La coopération UE-ACP en 1995

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ISSN 1013­7343 Bruxelles Χ le Courrier Afrique ­ Caraïbes ­ Pacifique ­ Union Européenne Reportage Cap­Vert ¿ÊÈÊBÍ Yi -.-,,^ΐ Dossier Médias et communicatio Le Courrier Afrique -Caraïbes -Pacifique -Union Européenne Adresse : e postale (uniquement pour la poste) « Le Courrier ACP-UE » Commission des Communautés Européennes 200, rue de la Loi 1049 Bruxelles Belgique Adresse des bureaux du Courrier (visiteurs) Premier étage Bâtiment Astrid 1, rue de Genève Evere - Bruxelles Belgique Editeur Steffen Smidt Commission des Communautés Européennes 200, rue de la Loi 1049 - BRUXELLES Médias et (Belgique) Tél. 00-32-2-299 11 11 communication La liberté de la presse — ce droit Directeur de la publication de l'homme fondamental Dominique David constitue un élément essentiel de Rédacteur en chef tout processus de démocratisation. Simon Homer Nous avons fait appel à des spécialistes pour examiner l'action Rédaction de diverses associations qui luttent Augustin Oyowe contre la censure et qui œuvrent à Jeanne Remade promouvoir la liberté de la presse Rédacteur associé dans le monde, en particulier dans Hegel Goutier les pays ACP. Secrétaire de rédaction Ce dossier met également au jour Dorothy Morrissey une nouvelle tendance de l'aide extérieure, celle de privilégier des Journaliste projets de promotion de liberté de Debra Percival la presse en s'attachant Secrétariat notamment à la formation des Carmela Peters journalistes.
Publié le : jeudi 8 mars 2012
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ISSN 1013­7343 Bruxelles Χ
le Courrier
Afrique ­ Caraïbes ­ Pacifique ­ Union Européenne
Reportage
Cap­Vert
¿ÊÈÊBÍ
Yi -.-,,^ΐ Dossier
Médias et communicatio Le Courrier
Afrique -
Caraïbes -
Pacifique -
Union Européenne
Adresse : e postale
(uniquement pour la poste)
« Le Courrier ACP-UE »
Commission des Communautés
Européennes
200, rue de la Loi
1049 Bruxelles
Belgique
Adresse des bureaux
du Courrier (visiteurs)
Premier étage
Bâtiment Astrid
1, rue de Genève
Evere - Bruxelles
Belgique
Editeur
Steffen Smidt
Commission des
Communautés Européennes
200, rue de la Loi
1049 - BRUXELLES
Médias et (Belgique)
Tél. 00-32-2-299 11 11 communication
La liberté de la presse — ce droit
Directeur de la publication
de l'homme fondamental
Dominique David
constitue un élément essentiel de
Rédacteur en chef tout processus de démocratisation.
Simon Homer
Nous avons fait appel à des
spécialistes pour examiner l'action
Rédaction
de diverses associations qui luttent
Augustin Oyowe
contre la censure et qui œuvrent à
Jeanne Remade
promouvoir la liberté de la presse
Rédacteur associé dans le monde, en particulier dans
Hegel Goutier les pays ACP.
Secrétaire de rédaction
Ce dossier met également au jour
Dorothy Morrissey
une nouvelle tendance de l'aide
extérieure, celle de privilégier des Journaliste
projets de promotion de liberté de Debra Percival
la presse en s'attachant
Secrétariat notamment à la formation des
Carmela Peters
journalistes.
S'agissant des nouvelles Fax 299-30-02
technologies de l'information, il
Abonnements et diffusion
passe en revue ce qui est entrepris
Margriet Mahy-van der Werf
dès à présent pour éviter qu'elles
(299-30-12)
fassent naître une nouvelle
inégalité : une information pour les
riches et unen pour les
pauvres. Page couverture :
Cap-Vert
Un exemple de bonne gestion et de
démocratie stable N° 158 — juillet­août 1996 Le Courrier ACP­UE
56. La presse écrite, enjeu du débat démocratique en rencontre
Afrique
57. La presse au Bénin: en liberté conditionnelle?
2. Robert Ménard, directeur de Reporters sans frontières
59. Situation actuelle de la presse et des médias dans les
Caraïbes anglophones
62. La «manipulation» de l'image
a c ρ
analyse
5. Cameroun : L'horizon économique s'éclaircit... mais la
route est encore longue. 63. Elargir le débat
10. Jacques Santer prône l'initiative régionale 64. L'avenir de l'aide au développement ou la nécessité
11. Le CTA toujours à la pointe de nouveaux compromis
68. Les effets de la corruption sur le développement 13. Les bananes, Hamlet et les Iles du Vent...
14. Blocage britannique au Conseil Développement
point de mire reportage
71. Réhabilitation d'un parc national au Tchad : luxe ou 15. CAP­VERT: Prendre l'histoire du bon côté
nécessité ?
18. L'économie: trop faible pour échouer
21. Interview du Président Antonio Mascarenhas
Monteiro
24. interview de Aristides Lima, leader de l'opposition
à propos des pvd 27. Portrait de villes avec atmosphère
30. Coopération UE­Cap Vert
73. Assemblée annuelle des ONG européennes à Bruxelles
32. Profil
76 .Des Africains rédament leur part du dollar touristique
europe
culture et société
33. Pleins feux sur la Convention de Lomé
35. La composition du chocolat
77. Dak'Art 96
36. Les minorités et leurs entreprises au Royaume­Uni 78. De la créativité... en Afrique et ailleurs
81. L'œuvre d'Ainsley Yearwood : un arc­en­ciel de
couleurs
dossier
39. MEDIAS ET COMMUNICATION
cta bulletin 40. Aidan White de la FU : L'éternel problème...
42. La liberté d'expression : un droit primordial
83. Egalité des chances pour les producteurs et les 44. La Commission soutient la démocratisation
consommateurs dans le secteur de l'élevage
46. L'image de l'Afrique dans les médias occidentaux
86. LE COURRIER DES LECTEURS
49. Message d'espoir sur les ondes du Burundi
87. BIBLIOGRAPHIE
50. L'Eglise catholique et les radios locales en Afrique
australe
ACTUALITES (pages jaunes)
51. La Voix des Handicapés au Tchad CDI — Partenariat
52. L'expérience Africa Express SITUATION OPERATIONNELLE (pages bleues)
54. L'internet et le Sud
le Courrier η" 158 · juillet­août 1996 r que c'est le principal soutien financier de Robert Ménard, directeur de RSF et ensuite, parce que l'UE nous a
permis de faire trois choses. Elle nous a
aidés à mettre en place et elle a financé Reporters sans frontières
un énorme réseau de correspondants —
dans 130 pays différents. Je pense que
c'est le plus important au monde en
termes de défense des droits de l'hom­« Agir contre les atteintes
me et de la liberté de la presse. Deuxiè­
mement, on publie des rapports faits à la à la liberté de la presse »
demande de l'UE sur la liberté de la
presse dans tel ou tel pays et qui servent
à l'UE et au Parlement européen, évi­
Reporters sans frontières a été demment. Troisième type de lien avec
fondé en Juin 1985 à Montpel­ l'UE, l'assistance. Nous gérons un fonds
lier où Robert Ménard était d'aide à la presse en difficulté qui est mis
journaliste à Radio France. à notre disposition par l'UE.
Installé maintenant à Paris, RSF
mène deux missions parallèles: M*^ i^íP I 1 ■ Comment fonctionne ce réseau ?
un travail d'alerte de l'opinion
publique internationale et des Pw^MMÉlM — C'est un réseau de gens qui y "^ j médias sur la situation de la sont en relation quotidienne avec RSF,
■ jì ^k liberté de la presse (qui passe par des qui alertent. Dès qu'il y a atteinte à la
publications comme la «Lettre de RSF, liberté de la presse dans un pays du
le rapport annuel, et des livres et réseau, le correspondant nous informe,
rapports spécifiques) et un travail ■« c'est son premier travail. Ensuite, il fait
d'intervention (lettres de protestation des enquêtes quand on les lui demande.
auprès des autorités et d'assistance aux Troisième action, monter des opéra­
victimes). L'an dernier, RSF a suivi plus Allemagne qui sont assistés par RSF. tions. Je prends un exemple. Le 3 mai
de 350 affaires de presse dans le Donc, voilà notre travail : dénoncer les était la journée de la liberté de la presse
monde. L'ambition de l'organisation, atteintes à la liberté de la presse, et aider dans le monde. Ce jour­là, dans une
selon Monsieur Ménard, est d'être une ceux qui en sont les victimes. vingtaine de pays d'Afrique, nos corres­
sorte d'Amnesty International dans le pondants ont monté des opérations
domaine de la presse. Nous avons autour de la liberté de la presse. Quatriè­■ Avez­vous des relations avec d'au­
commencé l'entretien en demandant à me aspect de leur travail : ce sont tres organisations, par exemple les
notre interlocuteur de nous décrire en souvent eux qui sont chargés sur place Nations Unies ?
détail l'action menée par RSF. de l'assistance aux journalistes en diffi­
— On a des relations avec culté. Mais aussi aux médias, parce que
différents types d'organisations. Des nous mettons à leur disposition un — Il y a deux choses que nous
rapports quotidiens avec d'autres ONG certain nombre de documents, d'infor­faisons. Nous dénonçons les atteintes à la
spécialistes de la liberté de la presse, mations, qu'eux­mêmes diffusent dans liberté de la presse, et nous aidons les
comme Article XIX à Londres, le Comité leur pays. Donc, ils sont à la fois des gens journalistes qui sont victimes de ces
de protection des journalistes à New qui nous alertent, qui répondent à nos actions. Prenons l'exemple de l'ex­
York, pour citer les deux principales. On demandes d'information, mais ce sont Yougoslavie. Il était impensable de
a aussi des contacts avec des ONG qui eux aussi qui assistent matériellement les suivre ce qui se passait dans ce pays en
s'occupent des droits de l'homme en gens sur place en notre nom, qui guerre sans, en même temps, aider les
général, et avant tout avec Amnesty montent des opérations ou distribuent médias qui étaient victimes de la répres­
International. de l'information. sion. Ainsi, on envoie des avocats au
moment des procès de presse, on aide les Ensuite, il y a les relations avec
familles des journalistes emprisonnés, on les organisations internationales. ■ Ces correspondants sont­ils des na­
aide des médias. On l'a fait pendant D'abord, avec le système des Nations tionaux de ces pays ?
quatre ans pour Oslobodenje, le quoti­ Unies. RSF a soumis des rapports répon­
dien de Sarajevo, et au Rwanda où RSF a dant à la demande de certaines organi­ — Oui. 90 % sont des journalis­
aidé les médias à renaître après le sations, que ce soit la Commission des tes, les autres pas. Ce sont des gens qui
génocide. En Algérie aujourd'hui, on droits de l'homme des Nations Unies ou sont rémunérés pour ce qu'ils font. Ils
intervient pour aider les journalistes qui l'Unesco. Nous travaillons aussi avec le ont un rapport clair avec nous. C'est très
se battent pour faire leur métier. Mais Conseil de l'Europe et avec l'OUA. Mais important qu'ils soient payés parce que
on aide aussi en Europe: il y a des les relations les plus proches sont celles cela veut dire qu'on peut avoir des
journalistes réfugiés en Belgique, en que nous avons avec l'Union européen­ exigences. Si vous êtes bénévole, on ne
France, en Espagne, en Suisse et en ne. Pour deux raisons : d'abord, parce peut pas vous demander tel document
le Courrier n° 158 · juillet­août 1996
^ rencontre
gnait en maître sur la moitié de l'Europe pour le lendemain. Là, ils sont payés pour Et, dernier point sur lequel on
et il y avait des régimes à parti unique faire ce travail pour RSF. insiste beaucoup dans notre récent
dans presque tous les pays africains. rapport, c'est un double phénomène.
■ Vous choisissez des pays où il y a des Même en Europe, il y a 25 ans, il y avait D'une part, des Etats qui mettent en
situations problématiques ? des dictatures en Espagne, au Portugal place des législations qui font que tout
— Malheureusement, il y a et en Grèce. Donc à moyen ou à long point de vue critique est condamnable et
beaucoup de pays à problèmes. Moins terme, il y a un progrès incontestable. Le peut amener un procès. Je prends un
de la moitié des pays du monde respecte problème c'est que, depuis 3 ou 4 ans, on seul exemple, l'Egypte, où le gouverne­
la liberté de la presse. Donc, nous avons constate la montée de nouveaux dan­ ment a fait voter une loi qui s'est
beaucoup de travail. De plus, l'informa­ gers pour la liberté de la presse qui nous traduite par une soixantaine d'inculpa­
tion qui arrive à RSF par le biais de ces inquiète beaucoup. Je peux en citer tions de journalistes depuis l'été 1995.
correspondants est ensuite diffusée à quelques­uns: la montée en puissance D'autre part, des Etats où la justice ne
l'ensemble des organisations. On a mis des intégrismes, en particulier l'intégris­ fonctionne pas ou ne veut pas fonction­
en place un système qui s'appelle Infex. me religieux. Aujourd'hui, dans un ner. L'an dernier, 51 journalistes ont été
C'est une boîte aux lettres électronique. certain nombre de pays, — et l'Algérie tués et nombre d'entre eux ont été
C'est­à­dire que toute l'information de en est le meilleur exemple ou, plutôt, le agressés. Il n'y a pas eu un seul procès, ni
RSF passe sur ce système informatique et pire des cas—, où les journalistes ne sont une seule condamnation. Il y a une
est immédiatement diffusée à l'ensem­ pas seulement menacés par Γ Etat mais se véritable culture de l'impunité. Dans un
ble des organisations de défense des font tuer par les groupes islamistes certain nombre de pays, la justice n'est
droits de l'homme, et de la liberté de la armés. La montée de l'intégrisme reli­ pas indépendante, ne fonctionne pas et,
presse en particulier. gieux est un vrai danger. surtout, les pouvoirs publics ne veulent
ni trouver ni mettre en cause les respon­
■ Donc, l'évolution technologique est
sables des agressions contre des journa­
pour vous une chose très positive ?
listes. «L'intégrisme
— Oui. Que ce soit le système
Imais ou Internet, ce sont des outils
■ RSF a actuellement un projet en cours religieux est un
incroyables qui ont tout changé dans
au Rwanda, en collaboration avec l'UE.
notre travail. Par exemple, RSF proteste vrai danger pour la Pourriez­vous nous parler de cette
sur la situation dans tel ou tel pays.
expérience ?
Prenons la Chine : nous protestons liberté de la presse» — L'UE nous aide à faire plu­
régulièrement contre la situation de la
sieurs choses au Rwanda, qui répondent
liberté de la presse dans ce pays où il y a
à divers besoins, tout comme au Burundi
17 journalistes emprisonnés, aucune
Le deuxième type de danger d'ailleurs, parce que la situation y est
liberté de la presse et beaucoup de
auquel la presse est confrontée, c'est la malheureusement un petit peu la même.
problèmes. Mais les gens en Chine ne
montée des mafias. On connaissait le Il y a deux problèmes différents. Il y a le
sont pas au courant de ce qu'on y fait et,
narco­trafic en Amérique latine avec la gouvernement rwandais d'hier et celui
pour le savoir, il faut qu'ils écoutent les
Colombie ou le Pérou. Aujourd'hui, dans d'aujourd'hui, c'est­à­dire un gouverne­
radios internationales. Sur Internet, les
un certain nombre de pays qui se sont ment d'avant et d'après le génocide. Au
services de RSF sont en français, anglais
débarrassés du communisme, il y a une Burundi aujourd'hui, il y a des atteintes
et espagnol et ce réseau est consulté par
puissance de la mafia qui est dangereu­ continues à la liberté de la presse. Mais
des gens du monde entier; il est donc
se. Je vous rappelle qu'en Russie il y a à là, il s'agit d'un travail classique, cela
une des sources d'information pour ces
peine quelques mois le présentateur­ nécessite une mobilisation de RSF, pour
gens­là. Je prends un autre exemple, on
vedette de la première chaîne de télévi­ résister aux pressions, qui est soutenue
monte des opérations où, pour faire
sion russe a été abattu parce qu'il gênait par l'UE.
passer l'information, on inonde de fax
les intérêts des mouvements mafieux. Le deuxième problème, c'est un certain nombre de gens dans tel pays.
que près de la moitié des journalistes Les moyens techniques actuels permet­ Troisième type de danger, les
rwandais ont été tués au cours du tent de rompre les barrières, ces espèces dérives folles d'un certain nombre de
génocide : 49 exactement sur à peu près de citadelles qu'essaient de construire les groupements autonomistes ou indépen­
une centaine. Il a fallu faire redémarrer la régimes totalitaires ou dictatoriaux. dantistes. Cela vise aussi bien le PKK — le
presse dans ce pays et l'UE nous en a mouvement kurde en Turquie — qu'un
donné les moyens. Aujourd'hui, il y a au ■ RSF vient de publier son Rapport certain nombre de mouvements indé­
Rwanda une presse qui a des difficultés 1996. Que constatez­vous en ce qui pendantistes en Inde, mais aussi dans les
avec le gouvernement mais qui tente de concerne la situation actuelle de la pays de l'UE. Les Basques de l'ETA qui
faire son métier. C'est pareil au Burundi. liberté de la presse ? Y a­t­il des évolu­ ont menacé régulièrement la presse ou
Grâce à l'UE, on aide un certain nombre tions ? les Corses du FLNC qui n'ont pas hésité il
de médias à survivre malgré des difficul­y a quelques mois à mitrailler la maison — Je dirais deux choses : sur le
tés matérielles. d'un journaliste. Un quatrième danger long terme, la situation s'améliore.
nouveau, en particulier dans les démo­Rappelez­vous, il y a 25 ans, il y avait des Un troisième problème, qui est
craties, c'est la montée de l'extrême­dictatures dans la moitié des pays radicalement nouveau, c'est qu'avant et
droite. d'Amérique latine, le communisme ré­ pendant le génocide au Rwanda, il y a eu
le Courrier n° 158 · juillet­août 1996 r rencontre
des médias qui se sont transformés en certain nombre de pays. Il faut se battre le faire, mais il faut que la profession se
véritables médias de la haine. Ils ont contre cela. pose des questions sur la définition de la
appelé à tuer les gens, en l'occurrence à liberté de la presse et sur les limites qu'il
tuer les Tutsis, dans des termes d'une ne faut pas dépasser.
«L'UE est notre violence effroyable. A la radio des Mille
■ Etes­vous satisfait de ce que fait Collines, les animateurs disaient — je les
meilleur partenaire» l'UE? cite — : « Les fosses ne sont pas encore
— L'UE est le meilleur partenai­pleines». Ils donnaient des adresses de
re qui soit et n'a jamais exercé de gens qu'il fallait tuer et quand on avait
pression. On peut faire avec l'UE ce tué ces gens­là — nous avons des
qu'on ne pourra jamais faire avec aucun enregistrements —, ils disaient explicite­
gouvernement des pays qui en font ment: «Vous les avez tués trop vite, il ■ Suite à ce que vous venez de dire,
partie. Parce que les gouvernements ont fallait les tuer plus doucement, pour les faut­il mettre des limites à la liberté de la
une politique étrangère qui défend un faire souffrir plus» ou encore «Vous presse ?
certain nombre d'intérêts. Chaque pays n'avez pas tué les enfants, retournez — C'est un sujet très compli­
a une histoire culturelle, des liens linguis­tuer les enfants». qué. Il faut rappeler que les textes
tiques ou des liens d'ancienne puissance
internationaux, et en particulier le pacte Face à une telle situation, il faut
coloniale qui l'empêcheront de financer
relatif aux droits civils et politiques, que les journalistes répondent de ce
des études de RSF, sans lui imposer des
fixent des limites à la liberté de la presse. qu'ils ont fait et soient traînés en justice.
contraintes. Concernant les missions,
L'article 19, qui affirme la liberté de la C'est pour cela que l'UE nous a aidés à
c'est RSF qui en décide et nous en
presse, précise aussi dans certains de ses faire un certain nombre d'enquêtes qui
envoyons les rapports à l'UE. Elle a aussi
alinéas qu'il y a des limites à cette liberté. vont permettre au Tribunal pénal inter­
confié à RSF un budget qui permet de
L'article 20 interdit toute propagation national de La Haye dans les jours qui
porter immédiatement secours aux gens
d'idées racistes, antisémites, d'appel à la viennent d'inculper des journalistes
en difficulté. C'est une aide incontesta­
violence. rwandais pour complicité ou incitation
blement positive. Et si l'UE n'était pas là,
au génocide. RSF a deux choses à dire. Un, il il n'y aurait malheureusement personne
Cela, c'était hier. Aujourd'hui, faut que les gouvernements signataires d'autre pour financer des organisations
c'est la même chose au Burundi. Il y a une de ces pactes les fassent respecter. Ces comme la nôtre. 60 % de notre budget
radio qui s'appelle « Radio Démocratie» pactes introduisent des limites : les viennent de l'UE, 20 % viennent d'un
­ c'est un comble! — et un certain journalistes ne sont pas au­dessus de la certain nombre d'entreprises et 20 % de
nombre de journaux qui appellent à tuer loi. Ils doivent être sanctionnés quand ils fonds propres (vente de livres, cotisa­
les gens. On a un de ces journaux qui, en disent certaines choses et les Etats tions). Parce que l'UE est un groupement
première page, offre une récompense en doivent prendre leurs responsabilités en de gouvernements, la Commission a une
argent à qui tuera telle ou telle person­ appliquant les traités qu'ils signent. Je marge de manœuvre. C'est le seul
ne. Alors là, ce n'est plus du journalisme, suis persuadé que la communauté inter­ soutien possible à des organisations
c'est autre chose. RSF a porté plainte nationale, et en particulier l'Europe, comme RSF et s'il venait à manquer, c'en
contre ces gens­là et d'ailleurs un de ces devrait exiger, quand elle signe des serait fini pour les gens que RSF soutient.
«journalistes» vient d'être inculpé. accords, quand elle aide des pays, d'une
Interview par Dorothy Momssey part que le pays respecte la liberté de la On fait donc trois choses au
presse mais qu'il fasse taire les médias de Rwanda et au Burundi. On a dénoncé les
la haine. violations de la liberté de presse qui
étaient le fait des autorités, on a aidé les
■ RSF vient de publier un «projet de médias qui sont les victimes de ces
loi­cadre sur la presse». Auriez­vous été exactions et, troisièmement, et c'est une
influencé par votre expérience avec les nouveauté, on a fait tout un travail de
médias extrémistes ? dénonciation de ce qu'on appelle « les
médias de la haine» et qui, malheureu­ — Peut­être trop influencé. Je
sement, ne sont pas spécifiques aux fais mon auto­critique. On avait envoyé
Rwanda et au Burundi. Dans certains une mission au Rwanda avant le génoci­
pays d'Afrique, dans l'ex­Yougoslavie, de. On n'avait pas bien jugé le rôle
dans le Caucase, au Moyen­Orient, se néfaste des médias de la haine, et en
développe un certain nombre de médias particulier de la radio des Mille Collines.
qui jouent ce rôle­là. Je voudrais juste On l'avait sous­estimée. Et c'est vrai
vous rappeler le procès de Nuremberg, qu aujourd'hui, à RSF, nous sommes
dont on vient de commémorer le cin­ perturbés par ce qui se passe, par ces
quantenaire. Parmi les inculpés, il y avait médias extrémistes. Et on pense qu'il
deux journalistes. La presse a oublié que doit y avoir des limites explicites à la
des journalistes ont pris part à la montée liberté de la presse. Ce projet de loi­
du nazisme. Et RSF insiste aujourd'hui, cadre, c'est une façon de les formuler. Ce
exactement sur la même chose, dans un n'est pas forcément la meilleure façon de
le Courrier n° 158 ■ juillet­août 1996
^ Cameroun
L'horizon économique s'éclaircit... mais
la route est encore longue
I Le spectacle est particulière-
I ment impressionnant pendant
I la saison des pluies : les premiè-
I res habitations apparaissent
I sur la route de Yaounde à
I Bamenda... et s'alignent sans
I interruption pendant plus
I d'une centaine de kilomètres !
^^™ Juste avant d'entrer à Bafous-
sam, à perte de vue, chaque lopin de
terre est cultivé: les bananes, les
oranges, les mangues, les cannes à
sucre, le manioc, les palmiers, les
arachides et le maïs poussent en abon­
dance dans les champs et dans les
jardins de nombreuses maisons. Rappe­
lons cependant que cette partie occi­
dentale du Cameroun abrite les Bamilé-
kés, connus pour être l'un des groupes
ethniques les plus dynamiques et les plus
industrieux du pays. La densité de
population atteint ici 200 habitants au
km2 alors qu'elle n'est que d'un habitant
au km2 dans la partie orientale.
Les marchés locaux de Bafous-
sam, Mbouda ou de Bamenda attestent
Les échoppes débordent de fruits reconnaissance de longue date de sa
de cette importante activité agricole
et de légumes vocation agricole, d'autre part.
menée par une foule de petits exploi­
tants : les échoppes débordent de fruits Une telle variété climatique
Le Cameroun est souvent décrit
et de légumes, et les prix sont extrême­ favorise des cultures très diversifiées. Le
comme un microcosme de l'Afrique, non
ment bas — un véritable paradis pour les bois provient principalement des provin­
seulement parce qu'il est constitué de
intermédiaires dont la présence est ces méridionales tandis que les régions
communautés anglophones et franco­
immanquablement signalée par de nom­ du sud-ouest et de l'ouest produisent de
phones mais surtout parce qu'il bénéficie
breux camions qui chargent les denrées l'huile de palme, du thé, du cacao, du
de tous les climats, ou presque, de ce
en vue de leur distribution dans tout le café, du caoutchouc, du bois et des
continent. Le sud est equatorial avec
pays. cultures vivrières. Les provinces centrales
deux saisons des pluies et deux saisons
et septentrionales se spécialisent dans
sèches d'égale durée; le centre est une Ces scènes n'ont rien de surpre­
l'élevage et la production de coton.
savane avec une seule saison pluvieuse et nant pour celui qui suit l'évolution
une seule saison sèche; et l'extrême-économique du Cameroun depuis un
nord, qui fait partie du Sahel, est chaud certain temps — ce pays étant pratique­
La priorité à l'agriculture
et sec. La pluviosité est excellente pour ment parvenu à l'auto-suffisance ali­
l'ensemble du pays puisque son niveau mentaire depuis quinze ans. La perfor­ Il n'est guère surprenant que le
va de 5000 mm par an au sud-ouest à mance est rare en Afrique et le Came­ Cameroun ait concentré ses efforts dans
600 mm environ dans la région du Lac roun doit son succès à des ressources l'agriculture, et que le gouvernement en
Tchad. naturelles privilégiées, d'une part, et à la ait systématiquement fait un secteur
le Courrier n° 158 · juillet-août 1996 r a c ρ
prioritaire de développement depuis réputation de « succès économique afri­ dales.. Sa dette extérieure était de
l'indépendance en 1960. Les pouvoirs cain » dont le pays a joui au cours des l'ordre de 7,7 milliards de dollars et son
publics ont contribué à la commercialisa­ années 1980 avec une croissance de 8 % service représente plus de 25 % des
tion des principales denrées d'exporta­ par an tout au long de la décennie. Mais recettes en devises. La dévaluation du
tion tout en offrant des subventions aux le Cameroun a connu, dans le même franc CFA en janvier 1994 a sensiblement
agriculteurs sous la forme d'engrais et de temps, une hausse exceptionnelle de ses amélioré la situation en termes de dette
pesticides peu coûteux pour leurs cultu­ revenus pétroliers dont les répercussions intérieure. En février, le gouvernement a
res de cacao, de café, de caoutchouc, en termes d'orientation stratégique et signé une lettre d'intention avec le FMI
d'huile de palme, etc. Près des trois­ de bonne gestion n'ont pas toujours été après avoir accepté de procéder à une
quarts de la population active (dont la positives. Le gouvernement s'est montré série de réformes portant notamment
majorité sont des petits exploitants) moins attentif à l'égard de la fiscalité et sur la rationalisation des secteurs de la
travaillent dans le secteur agricole où ils des droits de douane en tant que sources banque et de l'assurance, la hausse des
se montrent particulièrement rentables de revenus, et a délibérément ignoré recettes provenant d'autres sources que
en dépit d'une mécanisation encore très une contrebande largement préjudicia­ le pétrole, l'abaissement du taux d'infla­
limitée. Le taux de croissance de la ble à son industrie manufacturière (1). La tion et la réduction du déficit budgétaire
production agricole est supérieur à celui fonction publique s'est, pour sa part, — le FMI octroyant, en échange, un
de la croissance démographique. Seuls développée au­delà de toute limite crédit de 1,4 milliard FCFA dans le cadre
quelques grands exploitants ou entrepri­ raisonnable — le phénomène étant lié, d'un accord de confirmation. L'arrange­
ses agricoles opèrent à l'échelle indus­ selon certains, au désir du parti unique ment a toutefois été suspendu quelques
trielle. au pouvoir de placer ses «protégés». mois plus tard, le FMI ayant acquis la
conviction que le gouvernement n'était Jusqu'au début des années
pas réellement décidé à mener les 1980 — c'est­à ­direjusqu' à l'arrivée du
réformes demandées. Le budget 1994­pétrole — ces grands exploitants ou L'explosion des dépenses
95 prévoyait un déficit de 4,5 % du PIB, entreprises représentaient plus de 70 % publiques
soit un niveau largement supérieur à la des recettes à l'exportation, 40 % des
Le franc CFA, fort mais suréva­ directive du FMI (1,5%). recettes de l'Etat et 32 % du produit
lué, le mettant quelque peu à l'abri intérieur brut. Les recettes pétrolières La situation financière s'est à ce
d'une fluctuation des recettes engen­devaient, au départ, servir à soutenir point détériorée entre­temps que le
drées par l'exportation de produits l'essor et la transformation de l'agricul­ Cameroun n'a plus été en mesure
agricoles, le gouvernement a entrepris ture. L'augmentation spectaculaire de la d'assurer le service de sa dette, auprès de
toute une série d'importations et de production nationale de pétrole, conju­ la Banque mondiale en particulier. La
dépenses d'équipement. Mais, en 1987, guée à la forte hausse des prix pétroliers France, qui était traditionnellement
les cours mondiaux du pétrole se sont au cours de la première moitié des venue à la rescousse, a refusé de
effondrés de manière aussi spectaculaire années 1980, a toutefois fait de ce renflouer les caisses, et les autorités du
qu'ils avaient grimpé au début de la secteur la source principale de recettes à Cameroun ont enfin pris conscience de la
décennie. Les dépenses publiques l'exportation au détriment, à tous nécessité impérative d'un ajustement
étaient, à l'époque, de l'ordre de 8 égards, de l'agriculture. Ces revenus structurel. Lorsque les pourparlers repri­
milliards FCFA — soit un niveau large­accrus ont en effet permis au gouverne­ rent avec le FMI en septembre 1995, la
ment supérieur aux 5,6 milliards FCFA ment de maintenir le niveau élevé des volonté d'un ajustement ne faisait plus
que le pays gagnait. Les recettes pétro­prix payés aux agriculteurs alors que les aucun doute. Le gouvernement accepta,
lières ont poursuivi leur baisse jusqu' à prix mondiaux de leurs produits s'étaient outre les réformes budgétaires, la libéra­
4,5 milliards FCFA en 1988, 2,8 milliards effondrés — ce qui n'a pas manqué de lisation du commerce du cacao, du café
FCFA en 1991 et 2,5 milliards FCFA en créer d'importantes distorsions sur le et du bois, la compression des effectifs
1994. Une légère reprise a été enregis­marché. (Lorsque les prix et les revenus des services publics et la privatisation des
trée en 1995 avec 3 milliards FCFA. du pétrole se sont à leur tour effondrés, principales entreprises publiques du
les prix à la production agricole ont été L'année 1987 a donc marqué le secteur industriel.
réduits pour se rapprocher des cours début d'une période de dégradation
mondiaux). rapide de la situation financière au
Cameroun : les salaires des fonctionnai­La contribution de l'agriculture La volonté de réforme
res n'ont plus été payés pendant plu­au PIB a progressivement diminué pour
sieurs mois ; des missions à l'étranger ont ne plus dépasser 21 % en 1985; elle est Le processus de réforme bat
été laissées sans ressources ; et la dette remontée jusqu' à 27 % en 1989 et reste désormais son plein. La tâche prioritaire
intérieure et extérieure s'est accrue. En depuis lors de l'ordre de 30 %. Le secteur dans ce contexte a été l'amélioration de
1993, le gouvernement devait près de agricole ne représente plus, en termes de la situation financière de l'Etat. Les
3,3 milliards FCFA aux banques commer­valeur, que 40 % environ du total des effectifs des services publics, qui comp­
exportations. taient plus de 175.000 fonctionnaires,
sont progressivement réduits, de même La situation agricole du Came­ (') La dévaluation du naira au Nigéria a donné
une nouvelle impulsion aux importations clandesti­ que les salaires. Les échanges sont roun reste néanmoins plus favorable que
nes en provenance de ce pays tandis que les petits libéralisés et les subventions supprimées. celle de la plupart des autres pays
négociants tiraient profit de produits nigérians aussi
Dévoilé en juin dernier, le budget 1995­d'Afrique. Elle explique largement la abondants que bon marché.
le Courrier n° 158 · jultlet­août 1996
^ RÉPUBLIQUE DU CAMEROUN
'DJAMEN
96 a été favorablement accueilli par le
FMI. Il prévoit — pour la première fois
depuis longtemps — une hausse de
l'impôt sur le revenu et l'élargissement
des tranches d'imposition. Une série de
mesures ont également été prises pour
lutter contre l'évasion et la fraude
fiscales. Ce sont désormais les signes
TCHAD
extérieurs de richesse, la consommation
d'eau et d'électricité, et les factures de
téléphone qui servent au calcul de
l'impôt.
La responsabilité de la percep­
tion des droits de douane a été retirée à
U l'Administration des Douanes, fréquem­
ment accusée de corruption et d'ineffica­
cité, pour être confiée à une société
d'inspection avant expédition qui a son
siège en Suisse.
J RÉPUBLIQUE
CENTRAFRICAINE
La communauté des donateurs
a réagi de manière positive. Avec l'aide
de la France, le gouverment est parvenu
à liquider le solde de sa dette auprès de
/ NKON&S la Banque mondiale. Le FMI a octroyé,
/ n BOIS
dans le cadre d'un accord de confirma­
Î^LKUMBAS.
tion, un crédit de 101 millions de dollars
(BANANES!
à l'appui du programme d'ajustement \ ^vJK0¿
llM0Eî'U*î^"'-.DOUALA./>"
structurel 1995-96 ; et les dettes au Club
HUILE DE PA(.MI
CAOUTCHOUC de Paris, couvrant la même période, ont
THÉ
été rééchelonnées. Etant à nouveau
repris dans la catégorie des pays pauvres,
le Cameroun peut en outre bénéficier
des conditions de l'Accord de Naples
prévoyant la radiation jusqu' à 67 % des
dettes aux gouvernements occidentaux.
V
CONGO
Plusieurs nations créancières ont fait
grâce au pays de sa dette, ou l'on
Cameroun auprès de la Banque africaine janvier 1994 et de 130 FCFA en mars
sensiblement réduite. Des prêts complé­
de développement. 1996.
mentaires ont été accordés par la France
et d'autres donateurs, y compris la
Sans diminuer pour autant leur
Banque mondiale et la Communauté
mérite, il convient de constater que les Des répercussions
européenne.
Camerounais sont nettement moins mal sociales douloureuses
La CE finance une série de lotis que beaucoup d'autres Africains
projets s'inscrivant dans le programme La dévaluation soudaine du dont le pays traverse une phase d'ajuste­
d'ajustement structurel, y compris la franc CFA en janvier 1994 a réduit, du ment structurel. Les denrées de base
restructuration de la fonction publique jour au lendemain, le pouvoir d'achat du restent peu coûteuses et accessibles à la
et la préparation du processus de privati­ Cameroun de moitié. Le gouvernement majorité grâce au bon maintien de
sation. a procédé entre-temps à deux réduc­ l'agriculture. Les cas de malnutrition
tions des salaires. La rémunération La communauté des donateurs restent donc exceptionnels.
moyenne d'un haut fonctionnaire, qui a toutefois manifesté un certain dépit
était de l'ordre de 300.000 FCFA avant la suite à des allégations récentes de Plusieurs donateurs, parmi les­
dévaluation, ne dépasse plus 180.000 mauvaise utilisation, voire de véritable quels la Chine, la Belgique et la CE, axent
FCFA — et les petits salariés de l'Etat détournement des fonds. En mars der­ spécifiquement leurs efforts sur les
reçoivent à peine 30.000 FCFA. Dans le nier, une mission du FMI à Yaoundé n'est secteurs de la santé et de l'éducation afin
même temps, les prix ont connu une pas parvenue à obtenir d'explication de remédier aux répercussions sociales
hausse (en particulier pour ce qui concer­valable quant à l'affectation de certains parfois douloureuses de l'ajustement. La
ne les importations de biens manufactu­montants — avec pour conséquence, à CE, par exemple, mène un projet visant à
rés et de facteurs de production) allant l'heure de la mise sous presse du renforcer les services sanitaires au plan
jusqu' à 150%. Ainsi, par exemple, le Courrier, la suspension d'un prêt du FMI local — ce qui implique la réhabilitation
prix d'une baguette était de 80 FCFA en destiné au règlement de la dette du des infrastructures' (centres de soins et
le Courrier n° 158 · juillet-août 1996 r a c ρ
hôpitaux de district en particulier) et la du second semestre de l'année dernière, Le secteur privé
mise en place de centres d'approvision­ ainsi qu'une baisse de qualité du café et
nements médicaux dans les régions non du cacao qui a fait que ces deux produits Le développement industriel,
couvertes par d'autres donateurs. Le ont été quelque peu boudés sur les encore très limité, a été envisagé dès
projet est régi par le principe du recou­ marchés mondiaux. Les bananes expor­ l'indépendance dans la perspective
vrement des coûts afin d'en assurer la tées vers la France se sont heurtées, pour d'une substitution des importations avec
viabilité et la durabilité. Il existe toute­ leur part, à l'âpre concurrence des une certaine orientation vers le marché
fois un domaine dans lequel les dona­ Antilles françaises. La hausse de plus de régional. L'industrie représente 14 %
teurs ne peuvent réellement agir : la 10 % de la production de caoutchouc, et environ du PIB et l'activité prédominan­
création d'emplois. Le chômage est en la bonne progression de la fabrication et te est la fusion de l'aluminium. Bien que
hausse et les perspectives dans le secteur de la vente d'aluminium, devraient la dévaluation ait permis d'accroître
formel sont peu encourageantes, à court toutefois permettre au Cameroun d'affi­ depuis peu la compétitivité des entrepri­
ses qui ajoutent de la valeur à des terme du moins. En termes macroécono­ cher une nouvelle balance commerciale
matières premières d'origine locale,
l'ensemble de l'industrie manufacturière
se heurte à deux difficultés majeures à
l'heure où le gouvernement a admis que
le secteur privé constituait le meilleur
moteur de l'économie nationale.
La première difficulté concerne
les investissements privés, dont la pénu­
rie depuis dix ans atteste du manque de
confiance dans l'économie du pays.
Contrairement à toute attente, les
Camerounais disposant de fonds à
l'étranger ne les ont pas rapatriés pour
tirer parti de la dévaluation du FCFA —
preuve supplémentaire de la méfiance
qui prévaut, et qui met en péril le
processus de privatisation dans la mesure
où le gouvernement devra probable­
ment recourir à des entrepreneurs étran­
gers. A court terme, selon certains
observateurs, le mieux que peuvent
espérer les autorités serait la reconver­
sion des entreprises publiques qui ne
sont pas encore des «joint ventures» en
L'objectif : une production durable entreprises dans lesquelles les investis­miques, la situation du Cameroun sem­
de bois seurs privés deviendraient majoritaires. ble s'améliorer quelque peu. Après une
La moitié du Cameroun est
Le désengagement de l'Etat s'opérerait croissance économique de 3 % en 1994­ couverte de forêts
alors progressivement et à longue 95, le pays espère un taux de 5 % en
échéance, et porterait sur la vente totale 1995­96. Les principaux opérateurs éco­ positive lors de la publication des pro­
de 150 entreprises publiques. nomiques, regroupés sous la houlette du chains chiffres.
GICAM (Groupement inter­patronal du
Selon André Siaka, Directeur La sylviculture, secteur majeur Cameroun), ont toutefois déclaré, en fin
d'une brasserie du Cameroun et Prési­en termes de recettes en devises et de d'année dernière, qu'ils craignaient de
dent du GICAM, la pénurie d'investisse­potentiel d'emploi, fait actuellement ne pas atteindre le niveau espéré.
ments s'explique également par les taux l'objet d'une rationalisation dans le
élevés d'intérêts. Ceux­ci ont effective­Le Cameroun exporte toute cadre du programme d'ajustement
ment été de l'ordre de 20 % pendant de une série de produits de base dont les structurel. La CAID (Canadian Agency
très nombreuses années. Aujourd'hui prix se sont redressés ces dernières for International Development) a entre­
encore, après la réforme du secteur années, et la dévaluation a eu un impact pris un projet de cinq ans visant à la
bancaire, les taux restent élevés et l'on positif sur la balance commerciale du conservation et la revitalisation de près
ne trouve pas d'emprunteurs, a­t­il pays. Elle a, de manière plus spécifique, de 30.000 hectares. En réalité, la moitié
confié au Courrier. rendu les exportations plus concurren­ du Cameroun est couverte de forêts et
tielles et l'excédent commercial 1994­95 moins de 500.000 hectares sont actuelle­ Les donateurs ont été con­
a atteint 349 milliards FCFA, soit près du ment exploités. Il convient toutefois de scients de cette situation et certaines
double de l'année précédente (128 veiller à ce que les ressources forestières interventions attestent de leur préoccu­
milliards). On constate un net ralentisse­ soient exploitées à un niveau assurant pation en la matière. Le Canada, par
ment des exportations de bois au cours leur pérennité. exemple, affecte des fonds à la création
le Courrier n° 158 · julltet­aoùt 1996
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