publier les chiffres établis en mettant sommairement en évidence les faits les plus saillants qui en découlent.
24 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 1 janvier 1948
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Jean Sutter
Léon Tabah
Fréquence et répartition des mariages consanguins en France
In: Population, 3e année, n°4, 1948 pp. 607-630.
Résumé
Nous sommes très mal renseignés sur la fréquence des unions consanguines au sein de la nuptialité. A l'heure actuelle, deux
pays seulement, l'Italie et la Hollande, publient des statistiques à leur sujet. Outre qu'elles n'intéressent que des degrés de
parenté très rapprochés, elles sont critiquables sur bien des points. Au moyen des dispenses accordées par l'Eglise catholique,
les auteurs ont pu établir, pour la France entière et à l'échelle départementale, des données comprenant les mariages
consanguins jusqu'au sixième degré inclus. Ils se contentent, dans ce premier article, de publier les chiffres établis en mettant
sommairement en évidence les faits les plus saillants qui en découlent.
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Sutter Jean, Tabah Léon. Fréquence et répartition des mariages consanguins en France. In: Population, 3e année, n°4, 1948
pp. 607-630.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/pop_0032-4663_1948_num_3_4_2038ET RÉPARTITION FRÉQUENCE
DES MARIAGES CONSANGUINS
EN FRANCE
plus établis se l'Eglise sur des entière actuelle, les unions contentent, Nous mariages degrés statistiques bien saillants et en consanguines catholique, deux sommes des à de mettant l'échelle consanguins points. pays parenté qui dans à leur très en seulement, les ce sommairement départementale, Au découlent. très premier au sujet. auteurs mal moyen jusqu'au sein rapprochés, renseignés Outre l'Italie ont article, de des pu en sixième qu'elles la des dispenses et établir, évidence de elles nuptialité. sur la données publier Hollande, la degré n'intéressent sont pour fréquence accordées les critiquables comprenant inclus. A la faits publient chiffres France l'heure que par des Ils les
Introduction. Les mariages consanguins ont de tous temps sou
levé un intérêt légitime, tant parmi les médecins
que parmi les anthropologues et les sociologues. Depuis un siècle,
les observations mentionnant leurs effets, bons ou mauvais, sur la
descendance se sont multipliées dans de nombreux pays, éclairées
finalement par les acquisitions de la génétique menďélienne. Le
développement récent de la génétique de population, illustré par
les travaux de J.B.S. Haldane, F.S. Pexrose, S. Wright, G. Dahl-
berg, L. H. Snyder, etc. a montré qu'il serait très utile de connaître
avec précision la proportion de ces mariages au sein des divers
groupes de populations humaines. Mais la connaissance de leur fr
équence, comme celle de leur répartition géographique ou sociale,
se heurte à de nombreuses difficultés. Le bulletin de mariage a,
par exemple, longtemps fait mention en France du degré de parenté
des conjoints et nous avons été Tun des rares pays à publier régu
lièrement, de 1852 à 1910, le nombre annuel des mariages consan
guins des 3r et 4* degrés (•), c'est-à-dire entre oncle et nièce ou tante
et neveu, d'une part, et cousins germains d'autre part. Mais ces
statistiques ont été, jusqu'aux environs de 1900, sujettes à cau-
(*) Nous employons la dénomination du droit civil qui additionne les degrés
des deux lignes aboutissant à l'ancêtre commun, alors que celle du droit
canon les sépare. Par exemple, l'union entre oncle et nièce est du 3e degré en
droit civil et du degré 1-2 en droit canon. FRÉQUENCE ET RÉPARTITION 608
tion ; leur examen, à l'échelle départementale, révèle rapidement
qu'un grand nombre d'officiers de l'Etat civil omettaient régulièr
ement dans certaines provinces de remplir la mention les concer
nant. D'autre part, les circulaires ministérielles ont maintes fois
changé de directives à leur égard. Ainsi, en 1853 l'une d'elles se
plaint que le degré de parenté soit irrégulièrement noté sur les
bulletins et recommande pour finir d'indiquer si les conjoints с sont
ou non parents au degré de cousins germains et même de cousins
issus de germains ». Les Statistiques du mouvement de la populat
ion, malgré des recommandations de cet ordre, continuaient à
publier les résultats sous le titre unique de с mariages entre oncle
et nièce, tante et neveu et entre cousins germains >. Il y a plus
grave : les chiffres publiés sous la première rubrique comprenaient
les mariages entre alliés, ce qui leur ôte toute signification biolo
gique.
Les faits de cet ordre expliquent pourquoi la plupart des cher
cheurs se sont montrés sceptiques envers la valeur de ces statis
tiques. Les auteurs du xix* siècle n'en tiennent pour ainsi dire
jamais compte et préfèrent se fier à leurs propres estimations.
F. Devay (1) [*] dans son importante revue de la question (1862) ne
cite même aucun chiffre. Certains, dont L. Gubian (2) indiquent
2 % des mariages sans préciser les degrés (1864). A. Lacassagne (3)
auteur d'un important mémoire sur la consanguinité (1877). cite
les statistiques officielles en prenant soin de mettre ses lecteurs
en garde contre leur signification réelle. L. et G. Lancry (4) dans
leur mémoire sur la population de Fort-Mardick (1890), en étaient
venus à estimer la proportion pour l'ensemble du pays à 3 %, en
englobant cousins germains et issus de germains; à la même époque
F. Regnault (5), parle de 2 à 5 % (1893), etc. Plus récemment le
chiffre de 1 % est généralement admis pour la France (J.B.S. Hal-
dane, G. Dahlberg, R. Tlrpin, M. Lamy, J. Carles, etc.), encore
que, bien souvent, il n'y ait aucune indication sur la nature du
degré de consanguinité qu'il implique. Les nombreuses thèses de
médecine consacrées, depuis le début du siècle, aux mariages con
sanguins ne portent aucune indication sur leur fréquence.
En 1935, l'Assemblée française de Médecine Générale (6) prit
pour sujet d'étude « consanguinité et descendance ». Les rapports
terminaux contiennent d'intéressants renseignements monogra
phiques sur l'action de la consanguinité mais aucune précision
numérique. En fait, nous sommes très peu renseignés sur ces
mariages. On admet partout que leur nombre diminue, qu'ils sont
notamment plus nombreux dans les campagnes, plus rares dans
les grandes villes, sans jamais apporter de preuves à l'appui. Cette
absence de données numériques nous a poussés à essayer d'établir
pour la France des statistiques convenables, capables de fournir
des indications précises à la fois sur le nombre de ces mariages
et leur répartition géographique. C'est le résultat de ces recherches
que nous publions aujourd'hui.
(•) Les numéros rem oient à la bibliographie placée h la fin de l'arliclo
p 623. MARIAGES CONSANGUINS EN FRANCE 609 DES
Méthode utilisé». Eh dehors des recensements de l'Etat civil,
plusieurs voies s'ouvraient à nous pour établir
des données de cet ordre. La technique des sondages aurait pu être
appliquée mais, dans le cas présent, les renseignements obtenus se
seraient limités à la connaissance du pourcentage des mariages
consanguins dans l'ensemble de la population ou encore à celle de
leur répartition dans les fractions urbaines et rurales. Par contre,
on aurait rencontré trop d'obstacles pour obtenir, par cette voie,
les mêmes renseignements à l'échelle départementale.
De simples enquêtes, comparables à celle qu'effectua en 1940
l'Anglaise Julia Bell (7), se seraient heurtées aux mêmes diff
icultés; le degré de consanguinité des parents de 49.000 personnes
hospitalisées fut systématiquement recherché; elle trouva, pour
l'ensemble de l'échantillon, 0,79 % d'unions consanguines et 0,61 %
de mariages entre cousins germains. Mais ces données, suivant l'au
teur même, ne constituaient pas un échantillon représentatif de la
population générale de l'Angleterre et du Pays de Galles. Une telle
méthode implique en effet une sélection de classe sociale, de popul
ation urbaine, etc.
Il nous est apparu que les dispenses exigées par l'Eglise catho
lique romaine pour valider les mariages contractés entre consan
guins, depuis le troisième degré jusqu'au sixième inclusivement,
pourraient servir de base à l'établissement de telles données.
Orel (8), en 1932, avait déjà obtenu par cette voie de bons résul
tats pour le territoire de l'Archidiocèse de Vienne en Autriche.
Des recherches préliminaires locales nous ont rapidement con
vaincus qu'il était possible, par ce moyen, d'acquérir une idée
précise de la fréquence de ces mariages et de leur répartition dans
notre pays. Pratiquement, l'Eglise accorde toutes les dispenses
demandées, sauf pour le troisième degré où elles ne sont données
qu'avec réserve, surtout depuis 1935. D'autre part, le travail est
facilité par le fait que les Archidiocèses et Diocèses, au nombre
de 87, ont un territoire administratif très fréquemment comparable
à celui de l'administration civile départementale. Dans les quelques
cas où les deux juridictions ne coïncident pas à cette échelle, elles
le font à celle de l'arrondissement. Il est donc toujours loisible
d'ajuster les populations des circonscriptions religieuses à celles
des circonscriptions civiles.
Nous avons procédé finalement de la manière suivante : les
chiffres annuels de mariages consanguins, degré par degré, nous
ont été fournis par les diocèses (*). Nous les avons rapportés au
nombre annuel des religieux qui leur correspondent. Nous
nous sommes heurtés alors à une difficulté : certains diocèses en
effet, quoique disposant des enregistrements originaux par paroisse,
n'établissent pas de statistiques annuelles globales du nombre des
mariages. Une étude préliminaire effectuée dans un grand nombre
(•) Nous remercions vivement MM. les Chanceliers et Secrétaires des arche
vêchés et évêchés pour l'obligeance avec laquelle ils nous ont communiqué
des statistiques qui, pour être établies, leur ont demandé parfois beaucoup
de travail. FRÉQUENCE ET RÉPARTITION CIO
de diocèses et intéressant la totalité ou une fraction de la période
choisie pour notre enquête, nous a révélé la remarquable cons
tance du pourcentage du nombre des mariages religieux par rapport
à celui des mariages civils. Dans toutes les aires géographiques les
variations extrêmes sont faibles : elles atteignent tout au plus 5 %.
La généralité de ce phénomène nous a permis, dans les diocèses
ne disposant pas de statistiques suffisantes, de nous contenter du
nombre des mariages religieux célébrés au cours de deux années,
le plus souvent 1931 et 1946. Leur proportion par rapport aux
mariages civils fut appliquée ensuite à l'ensemble de la période
étudiée.
Les statistiques que nous présentons embrassent une période
de 20 ans, 1926 à 1945. Dans 12 départements toutefois, la
intéressée est plus restreinte, en raison de la destruction partielle
des archives diocésaines au cours de la guerre.
Ces statistiques intéressent les mariages célébrés par l'Eglise
catholique romaine, au nombre de quatre millions environ pour
la période envisagée. Se trouvent donc exclus les mariages relevant
d'autres confessions et les mariages purement civils, notamment
ceux où l'un des époux au moins était divorcé.
Nombre de mariages civils 5.309 de catholiques — 4.027
Différence 1.282
Nombre de mariages dont l'un des époux au
moins était divorcé — 325
Nombre de d'autres confessions ou
purement civils 957
(chiffres en milliers)
On trouvera dans le tableau I de l'annexe, pour chaque dépar
tement et par périodes de cinq ans, le nombre absolu des mariages
des degrés suivants : troisième, entre oncle et nièce ou tante et
neveu; quatrième, entre cousins germains; cinquième, entre cou
sins de degré inégal, c'est-à-dire entre germain et issu de germains;
sixième, entre issus de germains. Parmi les 4 millions de mariages
catholiques considérés on a observé 70.592 mariages consanguins,
soit une proportion de 1,76 %, qui se répartissent ainsi : 597 du
troisième degré, soit 0,015 %; 28.354 du quatrième degré, soit
0,72 %; 8.238 du cinquième degré, soit 0,21 %; 33.371 du sixième
degré, soit 0,83 %.
Physionomie d'ensemble. Avant d'examiner les caractéristiques des
différentes catégories de mariages consan
guins, nous esquisserons la physionomie d'ensemble des résultats
obtenus. Comme on l'a maintes fois noté, le chiffre des unions
consanguines de tous degrés pour 100 mariages, qui s'élève pour
l'ensemble du pays à 1,76, est le plus élevé dans les iles, les pays
de montagne et les départements ruraux ne disposant pas de MARIAGES CONSANGUINS EX FRANCE 611 DES
centres urbains importants. C'est ainsi qu'on trouve (carte n* 1)
pour l'ensemble de la période étudiée :
— en Corse : 6,75;
— dans le Massif Armoricain et les départements limitrophes :
Morbihan : 4,40; Côtes-du-Nord : 3,75; Finistère : 3,37; Loire-Infé
rieure : 2,87; Vendée : 2,35; Maine-et-Loire : 2,32;
— dans le Massif Central : Ardèche : 4,56; Lozère : 4,42; Avey-
ron : 4,15; Haute-Loire : 4,05; Cantal : 3,49; Puy-de-Dôme : 3,27;
Lot : 2,32;
— dans les Alpes : Hautes-Alpes : 3,57; Basses-Alpes : 2,12;
Haute-Savoie : 2,33; Savoie : Saint-Jean-de-Maurienne (*) : 7,10;
Albertville : 4,46; Chambéry : 2,20. L'influence des vallées fermées
est ici évidente.
— dans les Pyrénées : Ariège : 2,47; Hautes-Pyrénées : 2,17.
Partout ailleurs, ces proportions sont moins importantes et
oscillent autour de 1 %. Les pays de plaine, agricoles, qui vont du
Massif Armoricain à la frontière de l'Est d'une part, de la Nor
mandie aux Pyrénées et de la Bourgogne aux bords de la Méditer
ranée, d'autre part, sont particulièrement homogènes.
Les pourcentages les plus faibles se rencontrent dans les dépar
tements suivants : Côte-d'Or : 0,59; Lot-et-Garonne : 0,63; Gironde :
0,72; Charente-Maritime : 0,74; Nord (Avesnes, Cambrai, Douai,
Valenciennes) : 0,74; Loiret : 0,77; Seine-et-Marne : 0,78; Seine-
et-Oise : 0,79; Ardennes (avec Reiras) : 0,82; Aube : 0,85. (Des
recherches ultérieures seraient nécessaires pour approfondir la
connaissance des causes responsables de ces variations locales.
On admet partout que la fréquence des mariages consanguins
diminue constamment sous l'influence des facteurs inhérents au
développement de notre civilisation. On peut constater la réalité du
phénomène d'après les données que nous publions. Les diminut
ions les plus sensibles apparaissent dans les zones où ces mariages
sont restés les plus fréquents. Par exemple, en Corse, ils sont
passés de 8,20 (1926-1930) à 5,50 (1941-1945). En Haute-Loire ils
sont tombés dans le même intervalle de temps de 5,70 à 2,75; en
Savoie de 11 à 4,40 (Saint-Jean-de-Maurienne), de 5,40 à 3,50
(Albertville), de 2,80 à 1,52 (Chambéry); dans les Côtes-du-Nord,
de 4,95 à 2,63; dans les Basses- Alpes de 3,25 à 1,27; dans Г Ariège
de 3,35 à 1, etc. Ailleurs les diminutions sont beaucoup plus faibles.
Le phénomène semble donc absolument généralisé; on a cependant
l'impression que cette baisse tend, dans quelques départements,
vers un certain équilibre.
Il est intéressant de constater, dans la période quinquennale
comprenant la deuxième guerre mondiale, une recrudescence des
unions consanguines particulièrement sensible dans certains dépar
lements : Nord, Pas-de-Calais, Somme, Seine-Inférieure, Seine,
Seine-et-Oise, Eure-et-Loir, Orne, Calvados, Loir-et-Cher, Indre-et-
Loire, ('her, Ardennes, Marne, Aube, Meurthe-et-Moselle, Haute-
fnlendn» (*) Quand, quo les au chiffres cours de intéressent cette étude, l'arrondissement nous citons un dont nom elle de est ville, le chef-lieu. il faut FRÉQUENCE ET RÉPARTITION 612
Marne, Haute-Saône, Doubs, Bel fort, Creuse, Haute-Vienne, Cha
rente, Dordogne, Lot, Lot-et-Garonne, Tarn-et-Garonne, Tarn, Gers,
Aude, Pyrénées-Orientales, Isère, Drôme. Ce fait est certainement
dû à l'absence de service militaire, au confinement volontaire ou
forcé résultant de l'occupation, à la raréfaction des moyens de
transport, toutes causes qui ont fait se replier sur elles-mêmes
les communautés.
Un autre fait remarquable est que le pourcentage des mariages
consanguins n'est pas systématiquement inférieur dans les grands
centres urbains à celui des zones rurales. Si, dans les Bouches-du-
Rhône on trouve 1,26 à Marseille, alors que le reste du département
accuse 1,31, on trouve par contre, pour Bordeaux et l'agglomération
bordelaise 0,79, et 0,61 pour le reste du département. Dans le Nord,
les arrondissements de Lille et de Dunkerque, caractérisés par de
grandes concentrations urbaines, donnent 0,93 (1939-1946), alors
que le reste du département, à physionomie plus rurale, donne 0,78
pour la même période. A Paris, le phénomène est particulièrement
net puisqu'on trouve 1,25 dans le département de la Seine, alors
que les départements avoisinants, mi-urbains, mi-ruraux, tels que
Seine-et-Oise, Seine-et-Marne, Loiret, Oise, donnent, comme nous
Pavons vu, les chiffres les plus bas du territoire. Le pourcentage
pour Paris doit être considéré comme un minimum. Il intéresse
en effet uniquement les mariages catholiques romains, or il est
certain que la consanguinité est plus répandue encore dans les
isolats (*) israélites et protestants dont l'importance démographique
n'est pas négligeable.
Paris arrive dans un bon rang parmi les départements où se
pratiquent le plus les unions consanguines. On peut constater en
effet que plus de 35 départements, la plupart ruraux, ont un pour
centage inférieur à celui du département de la Seine. Devant ce
fait, qui semble aller à rencontre de ce qui est admis jusqu'ici,
nous avons fait quelques recherches et avons constaté que le phé
nomène se retrouve dans d'autres pays. L'examen des statistiques
de mariages du troisième et du quatrième degrés publiées en Hol
lande montre un phénomène analogue. Les villes de Rotterdam
et Amsterdam, qui comptent respectivement 600.000 et 800.000
habitants, ont une proportion d'unions consanguines très nettement
supérieure à celle des communes rurales. Le tableau I montre que
la consanguinité est plus forte dans les villes dépassant 100.000
habitants que dans les plus petites agglomérations.
En Italie, où sont également publiées des statistiques de ma
riages consanguins malheureusement moins sûres, il semble bien
que l'on assiste à un phénomène analogue.
Ce phénomène est resté jusqu'ici inaperçu pour la raison sui
vante : la diminution des mariages consanguins s'est faite dans les
très grandes villes à un rythme beaucoup moins rapide que dans
les régions rurales. Il devient de plus en plus apparent avec l'am-
(*) Par isolât on entend ici le groupe de population hors duquel, pour des
raisons géographiques ou sociales, un indixidu n'a pas la possibilité de se
marier [Daih.bfhg (?)]. MARIAGES CONSANGUINS EN FRANCE 613 DES
pleur toujours croissante des concentrations urbaines. Comment
l'interpréter ? On pourrait risquer l'explication suivante : les isolats
urbains reposent sur des bases différentes de celles des
ruraux, ils semblent résister davantage aux effets du progrès.
Tableau I. — Proportions de mariages consanguins
DES 3* ET 4* DEGRÉS SUIVANT L'IMPORTANCE DE L'AGGLOMÉRATION
(Hollande 1936-1938).
Pourcentage Nombre par communt d'habitants de mariages consanguin»
moins de 5.000 0,32
5000 à 20.000 0,27
20 000 A 50 000 0,17
50000 à 100 000 0,18
plus de 100 000 0,36
M. Stoetzel, à qui ces résultats ont été communiqués, rapproche
ce phénomène social de celui des mariages par petites annonces.
Il fait observer en effet que c'est dans ces mêmes grandes villes
que les unions se contractent le plus fréquemment par cette voie.
Cela témoignerait qu'un grand nombre de personnes y sont isolées
et ne peuvent trouver une occasion de mariage dans les relations
qu'elles possèdent. L'individu se trouve, en quelque sorte, perdu
et le choix d'un conjoint devient pour lui presque aussi difficile que
s'il habitait dans un village reculé.
Mariages du troisième degré. L'article 163 du Code civil stipule :
< ...le mariage est encore prohibé
entre l'oncle et la nièce, la tante et le neveu » ; l'article 164 ajoute :
« Néanmoins, il est loisible au Président de la République (au chef
de l'Etat) de lever, pour des causes graves, les prohibitions port
ées... par l'article 163 aux mariages entre l'oncle et la nièce, la
tante et le neveu ». Nous rapportons (Tableau II) la statistique
complète des décrets levant les prohibitions prévues par ces textes
de 1889 à 1945.
Tableau II. — Mariages du troisième degré contractés en France
de 1889 a 1945.
Proport ion Proportion N'ombres Xomhres pour 1.000 pour 1.000 Années Années absolus absolus mariages cMI« mariages civils
1889-1890 289 0,53 0,33 1916-1920 492
1891-1895 639 0,21 0.45 1921 192.) 405
1896-1900 626 0,4.3 192GÎ930 ;ш 0,20
1901-190.) 609 0,41 1931-1935 239 0,16
1936- 19 J0 1906-1910 .393 0,38 130 0,14
452 1941-1945 82 0,06 1911-1915 0,45 614 FRÉQUENCE ET RÉPARTITION
On voit que la fréquence de ces mariages a constamment diminué
depuis 56 ans et cela tant en nombre absolu qu'en nombre relatif.
De 1890 à la première guerre mondiale, cette diminution se fit
à un rythme régulier. La baisse de la nuptialité observée au cours
de la grande guerre a entraîné une diminution relativement moindre
des unions du troisième degré, ce qui a eu pour effet un relèvement
de la proportion de ces derniers. Par la suite, la diminution reprit
un rythme régulier jusqu'à la deuxième guerre mondiale qui pro
voqua une chute comparable à celle de 1914-1918.
En raison de la disposition même des statistiques judiciaires,
il n'est pas possible d'établir combien il est contracté de mariages
entre oncle et nièce par rapport à ceux entre tante et neveu. Si
Ton se reporte à des données antérieures, plus complètes, on trouve
entre 1861 et 1872 par exemple, 2 mariages entre oncle et nièce
pour 1 entre tante et neveu. M a yet (10) a réuni à ce sujet quelques
statistiques internationales. Il indique pour l'Italie, dans la période
1897-1899, 12 mariages entre oncle et nièce pour 1 entre tante et
neveu; pour la Prusse, de 1875 à 1899 ce rapport fut de 4 pour 1
et pour la Bavière de 3 pour 1. Plus récemment Orel a observé en
Autriche, sur le territoire de l'Archidiocèse de Vienne, 17 mariages
entre oncle et nièce pour 1 entre tante et neveu. Il résulte de ces
diverses études que l'on retrouve partout une fréquence plus élevée
d'unions de la première combinaison. Cela ne saurait surprendre,
car la différence d'âge entre les époux leur est en général plus
favorable. Il faut cependant noter que la disproportion entre ces
deux combinaisons d'unions parait moins accusée en France que
dans les pays précédemment cités. Il semble enfin intéressant de
compléter ces quelques remarques, en rapportant les précisions
suivantes données par Orel sur les diverses éventualités d'unions
que l'on peut rencontrer dans les mariages du troisième degré.
Elles sont au nombre de quatre; l'oncle peut épouser : a) la fille
de son frère; b) la fille de sa sœur; la tante peut : a) le fils
de b) le fils de sa sœur. Sur 55 cas, ces quatre éventual
ités se sont présentées respectivement 23, 29, 2 et 1 fois.
La disposition des statistiques judiciaires ne permet pas non
plus de rendre compte exactement de la répartition géographique
des mariages du troisième degré. Si Ton se reporte aux statistiques
de 1861-1872, on constate que la répartition ne semblait pas homo
gène à l'époque, puisque Ton trouvait 2 mariages entre oncle et
nièce pour 1 mariage entre tante et neveu dans les aires rurales;
4 pour 1 dans les populations urbaines et 100 pour 1 dans le dépar
tement de la Seine. L'idée que l'on pourrait s'en faire à l'heure
actuelle, au moyen des statistiques religieuses indiquées en annexe,
se trouverait faussée par le fait que. depuis 1935 surtout, l'obten
tion de la dispense est plus ou moins aisée d'un évêché à l'autre.
De plus, une étude statistique sérieuse se heurterait à des diff
icultés dues aux petits nombres de cas observés dans chaque dio
cèse.
Nous ne nous étendrons pas davantage sur cette catégorie MARIAGES CONSANGUINS EN FRANCE 615 DES
d'unions consanguines. Les problèmes sociologiques et psycholo
giques qu'elles soulèvent ont d'ailleurs un caractère particulier.
Certes, l'intérêt peut être souvent la raison de telles unions mais
d'autres considérations entrent fréquemment en jeu. Pour tout dire,
les motifs sont trop souvent peu avouables; la preuve en est que
les demandes de dispenses nécessitées par l'article 164 du Code
civil s'accompagnent conjointement, dans la grande majorité des
cas, d'une demande, prévue par l'article 144, de dispense d'âge
pour raison grave, à l'occasion d'une grossesse par exemple. Orel.
dans son étude monographique, a donné les motifs invoqués dans
l'Archidiocèse de Vienne pour l'obtention des dispenses de consang
uinité. « La plupart du temps, dit-il, il y a eu, avant le mariage,
des rapports illégitimes entre les fiancés et un ou plusieurs enfants
attendaient la dispense pour pouvoir être légitimés >. Le même
auteur a noté les âges au mariage des conjoints : 71 % des hommes
étaient âgés de plus de 40 ans, 41 % de 50 à 70 ans. Parmi les
femmes, 86 % étaient âgées de moins de 30 ans, 57 % de moins
de 24 ans et 15 % de moins de 19 ans. Des différences d'âge aussi
importantes impliquent des considérations relevant de la morale
sexuelle. L'étude de ces mariages touche à un chapitre de Г « En
fer » de la sociologie et nul ne regrettera leur disparition progress
ive.
Mariages du quatrième degré. La répartition géographique de la
fréquence de ces mariages est com
parable à celle de l'ensemble des mariages consanguins. On retrouve
en effet la Corse, le Massif Armoricain, le Massif Central, les Alpes
et, moins nettement, les Pyrénées, parmi les zones où ils sont les
plus fréquents (carte n° 2). Grâce aux statistiques publiées dans
les Mouvements de la population de 1852 à 1919 et qui, comme
nous l'avons noté, ne peuvent être utilisées valablement qu'à partir
d'une date voisine de 1900, il est possible de se faire une idée
de l'évolution historique de ces mariages depuis le début du siècle
(carte n* 3). La comparaison de ces deux cartes montre d'une façon
frappante comment s'est effectuée la régression. Le Massif Armor
icain, le Massif Central et les Alpes, qui formaient, initialement,
un tout presque homogène, se sont trouvés peu à peu isolés les
uns des autres par la baisse de la consanguinité qui s'est produite
sur tout le territoire.
Le pourcentage des mariages entre cousins germains, par rap
port à l'ensemble des unions consanguines, varie sensiblement d'un
département à l'autre (voir annexe, tableau n° II). L'interprétation
d'une telle répartition géographique pose des problèmes sociolo
giques délicats. Un examen attentif de la carte n° 4 fait penser
immédiatement que ces mariages apparaissent le plus fréquemment
là où est la plus grande richesse : Normandie, plaines de la Beauce
et de la Brie, terres des grands domaines français gros producteurs
de céréales; région bordelaise, englobant celle des grands crus et
la zone productrice de Cognac; régions vinicoles de l'Aude et de
l'Hérault. Le phénomène apparaît également au niveau des zones

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