Trois bases à relief de Délos - article ; n°1 ; vol.109, pg 569-583

De
Bulletin de correspondance hellénique - Année 1985 - Volume 109 - Numéro 1 - Pages 569-583
Cette étude porte sur trois petits monuments hellénistiques de Délos : une base circulaire ornée de casques, d'épées et de cnémides, un orthostate portant un thyrse et une couronne de lierre, et une base quadrangulaire monolithe. En l'absence de tout texte épigraphique, il n'est pas possible de connaître l'identité de celui qui a dédié ou dont on a dédié la statue portée par la base aux armes dont le décor a pu servir d'intermédiaire entre les figurations triomphales ou funéraires du monde grec et celles d'Italie. Le décor de l'orthostate se rapproche de celui de plusieurs bases déliennes à couronne et a pu accompagner la statue d'un vainqueur aux Dionysia. Quant au troisième monument, les motifs qui y encadrent des couronnes font penser à des aplustres, ce qui ferait songer à la commémoration d'une victoire navale.
Ή μελέτη άφορα τρία μικρά ελληνιστικά μνημεία της Δήλου : μιά κυκλική βάση κοσμημένη μέ κράνη, ξίφη καί κνημίδες, έναν ορθοστάτη μέ θύρσο καί στεφάνι κισσού καί μία βάση τετράγωνη μονολιθική. Ή απουσία επιγραφικού κειμένου δέν επιτρέπει τήν ταύτιση του προσώπου πού αφιέρωσε ή πού του αφιέρωσαν τό άγαλμα πού φέρει ή βάση μέ τά δπλα. Ή διακόσμηση της μπορεί νά χρησίμευε σάν ενδιάμεσο ανάμεσα στίς θριαμβευτικές ή* ταφικές απεικονίσεις του ελληνικού κόσμου καί της Ιταλίας. Ή διακόσμηση του ορθοστάτη παραβάλλεται μέ πολλές δηλιακές βάσεις πού έχουν στεφάνι καί θά μπορούσε να συνοδεύει άγαλμα νικητή στά Διονύσια. Οσο γιά τό τρίτο μνημείο, τά θέματα πού περιβάλλονται άπό στεφάνια θυμίζουν άφλαστα, καί αυτό μάς επιτρέπει νά υποθέσουμε επέτειο ναυτικής νίκης.
15 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mardi 1 janvier 1985
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Anne Jacquemin
Trois bases à relief de Délos
In: Bulletin de correspondance hellénique. Volume 109, livraison 1, 1985. pp. 569-583.
Résumé
Cette étude porte sur trois petits monuments hellénistiques de Délos : une base circulaire ornée de casques, d'épées et de
cnémides, un orthostate portant un thyrse et une couronne de lierre, et une base quadrangulaire monolithe. En l'absence de tout
texte épigraphique, il n'est pas possible de connaître l'identité de celui qui a dédié ou dont on a dédié la statue portée par la base
aux armes dont le décor a pu servir d'intermédiaire entre les figurations triomphales ou funéraires du monde grec et celles
d'Italie. Le décor de l'orthostate se rapproche de celui de plusieurs bases déliennes à couronne et a pu accompagner la statue
d'un vainqueur aux Dionysia. Quant au troisième monument, les motifs qui y encadrent des couronnes font penser à des
aplustres, ce qui ferait songer à la commémoration d'une victoire navale.
περίληψη
Ή μελέτη φορ τρία μικρά λληνιστικά μνημεα της Δήλου : μιά κυκλική βάση κοσμημένη μέ κράνη, ξίφη καί κνημίδες, ναν ρθοστάτη
μέ θύρσο καί στεφάνι κισσο καί μία βάση τετράγωνη μονολιθική. Ή πουσία πιγραφικού κειμένου δέν πιτρέπει τήν ταύτιση το
προσώπου πού φιέρωσε πού του φιέρωσαν τό γαλμα πού φέρει βάση μέ τά πλα. Ή διακόσμηση της μπορε νά χρησίμευε σάν
νδιάμεσο νάμεσα στίς θριαμβευτικές ταφικές πεικονίσεις το λληνικο κόσμου καί τς ταλίας. Ή διακόσμηση το ρθοστάτη
παραβάλλεται μέ πολλές δηλιακές βάσεις πού χουν στεφάνι καί θά μποροσε να συνοδεύει γαλμα νικητ στά Διονύσια. σο γιά τό
τρίτο μνημεο, τά θέματα πού περιβάλλονται πό στεφάνια θυμίζουν φλαστα, καί ατό μς πιτρέπει νά ποθέσουμε πέτειο ναυτικς
νίκης.
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Jacquemin Anne. Trois bases à relief de Délos. In: Bulletin de correspondance hellénique. Volume 109, livraison 1, 1985. pp.
569-583.
doi : 10.3406/bch.1985.1836
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bch_0007-4217_1985_num_109_1_1836BASES A RELIEF DE DÉLOS' TROIS
Si l'un des trois monuments a fait l'objet de plusieurs mentions sans jamais être
vraiment étudié, les deux autres semblent n'avoir jamais retenu l'attention.
I. LA BASE AUX ARMES.
Depuis sa découverte en 1885 par Th. Homolle1, cette base (fig. 1) a été plusieurs
fois mentionnée2, mais aucune notice ne lui a jamais été consacrée. L'intérêt porté
récemment à l'armement macédonien, à la suite notamment des découvertes de
Vergina3, amène à reconsidérer ce monument délien.
A. Description du monument.
1. Aspect architectural.
Cette base a été déposée en 1983 au Musée de Délos ; une copie se trouve à l'emplacement
qu'occupait jusqu'à cette date l'original au Nord de l'Agora de Théophrastos (GD 49) à l'angle
Sud-Est d'un temple encore anonyme. Le monument n'était pas in situ ; Th. Homolle ne
précise pas exactement l'endroit de la découverte, mais il se contente d'écrire que les fragments
de marbre parmi lesquels il mentionne cette base « ont été recueillis pour la plupart entre le
péribole et l'Agora des Italiens » (GD 52)4.
(*) J. Marcadé et Ph. Bruneau ont bien voulu lire ces pages; qu'ils trouvent ici l'expression de ma
reconnaissance.
Les ouvrages suivants seront désormais cités ainsi : J. Marcadé, Recueil des signatures des sculpteurs
grecs, 2e livraison (1957) : Signatures II ; J. Marcadé, Au Musée de Délos (1969) : MD ; Ph. Bruneau, Recherches
sur les cultes de Délos à Vépoque hellénistique et à Vépoque impériale (1970) : CDH ; Ph. J. Ducat,
Guide de Délos' (1983) : GD.
(1) Archives des Musées (1887), p. 404.
(2) A.-J. Reinach, JIAN 15 (1913), p. 107-108 et fig. 6 ; MD, p. 368 et pi. III ; GD, p. 161.
(3) Voir par exemple les travaux de M. M. Markle III, « The Macedonian Sarissa, Spear and Related
Armour », AJA 81 (1977), p. 323-333 et « Macedonian Arms and Tactics under Alexander the Great », Studies
on the Hislory of Art 10 (1982) — Macedonia and Greece in Laie Classical and Early Hellenistic Times, p. 87-111.
(4) Archives des Musées (1887), p. 405. Les carnets de fouilles conservés aux archives de l'École française
d'Archéologie à Athènes ne donnent pas de précision supplémentaire. 1. — La base aux armes (cl. EFA - Collet). Fig.
M
e-, > Ο Ο
G
Ο 10 ?0 30 tp 50 cm
Fig. 4. — Mise en place
Fig. 2. — Relevé de la base (Ca = casque, Cn — cnémides,
Illustration non autorisée à la diffusion Ε = épées). (N. Sigalas).
Illustration non autorisée à la diffusion
Fig. 3. — La frise d'armes (N. Sigalas). TROIS BASES À RELIEF DE DÉLOS 571 1985]
II s'agit d'une base circulaire de marbre blanc à cristaux assez gros5, d'un diamètre de
0,860 m au lit inférieur et de 0,850 m au lit supérieur, haute de 0,340 m. En haut et en bas,
un large bandeau plat de 0,035 m, détaché par un chanfrein de 0,01 m, encadre la partie
médiane d'un diamètre de 0,830 m (fig. 2).
Le lit inférieur, finement piqueté, ne porte aucune trace de scellement ; la surface est
bien conservée, à l'exception de quelques épaufrures. Le lit supérieur, finement brettelé6,
a souffert à droite lors de l'arrachement de la statue. On y voit à 0,15 m du bord l'empreinte
d'un pied droit de 0,26 m de long, profond de 0,055 m au talon et de 0,064 m à la pointe,
délimitée par un piquetage7 et celle d'une mortaise rectangulaire de 0,055 m sur 0,045 m en
surface et de 0,05 m sur 0,012 m au fond, d'une profondeur de 0,037 m dont la surface verticale
est lisse et le plan oblique, situé vers l'extérieur de la base, piqueté. On n'observe aucune trace
autour de cette mortaise.
D'après les dimensions de la semelle, la statue de bronze était grandeur nature8
et prenait appui sur la jambe droite — ce qui est le cas le plus fréquent. L'interpréta
tion de la petite mortaise rectangulaire est moins aisée : A.-J. Reinach supposait9
qu'un tenon y ajustait une plaque de marbre qui aurait recouvert la surface de la base
et que le pied droit aurait traversée, tandis que le pied gauche aurait simplement
posé sur elle ; pour lui, en effet, le lit supérieur de la base n'était certainement pas
visible. Cette hypothèse ne va pas de soi : il est difficile de trouver des parallèles qui
la justifient et l'effet produit serait assez singulier — le tenon serait d'ailleurs curieus
ement excentré et on imaginerait plutôt qu'une plaque destinée à recouvrir l'ensemble
fût scellée par un seul goujon central ou par deux goujons disposés sur un diamètre ;
d'autre part, la semelle aurait alors une profondeur exceptionnelle. Cependant on
n'observe aucune trace sur le lit supérieur qui témoignerait de la nature de l'objet
fixé par ce tenon, on voit mal quel attribut aurait pu supporter le pied gauche et il ne
peut s'agir d'une lance, car les dimensions, la forme et la place de la mortaise s'y
opposent. Le plus vraisemblable est qu'elle aurait seulement servi à maintenir soulevé
le talon du pied gauche dont l'extrémité des orteils aurait posé sur le marbre. La
statue aurait eu alors la jambe droite d'appui en avant et la jambe gauche libre
légèrement en arrière10 ; elle aurait occupé un peu moins de la moitié droite de la base,
ce décalage peut s'expliquer par la position de l'assise, malheureusement nous n'avons
aucun indice qui nous permette de reconstituer le monument.
Les bases circulaires sont assez nombreuses à Délos, mais il s'agit pour la plupart
de piédestaux de près d'un mètre de haut, qu'ils soient monolithes ou tripartis11.
(5) La pierre se fend suivant les veines de séritite. Quand on a enlevé la statue, les cassures d'origine
humaine ont été modifiées par les plans de casse du marbre.
(6) Le travail a été fait avec une gradine à neuf dents de 4 mm de large chacune ; on note également
un piquetage régulier de toute la surface qui la constelle de cercles d'environ 4 mm de diamètre, plus profonds
que les morsures du ciseau denté.
(7) Le piquetage de l'intérieur de la semelle a été fait avec une pointe d'environ 6 mm de diamètre.
(8) Comparer avec les semelles des statues de Kalliphôn, fils de Sokratès (Délos, Ε 36, Signatures II, 16),
d'Ammônios (Délos, Ε 130, ibid., 38) et du fils d'Akousilaos d'Axos (Délos, Ε 194, ibid., 19).
(9) JIAN 15 (1913), p. 107, n. 1.
(10) C'est la pondération du «pseudo-athlète» retrouvé dans la Maison du Diadumène (GD 61) —
Athènes, MN 1828 - MD, pi. XXII.
(11) Voir par exemple Signatures II, 7 (monolithe), 12, 15, 49, 50, 52, 83, 89-91, 95, 126 (en trois parties).
Ce type de base connaît un grand succès à l'époque hellénistique : voir M. Jacob-Felsch, Die Entwicklung
griechischen Statuenbasen und die Aufstellung der Statuen (1969), p. 91 et 93. 572 ANNE JACQUEMIN [BCH 109
Le schéma constitutif est certes le même — un corps cylindrique entre deux bandeaux
plats avec des chanfreins pour liaison — , mais le rapport de proportion entre la
hauteur et le diamètre est différent. Si des bases de faible hauteur existent à Délos,
elles sont en général quadrangulaires12. Cette base apparaît donc comme originale
dans sa conception architecturale, mais c'est son décor qui la rend unique.
2. Le décor sculpté.
Il existe quelques bases funéraires à relief à l'époque archaïque, que l'on songe
aux exemples retrouvés à Athènes dans le mur de Thémistocle13 ; au ve siècle, ce type
est représenté par les grandes bases de statues de culte, celles de Zeus à Olympie,
d'Athéna Parthénos, d'Athéna et d'Héphaïstos à Athènes, de Némésis à Rhamnonte14.
Au ive siècle, les statues des vainqueurs aux concours reposent parfois sur des bases
à relief figurant des scènes agonistiques et on peut mentionner également quelques
exemples monumentaux comme la base de Mantinée qui portait le groupe cultuel
de la triade apollinienne ou celle de la chasse d'Alexandre qui a été découverte à
Messène15. A l'époque hellénistique, le type survit principalement pour les bases de
statues de culte16.
La base à relief n'est donc pas fréquente ; elle est d'ordinaire associée à une
statue importante. Dans la plupart des œuvres mentionnées ci-dessus, les. reliefs
représentaient des personnages ou des animaux, souvent de véritables scènes. 'Les
exemples de bases ornées d'objets en rapport avec la personne statufiée semblent
rares.
Le corps de la base est ici décoré d'une frise d'armes : épées entrecroisées, casques
et paires de cnémides (fig. 3). La partie supérieure de ces armes, « genoux » des cnémides,
panache des casques, garde des épées, est sculptée sur le bandeau supérieur, comme
les paragnathides des casques le sont sur le bandeau inférieur. Chaque motif revient
trois fois, sauf les cnémides qui ne figurent que deux fois. La base a été divisée en huit
secteurs égaux par quatre diamètres et le croquis de répartition des motifs (fig. 4)
permet également de voir que la statue n'occupe que les trois-huitièmes de la base.
La vue antérieure présente un résumé de l'armement, le casque entre les cnémides
et les épées.
Nous avons ici juxtaposition et non point amoncellement d'armes, comme c'est
le cas pour la base aux boucliers (fig. 5)17 et armes offensives et défensives sont
mêlées.
(12) Voir par exemple Signatures II, 10 (E 78, dans une loge de l'Agora des Italiens) et 39 (E 570).
(13) Voir par J. Travlos, Bildlexikon zur Topographie des anliken Alhen (1971), fig. 399, 401-405.
(14) Voir M. Jacob-Felsch, ibid., p. 53-54. Pour la base d'Athéna et d'Héphaïstos, on se reportera
à E. Harrison, AJA 81 (1977), p. 265-287 et pour celle de Rhamnonte, à B. Petrakos, BCH 105 (1981),
p. 227-253. Ces bases de statues cultuelles ont un décor mythologique.
(15) Voir par exemple J. Travlos, ibid., fig. 24-27 : base signée Bryaxis et base de l'apobate ; W. Fuchs,
Die Skulptur der Griechen (1969), fig. 530-531 : base de Mantinée, Athènes, MN 216 ; M. Jacob-Felsch, ibid.,
p. 79 ; base d'Alexandre provenant de Messène, Louvre, MA 858.
(16) Voir par exemple M. Jacob-Felsch, ibid., p. 91, n. 287 : base des Muses d'Halicarnasse, Londres,
British Muséum 1106 (D. Pinkwart, Antike PlastikVl [1967]). On citera également la base des statues du temple
de Neptune à Rome (« autel de Domitius Ahenobarbus ») : H. Kâhler, Seethiasos und Census, Monumenta
Artis Romanae VI (1966) et pour de nouvelles datation et interprétation, F. Coarelli, Dialoghi di Archeologia 2
(1968), p. 302-368.
(17) Sur cette base, voir l'article de A.-J. Reinach, JIAN 15 (1913), p. 97-142 et MD, p. 367-368. TROIS BASES A RELIEF DE DELOS 573 1985]
Illustration non autorisée à la diffusion
Illustration non autorisée à la diffusion
Fig. 5. — La base aux boucliers (cl. EFA). Fig. 6. — Cnémides (cl. EFA - Collet).
B. Identification des armes.
1. Les casques.
Les trois casques qui sont figurés sur cette base appartiennent tous au même
type : ils se composent d'une calotte bombée qui épouse la forme du crâne, d'une
visière allongée, de paragnathides, d'un protège-nuque peu important, d'un cimier
qui court de la nuque au sommet de la tête et s'achève en pointe et d'un panache
haut dressé à cinq flots ; le bord de la coiffe est gaufré à l'emplacement des paragna
thides et forme quatre plis ondulés. Un décor en forme de ruban en relief orne ces
casques, une volute au-dessus de l'oreille réunit les rubans supérieur et inférieur du
devant et le ruban postérieur18.
Aucun parallèle exact n'a pu être trouvé que ce soit en se référant aux armes
réelles trouvées dans des tombes ou à des représentations figurées : en effet, la plupart
des casques dont la forme s'apparente à ceux de Délos ont un profil moins accentué.
D'intéressantes comparaisons peuvent être faites avec les deux casques qui
proviennent d'une tombe de Prodromi Paramythias en Thesprotie19 : la forme des
deux casques est presque semblable — calotte bombée, haut cimier, paragnathides
(18) II semble que l'extrémité du panache du casque Est a été brisée et remplacée par une pièce rapportée
dont on voit l'emplacement et la mortaise (voir fig. 1). Les traces d'outil (pointe), très nettes, à l'attache des
paragnathides par exemple, qui prouvent que tout n'a pas été ravalé, seraient en faveur d'une exposition
en hauteur de ce relief.
(19) Α. ΧΩΡΕΜΗΣ, « Μετάλλινος όπλισμδς άπο τδν τάφο στο Προδρόμι της Θεσπρωτίας», ΑΑΑ 13
(1980), ρ. 3-20, principalement p. 13-15 et fig. 7-8. La tombe a été datée du 3e quart du ive siècle, mais l'auteur
souligne que ce type de casque a été en usage du ive au ne s. av. J.-C. 574 ANNE JACQUEMIN [BCH 109
et protège-nuque —, ils ont le même décor à volutes que les casques déliens ; ils
diffèrent par la matière, le premier est en fer argenté et le second en fer, et par quelques
détails, le second a une visière plus prononcée et des oreilles plastiques. On peut
également les rapprocher du casque en bronze de Mélos20, mais là encore, la visière
fait un angle avec la ligne du front.
Les représentations figurées les plus proches sont fournies par la balustrade du
Propylon d'Athéna Niképhoros et la frise de la Téléphie du Grand Autel de Pergame21.
Les casques peints sur le mur Nord de la tombe de Lysôn et de Kalliklès22 sont
également assez proches, tandis que les casques en relief de la porte orientale de
l'enceinte de Sidé23 sont beaucoup plus bombés et ne présentent pas le cimier profilé.
On pourra également rapprocher ces casques de celui qui figure sur une stèle funéraire
rhodienne du Musée de Copenhague24, ainsi que de celui de la déesse Roma qui sert
d'épisème à un bouclier représenté sur la base du monument consacré en 91 au
Capitole par le roi Bocchus Ier de Maurétanie25 ou encore de ce casque qui orne un
bouclier sur une plaque appartenant à un monument funéraire de la région de Scafa
dans les Abruzzes26, quoique le cimier soit plus conséquent.
Il est difficile d'identifier précisément ce casque. Il ne peut s'agir du κώνος
macédonien, de forme conique, comme son nom l'indique, qui est mentionné dans
le règlement militaire d'Amphipolis daté du règne de Philippe V27. P. Dintsis28
a bien voulu me faire savoir qu'après avoir classé dans sa dissertation le casque de
la base délienne dans la catégorie pseudo-attique où il place le casque de fer argenté
de Prodromi, il inclinerait à en faire un casque pseudo-corinthien, type dont relève
le casque de Roma sur la frise du monument de Bocchus, à cause de l'avancée de la
visière29. Cependant les casques de la base délienne possèdent des paragnathides qui
n'existent pas sur la représentation romaine.
(20) A. de Ridder, Les Bronzes antiques du Louvre II (1915), pi. 65 : on notera le décor de volutes et les
oreilles plastiques.
(21) Pour la balustrade du Propylon, voir Alterîûmer von Pergamon II (1885), pi. XLV et pour le compa
gnon casqué de Télèphe sur la frise du Grand Autel, voir J. Charbonneaux et al., La Grèce hellénistique (1970),
fig. 305.
(22) Ch. I. Makaronas, St. G. Miller, Archaeology 27 (1974), p. 255 et 257.
(23) AA (1968), p. 264 flg. 36 et p. 265 flg. 37.
(24) P. M. Fraser, Rhodian Funerary Monuments (1977), p. 39, III. 94 : Copenhague, MN inv. 5619.
(25) Voir Th. Schâfer, « Das Siegesdenkmal vom Kapitol », Die Numider, Rheinisches Landesmuseum
Bonn (1979), p. 243-250, pi. 54, p. 484. Cet article repose sur l'étude que T. Hôlscher a faite de ces reliefs
retrouvés près de l'église de San Omobono à Rome, « Rômische Siegesdenkmàler der spàten Republik », Fest-
schrift R. Hampe (1980), p. 351-371.
(26) S. Russo, « Fregi d'armi in monumenti funerari romani dell'Abruzzo », Rivista di Archeologia 5
(1981), p. 30-43, flg. 2.
(27) La première partie de ce texte a été publiée par P. Roussel, RA (1934), p. 39-47 et la seconde partie
par M. Feyel, RA (1935), p. 29-68. On la trouvera commodément dans L. Moretti, Iscrizioni storische ellen-
istiche II (1976), n° 114. Le κώνος est cité parmi les pièces d'armement que le soldat doit posséder sous peine
d'amende : B, 1. 3.
(28) P. Dintsis a fait une communication sur la signification de κώνος dans le règlement d'Amphipolis
au colloque macédonien de septembre 1983 à Thessalonique. Je remercie ici A. Rizakis qui a eu l'amabilité de
me procurer le résumé de cette communication.
(29) Lettre du 12 décembre 1983. On notera d'autre part que G. Russo qui publie les plaques de Scafa
rappelle que le casque qui y figure ne correspond à aucun des deux modèles en usage dans l'armée romaine,
Rivista di Archeologia 5 (1981), p. 37. TROIS BASES À RELIEF DE DÉLOS 575 1985]
Ce casque appartient à un type de l'époque hellénistique qui ne peut être
postérieur, d'après P. Dintsis, au premier quart du Ier siècle av. J.-G.
2. Les cnémides.
Les cnémides figurées sur la base recouvrent les genoux et ont un modelé
anatomique (fîg. 6).
Dans le monde grec proprement dit, les cnémides cessent d'être en usage courant
à la fin du ve siècle30 ; en revanche, des tombes macédoniennes et italiques du ive et
du ine siècle ont livré des cnémides proches des armes qui figurent sur la base de
Délos31.
Les parallèles iconographiques nous conduisent de même vers l'Italie et la
Macédoine. On rapprochera les exemples déliens des jambières représentées sur une
dalle funéraire de Paestum du ive siècle et dans des tombes étrusques de la fin du
ive siècle ou du début du 111e siècle, sur le relief de la tombe d'Alkétas à Termessos
ou sur les peintures de la tombe de Lysôn et de Kalliklès32. Des reliefs d'époque
hellénistique présentent également des cnémides, que ce soit la balustrade du
Propylon d'Athéna à Pergame ou le relief d'Istanbul originaire de Pruse ou de
Gyzique33.
Le règlement militaire d'Amphipolis atteste l'emploi de cette pièce d'armement
dans l'armée macédonienne à l'époque de Philippe V34.
3. Les épées.
Les épées représentées entrecroisées sur la base sont des épées courtes, assez
larges : μάχαφαι ou εγχειρίδια, comme celles que mentionne le règlement d'Amphipolis
ou celles que portaient les Macédoniens à la bataille de Pydna. Les gardes, d'une
longueur importante par rapport à celle de la lame, semblent simples35, les bouterol-
les ont la forme de croissant. Le ceinturon se compose d'une bande d'étoffe à cinq
franges aux deux extrémités.
(30) Les offrandes d'Olympie s'arrêtent au milieu du Ve siècle et les guerriers sur les vases attiques à
figures rouges cessent de porter cette pièce d'armement durant le ve siècle. Cependant, une inscription thasienne
mentionne dans la panoplie donnée par la cité aux orphelins de guerre les cnémides (J. Pouilloux, ElThas III
[1951], p. 371, n° 141, 1. 18) et un relief représentant un banquet, offert par les gynéconomes (J.-M. Dentzer,
Recherches sur le banquet couché [1982], p. 374-377, n° R 320, fig. 569), daté des années 320, montre à côté
d'une cuirasse, d'un casque et d'un bouclier rond, des cnémides.
(31) Dans la deuxième tombe de Vergina se trouvaient plusieurs paires de cnémides ; l'une d'elles formée
de deux jambières inégales a suscité une littérature abondante : AAA 11 (1978), p. 17, 19 et 46. Sur les tombes
italiques, voir M. Cristofani, Dialoghi di Archeologia 1 (1967), p. 293.
(32) Dalle de Paestum : R. Bianchi Bandinelli, Les Étrusques et Vllalie avant Rome (1973), fig. 269 ;
Tarquinia, tombe Giglioli : M. Cristofani, Dialoghi di Archeologia 1 (1967), p. 288-303 ; Cerveteri, tombe des
reliefs : V. A. Stenico, SlElr 23 (1954), p. 208-254 ; tombe d'Alkétas : G. E. Bean, Turkey's Southern Shore2
(1975), p. 106-107 ; tombe de Lysôn et de Kalliklès : Archaeologg 27 (1974), p. 255.
(33) Pergame : Alteriùmer von Pergamon II, p. xlv ; relief d'Istanbul : K. Tuchelt, Frùhe Denkmàler
Roms in Kleinasien, IstMitt Beiheft 23 (1979), p. 115-116.
(34) P. Moretti, Iscrizioni storiche ellenistische, II, n° 114, Β 1. 4. Voir Siudies on the History of Art 10
(1982), p. 94-95.
(35) II est difficile de bien juger à cause des cassures de la pierre, cependant il est peu probable que les
épées aient une garde à protome d'animal, comme celles des épées des statues retrouvées à Dodone ou celle
de l'épée de Prodromi [AAA 13 [1980], p. 16-17). 576 ANNE JACQUEMIN [BCH 109
Les épées des reliefs de la porte de Sidé36 sont plus effilées ; la courroie d'attache
est du même type et le système de fixation sur le fourreau apparaît nettement. La
balustrade du Propylon d'Athéna à Pergame fournit des exemples de ce glaive court
et large37 dont on a retrouvé des exemplaires dans des tombes macédoniennes38.
La statue de Démétrios Poliorcète à Athènes possédait une telle épée, quoique la
bouterolle de forme circulaire fût plus volumineuse39.
Les armes figurées sur la base de Délos appartiennent aux panoplies de l'époque
hellénistique, mais il est difficile d'identifier avec précision la nationalité des guerriers
qui les portaient : si l'épée courte et les cnémides évoquent la Macédoine, le casque
n'est pas le κώνος caractéristique et il manque cet élément important qu'est le bouclier
macédonien40 ; il est vrai que les proportions et la disposition du décor sculpté ne
rendaient guère possible la représentation de cette arme41. Il ne faut pas oublier
non plus que toutes les armées hellénistiques comptent des corps armés à la
macédonienne4^, à l'imitation des hypaspistes, cette infanterie d'élite créée par
Philippe II, qui fit la gloire de la Macédoine jusqu'aux affrontements avec les légions
romaines.
G. Interprétation du monument.
Il existe deux usages bien attestés de la représentation d'armes : un usage
funéraire et un usage triomphal.
L'usage funéraire apparaît le premier à la périphérie du monde grec, dans ces
régions où subsiste la coutume de l'inhumation du guerrier avec sa panoplie43, que
ce soit' en Macédoine, en Épire ou en Italie, en Apulie comme en Étrurie. On rappellera
les frises d'armes des tombes d'Alkétas à Termessos, de Lefkadia, de Tarquinia,
de Gerveteri et les plaques peintes de Paestum.
Il semble que ce soit en Macédoine que s'opère le passage du funéraire au
triomphal44/ La troisième tombe de Vergina est ornée au-dessus de la porte d'une
peinture qui figure un hoplite que couronne une femme à gauche, tandis qu'un jeune
(36) AA (1968), p. 264, flg. 36, p. 266, flg. 39 et p. 268, flg. 42-43.
(37) Altertilrner von Pergamon II, pi. XLIII et XLV.
(38) Voir dans le catalogue de l'exposition du Musée de Thessalonique, Θησαυροί της αρχαίας Μακεδονίας
(1980), l'épée de Kozani (n° 43), celle de Derveni (n° 68) et celle de Stravropoli Thessalonikis (n° 286).
(39) Voir Siudies on the History of Art 10 (1982), p. 230, fig. 7 et p. 232, fig. 11. T. Leslie Shear Jr,
Hesperia 53 (1984), p. 24, émet l'hypothèse que cette statue a pu orner la porte hellénistique à l'angle Sud-
Ouest de la stoa poikilè.
(40) ■ Pour des représentations de boucliers macédoniens, voir le revers des tétradrachmes d'Antigone
Gonatas, la tombe de Lysôn et de Kalliklès, le monument de Paul-Émile à Delphes et la base aux boucliers
de Délos.
(41) On notera également que ne figurent pas la cuirasse et le cotthybos, cette protection du bas-ventre
pour les soldats non-cuirassés que mentionne le règlement d'Amphipolis : voir M. Feyel, RA (1935), p. 35-36.
(42) Voir M. Launey, Recherches sur les armées hellénistiques I (1949), p. 361-363.
• (43) On constate- que cet usage disparaît en Grèce à l'époque archaïque quand commencent les premières
offrandes d'armes aux dieux.
(44) II conviendrait cependant de mentionner les monuments lyciens qui ont ce double aspect funéraire
et triomphal, comme le pilier inscrit de Xanthos : P. Demargne, Fouilles de Xanthos I (1958), p. 102, 127-131
et V (1974), p. 114-116. TROIS BASES À RELIEF DE DÉLOS 577 1985]
homme est assis à droite sur un amas d'armes qui comporte un bouclier frappé d'un
aigle45. Cette image évoque une œuvre du peintre Apelle que nous connaissons par
une mention de Pline et une peinture de Pompéi46.
Cependant, ce sont les victoires sur les Galates qui ont contribué à populariser
le motif triomphal des armes, que l'on songe à la statue de l'Étolie à Delphes, dont
on a retrouvé la base et que nous connaissons par les monnaies de la Confédération
étolienne47, ou à la balustrade du Propylon d'Athéna Niképhoros à Pergame, qui
célèbre l'ensemble des victoires attalides sur terre et sur mer, sur les Galates, comme
sur les Séleucides ou les Antigonides.
Faut-il distinguer les armes jetées en tas sans ordre des armes disposées para-
tactiquement? Dans la première catégorie, nous trouvons la balustrade de Pergame,
la base de l'Étolie et la base aux boucliers de Délos, et dans la seconde, les reliefs
des enceintes de Sidé et de Selgé48 et la base aux armes de Délos. Il semble cependant
que le sens n'en soit pas bien différent, puisqu'on interprète les frises pamphyliennes
comme la commémoration de résistances victorieuses aux entreprises attalides49.
La statue qui se dressait sur la base aux armes n'appartient pas au type apellien
ni à celui de l'Étolie ; il s'agit d'une statue debout, comme l'était d'ailleurs celle
que portait la base aux boucliers, œuvre qui évoque l'effigie monumentale d'Attale III
— άγαλμα πεντάπηχυ τεθωρακισμένον και βεβηκος επί σκύλων50 — ou l'Apollon aux
thyrei51.
Quelle circonstance a pu être à l'origine de la consécration d'une statue sur
cette base? A la différence de la base aux boucliers qui évoque très précisément. une
victoire sur la Macédoine, il est difficile ici d'identifier le vaincu, même si, comme
nous l'avons vu, certaines armes sont macédoniennes. L'absence de toute inscription
qui puisse être mise en relation avec ce monument empêche d'être certain des ci
rconstances qui ont été à l'origine de sa consécration.
Si nous pensons à une victoire sur la Macédoine, le vainqueur peut être un Romain,
un Étolien, un Pergaménien, un Rhodien ou un Athénien. Les victoires les plus
éclatantes sur la Macédoine ont été remportées par les légions romaines, mais les
grands monuments romains datent au plus tôt de la fin du 11e siècle, à l'exception
peut-être de la base aux boucliers. Une offrande étolienne semble peu vraisemblable
à Délos et les Athéniens ont joué un rôle trop mince dans ces conflits. En revanche,
Rhodes et Pergame fournissent de meilleures hypothèses et les parallèles apportés
par l'art pergaménien seraient en faveur de la seconde hypothèse.
(45) Ergon (1982), p. 18 et flg. 24.
(46) Pline, NH XXXV, 27 et 93 : Pline parle du génie de la guerre aux mains liées ; il doit plutôt s'agir
d'un vaincu, comme le note à juste titre A.-J. Reinach, JIAN 15 (1913), p. 109, n. 3. La fresque pompéienne
qui représente un jeune homme assis sur un amas d'armes avec une épée à la main paraît assez proche de la
peinture de Vergina.
(47) Voir l'article de A.-J. Reinach, « L'Étolie sur les trophées gaulois de Kallion », JIAN 13 (1911),
p. 177-240.
(48) Sidé : AA (1968), p. 263-279 ; Selgé : A. Machatschek, M. Schwartz, Bauforschungen in Selge
(1981), p. 42-45. On peut citer également les reliefs de Dion [Grèce 1985, Office national hellénique du tourisme
p. 172, fig. 223) et de Thasos.
(49) AA (1968), p. 274 ; Bauforschungen in. Selge, p. 45.
(50) MD, p. 367-368. Pour la statue d'Attale III, voir L. Robert, BCH 108 (1984), p. 472-489.
(51) Délos A 4124 : MD, pi. XXX.
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