étude des commentaires de Diderot

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MASTER : Littérature Générale et Comparée Etude des trois commentaires de Diderot correspondant aux trois tableaux de Chardin Les attributs des sciences Les attributs des arts Et les attributs de la musique Rédigé par : Tarik LABRAHMI DIRECTION : A. JERHNINE UMP, faculté des lettres et sciences humaines, Oujda 2012 1 2 3 4 A propos des commentaires de Diderot Faits aux tableaux de Chardin Introduction L’institution des Salons date du dix-septième siècle, fondée par l’Académie Royale de la peinture en 1663, avant de devenir un vrai marché public d’art ; d’où le divorce entre les normes esthétiques de l’Académie et les productions des artistes qui semblaient s’adapter plus aux exigences du marché, et au goût du public. A l’automne de 1759, Diderot est chargé par le baron Frédéric-Melchior Grimm de rendre compte du Salon. Ainsi, les comptes-rendus de Diderot ont été destinés à la revue La Correspondance Littéraire. Etant copiée à la main, destinée à quelques têtes couronnées, elle échappait à la censure. Ce qui était pour Diderot un vrai terrain pour ses idées extrêmement libres. A cette époque là, l’Académie faisait des hiérarchies entre les différentes formes de la peinture.
Publié le : vendredi 13 juillet 2012
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MASTER : Littérature Générale et Comparée
Etude des trois commentaires de Diderot correspondant aux trois tableaux de Chardin
Les attributs des sciences
Les attributs des arts
Et les attributs de la musique
Rédigé par : Tarik LABRAHMI
DIRECTION : A. JERHNINE
UMP, faculté des lettres et sciences humaines, Oujda
2012
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A propos des commentaires de Diderot
Introduction
Faits aux tableaux de Chardin
L’institution des Salons date dudix-septièmesiècle, fondée par l’Académie Royale de la peinture en 1663, avant de devenir un vrai marché public d’art; d’où le divorce entre les normes esthétiques de l’Académie et les productions des artistes qui semblaient s’adapter plus aux exigences du marché, et au goût dupublic. A l’automne de 1759, Diderot est chargé par le baron Frédéric-Melchior Grimm de rendre compte du Salon. Ainsi, les comptes-rendus de Diderot ont été destinés à la revueLa Correspondance Littéraire. Etant copiée à la main, destinée à quelques têtes couronnées, elle échappait à la censure. Ce qui était pour Diderot un vrai terrain pour ses idées extrêmement libres.
A cette époque là, l’Académie faisait des hiérarchies entre les différentes formes de la peinture. A la tête de l’échelle, il y avait la peinture de l’histoire, aristocratique et religieuse; la peinture bourgeoise au second degré; et au bas de l’échelle, la peinture décorative (paysage et nature morte) et les portraits. Pour Diderot, la distinction se fait par une autre mesure, c’est par l’intellectualisme du peintre : plus un peintre est engagé, plus sa peinture est altière ; plus un peintre est seulement technicien, plus sa peinture est de peu d’importance.Chardin fait parti de ce dernier type. Mais cela n’a pas empêché Diderot de vanter le charme de sa peinture purement coloriste, en dépit de la mesquinerie des sujets.Mais devant ces natures mortes de Chardin, ou peinture de silence telle qu’il la désigne Diderot, les commentaires du philosophe se réduisent à la primitive fonction de la langue, celle de nommer les objets peints dans les tableaux. Est-ce que cela traduit-il l’insatisfaction du philosophe à l’égard de cette peinture sans idées; où ne serait-il que la limite du langage critique face à un langage qui lui estirréductible, celui des couleurs, où le visible l’emporte sur le lisible?
Pour répondre à cette question, on se contentera à l’étude de trois commentaires de Diderot correspondants chronologiquement à ces trois tableaux de Chardin :Les attributs des sciences, Les attributs des arts, etLes attributs de la musique; comme exemple de l’attitude de Diderot envers la peinture chardienne.
Ce que disent les commentaires de Diderot
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Dans les trois commentaires, on trouve la même structure, et la même natur e des éléments constituants. D’abord, il nomme ce qu’il voit; puis, il donne son jugement, qui est devenu systématique.
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Nommer les objets
La première partie de chaque commentaire consiste à décrire et à nommer respectivement et fidèlement les objets représentés dans les tableaux tels que la langue les désigne. C’est ce qu’en dit « Magali Gasse-Houle, dans son articleLes natures mortes de Chardin : l’échec de l’écriture dans les Salons de Diderot », «Diderot n’utilise que la description: il ne fait que nommer, les uns à la suite des autres, les objets représentés ». Cela était pour les trois premiers tableaux ; pour les tableaux qui suivent, Diderot change de méthode : au lieu de dire, comme pour les trois premiers, « on voit sur une table…» (Les A. des sciences), «ici ce sont des livres à plat…» (Les A. des arts), « le peintre a répandu…», ce qui est plus ou moins objectif ; Il adopte une démarche un peu dévalorisante, en introduisant des formules comme celles-ci : « Imaginez une fabrique carrée de pierre grisâtre (il suit l’énumération des objets, et achève ainsi) et vous verrez le tableau de Chardin» (Rafraichissements) ; «Dispersez seulement autour de la corbeille…» (Une corbeille de raisins), ce qui démunie de la valeur des tableaux, en les ridiculisant.
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Un même jugement
La seconde partie de chaque commentaire est réservée au jugement de valeur , qui est inhérent à tous les commentaires que fait Diderot aux tableaux des différents peintres. Pour reprendre les mots Katalin KOVáCS de , « Diderot nemet pas en scène les objets dans les toiles de Chardin, n’imagine pas leur histoire et n’entre pas dans la toile comme dans le cas des scènes de genre de Greuze ou des paysages de Vernet. À la vue des natures mortes de Chardin, le critique si bavard se contente de répéter que l’imitation a parfaitement réussi.» En somme, le jugement de Diderot porte sur trois qualités de la peinture de Chardin : exactitude, harmonie, couleurs. Ainsi, on trouve à la fin de chaque commentaire successivement, «c’est la nature même », « même vérité », « était peint aussi vrai » ; « rien de plus harmonieux », « même harmonie », « était peint aussi vrai » ; « la vérité même pour la couleur », « même couleur », « était peint aussi vrai ».Cette pauvreté au niveau de l’analyse, comme au niveau du jugement, est-elle due à un manque de savoir, ou à une position particulière vis-à-vis de ce genre de peinture ? -La position de Diderot à l’égard de la peinture de genreEn la définissant, Diderot écrit, dans sesEssais sur la peinture, « On appelle du nom de peintres de genre, indistinctement, et ceux qui ne s’occupent que des fleurs, des fruits, des animaux, des bois, des forêts…» A partir de cette définition, il se montre très clairement la position négative que tient Diderot à l’égard des peintres de genre. Cette attitude est due au concept même qu’a Diderot du peintre ; qui doit avant tout défendre des idées, en un mot être intellectuel; voici ce qu’il dit à propos de cela : « Et à quoi sert donc que tu broie tes couleurs, que tu prennes ton pinceau, que tu épuises toutes les ressources de ton art, si tu m’affectes moins qu’une gazette? C’est que ces hommes sont sans imagination, sans verve. C’est qu’ils ne peuvent atteindre à aucune idée forte et grande. » Dans cetordre d’idée, Diderot est tout à fait contre la peinture de Chardin. Toutefois, les commentaires qu’il en fait en dehors des tableaux montrent le contraire. Il a, malgré tout, soulevé des caractéristiques propres à la peinture chardienne, sur lesquelles sont fondées presque toutes les études ultérieures. Il a laissé, de toute façon, une critique de l’art de Chardin.
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De la critique d’art quand mêmeFace à la neutralité des tableaux de Chardin, ou ce que Diderot appelle leur « silence », le philosophe s’était obligé d’être lui-même le plus possible objectif en parlant de la peinture de Chardin. -Une peinture qui n’est pas facileCette peinture, dite de genre, apparemment facile, au fond elle ne l’est pas. Il suffit de s’y approfondir afin de découvrir où réside son originalité, et donc ses difficultés.Diderot l’a compris lui aussi, il en avoue la chose suivante : « Je vois que la peinture de genre a presque toutes les difficultés de la peinture historique; qu’elle exige autant d’esprit, d’imagination,de poésie même, égale science du dessin, de la perspective, de la couleur, des ombres, de la lumière, des caractères, des passions, des expressions, des draperies…» (Essais sur la peinture ; Ch. V: Paragraphe sur la composition,…)Ce qui veut dire que la peinture de Chardin exige un regard différent de celui avec lequel on regarde les autres peintures, surtout historique qui appelle avant tout la connaissance. Il l’avoueen effet dans le commentaire correspondant au tableauUn panier de prunes, « Il (Chardin) n’a point de manière ; je me trompe, il a la sienne. » Donc, il suffit de la connaître pour pouvoir jouir de l’esthétique chardienne.-La primauté de la technique Pour Diderot, il n’y a pas d’art sans une idée ou moins à défendre; et c’était là le point de désaccord entre lui et la peinture de genre. Mais avec Chardin, il a vu l’exception s’affirmer dans sa règle. L’art peut naître de la forme seule. C’est en fait l’idée sur laquelle il développera toute sa réflexion sur la peinture de Chardin.Diderot l’a observé dès le Salon de 1761, «C’est toujours une imitation très fidèle de la nature, avec le faire qui est propre à cet artiste ; un faire rude et comme heurté », ou quand il affirme, à propos du tableau,Un panier de prunes: « Le faire de Chardin est particulier ». Cette technique, ou ce faire, réside dans ce que Diderot le résume dans ces mots lors du Salon de 1765, « Vous revoilà donc, grand magicien, avec vos compositions muettes! Qu’elles parlent éloquemment à l’artiste! Tout ce qu’elles lui disent sur l’imitation de la nature, la science de la couleur, et l’harmonie!» Ainsi, l’art de Chardin consiste dans cette «» quimagie de couleurs caractérise ses tableaux, et dans «l’harmonie» qu’il crée entre ces couleurs; Diderot écrit à propos de cette harmonie, dans le commentaire correspondant auTroisième tableau de rafraichissements: « ce jaune, ce vert, ce blanc, ce rouge, mis en opposition, récréentl’œil par l’accord le plus parfait ». Il ajoute comme spécificité de la peinture de Chardin cet effet d’illusion qu’elle crée chez le spectateur, «Comme l’air circule autour de ces objets: la lumière du soleil ne sauve pas mieux les disparates des êtresqu’elle éclaire». (Salon de 1765) -Chardin ou le peintre spécialiste dans son domaine Diderot le dit dans le commentaire deUn panier de prunes, « Le genre de peinture de Chardin est le plus facile, mais aucun peintre vivant, pas même Vernet, n’est aussiparfait dans le sien. » Il ajoute dans sesEssais: «Ce n’est pas ainsi qu’en usent Vernet et Chardinà; leur intrépide pinceau se plaît entremêler avec la plus grande hardiesse, la plus grande variété et l’harmonie la plus soutenue, toutes les couleurs de la nature avec toutes leurs nuances. Ils ont pourtant une technique propre et limitée.» Autrement dit, la peinture de Chardin est une peinture à part entière, qu’onne peut lui
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appliquer les règles et les jugements qu’on fait aux autres peintures.Cequi est à conclure, c’est que quand Diderot parle de la peinture de Chardin de façon générale, il en parle beaucoup ; mais quand il est en face de ses tableaux, il dit peu. Est-ce que cela ne nous permet-il pas de conclure que la raison même qui a laissé Diderot de se taire devant les tableaux de Chardin est ce « Faire » très original, et tout particulierde Cardin, qui appelle un œil critique spécialiste dans le domaine de la peinture?
Les limites du langage critique Si pour Diderot la peinture doit procéder avant tout d’une idée, d’une histoire, ce qui fait de la peinture un art tributaire de la littérature et de la philosophie; avec la peinture de Chardin, il s’est trouvé enface d’une peinture autonome, qui n’a pourfinqu’elle-même. -L’irréductibilité des deux arts Pour citer une seconde fois Magalie, il dit à propos de cette irréductibilité la chose suivante : « Diderot, qui croyait au parallèle des arts, à leur contamination bénéfique ou réciproque, fait l’expérience de l’altérité d’une peinture totalement étrangère à la littérature. » Cette irréductibilité, Katalin KOVáCS,C’est qu’il est trèsou cette étrangeté de la peinture de Chardin, comme le souligne « difficiled’associer quelque histoire aux natures mortes de Chardin, qui mettent l’accent sur l’objet représenté: sa surface, sa matière, ses couleurs, en un mot sa réalité matérielle et non sur les connotations symboliques. » En d’autres termes, ici c’est le visFaireible, le « », qui est mis en exergue, et non l’idéalisme philosophique, li lisible. Au point que les objets représentés se trouvent réduits à un état de silence parfait; qu’ils n’expriment rien d’autre que leur présence physique.Et tout l’enjeu consiste de les représenter avec la plus grande exactitude possible, comme l’avoue Diderot: « Oh Chardin! Ce n’est pas du blanc, du rouge, du noir que tu broies sur ta palette: c’est la substance même des objets, c’est l’air et la lumière que tu prends à la pointe de ton pinceau et que tu attaches sur la toile. » Face à ce silence extrême auquel sont réduits les objets représentés, le langage critique diderotien trouve ses limites, pour reprendre les termes de Magali, « Ces objets sont dépourvus de toute histoire, étant, précisément, trop familiers, trop communs, il n’y a rien à en dire». -Une peinture impersonnelle Ce qui augmente la neutralité de la peinture de Chardin est l’absence totale du peintre de ses tableaux. Diderot l’a remarqué dans le Salon deest si vrai, si harmonieux, que« Chardin  1761, quoiqu’on ne voie sur la toile que la nature inanimée (…) à côté desquels il(Chardin)n’a pas balancé de se mettre. » Ce que la comparaison de Magali expliquera davantage, «L’artiste, à l’instar de l’acteur, ne doit rien laisser entrevoir de lui-même et n’être qu’un mannequin, un vide que remplit l’étude de ce qui est grand, noble, violent et élevé.» Ainsi, on peut conclure que la première entrave à laquelle se heurtait Diderot en essayant de lire les tableaux de Chardin, ce sont ces premières étincelles de «l’art pour l’art»; où l’acte esthétique l’emporte sur toute autre idée.-Une peinture pure Nous prenons cette dénomination à Magali qui affirme, « Chez Chardin, « peinture pure » de tout mot ».En plus de l’impersonnalité de l’œuvre artistique, qui est l’une des caractéristiques de l’esthétique de «l’art pour l’art», il y a la primauté du travail sur l’inspiration. Cette primauté du travail, cité par Diderot, Chardin le traduit ainsi : « Messieurs, messieurs, de la douceur ! Entre tous les tableaux qui sont ici, cherchez le plus mauvais, et sachez que deux mille malheureux, désespérant de faire jamais aussi mal, ont brisé le pinceau entre leurs
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dents ». (Essais dur la peinture, Observation sur le Salon de peinture de 1765) Dit autrement, «Chardin semblait douter qu’il y eut une éducation plus longue et plus pénible que celle du peintre» (ibid.). N’y a-t-il pas ici les normes du mouvement de «l’art pour l’art», revendiquées par leur Théophile Gautier. Ajoutons que pour les parnassiens, il s’agit de faire une poésie atemporelle, donc éternelle et universelle; et grâce à la primauté de l’art dans les tableaux de Chardin, il semble avoir touché ce but, si on croira à Diderot, qui dit à propos de ça : « Rien, dans un tableau, n’appelle comme la couleur vraie. Elle parle à l’ignorant comme au savant. Un demi-connaisseur passera sans s’arrêter devant un chef-d’œuvre de dessin, d’expression, de composition; l’œil n’a jamais négligé le coloriste».
Conclusion D’emblée, devant les commentaires si très économistes, on peut croire que Diderot le fait exprès dû à la « pauvreté du concept » dans la peinture de Chardin, mais en faisant un tour autour de ce qui dit Diderot de Chardin en général, on trouve que c’est le contraire: Diderot n’a cessé de vanterl’originalité de ce peintre, et qui réside surtout dans son «». Ce qui nous afaire tout particulier conduit à conclure que si Diderot se taisait devant cette peinture, c’est parce qu’elle a une « manière» propre à elle, irréductible à la littérature. D’où, nous avons parlé d’une «peinture pure » qui inclut Chardin dans l’esthétisme de «l’art pour l’art», qui a réduit les tableaux de Chardin à un « silence » parfait. Ainsi, Chardin a pu mettre en défi les normes de l’Académie, qui privilégient la peinture d’histoire; à propos de quoi Diderot témoigne de ces mots : «Il (Chardin) s’est mis à la tête des peintres négligés, après avoir fait un grand nombre de morceaux qui lui ont mérité une place distinguée parmi les artistes de la première classe » (Salon de 1761). Rédigé par : Tarik LABRAHMI
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